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Coke en stock (CXXXVI): « El Chapo » et les avions (4) El Chapo et la Colombie

L’organisation d’El Chapo, son cartel, est aussi une association avec d’autres clans, d’autres cartels.  En Colombie, il va ainsi s’associer avec la famille Cifuentes, dont la disparition du patriarche, alias « Pacho » ne freinera en rien l’expansion, puisque sa propre fille, Dolly, prendra sa suite à son décès.  « Pacho » Cifuentes était aussi le pilote d’Escobar et du Cartel de Medellin, rappelons-le, et il avait même créé une compagnie aérienne à son nom.  En Colombie, difficile également d’ignorer le rôle des paramilitaires, on le sait.  Liés au pouvoir en place, celui de la famille Uribe, ils ont toujours constitué le grain de sable gênant, par leur violence et leurs mépris des gens autour d’eux qu’ils n’ont pas hésité à massacrer.  Or Dolly Cifuentes a eu deux enfants avec le frère d’Alvaro Uribe, au long d’une liaison qui a duré, ce qu’on semble avoir pas mal oublié pendant des années.  Aussi est-ce sans surprise que l’on découvre des liens entre les trafiquants et eux, et notamment avec Carlos Castaño, le véritable psychopathe présenté comme mercenaire nationaliste.  Car à cette époque déjà la violence s’est déchaînée, lors d’un événement resté dans toutes les mémoires. Un massacre gratuit, précurseur de ce qui se passe tous les jours désormais ou presque au Mexique…

D’autres avions… colombiens

Aux gros arrivages de cocaïne s’ajoutent en effet les transferts de taille inférieure, cette noria de petits avions pour faire au bout les grandes rivières de coke.  Avec aussi la participation plus « directe » de colombiens. Avec un appareil particulier, semble-t-il, qui n’est pas toujours le Cessna 206.  Cette fois, c’est sur l’aéroport Enrique Olaya Herrera à Medellin que l’on a remonté jusqu’ à une ancienne compagnie d’aviation,  Compañía Nautica de Oriente S.A. (anciennement Ltda.), qui a été le précurseur de Cóndor SA, créée à Villavicencio le 6 mars 1991, par Francisco Cifuentes, alias Pacho, décédé en 2007.  Installée dans le hangar n° 82 de l’aéroport.  Cóndor S.A. possédait deux Crusader (des Cessna T303), un Aerocomander et un Seneca.  Un Cessna T303 a été identifié avec l’enregistrement HK4281 chez Cóndor à Villavicencio (c’est en fait le CT30300237 venant de Broward en Floride).  En 2010 cet HK4281 était inscrit – depuis 2008 – sous le nom de Zapata Lopez Carlos Alfonso.  La société possédait aussi un Cessna TU206E (U-20601533) immatriculé HK641, l’inévitable 206, mais il a été accidenté en décembre 2006 à à 12 milles au nord-ouest de Quibdó, dans la région de Chocó, lors d’un vol entre Bahia Solano et Quib (photo ici à droite) .  Son pilote, Luis Enrique Arias Pulido avait été secouru mais l’avion avait été détruit.  Son moteur avait vu son vilebrequin se casser en plein vol.

