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Comment la GRC a aid? Harper ? devenir premier ministre (2de3)

La campagne ?lectorale en ?tait ? sa quatri?me semaine lorsqu’un ?v?nement aussi inattendu qu’inusit? se produisit. Le 28 d?cembre 2005, la d?put?e n?o-d?mocrate Judy Wasylycia-Leis annon?a que le commissaire de la GRC, Giuliano Zaccardelli, lui avait confirm? par ?crit qu’une enqu?te criminelle avait ?t? ouverte relativement ? l’affaire des fiducies de revenu. (48) La br?ve lettre de Zaccardelli lui avait ?t? envoy? par fax, cinq jours plus t?t. La nouvelle eut l’effet d’une bombe et allait devenir le point tournant de cette campagne ?lectorale, qui, de l’avis de bien des observateurs, manquait franchement de p?tillant.

Bien entendu, les m?dias de l’ensemble du pays se ru?rent sans tarder sur la GRC pour en savoir plus. Dans un bref communiqu? de presse, la GRC indiqua que son enqu?te portait sur « un bris de s?curit? ainsi qu’un transfert ill?gal d’informations privil?gi?es avant l’annonce gouvernementale du 23 novembre 2005 concernant les changements au r?gime fiscal des dividendes et des fonds de titre ? revenus fixes. » Le communiqu? prit ?galement soin de pr?ciser que la GRC « ne poss?de en ce moment aucune preuve d’actes ill?gaux ou r?pr?hensibles de la part de quiconque, incluant le ministre des Finances. »

La GRC avait donc d?cid?, non pas que la loi avait ?t? enfreinte, mais bien qu’il y avait l? mati?re ? enqu?te. Si cette d?cision n’?quivalait pas ? une d?claration de culpabilit? contre Goodale ou le gouvernement lib?ral, elle n’en restait pas moins charg?e politiquement. D’abord, elle mettait en doute la position qu’affichait Goodale depuis le d?but ? l’effet que son cabinet n’avait absolument rien ? se reprocher. Ensuite, elle embarrassait au plus haut point le premier ministre Martin qui n’avait cess? de d?fendre vigoureusement son ministre des Finances sur la place publique. Enfin, elle arrivait au beau milieu d’une campagne ?lectorale…

Par ailleurs, l’arriv?e de la GRC dans le dossier des fiducies de revenu ne laissait pas indiff?rents les observateurs des march?s financiers, bien que certains d’entre eux se montr?rent ouvertement sceptiques quant ? la pertinence m?me de cette enqu?te. « Ils ont eux-m?mes reconnu qu’ils ne d?tiennent aucune information et je me demande bien ce qu’ils esp?rent trouver », commenta Ross Healy, pr?sident de la firme Strategic Analysis. (49) « ?a me semble ?tre une perte de temps », ajouta-t-il.

Tom Caldwell, pr?sident de la firme de courtage Caldwell Securities, fut ?galement de cet avis. « J’ai le sentiment qu’une fois que la poussi?re sera retomb?e et que beaucoup d’argent aura ?t? d?pens?, l’enqu?te n’aura pas permis d’identifier clairement des coupables », affirma-t-il. Caldwell d?clara m?me que sa propre firme avait accru ses investissements dans les fiducies de revenu quelques semaines avant l’annonce de Goodale apr?s en ?tre venu ? la conclusion que le gouvernement Martin allait certainement mettre un terme ? l’incertitude qui affligeait ce secteur particulier avant d’aller en ?lection.

Utile ou non, l’enqu?te de la GRC ne tarda pas ? causer des remous sur la sc?ne politique f?d?rale, et surtout, ? provoquer de s?rieux maux de t?te aux lib?raux. Depuis le d?but, les lib?raux avaient eu beau jeu de dire que la controverse entourant l’annonce du 23 novembre n’?tait rien de plus que « des all?gations de l’opposition pendant une campagne ?lectorale. » Avec l’annonce de l’enqu?te de la GRC, les all?gations venaient soudainement de gagner en cr?dibilit?. « Les all?gations sont suffisamment s?rieuses pour commander une enqu?te criminelle de la GRC », observa le d?put? bloquiste Yvan Loubier. « La GRC n’entame pas une enqu?te sans semblant de preuve. » (50)

Le Parti conservateur, le NPD et le Bloc qu?b?cois r?agirent en r?clamant tous en choeur la d?mission du ministre Goodale. « Il n’a pas le choix », estima Loubier. Pour le d?put? bloquiste, c’est la r?putation m?me du Canada sur les march?s internationaux qui serait en jeu. En tant que ministre des Finances, Goodale est le « v?ritable premier fiduciaire de la confiance des march?s financiers », soutint Loubier. (51) Selon lui, les all?gations ayant donn? lieu ? l’enqu?te de la GRC pourraient non seulement miner la confiance des investisseurs mais aussi la stabilit? ?conomique du Canada, « deux ingr?dients indispensables » ? une bonne sant? financi?re.

Mais le principal int?ress? n’avait aucune intention de c?der sa place. « J’ai tr?s h?te de d?montrer que ma r?putation d’homme int?gre est absolument justifi?e », d?clara un Goodale combatif. « Qu’il soit innocent ou non ne d?pend pas du ministre, mais de la police », remarqua le chef du NPD, Jack Layton. De son c?t?, Paul Martin r?it?ra toute sa confiance en Goodale. « Je connais tr?s bien Ralph Goodale », d?clara le chef lib?ral. En effet, la premi?re rencontre entre les deux hommes remontait ? la convention lib?rale de 1968, au cours de laquelle Goodale avait dirig? la d?l?gation de Saskatchewan. « C’est une personne de grande, grande int?grit? », assura Martin. (52)

En fait, la r?putation de droiture de Goodale ne semblait pas ?tre surfaite. ?lu d?put? f?d?ral pour la premi?re fois en 1974, ? l’?ge de seulement 24 ans, Goodale su ?viter les scandales lors de sa longue carri?re politique. Qui plus est, il fut m?me l’un des rares ?lus lib?raux ? recevoir les ?loges du juge Gomery. Dans son rapport, Gomery avait en effet not? que Goodale avait mit fin « aux abus » dont faisait l’objet le programme des commandites ? peine vingt-quatre heures apr?s sa nomination au poste de ministre des Travaux publics, en 2002. Chr?tien et son chef de cabinet, Jean Pelletier, « auraient d? faire en 1996 ce que M. Goodale a fait en 2002 », ?crivit Gomery. (53)

Toutefois, avec l’enqu?te de la GRC dans l’affaire des fiducies de revenu, les louanges de Gomery ? l’?gard de Goodale n’?taient plus qu’un souvenir distant. En fait, l’opposition chercha m?me ? retourner la r?putation sans tache de Goodale contre les lib?raux. « Je ne pense pas que cela aide tellement les lib?raux quand l’un de leurs ministres qu’on dit parmi les plus honn?tes se retrouve m?l? ? quelque chose d’aussi honteux », affirma le d?put? conservateur Monte Solberg. (54)

Il n’y pas ? dire, les lib?raux se trouvait dans un s?rieux p?trin. Frank Graves, de la firme de sondages EKOS, n’h?sita pas ? comparer l’enqu?te de la GRC ? une grenade d?goupill?e qui venait d’atterrir dans les pantalons de Martin. « Je crois que les retomb?es potentielles de ceci peuvent ?tre consid?rables – comme perdre une ?lection au lieu de la gagner », alla jusqu’? pr?dire le sondeur. (55)

Les dommages politiques de l’enqu?te de la GRC ne se firent pas attendre. Deux jours apr?s la confirmation de l’enqu?te de la GRC, la maison Decima d?voilait les r?sultats d’un sondage r?alis? ? l’?chelle nationale aupr?s de 3820 personnes. Quatorze pour cent des ?lecteurs ind?cis affirm?rent ? la maison de sondage qu’ils avaient d?cid? de ne pas voter pour le PLC apr?s avoir appris l’existence de l’enqu?te de la GRC sur l’affaire des fiducies de revenu. (56) De plus, vingt-cinq pour cent des ind?cis sond?s d?clar?rent que la perspective d’accorder leur vote au parti de Paul Martin ?tait devenu moins probable suite ? ce nouveau d?veloppement.

« Dans une course ?lectorale serr?e, ces chiffres peuvent ?videmment devenir une source de pr?occupation pour les lib?raux », nota Bruce Anderson, pr?sident de Decima. Dans ce m?me sondage, 45 pour cent des r?pondants estim?rent que Goodale devrait d?missionner de son poste de ministre, contre 38 pour cent qui estimaient qu’il devrait rester en place.

Dans les pages ?ditoriales des grands quotidiens, les avis sur la question ?taient plut?t partag?s. Dans Le Devoir, l’?ditorialiste Jos?e Boileau ?crivit que Goodale confondait « qualit?s personnelles et exigences institutionnelles », alors qu’en fait, le concept de la responsabilit? minist?rielle « est bien plus large que la simple responsabilit? individuelle. » (57) Pour Boileau, l’enqu?te polici?re faisait d?sormais en sorte que le ministre et ses subalternes ?taient « officiellement sur la sellette. » Selon elle, « le fait que l’enqu?te touche un secteur o? la plus grande prudence s’impose (…), le fait que seul l’entourage du ministre pouvait ?tre au courant de cette annonce et le fait qu’un groupe de pression a ?t? mis – plus ou moins clairement – sur la piste ce jour-l? ne font qu’ajouter ? la n?cessit? du d?part de M. Goodale. »

Une position que ne partagea pas Andr? Pratte de La Presse, pour qui « la responsabilit? minist?rielle ne signifie pas qu’un ministre doit d?missionner d?s que quelqu’un, quelque part dans son minist?re a commis une erreur. » (58) Bien qu’il conclua que Goodale pouvait « rester en poste », Pratte reconnu par la m?me occasion que la « cr?dibilit? du ministre est tout de m?me entach?e », et ce, non pas ? cause d’une enqu?te sur « une fuite dont personne ne sait si elle s’est produite ou non », mais bien « en raison de sa gestion d?ficiente » du dossier des fiducies de revenu.

Dans le National Post, l’?ditorial souligna que l’enqu?te de la GRC ne pouvait arriver ? un pire moment pour Goodale, mais ajouta qu’il fallait accorder le b?n?fice du doute au ministre lib?ral. (59) Le Globe and Mail, The Gazette et The Vancouver Sun se prononc?rent ?galement en faveur du maintien en poste de Goodale. Dans son ?ditorial, le Toronto Sun posa une question d’une redoutable pertinence : « puisqu’il s’enorgueillit de sa propre int?grit?, pourquoi alors M. Goodale n’a-t-il pas appel? la GRC ? » (60) Plus hargneux, le quotidien Edmonton Sun fit valoir que Goodale aurait certainement d?missionn? s’il existait encore « une parcelle d’honneur et de d?cence au Parti lib?ral du Canada. » (61)

La GRC avait donc cr??e une situation dans laquelle le premier ministre Martin se retrouvait compl?tement pris au pi?ge. Quoiqu’il fasse, le chef lib?ral semblait condamn? ? faire le jeu de l’opposition. S’il d?mettait Goodale de ses fonctions, alors l’opposition dira qu’elle avait raison depuis le d?but et que Paul Martin aurait d? l’?couter bien avant. Si, au contraire, il gardait Goodale en poste, l’opposition s’en prendra au jugement de Martin, en disant qu’il pr?f?re prot?ger ses copains lib?raux plut?t que la r?putation du Canada sur les march?s internationaux.

Bien entendu, les conservateurs ne se firent pas pri? pour capitaliser sur les tribulations des lib?raux. Le 30 d?cembre, ils lanc?rent une nouvelle publicit? t?l?vis?e dans laquelle ils firent leurs choux gras de l’enqu?te de la GRC sur l’affaire des fiducies de revenu. (62) L’affaire des fiducies de revenu repr?sentait d’autant plus un bon filon ? exploiter que la liste de suspects potentiels quant ? l’origine de la fuite d’informations privil?gi?es ne faisait que s’allonger. Car, ?videmment, tous ceux qui savaient ? l’avance la teneur de l’annonce que Goodale allait faire sur les fiducies de revenu ?taient devenus des « suspects » susceptibles d’?tre interrog?s par la GRC. Et parmi eux, on retrouvait nul autre que Paul Martin lui-m?me !

