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CR?DIT, CAPITAL FINANCIER ET CRISE SYST?MIQUE

ROBERT BIBEAU:

LECTURE ESTIVALE? -? 3

 

Ce mercredi (31.07.2013) nous poursuivons la publication d?une ?uvre remarquable de Monsieur Tom Thomas, ?conomiste de son ?tat, analysant la derni?re grande crise syst?mique du mode de production capitaliste-imp?rialiste. Les causes de l?effondrement fantastique de 2008, jusqu?? l?impossibilit? de la reprise ?conomique et industrielle ? rien ne vous sera ?pargn? de la mis?re des riches et de leurs plumitifs. Mais ? la fin de la s?rie vous comprendrez l?in?luctabilit? de l?effondrement de ce mode de production aux trois instances concomitantes et diff?rentes soient?: ?conomique, politique et id?ologique. Cette semaine le chapitre 3?: ?Cr?dit, Capital financier et crise? sont au menu de lecture.? Cette lecture n?est pas facile car le savoir s?acquiert par l?effort.

 

Bonne lecture et ? mercredi prochain.

 

Robert Bibeau,? Marxiste-L?niniste

 

?

Tom THOMAS

La crise. Laquelle?? Et apr?s??

2009

Chapitre 3

 

CREDIT, CAPITAL FINANCIER ET CRISE

 

 

3.1. formation d?un syst?me de cr?dit et d?un capital financier

 

Avec le d?veloppement du cr?dit, il se forme une sph?re financi?re, un syst?me financier organis? pour g?rer un capital financier, de l?argent qui semble fonctionner comme un ??vrai?? capital. Vrai, il ne l?est cependant que dans la conception bourgeoise du capital?? savoir de l?argent qui produit de l?argent. Cette sph?re financi?re serait celle de la valorisation d?un capital particulier, le capital financier, ? c?t? d?autres, o? se valoriseraient le capital industriel ou le capital commercial.? Toutes ces sph?res sont reli?es entre elles par des ?changes, des affaires r?ciproques. Toute crise de l?une se r?percute sur les autres bien que celles-ci n?y soient apparemment pour rien puisque les proc?s de valorisation sont vus comme s?par?s. Ainsi aujourd?hui toutes seraient victimes de la finance et des financiers. On affirme qu?elles??taient en bonne sant? et qu?elles ont ?t? contamin?es par les exc?s en tous genres de la sph?re financi?re. En r?alit?, la suraccumulation du capital ?tait, partout, g?n?ralis?e, cela quelles que soient les s?parations formelles des diff?rentes branches de la production ou des diff?rents moments du proc?s de valorisation (mobilisation de l?argent, investissements, production, commercialisation, etc.). Chacune de ces fractions n?est en fait qu?un des ?l?ments de ce proc?s g?n?ral de la reproduction du capital confi?s ? des capitaux sp?cialis?s et ? leurs fonctionnaires (agents) sp?cialis?s.

 

Pour bien comprendre que, contrairement ? ce qu?on veut nous faire croire, la crise actuelle est celle du capitalisme (un rapport de propri?t?, un mode de production, une soci?t?) et non d?une seule des fractions particuli?res du capital, il faut reprendre[1] l?analyse de ce qu?est ce capital financier, non seulement pour montrer son contenu, mais aussi les limites de son ext?riorit?, de son autonomie par rapport au capital productif de plus-value. Sur cette base, on pourra conclure? s?il est possible ou non de corriger les ??exag?rations?? du capital financier et en quoi ces ?ventuelles corrections constitueraient un moyen de relancer la valorisation du capital. Ceci ne serait d?ailleurs qu?une ??solution bourgeoise?? ? la crise.

 

La finance est le monde de la circulation de l?argent. C?est le lieu o? l?argent semble produire de l?argent. L?ext?riorit? relative ou autonomie du capital financier existe avant m?me qu?il n?existe comme tel car elle est inh?rente ? la forme argent en g?n?ral. En effet, comme on le sait, les marchandises ne peuvent s??changer que par l?interm?diaire d?un ?talon, d?un ?quivalent, d?une marchandise jouant ce r?le, faisant office d??talon. Cette marchandise, cet ?quivalent g?n?ral, n?est autre que l?argent (une monnaie). D?o? plusieurs cons?quences, dont les deux suivantes?:

 

1?) ce m?diateur de l??change est ext?rieur ? la richesse produite. Il repr?sente sa valeur c?est-?-dire la quantit? de travail social qu?elle contient, et cela de fa?on imaginaire, purement conventionnelle d?s qu?il s?agit de monnaie fiduciaire ou scripturale. Cette ext?riorit? fait qu?il peut ?tre ?mis de cette monnaie une quantit? quasi illimit?e. Il suffit de faire tourner ??la planche ? billets??. Le cr?dit est justement le moyen essentiel pour qu?une telle ?mission se fasse. Cette ind?pendance formelle de la monnaie par rapport aux marchandises entre toutefois en contradiction avec une d?pendance r?elle?;

 