Des liens visibles et apparents avec la police

Des petites mains en quelque sorte, qui savent se faire fort discrètes.  « Avant sa mort (avril 2007), « Pacho » avait un rôle public d’éleveur et d’homme d’affaires.  À travers Cóndor Ltda., cet homme a loué un avion à la police d’Antioquia, comme en témoigne le contrat n ° 14-7-10-184-06 daté du 12 décembre 2006.  Le document a été signé par le colonel Sergio Alfonso Vargas C. – alors commandant de l’unité – et « Pacho », qui a signé sous le nom de Condor. L’hélicoptère que Cifuentes a mis à la disposition de l’établissement était le Bell 206L3, numéro d’immatriculation HK4412, pouvant accueillir six passagers (voir ici à droite).  L’heure de vol coûte 2 200,00 pesos. L’appareil a ensuite fini par desservir la société Paisa Aviel.  Le commandant de la police colombienne, le général Luis Eduardo Martínez, qui a reconnu avoir utilisé l’hélicoptère lors des missions du service, a récemment déclaré à El Colombiano qu’à la fois Cóndor et Cifuentes n’avaient pas de problèmes judiciaires.  Selon les documents du contrôleur, du procureur, de la quatrième et de la septième brigade de l’armée, de la Dian et de la Direction nationale des stupéfiants (tous connus de ce journal), Cifuentes était en effet apparu «propre».  Mais il y a un autre volet à signaler :  la façon dont il est mort : « Plus tard, le 27 avril 2007, son assassinat est survenu avec six soldats qui, habillés en uniformes « Gaula » (ceux de la police nationale), sont arrivés à la ferme Villa Aurora à Caucasia (Antioquia).  Et, peu de temps après, l’information selon laquelle le même « Pacho », propriétaire des hangars 32, 77, 6 et 8C d’Olaya Herrera, était un informateur de la DEA est apparue… Un informateur qui a fourni des indices pour la capture de « Frank », a déclaré que « Pacho » a été tué parce qu’il ne voulait pas livrer les trajets avec lesquelles il avait trafiqué de la cocaïne en Amérique centrale.  Les liens de « Pacho » avec la mafia ont commencé à quitter le placard depuis le moment de sa mort.  Un agent de l’Intelligence de la police a enregistré dans son mémoire une opération menée le 12 décembre 2007:  ils avaient immobilisé un petit avion à l’aéroport international Rafael Núñez à Cartagena (enregistré HK 2929P) qui effectuait le trajet Tocumen (Panama) -Cartagena -Medellín.  Dans l’avion, les « narcotics » ont trouvé 2 millions de dollars en espèces.  Le pilote, selon le dossier, était un employé de « Pacho ».  Bref, Cifuentes était connu, très connu, des autorités.  Et son entreprise de transport aérien servait bien au trafic !

Les continuateurs familiaux du clan Cifuentes

Son créateur mort, sa petite entreprise « à la Bashung » a pourtant perduré;  c’était celle d’un clan :  « le 6 août 2011 c’était le jour de Dolly Cifuentes, sœur de Francisco.  Le jour où elle a été appréhendée à Envigado » (photo ici à gauche).  « Selon Interpol, elle avait continué à blanchir de l’argent au travers de 32 entreprises en Colombie et 17 à l’étranger: «le Panama, le Mexique, l’Équateur, l’Espagne, le Brésil et les États-Unis».  Elle est toujours en attente d’extradition.  À l’occasion de cette capture, le général Óscar Naranjo, alors directeur de la police nationale, a publié des déclarations qui ont fini par devenir des perles, compte tenu de la du lien que le « Pacho » Cifuentes aurait eu avec l’Etat. »Francisco Cifuentes, bien connu dans ce monde criminel parce qu’il était le pilote le plus proche de Pablo Escobar et du Cartel de Medellin », a déclaré le général.  Dans cette partie de l’histoire, plusieurs questions se posent.  Depuis quand les autorités avaient-elles connaissance de la relation de Cifuentes avec la mafia ?  Si «Pacho» était pilote d’Escobar, pourquoi, en 2006, n’y avait même pas de plainte en Colombie contre lui ?  Un ancien agent du renseignement, qui a travaillé dans la lutte contre le cartel de Medellin, corrobore les paroles de Naranjo.  Il dit que « Pacho » était le premier pilote colombien qui avait emporté un chargement de drogue au Mexique.  Il se souvient même d’avoir participé à un raid contre Cifuentes, où, à la place de la coca, ils ont trouvé des films du Magicien d’Oz.  L’opération a eu lieu dans un parking sur la Calle 30 avec la 45e course, à Medellín, le 25 avril 1997. »

En fait tout a continué, grâce aux héritiers :  « selon le certificat d’existence et la représentation légale de la Chambre de commerce de Medellín, la Compagnie Náutica de Oriente Cóndor Ltda. est devenue une société anonyme le 27 avril 2006, par acte public n ° 1391.  Francisco Cifuentes a signé le document en tant que directeur adjoint.  Le même certificat enregistre le dernier acte enregistré n°1402, daté du 11 mai 2007, soit 14 jours après le décès de Francisco.  Il lit qu’Oscar López Arb, en tant que gérant, augmente le capital autorisé de la société de 400 millions de pesos.  Selon le document, le capital a été réparti comme suit:  Francisco Cifuentes Villa, avec 160 000 actions, ce qui représente 50% de la composition de la participation.  Plus de quatre partenaires apparaissent.  Deux avec 20% des actions et deux avec 10%.  On n’avait su qu’ en 2008 que Cóndor S.A. avait changé de propriété.  Il a été acheté par un homme qui dit qu’il n’a pas acheté la société en tant que tel, mais le nom de la société.  Cinquante pour cent ont été rachetés par les deux enfants de Francisco Cifuentes, représentés par leur mère.  Et c’était le seul nom présent, parce que je n’ai pas acheté d’autres avions, car il n’y avait plus d’avions  » précise l’acheteur.
Il semblait lui de bonne foi.  « La fin de Cóndor S.A., ajoute l’homme, est proche.  De l’ancienne compagnie de « Pacho » Cifuentes, seul reste le panneau suspendu dans le hangar 82.  Les avions, l’équipement, tout, ont été vendus par les partenaires et les descendants de « Pacho ». » 

