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Coke en stock (CXXVII): que se préparait-il donc à Yupukari, au Guyana (5)

Pour mieux expliquer notre avion réfugié dans la forêt vierge en Guyana, il nous faut en fait revenir au Mexique.  Là où les avions de trafiquants de cocaïne s’entassent en fait, il en arrive tous les jours ou presque, lestés pour la plupart de près d’une demi-tonne de coke, leur emport maximum (ce sont des petits Cessna momoteurs pour la plupart).  D’où viennent-ils et qui les envoie, voilà qui est passionnant à vérifier.  Comme le sont les pratiques aventureuses sinon irraisonnées de leurs pilotes, et comme l’est l’organisation financière qui se cache derrière cette volée de moustiques chargés de poudre blanche…

Au Mexique, tous les jours ou presque, atterrissent des petits avions chargés de drogue.  La plupart sont des petits Cessna à aile haute, des monomoteurs plutôt. Pour atterrir sur des pistes clandestines sans avoir à faire de longs trajets, le Cessna appelé à sa sortie en 1965 Stationair aux capacités STOL (il atterrit et décolle en moins de 500 mètres) est l’avion idéal, au point qu’on lui a très vite attribué le surnom de « bushplane » (avion de brousse).  Conçu pour 6 occupants, il peut emporter jusqu’à une demi-tonne de charge sur une courte distance.  Et ça les trafiquants, qui n’utilisent que ce genre d’avion dans la région, l’ont bien compris. Leur nombre est effarant : entre 2006 et 2015, les autorités mexicaines ont intercepté  et saisi la bagatelle de 599 avions appartenant au cartel de Sinaloa, celui d’El Chapo.  Ceux intacts s’amoncellent sur l’aéroport de Culiacan, où on les regroupe avant d’être… revendus.

 

Des avions parfois modifiés

Comme l’expliquait ici AZ Central le 17 mars 2010 déjà, ces avions ont parfois subi des améliorations : « depuis 2006, les autorités ont saisi plus de 400 avions de drogue une flotte plus grande que la force aérienne mexicaine elle-même … Les contrebandiers ont adapté leurs flottes pour contrer la répression âgée de 3 ans du président Felipe Calderon sur les cartels de la drogue … les envois de cocaïne arrivent au Guatemala et sont apportés sont au Mexique par voie terrestre ou par bateau … les petits avions avancent ensuite les drogues vers le nord pour éviter les postes de contrôle de l’armée … les pilotes d’avions de drogues doivent atterrir dans des zones plus arrières et moins préparées, parce que le gouvernement en a détruit 2086 depuis 2006.  Il en résulte qu-à l’aéroport Culiacan on trouve des Cessna 205S, 206S ou 210S (le 210 a été le premier de la série à train escamotable) : des avions monomoteur qui peuvent transporter beaucoup de poids et ont des ailes hautes, parfaites pour l’atterrissage sur les chemins de terre ou sur les terres du désert …  l’armée a environ 100 avions saisis à l’aéroport.  Beaucoup de ses avions ont modifié leurs ailes.  Ils peuvent donc décoller sur de courtes bandes et des plaques métalliques ont été fixées sous leur nez pour protéger le moteur des projections de gravier.  Certains ont des réservoirs de carburant « maison » derrière les sièges ou les pneus plus larges pour l’atterrissage sur un terrain rocheux (ici à gauche la plus grande taille existante pour le « bush ») … Les petits avions sont principalement utilisés pour le convoyage des charges de drogue  sur le côté mexicain de la frontière … les contrebandiers transfèrent de plus en expéditions à des ultralégers, des avion simplement fait de tubes en aluminium et le tissu, pour traverser la frontière.  Les ultralights sont plus lents et ne peuvent transporter beaucoup de carburant, mais sont plus difficiles à détecter.  Ils apparaissent moins sur le radar que d’autres avions et peuvent atterrir et décoller sur des bandes de terre courtes de 100 pieds seulement ».  Les avions viennent des pays limitrophes, certains apportant la drogue de l’Apure en un premier trajet avant de trouver le moyen adéquat de livrer la drogue au Mexique même.