En effet, lors d’un point de presse tenu ? Longueuil, le 30 d?cembre, Martin r?v?la qu’il l’a su « la journ?e m?me. » « Moi je le savais, je peux vous le dire », d?clara le premier ministre. (63) D’ailleurs, il n’?tait pas le seul. Certains membres de sa « garde rapproch?e » furent ?galement mis au parfum. « Il y en a, dans mon bureau, qui avaient besoin de savoir tout ce qui se passe. Ils l’ont su lorsque la d?cision a ?t? prise », confia-t-il. La d?put? n?o-d?mocrate Libby Davies r?agissa en affirmant que la GRC devrait ?galement enqu?ter sur le bureau du premier ministre.

L’affaire des fiducies de revenu venait donc de prendre une toute nouvelle dimension. D’ailleurs, Goodale chercha ? tirer son vieil ami Martin de la position f?cheuse dans laquelle il s’?tait mit. Ainsi, Goodale alla dire sur les ondes du r?seau CTV qu’il avait bien discut? des fiducies de revenu avec Martin avant de faire son annonce, mais qu’aucune d?cision finale ne fut prise ? ce moment-l?. (64) Selon lui, Martin lui aurait essentiellement donn? carte blanche en lui disant que la d?cision lui revenait en tant que ministre des Finances et qu’il soutiendrait le choix qu’il fera, peu importe lequel. Bref, la version de Goodale contredisait celle de Martin.

Lors d’une entrevue avec La Presse Canadienne, Martin tenta de couper court aux sp?culations ? l’effet qu’il pourrait ?tre interrog? par la GRC. « Personne ne m’a contact?, et au meilleur de ma connaissance, personne n’a contact? qui que ce soit au cabinet du premier ministre », d?clara le chef lib?ral. (65) De son c?t?, Goodale fut interrog? pendant une heure par les enqu?teurs de la GRC ? Regina, en Saskatchewan, le 3 janvier. (66) Le lendemain, Martin demanda aux journalistes de cesser de lui poser des questions au sujet de l’enqu?te de la GRC. Mais la controverse ne cessa pas pour autant puisque deux autres membres du gouvernement lib?ral reconnurent ? leur tour qu’ils avaient eux aussi ?t? inform?s au pr?alable de l’annonce de Goodale.

Ainsi, le ministre du Revenu, John McCallum, avoua lui aussi qu’il ?tait dans le secret des Dieux. McCallum expliqua qu’il ?tait normal que le ministre responsable de l’imp?t soit inform? en primeur des mesures fiscales que s’appr?tait ? annoncer le ministre des Finances. McCallum confia ?galement que deux employ?s de son cabinet en avaient aussi ?t? inform?s. « Je suis assur? que les deux ne l’ont pas dit ? quiconque, et je ne l’ai certainement pas dit ? quiconque », assura-t-il. (67) Notons qu’avant de faire le saut en politique, McCallum avait ?t? ?conomiste en chef ? la Banque Royale du Canada, qui fut l’une des soci?t?s dont les titres connurent un volume de transaction anormalement ?lev? dans les heures pr?c?dant l’annonce de Goodale.

Le d?put? lib?ral d’Hamilton, Tony Valeri, reconnut qu’il faisait parti de ceux qui avait ?t? inform? ? l’avance de l’annonce de Goodale. (68) Compte tenu de ses responsabilit?s ? titre de leader du gouvernement aux Communes, le cabinet de Valeri h?rita de la tache de pr?parer une motion afin que les nouvelles mesures fiscales soient adopt?s sans d?lai par le parlement. Valeri a cependant refus? de dire qui parmi les membres de son personnel ?tait au courant de l’annonce avant qu’elle ne soit rendue publique.

Le premier sondage publi? en 2006 permit de mesurer l’ampleur des d?g?ts caus?s par l’annonce de l’enqu?te de la GRC sur l’affaire des fiducies de revenu. Pour la premi?re fois depuis le lancement de la campagne, les conservateurs de Harper menaient dans les intentions de vote. Men? aupr?s de 1000 personnes les 29 et 30 d?cembre, le sondage Ipsos Reid accordait 33 pour cent d’appuis aux conservateurs, soit un point de plus que les lib?raux. (69) Quoique l’avance du parti de Harper demeurait faible, le pr?sident de la firme de sondage, Darrell Bricker, n’h?sita pas ? interpr?ter ces r?sultats comme une nouvelle tendance dans la campagne.

Pour Bricker, il ne fit aucun doute que le momentum ?tait d?sormais avec les conservateurs, eux qui tiraient de l’arri?re par neuf points ? la faveur des lib?raux il y a deux semaines ? peine. Brikcer attribua ces r?sultats ? l’enqu?te de la GRC, mais aussi ? la performance sans faille de Harper, qui ?tait arriv? ? projeter l’image d’un politicien de droite raisonnable, rassurant et rassembleur.

Cette remont?e des conservateurs fut confirm?e par un sondage CPAC-SES Research r?alis? ? travers le Canada du 1er au 3 janvier. Ce sondage donnait une avance de 3 pour cent aux conservateurs (36 pour cent) face aux lib?raux (33 pour cent). (70) Dans un sondage r?alis? par la firme EKOS aupr?s de 1386 r?pondants les 3 et 4 janvier, les conservateurs d?tenaient une avance d’un peu plus de 6 pour cent sur les lib?raux ? l’?chelle nationale. Les lib?raux ne parviendront jamais ? regagner le terrain perdu et ? rattraper les conservateurs, qui ne cesseront de creuser l’?cart avec le parti de Martin durant le reste de la campagne.

Constatant l’impact politique que l’enqu?te polici?re sur l’affaire des fiducies de revenu ?tait en train d’avoir sur la campagne ?lectorale, le quotidien The Toronto Star appela la GRC ? compl?ter son enqu?te le plus rapidement possible, de sorte que ses r?sultats soient connus avant le jour du scrutin, le 23 janvier. (71) Le porte-parole de la GRC Denis Constant avait d’ailleurs promis que l’enqu?te « ne tra?nera pas. » Mais, comme on le verra par la suite, la GRC ne tiendra pas promesse.

La police mont?e contre les lib?raux ?

L’enqu?te de la GRC sur les fiducies de revenu provoqua tout une pol?mique au Canada anglais qui n’a pas pratiquement pas eu d’?chos chez les m?dias francophones qu?b?cois. Le leader syndical Buzz Hargrove fut l’une des premi?res personnalit?s qui critiqua publiquement la conduite de la GRC dans cette affaire. Pr?sident des Travailleurs Canadiens de l’Automobile (TCA) depuis 1992, Hargrove avait appel? ? voter en faveur des lib?raux dans toutes les circonscriptions o? le candidat du NPD n’avait aucune chance de l’emporter

Lors d’une ?mission ? la radio de CBC, Hargrove d?clara que la fa?on d’agir de la GRC dans le dossier des fiducies revenu n’avait pas ?t? « appropri?e » puisqu’elle avait offert un avantage « injuste » ? l’opposition. « Le seul moment o? les sondages ont boug? durant les trois ou quatre derniers jours fut lorsque la GRC annon?a qu’elle allait mener une enqu?te », d?plora Hargrove. (72)

« La GRC n’est pas stupide », d?clara Buzz Hargrove. « Ils savent que lorsqu’ils lancent une enqu?te en pleine campagne ?lectorale, il va y avoir un impact. » En fait, le principal reproche du chef syndical se situait au niveau de la m?diatisation de l’enqu?te. « Je crois que l’enqu?te, si elle ?tait appropri?e, aurait d? ?tre men?e sans en faire une nouvelle importante », estima Hargrove. Selon lui, la GRC aurait d? attendre apr?s les ?lections avant de r?v?ler l’existence de son enqu?te. « Qu’est-ce qu’il y aurait eu de mal ? l’annoncer trois semaines plus tard ?, demanda-t-il. « Cela n’aurait rien chang?. »

Le chroniqueur politique v?t?ran Don MacPherson du quotidien The Gazette critiqua s?v?rement la conduite de la GRC. « Il reste ? voir si la GRC se montrera ? la hauteur de son credo et qu’elle attrapera son homme dans l’affaire des fiducies de revenu, » ?crivit MacPherson.(73) « Mais la GRC pourrait d?j? avoir attrap? son gouvernement », continua-t-il, en faisant bien s?r allusion au gouvernement Martin. « Il y a quelque chose qui pue ici, et ce ne sont pas les chevaux du fameux carrousel », ajouta le chroniqueur, un brin irr?v?rencieux.

« Vous n’avez pas ? ?tre un lib?ral endurci pour vous demander ce que diable la GRC pensait qu’elle faisait en annon?ant une enqu?te criminelle pendant une campagne ?lectorale », ?crivit Jeffrey Simpson, chroniqueur au Globe and Mail. (74) « Ce que la GRC a fait est inexplicable et anormal. Des amis inform?s qui connaissent bien les normes de la GRC sont d?concert?s. Ils n’ont jamais vu quelque chose comme ?a auparavant », continua Simpson. « Selon des sources qui sont famili?res avec ces questions, les pratiques normales de la GRC consistent ? accuser r?ception de la lettre, remercier l’exp?diteur et se la boucler. »

« Habituellement, nous apprenons l’existence d’une enqu?te seulement lorsqu’il y a des descentes, des saisies et des arrestations, autoris?es avec des mandats ?mis par un juge », nota Don MacPherson. « Il y a de bonnes raisons pour cela. L’une d’elle est de prot?ger les r?putations de personnes qui sont consid?r?es comme ?tant innocentes jusqu’? preuve du contraire dans le syst?me judiciaire. Une autre est d’?viter de mettre en p?ril l’enqu?te elle-m?me en donnant un tuyau aux criminels leur permettant ainsi de dissimuler ou de d?truire des preuves, de fabriquer des alibis, d’intimider des t?moins et ainsi de suite. »

Donald Black abonda dans le m?me sens. Personnalit? influente du milieu des affaires de Regina, Black est un ami personnel de Goodale depuis vingt ans. Black est aussi l’un des membres du comit? ex?cutif de l’Association canadienne des courtiers en valeurs mobili?res qui ?tait pr?sent lors de la rencontre controvers?e avec le ministre Goodale le matin du 23 novembre. « Nous avons vu la GRC annoncer publiquement qu’elle menait une enqu?te. Je trouve ?a tr?s int?ressant. Si jamais ils enqu?tent sur moi, j’esp?re qu’ils l’annonceront publiquement, comme ?a j’aurai le temps de brouiller les pistes », lan?a-t-il sarcastiquement sur CTV. (75)

Les responsables du site web StockHouse.ca jet?rent eux aussi un doute sur la mani?re dont la GRC s’y prenait dans l’affaire des fiducies de revenu. On se rappellera que le r?seau CTV avait all?gu?, plus t?t en d?cembre, que deux messages mis en ligne sur le forum de discussion du site quelques heures avant que Goodale ne fasse conna?tre sa d?cision quant aux fiducies de revenu ressemblaient dr?lement ? l’annonce que le ministre des Finances s’appr?tait ? faire. Cette r?v?lation tomba quelque peu dans l’oubli jusqu’au 5 janvier, jour o? l’entreprise Stockgroup Information Systems Inc., qui est propri?taire du site web StockHouse.ca, cru bon de diffuser un communiqu? de presse dans lequel elle r?v?la que la GRC n’avait toujours pas prit contact avec elle. (76)

Voil? qui ?tait plut?t curieux de la part d’un corps policier qui avait alert? le pays tout entier pour faire savoir qu’elle avait lanc? une enqu?te sur « un bris de s?curit? ainsi qu’un transfert ill?gal d’information privil?gi?e. » « Si la GRC enqu?te l?-dessus, alors nous sommes surpris qu’ils n’ont pas tent? de parler aux gens qui communiqu?rent cette information ? l’avance via notre site », affirma au Globe and Mail Bruce Nunn, le vice-pr?sident au marketing de Stockgroup. (77) Nunn pr?cisa que la compagnie n’avait pas l’habitude de divulguer l’identit? de ceux qui participent au forum mais qu’elle se pliera ? une ordonnance ?mise par un tribunal le cas ?ch?ant.

Bien entendu, la GRC ne pouvait rester silencieuse face ? des critiques de plus persistantes qui risquaient de mettre ? mal son image aupr?s de la population. Question de ne pas donner le dernier mot ? ses d?tracteurs, la Gendarmerie lan?a donc une contre-offensive sur le front des relations-publiques. Le sergent Paul Marsh, porte-parole du quartier g?n?ral de la GRC, ? Ottawa, se chargea de d?fendre les actions de la Gendarmerie dans l’affaire des fiducies de revenu.

