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Coke en Stock (LXXVIII) : un second jet en janvier dernier

L’histoire contée dans le premier épisode de cette série sur le Venezuela semble incroyable, et pourtant… Les pistes situées dans l’Etat d’Apure, censées détruites par « l’implacable » gouvernement vénézuélien… existent toujours, et d’autres biréacteurs s’y sont posés depuis, malgré ce que peut bien en dire le président Maduro, davantage occupé semble-t-il à agiter le chiffon rouge de la menace américaine, ces derniers mois, ou plutôt à renforcer son pouvoir vacillant, à défaut de réformer profondément l’économie du pays. Un autre appareil de taille conséquente a en effet tenté l’impossible : se poser en pleine jungle, sur une piste de fortune, preuve que cette dernière, dûment repérée par l’armée et la police, fonctionne toujours… ou qu’une autre du même tonneau a servi. Celui-là s’est écrasé en pleine mer, après s’être posé dans la jungle et « avoir été poursuivi », selon les médias vénézuéliens (et « abattu », donc). Par une armée qui est aujourd’hui en cause, et qui est de plus en plus tentée de commettre un coup d’Etat… si on ne la laisse pas faire ce qu’elle fait depuis des années… à savoir couvrir un vaste trafic de drogue dans le pays…

N710GA

Pas le seul visiteur en Apure

Car l’avion de brousse découvert à l’épisode LXXVII n’a pas été le seul, comme on a pu le voir. D’autres l’ont suivi depuis octobre 2014. L’annonce a été faite cette fois en janvier 2015 par le gouvernement lui-même, contraint et forcé après l’apparition d’un surprenant tweet de « Bizjet101 » annonçant la nouvelle à la cantonade. Celle d’un avion disparu en mer au large de la petite île d’Aruba, au nord du pays, après avoir lui aussi été soi-disant abattu par des chasseurs vénézuéliens… selon les autorités, le biréacteur, avant de sombrer aurait lui aussi décollé d’une piste clandestine de l’Etat d’Apure…

 

Un crash en pleine mer

Les autorités ou les journalistes, cette fois, n’ont pas de « selfie » à montrer. L’avion s’est en effet écrasé en pleine mer, et les seuls clichés que l’on possède sont ceux de centaines de paquets de cocaïne rejetés par la marée sur la côte, au milieu des débris, le pouvoir en place affirmant ayant récupéré  » des débris humains », ceux des corps des malheureux pilotes. Difficile de vérifier s’il s’agît bien de débris d’avions ou ceux d’un go-fast marin. Pour l’instant, on en est réduit à croire en la thèse officielle, l’avion ayant disparu… en mer. Officiellement, le chargement aurait été de 89 paquets, faisant au total 97,7965 kg de cocaïne : une bien étrange précision, et un bien faible chargement pour un appareil de cette taille. Un avion décrit qui vaut largement les précédents, en effet : le moins qu’on puisse dire, en effet, c’est qu’il semble bien douteux, lui aussi. En novembre 2013 déjà, le site Flight Status l’avait repéré effectuant un « voyage d’affaires » allant de Fort Lauderdale, vers Puebla, au Mexique… mais pas vraiment en ligne directe, d’après son plan de vol : sur un trajet de 2022 km en ligne droite, il s’en était offert 350 de plus, pour effectuer un vol assez particulier, longeant la côte nord du Yucatan et l’arrondi sud du Golfe du Mexique. Un amateur de plages était à bord, pour sûr, à moins que l’avion ait servi à déterminer des points de chute ou de départ pour des go-fasts marins. Allez savoir. Drôle de trajet, en tout cas.

