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Coke en stock (CXXV): que se préparait-il donc à Yupukari, au Guyana (3) ?

Retour en Guyana pour ce troisième volet.  Le pays qui n’a pas ou peu d’infrastructure terrestre de transports (les routes sont  catastrophiques, en raison du climat et il n’y a plus de train) utilise donc à outrance la voie aérienne.  Les mines d’or les utilisent beaucoup pour le transport de leurs personnels, notamment, ou pour les précieuses pépites.  D’où la naissance aussi d’un bon nombre d’écoles de pilotage dans le pays.  L’une d’entre elles a récemment attiré l’attention de la presse, pour un événement inattendu que beaucoup ont relié à ce qui précédait.  Pour l’instant on reste dans l’expectative, mais le résumé est plein d’enseignements sur ce qu’est le pays :  on continue à planter le décor de notre découverte à venir en fait… 

 

Car il y a ceux qui font parfois d’étranges expéditions, au point de se voir taxés par la presse du net de « totally badass », expression un peu choquante mais qui résume en fait assez bien la situation désastreuse du pays question sécurité aérienne.  Il faut dire qu’il y a de quoi, en effet.  Le pays, on l’a vu, est sillonné de multiples « airsrtrips« , des pistes de terre où l’on peut atterrir quand on le souhaite.  Mais ce qui n’est pas toujours chose facile, la boue étant de service très souvent dans ce pays équatorial où les pluies (en deux saisons) deviennent en un rien de temps diluviennes. Pour sillonner le pays sans infrastructure ferroviaire ou autoroutière, il faut des avions et donc bien aussi des pilotes, qu’il faut bien aussi former à ce genre d’exercice… parfois risqué.  D’où des écoles de pilotage, dont celle appelée Oxford Aviation, dirigée par le dénommé Munidat « Raj » Persaud (ici à droite) qui se présentait ainsi en 2001 aux journalistes, un peu contrit : « je détiens un baccalauréat en technologie en génie aéronautique du College of Aeronautics.  En 2004, j’ai commencé l’entreprise aux États-Unis et possède et exploite aujourd’hui neuf appareils.  J’ai créé aussi l’Ecole de pilotage d’Oxford, qui offre une formation aux étudiants et je suivais cela avec le département d’entretien des avions d’Oxford, qui maintient toutes les opérations dans le Connecticut » a-t-il affirmé, précise l’artcile.  Guyanais de naissance, il dit qu’il a décidé de commencer à fonctionner ici, il y a moins d’un an, parce qu’il avait vu la nécessité d’un service dans les zones arrière-pays et a commencé avec deux avions, mais a perdu l’un dans l’incident d’Ekereku et n’était pas sûr que l’autre qui s’est crashé à Baramita puisse être réparé.  Je vais concentrer sur la formation locale des pilotes et prendre les commandes moi-même, la compagnie  utilisant le Cessna 206 en réparation ou un de remplacement ».  Raj venait tout simplement d’expliquer que c’était le deuxième de ses appareils qui avait eu un incident (ci-dessous une belle vue d’un de ses aéroports de brousse guyanais) !!!

 

 

Partout, des pistes de terre

Le pays est truffé de pistes de terres, dont historiquement on peut se souvenir.  Lors du massacre collectif resté célèbre de la secte apocalyptique de Jim Jones, le « Temple du Peuple » le 18 novembre 1978, qui avait vu la mort de 908 personnes, toutes empoisonnées, un homme courageux avait tenté d’intervenir 3 jours avant :  Léo Ryan, membre du Parti démocrate :  « le matin du samedi 18 novembre, le groupe de Ryan cherche à quitter les lieux lorsqu’un homme de la communauté agresse Leo Ryan avec un couteau.  Le groupe de Ryan, composé de quinze membres de la communauté ayant demandé à l’accompagner, se précipite alors vers l’avion dans une tentative de fuite. D’autres membres de la communauté fidèles à Jones prennent alors un camion pour rejoindre le lieu du décollage et font feu sur le groupe qui commence à prendre place dans l’avion, tuant aussitôt Leo Ryan et cinq autres personnes (le caméraman, le reporter de NBC, un photographe et un des membres de la communauté qui souhaitait partir), avant de retourner au village » nous avait rappelé Wikipedia.  Or cet épisode a eu lieu... a proximité d’une piste de terre, celle construite par la secte et devenue Port Kaituma.

