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Coke en stock (CXXXIII) : « El Chapo » et les avions (1). Jets, corruption et une armada d’avions Cessna

La capture, pour la troisième fois, le , de Joaquín Archivaldo Guzmán Loera dit « El Chapo », est restée dans toutes les mémoires.  Son extradition aux USA le 19 janvier 2017 a mis fin à tous ses espoirs de retrouver la liberté, lui qui s’était échappé deux fois au Mexique.  Pour l’en empêcher, les hommes d’El Chapo avaient auparavant assassiné le juge qui la préparait (1).   L’occasion aujourd’hui pour nous de revenir sur sa traque, et de décrire son empire, qui continuera, hélas sans lui.  Les mois prochains ont devrait assister à une avalanche de crimes supplémentaires, un royaume sans roi attirant souvent les prises de pouvoir de roitelets en puissance désireux de marquer leur territoire.  Mais davantage que l’homme, ce que je vais vous décrire dans cette nouvelle saga, c’est surtout l’impuissance d’un Etat, voire de plusieurs, à juguler le fléau de la cocaïne, comme on va le voir en détail…

Cela a commencé il y a bien longtemps, bientôt une trentaine d’années au minimum pour celui qu’on a surnommé El Chapo en raison de sa petite taille (cela signifie « courtaud », ce qui est aussi propice à voyager dans les tunnels…).  Le 5 octobre 1992, les enquêteurs du bureau du Procureur spécial sur la piste de l’associé de Miguel Ángel Félix Gallardo, le parrain du cartel de Guadalajara, à savoir de Joaquín Guzmán alias El Chapo, se rendent dans un hangar officiel de l’aéroport international de Mexico. Dedans, il y a deux avions Learjet de modèles différents (un 25 et un 35).  Il appartiennent à Aerobasto SA, appartenant aux deux frères Mario et Olegario Vazquez Rana, deux industriels originaires de la municipalité de la localité d’Avión (ça ne s’invente pas).  Des industriels plutôt étranges surprenant, à l’époque, puisqu’ils font alors faillite sur faillite avec leur chaînes de meubles appelée K2 mais qui survivent car ils ont bénéficié aussi de contrats juteux signé par le ministère de la Défense nationale; et ce durant tout le temps notamment où Luis Echeverria Alvarez était resté au pouvoir (de 1970 à 1076), et ce pendant la période terrible où le pays est secoué toutes les semaines par des attentats provoqués par l’extrême gauche.  On les soupçonnent déjà de s’adonner au narco-trafic grâce à leurs avions (Guzmán sera capturé en 1993 au Guatemala et expédié en prison au Mexique dont il s’évadera une première fois en 2001).

Un hangar « historique » celui du « roi du ciel »

Les enquêteurs tombent en effet un peu des nues quand ils découvrent qu’il est situé juste en face de celui du bureau du Procureur général de la République (PGR), qu’il est également très proche du hangar présidentiel et aussi de celui du Secrétaire de la Marine.  Dans l’aéroport, un terminal discret permettait en effet aux vols privés de se poser dans l’espace réservé aux militaires ».

« À la surprise des membres qui ont mené l’opération dans le hangar de la Rana Vázquez, l’endroit a été utilisé non seulement par des entrepreneurs, mais aussi par Amado Carrillo Fuentes (leader du cartel de Juárez, surnommé le « Seigneur du ciel » (2) car ce fut le pionnier de l’utilisation du Boeing 727 pour les envois énormes de cocaïne de la Colombie au Mexique) Joaquin El Chapo Guzman (le chef du Cartel de Guadalajara) et Hector El Giiero Palma (l’associé de Miguel Ángel Félix Gallardo, alias « le Parrain », qui contrôlait le cartel de Guadalajara avant que Guzman ne prenne la main dessus (en photo, à droite;  le Learjet qu’empruntait Pablo Escobar, qu’admire tant El Chapo qui rêvait de lui ressembler en bien des points).  « Ils y garaient leur avion et y  chargeaient et déchargeaient des drogues et de l’argent.  Plus tard, on découvrira que ces trafiquants de drogue occupaient également des hangars dans les villes de Puebla et de Culiacan ».  Les enquêteurs notent le nom d’un des pilotes sur place, qui s’appelle Carlos Enrique Messner, et qui citera lors des enquêtes ultérieures, parmi ses passagers les plus fréquents, les noms d’ Alfredo Trueba Franco, Mario Alberto Gonzalez Trevino, tous deux narco-trafiquants.  Selon l’indispensable  livre « Les Senores Del Narco« , d’Anabel Hernandez en novembre 1991, ce sont les frères Reynoso Gonzalez (Antonio ayant comme surnom « El Ingeniero », car c’est aussi le spécialiste de la construction de tunnels) qui avaient déclaré au nom de l’une de leurs deux entreprises les Lear Jet 25 et 35 comme étant détenus par Aeroabasto SA (les modèles étant immatriculés XA-RVB et le XA-RXB).

