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Comment faire pousser une Silicon Valley

« Si vous parvenez ? d?placer les dix mille bonnes personnes de la Silicon Valley ? Buffalo, alors Buffalo deviendrait Silicon Valley ». C’est du moins ce que crois Paul Graham, multimillionnaire gourou du logiciel. Dans un essai publi? sur son site, Graham ?tablit les principaux ?l?ments qui, selon lui, sont n?cessaires afin de reproduire les succ?s de la Silicon Valley n’importe o?. Il croit que les facteurs de r?ussite d’une ville ne sont plus d?pendants de la g?ographie, comme c’est le cas depuis la nuit des temps.

Ce qu’il faut pour b?tir un nouveau microcosme de l’innovation, ce sont les bonnes personnes, c’est-?-dire les nerds et les riches. Rien ne sert de confier cette t?che aux gouvernements et leurs bureaucrates qui n’y connaissent que dalle. Graham prend pour exemple les projets de « parcs technologiques » (technopoles) orchestr?s par les gouvernements, comme si « l’ingr?dient actif de Sillicon Valley ?tait les espaces ? bureau ». Peut-?tre que l’essayiste n’a pas r?alis? que les technopoles servaient surtout ? mettre en contact les « nerds » autour d’un m?me repas quotidien. Justement, Graham sp?cifie juste apr?s que pour reproduire les succ?s de la vall?e, il faut permettre aux fondateurs d’entreprises de s’asseoir ? une m?me table…

De plus, l’auteur ?tablit qu’il faudra une universit? – une des meilleures – dans une ville qui poss?de des attraits (en plus de l’universit?) et une personnalit? pour recr?er une Silicon Valley. Quelle personnalit? devra avoir une ville aspirant ? devenir capitale des nouvelles technologies ? Elle devra ?tre une ville o? « les gens marchent en souriant », parce que c’est ce que les tronches appr?cient. Ces nerds devront d’ailleurs ?tre jeunes, parce que ce sont eux qui d?marrent des entreprises dynamiques. Enfin, le dernier facteur et non le moindre, pour reproduire une Silicon Valley, c’est qu’il faut du temps, parce qu’il peut ?tre long de faire pousser une vall?e magique avec la bonne dose de tous ces ingr?dients.

Dans une r?ponse ? l’essai de Paul Graham, Joel Kotkin, auteur de « The new geography » et « The City – A Global History », compare les propos de Graham ? ceux de Richard Florida, ap?tre de la classe cr?ative qui a tr?s bien su monnayer ses id?es aupr?s de plusieurs villes, dont Montr?al. Kotkin constate que Graham reprend les id?es de Florida en ?vacuant les divers indicateurs et en clamant des assertions sans fondements. Il rappelle que Boston et San Francisco sont des villes avec beaucoup de la personnalit? d?crite par Graham, mais que pourtant, leur nombre d’habitants d?cline d’ann?e en ann?e.

Selon Kotkin, plusieurs veulent reproduire la Silicon Valley ? travers le monde en oubliant que cette derni?re ne g?n?re plus autant d’emplois que dans les ann?es 1970 : « La vall?e d’aujourd’hui survit ? peine ». D’ailleurs, lorsque l’auteur r?sidait dans ladite vall?e au cours des ann?es 1970 et 1980, elle n’avait rien de l’ambiance pr?f?r?e par la classe cr?ative : « le caf? ?tait servi dans des verres de styromousse et le lunch ?tait souvent constitu? de sandwichs sans go?t emball?s dans du cellophane ».

De fait, dit Joel Kotkin, la Silicon Valley n’est pas n?e d’entreprises li?es au technologies de l’information et des communications, mais bien du complexe militaro-industriel propuls? par Lockheed Martin. Kotkin croit donc que la Silicon Valley de demain sera faite d’?tudiants gradu?s superintelligents et d’adultes prosp?res.

On pourrait d?battre ainsi bien longtemps de la recette parfaite pour assurer le succ?s d’une ville, mais il convient de constater que chaque cas est sp?cifique et qu’il est serait complexe et parfois dangereux d’imposer un mod?le ? toute situation. Il ne faut pas oublier que les indicateurs d?terminant les succ?s d’une ville ne peuvent qu’?tre le fruit des objectifs de ceux qui les d?finissent. La pond?ration des diff?rents facteurs, la quantit? de ces facteurs et les indicateurs choisis pour en mesurer les r?sultats peuvent varier selon leurs all?geances. En choisissant tel indicateur plut?t que tel autre, on peut facilement faire passer un endroit paradisiaque pour l’enfer, et vice-versa. La discussion entre messieurs Kotkin et Graham illustre bien ce propos.

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    Dave Winer en rajoute :

    The Valley is history, it’s over, the VCs cashed it all in, in the bubble of the 90s and the cars that used to fill the parking lots on Central Expressway are now filling lots in Ireland and Bangalore. Trust me Toronto, you don’t want to be Silicon Valley unless you want to be a bedroom community for who-knows-what.

  2. avatar

    Si on prend un exemple de technopole, celles de Nice ou Rennes en France, qui sont des réussites, elles associent effectivement des universités et grandes écoles, des centres de recherche (souvent publiques – France Télécom par exemple pour Rennes) au départ, et des entreprises qui se sont greffées là-dessus.

    On a alors les ingrédients réunis, reste plus qu’à faire monter la sauce : comment ? On créé une technopole, on réunit tout le monde autour d’une table (une association), on fait ainsi de la promotion auprès des entreprises de ce monde, en disant « chez nous c’est mieux etc… »

    Les politiciens locaux lancent le projet forcément, car eux seuls ont une vision globale qui permettent la réunion de ces acteurs – entreprises, recherche, enseignement, et non pas les entreprises.
    Ces dernières ne peuvent décider de créer une association à but non lucratif pour promouvoir une ville. Elles demandent aux pouvoirs publics de le faire, car c’est aussi leur rôle.

    Ensuite, pour que la sauce ait bon goût, il faut encore que les acteurs prennent leurs responsabilités : financement pour les financeurs, recherches pour les centres de recherche, et que tous aillent dans la même direction.

    Voilà comment Nice – Sophia Antipolis, ou Rennes – Rennes Atalante, sont devenus des technopoles parmis les plus importantes. De vraies silicon valley avec chacune plusieurs (dizaines de) milliers de personnes qui travaillent dans les technos.

    Et voilà comment elles ont des taux de chômage très bas, des revenus par personne très élevés, des taux de croissance locaux fortement supérieurs à la moyenne, beaucoup de création d’emplois, et donc par cascade, des constructions de logements, de bureaux, de commerces etc… bref un fort développement.