Le grain de sable dans l’univers bien trop propre d’Alvaro

Mais Dolly Cifuentes  pose un autre sérieux problème en fait… pour Alvaro Uribe, l’ancien président colombien.  Jaime Alberto Uribe, son frère décédé, a eu non seulement un fils, mais aussi deux enfants (Ana Maria et Daniel Alberto) avec Dolly Cifuentes Villa Jésus, il faut le rappeler… « Le porte-parole de l’ancien président, José Obdulio Gaviria, cousin du narcotrafiquant défunt Pablo Escobar et qui avait eu deux frères  condamnés pour trafic de drogue, a déclaré dans sa chronique régulière dans le journal El Tiempo de Bogota, que la relation du frère d’Álvaro Uribe avec Dolly Cifuentes s’était limitée à une « relation occasionnelle il y a 32 ans ».  Cependant, le fils qu’il a eu 10 ans après sa première fille suggère qu’une telle théorie ne correspond pas à la réalité.  Jaime Alberto Uribe Vélez, mort d’un cancer en 2001, avait une histoire de relations avec le clan Cifuentes Villa et avec celui de Pablo Escobar, mais il n’a pas été jugé.  Dans leurs échanges, Jaime Alberto Uribe était surnommé « Arepa » et « “El Pecoso », tandis que Dolly Cifuentes prenait le pseudonyme de « La Meno », selon les procureurs fédéraux aux États-Unis qui s’occupent du trafic de drogue et du blanchiment d’argent ».  Pour Alvaro Uribe je rappelle que son propre père avait été mêlé au trafic, pour preuve son hélicoptère personnel saisi sur un des plus gros laboratoires  de production de cocaïne (lire ici, l’hélicoptère est celui figurant à droite).  L’un des proches d’Uribe, le général Flavio Buitrago, ancien chef de sa sécurité a été également accusé de blanchiment d’argent et de liens le narcotrafic, notamment avec Jaime Dib Mor Saab lié lui-même à Fabio Ochoa.

Drogues, armes, et paramilitaires

Un article fort bien renseigné de El Spectador nous donne l’explication de cette fin, qui va mettre le feu aux poudres entre cartels  :  (…)  « cependant, au milieu des années 1990, au milieu de la guerre entre les cartels de Cali et du Nord de la Vallée et le réorganisation des pouvoirs dans le trafic de drogue suite à la mort de Pablo Escobar en 1993, les frères Cifuentes Villa ont pris le devant de la scène.  Poussé par le « capo » Orlando Henao Montoya, alias El Hombre del Overol, Fernando Cifuentes a assassiné Don Efra (ici à droite) dans son bureau du centre commercial de l’Hacienda Santa Bárbara.  Henao l’avait convaincu de le faire en raison de ses mauvais traitements et en échange d’une protection promise. Efrain Hernandez a été assassiné le 6 novembre 1996.  Après le meurtre, comme convenu avec El Hombre del Overol, Fernando Cifuentes s’est caché dans une maison, d’où il pensait poursuivre son action.  Des heures plus tard, Wilber Varela, alias Jabón, et Javier Antonio Calle Serna, alias  « Comba », les chefs des sbires de Henao, sont arrivés à la maison et l’ont tué afin que l’on ne trouve aucune trace de la mort de Don Efra.  Mais les seconds du « capo ultimado »ont appris ce qui s’est passé et ont cherché à se venger. Alors les frères Cifuentes Villa, sachant que dans la vallée ils n’avaient pas le choix, ont cherché un autre refuge criminel.  Ils se sont rendus à Medellín et ont trouvé refuge dans le réseau criminel de Carlos et Vicente Castaño et Diego Murillo Bejarano, alias Don Berna. Avec une différence, plutôt que des trafiquants de drogue, ce trio est devenu le chef des groupes d’autodéfense alors en pleine expansion ».  Des liens qui vont aller jusqu’à la fourniture d’armes, tant on sait que ce trafic a toujours voisiné avec celui de la cocaïne, depuis que les américains ont montré l’exemple avec les Contras.  « Mais la protection avait un prix.  Francisco Cifuentes est allé travailler avec le terrible «Oficina de Envigado» et, de l’extérieur, son frère Jorge Milton a organisé le fameux envoi de 3 000 fusils pour les « autodesfensas » sur le navire Otterloo (ici en photo à droite) qui est arrivé en Colombie via le Nicaragua et le Panama en octobre 1999 (1).  A partir de là, Francisco et Jorge Milton Cifuentes Villa ont commencé à consolider leur façade d’entrepreneurs prospères avec d’innombrables entreprises dans les activités agricoles, la commercialisation des biens, la fabrication d’aliments, la gestion immobilière, l’exploitation minière et l’administration de parcs à thème, entre autres activités.  Avec un avantage à leur organisation: à travers son réseau commercial en Colombie, au Panama, en Équateur, au Brésil, en Espagne et aux États-Unis, ses frères Hildebrando et Héctor Mario Cifuentes Villa et leur sœur Dolly étaient réunis ».

