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Coke en stock (CXXXVIII) : « El Chapo » et les avions (6). Le Honduras, la deuxième patrie d’El Chapo

A bien regarder, ce qui se dégage de cette longue enquête est que le Honduras a joué un rôle primordial dans la carrière d’El Chapo.  C’est là où il se sera même permis d’offrir un jet privé à plusieurs millions de dollars à un homme politique, pour le remercier de fermer les yeux sur son trafic.  Une technique qu’il avait apprise de son maître en la matière, Carlos Lehder, comme on va le voir.  C’est au Honduras que l’on a vu progressivement arriver de plus gros avions, ces dernières années, à la place des petits Cessna mexicains.  Avec une année phare, celle de 2014, comme sommet d’intensité maximale du trafic, réalisé sous l’œil attentif pourtant des avions Orion de la DEA et douanes US.  Et une arrestation primordiale l’année suivante :  celle de Fabio Lobo, le propre fils de l’ex-président du pays, celui qui a échappé – pour l’instant – à l’humiliation d’une condamnation pour trafic de drogue.  Une affaire qui montre avec éclat l’état de déliquescence dans lequel est tombé le pays, recordman mondial du nombre d’homicides par habitants.  Le terrain de jeu rêvé, pour un trafiquant de coke.  El Chapo s’y plaira tellement qu’il finira par s’y faire construire une villa.  Avec tunnel associé, sans aucun doute mais cela, on n’a pu le vérifier à cette heure…

Des pilotes avec des semaines bien chargées

Et cela a ainsi continué, comme on l’a dit à l’épisode précédent.  Longtemps, donc, puisque huit ans plus tard on en trouvait encore.  Des avions… et des pilotes.  Le 2 avril 2014, un pilote se tuait près de San Dionisio, sur la colline de Las Playitas de Pedernales, dans la paroisse de Trinité Samuel à Torres au Venezuela, en compagnie de deux autres pilotes mexicains, dans un petit Cessna 310 chargé de drogue (il aurait pu emporter 814 kilos mais seuls cent kilos non carbonisés seront récupérés).  L’appareil est en miettes, seule sa queue (de couleur jaune) est intacte.  Il a été visiblement poursuivi par des avions de chasse.  On a récupéré la carte d’identité d’un des deux pilotes, qui s’appelle Erick Emanuel Mejias Montes.  Or ce même Erick Emanuel Mejias Montes, en compagnie de Darimel Guerrero Rios, avait été brièvement arrêté une journée plus tôt… sur l’aéroport de Roatan, après avoir abandonné un Gulfstream immatriculé N707KD.  L’année précédente, l’avion appartenait encore à « Florida Aviation Service Technology Inc, » de West Palm Beach, une entreprise…. d’un seul employé, et il devait être cédé le mars 2013, à American Sky S.A.  Selon FlightAware, ce N707KD avait décollé de Miami à destination de Torreon, Coahuila, au Mexique, le 8 mars… un an auparavant, le 22 mars 2013, le Gulfstream N951RK, avait été abandonné de la même façon  par deux pilotes mexicains.  A ce moment-là, Guzman était toujours en fuite : il ne sera arrêté pour la deuxième fois qu’en février 2014.  L’avion de Roatan lui était-il destiné ?