 

Un engin au cursus assez curieux

L’engin disparu en mer devant l’île d’Aruba pose question, pour plusieurs raisons. Par son cursus tout d’abord : l’appareil a connu pas moins de 27 inscriptions au registre de l’aviation depuis son premier vol en juillet 1983… et changé 8 fois de numérotation pour finir chez Dinama Corp, immatriculé N214FW (et précédemment N710GA, voir ici à droite photographié en 2010 sur l’aéroport Fernando Ribas Dominicci de Puerto Rico). Une société nébuleuse enregistrée relativement récemment (en août 2013) « et comme il se doit » dans le domaine des trafiquants (voir ici et là, et là encore) dans le Delaware, à Dover exactement… L’engin avait été un temps proposé à la vente par Lone Mountain Aircraft Sales, un broker de Las Vegas plutot spécialisé dans le Pilatus PC-12 ou le Cirrus, habituellement.  Il surprend aussi par sa taille : capable de 22 sièges, c’est un biréacteur plutôt âgé (il date de 1983) qui a été conçu en 1974 par Bill Lear sous le nom de LearStar 600, et c’est aussi un des premiers a avoir été équipé de dispositifs hypersustentateurs, pour se poser et décoller plus facilement, le modèle concerné étant propulsé par des réacteurs General Electric CF34-1A performants. Il fait 10 tonnes à vide et un peu moins du double à pleine charge : c’est à dire que de l’avoir vu redécoller d’un de ces terrains sommaires de l’Apure représente une belle prouesse déjà… (à moins qu’il ne se soit posé sur une base avec terrain en dur, ce qui reste aussi envisageable, les seuls à évoquer la piste de brousse étant les militaires vénézuéliens). Bref, c’est un membre du club des biréacteurs de brousse, une nouvelle catégorie inaugurée en novembre 2014 par le fameux Gulfstream…

Et une confusion

La veille du crash, les autorités du pays avaient annoncé avoir « abattu » au même endroit… un autre avion « léger », celui-là. « Immatriculé aux USA ». Sur le rivage, des débris humains auraient été recueillis, ainsi que 400 kilos de cocaïne, disséminés dans des paquets d’un kilo comme les trafiquants en ont l’habitude. Un cliché de la côte envahie par les sachets de coke est même diffusé. Problème, a vue montre des paquets tombés à terre et non sur une plage. Etrange. Les crashs d’avions dans le secteur ne sont pas particulièrement fréquents, mais le 3 avril 2012, un Beechcraft C90GTx King Air immatriculé N8116L piloté par des brésiliens parti de Fort Lauderdale, désirant se rendre à Curacao s’était vautré en pleine mer à 32 km seulement d’Aruba, à cours de kérosène. L’image de l’avion flottant avant se sombrer avait été prise par l’hélicoptère Lynx ayant décollé d’une frégate hollandais, venue à son secours. Selon certaines sources, l’appareil aurait dû être réenregistré au Brésil sous l’immatriculation PR-MGP (on le photographiera en 2013 sous cette appellation ) !