Les habitudes tunnelières d’El Chapo

La famille des frères Reynoso possédait une entreprise d’import-export alimentaire à Los Angeles.  Pratique, pour y dissimuler la coke : en 1993, sachant que l’objectif était de stocker de la cocaïne à vendre aux États-Unis, selon les notes de son procès.  « Reynoso a admis avoir payé un homme pour louer un entrepôt au Mexique sous le nom de société Distribuidores de Basicos en 1993.  Environ 7,3 tonnes de cocaïne y avaient été chargées dans environ 400 cartons de poivriers « La Comadre » et devaient été emmenées dans un entrepôt, mais elles ont été saisies par les forces de l’ordre mexicaines sur leur trajet, selon les minutes de son procès.  Reynoso a également admis avoir organisé un envoi de cocaïne de 390 kilogrammes caché dans une chaudière transportée de Los Angeles à Chicago en 1994.  La charge a été saisie à Chicago une fois qu’elle était arrivée.  Reynoso avait organisé l’expédition ».  Fait notable, déjà (comme quoi notre trafiquant est du genre plutôt répétitif) :  « L’acte d’accusation a accusé les deux frères Reynoso, José et Jésus Reynoso, d’obtenir un entrepôt pour l’une de leurs entreprises alimentaires à Otay Mesa, afin qu’un tunnel de drogue puisse être construit en dessous, indique l’acte d’accusation.  Lorsque Guzman a été arrêté en 1993, les autorités ont trouvé une carte dans une de ses villas protectrices qui menait à la découverte du tunnel presque complet.  Il se terminait presqu’à l’entrepôt d’ Otay Mesa de l’entreprise Reynoso.  (Il était trop court parce que les constructeurs de tunnels avaient compté apparemment sur une mauvaise carte du comté.) »  Adroits, mais pas si dégourdis que ça, les truands autour d’El Chapo !

Les deux Learjet livreurs de coke

Les deux bi-réacteurs ont été saisis, mais pas dans le même pays.  Le Learjet XA-RVB, ex Fidelity Union Life Insurance Company (N14TX) , Fidelity Union Life Insurance Company, Lincoln Aircraft Company Inc, et Jet East Inc (N77LP) était devenu Aeroabasto S.A. puis Reynoso Brother Inc (on ne pouvait être plus clair), saisi sous ce nom, sera versé en 1994 à la Drug Enforcement Agency-Gobierno del Estado de Veracruz (XC-AA60) puis dans l’armée de l’air mexicaine sous l’immatriculation P-106 et après« 3909 » pour devenir aujourd’hui XC-UJG.  Son confrère, le XA-RXB, a été lui saisi, mais par les américains, en 1994 également, à Grocery Depot Inc, autre paravent américain d’Aeroabasto S.A. Il est redevenu américain (N1411S, N2U) puis… mexicain en XA-TBV pour redevenir américain N325JB chez JetBlue Airways (pour enfin finir mexicain, en XB-HGE en 1998 et XB-GCP en 2007, ici à droite pris en photo le 2 février 2008 au Benito Juarez Internacional de la ville de Mexico).  Les deux avions saisis donc en 1994, des deux côtés de la frontière !  Selon les informations rassemblées par le procureur, les deux avions avaient effectivement bien été utilisés par El Chapo Guzman pour «transporter de l’argent des États-Unis au Mexique et des drogues de l’intérieur du territoire mexicain vers la frontière, pour être ensuite apportées aux États-Unis».  Précisément ceux qui opéraient depuis le hangar de Rana Vázquez». Vingt-cinq ans plus tard, les Learjet d’El Chapo semblent bien loin.  Très loin.  Car on semble tout avoir oublié ou tout effacé des mémoires, depuis : le même Vazquez est devenu plus tard responsable d’un véritable empire économique, le propriétaire notamment de Grupo Empresarial  de Los Angeles, un conglomérat ayant des intérêts dans le secteur hôtelier (tel l' »Hoteles Camino Real« , ici sur l’aéroport même de Mexico !), les médias (Excelsior, Grupo Imagen), ou bancaire, via Banco Multiva.  Au sommet de sa gloire, il présidera l’Organisation sportive Panaméricaine.  Il préside même aujourd’hui la Fédération internationale de tir sportif et il est aussi membre du Comité international olympique (il a été lui-même même de l’équipe mexicaine de tir aux Jeux Olympiques de 1964 à 1976). Remarquez, ces derniers temps ce n’est plus vraiment un gage de probité… C’est aussi le grand ami de Carlos Slim (fils, faut-il le rappeler, de parents libanais), avec qui il joue parfois aux dominos, entre deux vols de « jets », lui-même le second actionnaire, désormais, du New-York Times, depuis 2008. Aujourd’hui Gregorio Olegario Vazquez Rana (il a perdu son frère Mario) vole en Bombardier, l’immense Global Express XA-OVR (ici au décollage  (un peu raide) au Brésil). Oubliés, les deux Learjet !!!  Oublié également le pilote Messner : son dossier est désormais introuvable dans l’administration mexicaine (on en reparlera) !  Ce n’était même plus une collusion, à ce stade. C’était… flagrant.