Les fantômes qui ressurgissent

Aujourd’hui, ressurgissent des fantômes plutôt géants pour beaucoup de gens impliqués à l’époque, en Colombie.  L’homme qui dérange le plus, c’est Carlos Fernando Gaona.  Et le problème dont il est l’objet et qui le poursuit, c’est le massacre de Mapiripán, survenu le 15 au par le groupe paramilitaire des Autodéfenses unies de Colombie (AUC), dirigées par Carlos Castaño (un vrai psychopathe, assassiné le  par d’autres paramilitaires (2) associés aux militaires colombiens venus de san José del Guaviare).  A la tête de ces troupes, le général Jaime Humberto Uscategui et le colonel Hernando Orozco qui vont les laisser faire un massacre sans broncher (3).  Dans un déchaînement de violence inouï, le 15 juillet 1997 ce petit groupe de ces mercenaires sans foi ni loi venus attaquer la municipalité de Mapiripán vont en effet torturer, massacrer et découper les corps de 27 personnes, puis rester sur place et massacrer encore jusqu’à atteindre le chiffre de 49 morts, toutes les victimes subissant le même sort final, certaines étant éviscérées.  Une sauvagerie sans nom, restée dans toutes les mémoires..  Avant de repartir, les paramilitaires ont jeté les restes humains dans le río Guaviare.  Pour l’ambassadeur US présent en Colombie,  Curtis Kamman, il n’y a aucun doute possible, et il l’écrit dans un câble à Washington (ici à droite) :  le massacre a bien été organisé à l’avance avec  l’aide de l’armée colombienne. En 2003, le département de la Défense US affirmera que la même armée colombienne a « tenté de couvrir ce massacre« .  Car depuis 1997, un pesant silence a régné et a été entretenu sur cette pénible affaire.  Elle resurgit aujourd’hui, avec le dénommé Carlos Fernando Gaona.  Car il a bien fallu les amener sur place, ces tortionnaires, et ça s’est fait par avion, justement  ! Ceux, justement de Servicios Aéreos del Vaupés, Selva Limitada, dirigée par Carlos Fernando Gaona qui n’a jamais été accusé de quoi que ce soit puisqu’il qu’il a continué à fournir ses services aériens privés aux forces armées colombiennes, durant toute l’ère Uribe, notamment sous le nom de  SATENA (société au service de la Force aérienne colombienne, FAC).  Fort habile, Gaona a fait figurer sur son nom de société celui de sa femme Margarita María Posada et de sa fille, Maribel Gaona Posada, mais pas le sien, après le massacre !  Or l’homme était également proche des clan de Cifuentes Villa !  En fait c’est le passé de Gaona qui est remonté à la surface avec une belle enquête de journaliste (de Las2Orillas:  qui a retrouvé qu’il était aussi le directeur de la société Aeropesca à Medellín, dont le Curtiss C-46, modèle 1965, immatriculé HK-388 avait déjà participé en 1981 à une contrebande d’armes de guerre destinées au M-19 (le « Movimiento 19 de Abril », des « nationalistes de gauche », qui en 1979 avait réussi à s’emparer d’un stock d’armes de l’armée colombienne en passant par un tunnel, et qui s’opposaient en réalité aux trafiquants !!!).  Une opération faite sous couvert d’un vol privé entre Barranquilla et Bahía Solano pour la société d’électricité Corelca.  L’avion s’était écrasé, son chargement vite récupéré, les pilotes, sains et saufs ayant rejoint la base de Tresesquinas.  Pendant qu’il trafiquait des armes avec les opposants aux narcos, Gaona faisait aussi et en même temps dans le transport (lourd) de coke, associé au trafiquant Luis Carlos Herrera Lizcano et les compagnies aériennes Avesca, Aerocar, Aircargo Aerofacilidades, Isleña Aviation et Rotation Ltda.  La capture de Luis Carlos Herrera Lizcano à Aruba (puis son extradition aux USA), en 1994 avait arrêté les opérations d’Isleña Aviation mais Gaona était passé au travers des mailles du filet.  Gaona, en 1997, possédait un Antonov 32, le HK-4009X et un DC-3 HK-3993, pour SELVA SA (un ex USAF, puis VASP brésilien, Projeto Rondon et Rico Linhas Aéreas, en photo ici à droite alors qu’il a été repeint aux couleurs de la KLM). E t ce sont ces deux appareils, justement, qui avaient amené les mercenaires exterminateurs à Mapiripán !!  Le seul a avoir été tancé, dans l’histoire étant Luis Almeida Quiroz, le pilote de l’Antonov pour avoir présenté un faux plan de vol : il avait écrit sur son logbook qu’il effectuait un « essai moteur » le jour où il a emmené les tueurs de Carlos Castaño !!!  Pour l’instant, Gaona Parada, recherché par Interpol à la demande d’une Cour fédérale des États-Unis qui le réclame pour trafic de drogue, est toujours en liberté en Colombie, conclut amèrement  l’auteur de l’article. L’impunité, celle accordée par.. Alvaro Uribe !!!