Une présentation un peu trop soignée au regard des performances

Sur la page américaine de la société (voici sa maison dans le Connecticut), Persaud n’hésite pas à se présenter comme ancien de « Pan American World Airways », mais comme « technical representative and avionics tech » et non comme pilote.  Mais il se déclare également être « qualified on Boeing 747-100/200/400 series, Airbus 300, Boeing 757, Boeing 737, Boeing 727, and also as a Cat II and Cat III certified technician on the 747-200 and 747-400 ».  Il propose une formation de « pilote commercial » facturée près de 20 000 dollars, dont 153 heures de vol sur avion monomoteur.  On le voit ici à gauche à bord d’un Boeing 767-300.  Persaud possède aussi un bimoteur Piper PA-34-200T de 1975 immatriculé N1101Xet un Cessna  172M de 1973 immatriculé N12242.

 

Des accidents réguliers

Dans la région, les accidents sont donc fréquents, en raison de la météo et du mauvais état des pistes.  Mais parfois d’autres raisons surviennent.  A Ekereku, un avion ne lui appartenant pas a par exemple connu un accident atroce et idiot : une jeune fille Raquel Joseph, 17 ans, de Timehri (elle avait déclaré en avoir 22 à la police !) avait été décapitée par l’hélice du Cessna 172.8R-JIL qui venait de poser à l’Ekereku Bottom Airport – à Cuyuni, dans le Mazaruni.  En cherchant son sac que lui rapportait l’avion, son moteur tournant encore, elle s’était fait tuer, son corps découpé à hauteur d’une épaule ayant été éjecté à 3 mètres de l’avant de l’avion.  L’avion avait été déclaré appartenir à un investisseur brésilien travaillant dans les mines, l’endroit où se rendait la fille en étant une.   Les mines d’or, un secteur florissant au Guyana dans lequel des pays étrangers ont investi,  tel l’Australie, et ses projets dans la vallée du Purini, près de la frontière du Venezuela, semblé fort prometteur.  Les avions de Raj transportant donc aussi, très certainement, de l’or, occasionnellement.

Les mines desservies par des pistes mal entretenues

Pour se rendre dans ces mines, seul l’avion permet de s’y rendre vite dans ce pays :  les routes sont des chemins défoncés ou seuls de gros 4×4 peuvent passer.  A Ekereku (connu sous le nom de « Arau Airstrip » ici à dgauche), endroit minier comme on vient de le dire (ici à droite la bande d’atterrissage avec les mineurs attendant d’être embarqués), pour notre directeur d’école de pilotage, cela avait été tout aussi catastrophique, car ce sont 5 personnes qui avaient été concernées, toutes du Guyana Geology and Mines Commission (GGMC).  L’avion, un Cessna U206F Stationair, 8R-GGE,  piloté par Ayube Mazarally, avait tenté de se poser … mais trop court (c’est lors de l’atterrissage que ça s’était produit, l’avion ayant fait de l’aquaplaning sur la piste détrempée et s’était au final… retourné).  S’il n’y avait eu aucun décès, les 5 occupants avaient été blessés et l’avion… détruit.   L’infortuné Mazarally sera retrouvé pendu le 30 septembre 2015, chez lui,  son corps décomposé, après avoir investi pourtant une toute nouvelle maison.  Vétéran du pilotage, avait-il mal accepté son crash?  Pour ceux qui ont du mal à imaginer un atterrissage sur pareille bande de terre, même par beau temps, il faut qu’ils regardent ça.  C’est plutôt juste !!! Ou ça… (en voici un autre avec un 208B et une piste bien plus large.  L’approche de la piste d’Olive Creek, sur la rivière Mazurani n’est pas mal non plus dans le genre – le Cessna 208 s’y était écrasé en 2014 tuant deux occupants (voir ici à gauche).  Vu du sol, sur une autre piste minuscule, ça donne ça avec le (très) vieux Cessna 182C de 1960 numéroté N8704T ;  plutôt sportif !!!)?