Des avions modifiés venant parfois de loin, mal pilotés

En 2011, on avait eu l’exemple d’un type de fonctionnement de ces avions.  Ça s’était passé à Cayman Brac, dans les îles Cayman, un fief historique du passage d’avions de drogue colombienne.  Un T210N Turbo Centurion (comme ce modèle), immatriculé XB-LLD s’était écrasé en essayer de se poser (de nuit, à 4 heures du matin) sur l’étroite piste du bord de mer.  L’avion datait de 1981 (Serial number: 210-64265). L’appareil était en bon état, il venait de subir une inspection de vérification  le 19 octobre 2011 indiquant qu’il avait 2404 heures de vol.  Il avait heurté la cime des arbres et les poteaux des câbles électriques disposés le long de la piste.  L’avion avait été complètement détruit.  A bord, deux cadavres :  un colombien de 56 ans, Fernando Duran Garcia, et un plus jeune, mexicain, Jose Santos Castaneda Castrejon, 35 ans.  Il semble que ce soit lui qui pilotait à ce moment-là :  or l’examen de son corps révélera la présence de cocaïne et de chlorphénamine, un antihistaminique.  Le pilote était donc… chargé.  Pour ce qui est de la cargaison, idem : à l’intérieur, tout un système de tuyauteries amenant à des bidons (ayant servi à du détergent !) avait porté sa capacité en carburant à près de 600 litres, des bouts d’ailes rallongés, vendus en kits officiels de la FAA participant à la même amélioration (avec 60 litres par côté – au départ il ne pouvait emporter que 340 litres).  Avec ces modifications, il pouvait tenir l’air sur… 4630 km de trajet !!!  Avant de s’écraser, l’avion parti de Mexico, avait tenté de se poser à Belize.  Le rapport complet du crash est ici.  L’avion, en ce cas près, allait donc chercher de la coke.  Et il aurait dû emprunter le même chemin au retour…  périlleux, avec ce double de carburant à bord.. .plus la coke chargée à bord.

 

Le cartel de Sinaloa (celui d’El Chapo) derrière ses vols à répétition

En mars dernier, une image (ci-dessus) résumait la situation avec ce Cessna N691NK, un Centurion II posé au Guatemala près d’Escuintla à Juan Gaviota, à quelques mètres seulement de la plage, près de la  la station navale de Sipacate, sur un large terrain privé.  L’avion appartenant auparavant à Spirit Airlines en Floride avait été vendu le 14 mai 2013. Autour de l’avion, la police arrête 7 hommes : 5 guatémaltèques, Jorge Estrada Reyes, 21 ans; Gilder Sierra Robles, 37; ans Francisco Cahuec Ixcot (30 ans); Luis González Aquino (26- et Edison Oliva López (25 ans)  mais aussi deux mexicains de Sinaloa :  German Soberanes Gastiola et Rogelio Villavicencio Beltrán.  Dedans, on découvre de gros paquets entoilés qui une fois ouverts (l’avion en est rempli à ras bords en cabine; et il emporte deux gilets de sauvetage en soute) montrent des plus petits empaquetés en aluminium : il y en a pour 433 kilos de cocaïne (voir les photos défiler ici)!  Il y en a pour 6 millions de dollars !!!  La présence d’échelles, pour grimper sur les ailes, et de bidons de kérosène, en nombre, indique que l’avion s’était posé pour ravitailler seulement… et repartir… vers le Mexique voisin.  Le trafic ne concerne pas que la coke seule, en prime.  A Ensenada au Mexique, en octobre 2015; un Cessna mexicain (XB-QOR) modèle Centurion s’était posé avec un cocktail plus varié à bord, une vraie liste à la Prévert :  331,010 kilos de cristal meth, 38,870 kilos de cocaïne, 25,670 kilos d’héroine, 3,490 kilogramos d’opium et… 90 litres de kérosène.  Un vrai supermarché volant de la drogue !!!  Le 19 février dernier au même endroit à peu près, c’était un autre Cessna qui avait été découvert vide, avec un 4×4 encore à ses côtés.