Retour sur un autre crash

Ce genre d’appareil peut effectivement se poser dans l’herbe, mais il n’en redécolle pas pour autant facilement, habituellement : ainsi pour ce modèle immatriculé N962SW (cn 7859) ayant raté le 30 mai 2006 la piste 35 de l’aéroport Mosinee Central dans le Wisconsin ; après un fort vent de travers à l’atterrissage. Le plus souvent, quand il rate son atterrissage, ça donne plutôt ça, en effet. En septembre 2010, un autre du même genre s’était farci un autre hangar à Teterboro, dans le New Jersey. Le crash avait été l’objet de belles découvertes sur la société qui l’affrétait.. Un des pilotes de l’entreprise, Platinum Jet, Francis Vieira, 60 ans, avait en effet falsifié ses papiers et avait pris surtout l’habitude d’ignorer les réglementations de la FAA : il remplissait régulièrement à ras bord ses réservoirs dans des aéroports où le kérosène coutait moins cher, décollant souvent avec une charge excessive ! Cela avait été le cas pour le jet N370V de l’entreprise (à savoir l’appareil crashé), par exemple, ce qu’avait constaté un agent d’aéroport de Teterboro. En volant trop chargé, le pilote mettait ses passagers en danger, ce qu’était venu expliquer à la barre l’agent retrouvé par la Justice américaine. Le jour de l’accident, dû à un avion mal centré et trop lourd, l’hôtesse à bord, qui était une… danseuse, n’avait même pas su comment ouvrir la porte pour évacuer les passagers ! Les prestigieux invités ayant déjà volé avec Platinum Jet, dont entre autres Beyonce, Bill Clinton, le rappeur Jay-Z, le basketteur Shaquille O’Neal, le footballeur US Joe Montana ; mais aussi Keith Richards, Duran Duran, Ozzy Osbourne, Snoop Dogg, Michael Stipe, Bon Jovi, l’acteur Burt Reynolds ou Celine Dion et même Pavarotti : tous devaient l’ignorer, pour sûr. Pour Jay Z c’est un peu différent, car en juin 2010, Platinum avait déposé une plainte contre lui pour non paiement de prestations aériennes : sur 55 heures de vol qu’il s’était offerts, il n’en avait réglé que 37 seulement, plus l’oubli de services divers comme des repas en vol, pour un montant total de 137 485 dollars !!! Le pilote de Teterboro, ce jour-là, s’appelait John Kimberling et il travaillait pour Michael Brassington, un patron qui était aussi un ancien de l’armée guyanaise (dont il aurait déserté !), un chef d’entreprise qui avait surtout derrière lui un sacré cursus, en effet… et même plutôt gratiné, à vrai dire.

Des personnes protégées

L’enquête avait montré de sacrés bizarreries en effet chez Platinum Jet. Les pilotes n’avaient été arrêtés par exemple que plus de 4 ans après les faits, en 2009 seulement. Etrangement aussi, durant les témoignages recueillis par le commissaire de la FAA, un autre individu observait tout ce qui se disait, avaient noté des témoins sur place : or c’était un membre du Joint Terrorism Task Force (JTTF)… ce qui était somme toute logique : Brassington avait en effet travaillé auparavant pour Wallace J. Hilliard, longtemps mêlé à un trafic de cocaïne remontant au temps des Contras… En 2000 encore, Brassington avait été encore mêlé à un autre trafic, d’héroïne, cette fois. Il était en effet alors le co-pilote du Lear Jet (N351WB) saisi par la police à Orlando le 22 juillet 2000 avec à bord 43 livres de drogue… un avion qui avait décollé, rappelons-le … du Venezuela !!! Et un appareil qui faisait souvent le trajet  : on a recensé jusqu’à 39 vols effectués chaque mois, pas moins ! L’arrivée impromptue (c’est le mot) du 11 Septembre avait fait « oublier » l’affaire à la justice, visiblement… ou plutôt, des accointances entre la CIA et le trafic d’héroïne étaient trop fortes pour que les médias puissent s’en emparer… Car, cerise sur le gâteau, Hilliard était aussi le véritable propriétaire à Venice, en Floride de l’école de vol où Mohamed Attaet Marwan Al-Shehhi auraient appris à voler… ceci expliquant cela, sans doute…

Une histoire escamotée

Tout le monde n’était pas resté dupe de ce qui avait été découvert. Le principal journal de Floride avait remarqué lui aussi les sidérantes incongruités de l’affaire et avait écrit : « Les agents de la DEA, cherchant des mitraillettes, avaient trouvé 43 livres d’héroïne à bord de l’avion. Une telle quantité impressionnante est connu dans le commerce de la drogue comme étan un « poids lourd. » La date était le 22 Juillet, 2000. Il a été écrit dans l’Orlando Sentinel local, que c’était « la plus grand prise de ce genre dans l’histoire de la Floride centrale. » C’ est aussi la plus grande saisie de drogue dans l’histoire dont personne n’a plus entendu parler depuis. Pendant le procès pour trafic de drogue de deux Vénézuéliens qui avait affrété le Lear, des témoignages ont révélé que l’avion avait fait des vols hebdomadaires au Venezuela et retour, se terminant à chaque fois à l’aéroport de Teterboro dans le New Jersey, avant qu’il ne soit démantelé. L’avion volait ce qui est connu comme un « allant chercher du lait. » Pourtant, curieusement, le nom de Brassington apparaît nulle part dans la déposition de la DEA faite auprès de la Cour concernant les circonstances de la saisie. On ne peut pas non plus le trouver dans d’autres documents de la cour. Pourtant, des sources de l’aviation ont insisté pour affirmer que Brassington avait néanmoins été un des pilotes de l’avion ».

