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Coke en stock (CXXX): le Venezuela s’enfonce… dans le mensonge (2)

Le Venezuela est en train de s’effondrer  tout seul comme un château de cartes.  La raison  principale étant son gouvernement corrompu mené à la baguette par un gang de militaires et un jeune politicien aux dents longues, lié par ses origines libanaises au trafic de drogue international : or ce dernier a été depuis nommé vice-président (en janvier dernier) !  Tout s’effondre, à partir d’événements qui se bousculent les uns après les autres.  Comme on a pu le voir dans l’épisode précédent, l’arrestation du pilote Velasco Tory (Francisco Javier Velazco Tory) et des ses amis à bord du Learjet immatriculé YV544T le 17 mars 2015 en République Dominicaine avec 450 kilos de cocaïne à bord a été réalisée.  Or cet appareil mène indirectement à la société Aeroquest, qui mène elle-même au dénommé Alberto Ignacio Ardila Olivares.  Un cas d’espèce assez rare, ma foi, comme on va le voir.  Tout ceci sous les yeux de politiciens français qui n’osent toujours condamner ce régime de forbans.  A croire que les gens de la France Insoumise, puisque ce sont eux, (tel Alexis Corbière et même Mélenchon, son leader fort médiatique), ont des œillères sur le sujet et se refusent à confronter cette dure réalité. 

Envahissement du net : un écran de fumée adroit

Edmundo Medina et Francisco Velazco, les deux pilotes du Learjet pris avec 450 kilos de cocaïne à bord travaillaient en effet pour Aeroquest, et donc pour le dénommé Alberto Ignacio Ardila Olivares.  Or notre homme, déjà décrit précédemment, est en effet un drôle de phénomène.  Olivares est en effet fort procédurier, en réalité, et c’est surtout le spécialiste du noyage de poisson ou de l’écran de fumée, comme vous préférez.  Très adroit, l’homme pratique un art consommé de la diversion sur le net :  omniprésent sur tous les sujets touchant à l’aviation, on le retrouve avec pas moins de 218 000 occurrences lorsque l’on cherche son nom sur internet a constaté un journal vénézuélien. « Lorsque nous cliquons sur ces plus de deux cent mille liens, cela nous amène à plus d’informations fausses sur Ardila Olivares, configurées de manière préméditée, de sorte que le contenu positif, généré artificiellement, se décline dans les premières recherches et que l’information réelle est perdue dans le cyberespace » note en effet un journal ayant enquêté sur son étonnant cas, copies d’écrans de son imposante présence sur le net à l’appui.  Il y en a qui choisissent de se faire petit sur le net, pour passer inaperçu, lui a choisi la méthode inverse, celle de la saturation de l’information : les quelques articles négatifs à son égard se retrouvent ainsi fort adroitement noyés dans un flot positif qu’il a lui-même généré.  Du grand art !!!  A gauche, le Learjet bloqué en République Dominicaine, avec au second plan un vieux DC-9 (MD80) d’Aserca Airlines (ici sur l’aéroport international de la Maiquetía – Simón Bolívar.  Les MD-80 vieillis sont sujets à quelques ennuis, parfois, dont l’éclatement de pneus ou des réacteurs qui prennent feu…

Un cas plutôt « solide »