« Si nous commen?ons ? choisir le moment de nos enqu?tes ou si nous retardons nos enqu?tes en fonction de consid?rations politiques, alors nous devenons nous-m?mes politis?s, et ce n’est pas ce que nous voulons », d?clara le Sgt Marsh lors d’un entretien avec La Presse Canadienne. (78) Voil? qui allait de soit. Mais l? n’?tait pas la question : la principale critique adress?e ? la GRC, faut-il le rappeler, ?tait d’avoir fait en sorte que l’existence de son enqu?te soit connue du public.

D’ailleurs, il n’est pas inutile de noter ici que la conduite de la GRC contrastait avec celle de la Commission des valeurs mobili?res de l’Ontario et la Securites and Exchange Commission, deux organismes jouant le r?le de chien de garde des march?s financiers nord-am?ricains qui avaient re?ut tous deux des demandes d’enqu?te relativement ? l’affaire des fiducies de revenu. En effet, aucun de ces deux organismes n’avaient voulut confirmer ou nier l’existence d’une enqu?te au sujet des volumes de transaction suspects qui pr?c?d?rent l’annonce du ministre Goodale. (79)

Le Sgt Marsh a donc d? essayer d’expliquer pourquoi la GRC n’en avait pas fait autant. « Nos pratiques normales sont de ne pas identifier qui ou quoi pourrait faire ou ne pas faire l’objet d’une enqu?te criminelle », reconnu le porte-parole de la GRC. Mais le Sgt Marsh rappela que c’?tait la d?put?e Wasylycia-Leis qui avait prit l’initiative de r?v?ler l’existence de l’enqu?te polici?re dans l’affaire des fiducies de revenu. « Le NPD a contact? les m?dias de mani?re proactive le 28 (d?cembre) », expliqua le policier.

« Une des pratiques habituelles de la GRC, d’un point de vue des relations m?diatiques, est de confirmer l’?vidence », ajouta-t-il. Le porte-parole de la GRC pr?cisa par ailleurs que si Wasylycia-Leis n’avait pas rendu publique la lettre du commissaire Zaccardelli, alors la GRC se serait abstenu de contacter les m?dias ? ce sujet. En d’autres mots, la GRC pr?tendait, ? qui voulait bien l’entendre : ce n’est pas de notre faute, c’est celle du NPD ! Comme c’est commode de pouvoir se cacher derri?re une politicienne de l’opposition pour ne pas avoir ? r?pondre de ses actes !

R?capitulons : en ?crivant ? Wasylycia-Leis pour l’informer qu’une enqu?te criminelle allait ?tre entreprise sur l’affaire des fiducies de revenu, le commissaire Zaccardelli se trouvait ? fournir des munitions ? une politicienne de l’opposition en pleine campagne ?lectorale. Et maintenant, il faudrait croire que la possibilit? que cette politicienne se servent de munitions aussi redoutables contre ses adversaires lib?raux n’aurait jamais effleur?e l’esprit ? un officier v?t?ran de la GRC comme Zaccardelli qui, de part ses fonctions, ?tait vraisemblablement fort bien initi? aux rouages de la politique politicienne ? La GRC cherchait-elle ? jouer les imb?ciles ou prenait-elle plut?t le peuple pour une bande d’abrutis ?

Lors d’un entretien avec un journaliste du Globe and Mail, le Sgt Marsh plaida qu’il n’y avait rien d’inhabituel pour la GRC d’informer un plaignant d’un changement significatif dans l’?volution du dossier. Cette explication fut toutefois accueillit avec scepticisme par le chroniqueur MacPherson, qui d?crivit, sur un ton des plus sarcastiques, comment la lettre de Zaccardelli ? Wasylycia-Leis s’apparentait ? un d?bordement de courtoisie de la part du commissaire de la GRC.

« C’?tait particuli?rement aimable puisque Wasylycia-Leis n’?tait pas plus une victime que n’importe quel investisseur canadien et n’avait pas plus d’information ? sa disposition sur un crime possible outre ce que quiconque, incluant la GRC, pouvait avoir lu dans les journaux », nota-t-il. « Encore plus aimable, la lettre de Zaccardelli n’indique pas qu’elle est confidentielle, ni ne demande ? Wasylycia-Leis, une candidate n?o-d?mocrate se pr?sentant pour sa r??lection, de ne pas divulguer l’information politique explosive quelle contient. »

R?alisant probablement que son argument consistant ? mettre la responsabilit? sur le compte du NPD se heurtait ? un certaine incr?dulit?, le porte-parole de la GRC changea subtilement son fusil d’?paule. D?sormais, il adopta la ligne suivante : ? quoi bon de garder secr?te une enqu?te qui, de toute fa?on, aurait ?t? impossible ? cacher des m?dias et aurait finit par ?tre connue du grand public ? Selon le Sgt Marsh, en temps normal, il aurait ?t? possible de d?clencher une enqu?te criminelle sans faire du bruit. Mais en p?riode ?lectorale, les choses se pr?sentaient diff?remment.

D?s la fin de novembre, le NPD avait rendu publique l’existence de sa plainte ?crite, suite ? quoi les journalistes se mirent ? t?l?phoner quotidiennement au quartier g?n?ral de la GRC pour savoir s’il y avait du nouveau dans ce dossier. Avant que la GRC ne d?cide de lancer une enqu?te criminelle, les relationnistes du corps policier f?d?ral eurent beau jeu de r?pondre aux journalistes que, non, il n’y avait rien de nouveau. Mais, selon le Sgt Marsh, une fois que fut prise la d?cision de lancer une enqu?te criminelle en bonne et due forme, la GRC pouvait difficilement r?pondre aux journalistes qu’elle ne ferait plus aucun commentaire, tel que le veut la norme lorsqu’une enqu?te est en cours, sans mettre la puce ? l’oreille chez les membres de la presse.

Bref, ce n’?tait plus la faute au NPD. C’?tait maintenant la faute aux m?dias qui ne cessait de harceler cette pauvre Gendarmerie qui ne savait plus o? donner de la t?te ! Il restait que cette ?trange explication avait de quoi laisser quelque peu perplexe. ? premi?re vue, on croirait entendre parler le repr?sentant d’un modeste d?tachement de police de campagne qui n’avait pas l’habitude de traiter avec des journalistes aguerris des grands centres urbains. Pourtant, il s’agissait bien d’un porte-parole de la GRC, le plus important corps policier de tout le Canada.

Mais pourquoi donc la GRC s’?tait-elle senti oblig?e de dire aux journalistes qu’il n’y avait rien de nouveau relativement au dossier des fiducies des revenu alors qu’elle aurait pu s’abstenir de tout commentaire d?s le d?but ? En r?pondant qu’il n’y avait rien de neuf, la GRC n’encourageait-elle pas indirectement les journalistes ? rappeler de nouveau, au cas o? il y aurait des d?veloppements ? Si elle s’en ?tait tenu ? sa pratique habituelle, qui consiste ? refuser de discuter de plaintes faites par des membres du public, les journalistes auraient sans doute vite compris qu’ils n’arriveraient ? rien en t?l?phonant jour apr?s jour ? la GRC.

Cet argument sur l’impossibilit? d’assurer la confidentialit? de l’enqu?te fut d’ailleurs repris par Norman Inskter, commissaire de la GRC de 1987 ? 1994. Lors d’un entretien avec le Globe and Mail, Inskter fit valoir que la « machine ? rumeurs de Bay Street » se serait rapidement emball?e d?s que les premiers enqu?teurs f?d?raux auraient commenc?s ? rencontrer des courtiers en valeurs mobili?res et d’autres acteurs des march?s financiers pour leur poser des questions sur l’affaire des fiducies de revenu.

Peut-?tre bien. Mais depuis quand la GRC se laisse-t-elle dicter sa conduite par la possibilit? de rumeurs ? En fait, ce qui rendait cette explication particuli?rement boiteuse, c’?tait qu’aucune enqu?te polici?re de ce monde ne peut ?tre totalement ? l’abri de fuites. Et lorsqu’une telle fuite survient, les relationnistes policiers n’ont qu’a d?clarer qu’ils ne peuvent ni confirmer, ni infirmer l’existence de l’enqu?te, comme ils en ont d’ailleurs l’habitude.

Il ?tait ?vident qu’il ?tait hors du pouvoir de la GRC d’emp?cher les rumeurs de courir. Cependant, il ?tait tout aussi ?vident qu’une rumeur aura toujours moins de poids qu’une lettre officielle du commissaire de la GRC confirmant formellement l’existence d’une enqu?te criminelle. En fait, il devrait sembler ?vident qu’une rumeur d’enqu?te polici?re n’aurait jamais eu autant d’impact aupr?s de l’?lectorat, et ce, m?me si elle venait de Bay Street. Bref, sans la lettre de Zaccardelli, l’opposition aurait fait beaucoup moins de millage sur l’affaire des fiducies de revenu. Voyez-vous l’opposition demander la t?te d’un ministre des Finances ? cause d’une rumeur d’enqu?te polici?re ?

« Nous devons ?tre ind?pendants et ?tre per?us comme tel », plaida ?galement le Sgt Marsh pour convaincre l’opinion publique du bien-fond? des agissements de la GRC. Or, si l’intention de la GRC ?tait de projeter l’image d’un corps policier ind?pendant politiquement, force est de constater qu’elle ?choua puisqu’elle n’?chappa pas aux accusations de parti-pris. En fait, compte-tenu du contexte ?lectoral de l’enqu?te sur l’affaire des fiducies de revenu, le mot « ind?pendant » r?sonnait davantage comme une volont? de se distancer du pouvoir lib?ral.

« Damned if you do, damned if you don’t », d?clara avec fatalisme Normand Inkster. En d’autres mots, quoi que fasse la GRC, elle sera toujours condamn?e. C’?tait l? oubli? que la GRC contribua ? son propre malheur par la mani?re plut?t discutable qu’elle prit pour g?rer les communications entourant son enqu?te sur l’affaire des fiducies de revenu de m?me que la controverse qui s’ensuivit.

Et que serait-il arriv? si le commissaire Zaccardelli n’avait pas eu l’ »amabilit? » d’?crire ? la d?put?e Wasylycia-Leis pour l’informer qu’une enqu?te avait ?t? lanc?e sur l’affaire des fiducies de revenu ? Dans le pire des sc?narios, certains membres de l’opposition auraient peut-?tre accus?s la GRC d’avoir cach? l’existence de son enqu?te pour prot?ger politiquement les lib?raux durant la campagne ?lectorale. Mais la Gendarmerie s’en serait probablement tir?e facilement. Elle n’aurait eu qu’? rappeler qu’il n’?tait pas dans ses habitudes de faire des d?clarations publiques au sujet d’une enqu?te qui ?tait encore en cours. La poussi?re serait sans doute vite retomb?e et la controverse n’aurait certainement pas fait aussi long feu que celle que cause Zaccardelli par ses indiscr?tions avec la d?put?e n?o-d?mocrate.

Bref, avec des explications aussi peu convaincantes, il restait difficile de se d?barrasser de l’impression que la m?diatisation d’une enqu?te criminelle embarrassante au plus haut point pour les lib?raux faisait l’affaire de la GRC. D’ailleurs, en parlant des lib?raux, que disaient-ils de tout ceci ?

Des lib?raux qui r?pliquent

Au d?but, le PLC s’abstint prudemment de tout commentaire au sujet de la controverse grandissante concernant la conduite de la GRC dans l’affaire des fiducies de revenu. Pour un parti qui accumulait scandale sur scandale, s’en prendre publiquement ? la GRC ?tait une entreprise p?rilleuse politiquement qui pouvait facilement se retourner contre lui. La derni?re chose dont les lib?raux avaient besoin ? ce stade-ci, c’?tait de se faire accuser d’entrave au travail de policiers enqu?tant sur certaines grosses huiles du parti.

Ce n’est qu’apr?s que certains chroniqueurs politiques chevronn?s comme Don MacPherson et Jeffrey Simpson s’attaqu?rent aux agissements de la GRC que les lib?raux vinrent ? bout de leurs h?sitations. Cependant, si le PLC voulait s’exprimer sur cette ?pineuse question, il se devait de proc?der avec le plus grand des doigt?s. Cela expliquait sans doute pourquoi la tache d?licate de critiquer l’intervention de la GRC dans la campagne fut confi?e ? deux ex-agents de la Gendarmerie qui se pr?sentaient sous la banni?re lib?rale en Alberta.