 

Epidémie d’arrivée en mars 2017 à Ensanada

Le 28 mars dernier c’est un Cessna du même type qui est retrouvé encore largement, chargé (son train arrière n’en pouvait plus) :  il y avait à bord, « soigneusement empaqueté« , 314 kilos de cocaïne, 160 kilogramos de métemphétamines et 40 kilogramos d’héroïne : un autre supermarché volant !  Particularité de celui-là posé à 23 kilomètres de Lázaro Cárdenas :  les trafiquants semblent manquer de coordination dans les appellations car il porte en effet deux immatriculation différentes : d’un côté XB-EAH et de l’autre XB-EAI (ou plutôt le gars qui a posé l’autocollant à ruiné le H pour en faire un I) !!!  L’avion posé présente une décoration bien particulière  qui nous fait rapidement en retrouver l’origine : c’est le Cessna N805BB, un 206TH Turbo Stationair de Carpintera LLC, de Santa Barbara, en Californie, à coup sûr (ici photographié à Santa Paula en Californie et là à Oxnard Airport ou là à Camarillo) !!!  La seule modification des trafiquants ayant été d’enlever les garde-boue profilés de l’appareil  et de le munir de pneus nettement plus larges, pour ne pas capoter sur les pistes de terre !  En septembre 2015, au même endroit la police avait ramené sur son pickup les morceaux d’un appareil clandestin qui s’était écrasé et qui s’était cassé en plusieurs morceaux, donné comme étant le Cessna XB-ISR :  A le voir ainsi en pièces détachées, on ne donnait que peu de chances de survie à ses occupants… Parfois, les trafiquants sont plus particulièrement organisés : en avril dernier à El Rosario, à moin de 300 kilomètres  d’Ensenada, à kilomètres à peine de de Punta Canoas, qui est aussi une station balnéaire de surf réputée, c’est encore un Cessna immatriculé XB-VPM qui s’est posé.  Sa décoration restée dans son jus est très ancienne (on remarque le « crochet » entourant la vitre arrière, typique des années du lancement de l’avion, appelé Super Skywagon: l’appareil allemand montré en exemple à été construit en 1975 !!!).  Il est entouré de bidons d’essence vides.  Cette fois-ci il n’y avait que du haschich à bord.  A ses côtés on découvre également l’inévitable 4×4 de bonne taille, à savoir une Chevrolet Silverado.


Mais celui-ci est muni d’un crochet à l’arrière, car pas loin on découvre… une embarcation rapide avec deux gros moteurs Yamaha (et pas des petits modèles, d’un moins 50 hp!), entourée de bidons : la cargaison devait ensuite jouer au go-fast marin !  Ils avaient tout prévu (ici un autre exemplaire similaire)!  Leur bateau à bordage à clin très visible (recouvert de résine) est typique en effet.  Des trafiquants qui ne s’embarrassent plus trop de camoufler l’origine de leurs avions (le plus souvent ils ne servent qu’une seule fois, vu qu’ils transportent des cargaisons valant plus de cent fois la valeur de leur avion :  ainsi, en mars dernier encore toujours dans le même secteur (fort fréquenté !) d’Ensenada : encore une fois aussi du haschich seulement à bord.  Cette fois-là, les trafiquants n’avaient fait que changer la lettre J de XB-MJV en U (cf ci- contre à droite).  Evidemment, ça se voit de loin : ce ne sont pas non plus des typographes, visiblement !  Et ça continue à tomber par tonnes entières, ou plutôt par demi-tonne, la capacité maximale d’emport d’un Cessna 206 avec 2 passagers à bord!  Et quand il n’y pas de piste clandestine, on se pose dans les champs, en pleine après-midi, ceux de canne à sucre qui viennent juste d’être coupés, par exemple (ici à gauche). C’est le cas en mars dernier toujours avec un appareil (un Centurion II) qui s’est posé avec 25 paquets bien ficelés de cocaïne, au total 500 paquets d’un kilo de coke.  Le numéro de l’avion porte un « 1 » maladroitement surajouté entre N255 et la lettre R…  Le N2551R existe bel et bien, mais c’est un avion plus petit… et tout vert, un Cessna 182K Skylane (deviendraient-ils farceurs ?).  Parfois, ça ne se passe pas si bien pour les pilotes : ainsi l’année précédente près Acapulco à Providencia, où un Cessna Turbo II-10 immatriculé N9651 s’était vautré en plein champ (ci-dessus à droite).  Une fausse appellation, encore.  L’avion était resté abandonné.. mais avait été vidé auparavant de son contenu !  Le 27, c’est un « XB-IIQ », un Stationair, que l’on retrouve… à Ensenada, en plein champ, avec à côté l’inévitable pick-up (un Ford) et un gros bidon de 200 litres de kérosène.  Les deux « I » sont beaucoup plus étroits que le reste des lettres de l’immatriculation.  L’avion là encore est loin d’être neuf, il arbore une déco très années soixante… dont je n’ai trouvé qu’un seul schéma ancien identique sur cet appareil (sur le XC-AA44 photographié au Toluca Licenciado Adolfo Lopez Mateos en 2011, un avion de 1983; ex N4920U de Texas Dusting  Service Inc; exporté).  Mais il demeure pratique avec ses deux portes latérales d’accès (d’un seul côté).  Ça peut aider en effet… Toutes ces arrivées consécutives à peu de temps d’intervalle laissent augurer d’une organisation supérieure les chapeautant.  Et c’est bien le cas en effet.