2?) la contradiction mon?taire r?side dans la double fonction de la monnaie[2]. D?abord, en tant que signe m?diateur indiquant les proportions de l??change. Peu importe alors sa valeur. En effet, si une quantit? x de marchandise B s??change contre une quantit? y de marchandise C, en valeur on a xB = yC. Peu importe qu?on convienne que xB = 100 euros = yC, ou que xB = 1000 euros = yC. On peut? ?mettre autant de signes qu?on veut sans que cela change quoi que ce soit aux valeurs ?chang?es et donc aux proportions de l??change ? un moment donn?. Mais la monnaie a aussi une deuxi?me fonction. En tant que repr?sentante de la valeur, elle est cens?e la conserver. Or s?il est ?mis plus de monnaie que de valeurs produites et ?chang?es c?est-?-dire si la masse mon?taire en circulation augmente plus que celle des valeurs ?chang?es, alors l?unit? mon?taire ne repr?sente plus la m?me valeur. C?est le ph?nom?ne bien connu de l?inflation mon?taire. Dans ce cas, le vendeur de xB qui en recevrait 100 euros ne pourra acheter plus tard, apr?s une telle ?mission mon?taire, que moins que les yC pour le m?me prix nominal. Ce ph?nom?ne peut se produire parce que la m?diation de l?argent implique la s?paration des actes d?achat et de vente et permet donc qu?elle recouvre un grand laps de temps. Nous verrons que le cr?dit, en tant qu?il est cr?ation mon?taire priv?e, est un puissant facteur d?inflation (d?augmentation des prix nominaux), et tout particuli?rement d?inflation de la masse financi?re (quantit? et prix des titres financiers).

 

C?est parce que l?argent se pr?sente non seulement comme signe ?talon m?diateur des ?changes, mais aussi comme repr?sentant de la valeur pendant le temps qui s?pare la vente d?une marchandise de l?achat d?une autre qu?il se pr?sente aux yeux des agents comme ?tant lui-m?me la valeur[3]. Il appara?t m?me comme la valeur supr?me puisqu?elle seule peut s??changer contre toutes les autres, puisqu?il peut tout acheter. Et la forme argent, cette ??forme autonome de la valeur?? comme disait Marx, permet ensuite l?existence du cr?dit. Celui-ci n?est rien d?autre qu?une? cr?ation et une circulation d?argent relativement d?tach?es de celles des marchandises. Et il s?en d?tachera toujours davantage? jusqu?? ce qu?une crise advienne qui d?gonflera cette suraccumulation l? aussi. Le cr?dit est possible gr?ce ? cette forme argent de la valeur (de la richesse sociale). En m?me temps il permet d?en d?multiplier la cr?ation.

 

Nous avons rappel? au chapitre 2 les principales raisons qui ont contraint au n?cessaire d?veloppement du cr?dit. Mais celui-ci n?aurait pu se d?velopper sans l?organisation concomitante d?un syst?me de cr?dit c?est-?-dire d?un ensemble d?institutions sp?cialis?es (banques, bourses, etc.), de r?gles et de lois assurant la cr?ation et la gestion du cr?dit. Assurant donc notamment cette triple fonction?:

 

– une fonction de ??fabrication?? du cr?dit (cr?ation mon?taire), ainsi que de transformation de cette monnaie priv?e en ??vraie?? monnaie d?Etat par divers moyens tels l?escompte ou la titrisation?;

 

– une fonction de collecte de l??pargne et de sa concentration en capital sous sa forme argent afin d?accompagner et stimuler sa concentration sous ses formes mat?rielles?;

 

– une fonction de circulation de ce capital (acc?l?ration de la rotation et de la mobilit?).

Le capital financier se s?pare formellement comme tel du capital productif au fur et ? mesure que se structurent et se sp?cialisent les institutions financi?res. C?est un capital fait de titres de cr?ance sous? forme de d?p?ts bancaires vari?s, de titres financiers priv?s ou publics, cot?s ou non, de contrats de ventes ou d?achats ? terme ou encore d?innombrables ??produits d?riv?s?? cr??s par la finance contemporaine. Quelle que soit cette forme, il s?agit toujours d?un titre de papier qui repr?sente une somme d?argent cens?e s?accro?tre sans que son possesseur n?ait ? se soucier de la convertir en moyens de production. Notons que cette somme peut fort bien n??tre que virtuelle et ??l?investisseur?? ne toucher que le gain?.ou subir la perte. Tel est le cas dans les op?rations ? terme faites ? cr?dit, qui nourrissent la sp?culation (le cr?dit et la sp?culation sont ins?parables.) Ces titres financiers se distinguent de la simple monnaie en ce qu?ils sont cens?s rapporter dividendes ou int?r?ts. Mais ils sont convertibles le plus souvent quasi instantan?ment en monnaie et r?ciproquement. En ce sens, argent ou titres sont des signes mon?taires c?est-?-dire une cr?ance sur une part de la richesse sociale. Ensemble, ils sont ce que les ?conomistes appellent ??des liquidit?s??, ? la diff?rence du capital existant sous la forme solide et fixe de moyens de production.

 

En premier lieu, la sph?re du capital financier pleinement constitu?e du capitalisme moderne est celle d?o? part l?argent A. Elle le? fournit aux autres sph?res du capital d?o?? il revient gonfl? d?int?r?t ou de dividende, comme A? sup?rieur ? A. La sph?re du capital financier semble ainsi ?tre la sph?re du capital par excellence puisque c?est l? que semble se passer la valorisation de A en A?. Bien ?videmment int?r?t et dividende ne sont que cette part de la plus-value r?alis?e qui est distribu?e aux financiers. L?autre part est affect?e ? des investissements suppl?mentaires (accumulation), ainsi qu?aux imp?ts, aux r?mun?rations des cadres sup?rieurs, au paiement des couches improductives, aux d?penses somptuaires diverses, etc. Pourquoi une part de cette pl va au financier, capitaliste passif, simple pr?teur ? Parce qu?il a conserv? la propri?t? de l?argent. Il n?en a conc?d? que l?usage au capitaliste actif. Et cet usage consiste ? le transformer en moyens de produire la pl. Comme dans les grandes entreprises d?aujourd?hui tout le capital argent est du capital de pr?t, il semble que tout le profit distribu? va au financier. En r?alit?, les managers, capitalistes actifs, re?oivent aussi leur part de pl, sous forme de stock-options, d?int?ressement aux b?n?fices, de hautes r?mun?rations, d?avantages en nature, etc. Mais comme il semble que toute la pl va aux financiers, que la valorisation A-A? se passe dans la sph?re financi?re, qu?elle ne concerne et ne profite qu?aux propri?taires de l?argent, il semble aussi que les capitalistes actifs qui ma?trisent les moyens de production et organisent l?extorsion du surtravail et sa transformation en pl n?en re?oivent pas une part, et ne sont au pire que des ex?cutants oblig?s et dociles de financiers avides, ?go?stes et dictatoriaux.