Dans un entretien avec La Presse Canadienne, Brad Enge, candidat lib?ral dans la circonscription de Edmonton-Spruce Grove, exprima sa d?sapprobation ? l’?gard de l’enqu?te de la GRC. « Je crois qu’il s’agit d’un manque de jugement », d?clara Enge, qui fut membre de la GRC durant de vingt-deux ans o? il oeuvra dans la section de l’anti-terrorisme, l’escouade des stups et la division des relations communautaires. (80)

Enge alla jusqu’? mettre en doute la raison d’?tre de l’enqu?te de la GRC. Selon lui, le parlement f?d?ral, ou encore la police provinciale de l’Ontario, auraient pu s’en charger. « Lorsqu’une fuite impliquant un ministre ou son bureau survient au Parlement, le pr?sident de la Chambre des communes a le pouvoir de faire enqu?te », plaida Enge, ajoutant que ladite enqu?te aurait tr?s bien pu attendre apr?s les ?lections.

« Je suis contrari? de voir que la GRC fait des d?clarations en pleine campagne ?lectorale », affirma pour sa part Andy Hladyshevsky, qui ?tait candidat lib?ral dans la circonscription d’Edmonton-Strathcona. Hladyshevsky ?tait lui aussi un ancien membre de la GRC, mais dans une moindre mesure puisque son exp?rience dans la Gendarmerie se limitait ? avoir ?t? agent sp?cial pendant six mois il y a trente ans dans le grand Nord canadien. Il clama que la GRC avait terni sa propre r?putation. Selon lui, le corps policier regrettait probablement ses d?clarations publiques sur l’affaire des fiducies de revenu. « Je pense que si on leur demandait aujourd’hui, ils diraient qu’ils auraient mieux fait de se taire et de faire leur travail », affirma Hladyshevsky.

Enfin, un troisi?me candidat lib?ral critiqua publiquement lui aussi l’enqu?te de la GRC. Wes Penner, qui se pr?sentait dans la circonscription de Provencher, au Manitoba, d?clara sur les ondes de la station de radio AM1250/Mix 96 News que la fa?on de proc?der de la GRC ?tait extr?mement inhabituelle. (81) Penner alla jusqu’? se demander tout haut si la GRC n’avait pas un parti pris contre son parti.

Bien que Penner n’avait jamais ?t? membre de la GRC, il pouvait n?anmoins se targuer d’en avoir ?t? un proche collaborateur. Ainsi, le 22 d?cembre 2005, le candidat lib?ral se vit remettre le prix « Community Service Award » par le d?tachement de la GRC de Steinbach. La GRC honora Penner pour sa contribution au programme de d?lation citoyenne « Crimestoppers. » Membre du conseil d’administration de « Crimestoppers » depuis trois ans, Penner r?mun?rait personnellement les mouchards. « Je rencontrais les d?nonciateurs anonymes dans des champs ou dans des cages d’escaliers », raconta-t-il sur sa page web. (82) « Quand ils me donnaient le bon mot de passe, je leur remettais un sac d’argent. »

L’incr?dulit? ? l’?gard de la conduite de la GRC ?tait telle qu’elle transcenda m?me les all?geances politiques. En effet, un ancien ministre du d?funt Parti progressiste-conservateur du Canada joignit sa voix pour s’indigner de l’intervention de la GRC dans campagne ?lectorale. Avocat et lobbyiste, Ron Atkey repr?senta une circonscription de Toronto durant les ann?es ’70. Il fut ?galement membre l’?ph?m?re gouvernement de Joe Clark ? titre de ministre de l’Emploi et de l’Immigration.

De 1984 ? 1989, Atkey pr?sida le Comit? de surveillance des activit?s de renseignement de s?curit? (CSARS), un organisme dont le mandat consiste ? avoir le SCRS ? l’oeil. Fait particulier, Atkey joua aussi un r?le lors de l’enqu?te publique sur l’affaire Arar. Le mandat de Atkey consistait alors ? conseiller le juge O’Connor sur les questions de divulgation de documents gouvernementaux pouvant avoir une incidence sur la s?curit? nationale.

« La GRC aurait pu demeurer silencieuse et ne pas injecter ?a dans la campagne ?lectorale », affirma Atkey au Globe and Mail, en faisant r?f?rence ? l’enqu?te sur l’affaire des fiducies de revenu. (83) Atkey alla m?me plus loin que les lib?raux dans sa d?nonciation de la Gendarmerie. « Il y a eu beaucoup de sp?culation ? l’effet qu’un changement de gouvernement ne d?rangerait pas la GRC », all?gua-t-il. En effet, Atkey n’?tait pas le seul ? se poser de telles questions.

« Il est difficile d’imaginer que la GRC n’avait pas r?alis?e les dommages qu’elle ?tait en train de causer », ?crivit le chroniqueur Sean Durkan du magazine Embassy, d’Ottawa. (84) « Il est ?galement difficile d’imaginer que la GRC serait malheureuse de voir les conservateurs acc?der au pouvoir compte tenu de leurs positions en faveur de la loi et de l’ordre et de la probabilit? qu’ils augmenteront le financement de la police », poursuivit Durkan. « L’annonce de l’enqu?te ?tait-elle un geste calcul? ? Peut-?tre ne le saurons-nous jamais, mais c’est une th?orie de la conspiration qui a ses m?rites. »

Certains lib?raux continu?rent ? d?noncer l’enqu?te de la GRC jusqu’? la toute fin de la campagne. La veille du scrutin, John Duffy, un influent conseiller tr?s proche du premier ministre Martin, critiqua lui aussi cette « enqu?te ridicule de la GRC » lors de son passage ? l’?mission « Question Period » sur le r?seau CTV. Lobbyiste chez la firme Strategy Corp Inc, Duffy avait travaill? pour Paul Martin lors de sa premi?re course au leadership du PLC, en 1990.

Apr?s avoir capitalis? sur l’enqu?te polici?re sur l’affaire des fiducies de revenu, les conservateurs se pos?rent en d?fenseurs de la GRC lorsque la conduite de celle-ci fut critiqu?e dans les rangs des lib?raux. Dans un communiqu? de presse ?mis plus tard durant la campagne, le parti de Harper repris les propos de Duffy et des candidats Enge, Hladyshevsky et Wenner pour accuser les lib?raux de « bl?mer la GRC pour leurs ?checs de campagne. » (85) « Le jeu du bl?me a commenc? dans le camp lib?ral et les premiers d?sign?s sont les hommes et les femmes de la GRC. », d?non?a le communiqu?.

Il n’en demeurait pas moins que l’affaire des fiducies de revenu joua un r?le d’une importance cruciale dans la campagne. On a pu le constater lorsque le quotidien La Presse, r?put? pro-lib?ral, annon?a qu’il donnait formellement son appui au Parti conservateur du Canada. Parmi les diff?rentes raisons ?voqu?es par l’?ditorialiste Andr? Pratte pour expliquer ce revirement, on retrouvait le fait que de « nouvelles all?gations sont venues hanter le PLC » en plein campagne ?lectorale. (86) « On ne peut pas bien gouverner quand on nage constamment dans les odeurs du scandale, r?el ou pr?sum? », ?crivit Pratte.

Lorsque la campagne commen?a ? tirer ? sa fin, de plus en plus d’observateurs politiques s’entendirent pour accorder ? l’enqu?te de la GRC sur l’affaire des fiducies de revenu un r?le majeur dans cette ?lection. « S’il y a eu un moment o? le vent tourna durant cette campagne, ce fut entre no?l et le nouvel an, lorsque la GRC annon?a qu’elle enqu?tait sur le minist?re des Finances au sujet de possibles fuites criminelles concernant la question des fiducies », ?crivit le commentateur politique Rex Murphy dans le Globe and Mail. (87)

« Lorsque l’annonce de la GRC a ?t? faite, ce fut une intrusion brute et dramatique », poursuivit Murphy avec son style loquace. « Dans cette p?riode post-Gomery, toute enqu?te impliquant les lib?raux, en tant que parti ou gouvernement, devenait une grosse nouvelle. Mais qu’une telle annonce survienne au beau milieu d’une course serr?e d’un calme plat, cela lui assurait de devenir un coup de trompette politique. La sonnerie fut amplifi?e du fait que l’enqu?te ciblait le minist?re de Ralph Goodale. M?me soigneusement envelopp?e d’assurances que la GRC n’avait aucune preuve que le ministre avait enfreint la loi, sa r?sonance fut s?ismique. »

Pour Murphy, il ne fit aucun doute que le « coup de trompette » eut un effet salutaire sur la campagne des conservateurs. « Avec toutes ses annonces quotidiennes, Harper n’avait pas r?ussit ? charmer l’?lectorat canadien », rappela-t-il « Il avait ?nonc? suffisamment de politiques pour remplir un petit classeur mais le support national des conservateurs plafonnait encore ? 28 pour cent. Bien que ces 28 pour cent repr?sentait un niveau d?cent dans une campagne, en l’absence d’une trouvaille extraordinaire, les conservateurs semblaient destin?s ? demeurer ? cette basse altitude. »

« Le possible scandale des fiducies de revenu fut le moment cl? de la campagne jusqu’? pr?sent », nota Murphy, ? dix jours du scrutin. « Il changea la psychologie des deux plus importantes campagnes, ravigota les ?nergies des conservateurs et sapa celle des lib?raux. Ce fut le doigt qui donna le petit coup sur la poutre horizontale entre les « conservateurs qui font peur » et les « lib?raux tortueux. » Le momentum des conservateurs remonte ? ce moment », conclua-t-il.

Cette analyse fut partag?e par deux enseignants en sciences politiques. Pour le politicologue Alain G. Gagnon, de l’UQAM, l’enqu?te de la GRC sur l’affaire des fiducies de revenu fut « le point tournant de la campagne ». (88) Comme Goodale demeura en poste, « le Canada anglais, qui pouvait accepter beaucoup de choses pour imposer l’unit? nationale, a vu l? l’arrogance des lib?raux et leur syst?me de copinage », affirma Gagnon. « Les conservateurs avaient besoin d’un scandale, et l’affaire Goodale a ?t? un ?v?nement majeur. Ils ont ?t? chanceux, ils avaient la baraka quelque part », ajouta son coll?gue Christian Dufour, de l’ENAP.

L’ex-chef de cabinet de Joe Clark et strat?ge conservateur Goldy Hyder n’h?sita pas ? d?crire l’enqu?te de la GRC sur l’affaire des fiducies de revenu comme un « cadeau » pour le parti de Harper. (89) Le NPD tira ?galement profit de la controverse puisque l’enqu?te de la GRC aida les n?o-d?mocrates ? recevoir des appuis qui autrement seraient all?s aux lib?raux. « Cela rappela aux gens tout ce qu’ils n’aiment pas au sujet des lib?raux », observa le directeur de campagne du NPD Brian Topp. C’?tait l? une situation qui ne manquait pas d’ironie quand on sait que les n?o-d?mocrates avaient ?t? des d?fenseurs de la premi?re heure de la cause de Maher Arar. ? tel point que Monia Mazigh, l’?pouse de Arar, se pr?senta m?me comme candidate pour le NPD dans la circonscription d’Ottawa-Sud durant cette ?lection.

Les fant?mes d’Option Canada
reviennent hanter les lib?raux

Revenons ? la journ?e du 5 janvier 2006. Ce jour-l?, le Globe and Mail titrait en une que Paul Martin refuserait d?sormais de r?pondre ? toutes autres questions ? propos de l’enqu?te de la GRC sur l’affaire des fiducies de revenu. (90) De toute ?vidence, le chef lib?ral voulait se d?barrasser de cette bruyante casserole qu’il tra?nait derri?re lui afin de se concentrer son attention ? vendre son programme aupr?s de l’?lectorat, question de se donner une chance de rattraper les conservateurs qui prenait de l’avance dans les sondages.

Or, en soir?e, le site internet du Globe and Mail publiait un article r?v?lant que la GRC s’int?ressait ? un autre scandale lib?ral : l’affaire Option Canada. (91) C’est ainsi qu’une seconde tuile s’est abattu sur la t?te des lib?raux alors que la poussi?re n’?tait pas encore retomb?e sur l’affaire des fiducies de revenu. Les journalistes du Globe and Mail ne pr?cis?rent pas comment ils avaient appris que la GRC avait commenc?e ? se pencher sur le dossier d’Option Canada, sinon qu’une « source » dont l’identit? n’a pas ?t? d?voil?e leur r?v?la que les policiers examinaient plus particuli?rement la fa?on qu’une somme de 300 000 dollars avait ?t? distribu?e.