L’augmentation du tonnage emporté

Ces avions qui atterrissent bourrés de coke au Honduras, je l’avais expliqué dans l’épisode LXII de cette très longue saga.  On revient en arrière en 2009 avec un avion resté embourbé en pleine clairière :  « Pendant ce temps, les arrivées d’avions porteurs de drogue se font sans discontinuer. Quatre mois à peine après les élections, dans la province d’Olancho, on retrouve un appareil très spécial, puisqu’un appareil russe.  Un Antonov 28, construit sous licence en Pologne par PZL Mielec.  C’est le même type d’appareils dont se servent les forces spéciales US (lire ici leur usage en Libye et au Mali), l’exemplaire hondurien ayant vraisemblablement été volé à une entreprise de sauts en parachute vénézuélienne (Skydive). Il porte en effet encore l’immatriculation du Venezuela YV1769.  C’est en fait l’ex YV-1147CP (vu ici Higuerote au Vénézuela ), ST-GWA, ES-NOA, UR-28759, CCCP-2875… Les photos de l’avion embourbé sont très impressionnantes. Avec lui on change de catégorie, car à la place des 500-600 kg que transportent les Cessna Conquest préférés des trafiquants, on passe à près de 4 tonnes de capacité de transport. Les autorités annonçant qu’en effet il y a bien eu 4 tonnes de coke à bord, même si on ne retrouve autour de l’avion que des bidons vides.  Si les photos de l’appareil au sol sont très impressionnantes, d’autres intriguent davantage, car l’atterrissage de l’Antonov/Mielec a été filmé de bout en bout… par un avion d’observation US, très certainement un Lockheed Orion de surveillance. »  C’est d’ailleurs bien ça qui surprend: de le voir se poser ainsi, filmé par un appareil… américain. L’appareil sera ramené par route à  Tegucigalpa-Toncontin Airport (TGU, mais donc sans ses ailes, sa queue et ses moteurs. On le verra longtemps y apparaître ainsi, démembré.  En 2009 toujours, le 26 septembre, on retrouve un bimoteur Piper vautré dans une plantation de palmiers à huile dans le secteur de Cuero, à La Masica.  Autour de lui 13 bidons de kérosène et encore dedans pas moins de 500 kilos de cocaïne.  L’appareil porte une immatriculation vénézuélienne.  Il sera plus tard démantelé, ses moteurs récupérés.