Droit d’usage d’un piste clandestine : un mort

Pour revenir au clan, il faut aussi préciser ses déboires, qui ont mené à la fin de leur chef : « l’entreprise familiale s’est très bien déroulée jusqu’à ce que Fernando Cifuentes soit entré en conflit avec Don Berna».  À côté d’une usine de transformation du poisson à Cupica (Chocó, en photo  ci-dessous les filets d’un village de pêcheurs), Cifuentes exploitait une piste clandestine à partir de laquelle il a exporté des tonnes de cocaïne vers le Mexique » (à gauche l’atterrissage à Bahia Solano). « Au milieu de la crise que les groupes d’autodéfenses vivaient par l’échec du processus de paix avec le gouvernement Uribe, Don Berna a demandé à utiliser la piste. Cifuentes a refusé de l’accorder et a été assassiné dans sa ferme de Villa Aurora, près de Caucasia (Antioquia), en avril 2007.  Le meurtre de Francisco Cifuentes signifiait le début de la fin du clan familial ».  Du moins c’est ce qu’on pensait alors.  Enfin, ça ne s’est pas terminé ainsi : le clan a repris l’entreprise délictueuse : «  pendant ce temps, Jorge Milton a poursuivi son activité, Hildebrando s’est concentré sur les opérations de trafic de drogue avec le Cartel de Sinaloa, Hector Mario a acheté une hacienda en Uruguay pour se retirer des affaires ouvrant un front d’affaires détaché de l’action illégale, Dolly a consolidé la gestion du blanchiment d’argent, et ils ont été rejoints par la veuve de Fernando, María Patricia Rodríguez.  Cependant, les deux étaient déjà aux prises avec les autorités de la Colombie et des États-Unis. Ainsi, en février 2010, dans le développement de la soi-disant «Opération Frontières», est venu le premier revirement judiciaire contre les Villa Cifuentes.  Mais paradoxalement, seule María Patricia Rodríguez est tombée, avec 24 personnes, dont José Guillermo Gallón Henao.  Déjà, une cour du district sud de la Californie avait détruit la structure criminelle du clan familial et il s’agissait d’attendre désormais que le lien principal tombe en Colombie, le contact d’El Chapo Guzman au Mexique:  que Dolly Cifuentes Villa, soit arrêtée le 6 août à Medellín ».  Là ça a été le dernier coup de gong pour la famille.  Les avions de Cifuentes atterrissaient un peu partout on l’a vu.  Des pistes, il y en a en effet pas mal dans le secteur.  Et beaucoup ont une histoire particulière.  Celle figurant sur la photo de gauche est ainsi libellée : « Gordon Radley, 64 ans, pose pour un portrait sur la piste du petit aéroport de Bahia Solano, un des onze utilisés par le célèbre trafiquant de drogue, Pablo Escobar, situé sur la côte pacifique nord du Chocó, le département le plus pauvre de Colombie.  Radley, ancien président de Lucasfilm (Star Wars, Indiana Jones) s’est rendu en Colombie ce mois-ci dans le cadre de sa recherche décennale des restes de son frère, Lawrence Radley, un volontaire du Peace Corps qui est mort dans le crash de l’avion dans la jungle colombienne en 1962. »