On revient aux Contras et à la CIA

Etrangement, durant les témoignage recueillis par le commissaire de la FAA, un autre individu observait tout ce qui se disait : un membre du Joint Terrorism Task Force (JTTF)…, à savoir un agent de l’Etat. Logique : Brassington avait travaillé pour Wallace J. Hilliard, longtemps mêlé à un trafic de cocaïne remontant au temps des Contras… En 2000, Brassington avait été mêlé à un trafic d’héroïne, déjà. Il était alors le co-pilote du Lear Jet (N351WB) saisi à Orlando le 22 juillet 2000 avec à bord 43 livres de drogue… un avion qui avait décollé… lui aussi du Venezuela !!! Les deux passagers de l’appareil Edgar Javier Valles Diaz, 51 ans, et Neyra Aracely Rivas Casanova, 48 ans, tous deux de Caracas au Venezuela, avaient en effet dissimulé 13 kilos d’héroïne dans les semelles de chaussures de sports au fond de leurs bagages. Le 14 juillet qui précédait, un colombien, Nassar Darwich, 30 ans, a avait été arrêté à Orlando avec 1,3 kg dissimulé de la même façon dans ses chaussures, ce qui avait conduit aux deux autres… L’arrivée impromptue (c’est le mot) du 11 Septembre avait fait « oublier » l’affaire à la justice, visiblement… ou plutôt, des accointances entre la CIA et le trafic d’héroïne étaient trop fortes pour que les médias puissent s’en emparer… Car, cerise sur le gâteau, Hilliard était aussi le véritable propriétaire à Venice, en Floride de l’école de vol où Mohamed Attaet Marwan Al-Shehhi auraient appris à voler… curieux hasard !

…et aux îles Caraïbes

Selon le journaliste Daniel Hopsicker, à la curiosité insatiable, Hilliard, un mormon d’origine, avait en effet des liens flagrants avec la CIA, et un associé… iranien : Farhad Azima, proche du Shah, propriétaire d’une société d’aviation, Global International Air, celle qui avait donné un coup de main à Oliver North pour transporter 23 tonnes de missiles TOW à l’Iran… Azima comme Hilliard étant en cheville avec une autre société, appelée EATSCO (Egyptian American Transport and Services Corporation) une société de transport aérien fondée par les agents de la CIA Thomas Clines, Theodore Shackley, et Richard Secord, tous en liaison avec le célèbre Edwin Wilson, l’agent de la CIA accusé d’avoir fourni des armes à la Lybie (et condamné à 52 ans de prison pour ça). Bien entendu, la presse officielle ne pipera pas un mot de ces étranges amis. Ni trop non plus des voyages de l’appareil de Brassington, le Challenger N60S, vu ici à Saint-Martin en 2004, notamment ses aller-retour fréquents aux îles Turks & Caicos, autre lieu de transit connu de la coke, ni de ses relations étroites avec Michael Misick, l’homme fort des îles depuis 2003 (l’équivalent d’un premier ministre), et de sa femme Lisa Ray McCoy, une actrice de séries B sur les chaînes câblées d’Hollywood. Entre temps, Brassington avait même vendu deux vieux hélicoptères au gouvernement guyanais « pour lutter contre le trafic de drogue » !!! Il s’avéreront être de véritables épaves inutilisables, vieilles de plus de 30 ans. En 2014 ; Misick sera accusé d’avoir détourné l’argent de l’Etat, après avoir fui en 2009 au Brésil à la fin de son mandat alors qu’il était recherché par Interpol (on estimait alors sa fortune à 180 millions de dollars, en provenance de la corruption).