Les routes des noctambules aériens : le Honduras privilégié

C’était devenu une vieille habitude de passer par le Honduras, pays à la situation politique catastrophique et au taux de criminalité devenu atmosphérique (à gauche un appareil déposant des touristes, et non des trafiquants). « Deux ans auparavant, déjà, le 31 mars 2007, un autre avion, un des fameux Cessna Conquest, justement, avait inauguré une autre méthode d’atterrissage qui allait devenir de mise dans les mois suivants : dans le secteur de Roatan, le bimoteur immatriculé XB-KBI s’était en effet posé sur une route, et non plus dans la jungle (il est ici photographié à droite en 2011 ramené à Tegucigalpa-Toncontin, on peut voir qu’il était en parfait état).  A bord il y avait entre 1200 et 2000 kilos de drogue, selon la police, l’avion ayant été complètement vidé de ses sièges (on trouvera à bord 59 barrils d’environ 25 kilos chacun). Le récit de son arrivée montre l’organisation qui se cachait derrière son arrivée, décrite ici par La Tribuna « : « Au toucher, dans la région ne comptait que quatre membres de la sécurité qui gardaient la piste, qui a immédiatement alerté les autres narcotrafiquants pour accourir. Les autorités ont indiqué que lorsque les deux pilotes ont noté que les autorités arrivaient sur la piste, ils ont tenté de redécoller l’avion nouveau. A ce moment-là, les hommes arrivés sur la piste ont tiré sur l’avion, mais les deux pilotes ont débarqué et se sont échappés. Les autorités estiment que l’équipage s’est caché quelque part dans l’île, alors qu’ils faisaient des analyses, faites par des éléments de la Marine et de lutte contre les stupéfiants, présentent dans la région pour faire des inspections de l’avion. L’avion, un bimoteur blanc et Conquest II avec une inscription sur l’aile droite, peut accueillir 12 personnes. A l’intérieur se trouvaient des paquets de drogue. Au début, on pensait que sur la zone d’atterrissage il y avait eu un mort, mais la version a été refusée par le chef de la Marine. « L’avion avait déjà atterri sur la piste de Guanaja sans avoir à redécoller précipitamment. On n’a pas réussi à capturer de trafiquants, car la piste était très sombre, avec impossibilité de voir quoi que ce soit de nuit, alors que les pilotes courraient  » L’avion avait trois impacts de balles sur le côté la gauche à la hauteur du pilote selon ceux qui ont fait les prises de vue. Le capitaine a dit « on croit que cet avion venait du Venezuela (…) A l’intérieur se trouvaient sept fûts, qui étaient censés contenir de la drogue. En plus, il y restait à bord 18 gallons d’essence et l’avion contenait cinq tonneaux pleins d’essence pour avion. Il y avait également une batterie de 12 volts, deux pompes électriques avec des tuyaux, qui seraient utilisés pour le transfert de carburant, avec deux extensions de 400 mètres de long. A quelques mètres de la piste il y avait un bateau de 20 pieds de long avec moteur Yamaha de 15 cv, destiné à transporter la cocaïne. Le capitaine Espinal dit que ses troupes opérent dans les trois îles à la recherche des fugitifs, mais cela n’avait pas encore donné de résultats positifs. »  Tout avait été prévu, y compris le transfert vers un bateau à fond plat pour rejoindre l’océan via les canaux.  On retrouvera quelques temps plus tard (en juin 2009) un avion du même type sur la base militaire, où il semblerait être resté des mois, disposé à côté d’un autre appareil saisi (l’YV2028, retrouvé à Utila avec 1800 kgs de coke à bord et deux barques rapides à proximité), portant une nouvelle immatriculation militaire : FAH013. Visiblement, l’armée
hondurienne avait choisi de recycler pour elle les avions saisis… tant elle en avait en stock.  l’XB-XBI demeurant depuis à Tegucigalpa (il y sera photographié le 3 février 2011). Le Honduras, en quelques années, est devenu la plus belle zone de transit que pouvaient espérer les trafiquants colombiens ou vénézuéliens, de par sa police et son armée corrompue et par son climat politique extrêmement instable où rien de peut se faire correctement pour lutter contre la drogue et les sommes d’argent qu’elle procure.  En ce sens, le rôle d’un industriel influent, roi de l’huile de palmier (Miguel Facussé, décédé depuis, lire ici à son propos), décidé depuis a été prépondérant : sur sa propriété on avait retrouvé les vestiges d’un avion de trafiquants, démonté, découpé et enterré (ici à droite).  Les autorités honduriennes dissimulent les faits : en 2009, un journaliste avait ainsi découvert après coup qu’un avion ayant heurté une ligne électrique à Tripoli (ici à gauche et à droite) et s’étant écrasé contenait aussi de la drogue, ce que la presse d’alors n’avait pas relaté.  C’était alors le 13 eme crash d’avion dans le pays sur les 24 que connaîtra l’année 2009 : deux par  mois !!!

 

2014 : une vraie épidémie de crashs… au Honduras !

