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http://www.centpapiers.com/ Le journal citoyen du Québec pour la francophonie
9 février 2009 |
4 commentaire(s) |
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Photo : diegodacal Flickr
Il serait ici impossible ici de recenser l’ensemble des arguments qu’on entend depuis quelques jours contre la commémoration des batailles des plaines d’Abraham. On peut néanmoins dégager un dénominateur commun à toutes les critiques : Ce qui motive la quasi totalité des contestations, c’est que la Commission des champs de bataille nationaux est un organisme fédéral.
Ces inquiétudes ont de quoi être fondées. Les conservateurs ont mainte fois affirmé, non sans provoquer quelques polémiques, leur désir de contrôler les messages diffusés à la population et leur intention de ne pas subventionner des projets culturels qui porteraient des valeurs contraires à l’idéologie du gouvernement. Ajoutons à cela quelques affirmations historiques plus que douteuses lors des festivités du 400e de Québec et des prédécesseurs libéraux qui n’ont pas hésité à manipuler les fonds publics pour vendre les bienfaits du fédéralisme et nous avons tous les ingrédients pour éveiller les soupçons.
Que les intentions du fédéral soient questionnées n’a donc rien de bien étonnant. Il est tout à fait justifié de penser que, si les conservateurs acceptent de financer des activités de commémoration, c’est que le message diffusé sera conforme à leur idéologie. De tels questionnements sont tout à fait sains et souhaitables. Que la population surveille de près ses dirigeants pour éviter de se faire enfoncer n’importe quelle idéologie partisane dans la gorge, c’est un indice de la santé de notre démocratie.
Cela dit, il n’y a pas que le fédéral qui doit être soupçonné de considérer cet anniversaire comme une bonne opportunité de faire du marketing idéologique.
Patrick Bourgeois et Pierre-Luc Bégin, administrateurs des Éditions du Québécois et du Réseau de Résistance du Québécois (R.R.Q.) organisent de leur côté une campagne de protestation. Comme on le sait, c’est Pierre Falardeau qui a été choisi comme porte-parole de ce qu’ils appellent l’« opération 1759 ».
Il faut dire que l’occasion est belle… Au sein de la religion nationaliste, 1759 est tout bonnement l’équivalent de la chute pour les judéo-chrétiens. Il s’agit, pour ceux qui y croient, du moment où les Canadiens, vivant jusqu’alors dans l’Éden de la Nouvelle-France, ont été chassés du paradis terrestre pour affronter le devenir historique où dominent les ténèbres du colonialisme anglo-saxon. Mais il y a un espoir : la Rédemption par la Souveraineté saura un jour nous délivrer du mal.
Dans les communiqués diffusés par le R.R.Q. et Pierre Falardeau depuis quelques jours, la seule bataille de 1759 est mentionnée comme l’origine de notre malheur collectif. Pire encore, notre sort aurait alors été « scellé », notre monde aurait basculé dans l’empire du mal « du jour au lendemain » en cette « fatidique journée ». Quiconque tente de relativiser cette vision mythique de l’histoire reçoit invariablement l’anathème. Toute remise en question est perçue comme une faute de collabos endoctrinés par l’hérésie canadienne. On croirait entendre des vieux curés nous exhorter à racheter la faute originelle et pour qui tout questionnement sur la validité de leurs sermons serait un péché mortel.
Ce qui a de quoi inquiéter, c’est que ce sont ces prophètes sécularisés qui s’autoproclament aujourd’hui aptes à professer une vision juste et réaliste de l’histoire. Face aux éventuels mensonges de la propagande fédérale, ces redresseurs de torts proposent d’enseigner au bon peuple leur singulière vérité historique, le « passé véritable ». On a presque envie de rire… Demander à Patrick Bourgeois et Pierre Falardeau de nous expliquer objectivement des faits historiques ce serait comme demander à Raël de nous enseigner les origines de l’humanité.
Loin d’être un mouvement citoyen motivé par la volonté du peuple, le R.R.Q. n’est qu’un engrenage dans l’espèce de convergence idéologique mise en place par Les Éditions du Québécois. La nature des activités de ces Moïses à la petite semaine n’est aucunement de proposer une interprétation plus éclairée des faits historiques, mais bien, tel qu’on peut le lire dans le registre des entreprises du Québec, de « faire la promotion de l’indépendance » et « organiser la vente d’articles de promotion »… Que les vendeurs de souvenirs se le tiennent pour dit, cet été, à Québec, ils auront de la concurrence.