 

Du fait que c?est lorsque le capital revient sous sa forme argent que l?on sait s?il y a eu ou non valorisation, c?est ?videmment en tant que capital financier qu?est d?finie la rentabilit? du capital. C?est donc aussi de l? que partent les d?cisions de poursuivre ou non le proc?s de valorisation r?el, ? tel endroit, pour tels produits, etc. Ainsi, c?est le capital financier qui para?t se subordonner le capital productif, d?autant plus qu?il en nomme les dirigeants. En r?alit? ce n?est pas le capital financier qui d?cide. Ce sont les conditions qui assurent le profit maximum. Et les dirigeants sont choisis en fonction de leur capacit? ? les mettre en ?uvre. Le capital financier comme le capital en fonction, et donc leurs agents, sont soumis ? ces conditions, ? cette loi g?n?rale inexorable et incontournable du capital, inh?rente au rapport social de l?appropriation priv?e. C?est ce rapport qui exerce sa dictature, s?il faut employer ce terme cher en la mati?re aux d?magogues de la gauche prompts ? d?noncer ? grands cris la dictature de la seule finance pour sauvegarder en catimini le capital dans son essence.

 

A vrai dire l?argent n?est m?me pas du capital?; au mieux, c?est du capital virtuel. Ce n?est que dans les m?tamorphoses de l?argent en toutes les conditions de la production de pl, et si elles r?ussissent? jusqu?? la vente, qu?il se transforme en capital, en proc?s de valorisation. K. Marx faisait une remarque tr?s pertinente du m?me ordre ? propos de l?argent sous forme de titres financiers, telles les actions, par exemple, qui sont ???.un duplicata du capital r?el, (des) chiffons de papier, comme si un certificat de chargement pouvait avoir une valeur ? c?t? du chargement, et en m?me temps que lui?.le capital r?el existe ? c?t? d?eux et ne change absolument pas de mains si ces duplicata passent d?une main dans une autre.??[4] Ce d?doublement du capital r?el, de la valeur r?elle dans un titre de propri?t? est typique du capital financier. C?est du capital de papier, du capital fictif.

 

Mais ce d?doublement peut lui-m?me ?tre d?doubl? par l??mission de titres repr?sentant d?autres titres, ou m?me simplement les variations de leurs prix. En fait, nous allons voir qu?avec le cr?dit il se produit sur une grande ?chelle une sorte de d?multiplication du capital financier sur lui-m?me. Il semble pouvoir grossir de fa?on autonome, beaucoup plus vite et beaucoup plus massivement que le capital en fonction dont il ?tait cens? initialement repr?senter la valeur sous forme argent dans le moment dit de la circulation. Grossissement effectif d?ailleurs, jusqu?? ce qu?un krach vienne d?mentir ce d?couplage. Avant d?analyser le r?le de cette hypertrophie des titres financiers dans la crise, il convient donc de rappeler d?abord l?existence de ce processus, et d?en rendre compte.

 

 

3.2. puissance d?expansion autonome du capital financier

 

La premi?re chose qu?il faut avoir en m?moire en ce qui concerne le cr?dit, dont les titres forment le capital financier, est qu?il se d?veloppe d?abord selon les besoins des agents ?conomiques, de leurs activit?s. Le cr?dit est une cr?ation priv?e de monnaie. Ses premi?res formes, tels la lettre de change et le billet ? ordre pouvaient d?j? servir de monnaie pour d?autres transactions en ?tant endoss?es. Aujourd?hui, les banques sont les principales cr?atrices de monnaie qu?elles fournissent aux agents ?conomiques ? qui elles ouvrent un cr?dit. Rappelons bri?vement comment.

 

En g?n?ral le public croit que les banques pr?tent l?argent qu?elles ont dans leurs coffres. Absolument pas. Leurs capitaux propres et les d?p?ts dont elles disposent ne repr?sentent qu?une faible part de l?argent qu?elles pr?tent[5]. Elles pr?tent de l?argent qu?elles cr?ent. On en comprend facilement le m?canisme en supposant, pour simplifier, une banque unique repr?sentant le syst?me bancaire dans sa globalit?. Elle accorde un cr?dit ? Mr. A. Cela veut dire qu?elle donne ? Mr. A le droit de tirer un ch?que sur la banque, par exemple, pour l?achat d?une maison ? Mr. B. Comme Mr. A n?avait pas l?argent n?cessaire sur son compte avant ce cr?dit, Il devient ??pour la banque un d?posant imaginaire??[6]?: simple jeu d??criture. Selon le vieil adage des banquiers, ??ce sont les cr?dits qui font les d?p?ts et non l?inverse??. En effet, la banque inscrit ? l?actif de son bilan sa cr?ance sur Mr. A et au passif un d?p?t nouveau. En fait, le vendeur Mr. B. remettra le ch?que qu?il a re?u de Mr. A. ? la banque et le d?p?t sera ? son nom. Le bilan de la banque a gonfl? du montant de cette cr?ation mon?taire mais ??il n?y a eu ici aucune intervention de billets??[7], de monnaie d?Etat, rien que des ?critures dans les bilans des banques et les comptes courants de leurs clients[8]. Ce sch?ma, valable dans le cas d?une? banque unique, demeure tout aussi valable dans un syst?me ? banques multiples car, dans ce cas, chacune des banques re?oit en d?p?t des ch?ques tir?s sur les autres banques. L?ensemble de ces traites se compensent plus ou moins?; l?op?ration est r?alis?e par les chambres de compensation?; seuls les soldes sont r?gl?s en ??vraie?? monnaie d?Etat?; mais, le plus souvent, ils font encore l?objet de cr?dits, interbancaires.