Venu de loin, il apporte les billets et repart avec la coke

Parfois certains viennent de plus loin, en effet. Dans une enquête en deux temps, on découvre ces liens.  Le  27 juin 2016, on découvre en pleine nuit au Costa-Rica à Río Cañas de Belén, dans le canton de Carrillo, dans le Guanacaste un Cessna bien connu.  Le 210, avec ses deux phares sous l’hélice.  L’avion arbore de gros pneus de « bush » et porte l’immatriculation américaine N253 qui est fausse ; c’est celle d’un vieux T6 !  Au petit matin on l’inspecte et on découvre, c’est inhabituel, non pas de la coke cachée dans ses ailes, mais des billets verts… et il y en a pour 514 000 dollars !!!  On découvre plus loin (à 5 km) des sacs et 150 kilos de coke à bord, 180 kilos au au total.  On découvre deux pick-up à côté un Nissan et un Toyota.  Et des bidons d’essence : le retour est bien prévu.  Une ferme dans la plantation de canne à sucre où il s’est posé servait de relais aux trafiquants :  la piste était sur sa propriété.  D’où vient l’avion, on s’en doute : « quant à l’avion, il avait un enregistrement des États-Unis qui était faux et, selon les enquêtes de police, les propriétaires d’origine l’ont à des Mexicains » écrit La Prensa.  Première partie de l’enquête terminée, elle se poursuit bien sûr. La deuxième reprend… en mars 2017 à Turrialba, au Mexique, dans une propriété privée disposant elle aussi d’un long terrain servant de piste d’atterrissage.  Le même plan, à l’autre bout du circuit.  Dans ce qui semble être un garage de tôle ondulée est sagement rangé un Cessna Centurion II bleu sombre et blanc aux filet rouges et dorés, au cône d’hélice enlevé, portant une immatriculation toute aussi fantaisiste que celle du Costa-Rica : XB-NPR.  L’avion avait été suivi par la police (on le voit ici à droite en train de se poser avec des hommes l’attendant dans le champ de la « inca ») et avait amené au gang derrière les arrivées de coke du Costa-Rica :  les deux étaient bien liés !!! Les deux hommes arrêtés appartiennent aux Cartel de Sinaloa.  Et le Costa-Rica n’est pas tout près du Mexique (en 2014 j’avais déjà mis en garde sur l’entrée de la coke dans le pays, qui ne possède, on le rappelle, pas d’armée)  !!!

