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Coke en stock (CXXXIII) : un autre « Air Cocaïne » était en préparation (1)

Ça n’a jamais cessé, en fait.  Dans les grandes années de l’ère Escobar-Lehder-Fuentes (voir les épisodes les plus anciens de la série), on l’a vu à maintes reprises, les barons de la drogue en voulaient toujours plus.  De coke, bien sûr, et d’avions pour la transporter.  C’est comme cela que l’on a ainsi vu des Caravelle françaises jouer au saute-frontière pour aller se vautrer dans le désert au Mexique, et même s’y faire enterrer.  En 2007, Viktor Bout, lorsqu’il se fait arrêter en Thaïlande au prétexte d’avoir voulu fournir des manpads » aux Farc, était en train d’acheter deux vieux DC-8, via l’argent de la banque Wachovia qui n’avait rien vu à redire.  Enfin en décembre 2009, on découvrait les vestiges calcinés d’un Boeing 727 au milieu d’un désert au Mali.  Le point de départ d’ailleurs de cette saga sans fin, ici, sur le net.  Bref, les gros avions à réaction ont toujours tenté les plus gros vendeurs de cocaïne.  Dans le genre, on en a oublié quelques uns, dont je vais vous parler aujourd’hui, étant donné qu’une actualité fort récente a rappelé leur souvenir… Etait-on en effet en train de préparer un énième voyage du genre, on peut en effet l’imaginer avec ce qu’on vient de découvrir…

Replongeons si vous le voulez bien dans les années 80 (les habitués du programme « Narcos » – bien trop complaisant avec Escobar- de Netflix ne seront pas dépaysés), à cette époque, la « blanche de Colombie » coule à flots aux Etats-Unis. C’est devenu le produit incontournable de la jet-set, celui qui a remplacé l’herbe d’une génération soixante-huitarde qui n’a pas compris que le LSD avait été sciemment répandue par la CIA pour tenter de la déstabiliser.  A un point qu’on n’imagine difficilement aujourd’hui, puisqu’on retrouve même des publicités passées dans les magasines en renom pour des appareils permettant de mieux gérer son rail personnel (voir ici à droite).  Sidérant !!!  Escobar et ses acolytes n’ont aucun effort de promotion à faire :  c’est pratiquement entré dans les mœurs, malgré des lois coercitives dont se fout le show-biz et la faune qui tourne autour.  A Hollywood, pas un seul studio sans ce « stimulant » présent.  La coke est partout !!!  Alors, vu cette demande, les fournisseurs colombiens à l’époque on dû améliorer deux choses :  la production, ce qui à vrai dire n’est pas difficile (la coca pousse comme du chiendent, sans aucun soin et sans besoin de matériel coûteux ni d’agriculteurs diplômés), et surtout l’intendance, pour répartir ce flux de production qui ne cesse d’augmenter.  L’idée de la transporter par avion a fait son chemin, et très vite des petits monomoteurs ou des bimoteurs on est passé aux DC-3 ou au C-46 plus volumineux.  Dans les eaux de Birmini, dans les Bahamas (1), près de l’île « porte-avions » de Carlos Lehder, on trouvera longtemps des vestiges de ses transports volumineux illicites.  Des DC-3 retournés roues en l’air ou des avions de ligne C-46 dont tout le monde se doutait qu’ils servaient aussi au transport de coke.  Au « paradis de la drogue », les vieux bimoteurs déstockés de la Seconde Guerre Mondiale avaient vite fait place aux avions plus modernes.  Des « Caravelle » françaises, en particulier, pour la raison qu’elles volaient plus vite que les avions chargés de les poursuive et pouvaient planer plus loin en cas de panne de moteur.  On en trouvera une découpée et enterrée en plein désert mexicain, posée avec son chargement de coke le 4 août 1994.  « La troisième Caravelle ayant servi à ce genre de transport » comme je vous l’avais expliqué en décembre 2015.   L es barons de la drogue savaient s’entourer de conseillers en aviation compétents, aux prix où il les rémunéraient.   Ou de pilotes de talent, souvent retraités des grands lignes aériennes américaines ou… des opérations spéciales, des homme désireux à la fois d’améliorer leur retraite ou de vivre de nouvelles émotions.  Parmi eux aussi des gens qui jouaient sur les deux tableaux en informant le FBI… tel Barry Seal, sur lequel je ne reviens pas (voir les deux épisodes récents ici-même).