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La deuxi?me chose qu?il faut avoir en m?moire ? propos de la cr?ation mon?taire par le cr?dit, c?est que l?Etat, via sa banque centrale, est oblig?, du moins ? peu de chose pr?s, de fournir au syst?me financier l?argent ??officiel?? dont il peut avoir besoin, en reprenant alors les cr?ances que les banques lui confient en ?change. L?Etat est, par essence, l?organisateur supr?me des int?r?ts du capital et de la soci?t? capitaliste. Il doit et il ne peut que soutenir la croissance (donc l?accumulation du capital)? la plus forte possible et veille donc ? la cr?ation mon?taire qui lui est n?cessaire. Or en ces d?buts du 21?me si?cle, 93% de la cr?ation mon?taire rel?ve des cr?dits bancaires c?est-?-dire de l?initiative priv?e. 7% seulement rel?ve de billets et pi?ces ?mis par la banque centrale (la planche ? billets). Celle-ci a simplement pour r?le de fournir aux banques le ??vrai?? argent qui peut leur ?tre demand? par les d?posants ou dont elles peuvent avoir besoin pour solder leurs op?rations entre elles. En temps ??normal??, la banque centrale accompagne ainsi le d?veloppement de la cr?ation mon?taire priv?e par l?escompte, ?change d?argent contre des cr?ances. Lors des crises, elle doit m?me accepter de recevoir toutes sortes de cr?ances ??toxiques??, irr?couvrables, afin que les banques aient assez d?argent pour payer leurs propres dettes (les actifs, d?valoris?s ou annul?s, ne couvrent plus le passif dont la plupart des ayant droits, sinon tous, r?clament? le remboursement lors des crises financi?res). La banque centrale est oblig?e de garantir la transformation de la monnaie priv?e en monnaie d?Etat quelle que soit la situation. En p?riode de croissance, car, si elle ne le faisait pas, plus personne n?aurait confiance dans le cr?dit et la sacro-sainte croissance s??croulerait ? la grande fureur du monde capitaliste. En p?riode de crise, elle y est encore plus oblig?e? sinon tout le syst?me financier s??croulerait, et avec lui? le capital dans son ensemble qui ne peut? exister ni se reproduire aujourd?hui sans le cr?dit. Bref, l?Etat ne peut pas d?cider de l??volution de la masse mon?taire ? sa guise. Il peut certes la stimuler ou la freiner mais, pour l?essentiel, ce sont les ma?tres de la production qui en d?cident selon les exigences des capitaux qu?ils g?rent. Ou, plus pr?cis?ment, avec l?Etat, ce sont les int?r?ts et les besoins qui? d?coulent du capital en g?n?ral qui d?cident au-del? de tels ou tels int?r?ts particuliers. On le voit? aujourd?hui?: les Etats d?cident de relancer la croissance par l?accroissement du cr?dit en offrant des avances d?argent quasi gratuites. Mais le volume des affaires d?gringolant, les capitalistes d?cident autre chose?: ils ne veulent pas de cr?dit. Ni en faire, ils ont d?j? trop d?impay?s. Ni en recevoir, ils sont d?j? trop endett?s. Donc ils ne prennent cet argent que dans la mesure o? ils doivent boucher le trou des impay?s et rembourser leurs dettes, pas pour investir en faveur de la croissance. Nous y reviendrons.

 

Ouvrons ici une parenth?se pour observer que cette cr?ation mon?taire par le cr?dit se manifeste sous la forme d?une existence double du m?me argent?: comme argent dont l?emprunteur dispose et comme un nouveau d?p?t cr?? au bilan de la banque en contrepartie d?une cr?ance et sur lequel le titulaire (Mr. B. dans notre exemple) peut tirer de l?argent. Une fois encore, on d?couvre? cette caract?ristique du cr?dit de pouvoir d?doubler la repr?sentation d?une m?me valeur. Et on peut illustrer cela d?une autre fa?on en retournant contre ses tenants l?id?e que ce seraient les d?p?ts des uns qui financeraient les cr?dits des autres. Car m?me dans ce cas, ce serait encore reconna?tre que le m?me argent sert deux fois?: une fois comme avoir pour le d?posant et une fois pour le banquier qui le met ? la disposition de l?emprunteur (c?est bien pourquoi il est ??un d?posant imaginaire??).

 

Il est important de bien comprendre que le cr?dit est une cr?ation mon?taire induite par les activit?s des agents priv?s, agissant selon les rapports sociaux de l?appropriation priv?e des moyens de production. Sinon, on pourrait se laisser convaincre par les th?ses erron?es (examin?es plus loin au chapitre 4) selon lesquelles tout Etat peut contr?ler ? sa guise la masse des cr?dits et, par l?, rationaliser le d?veloppement du capitalisme. Afin de ne pas se laisser leurrer, insistons sur ce point et d?veloppons deux exemples contemporains.