D’autres jets ont été achetés par des prête-noms de Guzman

Parfois, c’est pur hasard que de découvrir des liens entre politiques et narco-trafiquants.  Cela je vous l’avais dit ici-même le 4 août dernier : « en étant intrigué par le vieux Sabreliner (306-129 de 1977, ex N60ML, – ici à droite-  N95RC, N749UP et N2144J au départ) annoncé en vente, et immatriculé XB-ULF, on découvre qu’il a été acheté en 2005 par un dénommé Tomas Yarrington, l’ex-gouverneur de l’Etat de Tamaulipas de 1999 à 2005, à la frontière avec le Texas, avec l’argent de primes offertes par le Cartel du Golfe, alors le plus puissant au Mexique.  Un grand jury l’avait condamné (en son absence) à Corpus Christi au Texas.  Selon les charges, Yarrington avait déjà commencé cette relation avec les trafiquants de drogue alors qu’il était maire de Matamoros, sur la frontière US » (encore plus étonnant, il a sévi des DEUX côtés de la frontière !!!). « « L’acte d’accusation de 11 points dit que Yarrington en outre, a été suspendu du PRI en mai 2012, et qu’il a été impliqué dans la contrebande d’expéditions en vrac de cocaïne à travers le port du Golfe de Veracruz aux États-Unis entre 2007 et 2009 ».  Mais il y a mieux encore à découvrir ! Deux autres absents avaient eux aussi été condamnés avec lui : Hector Javier Villarreal, ex-secrétaire des finances de l’Etat de Coahuila et un dénommé Jorge Martin Torres ancien gouverneur par intérim de l’Etat, tous deux condamnés « pour fraude, vol et transferts illégaux de fonds » . Or Jorge Martin Torres, celui qui avait acheté le petit Cessna des fils Guzman, n’est autre que le financier de l’avion qu’El Chapo voulait  acheter aux USA, un Rockwell Commander International 690B immatriculé N690WT (ici à gauche, j’en reparlerai bientôt). Et il avait donc déjà été condamné aux Etats-Unis en 2013 !!!!  On pouvait y ajouter au passage un autre avion : « l’acte d’accusation comprend également un avis de confiscation. Certains actifs identifiés dans l’acte d’accusation ont déjà été saisis par les États-Unis dans les actions de confiscation civile au cours de l’enquête, y compris environ 46 acres dans le comté de Bexar, une villa sur l’île de South Padre, un avion Pilatus de 2005 et des résidences à Hidalgo et dans les comtés de Hays » (voir ici l’épisode complet). Le Pilatus, quel que soit le modèle est un appareil qui sait se poser sur des pistes de terre, on le sait.

Des liens flagrants avec le pouvoir

Les liens avec le pouvoir mexicain des des deux frères multimillionnaires sont évidents  : « dans la mythologie qui entoure les deux entrepreneurs, il y a deux événements mémorables. En 1998, Manuel Fraga, a fait un voyage institutionnel au Mexique. Là, il a rencontré le pouvoir de Don Mario dans son manoir avec soixante-dix gardes du corps répartis sur 40 000 mètres carrés de domaine. Le voyage de Fraga a coïncidé avec l’ouragan Mitch, qui a contraint l’ex-président décédé de la Xunta (cf  la Junte de Galice)  à suspendre sa visite officielle au Guatemala.  Cependant, l’avion de Vázquez Raña est venu à la rescousse pour permettre à Fraga de se déplacer » . Le second événement étant la perte en une seule journée de plusieurs millions de dollars par Rana Vázquez en raison de placements financiers douteux.  Mais il y a aussi un côté bien plus sombre à l’usage de cet espace.  Bien plus tard, en 2014, disparaissent 43 étudiants issus de l’Ecole Normale Rurale de Ayotzinapa, le 26 septembre 2014, dans la ville d’Iguala, dans l’État de Guerrero, au Mexique.  S’en suit une sombre histoire d’accusations contre le maire de la ville et sa femme, les policiers et des groupes mafieux des Guerrero Unidos étant visés également.  Or lors de l’enquête, le fameux hangar des frères Vazquez Rana a été à nouveau cité.  A ce jour, on a toujours pas retrouvé l’ensemble des disparus.  On a à nouveau tout « effacé » comme en 1992 : « L’enquête menée par le bureau du Procureur spécial a eu de graves conséquences.  Le groupe d’enquête a été dissous quelques jours après l’opération à l’aéroport, et chacun des membres a été envoyé à des commissions absurdes dans d’autres États de la République ».  La collusion a toujours existé, depuis au moins 1992, sinon bien avant !!!  Au point d’oublier l’épisode du hangar de 1992 !  Un hangar qu’Anabel Hernandez lie directement au pouvoir que gérait El Mayo Zamada (Ismael Zambada García ) celui-là même installé dans l’aéroport international de Mexico, avec la connaissance et la tolérance à la fois du ministère des Communications et des Transports et de l’administration mexicaine… car selon elle, si Joaquin Guzman Loera alias El Chapo est devenu un grand seigneur, c’est aussi lié à un processus de décomposition de l’Etat dans lequel sévit « la corruption et l’ambition excessive de l’argent et du pouvoir ». 