Un homme a bien compris l’époque : c’est un péruvien, qui s’appelle Fernando Zevallos Gonzales (plus connu sous le nom de « Lunarejo » en raison d’une tâche noire, un grain de beauté à la joue gauche), né dans la région de San Martín en 1957.  Un ex militaire, diplômé de l’Académie de la Force aérienne péruvienne, passé aux affaires lors du décès de son père richissime, dont il avait dû gérer la fortune.  Un ancien pilote, mais qui très tôt a développé le sens de l’entreprise.  En aviation ses débuts furent plutôt modestes, puisqu’il débuta en investissant à Uchiza dans une toute petite société de taxis aériens, Transportes Aéreos Unidos de la Selva Amazónica (TAUSA), désireuse de desservir des endroits inaccessibles par route de la jungle péruvienne.  Intelligent, il avait compris surtout l’intérêt à bénéficier d’une campagne alléchante d’incitations fiscales gouvernementales pour les entreprises qui investiraient dans le développement de la jungle péruvienne.  Ses avions volaient essentiellement entre Tocache, Uchiza et Tarapoto (ça reste « rustique » là-bas, les atterrissages), et se posaient sur des pistes de terre; comme ici à Uchiza (à droite).  Mais ce sera un échec financier, selon ses propres dires, et à partir de ce jour-là, Zevallos décide d’émigrer aux États-Unis pour tenter autre chose.  Néanmoins, on s’apercevra des années après qu’il dirigeait toujours l’entreprise (ce sera la neuvième de sa liste lorsqu’on décortiquera ses biens).  Mais le 4 janvier 1992, habitant désormais aux USA, Zevallos, toujours titillé par l’aviation, fonde la compagnie aérienne en Aerocontinente après avoir acheté son premier Boeing 737-200 (le 19712 LN:16, immatriculé OB-1493, Aero Continente Chile CC-CJP, P4-ARC puis OB-1723) pour 3,5 millions de dollars.  L’avion, ex Britannia Airways Far Eastern Air Transport (Taiwan) Presidential Airways a alors déjà 23 ans  d’activité.  Très vite, avec ce seul appareil il a effectué des vols-cargos aux Caraïbes et a tout aussi vite obtenu au nom d’Occidental Petroleum un contrat pour un service passager sur la ligne Lima-Andoas-Iquitos-Lima.  Ses affaires marchent tellement bien qu’il achète un autre Boeing  (20277 LN:235, OB-1746-P, ex All Nippon AirwaysChina AirlinesAviogenexAero Amigo et Aero Feliz (qui affiche lui 22 ans d’âge, il est vu ici en 2004… en panne), pour  fonder International Pacific Trading à Miami, puis très vite investir dans trois autres appareils..; et les louer à Aerocontinente  (ci-dessous le petit aéroport de Tocache) !!!

Une belle réussite extérieure

Pour sa ligne Lima-Miami, Zevallos y est allé prudemment, en commençant par louer un Boeing 757-200 à Air 2000, mais au bout de six mois le succès est elle qu’il résilie le contrat.  Aero Continente Chile, sa filiale, propose alors un trajet de Santiago avec une escale à Lima avec un avion Boeing 767-200 lui appartenant.  En 2001, le réseau commencé conjointement à Lima et à Santiago est étendu à Buenos Aires, Bogotá, La Paz, Caracas, Guayaquil et Santa Cruz de la Sierra.  Bref, Aerocontinente est la compagnie aérienne qui a le vent en poupe à ce moment-là.  L’entreprise possédera ainsi jusqu’à 32 Boeing 737 en plus de ses autres appareils (en 2004) !!!  Bref, l’homme a établi en peu de temps un vrai empire aérien.  Qui fait jaser, bien sûr.  Insatiable, il crée dans la foulée Aero Continente Dominicana, une deuxième filiale à Saint Domingue, qu’il fonde à la fin de 2001.  Mais elle ne durera qu’un an.  Courte durée… et ne reste bientôt plus qu’un bureau pour quelques trajets.  Durant tout le temps où il demeure à la tête d’Aerocontinente, jusqu’en 1995, des rumeurs courent.  Celles, bien entendu, d’un trafic de drogue.  En 2002, premier revers lorsque les autorités chiliennes arrêtent plusieurs membres du personnel d’Aero Continente Chili a propos d’un trafic de drogue, bloquant de fait les opérations de vol.  La réaction de Zevallos est immédiate, il réintègre la société-fille chilienne dans la ligne principale péruvienne, Aero Continente, en clamant haut et fort qu’on lui préfère son concurrent LAN Airlines, le transporteur chilien (Aerocontinente a aussi des robustes Boeing 727, les chevaux de trait de l’époque tel ici à droite cet OB-1601 venu d’American Trans Air, acheté après 29 années de service).  Comme on l’a constaté, la société fonctionne au départ avec des avions anciens rachetés à vil prix.  Ce n’est pas la seule à avoir finie ainsi en Amérique du Sud.  Lloyd Aereo Boliviano (LAB) société bolivienne a fait de même.