Tout se vend et s’achète en ce bas monde. Même la conscience politique et l’idée de nation peuvent devenir des marques de commerce. On devient révolutionnaire comme on porte une marque de bobette. Le symbole des patriotes est désormais un logo. N’importe quel mécontentement à l’égard du fédéral est une matière première qui peut être exploitée comme telle pour mener vers la mise en marché d’une symbolique historique aussi intéressée que douteuse. Et pour ceux qui cultivent le conflit, la réconciliation ne signifie rien d’autre que la menace d’une mauvaise récolte.
Considérer les faits historiques comme une marchandise que l’on peut vendre pour promouvoir une option politique, c’est simplement démontrer que l’on est tout à fait inconscient du conflit des interprétation qui est au cœur de la pratique des sciences sociales. Ces chanoines de l’idéologie nationaliste sont aussi néfastes pour la quête de la compréhension que l’a été naguère le clergé, seul à posséder la vérité et s’attribuant de manière exclusive le pouvoir de la professer.
L’histoire n’est ni souverainiste, ni fédéralistes. Les faits du passé ne sont pas les ingrédients d’un programme politique. Il s’agit d’un trésor collectif dans lequel il faut fouiller de manière constante et, sitôt que l’on croit avoir trouvé une vérité, il faut y retourner, sans cesse, car toute nouvelle trouvaille modifie la valeur de ce que l’on considérait acquis. Dans cette quête de la recherche, le pire obstacle est de croire qu’on parviendra un jour à une évaluation définitive et la pire folie est d’être persuadé qu’on y est déjà parvenu.
Dans toute cette polémique, l’histoire du Québec est doublement prise en otage et la rançon exigée est un acte de foi. À la propagande des uns s’oppose la prophétie des autres et il revient aux citoyens de ne rien concéder à ces maîtres chanteurs.
Etes-vous sur de votre date historique ?
Je connais bien 1789 mais a 1759 je trouve rien. Eclairez-moi un peu. Que s’est il passé sur cette plaine ?
Le politicien ne cherche pas à se substituer à l’historien mais a acquérir une majorité de vote favorable. Certains appliquent à leur compte que « la fin justifie les moyens ».
Aux souverainistes, il faudra leur expliquer que sans le soutien militaire francais leur Eden ne pouvait que tomber dans le Canada britanique ou dans une anexion US (2 tentatives) et n’être que le 11e Etat en population. Entre 2 mal, je prefère le moindre mal.
19:08, le Lundi 9 février 2009Ah ah… Eh bien, l’équivalent de 1789, ici bas, se trouve sans doute dans le futur… Du moins pour les prophètes politiques et leurs apôtres…
À ce propos, justement, il y aurait tout un parallèle à déployer avec la Volonté Générale mise de l’avant par Rousseau et largement utilisée par les révolutionnaires Français.
En effet, la Volonté Générale, principe au coeur du Contrat Social, est aussi une idée judéo-chrétienne.
…Enfin. Il y aurait vraiment toute une recherche à articuler en ce sens en ce qui concerne l’idéologie nationaliste.
« Rien ne ressemble plus à la pensée mythique que l’idéologie politique » – Lévi-Strauss
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Attention : je ne confonds pas l’ensemble des souverainistes avec les « nationalistes ». Plusieurs souverainistes ne s’inscrivent pas dans l’idéologie nationaliste ou, du moins, n’opèrent pas, comme le font Patrick Bourgeois et ses disciples, une telle réduction historique en ce qui concerne 1759.
La mythologie, ici, concerne surtout l’idéologie nationaliste.
Le plus amusant c’est qu’en nous servant tous ces raccourcis, ces drôles prétendent au titre d’historien.
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Eh he he… Bonne idée ça, mettre de l’avant le « moindre mal »… Ça s’inscrit encore dans la logique de la théodicée.
@+
S.
09:41, le Mardi 10 février 2009Enfin, quelque chose d’intelligent à lire sur cette histoire de plus en plus ridicule de plaines d’Abraham ! Avec Falardeau, Bourgeois et l’autre, c’est surtout à une espèce d’hystérie réactionnaire qu’on a affaire, au lieu d’une analyse raisonnée. Mais attention Simon : ils vont te traiter de traître, de vendu, de collabo parce qu’avec eux c’est « Crois ou meurs ».