Le système pour acheter les avions à l’insu des autorités

Tous ces avions ont une histoire commune ou presque :  à part ceux volés, ils ont pour la plupart été achetés au USA et maquillés (souvent rapidement et maladroitement comme on l’a vu) après.  Avec derrière toute une organisation rodée, dont on finit (enfin !) par avoir une idée précise dans un remarquable article en date du 6 août 2015, provenant de l’excellent Borderland Beat, dont je recommande la lecture, qui relate les méfaits des cartels mexicains et effectue un travail fondamental et donc dangereux, dans un pays qui est dans un sale état et qui ne contrôle plus grand chose, à vrai dire.  L’un de ces appareils va retenir l’attention particulière des enquêteurs.  C’est celui faussement immatriculé XB-EDM, dont je vous avais déjà) parlé ici-même à l’épisode CXII (en novembre 2015, j’avais déjà eu du flair, semble-t-il) :  « En juillet c’est un autre Cessna (XB-EDM) qui a été saisi à Ensenada (en Basse Californie, pas loin de Tijuana) avec à bord 262 kilos de meth, 92 kilos de coke, 38 kilos d’héroïne, 2 kalachnikovs et un pistolet calibre .40.. et de belles liasses d’argent.  Ce qui laisse augurer d’un trafic à flux tendu, tant le contenu varié fait penser à une commande précise… cette fois pour une demi-tonne au total !!! » avais-je écrit.  La droguerie volante dont le contenu varie selon les sources, avait été achetée par Vincente Contreras Amezquita, habitant tranquille de Chula Vista en Californie (la ville possède un port de plaisance et elle est au ras de la frontière mexicaine). L’homme, ainsi que sa femme, Elizabeth Fregoso Zamora; était aux ordres des cartels: « même si les avions ont été fabriqués  ou utilisés depuis la décennie des années 70, ils sont réputés fiables, rapides et particulièrement bons sur de longues distances de transport de drogues.  Ces qualités en font les plus recherchés pour les trafiquants de narco avions au Mexique. Vincente Amezquita Contreras était l’homme pour les obtenir. Sous ordre, Contreras a recherché des avions chez les vendeurs privés, parmi des entreprises.  De la Californie, il a voyagé en Arizona ou au Nevada pour acheter ces modèles de Cessna.  Ensuite, il les payait avec de l’argent envoyé par les cartels de la drogue.  Il a aussi acheté des accessoires tels que des réservoirs de carburant auxiliaires, des pneus d’avions et des roues capables de faire face à des charges lourdes, ainsi que du matériel et la machinerie lourde pour construire pistes d’atterrissage clandestines.  Pour l’origine de l’argent, aucun avion acheté ou d’équipements n’ont été détectés par les Etats-Unis , il a employé sa famille pour blanchir 3,6 millions de dollars dans 46 comptes bancaires différents.  Pour exporter les avions au Mexique, en toute légalité, il s’est servi de ses deux entreprises. Aéroparts Baja à San Ysidro, en Californie, et Vekke Corporation à Tijuana, Basse-Californie, qu’il a racheté comme une entreprise ayant fait faillite.  Sous cette forme, l’importateur d’avions qui est originaire de Tijuana, a acheté 35 avions des États-Unis pour les introduire au Mexique et les utiliser dans le trafic de stupéfiants ».

Un avion acheté avec des dépôts de moins de 2000 dollars en billets !

Le schéma « familial »  bien rodé a fait des émules depuis, on s’en doute bien (on songe à nos lascars propriétaires de l’avion coincé au Guyana, bien entendu) :  « la structure pour le réseau de blanchiment d’argent contient la femme de Contreras Amezquita, Elizabeth Fregoso et ses deux cousins, Denise Infante Absolor ex -joueur de netball de Tijuana , et Nancy Absolor Infante, résident de Chula Vista, en Californie. Entre 2007 et 2012, le groupe en forme d’entreprise, l’importateur et les 3 femmes, a ouvert 46 comptes bancaires avec des noms différents dans plus de 5 institutions bancaires et fait 527 dépôts d’argent, d’un montant de 3,6 millions de dollars, l’argent s’est avéré être celui de narcotrafiquants, d’après les enquêtes du procureur général. Immédiatement après avoir reçu l’argent pour l’acquisition, de l’avion dans le cadre du processus de dissimulation, Vincente Contreras a demandé à son épouse et ses cousins ​​à faire des dépôts de moins de 10 000 dollars dans différents comptes dans les cinq banques. C’est ce que montrent les infractions enregistrées par le procureur fédéral de Californie du Sud. Ces dépôts bancaires ont eu lieu peu de temps après que Contrera ait conclu la vente chaque avion, et à la même date. Aux États-Unis, la loi exige que toutes les institutions financières qui relèvent du ministère du Trésor signalent les transactions de plus de 10.000 $, de sorte que le groupe a fait des dépôts en vertu de ce montant pour éviter la détection par les autorités. Pour ce faire, ils ont utilisé des des permis de conduire, un passeport et l’identité de deux cartes du Mexique et des États-Unis portant des noms différents. Par exemple, le nom Elizabeth Fregoso utilisait le nom Contreras mais aussi celui d’Elizabeth Zamora. De cette manière, ils ont ouvert des comptes bancaires en Californie, en Arizona, au Texas, au Michigan et jusqu’en Géorgie, dans des banques telles que Wells Fargo, Chase, Bank of America, et la Banque commerciale et l’Union de la Californie, en passant à différentes branches de la même banque dans différents zones le même jour. Par exemple, sa femme a fait 20 dépôts bancaires de 128.740 dollars entre le 14 et le 22 Février 2011. C’est ainsi qu’ils ont pu acheter le Cessna modèle TU206G. Bien avec les comptes aux noms des deux, ils ont utilisé différentes combinaisons de leur nom de famille pour éviter l’attention des autorités, le dépôt le plus bas était de 1960 dollars et le plus grand de 9900″.  Comme point de départ de l’entreprise… un apport de seulement 50 000 pesos (2372 euros !), moitié-moitié entre Contreras Amezquita et sa femme !