Une vieille histoire, déjà

Le trafic est en effet une vieille histoire, initiée on le sait à coups de Caravelle et de Boeing 727 par le Cartel de Medellin, mais d’autres moyens de transport ont été déjà à l’époque utilisés. Escobar est mort le à Medellín, mais le trafic a continué sans lui comme le dit ce rapport de 1997 , surtout par voie maritime (ici à droite la carte des trajets de coke), et la corruption en même temps à augmenté : « .. suite à la détention par la drogue colombienne CIA Jose trafiquant Castrillon Henao, qui aurait dépensé 51 000 dollars américains pour la campagne du président panaméen Ernesto Pérez Balladares, les agences de renseignement américains ont découvert une autre route maritime du Cartel de Cali, qui reliait le port de Balboa, dans le pays de canal avec Ensenada, Basse-Californie (Mexique territoire de l’entente d’Arellano Felix), dont les destinations finales ont été San Diego (Etats-Unis), au Canada et en Europe (Espagne, France et Italie). Dans les ports de Balboa et Ensenada, les navires ont été reconditionnés avec double fond pour transporter la drogue. L’enquête a permis d’identifier un certain nombre de navires et des compagnies qui ont servi de couverture pour l’alliance des frères Rodriguez Orejuela Arellano Felix, y compris Carimar, Cyprès, océan Pacifique et la pêche à Saint-Thomas, et les bateaux à Vizcaino et Fori, tous les biens Castrillón Henao et le Mexicain Manuel Rodríguez López, principal actionnaire du Grupo Pesquero Rodríguez, en Basse-Californie. Une autre enquête menée par la DEA et le procureur général des États-Unis, qui faisait partie de l’opération appelée Cornerstone, indique que, depuis 1991, le cartel de Cali ont contacté le mexicain Oscar Malherbe (capturé en février 1997) et José Luis Medrano (également emprisonné) – Les deux lieutenants de Juan Garcia Abrego, ancien chef du Cartel du Golfe arrêté en 1996 et extradé sommairement aux États-Unis, où il purge actuellement une peine à perpétuité dans une prison de Houston-, qui est accusé de vouloir introduire 200 tonnes de cocaïne par les douanes de Miami« . On en était déjà à 200 tonnes en 1997… Le 16 août 1997, le New-York Times confirmait le trafic avec un titre incisif « Dans les ports US, le trafic de drogue est en train de devenir un « inside job »…  selon lui, à l’époque, les douanes US étaient complètement dépassées.  Les garde-côtes US ne possèdent que de vieux navires datant de la seconde guerre mondiale, repeints des dizaines de fois (ici à gauche le Tamaroa, construit en 1946 et décommissioné en 1994 seulement ).

