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Contre le B?b?-Bulle-Mentale

PAUL LAURENDEAU La vieille robinsonnade consistant ? vouloir enfermer ses enfants hors du monde social conna?t une vive r?surgence, dans une version contemporaine toute pseudo-moderne, et la susdite robinsonnade ne manque pas de s?autol?gitimer, sans balise critique aucune, en accusant de tous les maux le cirque hyper-inform? contemporain. Une de ces fameuses mamans n?o-contr?lantes soit disant ?clair?es de notre temps s?aper?oit soudain, un beau matin, que sa petite fille ador?e chante, avec une pr?cision de fine dentelli?re-paroli?re, la chanson sentimentale niaiseuse d?une de ces pubes t?l?visuelle ineptes, comme il y en a tant au tout venant. Sentant se plisser la bulle de son emprise et se jugeant partie prenante de notre ch?re petite ?lite frapp?e et fin-finaude d?but de si?cle, Maman N?o-Contr?lante ?crit tambour battant aux m?dias pour que cette pube idiote soit retir?e des ondes, pendant les ?missions pour enfants ros?tres de son petit tr?sor exclusif? Suppression d?abord, jugeote apr?s.

En proclamant unilat?ralement que cette pube niaiseuse, ench?ss? bien sottement dans une ?mission pour enfant populaire, n?est pas de l??ge de votre petit b?b?-bulle, ch?re Maman N?o-Contr?lante de notre temps, vous n?avez rien expliqu?, rien d?crit et surtout, vous n?avez rien compris. Au lieu de vous insulariser intellectuellement en allant vous plaindre aveugl?ment aux toutes abstraites et s?curisantes autorit?s-aux-doigts-sur-le-piton au sujet de la pr?sence de cette niaiserie navrante au milieu d??missions pour enfants, et d?accuser du tout de la chose la Grande Qu?tainerie Universelle Ext?rieure, la question fondamentale qu?il faudrait articuler est: pourquoi la douce enfant en fleurs reprend-elle par le menu cette chanson sentimentale sp?cifique (et ignore toutes les autres pubes f?tides du baril)? R?ponse implacable: l?enfant est tout simplement d?j? interpell?e par la portion d?univers social ?voqu?e dans cette chansonnette. Vouloir l?en priver, l?en hyper-prot?ger, c?est retomber dans le vieux r?flexe convulsionnaire du parent encore et toujours en retard d?une coche ?volutive? R?flexe r?actionnaire s?il en fut et, alors l?, bien plus vieux et archa?que que T?l? Stupidit? & Associ?(e)s.

Quand ton enfant chante une chanson, c?est qu?il est fin par? pour interpr?ter cette chanson, dans tous les sens du terme. Pourquoi la Maman N?o-Contr?lante contemporaine, et son conjoint, aussi frapp? et pas plus fin qu?elle au demeurant, pr?conisent-t-ils toujours, ouvertement ou en sous-main, la compulsion anti-progressiste? Pourquoi faut-il que la chaloupe chialante penche toujours sur le m?me bord: tribord (la droite). Mais c?est une rengaine populaire du tout venant sociologique que votre petiote roucoule l?, sans malice, rien de plus? Tapez du pied et cessez de bougonner? Personnellement, j?entends bien prot?ger mes enfants du genre d?ineptie de droite d?crite ici. Et je le ferai. Notons d?abord que si ces Parents N?o-Contr?lants, pour leur part, ont cru ?prot?ger? leur enfant de leurs propres compulsions retardataires en sursautant tapageusement de la voir fredonner une rengaine sentimentale ?trop vieille pour son ?ge?, ils ont fait exactement le contraire. La gamine a vu et bien vu, de son jeune ?il ac?r? de petite chouette, que ?a pognait, les enquiquinait bien, les faisait superbement rissoler dans leur R?action et elle ne la l?chera plus maintenant, cette ritournelle? C?est ? la fois bien trop dr?le et bien trop susceptible de finir par leur faire cracher le morceau informatif tant convoit?.