L’avion avait été affrété par l’entreprise « Caso Solid Show », dont les gestionnaires, Antonio José De Pinho Hernández, José G. De Pinho Hernández, Lourdes Johnston et Ramón Arcay possèdent aussi les entreprises Interstate Supply Corp, GMS Global Management, Real Broker Int, Medisec LLC et Pinhos Group Corp.  Au Venezuela, Interstate  Supply CA était représenté par Victor A Cairos et De Pinho Hernández. Inter State Supply avait acheté l’avion à ADP Aviation, inscrit au Delaware sous l’immatriculation N62DK, devenu au Venezuela YV544T.  C’est Aeroquest qui gérait en fait l’appareil et fournissait les pilotes.  L’affaire avait eu un certain retentissement, car l’impresario de Solid Show était fort connu là-bas au Venezuela.  Le responsable de Caso Solid Show, Juan Carlos Araujo Durán, et ses employés Luis Hurtado, Mariflex Manzanilla, Carolina Pérez et Zoraimy Araujo seront jugés plus tard coupables de trafic de drogue, ainsi que  le lieutenant de la Garde nationale bolivarienne Richard Sánchez, celui qui avait permis à l’avion de sortir du Venezuela, condamné lui à 17 ans d’emprisonnement.  Un homme de sécurité, Joseph Viera Betancourt, a aussi été arrêté au Venezuela ainsi qu’un premier sergent de la garde nationale bolivarienne, Pablo José Silva Loyo.  Solid show, qui avait pignon sur rue, avait organisé les carnavals de Puerto Cabello en 2012 et 2015, sous l’administration du maire plutôt excentrique Rafael Lacava mais aussi la rencontre amicale entre la République de Guinée et l’équipe de football vénézuélienne et les tournois pré-olympiques de basketball du Venezuela.  L’enquête montrera aussi les liens entre Solid Show et  la société Ferrdi Sport et son partenaire, l’avocat Juan Carlos Ferro Echegaray (ainsi que Mariano Agustín Díaz Ramírez, autre avocat).  On a ainsi découvert que Ferrdi avait payé les artistes recrutés par Solid Show en dollars, pour pas moins de 30 millions au total, représentant du blanchiment d’argent très certainement, pour les enquêteurs.  A partir de là, c’est un autre écheveau qui s’est dévidé… comme bien souvent dans ce genre d’enquête.

D’autres appareils dans le circuit ?

« Selon l’enquête, Araujo a utilisé sa société Solid Show pour laver l’argent prétendument obtenu par le trafic de drogue.  Il a également utilisé les spectacles pour distribuer et vendre de la drogue aux participants.  Il a également utilisé cette société pour demander des dollars préférentiels.  Plusieurs témoins ont informé l’enquête que Araujo avait la protection de Mariano Díaz, qui a bénéficié des bénéfices des entreprises.  Les bénéfices ont été d’une telle ampleur, qu’ils ont conduit Mariano Diaz à fonder une entreprise dans l’État nord-américain du Delaware avec le nom de Ferrdi Air, Inc, en septembre 2012.  Grâce à cette société, Diaz a acheté un avion avec l’acronyme N745UP, fabriqué par Raytheon, modèle Hawker 800 XP (ici à gauche et là dans son ancienne livrée), avec capacité pour 13 passagers et deux pilotes.  Ferrdi Air Inc est une entreprise impliquée dans Ferrdi Sport au Venezuela, propriété de Mariano Díaz et de son partenaire Juan Carlos Ferros.  Les enquêtes visent à établir la source des fonds utilisés par Ferrdi Air Inc pour acquérir l’avion, estimé à environ trois millions de dollars, et si une partie de ces fonds proviendrait du blanchiment d’argent lié au trafic de drogue ».
L’appareil est ici photographié (à droite, photo JetPhotos.net) dans un endroit fort « sensible » en janvier 2015 ;  l’aéroport d’Aruba..  Lire ici ce qui a déjà été écrit sur l’appareil.  En décembre 2014, Roberto Rincón, le tycoon « the Steve Jobs of PDVSA » comme décrit ici, proche de Carvajal, lui avait apporté un passeport diplomatique (N°0841947189) pour quitter l’île alors que la DEA était sur sa trace et sur le point de l’arrêter. Carvajal avait quitté ensuite l’île à bord d’un Cessna Citation immatriculé N9GY (ici à gauche), enregistré dans le Delaware, au nom d’une entreprise texane Global Air Services Corp, dont le responsable n’était autre que José Roberto Rincón Bravo, le propre fils de de Rincón Fernández (1).  Bref, d’une histoire on passait à une autre, comme souvent c’est le cas dans ce genre de trafics.  L’homme d’affaires vénézuélien sera lui-même arrêté le 16 décembre 2015 à Houston et transféré à la prison du comté de Harris de Texas City pour avoir payé plus de 1 milliard de dollars en pots-de-vin pour obtenir des contrats avec PDVSA entre 2008 et 2014, selon l’acte d’accusation publiée en décembre 2014.  » Ils (cf : les enquêteurs) compilent également les voyages que cet avion a faits à partir d’aéroports aux États-Unis, les passagers qui ont voyagé le plus fréquemment et des destinations où ils ont voyagé le plus souvent ». Le problème étant les relations tissées par Diaz : « Aujourd’hui, par exemple, il se vante de dire qu’il est un ami intime et qu’il faisait ses affaires avec la «première combattante» Cilia Flores, a expliqué une personne qui connait Diaz depuis plus de 10 ans » note le commentateur.  Mais il avait aussi d’autres liens sulfureux : » l’avocat s’est également plu à dire qu’il jouissait d’une relation personnelle avec José Vicente Rangel, qui l’utilisait pour pouvoir réaliser ses méfaits en échange d’une prétendue protection, en plus de dire qu’il était son protégé. « Cette relation supposée que Mariano a clamé provenait du fait qu’il avait été l’avocat de Lewis Perez, qui avait une amitié publique avec José Vicente Rangel », a-t-il ajouté ».  Rangel, rappelons-le, a été Ministre des affaires étrangères de Chavez  de 1999 à 2001, ministre de la défense de 2001 à 2002, et même Vice President du Venezuela de 2002 à 2007.  Comme je l’avais déjà stipulé ici  » Diaz se vantait surtout de bénéficier ce celle de Hugo Carvajal (encore lui ?), et s’affairait autour d’Oberto Anselmi.  Une photo volée (ici à droite) montre une réunion entre Mariano Diaz, Juan Carlos Araujo, Luis Anselmi, Oberto et son frère Ignacio. » Anselmi, autre sulfureux débusqué par les Panama Papers…  « Parmi les dernières découvertes des rumeurs des fameux papiers, certains documents rapportent le travail de Luis Oberto Anselmi qui, à travers le cabinet d’avocats Mossak & Fonseca, a enregistré un certain nombre de sociétés offshore dans les paradis fiscaux pour cacher un bon montant de millions de dollars «volés» par Petróleos de Venezuela, SA, PDVSA, pour des opérations frauduleuses et avec la complicité de hauts fonctionnaires de la compagnie pétrolière de l’Etat ».  Bref, un beau panier de crabes !!!

