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Coke en stock (CXXIV): que se préparait-il donc à Yupukari, au Guyana (2) ?

En Guyana, on trafique beaucoup, on vient de le dire le long de l’épisode précédent. Et on trafique de différentes façons.  Parmi celles-ci, je vous ai découvert une méthode que l’on pourrait appeler celle de la fourmi.  Patiemment, il suffit d’accumuler des billets pour devenir riche, c’est bien connu et c’est une méthode bien classique que l’on dira de fonctionnaire :  rien d’aventureux là-dedans !  A part que là le bas de laine (ou le matelas pour les planquer) est un engin volant, et son propriétaire un fieffé malin, qui a bâti un petit empire familial fort discret… jusqu’à ce qu’une visite de Porto-Rico en compagnie de son père fasse tout effondrer.  Récit de l’incroyable aventure de Mr Lall, pilote guyanais de Westwind, un fort bel avion ma foi…

 

L’histoire avait débuté le 27 novembre 2014.  Par une étrange découverte survenue sur l’aéroport de Porto Rico, nous avait alors appris la presse : « un pilote – homme d’affaire guyanais – est actuellement détenu dans une prison de Porto Rico après n’avoir pas révélé une grande somme d’argent qui était cachée dans plusieurs parties de l’avion privé dans lequel il voyageait.  Khamraj Lall était le copilote ce jour-là, à bord du jet N822QL (un Israel Aircraft Industries 1124 « Westwind », de 1988, un développement du Model 1121 Jet Commander, abandonné en raison de la concurrence du North American Sabreliner), lorsqu’il s’est posé dans l’annexe américaine de Porto Rico pour le ravitaillement.  Les agents des douanes et de la protection des frontières des États-Unis effectuaient des contrôles de routine à bord de l’avion lorsqu’ils ont découvert des sommes importantes de monnaie américaine totalisant plus de 600 000 dollars.  Les agents de l’aéroport avaient demandé à Lall et à deux autres occupants de déclarer l’argent qu’ils portaient.  Lall était alors en train de voyager avec son père et le pilote de l’avion.  Le pilote avait déclaré 60 dollars US alors que, ensemble, le copilote et son père portaient 12 000 dollars sur eux (à noter que la photo ici à droite est celle de l’appareil lors de sa mise en vente le 27 mars dernier par l’ U.S. Treasury Aircraft & Vessel Online Auction, après sa saisie deux ans auparavant, d’où son état). L’argent caché a été trouvé sous une rangée de sièges près de la sortie de l’avion et dans une valise avec des sacs poubelles également trouvée près du moteur.  Après que la première somme d’argent ait été trouvée sous les sièges, il a dit aux autorités que cela provenait de ses « affaires » et qu’il avait oublié qu’elle était là.  Les autorités ont néanmoins continué leurs recherches, et ont trouvé le reste de l’argent près du moteur.  Le copilote a alors été déclaré responsable de l’argent.  Il a déclaré que son père et le pilote n’avaient rien à voir avec l’argent dissimulé.  On a appris que le vol se dirigeait vers Georgetown, en Guyane ». L’histoire de sacs poubelles contenant de grosses coupures à bord d’avions de luxe, ça nous a aussi rappelé un autre épisode pendable… survenu à bord de cet autre avion, celui pour VIP de Jet Club, le magnifique Boeing N111VM.  Avec à bord deux seuls passagers, eux aussi bien étranges, engagés dans un tout aussi étrange périple … comme l’un des deux  à eu l’intelligence de se photographier devant l’avion (il se reconnaîtra lui-même !), je vous remets sa photo ici à gauche…  Un bien étrange périple, comme je vous le disais : parti des Bahamas l’avion avait en effet fini son périple en PapouasieNouvelle-Guinée, après fait une « halte » au… Mali, alors en pleine opération anti-islamistes (lire ici l’article « who is lying ? » (1)) !!!