Des complices… et de plus gros avions en vue

Le procédé a marché avec des complices bien placés dans le monde de l’aviation : « dans les documents présentés devant la Cour, détails Hector Hernandez, en tant que propriétaire de Pacific Coast Aero, une entreprise située à Zamperini, son terrain, à l’intérieur de l’aéroport Torrance (le nom de l’aéroport est celui d’un ancien pilote de guerre US également champion olympique, on y fabrique des Robinsona facilité le transport et l’entrée d’argent à Vincente Contreras Amezquita pour l’acquisition et l’achat d’avions pour la l’exportation et l’inscription au Mexique. Hector Hernandez, propriétaire et gérant de l’entreprise, avait un mandat fédéral par arrêté, délivré le 30 d’Avril 2015. Pacific Coast Aero est une entreprise avec un site Internet et un enregistrement de domaine (…). Pendant ce temps, du côté mexicain de la frontière, Alfonso Montero et David Salvador Montero Vazquez Vazquez, les propriétaires des services Aeronáuticos de Colima au Mexique, ont été identifiés dans le cadre de ce réseau. Selon les documents du Procureur, les frères Montero Vazquez Hernandez et Hector ont travaillé avec Claudio Alejandro Hernandez pour acquérir et acheter des avions destinés à l’exportation vers le Mexique, et également à organiser l’argent pour les livraisons de Vincente Contreras Amezquita. Ils ont parlé d’organiser les transactions sur téléphone cellulaire ou par courriel, souvent dans une langue cryptée ou avec un code, pour fixer des dates et lieux d’entrée. Les centres commerciaux, parkings, hangars et restauration rapide étaient les emplacements choisis pour cela. Le procureur a expliqué qu’Alfonso Montero Vazquez avait eu des antécédents dans un réseau pour l’acquisition et l’utilisavions d’avions pour le trafic de drogue. Il était associé à l’expédition de 859,688 dollars en 18 virements différents envoyés en provenance du Mexique à la Banque internationale de l’Oklahoma, en 2007. C’était pour l’acquisition d’un avion Beech King Air 200 avec l’inscription N50AJ » (ici vu à droite en 2012). L’avion a changé 16 fois d’enregistrement  et 13 fois de propriétaire… les mexicains l’avaient inscrit au nom de « Communications International Inc« . L’avion datait de 1978. Il peut emporter 2 tonnes de charge utile…
Un atavisme familial ?
Vincente Contreras Amezquita avait de qui tenir en fait, et cela aurait dû davantage alerter les autorités.  C’est en effet le fils d’un narco-trafiquant connu dans les années 70-80 qui avait échappé à la prison d’une drôle de manière : « le 25 octobre 1985, Jose Contreras Subias, l’un des rares narco-trafiquants, arrêté à cette époque, est envoyé à la prison de Tijuana. Contreras Subias était jusqu’alors détenu avec le célèbre Caro Quintero au Costa Rica, il avait été extradé pour faire face à des accusations de meurtre d’un agent de la police mexicaine en Basse-Californie. Les autorités mexicaines ont alors annoncé que deux gardiens de prison avaient reconnu qu’ils avaient conduit Contreras Subias à San Diego. Le maire Rene Trevino Arredondo, un réformateur qui avait travaillé dur pour dissiper la réputation de Tijuana comme « Sin City » (« la Cité du Mal ») a retiré l’ordre d’emprisonnement  a ordonné que les gardiens soient arrêtés. Un juge à Tijuana mis en examen le directeur, son secrétaire, les deux gardes et trois policiers locaux pour corruption, aide à une évasion, et l’interférence avec le procès en cours… » raconte Elaine Shannon dans « Desperados: Latin Drug Lords, U.S. Lawmen, and the War America Can’t Win ». Une guerre ingagnable, à lire tout ce fatras ! Profondément désespérant !!!
Un successeur tout trouvé