Un lourd passé de trafiquant

Même si Alberto Ignacio Ardila Olivares ne semblait en rien responsable, cette fois-là, du transport de cocaïne (presqu’une demi-tonne !), c’est plutôt son attitude, celle de noyer le net d’informations vraies et fausses qui avait intrigué.  La raison de ce surprenant usage est à chercher dans son (lourd) passé.  Si la société Aeroquest a été elle-même mêlée auparavant à un trafic d’armes, (lberto Ignacio Ardila Olivares lui-même avait été déjà  accusé de la même chose en 1998 à Aruba) l’homme a en effet lui-même été extradé en 2004 de la Colombie vers les États-Unis, où il avait été reconnu coupable d’infractions liées au trafic de drogue et emprisonné 6 ans pour être ensuite expulsé vers Caracas en 2010, en raison de sa nationalité  vénézélienne.  Bref, il traîne derrière lui un lourd passé de trafiquant, il n’y a pas d’autre mot. Plus étonnant encore : privé de son inscription à la FAA (et donc de pouvoir piloter aux USA pour cette raison majeure), Olivares avait tenté d’obtenir en 2014 une certification… en France, auprès d’un organisme spécialisé, (auprès exactement du « Flight Safety International » un Centre d’apprentissage situé à Paris (contrairement à son nom, c’est une filiale en fait) pour une formation du 10 novembre au 17 novembre 2014) mais sa candidature n’avait pas été retenue, l’homme représentant un  «risque pour l’aviation ou la sécurité nationale», par le Transportation Security Administration (TSA).  C’était aussi la résultante de l’application du Homeland Security et sa protection du territoire US sur un sujet hypersensible :  les gros avions transporteurs de passagers, après les attentats de 2001.  Bien entendu, le net regorge d’infos comme quoi Olivares est toujours reconnu par la FAA :  le genre de fake news qu’il a lui-même disséminée un  peu partout… car il n’en précise pas la date d’attribution ni la durée de son exercice :  il l’a bien été jadis, mais il en a été radié depuis.  Par décision sans appel de Peter Neffenger,  l’Administrator of the Transportation Security Administration, qui en a statué irrévocablement ainsi le 15 avril 2016...