La face sombre d’une insolente réussite

Si tout le monde a les yeux tournés vers les USA et Miami, ou vers l’aérodrome Arturo Merino Benítez de Santiago de Chile, où s’entassent les avions de Zevallos (ici à gauche). d’aucuns se sont mis en tête d’aller voir ce qui se passe dans le lieu de naissance de la première société, car l’endroit est le fief incontesté du trafic de cocaïne.  Les observateurs toujours précis de chez Idl-Reporters le rappelle ici, en expliquant que ça s’est arrêté mais que ça peut reprendre et c’est même en train de le faire  :  « les années de pointe du trafic de drogue au Pérou, entre 1980 et 1995, avaient une musique de fond:  le bruit des moteurs d’hélice d’avion sur les cieux de la haute jungle péruvienne.  Tous les jours, toutes les heures.  L’interdiction sanglante de l’air, à partir de 1995, a calmé les cieux et cela a diminué en quelques années, par l’effondrement des prix, dans la zone de la coca péruvienne, c’est passé d’un peu plus de 138 000 hectares à seulement 38 milles, le nouveau chapitre du trafic de drogue est tombé du pont aérien à la circulation des fourmis et du ronronnement des moteurs à piston au son des caravanes des«cargachos» et les casques des mulets des « narcoarrieros ».  Mais maintenant, depuis un peu plus d’un an, on a entendu de nouveau le bruit des avions furtifs dans la jungle, qui décollent chargés de cocaïne.  Ils ne décollent plus des aéroports qui avaient autrefois une activité fiévreuse, comme Uchiza, maintenant couverts d’herbe, mais une zone à peine mentionnée dans les rapports et les rapports sur le trafic de drogue, mais que plusieurs policiers antidrogue appellent maintenant « l’Uchiza du siècle » XXI « ...  (ici à gauche l’étonnante arrivée filmée d’un avion paraguayen Cessna 206 sur une piste clandestine du Pérou, en 2007 ,poursuivi par l’armée.  Ses ailes pissent littéralement d’essence après les coups de feu reçus. A bord de l’appareil tout l’équipement radio ou satellitaire du trafiquant classique et la carte d’identité du pilote colombien).  A l’époque ça trafiquait sec en effet : « ce n’est pas une activité entièrement nouvelle à Palcazú.  Ciudad Constitución, la destination de la cocaïne que le maire Payano a apportée de Pizana, était au centre des opérations des frères Cachique Rivera.  Abelardo Cachique Rivera a indiqué, après sa capture en 1995, qu’il avait eu comme centre d’opérations Constitución et Oxapampa depuis 1992.  Il a également avoué avoir soudoyé l’armée en échange de la protection du décollage des vols vers la Colombie ».