Du grand sport

Au Karanambu airstrip, visité justement par le 8R-GHS ça avait eu l’air beaucoup plus simple.  A Baramita, c’est la même chose ou presque qui s’était produite.  Un pilote, Christopher George, n’avait pas réussi à se poser correctement avec son Cessna 206 de l’Oxford Flightschool Company.  L’appareil était alors le Cessna 8R-GRT, et il avait été quelque peu endommagé.  A Erekeku toujours, un autre appareil d’Oxford, LE 8R-GMP, n’a rien trouvé de mieux non plus que de tamponner un Cessna 172 immatriculé 8R-GHJ, propriété d’Orlando Charles, de Domestic Aviation (société guyanaise)… conduisant à un procès qui s’éternise depuis.  Bien entendu, le temps que se fasse le procès, l’avion d’Oxford (8R-GMP) avait reçu interdiction de voler.

Une société maudite ?

La firme de Persaud serait-elle maudite ?  On est pas loin de le penser quand on découvre la photo d’un Cessna 172 lui appartenant aux Etats-Unis, stocké au Pittsfield Municipal Airport, complètement fichu.  L’appareil, immatriculé N73101 et datant de 1976 venait de rater son atterrissage le 27 septembre 2016 (décidément) et est allé se vautrer dans le fossé attenant à la piste.  Son pilote souffrant de « lésions traumatiques » selon les pompiers venus à son secours, avant de le transporter au Berkshire Medical Center.  L’avion avait décollé de Waerbury la base US de Persaud, et appartenait effectivement à Oxford Flight. Selon l’article, le pilote serait effectivement un étudiant de son école… dont les cours (insuffisants ?) conduisent un peu trop à des incidents du même genre, semble-t-il.  Un appareil de ce type culmine à 50 000 dollars en valeur d’occasion, aujourd’hui.  C’est le cumul d’incident frayeux qui a peut-être poussé le responsable à chercher de l’argent ailleurs, qui sait : les indemnités versées aux accidentés en cas de procès dépassant de loin la valeur vénale des appareils, pour la plupart anciens (le Cessna accidenté avait 41 ans d’âge…).

Une drôle d’expédition restée sans explication

Bref, c’est un directeur d’école un peu particulier, ou miné par le sort, qui décide de s’envoler au petit matin (vers 4 h pour le premier, soit 1h 30 avant le lever du jour) de l’Eugene F. Correia International Airport (EFCIA), à Ogle, le second grand aéroport du pays, avec non pas un de ces propres Cessna, mais deux, le second étant aux mains d’un autre pilote, dont on ne connait à ce jour que le prénom :  un certain « Vladimir ».  Les 8R-GTP et 8R-GMP – ce dernier normalement bloqué au sol en attendant le procès – à peine décollés se mettent tout de suite à voler bas et se dirigent vers Trinidad et Tobago sans être détectés au radar pour survoler la Grenade, et finir par se poser sur l’île d’Anguila.  Pour y être aussitôt retenus par les autorités, pour ne pas avoir respecté de plan de vol et n’avoir pas rempli de papiers d’immigration.  Aux policiers venus les voir, ils affirmeront avoir voulu rejoindre San Juan, Puerto Rico, ce qu’ils avaient indiqué à la tour de contrôle d’Anguila.  Qu’était-ce donc que ce périple en doublette et que signifie-t-il, on se le demande toujours.  Un témoin-clé effectuant une précision importante : quelque chose aurait été chargé à bord des avions.  Mais le mystère demeure, comme demeure celui du nom du second pilote :  « Le porte-parole de l’aéroport Kit Nascimento a dit quelle  samedi-là il n’y avait eu aucune violation de la sécurité à l’aéroport, les hommes ayant  présentés leurs passes de sécurité et avaient été autorisés à visiter les avions. « Ils ont dit à la sécurité qu’ils allaient porter quelque chose à bord, » a-t-il noté.  Les hommes se sont mis mirent alors à décoller sans le dépôt des plans de vol ou sans prévenir personne à la douane, à l’immigration ou les services de la circulation aérienne.  Cela, a souligné Nascimento montre que l’aéroport n’a pas le pouvoir d’arrêter un opérateur de l’aéroport au départ mais que cette responsabilité incombe au GCAA (le Guyana Civil Aviation Authority).  En outre, il a dit l’aéroport ne connaissait pas l’affaire judiciaire impliquant la société ».