Depuis, rien ne s’est arrêté, bien au contraire : en 2012, un appareil s’écrase à Olencho.  Dans La Mosquitia entre Gracias a Dios et Olancho.  Les images de son crash sont très impressionnantes, l’avion a littéralement explosé et ses moteurs ont brûlé.  On découvre qu’un de ses pilotes, retrouvé blessé (l’autre est mort)  Georgy Luís Herrera Bueno âgé de 44 ans est un brésilien, les « nouveaux arrivés sur le marché ».  A bord du bimoteur à moteurs à pistons difficilement reconnaissable (ici à droite), 23 paquets contenant 600 kilos de cocaïne. En 2013, c’est à Farallones, département de Colón, à 600 km au nord-est de la capitale, qu’un Beechraft s’était posé et avait ensuite été incendié après avoir été délesté de son contenu de drogues.  En 2013, le 28 octobre un avion similaire avait été retrouvé incendié le long d’une piste clandestine.  Il portait le numéro d’immatriculation N895AC c’était un Beech C90 appartenant à Global Ventures Inc de Wilmington dans le Delaware (photo ici à droite). Direct Global Ventures, Inc, dirigé par le guatémaltèque Michael Zureikat, détenait aussi un Learjet 55, le N890AC, ex ambulance AeroCare, cédé depuis à Mark Solomon Trustee.  Visiblement, il s’intéresse aux avions… En 2015, à San Esteban, dans l’Olancho, même scénario  avec un appareil (ici à droite) dont il ne reste que des cendres ou presque : les narcotrafiquants ont tenu à effacer complètement leurs traces, d’après les premiers clichés.  On découvre après que ce que les vestiges de l’avion révèlent par des détails (la profondeur fixée sur le fuselage et non sur la queue, les énormes pipes d’échappement faisant le tour de l’extrados, l’avant aux doubles compartiments à bagages bien visibles), soit qu’il s’agît bien d’un bon vieux Cessna 441 Conquest II à turbopropulseurs (modélisé ça donne ça).  La Tribuna peut produire un beau graphique sur le trafic entre 2016 et 2015 : il y a eu 12 tonnes de cocaïne de transférées en deux ans dans le pays ! 60% des vols de cocaïne partant de l’Amérique du Sud ont atterri au Honduras !!!  Effarant !

Le reportage édifiant de la BBC
A la BBC, il existe des émissions cultes.  L’une d’entre elle a été créée en 1997.  Elle a été présentée jusqu’en 2005 par Tim Sebastian, puis à partir de 2006 par Stephen Sackur.  C’est ce dernier qui propose en 2012 un reportage sur… El Chapo.  Enfin plus exactement sur « la guerre à la drogue  » menée par les Etats-Unis au Honduras.  Une « mission controversée », selon Sackur.  Lors de ses trois épisodes plutôt bien menés, on découvre la logistique aérienne déployée.  On y voit notamment la saisie d’un Piper Piper PA-34-220T immatriculé HK-4668-G photographié ici en 2013… après sa saisie donc repeint à neuf, si c’est le même  (à Chimitá Hacienda, Santander, en Colombie !).  En fait l’avion avait un faux numéro, qui en cachait même un second (le HK 4550-G).  Le reportage est siglé « El Heraldo » et date de février 2012; on y voit les trafiquants prisonniers et un petit quad venu s’occuper du combustible avec des 12 bidons bleus prêts à être emmenés en remorque.  Deux VTT avaient été saisis, quatre pistolets de neuf millimètres, un fusil M-16 chargé, un système de positionnement global (GPS), 23 réservoirs de carburant au total et non 12, et deux pompes pour ravitailler l’appareil.  L’avion présente une particularité : on ne sait si ses coffres sont pleins, mais ceux à l’avant ont été scotchés pour qu’ils ne s’ouvrent pas en vol, à moins que ce ne soient leurs attaches qui aient été trouvées un peu faibles, on ne sait (c’est très visible ici à droite sur un cliché extrait de la vidéo).  En fait l’avion a été arrêté le 4 novembre 2010 avec à son bord pas moins de… 550 kilos de coke !!!  Un colombien avait été tué lors des échanges de tir, Franklin Samuel Martinez Ramos, âgé de 20 ans seulement), Jorge Eliécer Rodríguez Díaz le pilote, Mario Fernandez Sánchez Cardona, copilote, les deux Colombiens et un Hondurien Santos Aníbal Escobar Flores avaient été arrêtés (ce sont eux que l’on voit assis devant l’avion).  L’appareil s’était posé à  Cocovila, dans la municipalité de Brus Laguna, près de Gracias a Dios.  L’avion était immatriculé en Colombie, mais il venait… du Venezuela.  Le reportage de Sackur nous montre Hilda Lezama qui avait reçu une balle dans la cuisse lors d’un raid plutôt catastrophique des forces de l’ordre appuyées par des américains, qui semblaient plutôt avoir tiré dans le tas plutôt qu’autre chose lors d’une de leur interventions musclées.  Lezama habitait Ahuas, dont nous reparleront bientôt.  Son beau-fils avait été tué, deux de ses voisins également, explique-t-elle.  Une méprise : « nous revenions d’un voyage en bateau avec les pêcheurs», se souvient Hilda.