La voie maritime privilégiée au bord des années 2000

« En juillet 1995, » continue le même rapport, « l’Institut national de lutte contre la drogue (RIDC) du Mexique après la prise du général Gutiérrez Rebollo »(général de division de l’armée mexicaine, il a été incarcéré pour liens avec le crime organisé, et notamment avec Amado Carrillo Fuentes, chef du cartel de Juárez, il est ici à droite « en civil » et là en général) « a confirmé que l’ensemble de la flotte de pêche à la crevette de l’Etat de Sinaloa, à la fois à Mazatlan et Topolobampo était soupçonné d’être impliqué dans le transport de stupéfiants, ainsi plus de 80 navires ont été inspectés.  Dans cet état, considéré comme le berceau de l’empire de la drogue mexicain, s’est développé le cartel de Sinaloa, dont les chevilles ouvrières Miguel Angel Felix Gallardo, Joaquin « El Chapo » Guzman et Hector « El Guero » Palma, sont aujourd’hui en prison.  Selon les experts, et malgré l’augmentation du trafic aérien de cocaïne à bord des narcojets, la voie maritime reste la préférée et la plus efficace pour les barons de la drogue:  La soi-disant route de l’or du trafic de cocaïne en provenance d’Amérique du Sud utilise l’océan Pacifique.  De grands navires de transport arrivent au large de la côte du Chiapas (Puerto Madero), Oaxaca (Salinas Cruz), Nayarit (San Blas), Sinaloa (Mazatlan) et Baja California Sur (Los Cabos) et sans toucher le port, déplacent le de la cocaïne avec des vedettes, qui sont responsables du transport de l’alcaloïde vers la terre.  Il y a aussi des bateaux qui pénètrent dans le golfe du Mexique et débarquent de la cocaïne devant les ports de Veracruz et d’Altamira, à Tamaulipas.  Une des voies utilisées pour faire passer la drogue du Guatemala au territoire mexicain, est basée sur le port d’Ocós, dans le Pacifique guatémaltèque.  De là viennent des vedettes qui arrivent pour débarquer la drogue dans une zone appelée Mer Morte, dans ce qui serait la frontière maritime du Chiapas et d’Oaxaca.  En novembre 1996, la communication journalistique d’un rapport du Bureau du Procureur général a révélé l’existence de « narcosubmarinos » ompacts et miniatures, télécommandés sans équipage humain, qui ont déplacé la cocaïne de la Colombie vers l’Europe et les États-Unis, en utilisant le Mexique comme un pont (à gauche un des tous premiers modèles saisis, le plus souvent simplement remorqué derrière un cargo).  Selon les informations, les sous-marins intelligents, de seulement cinq à six mètres de long, sont équipés de systèmes électroniques très avancés, ce qui leur permet de naviguer de façon autonome, en bordure de la côte.  Ils utilisent une technologie similaire à celle utilisée par la NASA, ont une coque en fibre de verre, très difficile à détecter par les radars terrestres et la garde côtière » (à gauche un des plus récents capturé en Equateur, sous-marin véritable désormais, capable de plonger comme un « vrai ».  Les derniers modèles sont soit « stealth » soit.. électriques !). « Ils partent de certains ports colombiens et se dirigent automatiquement vers leur point de rencontre en haute mer, où ils sont attrapés par de grands navires qui transportent la drogue vers leurs destinations.  Après la prise du seigneur de la drogue Juan Garcia Abrego, dont l’organisation avait compté parmi ses collaborateurs de hauts fonctionnaires de la classe politique de salinismo, y compris le numéro deux de six ans, José Córdoba Montoya, homme d’affaires et banquier Carlos Cabal Peniche et Raul Salinas de Gortari, le frère de l’ancien président, témoins dans le procès qui a suivi à Houston a révélé que le cartel du Golfe est aidé par des membres de la marine mexicaine et la Garde nationale des États-Unis.  Dans une déclaration sous serment, Carlos Rodríguez, condamné à 62 ans de prison pour avoir introduit cinquante tonnes de cocaïne aux États-Unis entre 1986 et 1993, a déclaré Garcia Abrego, membre du cartel de Cali, avait trois ranchs dans la municipalité de Soto de la Marine, Tamaulipas, où la drogue colombienne arrivait.  Selon Rodriguez, les officiers de la Marine du Mexique ont traversé la drogue de Tamaulipas au Texas.  Déjà à Houston, des membres de la Garde nationale des États-Unis transportaient de la cocaïne dans des remorques de l’armée américaine ».  Bref, tout était déjà décrit (le trafic ET la corruption) dès 1997.  Et juste après, c’est la surveillance plus poussée des mers qui a relancé le trafic par avion, et par jets ou par avions plus petits comme on va le voir… Plus de 20 ans dont que cela dure, et que rien n’a été fait… ou presque : la « Guerre à la drogue » déclarée par les USA est visiblement un échec total, au vu de la progression hallucinante du trafic ! On découvre vraiment en Europe ce trafic maritime en 2000 avec l’arraisonnement du cargo Privilege lors de l‘opération Oyster (Huître) elle même incluse dans l’opération Operation Orinoco, liant le Venezuela, la Colombie, les Etats-Unis, l’Italie, le Panama, la France, la Grèce et l’Espagne.  Saisi au large des Canaries, en provenance du Venezuela et en direction de l’Italie; à bord il contenait 5 tonnes de cocaïne très bien dissimulée.  En réalité, l’année précédente un autre cargo, le Tammsaare, arrêté au même endroit (Las Palmas) avait dissimulé 9,8 tonnes au total de coke, un record à l’époque.  Le  Tammsaare, sera transformé en Galice en centre de formation contre les toxicomanies… !!!

Vous avez dit corruption ? Le mot est faible !