Le 28 octobre 2014, débute une autre affaire :  le dénommé Jorge Martin Torres, parti de Guadalajara, au Mexique où il réside, à San Antonio, au Texas et désireux d’y faire du tourisme à Fort Alamo ou de profiter de la mer est arrêté par la police sur plainte de blanchiment d’argent aggravé déposée le 25 à  Chicago. La plainte évoque la vente de voitures de luxe à deux jeunes individus, deux frères, prénommés Ivan et Alfredo : une Mercedes SLR McLaren de 2006, une Nissan 14 GTR de 2014 une  Murcielago de 2010 et une autre Lamborghini de 2008.  Mais aussi celle d’un monomoteur Cessna 210 Turbo de 1982 acheté dans  l’Ohio, chez Lane Aviation (ici à gauche), après une publicité passée dans « Trade a Plane ».  L’avion, en bon état, porte l’immatriculation N1218U,  son numéro de étant le 21064675. Il a déjà été rebaptisé XB-NKY et donc a été exporté au Mexique.  Selon la plainte américaine,  l’avion était destiné à être utilisé pour le transport de drogue, mais on pense qu’il aurait aussi pu servir à transporter une personne particulière. qui se terre alors on ne sait où, après s’être évadé comme on le sait.  L’appareil avait été acheté par la société Aviation Parts & Services Co. installée à El Paso. Selon un des virements de paiement retrouvés, l’argent avait été versé par la société Gasoestacion Ecológica Prime, SA de installée à ….  Guadalajara.  Or les deux frères cités ne sont autres que les deux fils d’El Chapo en personne … (Ivan Arichibaldo Guzman-Salazar et Jesus Alfredo Guzman-Salazar).  Les deux frangins étalaient alors depuis des mois sur le net leur vie luxueuse, posant avec des Lamborghinis ou des Kalachnokovs dorées avec une rare inconscience sur Twitter notamment (et jusqu’à leurs montres de luxe).  Il feront tous les plans possibles durant des mois : villas avec lions comme animaux de compagnie, bimbos tatoués à leur nom, armes gravées et passées à la feuille d’or, grosses berlines ou SUV, etc… tout, ils auront tout montré.  Et même au détour de leur délire un Cessna… blanc et vert immatriculé XB-MFI derrière un SUV de chez Jeep.  Les avions les passionnent, ou plutôt les subjuguent, à les voir montrer un Challenger de location sur leur téléphone portable.