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Premier exemple. Le d?ficit commercial des USA avec la Chine et avec d?autres pays asiatiques, r?sultat d??changes priv?s, aboutit ? obliger la banque centrale chinoise ? racheter aux exportateurs chinois les dollars re?us par eux et qui ne servent pas aux importations de marchandises U.S. Donc cela l?oblige ? ?mettre des yuans. En m?me temps, avec ces dollars, elle ach?te des titres de l?Etat US. D?but 2009, elle d?tient environ 1000 milliards $. Ces dollars retournent donc aux USA puisqu?elle les utilise pour acheter des titres US. L? encore, il y a d?doublement. C?est comme si les dollars n?avaient jamais servis. Mais des yuans ont bien ?t? cr??s ainsi que ces titres de la dette publique US qui viennent gonfler la masse mondiale de capital financier. Les ?changes priv?s entre am?ricains et chinois, financ?s par du cr?dit chinois, ont abouti ? une cr?ation oblig?e de monnaie publique chinoise et de titres financiers publics US.

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Deuxi?me exemple. Plus g?n?ralement la croissance d?mesur?e des dettes publiques g?n?r?es par les n?cessit?s de surmonter les difficult?s de la reproduction des soci?t?s capitalistes aboutit ? une cr?ation tout aussi d?mesur?e de capital financier. L?argent remis aux Etats par leurs cr?anciers est d?doubl? par les titres qui le repr?sentent (Bons du Tr?sor ou autres). Ces titres? dupliquent cet argent mais, comme celui-ci est d?pens? pour l?essentiel de mani?re improductive, ils ne repr?sentent m?me pas du capital en fonction. Ils ne sont que du capital fictif. ??L?accumulation du capital de la dette publique ne signifie rien d?autre? que le d?veloppement d?une classe de cr?anciers de l?Etat, qui sont autoris?s ? pr?lever pour eux certaines sommes sur le montant des imp?ts?Ces faits montrent que m?me une accumulation de dettes arrive ? passer pour une accumulation de capital?.??[9] Les Etats sont ainsi aujourd?hui les principaux cr?ateurs de capital financier fictif dont, par ailleurs, leurs dirigeants se plaisent ? d?noncer l?exub?rance irrationnelle et n?faste?!

 

Mais ils y sont oblig?s par leur fonction. Ils ont, en effet, ? organiser la valorisation du capital et la reproduction de la soci?t? capitaliste, Il s?ensuit un d?luge de subventions, d?exon?rations fiscales et d?aides diverses aux entreprises et un autre d?luge de d?penses pour contenir la lutte de classe (un peu d?aides sociales, beaucoup de police, ?norm?ment de co?teuses bureaucraties administratives et politiciennes). Et ils y sont encore plus oblig?s par la crise puisqu?ils doivent alors absolument sauver le syst?me financier en d?route du fait de l?hypertrophie de capital financier fictif que les agents priv?s ont caus? par le cr?dit.

 

Hypertrophie exacerb?e[10] par le fait que les titres de cr?dit peuvent ?tre ?mis presque ? volont?, comme si le capital financier se d?multipliait par lui-m?me. Ainsi, des titres financiers servent de ??sous-jacents?? pour donner naissance ? d?autres titres qui les dupliquent, comme par exemple ces titres de fonds qui rassemblent d?autres titres (actions ou obligations) et qui, eux-m?mes, sont dupliqu?s par des titres de fonds de fonds qui les rassemblent?! Mais surtout le cr?dit permet toutes les sp?culations ? ??effet de levier??[11]. En effet, la grande masse des produits financiers dont il est impossible de conna?tre tout l?enchev?trement et la complexit? (y compris pour les sp?cialistes), sont le plus souvent fond?s sur des op?rations et des engagements ? terme. On ne les paie pas cash. Une masse ?norme de toutes sortes de ??produits d?riv?s?? a ainsi ?t? cr??e. Ces produits ont pour caract?ristiques communes d??tre de simples paris sur les variations futures de leurs ?sous-jacents??. Ces derniers peuvent ?tre des actifs mat?riels ou financiers, voire de simples ??notions?? comme l?indice CAC 40 ou un taux de change ou d?int?r?t. Ils peuvent ?tre achet?s pour des mises de fonds initiales extr?mement faibles?; la perte ou le gain ne se faisant qu?? terme en fonction de l?ampleur des variations constat?es. Ainsi gains ou pertes peuvent atteindre 10 ou 100 fois la mise de fonds initiale. Tous ces contrats ? terme sont un bon exemple du caract?re fictif de ce capital financier, puisqu?ils ne sont que de la pure sp?culation et puisqu?on peut gagner de l?argent sans m?me en avancer, ou alors tr?s peu. Nous verrons plus loin le r?le de cette hypertrophie du capital financier dans la crise, accentu?e par une inflation quant aux prix des actifs (ce qui diminue leur rendement). Mais lorsque ce capital s??croule, il faut sauver le syst?me financier et c?est alors la dette publique qui s?accro?t ? proportion.