Il représente « un risque pour les USA« 

« Après avoir effectué une vérification des antécédents, la Transportation Security Administration («TSA») a déterminé que Ardila Olivares était un risque pour l’aviation américaine et la sécurité nationale et il lui a été refusée une demande de formation. Lorsque la TSA détermine qu’un étranger représente un «risque pour l’aviation ou la sécurité nationale», il est interdit aux instructeurs de vol, aux écoles pilotes et aux centres de formation de l’aviation de former cet étranger, empêchant ainsi les sujets considérés comme  » Dangerous « peut être certifié dans le pilotage de grands avions enregistrés aux États-Unis ». Procédurier, Olivares avait aussitôt lancé ses avocats sur la piste du défaut de procédure pénale, comme quoi « la TSA n’a pas respecté les exigences légales lorsqu’il a initialement rejeté sa demande de Formation parce que l’agence n’a pas donné les moyens de nier la demande« .   Sur le net, il se précipitait en même temps pour lancer des informations contradictoires sur son appartenance à la FAA.  Vitale pour lui pour pouvoir évoluer en Floride, à savoir de sa base habituelle.

Trafic en Turbo-Commander

Or je l’ai dit, derrière lui, il y a bien un passé de trafiquant; même si aujourd’hui il se défend bien sûr de tout comportement illicite.  Revenons à sa deuxième tentative de transfert de drogue.  Le 13 février 2004, déjà en état de récidive de trafic illicite, donc (après l’épisode de 1998), pour l’un d’entre eux au moins, deux pilotes étaient descendus tranquillement de l’avion YV-532CP (qui deviendra plus tard en 2006 le modèle YV-1994 (aperçu ici à droite à l‘aéroport Don Edmundo Barrios de San Tomé), un beau Turbo Commander 690B-11547, qui avait alors atterri discrètement à Medellín.  Ils seront arrêtés tous deux le 19 mars suivant pour trafic de drogue et d’armes : ces deux pilotes s’appelaient Henry Wood Alcala et… Ardila Olivares.  Dans son jugement réclamant l’interdiction de vol aux Etats-Unis de ce dernier, la TSA avait rappelé ces faits dérangeants précédents le concernant dans ses articles 15 et 16 :

« 15) La nouvelle enquête a révélé qu’en 2007, Ardila Olivares a plaidé coupable d’une conspiration de posséder avec l’intention de les distribuer des substances contrôlées et le tribunal de district des États-Unis pour le district nord de l’Illinois l’a condamné à quatre-vingts (80) mois de prison (6 ans). La déclaration de culpabilité du requérant l’a rendue irrecevable aux États-Unis et a entraîné la révocation de son certificat pilote FAA. Ardila a été déporté vers le Venezuela en mars 2010.

On notera qu’on y spécifiait bien son interdiction de vol aux USA. Mais il y a mieux encore :

16) On a également appris que Ardila Olivares était un trafiquant international d’armes à feu. Il y avait des preuves que Ardila Olivares avait déjà participé à l’exportation d’armes américaines et de devises en provenance du Venezuela à l’aide de jets privés. Il a été le deuxième pilote d’un avion transportant plusieurs armes et 500 000 $ qui ont été saisis par les autorités locales à Aruba. Un de ses associés a été arrêté à Aruba pour la contrebande d’armes à feu », indique le rapport ».

Une histoire en poupées russes qui mène à un trafic international de très grande ampleur

Le cas d’Henry Wood Alcala n’est pas moins surprenant, car en 2007 on découvre un autre jugement d’un tribubal vénézuélien l’accusant à nouveau de trafic de drogue, en compagnie du dénommé Ortiz Carlos Eduardo Wood, tous deux pris à bord d’un Hawker MS125, un des avions préférés des trafiquants, car d’un prix fort abordable (acheté d’occasion s’entend), et un appareil plutôt robuste, défiant le temps malgré son grand âge, (photo JetPhoto, ci-contre, sous sa précédente immatriculation de YV-815CP), alors immatriculé YV2416, au numéro de série 25098, datant de 1966, appartenant à la société Desirio C.A.  La drogue (de la coke) était dissimulée dans un compartiment servant  de coffre dans la salle de bain de l’avion,  dissimulé par un tapis beige d’environ 64 x 54 cm.  On avait affaire à des spécialistes et même des récidivistes !!!