Jesus, bête à Twitter

Pas très doué, ce vantard de Jesus Alfredo fera sa pire bourde début septembre 2015 quand il lancera sur Twitter une photo de lui-même accompagné… de son père, alors le fugitif le plus recherché au monde, en train de déjeuner dans un petit restaurant.  En oubliant de défaire la localisation de Twitter, qui affichait… en clair le Costa-Rica !!!  El Chapo sera finalement recapturé en janvier 2016, près de Los Mochis, la troisième ville de l’Eta de Sinaloa, dans une villa archi défendue (plusieurs de ces hommes avaient été abattus)… Cet étalage de prétention à son revers en effet : toujours aussi peu doué, il montera un cliché dans lequel figure un autre avion, un bimoteur à hélices.  Manque de chance pour lui, on retrouve vite lequel est-ce : c’est un Cessna 421C Golden Eagle de 1977; toujours en vente 325 000 dollars chez Jerry Temple Aviation.n Immatriculé N421DD, revenu d’Angleterre en 2010 où il ne serait resté qu’un an… Or une base fiable de donnée d’avions nous apprend que l’appareil appartenait en 2011 (au moment du cliché) à un « inconnu » domicilié à l’adresse « Torreon Goanuila, 27018 Mexico » .  L’avion n’a pas été réenregistré depuis le 25 janvier 2011.  Torreon, c’est dans l’état de Coahuila.  C’est à 275 km de la frontière US et c’est aussi une des villes les plus meurtrières du pays.  Un auteur de Vice raconte : « en 2007, je vivais à Torreon, au Mexique, une ville située à environ 275 miles de la frontière américaine. C’était au milieu de la sanglante guerre contre la drogue du Mexique, et le taux d’assassinat de la ville avait augmenté de façon exponentielle. À bien des égards, Torreon était autrefois une confortable ville Hollywood-esque pour cartel de la drogue et les caïds, tout était paisible, ils avaient leurs maisons, les voitures, et vivaient au jour le jour avec leurs familles. Mais quand Joaquin « El Chapo » Guzman, le chef infâme du cartel de la drogue de Sinaloa qui s’est échappé de prison pour la deuxième fois ce week-end-a perdu le contrôle de la ville, tout cela a changé. Le cartel de Sinaloa a été chassé de la ville par le gang de la drogue le plus brutal du pays le , Los Zetas- un nom connu pour le montage des têtes coupées de leurs rivaux sur des poteaux et la sculpture la lettre Z dans les corps de leurs victimes ».  Le fils avait donné la bonne piste !!!  Ça ne s’est pas calmé depuis l’arrestation d’El Chapo… L’un des deux frères, Jesús Alfredo Guzmán Salazar, avait bien été arrêté en 2012, posant ici avec un complice, et devant lui des armes récentes et une multitude de billets.  Mais il semble qu’il ait été rapidement libéré.  En  2008, le réseau d’Ismael Zambada-Garcia, alia « el mayo, » alias « doc, » avait déjà failli tomber. C’est devenu le remplaçant d’el-chapo.  En 2014, idem : Ismael Zambada-Garcia mais aussi  Ismael Zambada-Imperial, alias « mayito gordo, » « good guy, » Ismael Qambada-Sicairos, alias « mayito flaco ,  »  » caballero… tous accusés de trafic intensif de drogue … avec Ivan, surnommé « Luis » ou « Chapito » (le fils de Chapo ?)… En 2016, la brève détention de Jesús Alfredo Guzmán Salazar, retenu en otage par du gang rival de du cartel de Jalisco (« Nueva Generación »), avait fait craindre à une explosion de violence partout.   Ses lieux de prédilection :  « Le Jalisco, le Michoacan, le Nayarit, le Guanajuato, San Luis Potosi, Oaxaca, le Chiapas, la Basse-Californie du Sud et la « perle » du trafic de drogue pour son emplacement stratégique, la Basse-Californie.  C’est précisément en Basse-Californie, où une guerre a commencé contre le « Cartel de Sinaloa » pour le contrôle-clé du territoire pour introduire de la drogue aux États-Unis, qui en un an a fait plus de 500 morts ».  Jesus avait finalement été libéré le 20 aôut…

Tentative armée de libération des prisonniers

Le 23 septembre 2016, la police interceptait (en fonçant dessus en voiture, à la brésilienne !) un Cessna immatriculé XB-MUG sur une piste clandestine du village de Benito Juarez, près de Culiacan. A son bord, 5 hommes munis d’AK47 emballées dans du plastique, et un fusil de calibre 50 et des liasses de billets; des téléphones portables et des talkies-walkies. Près du lieu d’atterrissage, un pick up et 7 autres avions qui étaient dissimulés dans un hangar.  Selon la police, les cinq hommes étaient venus dans l’espoir de libérer par la force les deux prisonniers d’Aguaruto. En mars, pour ne rien améliorer, c’est un autre chef du cartel, José Esparragoza Monzón, le propre fils de Juan José Esparragoza Moreno, connu sous le nom d’“El Azul,”qui s’était évadé de la même prison ! Une bien étrange prison, à vrai dire… On a dit corruption quelque part dans ces épisodes ???  La catastrophe est là en tout cas : le 13 juillet dernier, le Mexique a enregistré son plus haut taux de meurtres depuis vingt ans. Le massacre d’une famille complète de 6 personnes de la famille Martinez, dont des enfants en bas âge, par les Zetas… qui ont perdu depuis longtemps toute raison.  L’horreur est devenue journalière là-bas !!!  Les tueries sont exponentielles en nombre, à croire qu’elles sont la résultante d’un « hydra-effect » qui s’applique aussi à d’autres choses

En a-t-on fini avec cette énième saga dans la saga ?  Pas exactement il faut qu’on revienne à nos deux sbires propriétaires de l’avion de Yupukari, mais aussi au dénommé Vincente Contreras Amezquita, qui avait aussi œuvré à acheter un autre avion bien particulier…

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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