Et ça continue en effet

En 2012, on découvre en forêt le troisième avion de trafiquant de l’année : un avion bimoteur battant pavillon mexicain, aux couleurs inhabituelles (il est gris, rose et vert !) dissimulé en bordure de forêt avec autour de lui des bidons, à l’intérieur vidé de ses sièges mais avec dedans et autour de lui pour « 340 gallons » de carburant (1200 litres, alors qu’avec un kit optionnel l’avion ne peut en emporter que 465 litres normalement !!!).  C’est un Piper-34 (PA-34) Seneca II, immatriculé N8156H, découvert dans le secteur de Playa Coquí, dans la municipalité de Juradó, Chocó. L’immatriculation reprend celle d’un avion existant, mais on distingue vite qu’elle a été rapportée à la place d’une autre :  les numéros collés en deux adhésifs distincts chevauchent les stries de couleur du fuselage.  L’équipage de l’avion aurait été aperçu auparavant en train de s’échapper dans  la forêt de Chocoana.

Le meilleur résumé sur le trafic

Mais pourquoi donc toujours une telle quantité astronomique de kérosène pour de si petits avions ?  C’est étonnamment le commandement militaire vénézuélien qui l’explique, à propos d’autres vols du même type interceptés, raconte RunRunes (créé par  Nelson Bocaranda, fort critique du système actuel) : « les avions sont presque toujours des monomoteurs de type Caravan ou des bimoteurs.  Beaucoup de ces appareils ont été volés dans les pays voisins, mais on sait que les narcos achètent des avions d’occasion aux États-Unis, en particulier à Miami et dans le Dakota du Sud.  Leur charge dépasse rarement 600 kilos, car ils ajoutent des réservoirs supplémentaires afin qu’ils puissent parcourir les 3500 kilomètres du soi-disant « corridor des Caraïbes », qui atteint le Honduras, le Nicaragua et le Guatemala.  Ce processus est réalisé dans des hangars clandestins détectés à Meta et dans des villes telles que Bogotá, Cali et Medellín.  Certains ont même été découverts à Carthage, une municipalité du nord de la vallée qui était la base du trafic du même nom. »