Le cadavre de trop

Mais pendant ce temps; comme on l’a dit, tout va bien pour Fernando Zevallos Gonzales.  Jusqu’en 2004 où tout va basculer pour lui, avec la découverte d’un cadavre.  Le 18 mai 2004, juste après que l’on ait saisi une importante quantité de drogue – 406 kilos- (le 18 avril) à Junín, la police découvre le corps d’un homme au bord de l’autoroute Panamericana Norte à Chimbote. L’homme n’a plus le visage reconnaissable, il a pris une balle en pleine tête et avant il a été torturé.  La police devra attendre des expertises pour découvrir qu’il s’agît bien de Carlos Alayo Rodríguez, surnommé « Vinagrillo », qu’ils connaissent en fait très bien.  Ils font le rapprochement avec les narco-trafiquants qui s’étaient installés dans une ferme dans la ville de Matahuasi près d’Huancayo, pour y établir un laboratoire de transformation de coca  et ensuite de la conduire à Chimbote, en la dissimulant sous du fumier dans un camion.  Les policiers avaient été avertis du stratagème par un informateur :  Carlos Alayo Rodríguez. Un homme au rôle trouble, puisqu’il est aussi en même temps trafiquant de drogue impliqué dans le gang des frères «Cachique Rivera» à Alto Huallaga (un bon informateur doit rester trafiquant, sinon il se fait trop vite repérer).  Selon Rodriguez, le clan était alors sur un très gros coup :  le transfert via Lima de 3 tonnes de cocaïne en Chine pour une valeur de 23 millions de dollars.  Et pour y arriver, il ne faut pas qu’une petite bande de délinquants. l faut une grosse infrastructure… et des avions effectuant des vols internationaux, pardi !  Les policiers tombent vite sur une relation de « Vinagrillo », appelée Jésus Flores Matías,  et surnommée « Shuco ».. en fait ils ont été aiguillés par son frère, Lincoln Matias Flores, détenu à la prison de Piedras Gordas, qui a avoué à un procureur que son frère a assassiné Rodriguez Alayo  sur l’ordre de « Lunarejo ».  Oui, le directeur de la florissante société d’aviation, qui avait sa société aérienne de jungle pour effectuer toutes les semaines le rapatriement de dizaines voire de centaines de kilos de cocaïne !!!   Les enquêteurs n’en croient pas leurs oreilles mais ils découvrent chez Carlos Alayo Rodríguez des documents que l’homme, craignant pour sa vie, avait gardé bien cachés.  Ils accusent tous « Lunarejo » !!!  Il découvrent aussi que « Shuco » Flores Matías s’est effectivement  déjà rendu en Chine, sous le nom d’emprunt de Henry Domínguez Tello.  Trois mois plus tard il est découvert assassiné de deux balles dans tête à San Miguel.  C’est en fini du « Lunarejo » !

Un journaliste trop curieux lu aussi assassiné

En fait on aurait pu tout découvrir plusieurs  années auparavant. En 1989 exactement, année pendant laquelle un autre homme était mort :  Todd Smith, un journaliste âgé de 28 ans (ici à gauche) travaillant au Tampa Tribune, qui enquêtait déjà, bien avant tout le monde sur la région de Huancayo.  Or ce dernier était arrivé à la même conclusion :  derrière le trafic se dissimulait déjà le futur directeur de compagnie aérienne.  Ce qui est rageant, c’est qu’on ne l’a compris que des années après : « l’Institut de la presse et de la société (IPYS) aurait pu accéder au dossier que la justice a ouvert pour enquêter sur ce meurtre.  Le plus révélateur de ce dossier, qui porte le numéro 23-93, est qu’il y a des documents et des communications écrites qui, à l’époque, avaient désigné l’entrepreneur commercial Fernando Zevallos Gonzales et ses collaborateurs Moisés et Arnulfo Zamora Melgarejo, pour être les auteurs du meurtre du journaliste américain.  Une enquête fournie, effectuée par El Comercio dans la même région d’Uchiza avait corroboré plusieurs des accusations qui faites à Zevallos à ce moment-là ».  Qui donc, au niveau de la police ou du pouvoir péruvien avait donc cherché à enterrer le dossier du journaliste trop fouineur ???  Son corps avait lui aussi été retrouvé le long d’une route, comme celui de « Vinagrillo » quinze ans plus tard !!!  Smith n’avait pas eu le temps de « finir son histoire » assassiné par le responsable fort bien caché d’un réseau tentaculaire révélé en 2004.