 

La DEA, de mèche avec les trafiquants ?

Brassington, co-fondateur avec son frère et deux autres associés de Platinum Jet Management LLC à l ‘évidence, était visiblement protégé, ainsi que tout son staff, visible ci-dessus (fourni par Hopsicker) : voici ce qu’a raconté un agent des douanes venu l’interroger sur le contenu d’une de ses valises, en 2004 : « James Sanders était de service, et en charge, même si c’était seulement une récente recrue, de l’inspection des douanes sur la fin de son quart de travail à l’aéroport international de Fort Lauderdale lorsque Brassington est arrivé un mardi soir. Tout en vérifiant ses bagages, l’agent Sanders est allé vérifier les enregistrements de la DEA sur Brassington dans l’ordinateur, alors que Brassington, indigné, brandissait une lettre devant son visage. La lettre, signée par Gloria Marshall, le chef de la « communication des documents d’information » de l’ « Information Disclosure Unit » de la « Mission Support Division » du Dept. of Homeland Security, semblait conçue pour faciliter l’entrée de Brassington aux États-Unis « C’était une chose étrange, » a-t-il dit plus tard dans une interview. « Alors j’ai hésité. Je lui ai dit, attendez une seconde. Il y a cette lettre d’apparence officielle qui dit qu’ils vont prendre soin de cet enregistrement … Mais il a encore un dossier actif « . « Je me sentais comme un cerf dans les phares », a rappelé Sanders. Les superviseurs l’ont informé que les entrées de Brassington dans les États-Unis étaient manipulées uniquement par des agents d’une équipe américaine des douanes alors encore inconnue appelé « Operation Blue Lightning ». Des opérations tortueuses de la DEA masquant un vrai trafic de drogue au nom de la CIA, ce ne serait pas la première fois, historiquement, et Blue Lithning en était une, à coup sûr. Pour couronner le tableau, la presse révélait également que le propre père du pilote, qui porte le même nom,, était aussi en relation commerciale étroite avec le sulfureux oligarque russe Oleg Deripaska (ici à droite), qui s’était illustré lors de ce qu’on a appelé la guerre de l’aluminium dans les années 90 (on le surnomme depuis « l’homme qui a perdu 25 milliards de dollars« ) !!!

Le jet abandonné au Honduras

Revenons plutôt au Venezuela, où t il y en eu d’autres, encore, entretemps, d’appareils présentés comme « abattus » par les autorités. Parfois, c’est le laxisme d’un autre pays qui est à l’origine de vols illicites. Ainsi semble-t-il avec le Honduras, autre haut lieu du trafic, où le 22 avril 2014 s’est posé un biréacteur de type Sabreliner 60ELXM, un grand ancêtre des « bizjets » actuels, puisque datant de 1978 déjà pour l’exemplaire aperçu à l’aéroport international Ramón Villeda Morales à Lima, une ville au nord du Honduras (accessoirement, c’est aussi l’avion qu’avait choisi jadis comme appareil d’affaires personnel Ben Laden en personne !!! *). L’avion portait l’immatriculation mexicaine XB-KLQ, et s’était posé a au Honduras avec à bord trois mexicains, identifiés comme étant Jose Javier Gonzalez Garcia Enrique et Jaime Robles Milchorena, les deux pilotes, et un passager, Eugenio Salvador Lara Aranda. Le hic, c’est que les trois personnes, une fois l’appareil posé… s’en sont allés tranquillement et ont quitté le lendemain même le pays par un vol commercial classique, laissant sur place l’appareil à plusieurs centaines de milliers de dollars. Ce qui a bien sûr l’art d’intriguer les autorités : au bout de huit jours, elles descendent sur place en grande pompe voir le phénomène de l’avion abandonné ; à savoir le Procureur général, la direction de la lutte contre le trafic de drogues (DLCN), la Police Nationale et la Direction générale de l’aéronautique civile (DGAC) et s’inquiéter de sa présence qui s’éternise, personne ne se décidant à remonter à bord. Et puis plus rien. L’engin de 37 ans d’âge qui avait débuté sa carrière sous l’immatriculation N60RS chez Wetterau Food Inc reste donc parqué sur le tarmac de l’aéroport de Lima… et il réapparait 8 mois après… complètement démantibulé en plein champ… au Venezuela, au sud-est d’Elorza, l’État d’Apure, une aile, voire les deux, arrachées, la queue tordue comme si elle avait subi un terrible impact en vol (si le fuselage avait « roulé sur lui-même au sol pour produire le même effet, l’avion serait davantage couvert de terre). Un bien étrange choc, en tout cas.