R?sultat : le lendemain, l’affaire Option Canada ?tait devenue la nouvelle du jour, de sorte que la conf?rence de presse quotidienne que donna Paul Martin fut domin?e par des questions concernant l’int?r?t de la GRC envers Option Canada. (92) Et dire que le chef lib?ral venait de demander aux journalistes de ne plus lui poser des questions au sujet de l’enqu?te de la GRC sur l’affaire des fiducies de revenu…

Les adversaires des lib?raux ne tard?rent pas ? chercher ? capitaliser sur ce nouveau p?pin. « Si les lib?raux sont r??lus, les Canadiens peuvent s’attendre ? un gouvernement embourb? dans des scandales, de la corruption et des enqu?tes polici?res », d?clara le leader conservateur Stephen Harper. « Le simple fait que la GRC a d?cid? de jeter un oeil l?-dessus sugg?re qu’il y a quelque chose qui vaut la peine d’?tre examin? », affirma pour sa part le chef n?o-d?mocrate Jack Layton. (93)

Rappelons qu’Option Canada avait ?t? mis sur pied par des dirigeants du Conseil de l’unit? canadienne (CUC), un organisme pro-f?d?raliste, moins de huit semaines avant le r?f?rendum sur la souverainet? du Qu?bec du 30 octobre 1995. ? peine dix-sept jours apr?s sa fondation, Option Canada commen?a ? recevoir de g?n?reuses subventions du minist?re de Patrimoine Canada sous pr?texte de promouvoir le bilinguisme. Ainsi, Patrimoine Canada versa ? Option Canada des fonds publics f?d?raux totalisant 4.8 millions de dollars, voire 5.2 millions de dollars, d?pendamment des sources, entre le 24 septembre et le 20 d?cembre 1995.

Personne n’avait jamais vraiment su ? quoi avait servi tout cet argent. En fait, l’existence d’Option Canada fut un secret bien gard? tout au long de la campagne r?f?rendaire. Le scrutin r?f?rendaire s’?tait solda par la victoire du camp du NON, qui l’emporta de justesse avec 50.58 pour cent des suffrages contre 49.42 pour cent pour le OUI, ce qui repr?sentait une mince diff?rence de 54 288 votes.

Le secret entourant l’existence d’Option Canada fut bris? lorsque le quotidien anglophone The Gazette publia une s?rie d’articles ? son sujet, en mars 1997. La principale controverse entourant Option Canada tenait au fait que les subventions allou?es ? ce myst?rieux organisme pourraient fort bien avoir ?t? d?pens?es de fa?on ill?gale par le camp du NON lors du r?f?rendum. Notons que la Loi sur les consultations populaires pr?voyait que les deux camps devaient respecter un plafond de d?penses s’?tablissant ? 5 millions de dollars maximum chacun afin de livrer bataille ? armes ?gales. De plus, la loi obligeait les comit?s du NON et du OUI ? comptabiliser toutes leurs d?penses, ? d?faut de quoi celles-ci devenaient ill?gales.

Le toll? soulev? par l’enqu?te du quotidien The Gazette fit ?videmment des vagues ? Ottawa. La ministre du Patrimoine de l’?poque, Sheila Copps, nia que l’argent des subventions avait ?t? utilis?e dans le cadre du r?f?rendum mais refusa du m?me souffle de lever le voile sur les d?penses d’Option Canada. (94) En ao?t 1997, un rapport de v?rification interne de Patrimoine Canada avait conclut que le processus d’attribution de fonds ? Option Canada avait « manqu? de la rigueur qu’on est en droit de s’attendre quand d’importantes sommes sont accord?es ? un client qui n’a pas ?t? contr?l?. »

Le v?rificateur g?n?ral du Canada d’alors, Denis Desautels, de m?me que le directeur g?n?ral des ?lections du Qu?bec de l’?poque, Pierre-F. C?t?, avaient tous deux cherch?s ? faire la lumi?re sur les d?penses d’Option Canada, mais n’avaient jamais r?ussi ? mettre la main sur les documents financiers de l’organisme, qui fut dissout en mars 1998. L’affaire Option Canada refit de nouveau surface au cours de l’ann?e 2005. D’abord, lors des travaux de la commission Gomery, qui r?v?l?rent que l’agence de publicit? BCP avait factur?e des sommes totalisant 2.6 millions de dollars ? Option Canada pour la conception d’affiches et l’organisation d’une vaste offensive m?diatique en faveur du NON, durant l’automne 1995.

Puis, le journaliste d’enqu?te Normand Lester fut contact? par une « ?me charitable », selon l’expression qu’il employa dans son livre sur Option Canada (95), qui lui proposa de lui remettre une boite de documents contenant une foule d’informations sur les d?penses d’Option Canada, ? la condition qu’il s’en serve « journalistiquement » et qu’il les fasse ensuite parvenir ? la v?rificatrice g?n?rale du Canada une fois qu’il n’en aura plus besoin. « Les documents ont ?t? r?cup?r?s au cours du mois de novembre dans une bo?te pr?s d’un bac ? d?chets derri?re un petit centre d’achat de banlieue dans la r?gion de Montr?al », raconta Lester.

Lester r?v?la ? la mi-d?cembre, soit deux semaines apr?s le d?clenchement de la campagne ?lectorale, qu’il ?tait d?sormais en possession des documents d’Option Canada et qu’il comptait s’en servir pour publier un livre ? ce sujet, en janvier 2006. « Tout le monde pensait que les documents administratifs, comptables et financiers d’Option Canada n’existaient plus, qu’ils avaient ?t? d?truits. Or, surprise ! Normand Lester les a », lan?a le journaliste sur un ton triomphaliste. Cependant, le fait que la source de Lester avait attendu dix ans apr?s le r?f?rendum de 1995 avant de sortir les documents d’Option Canada de leur cachette laissait planer un doute sur ses motivations r?elles et soulevait quelques questions.

Pourquoi des documents si compromettants avaient-ils ?t? conserv?s pr?cieusement durant tout ce temps alors qu’ils auraient pu dispara?tre facilement ? tout jamais dans une machine ? d?chiqueter ? La personne qui avait d?tenu les documents d’Option Canada les consid?raient-ils comme des munitions de r?serve, ? ?tre utilis?s strat?giquement au moment opportun en cas de besoin ? Chose certaine, les documents d’Option Canada s’?taient retrouv?s entre les mains de Lester juste ? temps pour la campagne ?lectorale. Ainsi, l’op?ration aurait ?t? soigneusement calcul?e pour nuire politiquement aux lib?raux de Martin qu’on n’aurait gu?re pu faire mieux.

L’affaire Option Canada b?n?ficia d’une m?diatisation consid?rable, en particulier au Qu?bec, et causa un tort appr?ciable ? la campagne du PLC, notamment en ramenant le souvenir du scandale des commandites que les lib?raux cherchaient ? faire oublier. « La guigne colle d?cid?ment ? Paul Martin et son parti », nota la chroniqueuse H?l?ne Buzzetti dans Le Devoir. (96) « Pour la seconde fois pendant la campagne ?lectorale, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) est appel?e ? se pencher sur des agissements du gouvernement lib?ral », ?crivit-elle. « Ce nouveau d?rapage de la campagne lib?rale ne pouvait survenir ? un plus mauvais moment. »

Lorsque le Globe and Mail r?v?la que la GRC essayait de tirer au clair certaines des d?penses d’Option Canada, le minist?re du Patrimoine canadien d? mandater un de ses repr?sentants pour clarifier la situation aupr?s des m?dias. « Diverses informations nous ont permis de croire que des irr?gularit?s se sont produites dans la gestion de fonds f?d?raux et c’est dans cette perspective que nous avons demand? ? la GRC de s’int?resser ? cette question », expliqua le porte-parole du minist?re, Jean-Guy Beaupr?, qui nia tout rapport avec le livre ? venir des journalistes Lester et Philpot.

De son c?t?, la caporale Monique Beauchamp de la GRC confirma qu’une demande d’assistance par ?crit avait ?t? re?u de la part de Patrimoine Canada. (97) La caporale pr?cisa ?galement que la GRC en ?tait encore au stade des v?rifications pr?liminaires et qu’elle n’avait pas encore d?cid?e si elle allait lancer une enqu?te criminelle et bonne et du forme dans ce dossier. Cette nuance se perdra toutefois dans la couverture m?diatique.

Lorsqu’il r?agissa ? cette affaire, les propos de Paul Martin s’apparentaient davantage ? une justification d’Option Canada plut?t qu’? une condamnation, ce qui ?tait tout de m?me curieux de la part de celui qui avait promis de gouverner dans la plus grande transparence. « ?a fait 10 ans que le Bloc attaque cet organisme parce qu’il est vou? ? l’unit? du pays » d?clara-t-il. « Les p?quistes sous Jacques Parizeau ont mis en place un minist?re qui a d?pens? des millions et des millions pour promouvoir la s?paration. Je vais toujours d?fendre l’unit? de mon pays. »

Bien que les irr?gularit?s du f?d?ral ? l’?poque r?f?rendaire s’?taient produites sous Jean Chr?tien, la controverse interpellait directement Paul Martin, notamment parce qu’elle impliquait un de ses proches, soit Claude Dauphin. Apr?s avoir ?t? le pr?sident d’Option Canada, Dauphin fut nomm? conseiller principal pour le Qu?bec au cabinet de Paul Martin, alors ministre des Finances du gouvernement Chr?tien. Dauphin occupa ce poste de 1997 ? 2001. « Je demande ? M. Martin, aujourd’hui, de rejoindre Claude Dauphin et de lui demander de faire la lumi?re », exigea le chef du Bloc qu?b?cois, Gilles Duceppe.

Mais, au lieu de cela, Martin rendit plut?t un vibrant hommage aux convictions f?d?ralistes de son ami Dauphin, qui re?ut plus de 21 000 dollars pour avoir ?t? le « pr?sident honoraire » d’Option Canada. « Claude a ?t? nomm? par Robert Bourassa comme d?l?gu? g?n?ral du Qu?bec ? Boston, et quand M. Parizeau a pris le pouvoir, il a demand? ? chaque d?l?gu? g?n?ral de faire une profession de foi pour la s?paration du Qu?bec. Claude Dauphin a refus? et a donn? sa d?mission. ?a, c’est Claude », lan?a le leader du PLC lors d’une allocution prononc?e devant des militants lib?raux.

De plus, les all?gations contenues dans le livre de Lester ?claboussa certains membres du gouvernement Martin. Pensons au ministre des Affaires ?trang?res Pierre Pettigrew, qui empocha des honoraires de plus de 13 000 dollars de la part d’Option Canada pour ses services d’expert-conseil. Ou encore ? la ministre du Patrimoine, Lizza Frulla, qui ?tait la vice-pr?sidente du camp du NON en 1995, et dont le mari, le publiciste Andr? Morrow, factura 10 000 dollars ? Option Canada pour ses services. (98)

Comble de malheur, la campagne de Martin avait d?cid?e de jouer la carte de l’unit? nationale contre Harper. La strat?gie consistait ? vendre le PLC comme une formation plus apte assurer la d?fense du f?d?ralisme que le parti de Harper, qui ?tait encore per?u comme ?tant anti-Qu?bec par une portion de l’opinion publique qu?b?coise. (99) Avec l’?clatement de l’affaire Option Canada, les lib?raux voyaient donc leur propre strat?gie se retourner contre eux. Harper ne se fit d’ailleurs pas prier pour enfoncer le clou. « Le f?d?ralisme ne peut continuer d’avoir l’image de la corruption au Qu?bec. C’est un grand danger pour le pays », d?clara le chef conservateur.

Le lendemain de cette d?claration, La Presse d?voilait les r?sultats d’un sondage CPAC-SES Research selon lequel 23 pour cent des Qu?b?cois seraient d?sormais d’avis que Harper ferait un meilleur premier ministre que Martin, qui arrivait en deuxi?me position avec 18 pour cent d’appuis. (100) Notons que l’enqu?te d’opinion fut r?alis?e du 4 au 6 janvier, ce qui couvrait en partie la p?riode o? l’affaire Option Canada commen?a ? faire les manchettes. Il s’agissait-l? d’une remont?e pour le moins spectaculaire. En effet, deux jours apr?s le d?clenchement des ?lections, le 29 novembre dernier, un sondage ?tablissait le taux de confiance des Qu?b?cois ? l’?gard Harper ? seulement 13 pour cent, contre 28 pour cent ? Martin.