Menaces, intimidations en attendant le procès

Arrêté, Fernando Zevallos Gonzales ne reste pas inactif… pour empêcher un procès à charge.  Les employé de sa compagnie font une « veillée » alors que leurs avions ont été déclarés interdits de vol aux USA.  Mais il y a bien plus grave.  Jose Maria Aguilar-Ruiz, alias « Shushupe » l’un des principaux témoins à charge de l’affaire est retrouvé  battu à mort par trois détenus lundi 31 dans la prison de Huaraz, indique le journal Caretas.  L’un des ses assaillants, prisonnier, lui aussi avait été engagé auparavant  pour assassiner une femme d’affaires, María Cárdenas Ratt.  La presse, dont Caretas, parle à juste titre « d’une mort annoncée« .  Elle a bien compris que Lunajero ne se laisserait pas faire.  On ne bâtit pas un tel empire comme ça sans réagir.  On marche sur des œufs avant même le procès qui traîne déjà en longueur, car cet empire, pour se constituer en douze ans à peine a dû bénéficier d’autres aides et soutiens en haut lieu, soupçonnent à juste raison les journalistes.  Et le nom de la DEA revient souvent dans les bureaux… car un autre témoin, Oscar Benites Linares, prétend lui d’avoir aussi été informateur de la DEA, « ce qui a été corroboré par le témoignage d’un agent de police qui a travaillé avec lui« . Mieux encore puisqu’il a aussi été « interviewé » par Allan Lopez et Eric Duerr, Gordon Mukai de la DEA à Lima et le procureur américain William Braun.  Or Benites a aussi affirmé que la DEA lui demandait régulièrement d’effectuer des transferts de fonds selon toujours le même journal.  Pour ajouter à la complexité du cas, en février 1998 c’était aussi l’avion de Benites un Cessna 210D Centurion qui s’était écrasé à Huaraz en transportant 486 kilos de cocaïne à Quempiri dans le Junín.  C’était son troisième trajet, avec à chaque fois environ 500 kilos de coke à bord (les deux autres avaient eu lieu les 5 et 6 février 1998).  Dix vols étaient prévus à partir de points d’envols précis.  « L’existence des quatre pistes d’atterrissage utilisées par l’organisation présumée dans la région de Guadalupito (Chimbote), explique Benítez, a été vérifiée par son avocat, Francisco Vera Tudela, qui a demandé sans succès sa reconnaissance sur place lors du récent procès .  Et deux ans plus tard, le 13 septembre 2000, Carlos Manuel Arana Tenorio, un pilote d’Aerocontinente lié à Benites avait été arrêté : or c’était aussi régulièrement celui du Cessna accidenté !!!  Tenorio, lui aussi miliaire et ancien pilote de la marine, qui avait enquêté sur le crash du Fokker F-27 qui avait tué toute une équipe de football, Alianza Lima, en 1987 (Intercontiente possédant aussi un Fokker F-27, le OB-1591).

Et Benites, pas avare d’aveux (d’où sa fin terrible sans doute) avait aussi révélé une autre implication :  « De l’autre côté de l’écheveau, Benites souligne qu’à Miami ils ont coordonné avec un groupe de citoyens cubains.  « Ils contrôlaient l’aéroport pour obtenir la drogue qui venait d’ici.  Les Cubains contrôlaient directement la« descendance »avec Zevallos et lui-même avait des contacts avec les douaniers. »  Et il y a plus grave encore, car l’inarrêtable Linares affirme aussi qu’il a a négocié des transferts de drogues avec homme d’affaire Eudocio Martínez et Vladimiro Montesinos (l’homme du « Servicio de Inteligencia Nacional » le SIN, les services de renseignements péruviens, et ancien avocat de narcotrafiquants-).  Montesinos, qui dirigeait aussi la bande d’assassins de journalistes du groupe paramilitaire Grupo Colina, et qui deviendra le « premier conseiller » d’ Alberto Fujimori !!!  Montesinos, qui avait fui son pays sera obligé de lui restituer 77 millions de dollars détournés !!!  En 2008, deux cadavres sont retrouvés dans le río Chillón :  l’un des deux est Jhonny Linares Pérez (34 ans).  Le frère aîné d’Óscar Benites Linares. On a bien essayé encore une fois de l’intimider de la pire façon qui soit !!!  En tout cas, on en est certain maintenant :  le comportement même de Zevallos avant son jugement en fait bien… un chef de gang, dont les policiers dressent l’organigramme.  Mais c’est aussi un vaste organisation de blanchiment d’argent, dont les noms des responsables apparaissent aussi progressivement.  Un aigle qui a arrêté ses opérations définitivement en 2010…