‘Les avions quittent le pays légalement – sans chargement de drogue – et avec des immatriculations fantaisistes vers d’autres destinations, mais qui se terminent du côté vénézuélien.  Les pilotes, dont beaucoup sont brésiliens, caribéens et américains, commencent presque toujours leur course à Villavicencio.  De la capitale du Meta la drogue arrive par la route et les rivières à Puerto Carreño (Vichada) ou Puerto Inírida (Guainía),où ils traversent la frontière à Puerto Canaro.  Au Venezuela il y a tout une logistique souterraine construite autour des pots de vin et des avantages divers, qui se sont développés depuis 2005, depuis que le traité d’interdiction aérienne existant entre ce pays et les Etats-Unis a été arrêté.  La destination de la plupart de ces vols est Olancho, dans le nord du Honduras.  Tous les trois jours, un « Narco Jet » décolle ou atterrit de l’un des 250 pistes d’atterrissage clandestines qui existent dans cette région du pays ou, comme dans le Guajira colombienne, autour des mines d’or et de le « Bonanza Marimbera » (le haschich).  Les pilotes entrent au Honduras survolant l’espace aérien du Nicaragua pour éviter le radar, mais finissent par être détectés produisant des chasses spectaculaires avec la Force aérienne du Honduras, dans de nombreux cas, et ils se retrouvent alors abattus.  Sur terre, les petits avions sont abandonnés ou incinérés.  Les pilotes terminent leur mission et retournent en Colombie, presque toujours du Honduras, en vol commercial ».  On ne peut lire meilleur résumé de la situation !  L’article citant une poursuite démarrée dans l’Apure, au Venezuela, dans l’Etat voisin :  « un fax avec l’identification d’un citoyen des Bahamas qui a été détectée à un point de contrôle des Marines dans le Barranco Minas (en Guainía) a activé une des chasses les plus récentes du vol Force aérienne colombienne contre les narcos.  La présence de l’étranger, qui se rendait en bateau au Venezuela et se disait être un pilote intéressé pour acheter des terres, a suscité des soupçons. Les militaires l’ont laissé passer, mais avant de photocopier ses documents ils les ont transmis au quartier général de la Marine à Bogota.  L’Armée de l’Air a localisé l’étranger aux commandes d’un avion qui a décollé de l’État d’Apure, du côté vénézuélien de la frontière.  Après 48 heures de suivi radar, cet homme a fini par être pris à Aruba.  Ce vol est l’un des 63 du trafic de drogue que le FAC, en coordination avec les autorités, en particulier les Caraïbes, a contribué à immobiliser dans un territoire étranger jusqu’à présent en 2012″.  On notera que l’illustration de l’article original est celle de la poursuite d’un avion de trafiquant par un Sukkhoi 25… péruvien (visible ici) et non d’une opération colombienne.  L’avion poursuivi fait beaucoup penser au Cheyenne PA-42 découvert au Guatemala en 2012, avec ses lampes de piste d’atterrissage.  En 2016, les colombiens avaient montré (et filmé) l’intégralité d’une de ses poursuites : c elle d’un Norman Islander immatriculé N90460, bourré de coke filmé lors de son atterrissage sur un piste clandestine de Corral Viejo, retrouvé le lendemain complètement calciné (bien que quelques coloris encore visibles – des jambes de train rouges striées de blanc- permettaient de retrouver l’original). Sur place, des agents de la de Sucre et de Córdoba de la Sijín découvriront 17 conteneurs en plastique avec du carburant, deux escaliers en métal, deux pompes à carburant aéronautiques, deux batteries de voitures avec connecteurs et câbles pour la connexion aux pompes à carburant, deux sacs de toile noire utilisés pour transporter de l’argent, une moto rouge et l’indispensable ensemble de lumières LED portables ayant permis d’éclairer la piste. On découvrira plus tard que le Britten Norman Islander incendié par les trafiquants, d’origine N° 820 de fabrication avait été dérobé au Mexican Geological Survey (chargé notamment des tremblements de terre) alors qu’il parait l’immatriculation XC-JDN… (ce n’est pas le premier avion volé au Mexique…en avril 2017 a ainsi disparu le Cessna 172 M N391R de James Bibb : l’avion s’était retourné en 2012 au Flying Dollar Airport de Barrett !!!).

Et tout cela, malgré les surveillances sous caméras FLIR, ça ne s’est pas arrêté pour autant.  En 2013, le 6 avril exactement et toujours dans le Choco, était découvert un énième appareil.  Un Cessna Crusader (encore le même type, ici à gauche) le « bimoteur numéro d’immatriculation HK3028G« , ayant établi au départ un plan de vol Quibdó – Bahia Solano (ici une visite touristique pour se mettre dans l’ambiance).  Atterri sur une piste clandestine, l’avion avait fait le lendemain « le chemin de retour sans plan de vol, avait été intercepté et suivi à l’aérodrome de Vigía del Fuerte situé dans le département du Chocó, où il a été forcé de débarquer ». « Le pilote de nationalité colombienne et l’avion ont été placés sous les ordres des autorités compétentes pour engager des enquêtes sur l’affaire.  En cette année, la Force aérienne colombienne a immobilisé 11 avions afin de réduire la possibilité de trafic de stupéfiants par voie aérienne » avait annoncé la police.  La photo, prise le 14 décembre 2014 à  Cartagena montrait pourtant qu’il n’avait au final pas été inquiété… ou en tout cas même pas saisi.

 

PS : à noter dans cette rubrique le cas plutôt rare d’un appareil fort différent comme transporteur de cocaïne.  Un avion de la lignée des appareils « canard » de Rutan, un modèle Velocity XL300 (le plus large de  la série). Tombé train avant brisé au Guatemala, le 7 mars 2000, près de la municipalité de Guanagazapa, Escuintla, mais venant de Colombie.  Il portait une immatriculation mexicaine.  A bord 13 sacs contenant 214 paquets d’un kilo de cocaïne, estimée à 7 millions de dollars, et tout le matériel du parfait trafiquant : téléphone satellitaire, GPS, etc…. sans oublier les bidons de carburant !  A ma connaissance, ce serait le seul cas du genre.