Bourré de  billets

Un avion bourré de billets, avouez que ça devrait inquiéter logiquement les responsables de la sécurité de l’aéroport, qui s’estiment « choqués » bien entendu :  ils ne pouvaient que l’être, ou avouer un laxisme total de leur action au sein de leur entreprise.  C’est donc le responsable de l’aéroport, Ramesh Ghir, qui vient jouer les vierges effarouchées en faisant une déclaration candide à Guyana Aviationqui l’enfonce tout seul davantage encore en affirmant « que les autorités de l’aviation locale étaient « choquées » par les développements récents.  Ghir a confirmé que Lall est un homme d’affaires guyanien qui possède un hangar privé à l’aéroport international de Cheddi Jagan (CJIA, ici à gauche).  Il a dit que le pilote avait été autorisé à se poser près du hangar construit où il devait effectuer des évacuations médicales et d’autres vols privés en provenance du Guyana ».  On reste un peu surpris, par cette déclaration : présenté comme pilote et responsable de sa société, notre homme aurait réussi à se faire construire un hangar sur place, pour y développer son entreprise.  Ici le récit de la découverte des liasses de billets…

 

De bien étranges passe-droits

« Sa petite entreprise », appelée Exec Jet Club, aurait dit Bashung…  le magazine allant plus loin, et révélant des faits plus troublants encore : « on dit que Lall possède deux jets privés.  Cependant, après l’apparition des nouvelles de la détention de Lall, il est apparu plus d’informations sur le fait que le pilote avait des privilèges spéciaux au CJIA car il était autorisé à éviter les douanes et le service d’immigration nécessaires parmi d’autres contrôles de sécurité.  Ghir et le ministre des Transports, Robeson Benn ont tous deux rejeté les réclamations déclarant que toutes les personnes utilisant les installations de l’aéroport devaient passer par les procédures de sécurité obligatoires. »  Voilà qui est bien étrange, ce passe-droit flagrant se dit-on… surtout quand on sait ce qui se passait parfois dans cet aéroport.  Car on notera qu’en 2013 déjà, le même responsable avait été ulcéré par une déclaration de Roxanne Reece, la responsable de la relation publique chez Fly Jamaica, qui avait affirmé que l’aéroport avait été le lieu de « nombreux incidents liés à de la drogue », mettant en cause le système de surveillance, pour elle inexistant.  L’année précédente, c’est Rorama Airways, contractant pour Delta Airlines, qui avait fait l’objet de plaintes pour trafic de cocaïne.  Un employé ayant dissimulé de la drogue parmi les victuailles à embarquer, puis une couverture matelassée avait été découverte… garnie de cocaïne à bord d’un des appareils.  Voilà qui faisait sérieusement tâche pour un aéroport si désireux de s’étendre à l’avenir…  Fly Jamaica avait inauguré son premier vol vers New-York en septembre 2013 seulement à partir de la Guyana.  Fort mauvaise presse, tant on sait les américains pointilleux sur le sujet (je ne ferais pas aujourd’hui le procès de la DEA et de ses pratiques parfois douteuses).

Plusieurs avions

Mais pour l’instant, on retient la nouvelle info, celle d’un deuxième appareil appartenant à notre héros du jour. Rapidement après l’arrestation, on nous présente en effet des photos d’un Cessna Citation lui ayant appartenu, paraît-il. Effectivement, puisque sur son site est affiché un appareil de ce type, un Cessna 550 (Citation II).  Mais un autre cliché pris devant le hangar (et montrant la civière amovible et transportable de l’avion transformé pour la circonstance en avion médical) en montre deux, de modèles IAI 1124, le deuxième, au dessous de fuselage peint en bleu foncé étant immatriculé N335VB.  Cela fait déjà trois avions et non plus deux !  Le dernier est enregistré chez WPB Aircraft Sales LLC, déclaré à Kisimmee en Floride et il utilise l’aérodrome de Gainesville, la seconde base de notre pilote bien mystérieux.  Un rapide coup d’œil sur l’adresse nous indique le nom de Joyce Lall comme propriétaire de l’entreprise.  En fait, il s’agit de sa propre mère !!!  Chez les Lall, on a la fibre créatrice (d’entreprises) !  Elle s’est lancée pour sa part dans l’immobilier, sous les deux noms de Kaylees Investments et Shannon Investments.  Le nom Kaylee est repris dans un autre investissement effectué par son fils, à savoir la Kaylee’s Service Station, de Coverden, une station d’essence, sur le côté est de Demerara, près du fleuve du même nom et achetée en 2007, ce qui semble avoir été le point de départ véritable de son aventure industrielle.  En mère avisée, la dame possédait aussi KL Express (“KLX”), une entreprise de transports et de gardiennage; mise plus tard au nom de son fils et située à, Jersey City, Hudson County, dans le New Jersey.  Au moment de la découverte de l’affaire, elle a été promptement vendue, l’acheteur, Liberty Storage, lui envoyant des chèques mensuels de paiement, selon la police.  Etrange façon d’acheter… Si le premier avion cité n’a pas eu les honneurs de la presse, ce n’est pas le cas du second, car un journal révélait photos à l’appui que le président guyanais du moment, Donald Ramotar, l’avait utilisé pour se rendre au sommet du BRICS de Fortaleza en juillet 2014.  Un cliché le montre foulant le tapis rouge de réception déroulé sur le côté gauche du modèle N335VB dont on distingue le fond bleu caractéristique (sans oublier les antennes caractéristiques).  Voilà qui commence à faire un peu beaucoup, pour laisser entendre que notre homme n’aurait pas bénéficié de liens en (très) haut lieu… même si, effectivement, le président du Guyana ne possède pas d’avion présidentiel, l’armée n’ayant qu’un rustique Harbin Y12-IV chinois de 1982  à lui proposer.  Depuis le 15 mai 2015, c’est l’opposition qui a remporté les élections et démis Ramotar (après 23 ans de mandats !!!) pour le remplacer par David Granger, un ancien militaire.