 

D’étranges clichés… de mise en scène

Sur les photos visibles, on redécouvre bien la même immatriculation, mais pas disposée au même endroit. Autre étrange déplacement de signalétique ! S’agît-il du même avion ? Pourquoi donc avoir repeint à un autre endroit l’immatriculation d’origine s’il s’agit du même appareil ? Mystère ! Seules les autorités du pays le confirment, qu’il s’agit bien du modèle portant le numéro de série 306-132. Dans quel but ? Aurait-on tenté de maquiller une cellule d’avion en ex-appareil mexicain aperçu au Honduras ? Aucune trace de tirs sur l’appareil, pourtant clamé par les vénézuéliens comme ayant été « abattu » notamment par le ministre de la défense, Vladimir Padrino, jamais avare de parader. Selon Flight Global, l’avion appartiendrait aux dénommés José Ignacio Fernández Álvarez et José Mauro Castro Canaan, ce dernier, renseignements pris, habitant… au Texas, et non au Mexique. L’avion a aussi été vu dans les années 80 sous le numéro N265U (ici à droite), avant de devenir mexicain, sous le vocable XB-MMW puis XB-KLQ. Ce qui étonne le plus, en dehors du fait de ne pas avoir subi de dommages de tirs des avions de la défense vénézuélienne, et cette dérive tordue par on en sait quoi (**), c’est le silence des autorités honduriennes, qui, visiblement, l’on laissé repartir… sans que l’on sache quand exactement : l’avion a-t-il été volé, et auquel cas pourquoi donc le Honduras ne l’a-t-il pas signalé, et pourquoi son propriétaire ne s’est-il pas manifesté, voilà qui pose question, en effet. En tout cas, le voilà réduit en décembre 2014 à l’état d’épave, s’il s’agît bien du même appareil. Aurait-il tenté de se poser sur une piste de fortune pour rater son atterrissage et partir en cabriole ? Nulle trace de ses occupants en tout cas. Et encore moins de cadavres découverts à bord, toujours selon les autorités du pays.

Un autre appareil, visiblement incendié au sol

Un autre avion retrouvé au sud-est d’Elorza est en même temps revendiqué comme « abattu » par l’inénarrable Vladimir Padrino : c’est un appareil plus petit, mais aussi ancien, car datant de la même année (1978), un avion à hélices, à turbopropulseurs, un Rockwell 690B Turbo Commander, avion à aile haute, retrouvé incendié au sol, et là encore déclaré « abattu ». Les traces autour de ses vestiges indiquent plutôt que l’avion s’est tranquillement posé et qu’il a été ensuite incendié sur place. On découvre vite son immatriculation complète : XB-MNX. C’est l’ancien XC-JAL, (numéro de série 11417), un avion ayant appartenu au gouvernement mexicain, de l’Etat de Jalisco (un avion de ce type était utilisé par la Police), versé ensuite aux domaines, visiblement et mis en vente officiellement par l’Etat. comme le montre la copie d’écran ci-dessous :

 