Bon, soyons lumineusement limpide. Moi, je VEUX que mes enfants entendent des chansons sentimentales niaiseuses de pubes t?l?visuelles ineptes sur leur poste, quand je pionce le samedi matin en investissant, ? mes risques, la t?l? du statut fort douteux de gardienne d?enfants. Je trouve cela parfaitement inoffensif et je juge, en conscience, que ceux et celles qui pr?tendent prot?ger leurs enfants (et dans le mouvement, les miens) de la niaiserie omnipr?sente par la suppression opaque g?n?ralis?e font un pur et simple acte de CENSURE non assum?. Je ne partage pas ce genre d?implicites ?protecteurs?. Je les juge parfaitement nocifs et inaptes ? cr?er les conditions intellectuelles et mentales amenant mes enfants ? se poser puis ? me poser, en toute s?r?nit?, les bonnes questions. Je trouve mal avis? et hautement inefficace de ne pas du tout pr?parer mes enfants ? affronter le torrent bouillonnant de la b?tise ambiante, ? laquelle les chansons sentimentales niaiseuses et autres manifestations vernaculaires de la m?me farine les initie ouvertement et fort indubitablement. Le vaccin contre la niaiserie, cela s?instille petit ? petit et la solution r?pressive-suppressive pour B?b? Bulle-Mentale est une pure errance illusoire. Censurer, pour s??pargner d??duquer, n?est pas jouer?

C?est bien certain qu?il y aura toujours un ?l?ment de risque dans la d?couverte du monde. Sauf que, hein, ne me donne pas ton poisson mais apprends moi ? capturer mes propres poissons (Mao Zedong). L?absence de sens critique que les Parents N?o-Contr?lants imputent si rigidement aux enfants ne pourra se r?sorber que par une prise de contact initiale, empirique, directe, personnelle, authentique, libre avec la fadaise critiquable. C?est seulement quand la gamine chantonne les sottises de bon coeur que la saine gouvernance parentale entre en action. Pas avant? Si tout percute la muraille ?paisse et onctueuse de la bulle mentale et comportementale de b?b?-bulle par avance et rebondit hors champ, la seule chose qu?on prot?ge vraiment, c?est l?autocratisme convulsionnaire, la raideur r?gressante, l?illusoire autorit?, la s?curit? temporaire, et la paresse intellectuelle des parents de B?b?-Bulle-Mentale? Les r?veils ult?rieurs de tout ce beau monde n?en seront alors que plus abrupts. Soci?t? de consommation ou pas, avec ordis, t?loches, r?seaux sociaux ou sans, votre mouflet va vous revenir un beau matin en fredonnant des fadaises douteuses et en fortillant dans un cadre de pens?e suspect, que vous n?endossez pas. ?a, c?est fatal. Les gamins et les gamines choppent des trucs dans le grand bourbier de la flatulence universelle, eh oui, c?est dans le cycle de la vie. Il vous faudra alors ins?rer vos options entre l??corce et l?arbre, en douce ou ? la dure, rajuster, questionner, intervenir et ce, sur votre prog?niture m?me, pas sur les sources torrentielles du fautif. Vous devrez agir sur la vision du monde de votre rejeton, d?j? si diff?rente de la v?tre, autant sinon plus que sur le monde m?me. Aucun appel au silence m?diatique, aucun rejet a priori de la chienlit consum?riste contemporaine ne vous ?pargnera ce rendez-vous crucial, devant votre enfan?on, avec le d?bat critique des g?n?rations? Il faut donc laisser la fadaise bien agir, en ouverture, en l?enfant, sans malice, voir ? distinguer ce qui glisse, de ce qui prend, de ce qui corrode et voir venir, en l?enfant toujours, son propre premier d?grossissage critique. Ce dernier sera souvent bien plus puissant que vous ne le soup?onniez?