 

Un appareil de plus

Depuis, en effet, le ton semble avoir un peu changé côté présidence : pour se rendre aux Bahamas, Granger a pris un avion d’une compagnie classique, un Raytheon Beechcraft 1900D de Trans Guyana (8R-GAQ) affrété pour son équipe (et payé par la même équipe). L’avion, acheté 4 millions de dollars, venait juste d’être livré à l’entreprise.  L’appareil est loin d’être neuf, à vrai dire: c’est l’ex ZK-EAQ d’Eagle Air (néo-zélandais, donc) et ancien N846CA de CommutAir.  Passe encore pour cet usage « présidentiel » en l’absence d’avion du même nom, il reste un autre problème de taille : il n’y a pas que deux appareils qui font partie de la flotte d’Exec Jet Club… contrairement à ce qui a toujours été dit côté guyanais.  L’épluchage des registres de sociétés est certes fastidieux, mais on y découvre des choses insoupçonnées.  Dans tous les articles sur notre homme, seuls les avions déjà cités apparaissent.  Or en juin 2014, notre (sérieux) client à acheté à Skandy Air LLC, qui lui même l’avait acheté trois ans auparavant à Durden Enterprises II Inc un avion Challenger-601 ex N951RM (ancien N333GJ) et ré-immatriculé N923SL.  Cela fait le quatrième, maintenant.  Selon ce qu’on sait, Skandy était en mauvaise posture en 2012, étant accusé de devoir 30 000 dollars à la société de jets privés World Jet Inc.  Une firme dont le président possédait l’avion de course Precious Metalà moteur Griffon (endommagé en 2015).  Exec Jet Club avait acquis le Challenger en 2014.  Un Challenger de cet âge (construit en 1985) se négocie aux environs de 1,5 million de dollars de chez la plupart des brokers en aviation (tel ce N601PR) mis en vente à Boca Raton, en Floride.  Un Westwind valant dans les 400 000 dollars aujourd’hui.  Et un Citation 550 ancien dans les 700-800 000.  En valeur; la flotte de notre collectionneur de billets verts dépasse les 3 millions de dollars !

Pas repeint 

Si l’on trouve facilement des clichés du N951RM, on en trouve aucun du N923SL, ce qui est plutôt de l’ordre de l’incompréhensible à vrai dire, tant n’importe quel jet est photographié par les « spotters ».  La raison, trouvée par l’ami Falcon, c’est que tout simplement, après avoir demandé et obtenu le changement d’immatriculation, celle-ci n’a tout simplement pas été peinte sur l’appareil qui est resté extérieurement N951RM !!!  L’appareil, resté sous ce numéro et vu en avril 2016 à Fort Lauderdale y a été à nouveau aperçu en février dernier.  L’appellation demandée au départ avait été 117KL, que Exec Jet Sales avait barré.  Pourquoi donc avoir réservé une autre appellation et ne pas l’avoir utilisée, une fois l’accord de la FAA obtenu, et pourquoi en avoir changé une deuxième fois questionne quelque peu.  Le changement avait été formulé le 25 juin 2014.  Les ennuis de Lall étaient apparus 5 mois plus tard. Avait-il envisagé d’autres projets pour se raviser après?