J’ai déjà été « souverainiste » mais j’en ai fini avec ça, parce qu’on a beau dire ce qu’on voudra, le nationalisme que tu critiques avec justesse et pertinence sera toujours le moteur de ce projet-là, quoiqu’en disent les chefs « souverainistes » à des fins de relations publiques. Remarques aussi que tu n’entendras jamais ces mêmes chefs dénoncer clairement le fanatisme de Falardeau et de sa gang, ni même prendre leurs distances par rapport à ces enragés, parce que ce militantisme extrême fait bien leur affaire. J’ai déjà vu Falardeau invité dans des assemblées du Bloc du « si doux et modéré Duceppe » et j’ai vu aussi en personne Landry, Parizeau et toute la bande faire bras-dessus bras-dessous avec lui dans un lancement des éditions VLB il y a quelques années. C’est comme ça qu’ils cautionnent carrément Falardeau et sa haine hystérique. On n’est vraiment plus dans le temps de René Lévesque qui lui au moins ne pouvait pas sentir ni voir en image les fanatiques dans son propre parti.
Mais ton gros tort, Simon, c’est de faire appel à la raison. Les nationalistes qui sont capables de raisonner, j’en connais pas beaucoup, et je ne connais aucun partisan aveugle, de quelque bord qu’il soit d’ailleurs en politique ou en religion, qui puisse raisonner non plus. Dans ce sens-là j’ai tristement l’impression que tes efforts de sensibilisation et tes appels au bon sens sont gaspillés à l’avance, au moins avec ces gens-là. Mais j’admire ta capacité à argumenter clairement sans prétendre nous dicter notre pensée. En tout cas, merci pour ça.
02:38, le Mardi 17 février 2009Bonjour,
J’ai beaucoup apprécié ce texte. Il me semble qu’il touche un point important: une vision étriquée de l’histoire chez des gens comme MM. Falardeau et Bourgeois. Un projet politique, quel qu’il soit, qui est basé sur la « réparation » ou la « compensation » d’un événement historique est voué à l’échec ou à la catastrophe parce le passé, par définition, ne peut être ni changé ni vengé ni compensé. Surtout un passé mythifié. Un projet politique sensé ne peut être basé que sur la volonté de changer une situation _actuelle_ qui apparaît déficiente. C’est fondamentalement différent, mais cela implique d’assumer que les choses peuvent changer parfois en l’espace de quelques années. Dès fois, les choses changent plus vite que l’idée qu’on s’en fait.
Pour ce qui est de la composante religieuse dans la pensée, je suggère à ceux que cela intéresse la lecture de ce livre. Il est d’autant plus intéressant qu’il est basé sur l’analyse de déclarations documentées des ténors nationaliste pour la période qui va de la fin des années 1960 au début des années 1990.
http://www.editionsliber.org/philosophie/livre.php?idx=40
On pourra aussi trouver intérêt à la lecture _Des idéologies du ressentiment_, un essai de Marc Angenot paru en 1994 chez YXZ. Il faut en prendre et en laisser, mais on y trouve de quoi décrire la teneur de discours et d’attitudes que l’on retrouve dans les nationalismes.
Je me rappelle qu’à l’époque les idées d’Angenot avaient été disqualifiées a priori par les idéologues nationalistes, notamment parce que son épouse travaillait alors à la revue Cité libre. Par un jeu d’amalgames on arrivait à déclarer que les arguments d’Angenot n’était que le fait d’un fédéralisme anti-québécois. Bref, impossible d’envisager l’argument en lui-même.
D’ailleurs M. Guibord avait raison lorsqu’il écrivait «Mais attention Simon : ils vont te traiter de traître, de vendu, de collabo parce qu’avec eux c’est “Crois ou meurs”.» Par le simple fait qu’il critique la vision de l’histoire véhiculée par certains nationalistes, les zélateurs n’ont pas tardé à en faire un suppôt d’une «manifestation de l’occupant». Disons qu’on est pas loin de la pensée binaire.
Merci, M. Jodoin.
23:44, le Samedi 7 mars 2009Vous devez être connecté pour publier un commentaire.
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