Les liens avec des politiciens actuels, au Pérou

En fait la gangrène a remonté loin : dans le véritable « gang » de Zevallos se trouve sa propre famille, mais aussi  l’ancien secrétaire général du Fujimorisme, Joaquin Ramirez, et toute sa famille également.  La filiale chilienne de la compagnie aérienne est particulièrement visée ainsi qu’Atlantic Airlines, une seconde compagnie,  découverte après l’arrestation de Zevallos, explique ici Laura Grados dans Utero.Pe :  Miguel Arévalo Ramírez, alias « Eteco », le propriétaire des compagnies aériennes volant en Amérique centrale. L’enquête sur chacun d’entre eux s’appelle « Operation The Untouchables » et commence en 2011 bien que, d’après Ojo-Público, ils l’avaient déjà surveillé depuis longtemps. La DEA considère que « Eteco » a commencé son organisation dans les années 80, dans l’Alto Huallaga.  En 2000, il a atteint son apogée en créant la compagnie aérienne commerciale Atlantic Airlines avec son siège social au Nicaragua et avec des filiales dans d’autres pays d’Amérique centrale (il vole alors avec des Let L-410 Turbolet).  Les informateurs de la DEA qui ont témoigné pour Ojo-Público ont souligné que «Eteco» fait partie de la dernière promotion des trafiquants de drogue qui travaillaient pour les cartels de Cali et de Medellín (Pablo Escobar était le patron de ce dernier).  En 2006, le journaliste d’investigation Miguel Ramirez, expert en matière de trafic de drogue – était celui qui a le plus étudié sur le «Lunarejo», avait déjà surnommé « Eteco » dans un rapport pour El Comercio.  Pour cette période: «Eteco était le propriétaire de 37 avions, dont sept Boeing 737, qui ont expédié entre 15 et 20 tonnes de cocaïne chaque année au Mexique et un an plus tôt inclus dans la liste des trafiquants de drogue de l’Etat péruvien  » (…)  « A la fin de 2005, lorsque Fernando Zevallos, « Lunarejo », a été envoyé en prison pour trafic de drogue, une source de la DEA à Lima, il m’a dit que son successeur serait un homme nommé Miguel Arevalo Ramirez, surnommé « Eteco ».  J’ai reçu un document de la direction du renseignement de la police péruvienne avec toute son histoire.  Miguel a écrit dans ses colonnes qu’en 2006 il a collaboré avec El Nuevo Herald, un journal dirigé par Gerardo Reyes, un journaliste bien connu qui dirige maintenant Unvision Investiga.  Les deux ont été impliqués dans l’affaire « Eteco » et c’est là qu’ils ont découvert qu’ils possédaient des compagnies aériennes en Amérique centrale ».  S’ajoute aux noms déjà cité un « spécialiste » aéronautique :  « dans le témoignage recueilli par Cuarto Poder et Univisión, l’informateur de la DEA, l’expéditeur péruvien Jesús Vásquez, a expliqué qu’il a contacté Joaquín Ramírez pour le conseiller sur les questions précisément aéronautique » (en photo à droite, Joaquín Ramírez et Jesús Vásquez devant un Cessna Citation III reconnaissable à ses hublots).  « Selon l’histoire de Vásquez, il a rencontré Joaquin en 2011, par l’intermédiaire de son oncle Fidel, qui avaient l’intention de créer une entreprise aéronautique en Floride » explique Laura Grados.  Le réseau est… tentaculaire et il s’est étendu dans le monde politique, celui de l’ère Fujimori, le président de la corruption ! L’article explique qu’en effet ce réseau n’avait pas encore livré en 2016 toutes ses arcanes… « Le Pérou est toujours le plus grand producteur mondial de cocaïne.  À la chute de Fernando Zevallos « El lunarejo » en tant que principal seigneur de la drogue, ses héritiers dans l’entreprise ont continué à travailler, cette succession est habituelle dans ce crime (s’est produite en Colombie avec Pablo Escobar).  Les similitudes entre «Eteco» et Joaquín Ramírez sont nombreuses, surtout quand les deux se vantent d’avoir eu une origine humble, mais qui, dans un court laps de temps, ont réussi à avoir des biens immobiliers, des chaînes de sociétés et des investissements, dans le cas d’«Eteco» dans le secteur aéronautique et tout cela grâce à une vision entrepreneuriale sans précédent »...  En somme, ça pouvait recommencer en l’absence de Zevallos, car tout était prêt pour ça (à droite le Boeing 737 HR-ATN d’Atlantic) !!!

Un lourd passé et une présence, pourtant, dans la campagne élecorale présidentielle

« Eteco » a en effet un lourd passé et un lourd passé de trafiquant mais bénéficie visiblement de protections en haut lieu précise ici ojo-publico en mai 2016 encore :  « Arévalo Ramírez – a eu une histoire de trafic illicite de drogue à Alto Huallaga en 1990, à l’âge de 26 ans – ses opérateurs et son réseau de blanchiment d’argent ont fait l’objet d’enquêtes menées par la Police antidrogue et la DEA dans les trois derniers gouvernements .  En 2003, les premières enquêtes ont été engagées contre «Eteco» après la saisie de 1 500 kilos d’alcaloïde de cocaïne chez les frères de son épouse, Magda Fonseca à Chiclayo; en 2006, son identité a été découverte et a commencé à faire partie des enquêtes officielles du ministère public et, à partir de 2011, son cas faisait déjà l’objet de multiples expositions internes de l’agence antidrogue à Lima.  La DEA a également relié Arévalo Ramírez à la confiscation de 4 tonnes de cocaïne qui se trouvaient à bord du bateau Grichi, intervenu en 2004.  Beaucoup de ces cas ont été archivés  lorsqu’ils atteignent le niveau d’Eteco ».  En photo, Keiko Fujimori, la fille aînée de l’ex président corrompu, en pleine campagne électorale avec à sa gauche (et ici à droite) le secrétaire de son parti qui n’est autre que… Joaquín Ramírez.  Keiki a été battue de justesse le  par Ollanta Humala.  Il faut savoir aussi que la même Keiko, et c’est tout sauf un hasard, est visée comme collaboratrice et bénéficiaire de l’entreprise brésilienne Odebrecht, celle à la base des accusations contre l’équipe de Maduro, au Venezuela !!!