« Stephen Harper a r?ussi ? faire oublier son pass? », observa Jean-Herman Guay, professeur de sciences politiques ? l’Universit? de Sherbrooke. « L’homme a commenc? sa carri?re politique en attaquant l’accord du lac Meech, en ne reconnaissant aucune sp?cificit? pour le Qu?bec. » Selon le politologue, les scandales ?taient en partie responsables de la d?bandade lib?rale. « Il y a d’abord eu l’affaire Goodale, puis le scandale d’Option Canada, qui vient renforcer la perception que les lib?raux g?rent mal les choses et qu’il y a une odeur de corruption », nota-t-il. Guay indiqua aussi que le regain de popularit? de Harper au Qu?bec pourrait se traduire par un accroissement de ses appuis dans le reste du Canada. « Les gens vont se dire : ce type-l? est capable d’?tre significatif pour les Qu?b?cois et pourrait donc faire la r?conciliation nationale », analysa-t-il.

Fait exceptionnel, la perc?e des conservateurs aupr?s de l’?lectorat devint si spectaculaire qu’? un certain moment, la firme EKOS ?prouva m?me de la difficult? ? en croire ses propres sondages ! Ainsi, la veille du d?bat des chefs, le pr?sident d’EKOS, Frank Graves, indiqua ? La Presse qu’il pr?f?rait doubler son ?chantillon de 500 r?pondants avant de rendre public les r?sultats de son sondage qui soulevait la possibilit? d’un gouvernement conservateur majoritaire. (101) « Nos donn?es sont si surprenantes qu’il serait irresponsable de les d?voiler ? un moment aussi critique que l’aube du d?bat », expliqua Graves.

Le lendemain, EKOS se d?cida ? publier son sondage dans lequel les conservateurs se voyaient accorder 39 pour cent d’appuis, creusant ainsi un ?cart de plus de 12 points de pourcentage avec le PLC qui plongeait ? 26 pour cent. (102) Le sondage r?v?lait notamment que les lib?raux ?taient en train de couler ? pic en Ontario, o? les troupes conservatrices r?coltaient 43 pour cent des intentions de vote, contre seulement 33 pour le parti de Paul Martin. « De fa?on r?aliste, les conservateurs peuvent maintenant esp?rer former un gouvernement majoritaire », affirma Paul Adams, directeur ex?cutif chez EKOS. La semaine suivante, un sondage Decima indiquait que les conservateurs avaient tripl?s leurs appuis au Qu?bec depuis le d?but de la campagne. (103)

Au-del? des sondages, l’arriv?e de la GRC dans le dossier Option Canada sembla aussi avoir eue un impact psychologique sur la campagne lib?rale. En effet, un sentiment de pers?cution commen?a ? prendre racine dans l’esprit de plusieurs lib?raux, qui estimaient que la conduite de la GRC ? leur ?gard ressemblait de plus en plus ? une forme d’acharnement. Une telle situation n’avait ?videmment rien de particuli?rement rassurant et d’encourageant pour le reste de la campagne. Comme on peut se l’imaginer, avoir la GRC ? ses trousses n’?tait pas tout ? fait la meilleure fa?on de se m?riter la confiance de l’?lectorat…

« Dans l’atmosph?re parano?aque qui est en train de s’installer dans la campagne lib?rale, il doit se trouver des gens proches de Paul Martin pour penser que la GRC le fait expr?s », ?crivit le chroniqueur Vincent Marissal de La Presse. (104) « Ils n’ont peut-?tre pas tout ? fait tort, parce que deux enqu?tes en deux semaines en pleine campagne ?lectorale, c’est pour le moins inusit?. »

« En multipliant les enqu?tes durant cette campagne ?lectorale, la GRC devint le quatri?me adversaire politique pour les lib?raux du premier ministre Paul Martin », ?crivit de son c?t? la chroniqueuse Susan Delacourt du Toronto Star. (105) « Que ce soit par inadvertance ou non, les actions de la GRC font le jeu de l’opposition », observa Delacourt, qui est aussi l’auteure d’un ouvrage sur la course au leadership de Paul Martin de 2003.

La chroniqueuse rapporta ?galement que « certains th?oriciens de la conspiration se demandent si cette vague d’enqu?tes repr?sentent une fa?on de faire payer les lib?raux » pour avoir pris certains d?cisions qui contrari?rent la GRC, dont la cr?ation une commission d’enqu?te sur l’affaire Arar. Delacourt ?voqua ?galement une autre th?orie. Lorsque Gomery d?posa son rapport, Harper affirma que la GRC ne s’?tait pas montr?e assez dure avec les lib?raux pour le scandale des commandites et all?gua qu’il y aurait eu davantage d’accusations de port?es si un autre parti avait ?t? au pouvoir.

D?moralis?s et d?stabilis?s, les lib?raux commen?aient ? avoir de plus en plus de mal ? dissimuler leur d?sarroi. L’affaire de la publicit? ?lectorale lib?rale attribuant ? Harper l’intention de d?ployer « des soldats arm?s dans nos villes » en fut un exemple ?loquent. Devant la pol?mique que souleva ce message, Martin reconnut lors d’une ?mission du r?seau CTV qu’il avait approuv? cette publicit? m?me s’il reconnaissait lui-m?me qu’il ne l’a trouvait « pas tr?s bonne. »

Les lib?raux ?taient peut-?tre en train de devenir les victimes d’une vendetta sournoise de la GRC, mais cela ne les rendait pas n?cessairement plus sympathiques pour autant aux yeux de l’opinion publique. Comme la commission Gomery l’avait amplement d?montr?e, les lib?raux n’avaient pas h?sit? ? recourir ? des combines fumeuses pour prolonger leur r?gne ? Ottawa. Et maintenant, c’?tait d?sormais leur tour de faire les frais d’un stratag?me pernicieux. Ne dit-on pas que celui qui vit par l’?p?e, p?rit par l’?p?e ?

Et le grand gagnant est… Stephen Harper

Le 23 janvier 2006, l’?lectorat canadien rendit son verdict apr?s cinquante-cinq jours de campagne. Le Parti conservateur fut couronn? vainqueur avec 36 pour cent des suffrages et Stephen Harper devint le nouveau premier ministre du Canada. Toutefois, avec ses 124 si?ges ? la Chambres des communes, le gouvernement conservateur allait ?tre minoritaire. Le Parti lib?ral d? se contenter de 30 pour cent des voix, ce qui se traduisait par 103 si?ges au parlement et faisait de lui l’Opposition officielle.

L’affaire des fiducies de revenu n’affecta pas la popularit? de Ralph Goodale aupr?s de ses ?lecteurs puisqu’il fut r??lu haut la main dans sa circonscription de Wascana, qu’il repr?sentait depuis 1993, en r?coltant 7500 voix de plus que son plus proche adversaire. Pierre Pettigrew et Liza Frulla, les deux ministres lib?raux dont les noms avaient ?t? associ?s ? l’affaire Option Canada, eurent moins de chances car ils furent tous deux d?faits. Les candidats lib?raux Enge, Hladyshevsky et Wenner qui avaient critiqu?s publiquement l’enqu?te de la GRC dans l’affaire des fiducies de revenu n’ont pas ?t? ?lus.

L’?lection d’un gouvernement conservateur ne fut pas le seul ?v?nement majeur de cette journ?e de scrutin. Lorsqu’il s’adressa ? ses partisans pour conc?der la d?faite, Paul Martin annon?a du m?me souffle qu’il d?missionnait de la chefferie du PLC, ce qui signifiait que les lib?raux allaient devoir se trouver un nouveau leader au cours des mois ? venir. L’ex-ministre des Affaires ?trang?res Bill Graham fut nomm? chef du parti ? titre int?rimaire. Le paysage politique canadien venait d’?tre transform? de fonds en comble en l’espace d’une seule soir?e.

L’enqu?te de la GRC sur l’affaire des fiducies de revenu ne fut pas oubli?e dans l’analyse des r?sultats ?lectoraux. Un texte du Richard Blackwell publi? dans le Globe and Mail au lendemain de ce scrutin historique nota que toutes les enqu?tes d’opinion importantes men?es par les principales firmes de sondage du Canada indiqu?rent que le point tournant de la campagne survint lors du temps des f?tes. (107) C’est durant cette p?riode que survinrent deux ?v?nements qui men?rent au d?clin des lib?raux de Paul Martin dans les intentions de vote et la mont?e des conservateurs de Stephen Harper dans les sondages.

Le premier ?v?nement mentionn? fut la fusillade lors du Boxing Day sur Yonge Street, une importante art?re commerciale du centre-ville de Toronto, qui co?ta la vie ? une jeune fille ?g?e de quinze ans. La m?diatisation de cette trag?die amena l’opinion publique ? se montrer plus ouverte au discours s?curitaire de la droite conservatrice. Quant au deuxi?me ?v?nement, il s’agissait bien ?videmment de la r?v?lation ? l’effet que la GRC avait lanc?e une enqu?te criminelle concernant une possible fuite au minist?re des Finances au sujet d’une annonce relativement au r?gime fiscal des fiducies de revenu, en novembre 2005.

Toujours dans le Globe and Mail, le chroniqueur Jeffrey Simpson commenta une nouvelle fois la controverse entourant le r?le de la GRC durant la campagne. « Trop de variables sont r?unies pour qu’une seule d’entre elles puissent expliquer la victoire que les conservateurs ont remport? de justesse », nota-t-il. (108) « Toutefois, le consensus parmi les partis est que l’enqu?te de la GRC contribua au moment critique de la campagne, si elle ne l’a pas enti?rement cr??. »

Simpson prit soin de souligner que les lib?raux commirent eux-m?mes de nombreux faux pas tandis que les conservateurs purent compter sur des publicit?s ?lectorales bien pens?es. Il rappela aussi que l’?cart entre les deux partis avait commenc? ? se r?tr?cir peu avant que la GRC ne fasse les manchettes avec son enqu?te sur l’affaire des fiducies de revenu. Il n’en insistait pas moins sur le r?le que cette enqu?te joua durant la campagne. « Outre cette enqu?te, aucun autre ?v?nement ne fit basculer si rapidement les chiffres en faveur des conservateurs. Rarement a-t-on d?j? vu, en tenant pour acquis que cela se soit d?j? produit, une campagne durant laquelle un parti se mit ? bondir en t?te si rapidement comme les conservateurs l’ont fait imm?diatement apr?s no?l. »

Pour le chroniqueur, la conduite de la GRC semblait s’apparenter ? une sorte de myst?re insoluble. Ainsi, Simpson rejeta autant les explications avanc?es par la GRC que les th?ories de la conspiration. « Dans les circonstances, elles ne peuvent ?tre ?cart?es, mais aucune d’elles ne semblent cr?dibles », ?crivit-il ? ce sujet sans ?laborer davantage. « Quelle qu’en soit la raison, en s’impliquant dans la campagne, la GRC ?branla la foi que certains d’entre-nous avions dans son jugement », conclua-t-il. « Nous ne regarderons plus la GRC tout ? fait de la m?me fa?on ? l’avenir. »

Goodale lui-m?me commenta publiquement la controverse entourant l’enqu?te de la GRC sur l’affaire des fiducies de revenu, en disant qu’elle avait « clairement eue un impact » sur l’issue du scrutin. (109) Goodale pr?cisa toutefois qu’il ne ressentait aucune rancune ? l’?gard de la GRC, qu’il d?peignit comme « la meilleure force polici?re de toute la Terre. » N?anmoins, Goodale se montra davantage critique envers ses adversaires des autres partis, en soulignant que l’enqu?te polici?re fut « utilis?e par l’opposition pour infliger le maximum de dommages politiques. »

Le 31 janvier, lorsque Harper rencontra le commissaire de la GRC Giuliano Zaccardelli pour la premi?re fois depuis l’?lection, les m?dias not?rent que les deux personnages ?vit?rent toute discussion concernant l’enqu?te sur l’affaire des fiducies de revenu. (110) Zaccardelli s’?loigna des journalistes lorsque l’un d’eux posa une question ? ce sujet tandis que Harper disparu ? l’int?rieur de sa voiture de service. Il ne fallait tout de m?me pas s’attendre ? ce que Harper remercia publiquement la GRC d’avoir fait d?raill? la campagne de ses adversaires lib?raux !