Le rôle intrigant des avions d’observations US
« Nous avons voyagé la nuit pour éviter la chaleur.  Nous avons entendu les hélicoptères au-dessus de nous, mais nous ne pouvions pas les voir. «Ils auraient pu nous laisser accoster et ensuite fouiller le bateau, mais ils nous ont tiré dessus. Peut-être pensaient-ils que nous étions quelqu’un d’autre »… selon la BBC, en effet « un groupe d’élite de US DEA agents ont été embarqués avec les forces de sécurité du Honduras dans une opération soutenue par six hélicoptères du Département d’Etat, piloté par des entreprises de sécurité non américaines, qui ne sont pas liés par les règles d’engagement strictes imposées à la DEA ».  Les morts du village d’Ahuas ont ils été victimes d’un excès de zèle des forces US, leur gâchette rapide et leur culture du chiffre ?  L’incident s’était produit le 11 mai 2012.  Le problème supplémentaire étant aussi que toute l’opération avait été suivie par un appareil américain doté d’une caméra, certainement un P3-Orion (voir image ici à gauche), ce qu’on saura en lisant un rapport « redacted » officiel (lisible ici), montrant des copies d’écran de l’attaque.  Les américains avaient filmé intégralement leur intervention ratée (ici à droite deux barques attaquées) ! On peut lire ici un très interessant débat sur ce qui s’est passé réellement, à savoir que les hélicoptères US et les agents de la DEA dans un canot ont confondu les trafiquants avec l’arrivée d’un bateau « classique » de transport de la région ramenant des habitants chez eux.  L’affaire avait bien commencée avec la surveillance d’un Cessna rempli de drogue, et son déchargement ensuite vers les canots au bord du fleuve.  Mais le reportage cite aussi un ancien policier, qui décrit pourquoi ça va si mal sur place (ci-dessous à gauche une saisie visionnée dans le reportage de Sackur): « la clé du succès des trafiquants?  La corruption. « Toujours, toujours, toujours, quand les drogues se déplacent, un membre des forces armées est impliqué », explique Marlon. «Ils permettent aux agents de police de prendre une certaine quantité de drogue, tandis que la plus grande partie de la drogue passe par un autre canal, ce qui donne l’impression que la police fait du bon travail. « Le trafic de drogue a pris le contrôle de notre pays, est partout, en politique, même dans les églises. »  affirme-t-il dans l’interview de Sackur, le gouverneur parait bien démuni.  Pour le coronel Santos,  en revanche, le nouveau tsar de l’anti-drogue du gouvernement de Porfirio Lobo, « Les trafiquants de drogue ont une énorme capacité à corrompre les forces et les individus », dit-il. « En réalité, ils ont beaucoup de pouvoir, mais le gouvernement ne peut pas permettre au Honduras de devenir un narco-état, avec une narco-gouvernement et un groupe de narcopolicticiens ».  Et pourtant… le 4 septembre dernier, le propre fils du président, Fabio Lobo, s’est pris 24 ans de prison pour trafic de cocaïne :  il avait été capturé à Haïti en 2015 !!!

Le fils du président du pays trafiquant de haut vol !