Pire encore avec 4,5 tonnes de coke

On croit l’histoire déjà bien chargée, mais un élément en plus vient ajouter au trouble sur le personnage avec une découverte de taille:  « Le rapport indique également qu’Alberto Ignacio Ardila Olivares était lié à un autre pilote vénézuélien appelé Henry Wood Alcala. Il est également fait référence à un dossier judiciaire vénézuélien, scellé dans Folio n ° 92 et 93 du Bureau national antidrogue (ONA), dans lequel l’affaire de l’avion N-900SA, DC-9/15 est signalée. Stoppé avec une cargaison de drogue où un troisième pilote, Harry Wood Alcala, était impliqué.  L’avion transportait 5,5 tonnes de cocaïne ». L’histoire, restée bien mystérieuse, a fait l’objet de nombreux récits, et je l’ai évoquée à plusieurs reprises moi-même (comme ici en 2008)…

« Le 21 avril 2006, un autre avion, plus gros, un DC-9 (immatriculé N900SA) avait dû faire un atterrissage d’urgence à Ciudad del Carmen, dans l’Etat du Campeche, au Mexique toujours, alors qu’il était en route pour le Venezuela. Selon les services de renseignement français, l’avion devait remettre son chargement de Colombie à des trafiquants d’Arabie Saoudite.  L’avion portait une belle livrée blanche à parements bleu foncé et or : ceux de la SNA amércaine (System of National Accounts), opérant pour la très officielle Transportation Security Administration (TSA). Un superbe logo sur le fuselage précisait : « Sky Way Aircraft – Protection of America’s Skies ». L’avion était enregistré lui aussi en Floride, sous le nom de la compagnie Royal Sons Inc, qui sonne plutôt… Golfe persique. Dedans, 128 sacs identiques à ceux du Gulfstream, représentant 5,5 tonnes de coke. Il s’était posé à côté d’un Falcon, qui manifestement attendait son arrivée avec impatience. Lui venait de Toluca, au Mexique. Les pilotes, dont un qui tente de s’échapper, sont alors conduits en prison par les autorités mexicaines. Assiste-t-on à deux reprises à un remake complet du film Air America ? Très certainement, mais personne ne le sait »(…)  Un juge mexicain, saisi des deux affaires, a vite découvert que les deux avions en réalité avaient été achetés en définitive par le Cartel de Sinaloa, encore plus féroce que celui de Medellin, via des prête-noms. Les appareils avaient changé plusieurs fois de propriétaires en quelques mois, pour tenter d’effacer des traces dans les registres officiels : un grand nombre de noms de fausses compagnies ayant servis à ça : Pacific Rim International, Rim Pacific, Rim-Pac, Pac-Rim, et même Rim-Yo-Mama LLC, tout ces firmes bidon pour un seul appareil ! Un peu comme pour le blanchiment d’argent : plus ça tourne, moins on le retrouve ».  L’un des aspects les plus étonnants de ce fameux DC-9 étant le fait qu’un pilote de cet appareil avait vu son propre frère impliqué dans une autre affaire de transport de cocaïne en jet, en direction…. de la Guinée Bissau, où les plus hautes autorités de l’Etat se révélaient être elles-mêmes des trafiquants.  Carmelo Vicente Vázquez Guerra, l’un des trois pilotes arrêtés, qui n’était autre que le propre frère du pilote du fameux DC-9 de Ciudad del Carmen, dans l’Etat du Campeche, Miguel Vicente Vázquez Guerra !!!  L’histoire est racontée dans « Extra pure. Voyage dans l’économie de la cocaïne«  de Roberto Saviano.  Ce sont donc bien les cartels mexicains qui se cachent derrière ces imposantes quantités de cocaïne transcontinentales.  On revient à nouveau au cas du Boeing du désert et aux transferts par avion vers l’Afrique de l’Ouest dans des proportions colossales.  Déjà en 2011, j’avais fortement supposé que le Gulfstream débarqué en Guinée-Bissau provenait d’une saisie précédente, réalisée par le Venezuela : des éléments de décoration extérieure le laissant fortement supposer:

 

A peine libéré, il recrée une société d’aviation

Extradé de Medellin, en Colombie, vers les États-Unis, car accusé de trafic de drogue en 2006, Olivares a donc été renvoyé au Venezuela en 2010 après avoir purgé sa peine de prison… fixée à six années au départ de son arrestation en 2004.  Pour y refaire aussitôt une société d’aviation… dont le siège administratif est … en Floride ! A bien regarder, les deux adresses d’AeroQuest LLC sont des officines situées dans deux allées commerciales en fait : sur Orange Drive, à Davie ou sur Indian Trace, à Weston, toutes les deux en Floride.  En réalité, ce sont deux boites à lettres vides gérées par l’obscure  société South Florida Financial Inc, qui a l’air tout aussi creuse ; sa page de FAQ est restée en Lorem Ipsum, le texte en latin préféré des metteurs en page !  Visiblement, en tout cas, il semble avoir recommencé dans le domaine dans lequel il a toujours excellé (le vol en jet, attention à ce que l’on peut dire, connaissant son addiction au net !)… en compagnie cette fois de Gregorio Vielma Mora José et de son Learjet. Un avion d’Aeroquest, qui est censé en posséder donc huit, d’appareils de ce type (je n’en ai trouvé nulle trace précise, à vrai dire), tous censés utiliser comme base principale l’aéroport d’Opa Locka en Floride. Ce qui ne cesse d’interpeller sur le laxisme évident des autorités américaines à cet endroit, qui a toujours été une plaque tournante du trafic vers les Caraïbes (y compris à la grande époque des contras).  Il convient d’ajouter un détail important à ce tableau pour le moins inquiétant : Olivares est aussi un parent de Pedro Luis Martin Olivares (ici à droite), nommé commissaire et chef de la Division du renseignement financier de l’ex-DISIP vénézuélienne. L’ancien patron de l’antidrogue du pays, soupçonné d’être lui-même narco-trafiquant : avouez qu’il y a largement de quoi crier au loup dans ce pays !!!

L’ami du fameux « poulet » Carjaval

Pedro Luis Martin Olivares nommé, sur la recommandation d’Armando Carvajal Barrios, le fameux « poulet » trafiquant au plus haut degré de l’Etat, l’ancien directeur du DIM (« military intelligence directive »), qui a changé récemment (et fort étrangement) son nom en Hugo Armando Peck Peck.  Ce qui a surpris tout le monde… sauf ceux y voyant un moyen simple de bloquer les procédures à son encontre, toutes rédigées sous ancien patronyme.  L’homme, recherché pour trafic de drogue par les juges US, a été l’objet d’un fort étrange épisode sur l’île d’Aruba, gérée par la Hollande, on le rappelle, avec ce qui a bien semblé avoir été une négociation avec la DEA, interrompue brusquement, avec un retour dans le giron de l’équipe de Maduro fortement mise en scène… Or pour la DEA et les juges US, Pedro Luis Martin Olivares, haut placé dans la pyramide du pouvoir vénézuélien, est aussi un trafiquant de drogue important.  En photo, « le poulet » fort entouré à la descente d’un autre Learjet, celui de Roberto Rincon  : à sa gauche la première dame du pays, à sa droite le  le ministre des affaires étrangères Elias Jaua mais aussi à l’extrême gauche de la photo, l’ineffable Tareck El Aissami, d’origine libanaise (druze), désormais doublure présidentielle de Maduro.  Son joker, en cas de pépin… un vice-président qui n’est pas loin de la situation paradoxale de celui du Suriname… avec son inscription en février dernier aux USA sur la liste des barons de la drogue.  Une situation inédite, qui rend ses voyages à l’étranger périlleux. L’homme n’est pas seul « un deuxième Vénézuélien est visé dans la même affaire : il s’agit de Samark Jose Lopez Bello, identifié par le Trésor américain comme « prête-nom » de Tareck El Aissami. Selon les enquêteurs, Samark Lopez est en charge de blanchir l’argent de la drogue à travers un réseau de treize entreprises (2) s’étendant du Venezuela à la Grande-Bretagne en passant par les îles Vierges et la Floride. »  Pour effectuer leurs déplacements (et leurs transferts d’argent de blanchiment, les deux compères ont intensivement utilisé un appareil d’Israel Aircraft Industries, un Gulfstream 200, le N200VR, 133 éme exemplaire construit enregistré en 2006 à Miami au nom de « 200G PSA Holdings LLC » (visible ici au décollage de l’aéroport international de la Maiquetía – Simón Bolívar... L’avion a été bloqué depuis février dernier aux USA. Lopez Bello a de plus bénéficié d’un nombre important de contrats pour ces propres sociétés, en provenance de PDVSA; le principal pourvoyeur d’Etat, dans un mélange des genres difficilement acceptable.  Samark Jose Lopez Bello, a acheté son appartement de Miami en cash, pour la somme de 4,3 millions de dollars a-t-on découvert en février dernier !