Le début de la fin pour Zevallos

Nommé  dans la liste des dix chefs de crime du commerce de drogue illicite (« Specially Designated Nationals ») aux USA, Aero Continente perd par là même  sa protection d’assurance, celle qui lui fournissait Global Aerospace.  La suite ne tarde pas :  Par conséquent, toutes les opérations de vol cessent le 12 juillet 2004.  C’en est fini de la société.  Têtu, Zevallos recrée aussitôt une autre société, Nuevo Continente, mais celle-ci voit l’année suivante sa licence de vol révoquée par les autorités péruviennes.  C’est la fin.  Un tribunal péruvien le condamne en 2005 en un premier temps à 20 ans de prison. En  2006, Jorge Polaco Chavez Montoya un trafiquant de coke charge sa barque un peu plus, mais le procureur ne retient pas l’accusation faute de preuves.  En 2007, on le charge d’avoir violé le Foreign Narcotics Kingpin Designation Act, il répond en affirmant qu’il n’est pas citoyen américain, tout en ayant été déclaré résidant aux USA pendant 15 ans.  En 2007, le district de Floride demande son extradition… sans succès.  Une deuxième demande est établie en 2009 mais elle n’aboutit pas plus.  Le 3 novembre 2016, il repasse devant les juges au Pérou pour blanchiment d’argent et se prend cette fois-ci 35 années de détention.  51 personnes sont alors condamnées avec lui… dont sa propre mère et son frère !!!  Le réseau était familial, dans la grande tradition des mafieux (et s’étend plus loin en politique comme on l’a vu) !  Le procureur réclame aussi 250 millions de dollars de dédommagement pour l’Etat. Sur le tarmac, ses avions invendus s’accumulent et certains sont progressivement découpés ou démantelés pour être cannibalisés.  L’Etat les a tous accaparés.  Enfin les treize exemplaires qui étaient encore sur le territoire !  Sur les treize, onze seulement sont encore en état de voler.  On leur attribue une valeur de 44 millions de dollars encore.

Surprise, un avion manque à l’appel !

Des avions bloqués, donc.  Enfin normalement.  Car, surprise, le 7 janvier 2007, la presse a révélé un énième rebondissement.  On constate qu’un des treize appareils est déclaré manquant.  Il a disparu des hangars du Groupe aérien No. 8.de l’armée. C’est le Boeing 737-130 OB-1745-P, de 1967; qui en prime n’a plus de réacteurs ni de pneus.  Difficile de le voler !  Et pourtant.  Comment des voleurs ont-il pu faire et de quelles complicités ont-ils bénéficié, on n’en sait rien.  Pourtant, en 2005 on l’avait photographié, déjà fort dégradé, derrière l’OB-1723…  eux-mêmes devant les carcasses d’autres avions déjà dépecés (ici celle d’un 727, le N153FN).  Sur les 32 B-737 achetés, pas mal se retrouvent donc… ailleurs.  La société a acheté 6 Boeing 767, et deux Boeing 757.  L’un des deux nommé Miss Victoria de Jetran Llc  devenu PR-XCA n’a été stocké qu’en 2015, l’autre, stocké un temps est chez Air Transport International sous l’immatriculation N752CX.  Son L-1011 Tristar P4-JAA est stocké à Roswell depuis 1999.  Oh pas pour servir aux extraterrestres !!!