Le dossier de Lall s’épaissit donc progressivement depuis 2014. Un biréacteur de prix plus élevé dissimulé mais aussi et surtout cet énorme bâtiment lui appartenant en plein aéroport de Guyana, voilà qui rajoute au mystère.  Un imposant édifice, de 45 mètres de côté, que ce hangar lui appartenant.  « L’installation est cependant située à une certaine distance du bâtiment d’arrivée et de départ de CJIA.  Le hangar privé est très isolé.  Il faut tourner à droite de la route principale, à l’extrémité sud de l’aéroport CJIA sur «Khali Road».  Cela vous amène alors au seul bâtiment situé à cet endroit de l’aéroport » note le fameux responsable de l’aéroport.  Comment a-t-on pu bâtir à cet endroit pareil hangar sans disposer de soutiens bien placés ?  La question vient immédiatement à l’esprit.  Et la réponse gouvernementale à cette inquiétude légitime sera pour le moins floue…

Un (énorme) hangar aux frais de la princesse

« Le cas de Lall a souligné ses liens étroits avec l’ancien gouvernement » note le même article de presse.  « Il avait obtenu la permission de construire un hangar privé au CJIA et avait piloté le président Donald Ramotar lors de voyages officiels à plusieurs reprises.  Ces rapports ont déclenché la consternation et posent des questions quant à la diligence raisonnable qui avait été effectuée sur lui avant que la décision ne soit prise de lui assigner un hangar privé.  Il a été révélé que le pilote a fréquemment fréquenté la Guyana.  L’audit judiciaire a révélé un certain nombre d’irrégularités dans la gestion du principal aéroport international du Guyana.  Dans un rapport explosif mettant en évidence les conflits d’intérêts ainsi que le contournement du Conseil en relation avec le hangar, le vérificateur a réprimandé la gestion un certain nombre de fois pour ce qui semblait être une tentative délibérée de fournir des informations inexactes et incomplètes.  Le rapport indique qu’aucune procédure d’exploitation standard n’était en place pour l’octroi d’un bail pour construire un hangar dans les locaux de CJIAC et une lecture du procès-verbal du Conseil de la CJIAC pendant la période d’août 2010 et de novembre 2014 n’a révélé aucune discussion sur une demande par Exec Jet Club de terrain pour construire un hangar sur les locaux de l’aéroport ».  Tout a été mené sans aucune concertation :  le fait du prince, donc; qui laisse croire à des accords passés en très haut lieu pour outrepasser la législation en vigueur.  « Il a révélé qu’une proposition datée du 1er septembre 2012 et intitulée «Demande de terrain pour construire un hangar à CJIAC» a été préparée par le CJIAC au nom d’Exec Jet Club et soumise à Benn. Quelques jours plus tard, le 11 septembre 2012, le Cabinet n’a fait aucune objection.  Le rapport indique que l’ancien président du conseil d’administration de CJIAC a confirmé que l’octroi du bail pour Exec Jet Club n’a jamais été discuté au niveau du conseil d’administration ». En tout cas, Lall semblait y tenir à son investissement immobilier aéroportuaire : c’est ainsi qu’on a vu apparaître, dès le ças litigieux connu, un investisseur « local », Deolall Gangadin, pour venir clamer que c’était lui le propriétaire et non le patron d’Exec Jet Club.  Avec un hic sérieux dans la démarche : un document retrouvé dans l’enquête montre que pendant des années, le fameux Gangadin qui réclamait la propriété du « Lot ‘B’ Soesdyke d’East Bank Demerara (EBD » et du « Shivnarine Ramsarup du Lot 7 Madewini, d’East Bank Demerara » n’était autre que le fondé de pouvoir (« power of attorney« ) de la Kaylee’s Gas Station et d’Exec Jet Club !!  On était déjà au delà du conflit d’intérêt !!!