Un montage sophistiqué et des envois vers l’Europe par containers

« Le blanchiment a été monté avec sophistication : la pointe du programme de blanchiment, selon le Département d’Etat, est la société basée à Londres, Yakima Oil Trading. Cette société a été créée en 2014 avec des bureaux à Caracas et au Panama. Il appartient à Yakima Trading Corporation, également situé au Panama. Les dossiers publics montrent que parmi ses agents enregistrés, figure López (Bello), ainsi que plusieurs de ses partenaires dans les entreprises vénézuéliennes non mentionnées dans la liste du Département du Trésor. L’accusation du gouvernement des États-Unis contre López est que c’est en utilisant ses entreprises, que des livraisons de drogue ont été faites pour le cartel de drogue Zetas. Les registres douaniers mexicains montrent que Yakima Trading Corporation a fait au moins trois envois étiquetés comme « aliments et matériaux de construction » entre le Mexique et le Venezuela ces dernières années. En 2014, selon les documents obtenus par Univision, la société a envoyé au moins sept tonnes de «poudre de lait» du port mexicain d’Altamira, au Texas et au Venezuela. Univision n’a pas été en mesure de déterminer si ces expéditions contiennent des drogues ou de l’argent comptant, mais les dates des expéditions coïncident avec la période couverte par l’acte d’accusation des États-Unis. Le port d’Altamira (ici à droite) est situé à Tamaulipas, une région d’influence lourde des Zetas ». Ce trafic, Rodolfo Schmidt, l’ancien rédacteur en chef d’El Diario de Caracas, l‘avait déjà expliqué clairement il y a plusieurs années maintenant.  Dès 1998, il avait déjà levé le lièvre.  Presque vingt ans que cela dure, donc… et ce n’est pas fini, comme je vais vous l’expliquer très bientôt encore…

(1) son deuxième fils Ricardo a mis en scène son fastueux mariage de novembre 2014 (avec 400 invités, avec comme invité le chanteur Luis Enrique, visible ici dans une grotesque réalisation télévisuelle). Sur l’aéroport de  la ville de Manta (en Equateur, où se passait le mariage, célébré en mairie par le ministre de l’intérieur José Serrano), on avait dénombré 6 jets privés venus pour l’occasion. A l’époque, les rues de Caracas et d’autres villes révélaient une colère des ventres sans aucune comparaison…on y parlait déjà de violation des droits de l’homme.  Sur la photo on pouvait distinguer un étrange et nouvel appareil immatriculé YV3040. Un « mystérieux appareil » vite retrouvé ici : c’était l’ancien N9GY, transféré comme par magie au Venezuela !!!

 

(2) en voici déjà huit :
  •  Alfa One, C.A. (Venezuela)
  •  Grupo Sahect, C.A. (Venezuela)
  •  MFAA Holdings Limited (Iles Vierges)
  •  Profit Corporation, C.A. (Venezuela)
  •  Servicios Tecnológicos Industriales, C.A. (Venezuela)
  •  SMT Tecnologia, C.A. (Venezuela), and Yakima Trading Corporation (Panamá)
  •  Yakima Oil Trading, LLP (Angleterre)
  • Yakima Trading Corporation (Panamá)

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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