Payer les fonctionnaires du gouvernement pour avoir la paix était en effet une pratique courante (on verra plus loin que ça ira jusqu’à leur offrir des jets, parfois !).  Selon le magazine Forbes, en effet (…) « Guzman payait de gros pots-de-vin, selon le Times.  Par exemple, en 2008, Noe Ramirez (Mandujano, ici à droite), le tsar de l’anti-drogue du président Felipe Calderón, a été accusé d’avoir accepté 450 000 dollars chaque mois.  De tels paiements ont été faits à de nombreux niveaux du gouvernement ainsi qu’aux fonctionnaires de la police et de l’administration pénitentiaire – le Times fait le point sur l’expérience pénible de Guzman et les 3 millions de dollars versés pour faciliter son évasion sans douleur.  Il n’est pas surprenant que ces paiements s’étendent aussi bien aux États-Unis.  Le Times rapporte que le prix pour les États-Unis pour que les gardes-frontières ferment les yeux à un point de contrôle est de « quelques milliers de dollars ».  Mandujano (procureur au cours du mandat de Vicente Fox) ne tombera qu’en 2008, lors de l’Operación Limpieza, laissant son organisme, la SIEDO, l’anti-crime mexicaine, exsangue, avec 35 hauts responsables arrêtés et le président Calderon complètement désorienté, ne sachant comment négocier une aide supplémentaire aux USA après un tel désastre moral.  Le chef de l’anti-drogue renseignait en fait le cartel des frères Beltrán Leyva !!!  Or Mandujano, malgré ça, est sorti de prison en avril 2013, après n’avoir été condamné qu’à 5 années de détention et effectué quatre ans, trois mois et 25 jours derrière les barreaux,..  Pas assez chez payé pour beaucoup… a peine sorti, il réglait ses comptes avec Felipe Calderon : »quelques heures après sa sortie de prison, l’ancien fonctionnaire a déclaré que l’ancien président Felipe Calderón a trompé le peuple du Mexique dans sa guerre contre le crime organisé et a appelé l’ Operación Limpieza une « farce ».  « Ils ont trompé le peuple mexicain.  Ils voulaient lui faire croire qu’ils travaillaient vraiment, qu’il mettait en prison des fonctionnaires injustes alors que c’était le contraire.  Et pas à propos de moi, mais en mettant en cause d’autres fonctionnaires qui ont travaillé dur pour le Mexique « , a-t-il dit.  Un désastre, ai-je dit, un désastre !!! Felipe Calderon a sévèrement été battu aux élections de 2012 par Enrique Peña Nieto.  Pas sûr que ce dernier soit à la hauteur de la tâche, depuis.  Elle est immense !!!

La corruption, l’entrisme des narcos… et la DEA

Et comme rien n’est simple, dès que l’on touche à la cocaïne et aux sommes colossales qu’elle génère, un problème supplémentaire s’est ajouté le 4 décembre 2013 au cas Noé Ramírez Mandujano.  Celui d’une employée de l’ambassade US, consultante en sécurité du département d’Etat au service des États-Unis qui aurait été la taupe des narco-trafiquants au sein même de l’ambassade :  elle travaillait aussi pour eux, selon un repenti.  Le cas de l’agent Beatriz Veramendi est intéressant, car les USA ont tout fait pour l’ignorer ou minimiser son rôle.  Or elle avait connaissance des dossiers sensibles et son activité aurait été douteuse, ayant permis de faire échouer certaines arrestations surtout concerna le clan Beltran Leyva pour lequel elle travaillait semble-t-il  : « les éléments de preuve suggèrent que les renseignements divulgués lors de cet incident ont ensuite été fournis à des généraux mexicains qui sont maintenant inculpés pour avoir protégé le cartel Beltran Leyva et pour avoir fourni des informations sur les opérations militaires à la même organisation criminelle ». Une partie de la preuve pénale semble avoir été corroborée par Edgar « Barbie » Valdez, ancien agent de Beltran Leyva » (ici à gauche lors de son arrestation avec son arsenal personnel devant lui). « Après son arrestation il y a deux ans, Valdez a été présenté par DeadlineLive.info en tant que double agent de la DEA. Le mois dernier, Valdez a écrit une lettre indiquant les noms de plusieurs hauts généraux mexicains, sénateurs et autres agents publics, y compris le procureur général lui-même qui organisaient ds réunions avec les chefs de cartel de la drogue et des représentants du gouvernement, et peut-être même offraient une protection aux cartels de la drogue. Valdez lui-même a assisté à ces réunions et a fourni des informations DEA via sa messagerie. Selon Rolling Stone, les messages textuels allaient à son frère, un officier de police à Laredo, au Texas. Ensuite, l’agent transmettrait les messages à la DEA. La semaine dernière, la nouvelle administration de Enrique Peña Nieto a annoncé que les accusations portées contre les officiers militaires supérieurs seront supprimés en raison de « preuves insuffisantes ». Cela commence à ressembler à une dissimulation importante en cours » concluait plutôt amer Deadlinelive.info. Les narcos auraient réussi à infiltrer indirectement jusque la DEA, en quelque sorte, du moins à l’intoxiquer  ! Au final, le procureur Murillo Karam était en effet intervenu pour demander que Veramendi soit libérée, « faute de preuves suffisantes » contre elle. Un double jeu possible et envisageable de l’agent Veramendi auprès du clan Beltran Leyva ?