 

Rappelons seulement ? ce propos que l?encours mondial des seuls produits d?riv?s ?tait de 516.000 milliards $ ? la fin 2007[12]. D?autres produits financiers d?invention r?cente, les contrats ??swap?? (?changes de risques financiers en tous genres) ont connu une progression fulgurante. Rien que ceux portant sur des risques d?insolvabilit? de d?biteurs, les fameux CDS (credit default swap), sont pass?s de 0 ? 60.000 milliards $ entre 2000 et 2008[13]. Ces sommes sont ? comparer ? celle de 167.000 milliards d?actifs financiers suppos?s repr?senter un capital ??r?el?? encore que les ??experts?? appellent capital ??r?el?? un investissement dans n?importe quelle activit? non financi?re, productive ou non de pl. Il y a bien d?autres ??bombes oubli?es??, pour reprendre l?appellation maintenant donn?e aux fameuses op?rations ? effets de levier dites ??L.B.O.?? (leverage buy out,)?: ??Le L.B.O. est d?sormais La Bombe Oubli?e??. Par exemple, ??si les banques fran?aises avaient encore 22 milliards d?euros d?actifs pourris li?s aux subprimes apr?s 25 milliards de d?pr?ciations en 2007-2008, elles d?tenaient 28 milliards de pr?ts L.B.O. provisionn?s ? hauteur de seulement 2 milliards. Un baril de poudre qui n?attend plus qu?une poign?e de m?ches.??[14]

 

Ces exemples ont pour objet de donner une id?e de l?hypertrophie du capital financier, fictif. Peu importe finalement de conna?tre tout l??ventail de ses ??produits??. Il suffit de le constater et d?en conna?tre le support?: le cr?dit, dont nous avons montr? l?origine et la n?cessit? dans les rapports marchands et capitalistes. Tous les ?conomistes reconnaissent ais?ment que l?exc?s de cr?dits est ce qui forme ces bulles financi?res qui ?clatent en krachs. Mais ce constat n?est rien tant il cr?ve les yeux. Il laisse sans r?ponse deux questions essentielles?: 1?) pourquoi ce ph?nom?ne se produit de fa?on r?currente sans que les Etats ne puissent l?emp?cher?? 2?) Quel est le r?le de cette hypertrophie dans la crise g?n?ralis?e du capitalisme??? Nous avons d?j? r?pondu ? la premi?re. Faisons le pour la seconde.

 

 

3.3. le r?le du capital financier dans la crise

 

Nous avons d?j? rappel? que le d?veloppement du cr?dit s?expliquait d?abord comme une contre-tendance ? la baisse du taux de profit et qu?il contribuait ? plus long terme ? l?accentuer. En effet, en acc?l?rant et stimulant le d?veloppement du proc?s de valorisation, il accentue ?galement ses contradictions internes?: il accro?t la productivit? et d?veloppe? la contradiction suraccumulation ? sous-consommation.

 

Maintenant nous pouvons ajouter que la tendance irr?pressible du cr?dit et du capital financier ? se d?multiplier implique ?videmment le gonflement de la masse de l?int?r?t qui doit r?mun?rer tous ces titres. Comme finalement l?argent ne vaut que par rapport ? la valeur de la richesse r?elle qu?il repr?sente et que, de la m?me fa?on, il ne repr?sente une valeur se valorisant (un capital) par l?int?r?t que dans la mesure o? celui-ci est une part d?une plus-value r?elle, on voit que le gonflement du capital sous forme financi?re ne fait qu?accro?tre la masse d??argent qui se veut capital et exige de recevoir une part de la plus-value. Comme le capital financier n?en produit pas, son gonflement a pour cons?quence de diminuer le taux de profit moyen pour tous les capitaux[15]. De plus, il faut inclure dans cette diminution du taux de profit les faux-frais pour le capital que sont les co?ts n?cessaires au fonctionnement du vaste syst?me financier.

 

Marx a montr?[16] que le profit g?n?ral ?tait, en r?sum?, la somme de l?int?r?t (ou du dividende, qui est, pour lui, ? juste titre, la m?me chose?c?est-?-dire la contrepartie de la cession de la valeur d?usage de l?argent), des profits et de la rente fonci?re. Cela ?tant, la masse de ce profit n?est pas affect?e par la fa?on dont elle se r?partit entre ces diff?rents ayants-droit. Mais le taux l?est si cette masse n?augmente pas proportionnellement ? celle des capitaux ??ayants-droit??. Et Marx ne pouvait pas imaginer ? son ?poque ? quel point la masse de capital financier augmenterait au del? de celle du capital productif.

 

Le paradoxe c?est que, dans une premi?re phase pr?c?dant la crise, plus le capital a du mal ? se valoriser dans un proc?s de production, plus cela stimule, en guise de contre-tendance, le gonflement du cr?dit et donc du capital financier fictif. Cela produit une sorte ??d?effet de ciseaux?? qui finalement renforce la baisse du taux de profit?: le capital productif de pl ne s?accumule plus que lentement (effet de la suraccumulation de ce capital) ? l?inverse du capital financier fictif, consommateur d?une plus-value qu?il ne produit pas. De sorte que la phase pr?c?dent la crise appara?t n?anmoins d?abord, gr?ce au cr?dit, comme une phase de valorisation du capital en g?n?ral parce que les prix des actions et autres actifs financiers montent, les bourses sont euphoriques gr?ce notamment aux OPA et aux sp?culations, et parce que la consommation dop?e au cr?dit soutient artificiellement la production. Ce que per?oivent les agents ?conomiques, c?est qu?il y a bien accumulation de capital, mais ils ne la comprennent pas comme ?tant surtout une accumulation de capital fictif, un exc?s de cr?dits.