Le document du Bureau de New York devant la Cour du district sud de New York, dirigé par Preet Bharara explique clairement le rôle de Fabio au sein de l’organisation d’El Chapo Guzman : cela s’était déterminé lors d’une réunion de Fabio Lobo (ici à gauche) avec plusieurs trafiquants de drogue en la présence du colonel Mario Amaya, un membre des forces armées, qui devait coordonner le transport de la cargaison, selon les États-Unis.  La drogue destinée à El Chapo, selon le procureur, devait être envoyée par un Colombien dans les environs de Limón, puis transportée à Tocoa.  De là, Devis Rivera Maradiaga, dirigeant de Los Cachiros, et adjoint de El Chapo, et Fabio Lobo déplaceraient la cargaison jusqu’à la frontière avec le Guatemala.  Fabio, qui vivait déjà une vie de nabab en sillonnant le monde et se photographiant en selfie à Rome ou à Paris (ici à gauche) recevrait à titre de paiement 200 kilogrammes de cocaïne, à ce moment-là au prix de 13 000 dollars chacun.  Cela devait se passer dans les eaux internationales et Fabio Lobo transférait après la coke à San Pedro Sula pour la distribuer après en Californie, à Chicago, à Miami et à New York.  Ce sont des écoutes de juillet à septembre 2014 de Fabio Lobo avec le dénommé Devis Leonel, pour l’expédition de cocaïne, qui ont incité la DEA à intervenir.  Plusieurs tonnes de drogue devaient alors être amenées à bon port.  Cette fois c’était 300 kilos de coke pour une valeur totale d’environ 2,7 millions de dollars qui lui avait été promis par Devid Rivera Maradiaga.  Une rencontre avait été prévue en ce sensé en Haïti, et le 20 mai, Fabio a été capturé à Port-au-Prince.  Les Cachiros, on le rappelle, s’étaient d’eux-mêmes livrés à la police en janvier 2015.  C’était çà ou mourir sous les balles d’El Chapo, qui avait reçu chez lui l’un des deux pour leur dire que c’est ainsi que ça se passerait désormais.  Chez les Lobo, en revanche, on était bien proche des « narcos ».  Outre une photo fort compromettante de l’ex président avec José Natividad « Chepe » Luna, truand notoire et trafiquant (alors que Porfirio était encore en exercice !) on avait remarqué que son propre frère Ramón Lobo fricotait avec la famille Rivera Maradiaga (il avait été photographié à un inauguration dans le fief du cartel).  Sa propre fille, Margarita, elle, ayant carrément été blessée lors de l’attaque en 2012 contre le trafiquant orge Aníbal Echeverría Ramos, alias “El Coque,” dont elle était la maîtresse.  El Coque survivra à une deuxième tentative d’assassinat, avant d’être arrêté et de se retrouver en prison au Honduras… et d’y mourir trois jours après… assassiné !  Comment à partir de là ne pas imaginer que El Chapo pouvait autant se sentir chez lui au Honduras !!!