La fable des avions abattus

Un avion de 11 417 heures de vol aux moteurs Garrett 331 de 4000 heures mis en vente à Guadalajara par l’Etat pour la bagatelle de 446 250 dollars. Les trafiquants auraient payé près d’un demi-million de dollars aux autorités un avion pour leur trafic, en prenant le risque de le voir se faire prendre (le propriétaire indiqué étant Hugo Reynoso Calderon, dont on ne sait à ce stade s’il a participé ou non au trafic). Cela indique déjà un peu la valeur de ce qu’il a dû transporter, en tout cas ! Visiblement, l’avion n’a donc pas été abattu, ce qui n’empêche pas Vladimir Padrino de fanfaronner, et de rappeler à la presse qu’il en a les moyens car « le Venezuela s’est équipé dès 2005 de deux radars chinois, un JLY-11 et un JY-1B de canon de défense ZU-23 23 mm, de missiles Igla-S portables, et d’autre plus efficaces : des S-125 Pechora-2M, des Buk-M2E, et même des S-300VM »… ces derniers, d’une puissance terrifiante, s’ils avaient servi, auraient en fait volatilisé littéralement les appareils. Les deux cas d’avions revendiqués en décembre 2014 comme « abattus » par l’armée vénézuélienne laissent plutôt perplexes. Visiblement, tout n’a pas été dit à leur propos. Les deux tweets envoyés par Padino présentant deux interceptions réussies ne lèvent pas tout le voile, loin de là… sa phrase «  Une fois de plus notre défense aérospatiale a détecté Intégralement, intercepté et immobilisé les avions entrés illégalement… » En fait de défense, des avions d’entraînement chinois K-8 présentés en juin 2010 par Chavez comme étant capables de pourchasser les trafiquants ont déjà perdu un exemplaire (et même un second) qui s’est écrasé le 28 novembre 2012 lors d’une fête aérienne sur l’aéroport de Maracay-El Libertador, ses deux occupants ayant réussi in extremis à s’éjecter… et ce après la perte d’un hélicoptère Cougar et de deux Broncos… les fameux Sukkhoi Su-30MK2 faisant de la figuration : ils n’ont jamais été armés, Chavez craignant que ses propres militaires les utilisent… contre lui.

55 millions de dollars, retrouvés trois mois après

Un dernier exemple de l’intensité du trafic et des quantités astronomiques de drogue transitant par le pays pouvant être donné par un drôle d’appareil, celui d’un avion léger mexicain ayant décollé le 5 novembre 2014 du Sierra Nevada National Park au Venezuela, à l’ouest du pays et ayant ensuite disparu dans la jungle, aux mains d’un pilote mexicain de 38 ans. On ne l’avait retrouvé que le 20 janvier suivant à El Tisure… crashé après visiblement avoir voulu voler trop bas pour éviter les radars tout en montant le long des flancs des Andes. Dans la carlingue démantibulée, retrouvée à plus de 4200 mètres d’altitude, on avait retrouvé les restes du pilote, toujours entouré de 362 paquets de cocaïne représentant près de 400 kilos au total, d’une valeur de 55 millions de dollars. Perdus pour les trafiquants.

Décidément, on est loin d’en avoir terminé avec les avions de la drogue au Venezuela… et effectivement, puisque d’autres informations nous attendent…

(*) lire ici : « Les américains et l’ISI ont toujours su où était Ben Laden (II) »

(**) à bien regarder, on s’aperçoit que l’avion n’a plus d’aile droite, mais l’absence d’aile gauche signifierait en effet qu’il a effectué un tonneau au sol, sur la gauche, ce que confirme sa dérive droite, pliée de la même façon que la verticale, dans le sens d’une rotation à gauche : en ce cas, il aurait été redressé manuellement… pour la photo. Deux soldats se présentant à droite fusil à la main pour s’en approcher confirment la mise en scène évidente. il n’y a plus personne à bord depuis belle lurette quand ils s’en approchent !

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