 

(1) Sur le cas de l’Otterloo, l’excellent dossier de Belling Cat:

https://www.bellingcat.com/wp-content/uploads/2014/12/The-Mechanics-and-Beauties-of-Gunrunning-Otterloo-Incident.pdf

https://www.colectivodeabogados.org/IMG/pdf/0807_chiquita_id_eng.pdf

un dossier plus « large » sur le transport des armes de petite taille:

http://www.smallarmssurvey.org/fileadmin/docs/A-Yearbook/2008/en/Small-Arms-Survey-2008-Chapter-04-EN.pdf

L’Otterloo y figure en bonne place.

(2) on ne retrouvera ses restes dans la zone rurale de Valencia qu’en 2006, qui durent être certifiés par une analyse ADN.  On constatera à l’occasion qu’il ne faisait que 1 mètre 69 de taille.  Le monstre était un nain !  C’est son propre frère qui l’aurait assassiné !  C’est un de ses ex-compagnons d’armes qui avait avoué où il avait été enterré.  Il l’avait lui-même torturé avant, en lui coupant notamment les doigts ! Ambiance familiale chargée chez les Castaño !

(3) Le général Humberto Uscategui et le colonel Hernando Orozco ont été condamnés pour avoir laissé perpétrer le massacre.  Uscátegui, condamné à 37 ans de prison en 2014 en est pourtant sorti (sous conditions) en mars 2017.  Hernando Orozco a été condamné à 40 ans en 2009.

 

Sur le cas de l’Otterloo, l’excellent dossier de Belling Cat:

https://www.bellingcat.com/wp-content/uploads/2014/12/The-Mechanics-and-Beauties-of-Gunrunning-Otterloo-Incident.pdf

https://www.colectivodeabogados.org/IMG/pdf/0807_chiquita_id_eng.pdf

un dossier plus « large » sur le transport des armes de petite taille:

http://www.smallarmssurvey.org/fileadmin/docs/A-Yearbook/2008/en/Small-Arms-Survey-2008-Chapter-04-EN.pdf

L’Otterloo y figure en bonne place.

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

Article précédent:

Coke en stock (CXXXV) : « El Chapo » et les avions (3). D’où viennent les avions

 

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    Précison ; la Colombie où l’on vient de saisir le 8 novembre (hier) le record de 12 tonnes de coke d’un coup. Dissimulée au milieu d’une plantation de bananes. La drogue était en fait répartie dans 4 « Fincas », ces propriétés agricoles le plus souvent desservies par des camions, puis « enlevées » par avions.

    https://ns55dnred.wordpress.com/2017/11/09/colombia-historica-incautacion-de-cocaina-en-el-uraba-antioqueno/

    De la drogue issue du Cartel du clan Usuga, vestige du trafic de Carlos Castaño, et de l’extrême droite paramilitaire (soutenue jadis secrètement par l’ancien président Alvaro Uribe, comme on a pu le voir ici-même). Le chef en étant Otoniel, alias « Mordisco ». Ils s’appellent d’ailleurs désormais les « Autodéfenses gaitanistes de Colombie » (AGC), Dans l’opération de saisie du 1er septembre 2017, le second du clan, surnommé « Gavilán » a été tué. Il est intéressant de noter qu’au départ, ces champions de l’extrême droite colombienne faisaient partie de l’EPL, un mouvement d’opposition… maoïste qui s’est arrêté en 1991.

    Le gang d’Usuga s’appelle aussi le Clan del Golfo ou Los Urabeños. Les leaders sont deux frères, Juan de Dios et Dario Antonio Usuga. Il s’est installé dans Cordoba, le Choco et Antioquia.

    http://m.eltiempo.com/justicia/conflicto-y-narcotrafico/historica-incautacion-de-cocaina-en-el-uraba-antioqueno-149268

    En avril 2016 déjà le clan Usuga avait subi un revers majeur :
    http://www.rfi.fr/ameriques/20160408-colombie-arrestation-39-membres-puissant-clan-usuga

    c’est toujours aujourd’hui, malgré ses revers, le principal opposant à la politique anti-drogue du président Santos. Pour s’y opposer, le gang a offert de l’argent pour chaque policier antidrogue assassiné. C’est une véritable guerre intérieure, désormais, avec des paramilitaires sur-armés.

    http://latimesblogs.latimes.com/world_now/2012/01/colombia-war-on-drug-gang.html

    leur objectif aujourd’hui, comme les trafiquants du Sahel, est de s’en prendre aux hôtels touristiques pour ruiner l’économie du pays, comme à Santa Marta.

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