 

Dans cette phase euphorique, il se produit une sorte d?autova?lorisation du capital financier. La hausse du prix de ces actifs ainsi que de l?immobilier attise l?int?r?t des ?pargnants, petits et grands. La demande de cr?dit augmente. Les banques s?empressent de la satisfaire. Elles sont soutenues en cela par les banques centrales des Etats qui doivent, m?me si elles disent parfois le contraire, faciliter le cr?dit en offrant des liquidit?s abondantes et bon march?. Par ailleurs, elles ont trouv? le moyen de se d?barrasser de leurs cr?ances sur le march? financier en les titrisant[17], ce qui leur fournit de l?argent pour de nouveaux cr?dits. C?est la spirale de la hausse. Le cr?dit est d?autant plus facilement accord? que la hausse des prix des titres financiers sert de contrepartie pour en obtenir plus et acheter d?autres actifs. Achats qui font encore monter leurs prix et ainsi de suite jusqu?au krach qui r?v?le le caract?re purement sp?culatif et artificiel de cette hausse autoentretenue par ce m?canisme de cr?dit qui n?est garanti que sur des actifs eux-m?mes achet?s ? cr?dit. Toute nouvelle cr?ance est ainsi garantie par une cr?ance ant?rieure, comme les cartes d?un ch?teau de cartes.

 

Cet ??effet de levier?? (ou effet d?multiplicateur) du cr?dit a atteint des niveaux consid?rables. Les banques et autres fonds d?investissements ??ont investi en moyenne sur la base d?un ratio de 24 ? 1 entre capitaux ext?rieurs (emprunt?s) et capitaux propres??[18]. La banque Lehman Brothers, c?l?bre pour sa retentissante faillite en 2008, ?tait championne en cette mati?re : ??677 milliards de dettes pour 23 milliards de capital fin 2007??[19], soit environ 1 dollar apport? contre 29 emprunt?s pour un investissement de 30?! Ce qui signifie ?videmment un profit ?norme quand tout va bien et, ? l?inverse, une perte tout aussi ?norme en cas de mauvaises affaires?: il faut alors rembourser 24 ou 29 en plus du 1 perdu. Ce qui veut dire vendre d?autres titres ou actifs mat?riels. Mais comme dans la crise tout le monde veut vendre en m?me temps, press?s par les cr?anciers de rembourser les dettes[20], oblig?s de combler les trous de leurs propres cr?ances devenues irr?couvrables, tous les prix s?effondrent et c?est l?insolvabilit? g?n?rale qui se d?veloppe. Le cr?dit s?effondre. Spirale de la hausse ou spirale de la baisse, ??dans les deux cas la rationalit? individuelle produit l?instabilit? collective??[21]. C?est ainsi que plus de 50.000 milliards de dollars sont ??partis en fum?e sur les march?s financiers en 2008??[22].

 

Pour en revenir ? l?effet de ciseaux ?voqu? ci-dessus, on voit bien que l?accroissement de la masse mon?taire induit par l?accroissement du cr?dit produit bien de l?inflation. Celle-ci n?a pas disparu, contrairement ? ce qu?ont affirm? nombre d?experts. Simplement, elle s?est port?e sur les prix des actifs financiers et immobiliers (bases des rentes) plut?t que sur ceux des biens de consommation. Ce qui est encore, nous le verrons, une manifestation de la suraccumulation du capital (et de la mondialisation qui l?a accompagn?e) qui a induit une concurrence plus acharn?e et une tendance d?flationniste du prix des marchandises produites massivement.

 

Ce gonflement de la masse des titres financiers et de leurs prix finit par produire une baisse du taux de profit moyen non seulement comme nous l?avons dit ci-dessus ? cause de la d?multiplication des ayants-droit au partage des profits, mais aussi parce que la hausse des prix de ces titres abaisse m?caniquement leur rendement (le ratio taux int?r?t/somme investie pour l?achat du titre). Et cette baisse des rendements, rendements qui sont, pour les capitalistes passifs,? les seuls taux de profit qu?ils connaissent? et qui motivent leur d?cision d?investir ou non, conduit les Etats et les banques ? augmenter davantage encore l??mission de cr?dits dans l?espoir de la contrer. Ces cr?dits deviennent alors n?cessairement de plus en plus risqu?s. Au point que le risque tourne en catastrophe comme ce f?t le cas pour les d?sormais c?l?bres ??subprimes?? aux USA et ailleurs. Mais ce qui est apparu comme un exc?s de cr?dits dans le secteur immobilier n??tait que la partie ?merg?e de l?iceberg. L?exc?s ?tait g?n?ralis? et mondial comme l?a prouv? l?effondrement de tout le syst?me du cr?dit. Et? cet effondrement du syst?me financier s?est r?v?l? ?tre en fait une crise g?n?ralis?e du capitalisme comme l?a prouv? la mise en ?vidence par cette crise de la suraccumulation ? sous-consommation. Cette ?vidence, la quasi totalit? des ?conomistes n?arrive? toujours pas ou ne veut toujours pas la reconna?tre. Ces ?conomistes ne parviennent toujours pas ? aller au-del? des apparences.

 

Qu?est-ce qui fait que la crise leur appara?t comme due aux ??exc?s?? de la finance, ? l?hypertrophie anarchique du cr?dit, aux man?uvres folles de traders cyniques avides de bonus, bref ? des causes limit?es ? la sph?re financi?re?? C?est que non seulement tous ces faits sont r?els, mais ils sont aussi les plus imm?diatement visibles?; ils cr?vent les yeux, tandis que les raisons profondes qui les engendrent et les nourrissent ne le sont pas et exigent un travail scientifique d?analyse et d?approfondisse?ment tel celui entrepris par Marx dans le Capital.