Les parents contemporains interviennent trop. Ils bousillent purement et simplement l?univers ma?eutique de leur enfant avec leurs grosses pattes bien intentionn?es. Ils ne comprennent pas qu?ils sont les modestes instruments critiques de leurs enfants, pas leurs mentors ou leurs ma?tres. Le reste de la soci?t? ne vaut d?ailleurs gu?re mieux. Elle y va aussi de son barouettage et de sa manipe. Se voulant des commentateurs soci?taux plus ?th?r?s, subtils et autol?gitim?s que nos bons Parents N?o-Contr?lants, d?aucuns de nos pseudo-sociologues fins-finauds de toc se lancent aussi dans la promotion ouverte et hussarde de ces pulsions de censure, hypocritement d?guis?es en vis?es ?ducatives transcendantes. Ces pense-petits sans perspective affectent effectivement de se demander si, en laissant nos mouflets mac?rer dans le cloaque hyper-inform? de notre temps, on ne les pousse pas trop vers le portail en fleurs v?n?neuses du vedettariat instantan?, de la mondanit? superficielle, du ladygaga?sme ? tous crins, ou de la vie creuse faussement enviable des gens riches et baveux, plut?t que de leur faire entrevoir le bonheur sain, sec et pur de la franche r?alit? et l?importance des m?tiers ancr?s dans la vraie vie. On conna?t bien cette rengaine l?, aussi. En mirant le salaire et la gloriole de la derni?re cin?mateuse ? la mode, comment voulez vous que nos petiotes aspirent ? devenir chauffeuses de bus ou infirmi?res, s??crient certains de nos folliculaires? Quoi maintenant? Il faudrait que je brise les reins des aspirations semi-fantasm?es de l?enfance de mon enfant, comme au bon vieux temps du ??cur?e de la famille??, pour mieux faire plus de soldats dociles pour le capitalisme en ruine. Euh? Pas question. Vous voulez des infirmi?res et des chauffeuses de bus? Payez des salaires d?cents aux infirmi?res et aux chauffeuses de bus? Quand les infirmi?res feront autant que les m?decins, les chauffeuses de bus autant que leur petits chefs, y en aura, des infirmi?res et des chauffeuses de bus?

En tant que parent, je ne me d?finis pas comme engag? dans une surveillance r?pressive d?assi?g? mais plut?t dans un encadrement critique ouvert sur un monde o? le g?nial et le myst?rieux c?toient le niais et le fallacieux, en un kal?idoscope fugace et fluide. La m?taphore de l?immunisation tient bien mieux la route ici que celle de la bulle protectrice. Que mon petit tr?sor re?oive la foutaise ambiante frontal, de plein fouet, qu?elle le traverse de toutes parts, qu?il y mac?re, y percole, s?en imbibe un peu, l?affronte ? bras le corps. Il n?en mourra pas, va. ?a va juste lui tanner le cuir, lui dresser les oreilles et lui ouvrir les yeux. Mon chouchou me posera bien ses questions au bon moment et l?occasion me sera amplement donn?e alors de dire mes lignes critiques.

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    J’adore vos articles. Un plaisir à trois temps qui nous fait valser des mots, aux idées, aux engagements.

    On part des vieux mots à qui l’on prête pour l’occasion leur sens
    dont on les a dépouillés et qui souvent est resté en déshérence, faute d’un équivalent dans l’un ou l’autre des sabirs fonctionnels bien ciblés auxquels nous choisissons de limiter nos échanges quotidiens. On les mastique. On en jouit, puis on passe aux idées.

    Comme celle de mithridatiser nos enfants, plutôt que de tenter bien futilement d’aseptiser l’environnement, dont on veut paradoxalement qu’il soit un bouillon de culture et de cultures. On tourne et on valse, pour bien montrer que ce qui était a gauche peut un jour être à droite et que le bâbord peut surprendre ceux qui regardent vers l’arrière ou sont scotchés au passé.

    On finit son verre en portant un dernier toast à la noble dame pour qui on a toujours une antinomique passion courtoise: la justice sociale qu’on ne touchera pas, mais qui nous fera rêver en route vers nos Palestines. Ici elle est vêtue en infirmière.

    C’est robinsonner que d’écrire comme vous le faites, mais il y toujours des vendredis qui vous épient et apprennent…. « et s’il n’en reste qu’un, je serai celui-là »

    PJCA