Le coup de l’essence et la fourmi qui amasse

Les enquêteurs n’en avaient pas fini avec cet étonnant dossier et ses ramifications en haut lieu.  Des investigations plus poussées révélant aussi que l’aéroport qui a fourni le terrain a été également grugé en payant pas moins de 14 millions de dollars pour le kérosène fourni par la station de Kaylees proche en trois années d’exercice. Un prix estimé aujourd’hui surévalué.  Et en prime, il n’existe aucun document attestant de livraison de cette essence durant la période allant de janvier 2012 à mai 2015 !  On n’a retrouvé que des papiers antérieurs à 2012 prouvant la fourniture de kérosène.   La gestion de la station d’essence se faisait visiblement à la louche.  Cette absence de papiers n’est que le petit bout de l’iceberg.  Car en examinant comment Khamraj Lall avait pu monter son mini-empire aéronautique guyanais ou faire bâtir un immense bâtiment au milieu d’un aéroport, les enquêteurs ont découvert une méthode étonnante employée par notre homme.  Pendant toutes ces dernières années, l’homme, tel une véritable fourmi, a en effet déposé régulièrement sur plusieurs comptes bancaires des personnes de sa famille de petites sommes, toujours apportées en numéraire, sans jamais dépasser 10 000 dollars d’un coup.  La meilleure méthode pour ne pas attirer trop les soupçons.  Et ce ne sont pas les 600 000 euros découverts à bord de son avion qui représentent la quantité la plus importante de cet amoncellement de billets :  au total, la police pense qu’une somme supérieure à 6 millions de dollars a été ainsi atteinte (on parle de 7,5 millions de dollars même !).  Ce n’est plus une fourmi, c’est la reine du nid !!!  Pas de quoi s’offrir encore en effet un Challenger neuf – un 604 est vendu 32 millions-, mais un achat façon bas de laine, style investissement de retraité ou de grippe-sou, c’est selon.  « Le gouvernement a expliqué que Lall s’est engagé dans une méthode qui sert à des personnes qui tentent de dissimuler l’origine des revenus en faisant des dépôts de moins de  10 000 dollars, pour limiter ce qui nécessite alors un rapport de transaction monétaire (CTR). Le gouvernement note que « de nombreuses personnes impliquées dans des activités illégales, telles que la fraude fiscale, le blanchiment d’argent et le trafic de stupéfiants, sont au courant des exigences en matière de rapports et prennent des mesures actives pour faire en sorte que les institutions financières ne parviennent pas à détecter ainsi les mouvements de grandes quantités d’argent ».  Le gouvernement l’accuse d’avoir « entre avril 2011 et septembre 2014, versé environ 1086 dépôts en devises totalisant environ pour 6 324 411,41 dollars effectués sur des comptes bancaires qui étaient contrôlés par K. J. Lall, ou sa mère.  Ces comptes incluaient les quatorze comptes bancaires du défendeur qui ont été saisis depuis (nota : Fillon est presque battu, là) ….  » L’une de ses banques, pourtant, et pas une des moins connues, avait tiré la sonnette d’alarme sur son cas et sa dangerosité : « vers le 30 Octobre 2013, sa banque, JP Morgan Chase, a envoyé à K. Lall une lettre indiquant un mode de trésorerie de ses opérations et de son compte LOC 3944 conçu pour échapper aux exigences de dépôt CTR. Joint avec la lettre figurait une brochure pédagogique publiée par le Financial Crimes Enforcement Network (FinCEN) pour informer K. Lall que cette façon de faire était illégale ».  Certains jours, il déposera pourtant de la sorte 60 000 dollars dans ses comptes américains; peut-on lire ici.  « En novembre 2014 seulement, 37 dépôts totalisant 218 000 $ ont été effectués« .  L’avertissement de la banque ne l’avait donc pas empêché de continuer à amasser consciencieusement ses billets, à l’évidence.  Tout aussi inquiétant, une telle masse accumulée de petites coupures, comme le laissent entendre les autorités faisait en effet énormément penser aux liasses que trimbalent ou dissimulent chez eux les trafiquants de drogue.  Lall en était-il un aussi ?

Au bout de l’enquête l’origine du bas de laine : un trafic de cocaïne !

Un soupçon qui se vérifiait un peu plus tard avec une deuxième accusation portée contre lui, celle, attendue de trafic de cocaïne.  Au début de l’année 2017, le procureur US Robert Marangola, s’occupant de la préparation du dossier de notre machine vivante à compter les billets demande de requalifier l’accusation, pour des faits nouveaux découverts durant l’enquête menée pendant deux ans maintenant. Il a en effet obtenu la déposition d’un gang de 9 hommes ayant déclaré que Lall lui avait apporté 5 kilos de coke  de Guyana (et sans doute plus, avec également 260 grammes de cocaïne base).  Un gang installé à Rochester et composé d’Edward Mighty, de Seymour Brown, d’André Taylor, de Ricardo Bailey, de Robert Wilson, de Kenneth Harper, de Desmond Bice et de Christopher Samuels.  Les charges changeaient alors, notre homme risquant maintenant une amende colossale et surtout 10 années de prison au minimum sinon l’emprisonnement à vie.  En fait deux enquêtes s’étaient croisées pour en arriver là, puisqu’en 2015 Edward Mighty, le leader du gang, avait obtenu ses kilos de coke d’un dénommé Winifredo Gonzales, résidant à Brooklyn.  La police en avait découvert chez lui 17 kilos dissimulées derrière un mur comportant une « porte hydraulique », ainsi que des armes, dont une Uzi 9 mm, un  Glock calibre .40 avec 11 balles chargées, et 13 autres de calibre .357; plus des téléphones portables et des scanners de fréquences.  La panoplie parfaite du dealer !  Sur place, il y avait aussi 78 603 dollars en cash.  Comme les billets que collectionnait si bien Lall !  Harper a été condamné à 15 ans de prison le 7 mars 2016. Winifredo Gonzales, de Levittown, New York, fera reparler de lui en mai 2015, alors qu’il était déjà en prison, tentant de dissimuler sur se jambes 127 pilules d’Ibuprofen, dans un circuit de circulation de produits illicites au sein même de l’étanblissement.  Un trafiquant dans l’âme !!! Il a été condamné en décembre 2016 à 19 années de prison.  Trois ans après les faits, en tout cas, on avait enfin une partie de l’explication de l’origine d’autant de billets !