Une organisation tentaculaire

L’organisation d’El Chapo, c’est simple, avait tout envahi.  Au total, on découvre donc sans surprise dans le pays 288 sociétés appartenant à El Chapo Guzman, via des hommes de main tel que Daniel Lombardi. Un partie est managée par José Miguel Handal Pérez du gang ultra-violent de Los Cachiros.  Dans l’inventaire à la Prévert des biens d’El Chapo, on trouve  un club sportif complet, à Ojos Negros, dans l’état de Baja California, des sociétés pharmaceutiques telles que Geofarma et Distribuidora Médica Hospitalaria, des liens avec l’homme d’affaires mexicano-colombien Hugo Cuéllar Hurtado et ses 11 entreprises, parmi lesquelles il y a des ranchs de chevaux et d’autruches, au Mexique et en Colombie (et aussi des parts dans l’Hôtel Paraíso Resort en particulier), mais aussi des stations-service, des sociétés immobilières et la société Minerales Nueva Generación.  Un autre affidé, Jorge Milton Cifuentes Villa, détenait 54 entreprises dont la compagnie aérienne Lincandisa à Quito.  Au Guatemala, c’est Guatemala, Guzmán Loera et Marllory Dadiana Chacón Rossell, qui sont à la tête de 28 entreprises.  Sont cités aussi Waldemar Lorenzana Lima, responsable de 8 sociétés, et au Belize, le cartel de Sinaloa mène à John Angel Zabaneh, propriétaire de cinq sociétés de tourisme et de chimie.  Honduras, Belize, etc… tous les endroits des atterrissages dont je vous parle depuis des années maintenant.  C’est bien la même histoire…unique.

Le Cessna 206, l’avion préféré des trafiquants

Le ministère des armées mexicains (Sedena) et la police finissent par faire le bilan en 2016. Leurs chiffres sont ahurissants :  de 2006 jusqu’en 2015, les autorités militaires mexicaines ont saisi la bagatelle de 599 avions appartenant à l’organisation de Guzman ! En comparaison, la plus grande flotte commerciale du pays en compte 127 seulement (3), c’est Aeroméxico bien entendu. L’armée a aussi établi une cartographie intéressante, qui révèle que l’organisation de trafiquants utilise pas moins de 4 729 pistes clandestines (celles recensées en tout cas ayant entre 500 mètres et un kilomètre de long), qui sont situées principalement dans les montagnes sierras dans des états du nord du pays.  La Sedena a déterminé que les routes de la drogue décollent principalement en effet des sierras de Sinaloa, Chihuahua et Durango, regroupées sous le nom de Triangle d’Or ; et qu’elles arrivent plutôt dans les Etats de Baja California et de Sonora (ici un atterrissage du XA-TNK sur l’une des pistes de Durango : c’est euh, sportif, là c’est le XA-BPJ).  En 2016, 55 avions ont ainsi été saisis, contre 544 ces 10 dernières années. En 2008, le chiffre était déjà monté à 284.  Sur les 599, 13 seulement sont des hélicoptères : trop difficile à mettre en place, mécaniquement complexe et cher à l’achat même en occasion, en rapport à sa capacité d’emport, il n’a pas la cote.  Géographiquement, la grande majorité des saisies a été effectuée dans trois municipalités de l’Etat du Sinaloa:  Culiacán, Navolato et Ahome.  Les pistes découvertes ces dernières années sont situées à Badiraguato, Guadalupe et Calvo, Guachochi et Tamazula (on en reparlera), des municipalités situées dans la Sierra Madre Occidentale.  Les terrains d’atterrissages près de la frontière occupent 50,7% de toutes les pistes clandestines au Mexique.  Reviennent le plus souvent les noms des villes d’Ensenada, Mexicali et Tijuana, en Basse-Californie; Alamos, Caborca, Nogales et Santa Ana, dans le Sonora; Badiraguato, El Rosario et Culiacán, dans l’Etat de Sinaloa; Guadeloupe et Calvo et Guachochi, à Chihuahua; Tamazula, à Durango et La Paz, en Baja California Sur.  Tous ces avions confisqués représentent un volume important qui encombre les aéroports où on les regroupe (voir ici et là également) : les avions saisis on donc été au fur et à mesure revendus en partie : il y en a eu 105, dont les modèles les plus courants sont des Cessna, des Rockwell (Aero et Turbo Commander), des Gulfstream (de tous les types, à turbopropulseurs comme à réaction), des Piper et de Beechcraft. La vente de ces appareils a rapporté 81,654 millions de pesos. C’est à dire assez peu, au regard du nombre d’avions : cela fait 4,4 millions de dollars au cours actuel (en moyenne 400 000 euros donc, alors que cela comprend des jets neufs valant parfois 5 fois la somme totale).  Le document de la Sedena est vraiment plein d’enseignements.  Il établit aussi une typologie des avions, dont le modèle le plus répandu, on s’en doute, est le Cessna 206 : sur les 105 avions revendus il y en a 60 qui étaient des Cessna de ce modèle précis (ici deux photos de l‘une des plus récentes saisies : le Cessna XB-JSO surpris avec 400 kilos de cocaïne  découvert à Sierra de Lobos, le 11 septembre 2017, où il est resté coincé, après un atterrissage forcé effectué de nuit).  Les raisons de son usage immodéré par les trafiquants sont connues : l’avion possède des portes latérales doubles et permet le chargement et le déchargement des paquets plus rapidement.  Mieux encore, puisqu’il, il existe des kits pour un réservoir supplémentaire ou pour augmenter la taille de son aile (des extrémités d’ailes supplémentaires), pour permettre de décoller mieux et parcourir de plis longues distances :  les engins ainsi équipés font jusqu’à 1 300 kilomètres. Autre avantage c’est un avion STOL, qui, équipé de pneus basse pression, peut se poser partout et surtout sur des pistes de terre.  A gauche un bout d’aile d’Air Research Technologies Inc de Cessna 182, ici en cours de montage en atelier (ici au sol, remonté).  Les kits d’agrandissement des ailes, certains semblent avoir oublié qu’elles modifient aussi l’envergure (une vidéo impayable)… Plus sérieusement, les atterrissages avec des avions modifiés ou non, dans le Triangle d’Or, sont dangereux : fin juillet 2017, le Cessna XB-MUM, un modèle U206G, s’y est écrasé, il y a eu 7 morts.