Pas le seul pris dans la nasse

Corruption toujours : le 29 août, nouveau coup de théâtre avec Yankel Rosenthal Coello, leader du Parti Libéral et l’ancien ministre du gouvernement du Honduras (sous Président Juan Orlando Hernández) et ancien président du club de football hondurien C.D. Marathon, qui plaide coupable de crime de blanchiment d’argent et de trafic de drogue, en liaison avec plusieurs cartels de la drogue, y compris Los Cachiros.  Yankel, a plaidé coupable du crime de blanchiment d’argent et de trafic de drogue, en liaison avec plusieurs cartels de la drogue, y compris Los Cachiros.  Selon le bureau du procureur du district du Sud, Rosenthal et son Grupo Continental, ou Continental Group, « a cherché à blanchir de l’argent en achetant des biens immobiliers aux USA, en faisant des contributions politiques au Honduras et même en investissant dans le club du C.D. Marathón » (voir ici le détail).  En fait c’est toute la richissime famille Rosenthal qui est tombée avec lui : son oncle, Jaime Rosenthal Oliva, qui était vice-président du pays (!) et son cousin Yani Rosenthal Hidalgo, qui ont été tous deux candidats à la présidence du Honduras sont eux aussi liés à l’affaire.  Avec eux tombe aussi le banquier Andres Acosta, qui a aidé les Rosenthal et a aidé à blanchir l’argent du trafic.  Or selon les enquêteurs, Fabio Lobo avait bien aidé Acosta à établir son système de blanchiment !!!  Santos Rivera Maradiaga ayant rencontré les Rosenthal dans les années 70.  C’était tout un système mis en place : les Cachiros possédaient de vastes fermes à huile de palme, elles étaient financées par des prêts à la Continental Bank gouvernementale qui blanchissait ainsi leur argent !!!  Yankel Rosenthal, lui aussi s’était fait piégé par un enregistrement lors d’une réunion avec plusieurs trafiquants de drogue honduriens. On l’avait alors entendu discuter des pots-de-vin et de la possibilité d’apporter de l’aide aux politiciens honduriens pour que les trafiquants puissent éviter d’être visés par les forces de l’ordre et éviter aussi d’être plus tard extradés aux Etats-Unis !!!  Le 15 octobre 2015, durant la procédure, les policiers s’étaient rendus dans un hangar bien particulier appartenant aux Rosenthal au Guatemala.  Celui qui hébergeait leur Beechraft TG-OBP (l’avion est enregistré au Guatemala et non au Honduras).  Ils l’avaient passé aux chiens renifleurs mais sans rien trouver. L’opération ressemblait plutôt à une évaluation des biens des Rosenthal à saisir… dans les mois à venir !!!  Les Rosenthal possèdent aussi un  Cirrus SR20 N464AC et un Cessna 208 N208FL (ici à droite).

L’évolution du trafic en chiffres

La comparaison des chiffres d’avions ou de bateaux détectés est édifiante.  Elle indique que la voie maritime est privilégiée à l’Ouest, pour 68% du trafic, et que la voie aérienne a toujours le même mouvement général amorcé depuis plusieurs années d’un arc partant toujours du Venezuela, et Le Costa Rica et le Panama sont de plus en plus inondés par le trafic maritime qui couvre désormais leurs côtes fortement touristiques.  Dans les Caraïbes, Porto Rico semble avoir aussi une forte augmentation.  « La route aérienne Venezuela-Honduras, d’Apure à Gracias a Dios, reste active, bien que le trafic aérien global soit réduit. Les trafiquants ont tendance à éviter Cuba, Haïti et le Nicaragua. (La carte de 2016 renverse Haïti et la République Dominicaine sur l’île d’Hispaniola). L’absence de pistes détectées à Cuba est totale ces dernières années, ce qui est remarquable.la, en Apure, pour rejoindre de façon privilégiée le Honduras, et de façon moins prononcée le Guatemala ou Belize » note ici Adam Isacson, un des rares à s’intéresser à ce genre de chiffres.  Tout le monde aura noté « la ligne directe » de la coke menant de l’Apure à Gracias a Dios, où sont tombés un nombre sidérant d’appareils depuis plusieurs années !

Et ce n’est toujours pas fini
En 2016, d’autres crashs se produisent, dont on va parler un peu plus loin.  En février 2017 encore, un appareil s’écrase dans une plantation de canne à sucre à Choloma, dans le Cortés.  Selon des témoins sur place, des ouvriers de la canne à sucre, cinq pick-up avec plusieurs hommes arrivés sur place ont extrait  deux blessés, les pilotes présumés, ont également déchargé rapidement plusieurs colis et ont ensuite incendié l’avion.  Le procédé habituel.  L’appareil est un Cessna Navajo muni de winglets, à hélices à 4 pales, de type Panther à savoir un appareil modifié relativement récemment (la modification étant facturée à elle seule 300 000 dollars mais on trouve aussi des appareils de ce prix ainsi équipés à un prix voisin…).  On retient l’image, car elle sera plus tard utilisée par les vénézuéliens pour tenter de dissimuler un autre appareil gênant pour eux comme on va le voir bientôt ici-même :

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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Coke en stock (CXXXVII) : « El Chapo » et les avions (5). Ce Honduras chéri…par les américains

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