La controverse entourant l’enqu?te de la GRC sur l’affaire des fiducies de revenu continua ? refaire surface sporadiquement dans l’actualit? politique canadienne durant le reste de l’ann?e 2006. Lors d’un reportage diffus? au bulletin de nouvelles de Radio-Canada, l’ex-ministre et d?put?e lib?rale Lucienne Robillard estima que la d?cision de Zaccardelli d’annoncer le d?clenchement d’une enqu?te criminelle en pleine campagne ?lectorale ?tait surprenante. (111) Selon elle, il n’y avait pas urgence d’agir. Dans ce m?me reportage, Alain-Robert Nadeau, qui avait ?t? avocat ? la GRC durant les ann?es ’90, affirma qu’il ?tait d’avis que Zaccardelli devait certaines explications.

Cette opinion fut partag? par l’ex-vice premier ministre John Manley, qui avait quitt? la vie politique dans les mois qui suivirent l’accession de Martin au poste de premier ministre. Zaccardelli « devrait certainement s’expliquer », affirma Manley lors d’une entrevue sur le r?seau CPAC, une station de t?l?vision d’Ottawa. (112) Pour Manley, il ne faisait aucun doute que la GRC « avait influenc?e les r?sultats de l’?lection », ce qui constituait « une premi?re. » L’affaire ?tait ?galement prise au s?rieux par l’ex-ministre lib?ral John McCallum. « Au minimum, c’?tait intriguant, et l’on pourrait m?me aller jusqu’? dire que c’?tait choquant », commenta-t-il au Toronto Star. (113)

L’un des critiques les plus f?roces de Zaccardelli fut l’ex-ministre lib?ral Wayne Easter, qui avait notamment ?t? solliciteur g?n?ral du Canada, c’est-?-dire patron politique de la GRC et du SCRS. « Vous ne lancez pas une enqu?te durant une campagne ?lectorale ? moins que cette enqu?te soit parfaitement solide », s’indigna Easter. « ?a peut influer sur la r?putation d’individus comme cela arriva ? M. Goodale… ?a peut influencer une ?lection. » (114)

Selon Easter, le gouvernement Martin aurait d? montrer la porte ? Zaccardelli d?s que sa lettre ? la n?o-d?mocrate Wasylycia-Leis fut rendue publique. « Appeler ? une enqu?te durant une ?lection, envoyer une lettre ? un des partis d’opposition, c’est un motif de cong?diement », affirma-t-il cat?goriquement. Mais Anne McLellan, qui ?tait la ministre responsable de la GRC au moment de la campagne, n’?tait pas convaincue pas que cela aurait ?t? la bonne chose ? faire. « De quoi est-ce que ?a aurait eu l’air ? », demanda-t-elle. (115) Par contre, McLellan indiqua qu’elle aurait lanc?e une enqu?te sur la mani?re de proc?der de la GRC si les lib?raux avaient ?t? r??lus.

Les critiques contre l’intervention de la GRC durant la campagne ?lectorale ne venaient pas que des rangs lib?raux. Dans son livre intitul? « In The Long Road Back : Conservative Journey, 1993-2006 », Hugh Segal n’h?sita pas ? exprimer des inqui?tudes au sujet de la conduite de la GRC. Aujourd’hui s?nateur, Segal est un des plus importants strat?ges politiques de la grande famille conservatrice canadienne. Lors des ?lections g?n?rales de 2005-2006, il fut le co-pr?sident de la campagne nationale du Parti conservateur. Son implication dans la politique partisane remontait aux ann?es ’70, o? il se pr?senta sous la banni?re du d?funt Parti progressiste-conservateur lors des ?lections g?n?rales de 1972 et de 1974, sans succ?s. Il occupa de nombreux postes importants, dont celui de chef de cabinet du premier ministre Brian Mulroney.

« La d?cision de divulguer qu’une enqu?te ?tait en cours bien avant que qu’il ne soit d?termin? qu’il existait quelque chose ressemblant ? une preuve suffisante pour porter une accusation m’a frapp? comme ?tant extraordinaire », ?crivit Segal. (116) « Cela eut pour effet de d?placer le spectre de la corruption de Chr?tien au camp de Martin. Dit simplement, cela alimenta la sous-th?matique ’il est temps d’un changement’ qui peut si facilement menacer n’importe quel gouvernement. Le pr?c?dent de la GRC s’engageant dans cette voie devrait inqui?ter tout le monde, que cela ait ?t? per?u ou subi de fa?on n?gative ou positive, sans ?gard aux intentions innocentes de la GRC. Bien ou mal, c’est arriv? et ce fut d’une aide immense pour les conservateurs. »

Lors d’un entretien avec le quotidien Ottawa Citizen, Segal chercha ? m?nager la GRC. Le s?nateur conservateur pr?tendit qu’il ne croyait pas que la Gendarmerie ?tait intervenue « d?lib?r?ment » durant la campagne ?lectorale. (117) Selon lui, la GRC aurait « omis de comprendre que le simple fait de confirmer une enqu?te criminelle en cours sans un brin de preuve pour porter des accusations » pouvait cr?er une impression de malhonn?tet?. Segal maintenait qu’il y avait mati?re ? inqui?tude, et ce, pour tous les partis puisque aucun gouvernement ne pouvait ?tre totalement ? l’abri de telles incursions polici?res dans le processus ?lectoral. « Nous devrions tous nous sentir inconfortables parce que si un jour ?a peut arriver au gouvernement-A, alors ?a peut arriver au gouvernement-B », soutint-il.

Course ? la chefferie lib?rale
et volte-face conservateur


Alors que le PLC tentait tant bien que mal de dig?rer sa d?faite du 23 janvier et de tourner la page, l’enqu?te de la GRC sur l’affaire des fiducies de revenu revint hanter les lib?raux durant la course ? la succession de Paul Martin, et ce, d’au moins deux fa?ons. D’abord, elle aurait figur? parmi les motifs qui incit?rent Goodale ? ne pas postuler pour ce poste convoit?. C’?tait du moins l’avis de Wayne Easter. « J’ai ?t? l’une des personnes qui poussait pour que Ralph Goodale pose sa candidature. Il ne pouvait pas parce qu’il y avait ce nuage qui flottait au-dessus de lui », affirma-t-il, en faisant allusion ? l’enqu?te de la GRC.

Goodale, qui occupait d?sormais le poste de leader de l’Opposition officielle ? la Chambre des communes, avait effectivement jongl? avec la possibilit? de se porter candidat apr?s avoir initialement ferm? la porte ? cette ?ventualit?. Toutefois, lorsqu’il mit fin au suspense apr?s quelque semaines de r?flexion, Goodale ne mentionna pas l’enqu?te de la GRC sur l’affaire des fiducies de revenu parmi les facteurs qui l’amen?rent ? d?cliner l’opportunit? de tenter sa chance dans la course ? la chefferie.

Goodale expliqua plut?t qu’il n’?tait pas pr?t ? consacrer les cinq ou dix prochaines ann?es de sa vie ? composer avec les pressions li?es ? la fonction de chef de parti. (118) L’ex-ministre des Finances parlait d’ailleurs en connaissance de cause, lui qui avait ?t? chef du Parti lib?ral de Saskatchewan de 1981 ? 1988. Il mentionna aussi que son fran?ais laissait encore trop ? d?sirer.

Par contre, il ne pouvait faire aucun doute que l’enqu?te de la GRC porta ombrage ? la candidature de Scott Brison. ?toile montante du PLC, Brison ?tait un transfuge progressiste-conservateur qui ?tait passa du c?t? des lib?raux, qui le r?compens?rent en lui donnant le poste de ministre des Travaux publics au sein du gouvernement Martin.

Brison n’avait pas encore officialis? sa candidature lorsque le Globe and Mail r?v?la, le 7 mars, que la Banque Canadienne Imp?riale de Commerce (CIBC) avait fait suivre aux enqu?teurs de la GRC un courriel plut?t suspect que le politicien vedette avait envoy? la veille de l’annonce du ministre sur les fiducies de revenu. (119) Dans son message, Brison pr?disait qu’il y aurait de bonnes nouvelles pour les march?s financiers cette semaine-l?. « Je pense que tu seras satisfait bient?t, probablement cette semaine », avait-il ?crit ? Dan Nowlan, un ami de longue apr?s que celui-ci se soit plaint par courriel « que le gouvernement fait stagner le march? des actions. »

D?j? l?, la conduite de Brison apparaissait pour le moins probl?matique. Surtout que Brison ne pouvait plaider un quelconque manque de familiarit? avec le fonctionnement des march?s financiers pour att?nuer sa faute, lui qui fut pendant plusieurs ann?es le critique en mati?re de finances pour les caucus progressiste-conservateur ? la Chambre des communes et qui occupa le poste de vice-pr?sident aux placements chez la firme de courtage Yorkton Securities.

Mais la bourde du pr?tendant au tr?ne lib?ral gagna en ampleur encore lorsque le gagne-pain de Nowlan fut r?v?l? au grand jour. Non seulement Nowlan ?tait-il le directeur g?n?ral de March?s Mondiaux CIBC, la firme de courtage de la banque, mais il ?tait aussi r?put? ?tre un v?ritable sp?cialiste des fiducies de revenu ? Bay Street par-dessus le march? ! (120)

Mais ce n’?tait pas tout. March?s Mondiaux CIBC fut la principale acheteuse des titres Fonds de revenu Pages Jaunes durant les heures pr?c?dant l’annonce du ministre Goodale. Les titres de Pages Jaunes, l’une des plus importantes fiducies de revenu du Canada, avaient connut une augmentation de 230 pour cent de leur volume de transaction ce jour-l?. Le courriel de Brison y ?tait-il pour quelque chose ?

Lorsque l’existence de son courriel fut coul?e dans les journaux, Brison comprit rapidement qu’il ?tait dans de beaux draps. Brison r?v?la d?s le d?but que la GRC l’avait questionn? le 18 janvier, soit ? cinq jours du scrutin. (121) Quant au courriel qu’il avait envoy? ? Nowlan, Brison commen?a par tout nier en bloc, puis tenta ensuite de plaider l’amn?sie. Le lendemain, Brison d?cida toutefois de faire volte-face et de se mettre ? table en rendant public sa fameuse correspondance par courriel avec son ami Nowlan.

« Je n’?tais pas au courant de cette d?cision quand j’ai envoy? mon courriel », affirma Brison en faisant r?f?rence ? l’annonce de goodale. « Ma correspondance avec l’employ? de CIBC ne communique rien de plus que ce qui faisait parti de sp?culations publiques ? ce moment-l? », ajouta-t-il en guise de d?fense. Brison semblait toutefois oubli? qu’il ?tait membre du cabinet f?d?ral lorsqu’il r?digea son courriel. Ce n’?tait pas la « sp?culation » sans grande valeur de l’homme de la rue dont b?n?ficia Nowlan, mais bien de celle d’un ministre du gouvernement qui avait acc?s ? de l’information privil?gi?e. Enfin, Brison conc?da que si c’?tait ? refaire, il ?viterait d’envoyer un tel courriel.

Bien que Brison n’avait que lui-m?me ? bl?mer pour s’?tre mit dans un tel p?trin, il restait que quelqu’un quelque part avait coul? l’existence de ce courriel embarrassant dans les m?dias. Dale Palmeter, un v?t?ran strat?ge de Brison, sugg?ra qu’un rival lib?ral pourrait ?tre derri?re cette fuite aux m?dias. (122)

?tonnement, bien que cet ?pisode eut pour cons?quence de faire de Brison la ris?e des m?dias de l’est ? l’ouest du pays, l’ambitieux politicien d?cida malgr? tout de se risquer ? faire le saut dans la course ? la succession de Paul Martin. Lors de la convention lib?rale, Brison arriva en sixi?me position sur huit candidats avec seulement 4 pour cent des voix. La victoire revint ? l’ex-ministre St?phane Dion, qui fut ?lu chef du PLC au quatri?me tour avec 54 pour cent des votes des d?l?gu?s.

Fait int?ressant, une fois devenu chef de l’Opposition officielle, Dion d?cida de faire de la question des fiducies de revenu un de ses cheval de bataille politique contre les conservateurs. Ce choix strat?gique s’expliquait par le fait que gouvernement Harper avait d?cid? de faire ce que les lib?raux avaient seulement envisag? sans jamais passer ? l’acte, c’est-?-dire imposer les fiducies de revenu.