Une histoire qui perdure et qui sent toujours le soufre

Des années après la première condamnation de Zevallos, l’histoire balbutie.  En 2015 on apprenait ainsi que Jorge Chávez Montoya « el Polaco » (ici à droite au milieu de la photo), serait extradé aux États-Unis après avoir pourtant  purgé une peine de 15 ans de prison au Pérou.  Un phénomène rare.  « Jorge Chávez Montoya « Polaco » (« Le polonais »), le bras opérationnel présumé de l’homme d’affaires et ancien propriétaire d’AeroContinente Fernando Zevallos, a été extradé aux États-Unis après avoir purgé une peine de 15 ans.  A peine après avoir quitté la prison de Lima de Piedras Gordas, il a été emmené à l’aéroport international Jorge Chavez et transféré aux États-Unis.  « Chavez Montoya avait été arrêté pour la première fois le 5 juin 1995 suite à la saisie d’un cocaïne à l’aéroport international de Miami« .  Arrivé aux USA… il avait aussitôt disparu.  Il avait pourtant  « accepté une collaboration efficace, avait confessé son crime et a offert de fournir des informations.  Les autorités judiciaires l’avaient libéré sous caution« .  « Cependant, le matin du 12 avril 1996, lorsqu’il devait comparaître pour entendre le verdict final de son procès, il n’avait pas comparu devant le tribunal.  Personne ne sait comment il s’est échappé des États-Unis (…) ».  « En 1997, il a été arrêté et envoyé en prison au Pérou pour des infractions liées à la drogue et au terrorisme jusqu’à ce que, en 2002, il ait reçu « l’écourtement de sa peine pour bon comportement « , « même s’il avait eu le rang de chef de bande ».  C’est l’un des rares cas d’extradition demandés par le gouvernement des États-Unis et approuvé dans notre pays » concluait l’article.  Etrange cas, bien étrange cas : que savait donc précisément Montoya, pour intéresser encore les USA quinze ans plus tard ?  Le réseau Zevallos aurait-il continué à fonctionner sans son responsable ???  Cela avait-il recommencé ? Ailleurs ???  Et dans quelles conditions ? Ou plutôt avec quels avions ???  « Selon Benítes, «Polaco» avait intimidé  Jose Maria Aguilar ‘Shushupe’ et avait tenté de le forcer à changer ses témoignages contre Zevallos ».  L’homme de main de Zevallos avait en fait été désigné pour supprimer l’encombrant Benites : « dans la bibliothèque de sa maison, la police avait découvert une série de photos, y compris une image de l’ancien informateur du DEA Óscar Benítez Linares, avec une croix, et dans un tiroir l’agenda de ‘Polaco’ de 2003 dans lequel, de façon manuscrite, les téléphones de ses amis, de sa famille et de ses contacts étaient lisibles ».  C’était pour ça que la DEA voulait tant le rencontrer à nouveau.  Tout en ne se leurrant pas sur la poursuite du trafic pendant ses quinze dernières années…

 

(1) un Mu-2 y a disparu récemment en mai dernier avec 4 américains à bord.  Il s’est écrasé en mer.  A bord, Jennifer Blumin, la directrice de Skylight Group une boîte d‘événementiel spécialisée dans la mode.  Son pilote, Nathan Ulrich avait inventé des vélos et des trottinettes  pliantes sous la marque Xootr.

sources :

Una historia de narcotráfico, aviones, la DEA y el lavado de dinero ¿te suena? se trata del ‘Lunarejo’

sur Ramirez :

https://ojo-publico.com/222/capo-de-la-droga-de-Peru-y-financista-de-Keiko-Fujimori-investigados-por-la-DEA

sur la période Escobar- Lheder- Fuentes

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/coke-en-stock-xiv-le-veritable-89612

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/coke-en-stock-xv-le-honduras-du-90482

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/coke-en-stock-xvii-le-paradis-de-90489

Sur les Caravelle :

Coke en stock (CVII) : l’incroyable histoire de la Caravelle enterrée au Mexique

plus :

http://www.nytimes.com/1995/01/10/world/tons-of-cocaine-reaching-mexico-in-old-jets.html?pagewanted=all

http://articles.latimes.com/1995-11-18/news/mn-4680_1_mexican-drug

La Caravelle célèbre ses 60 ans

Coke en stock (CVIII) : EAS, toute une histoire …

 

Sur la République Dominicaine

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/coke-en-stock-acte-xviii-la-90487

la série sur Punta Cana

Grand guignol à Punta Cana (1)

 

Grand guignol à Punta Cana (2)

Grand guignol à Punta Cana (3)

 

Grand Guignol à Punta Cana (4)

Grand guignol à Punta Cana (5)

Grand guignol à Punta Cana (6)

Coke en stock (CIII) : République Dominicaine, le réseau… et la CIA

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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