 

Il est exact que toute crise de l??poque capitaliste appara?t dans la sph?re financi?re, celle de la circulation de l?argent. Il en est ainsi parce que c?est sous la forme argent que le capitaliste ??entreprend??. C?est aussi sous la forme argent qu?il d?couvre plus tard si son entreprise a ou non atteint son but c?est-?-dire s?il a ou non r?cup?r? plus d?argent qu?il n?en avait mis? au d?part. Ainsi il ne conna?t la validit? de ses choix qu?apr?s la phase de production proprement dite. Et dans le capitalisme moderne o? tout le proc?s de valorisation est fond? essentiellement sur le cr?dit, c?est l?insolvabilit? massive des emprunteurs qui annonce, apr?s coup qu?il y a eu suraccumulation de marchandises et de moyens de les produire relativement ? la production-r?alisation de profits. C?est pourquoi la crise appara?t d?abord dans la sph?re financi?re comme un effondrement des titres de cr?dit

 

Mais est-ce pour autant que la cause de la crise est financi?re, qu?elle r?side dans ces exc?s de cr?dits?? La r?ponse ? cette question se trouve d?j? dans les analyses pr?c?dentes. Cependant il est utile d?y revenir maintenant de fa?on sp?cifique parce que tous les id?ologues bourgeois, ?conomistes, politiciens, journalistes, n?ont cess? de mettre en cause non pas le capital, mais la finance et les financiers, non pas le capitalisme mais le lib?ralisme.?Il convient donc d?accorder une attention particuli?re ? cette question et de s?opposer ? cette escroquerie qui a pour but, conscient ou non, peu importe, de conserver et de reproduire le capitalisme sous une forme qu?ils nous promettent ?videmment bien meilleure.

 

 


[1] ? Voir T. Thomas L?h?g?monie du Capital Financier et sa Critique, op. cit. o? le sujet a ?t? trait? plus longuement.

[2] ? Ibidem, chapitre 1, section 1.2, p.18 ? 26.

[3] ? Le fait que les monnaies m?talliques aient une valeur propre n?est pas trait? ici. Non seulement parce qu?elles ne sont plus utilis?es depuis longtemps mais aussi parce qu?elles ne supprimaient pas la contradiction mon?taire.

[4] ? K. III, 2, p.139.

[5] ? D?j? en 1840 un banquier cit? par Marx (K. III, 2, p.65) ?crivait ? ce propos?: ??Les traites sont un ?l?ment de la circulation d?un montant sup?rieur ? tout le reste pris ensemble.??

[6] ? K. Marx, K. III, 2, p.122.

[7] ? Ibidem.

[8] ? Avec la carte bancaire informatis?e, la circulation mon?taire de monnaie officielle se r?duit encore plus. Le cr?dit, par contre, se d?veloppe davantage et concerne les moindres consommations quotidiennes.

[9] ? K. III, 2, p.138-139.

[10] ?????????? ??Entre 1992 et 2007 la taille du march? financier a ?t? multipli? par 150?? Le Monde Diplomatique, d?cembre 2008.

[11] ?????????? Effet de levier?: acheter un actif pour 30 euros, par exemple, en en empruntant 29. Emprunt garanti par la valeur de l?actif. Si la valeur de l?actif monte ? 40, l?euro investi en aura rapport? 10. Si celle-ci s??croule, la perte est d?multipli?e de m?me, et, souvent, le cr?ancier perd sa cr?ance devenue ??actif toxique??.

[12] ?????????? D?apr?s La Tribune du 23.11.07, dont 374.000 mds. de contrats sur les taux d?int?r?ts, 49.000 mds sur les taux de change et 9.000 mds sur les actions. Chiffres certainement approximatifs compte tenu de l?opacit? du monde de la finance.

[13] ?????????? Une ex-vedette de la finance proposait cette m?taphore?: ??Les CDS c?est un peu comme si on pouvait acheter une assurance incendie sur la maison de quelqu?un d?autre et percevoir une prime le jour o? la maison br?le?? J.M. Messier, ex PDG condamn? de Vivendi, Les Echos, 22.01.09

[14] ?????????? Les Echos, 16.06.09.

[15] ?????????? Je passe ici sur le fait que certains titres financiers ne sont que des sp?culations o? les gains des uns sont faits des pertes des autres. C?est alors un jeu ? somme nulle qui n?a pas de cons?quence sur le taux de profit moyen, du moins tant que les cr?dits qui sous-tendent ces op?rations sont rembours?s aux banques et n?affectent pas leurs b?n?fices. Or c?est bien ce qui se passe aujourd?hui avec la crise.

[16] ?????????? K. III, 1, p.252-253.

[17] ?????????? Cr?ation d?un ??produit financier structur? regroupant et m?langeant des cr?ances de diff?rentes esp?ces et repr?sent? par des titres (type CDO?: collateralized debt obligations) qui sont vendus sur le march? financier ? des institutions ou des particuliers.

[18] ?????????? Probl?mes Economiques n? 2.958, 12.11.08

[19] ?????????? La Tribune, ???ditorial??, 27.10.08

[20] ?????????? La situation des d?biteurs s?aggrave d?autant plus que lorsque leur situation se d?grade les cr?anciers font jouer les clauses des contrats, dites ??covenants??, qui leur permettent d??tre plus exigeants en mati?re de taux d?int?r?ts, de garanties et de remboursements.

[21] ?????????? M. Aglietta et L. Berrebi, op. cit. p.223.

[22] ?????????? Estimation de la Banque Asiatique de D?veloppement, cit?e par Le Figaro Economie 10.03.09, et consid?r?e par lui comme assez inf?rieure ? la r?alit? puisque ne tenant pas compte des pertes consid?rables enregistr?es sur certains produits d?riv?s tels les fameux CDS (credit default swaps).

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