PS : On aura aussi noté l’usage de fausses immatriculations en auto-collants chez les narcos : si vous regardez-bien, deux avions peints différemment dans cette page présentent la même immatriculation (XB-NJR)…

(1) le juge fédéral, Vicente Antonio Bermudez Zacarias, âgé de 37 ans seulement, qui a été tué d’une balle à bout portant le  lundi 17 octobre 2016 à Metepec, à l’ouest de Mexico.  Le juge avait comme autre dossier à suivre celui du groupe de Los Cuinis « le cartel le plus riche du monde« .

(2) lire ici à propos de lui :

Coke en stock, (XXVII) : Guatemala, Pérou, Bolivie… et le spectre d’Amado Carrillo Fuentes, inventeur du système

 

(3) la DEA en possédant 106, d’avions, ce qui ne semble pas encore suffire à certains… en 2009 en effet son patron chargé de l’aviation, William Brown, avait recruté l’appareil d’un contractant extérieur (L-3 Communications ) pour que sa patronne d’alors, Michele Leonhart puisse se rendre à une réunion à Bogota.  Coût du vol : 123 000 dollars.  L’avion, le N215BB est un ATR-42-300, de l’aérospatiale (vu ici à droite muni d’une étrange antenne arrière déployable, retirée depuis, la confusion règne sur son enregistrement, qui affiche aussi N313CG, qui a servi à transporter en 2014 14 dominicains accusés de trafic de drogue). L-3 a gagné 32 millions de contrats en 2008 en contrats gouvernementaux, la DEA ayant engagé 76 millions de dollars de dépenses.  En mars 2016, je vous avais évoqué l’achat pour 86 millions de dollars au total d’un autre ATR, modèle 500 celui-là, (N366FM) qui n’a jamais correctement marché, alors qu’il aurait du s’activer pour détecter les champs de pavots afghans.  En mars 2015, le House Oversight and Government Reform Committee avait déclaré qu’il avait perdu toute confiance dans le travail de Leonhart après un énième scandale au sein de la DEA. C’est désormais Robert W. Patterson qui dirige l’agence depuis le 2 octobre dernier (c’est tout récent).  Or c’est aussi  l’ancien dirigeant du Special Operations Division (SOD)… celui qui aussi se chargeait de trouver des appareils « discrets »… c’est aussi l’ancien responsable (Group Supervisor ) de la DEA à Miami !

Sources : un dossier sur les liens entre le pouvoir et la drogue :

https://www.wilsoncenter.org/sites/default/files/Bosworth.FIN.pdf

 

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