En effet, le 31 octobre, le ministre des Finances Jim Flaherty prit les march?s par surprise en annon?ant qu’Ottawa allait mettre un terme aux avantages fiscaux dont jouissaient les fiducies de revenu d’entreprises en imposant ? hauteur de 31.5 pour cent les distributions vers?es aux fiduciaires. Ces mesures fiscales s’appliquaient ? toutes les futures fiducies qui verraient le jour apr?s cette annonce tandis que celles d?j? existantes verront leur exemption d’imp?t prendre fin en 2011. Cette d?cision suscita une nouvelle turbulence sur les march?s financiers canadiens, lesquels r?agirent si mal que la valeur boursi?re des fiducies de revenu chuta de 25 milliards de dollars en seulement 24 heures.

Dans le sud des ?tats-Unis, un courtier en valeurs mobili?res de la Louisianne fut si contrari? qu’il envoya deux courriels qui lui valurent de se retrouver avec deux accusations d’avoir prof?r? des menaces contre le ministre Flaherty. (123) « Vous avez ruin? ma vie et celle de plusieurs de mes clients et j’ai entendu dire que vous trouviez ?a dr?le », aurait notamment ?crit Lloyd Tiller, qui perdit 250 000 dollars suite ? la d?cision de Flaherty. « Quand je vous mettrai la main dessus, je le jure devant Dieu sur la Bible que ?a ne sera pas dr?le. Vous devriez ?tre pendu … vos trois fils devraient eux aussi ?tre pendus. » La GRC r?agissa aux courriels en haussant d’un cran les mesures de s?curit? autour du ministre Flaherty.

L’annonce du ministre Flaherty sur les fiducies de revenu fut sans contredit l’une des d?cisions les plus controvers?es de la premi?re ann?e au pouvoir des conservateurs. Rappelons d’abord que les conservateurs avaient violemment critiqu? la d?cision du ministre Goodale d’imposer un moratoire sur les futures de revenu, ? l’automne 2005. Cette mesure avait ?t? d?peinte comme une attaque en r?gle contre les personnes ?g?es, qui comptaient parmi les plus importants d?tenteurs de titres de fiducies de revenu.

De plus, en imposant les distributions vers?s aux d?tenteurs de parts de fiducie, les conservateurs furent prit en flagrant d?lit de bris de promesse ?lectorale. Le parti de Harper s’?tait en effet engag?, avant et pendant la campagne ?lectorale, ? ne pas toucher au r?gime d’imposition avantageux des fiducies de revenu. « Un gouvernement conservateur stoppera l’attaque des lib?raux envers les ?conomies de retraite et pr?servera les fiducies de revenu en ne pr?levant aucun nouvel imp?t », pouvait-on lire ? ce sujet dans la plate-forme ?lectorale conservatrice. (124)

Naturellement, les lib?raux de Dion cherch?rent ? exploiter politiquement la grogne des d?tenteurs de parts. Ils d?nonc?rent le volte-face des conservateurs dans ce dossier en propos?rent d’abolir la taxe de 31.5 pour cent sur les fiducies de revenu pour la remplacer par un imp?t de 10 pour cent qui sera remboursable pour tous ? l’exception des investisseurs ?trangers.

Sources :

(48) La Presse Canadienne, « La GRC s’invite dans la campagne : elle enqu?te sur un pr?sum? d?lit d’initi? », 28 d?cembre 2005.
(49) La Presse, « Des analystes estiment que l’enqu?te de la GRC est une perte de temps », Gary Norris, 29 d?cembre 2005.
(50) La Presse Canadienne, « Le ministre Goodale dans l’eau chaude », 29 d?cembre 2005.
(51) Le Devoir, « Goodale reste, dit Martin », Alexandre Shields, 30 d?cembre 2005, p. A1.
(52) La Presse Canadienne, « Martin r?it?re sa confiance en Goodale », Lia L?vesque, 29 d?cembre 2005.
(53) GOMERY, John H., « Qui est responsable ? », p. 443.
(54) The Gazette, « Clean image could be a spoiler », Joan Bryden, December 30 2005, p. A12.
(55) Toronto Star, « ’This is like a live grenade’ for Liberal party », Les Whittington, December 30 2005.
(56) La Presse Canadienne, « 45 % des Canadiens croient que Goodale devrait d?missionner », 30 d?cembre 2005.
(57) Le Devoir, « Responsable », Jos?e Boileau, 30 d?cembre 2005, p. A8.
(58) La Presse, « La responsabilit? de M. Goodale », Andr? Pratte, 31 d?cembre 2005, p. A21.
(59) National Post, « Let the RCMP decide », December 30 2005, p. A16.
(60) Toronto Sun, « Why didn’t Goodale call for probe ? », December 31 2005.
(61) Edmonton Sun, « Goodale must resign », December 30 2005.
(62) National Post, « Liberals drop in polls as troubles grow », Carly Weeks and Philip Authier, December 31 2005, p. A7.
(63) Le Devoir, « Martin refuse de croire ? une fuite pour l’instant », Lia L?vesque, 31 d?cembre 2005, p. A2.
(64) CTV, « Goodale defiant as he prepares to meet RCMP », January 1 2006.
(65) La Presse, « Affaire Goodale : Duceppe veut des noms », Tristan P?loquin, 3 janvier 2006.
(66) Canadian Press, « RCMP interview finance minister in probe of income trust affair », Sandra Gordon, January 3 2006.
(67) CTV, « RCMP visited CARP prior to income trust probe », January 4 2006.
(68) The Hamilton Spectator, « Valeri among insiders told of tax plan », Joan Walters, January 6 2006.
(69) La Presse Canadienne, « ?lections f?d?rales : un sondage accorde l’avance au Parti conservateur », 2 janvier 2006.
(70) La Presse, « Harper et son parti en ?chapp?e », S?bastien Rodrigue, 5 janvier 2006, p. A1.
(71) The Toronto Star, « Expedite trusts probe », January 4 2006.
(72) National Post, « RCMP should have waited, Hargrove says », Siri Agrell, January 3 2006.
(73) The Gazette, « Mountie probe seems fishy », Don MacPherson, January 10 2006, p. A21.
(74) The Globe and Mail, « The Mounties shouldn’t horse around in this election », Jeffrey Simpson, January 6 2006, p. A15.
(75) CTV, « RCMP probes who was in ’income trust’ loop », January 4 2006.
(76) http://www.allbusiness.com/crime-law-enforcement-corrections/law-police-forces/5190941-1.html
(77) The Globe and Mail, « No RCMP contact surprises on-line investor forum », Paul Waldie, January 6 2006.
(78) The Canadian Press, « RCMP says standard procedure followed in public handling of leak probe », Jim Bronskill, January 6 2006.
(79) The Globe and Mail, « U.S. authorities quietly examining income-trust case », Jeff Sallot, January 7 2006, p. A8.
(80) La Presse Canadienne, « Deux lib?raux et ex-agents de la GRC d?noncent l’enqu?te sur les fiducies », Jim Macdonald, 10 janvier 2006.
(81) http://www.conservative.ca/EN/2459/40200
(82) http://en.wespenner.ca/content/view/4/2/
(83) The Globe and Mail, « Timing of probes just a matter of independence, Mounties say », Timothy Appleby, January 14 2006.
(84) Embassy, « If Ridicule’s Any Measure of Political Fortunes, the Liberals Are Toast », Sean Durkan, January 18 2006.
(85) http://www.conservative.ca/FR/2459/40202
(86) La Presse, « Pour un gouvernement conservateur », Andr? Pratte, 17 janvier 2006, p. A16.
(87) The Globe and Mail, « A Tory gift from left field », Rex Murphy, January 14 2006, p. A23.
(88) Le Soleil, « Les trois campagnes perdues des lib?raux », Raymond Giroux, 21 janvier 2006, p. D1.
(89) Sudbury Star, « Researcher set time bomb for Grits », January 23 2006, p. A6.
(90) The Globe and Mail, « Martin won’t take questions on RCMP income-trust probe », Campbell Clark, January 5 2006, p. A1.
(91) www.theglobeandmail.com/servlet/story/RTGAM.20060105.woptions0105/BNStory/Front/-
(92) The Canadian Press, « RCMP proving to be Martin’s undecladered but powerful campaign rival », Michelle Macafe, January 6 2006.
(93) The Gazette, « News of probe dogs Martin », Allan Woods, Mark Kennedy and Norma Greenaway, January 7 2006, p. A4.
(94) The Gazette, « Copps mum on Option spending », Terrance Wills, Claude Arpin and Elizabeth Thompson, March 21 1997, p. A1.
(95) LESTER Normand, PHILPOT Robin, « Les secrets d’Option Canada », Les Intouchables (2006), p. 15.
(96) Le Devoir, « Option Canada : La GRC enqu?te », H?l?ne Buzzetti, 7 janvier 2006, p. A1.
(97) The Gazette, « Secret to 1995 federal grant lay by Dumpster, book says », Philip Gauthier, January 7 2006, p. A1.
(98) La Presse, « Les secrets d’Option Canada – Qui sont les acteurs ? », 10 janvier 2006, p. A6.
(99) Le Devoir, « La magouille », Michel David, 10 janvier 2006, p. A1.
(100) La Presse, « Les Qu?b?cois pensent qu’il ferait un meilleur premier ministre – Harper supplante Martin », Nicolas St-Pierre, 8 janvier 2006, p. A1.
(101) La Presse, « Harper majoritaire ? », Marie-Claude Malboeuf, 9 janvier 2006, p. A4.
(102) Le Soleil, « Harper peut r?ver d’une majorit? », Simon Boivin, 10 janvier 2006, p. A1.
(103) La Presse Canadienne, « Les appuis des conservateurs atteignent 28 pour cent au Qu?bec », Donald Mckenzie, 16 janvier 2006.
(104) La Presse, « GRC, parano?a et unit? nationale », Vincent Marissal, 7 janvier 2006.
(105) Toronto Star, « RCMP probes are playing into hands of opposition », Susan Delacourt, January 7 2006. p. A10.
(106) La Presse Canadienne, « Martin admet avoir approuv? lui-m?me une pub qu’il ne juge ’pas tr?s bonne’ », Sylvain Larocque, 12 janvier 2006.
(107) The Globe and Mail, « Holidays marked start of Tory surge in polls », Richard Blackwell, January 24 2006.
(108) The Globe and Mail, « RCMP leak stories just don’t wash », Jeffrey Simpson, January 28 2006, p. A23.
(109) StarPhoenix, « Goodale warns Tories about reversing income tax cuts », Sandra Cordon, January 31 2006.
(110) The Canadian Press, « Harper and RCMP boss sidestep talk about Mounties’ role in election », Alexander Panetta, January 31 2006.
(111) Radio-Canada, « De plus en plus de citoyens demandent ? la GRC de s’expliquer », 3 f?vrier 2006.
(112) National Post, « Embattled RCMP commish has questions to answer », Jack Aubry, September 23 2006.
(113) Toronto Star, « Liberals see RCMP skulduggery », Les Whittington, December 7 2006, p. A7.
(114) The Canadian Press, « What ever happened to… the RCMP income trust probe ? », Jim Brown, December 25 2006.
(115) The Ottawa Citizen, « We should have fired RCMP boss : ex-minister », Juliet O’Neill, December 7 2006, p. A4.
(116) SEGAL Hugh, « The long road back – Conservative Journey, 1993-2006 », Harper Collins (2006), p. 215.
(117) The Ottawa Citizen, « RCMP probe during election helped Tories, senator says », Jack Aubry, October 20 2006, p. A8.
(118) The Canadian Press, « Ex-finance minister Ralph Goodale says he won’t seek Liberal leadership », April 21 2006.
(119) The Globe and Mail, « Probe turns to Brison », Sinclair Stewart, Steven Chase and Brian Laghi, March 7 2006.
(120) The Globe and Mail, « Brison sent e-mail to Bay Street’s star ’income-trust guy’ », Sinclair Stewart and Jane Taber, March 9 2006.
(121) The Canadian Press, « Brison denies passing friend inside information on income trusts », Sandra Cordon, March 7 2006.
(122) Halifax Herald, « Brison interviewed as part of insider information probe », Stephen Maher, March 8 2006.
(123) The Globe and Mail, « Threatening the finance minister – Stockborker’s rage at Flaherty fuelled by losses and a margarita », Ingrid Peritz, August 30 3007.
(124) Le Devoir, « Ottawa s?me la temp?te sur les march?s », H?l?ne Buzzetti et Fran?ois Desjardins, 2 novembre 2006.

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