Encore une fois la sécurité des aéroports en cause

C’est le ministre de la Sécurité Publique du pays, Khemraj Ramjattan qui met les pieds dans le plat le 28 juin 2016 en constatant les brèches effarantes de sécurité de son second aéroport principal dans ce qui semble être une belle colère froide, raconte le bien informé Kaieteur News : « Pour avoir ces avions (sous réserve d’une injonction), qui n’ont pas déposé leurs plans de vol, signifie pour moi des vulnérabilités énormes dans l’aéroport, dans la mesure où vous auriez pu avoir des avions, laissés trop facilement passer avec beaucoup d’or, beaucoup de stupéfiants, et les gens qui ne savaient pas comment les arrêter.  » « C’est très embarrassant pour l’industrie de la sécurité et c’est quelque chose auquel nous devons remédier immédiatement, » a-t-il dit. « Vous savez que nous avons d’énormes quantités d’or qui quittent le pays, de la drogue qui tombe des avions et des pistes d’atterrissage et qui après repartent à l’étranger. » « Si nous avons pu avoir, à 4 heures du matin, des avions faire ainsi, je ne sais pas pourquoi d’autres n’auraient pas pu passer de la même façon. Cela ne est venu à mon attention à la suite de l’appel de Nigel Hughes pour m’ informer qu’il y a des avions qui sont en violation des injonctions et des règles de cet aéroport « . 

Pas de couverture radar, l’aubaine pour les trafiquants

Les services officiels ont déployé des explications bien alambiquées pour décrire  cet étrange périple en double. L’absence de couverture radar du pays, qui est une plaie notoire, mais aussi l’incroyable donnée comme quoi les avions devaient se rendre… aux Etats-Unis, rejoindre l’autre pendant de l’entreprise de Raj… (dans le Connecticut) mais en volante s’arrêtant .. « Les services de contrôle de la circulation aérienne de la Guyane ne fournissent pas de couverture radar, mais plutôt se basent sur les communications sans fil de avec les pilotes, une forme de contrôle de la circulation aérienne, connue sous le nom de procedural air traffic control (ATC).  Selon des sources ATC, les pilotes avaient leur départ prévu rapidement, principalement pour le respect des arrêts de carburant le long du voyage.  A Ogle, les pilotes, habituellement, font une demande d’autorisation ATC pour fonctionner en dehors des frontières de l’aéroport à la tour de l’aéroport international Cheddi Jagan (CJIA) à Timehri.  Pour voler à l’extérieur de la Guyane, ces demandes sont faites plusieurs jours à l’avance et nécessiteraient une coordination entre le Guyana et les organismes ATC dans les pays dont l’espace aérien l’aéronef sert de transit.  Les sources aéronautiques semble que l’opérateur est redevable à plusieurs personnes ici et que la destination finale de samedi était les États-Unis, où il exploite une école de pilotage ».   Sur l’île d’Anguilla, les touristes visitent parfois les vestiges des avions de drogue qui y sont tombés, comme ici sur cette page web.  L’avion resté à l’état d’épave (ici à gauche) étant immatriculé HK-2329P, un Cessna 402.  Or selon l’ASN, cette avion serait tombé sur les flancs du volcan Nevado del Tolima le 26 janvier 1986 !  A noter que le premier avion était retenu à Angilla, le second avait néanmoins tranquillement pu rejoindre San Juan, à Puerto-Rico… « Vladimir » était-il encore à bord ?

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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