Les failles énormes de l’aéroport principal facilitent le trafic

Lall était responsable, certes, mais on avait aussi une passivité notoire de l’aéroport de Cheddi Jagan face au trafic de drogue.  L’aéroport principal de Guyana serait-il en effet une passoire à trafiquants ?  On est en droit de le penser après le récit d’autres expériences négatives, celles par exemple en mars 2015 d’un chanteur de gospel nommé Mark Ferdinand, reconverti dans les animations chantées sur les paquebots (et oui, ça existe – il devait y chanter « Save Our Souls », je suppose ?).  Débarqué à New-York à l’aéroport JFK le 24 février 2015 d’un vol de Dynamic Airways en provenance de Guyana; celui à qui on aurait donné le bon Dieu sans confession, à voir son sourire, s’était aussitôt fait arrêter dès sa descente d’avion.  Ce qu’il ignorait c’est que quelqu’un d’autre était au courant de ce qu’il avait proposé quelque temps auparavant à un autre homme, son « courrier ».  Il avait en effet confié une quinzaine de jours avant deux valises pleines à un tiers (on peut être pasteur et être un peu habité par le démon ?) et il venait en fait les rechercher… vides : « selon la plainte contre lui, préparé par l’agent spécial du Département américain de la sécurité intérieure Kyler Hardin, le courrier a été arrêté par les autorités américaines opérant à Aruba le 11 février dernier.  Après examen de ses deux valises, 3290 grammes de cocaïne avaient été découverts par les autorités dans leurs parois ».  On avait donc appris ce qu’il y avait dedans, en plus de leur contenu visible, mais on avait laissé faire… histoire de voir, je suppose, si ça passerait facilement à l’aéroport de départ : bingo, c’est en débarquant à New-York qu’il a compris qu’il s’était fait piéger, le bon pasteur, ancien chef de troupeaux de croyants.  Pasteur, devenu passeur de coke pour brebis égarées !  Il avouera sans hésiter vouloir aussi livrer lui-même la coke à New-York, après avoir récupéré ses valises auprès de son livreur…  Il effectuera 7 mois de détention avant d’être fixé sur son sort (il risquait 57 mois d’emprisonnement) : adroit, il avait choisi de plaider coupable, son avocat faisant valoir dans un arrangement son rôle « important » dans des œuvres de bienfaisance qui « semble avoir convaincu le tribunal » peut-on lire de façon assez ahurissante.  Au final, il a été libéré le 29 septembre 2015… et renvoyé chez lui.   Les autorités américaines ayant alors tout le loisir de conclure :  « le passage de deux valises contenant de la cocaïne au travers de l’aéroport international Cheddi Jagan une fois encore pointe à un service de sécurité insuffisant à l’aéroport.  L’échec des mesures de sécurité à l’aéroport a-été mis en évidence par les nombreux cas de cocaïne qui sont passées au travers » note l’auteur de l’article dans Stabroek News. Une très belle démonstration, ma foi (ou la sienne; perdue entre temps ?).  Pour couronner le tout, le 18 mars, Homer Bowen, le manager d’un obscur groupe appelé les « Mischievous Guys » se faisait également pincer par un autre officier de police du Homeland Security, Daniel Suden, l’homme étant porteur de sachets de cocaïne… scotchés sur les jambes.  Sa nervosité l’avait trahi.  Il avait de quoi avoir les jambes lourdes :  la police pèsera 2, 437 kg au total.  Et un second article vengeur de conclure :  « la drogue continue d’avoir un passage facile à l’aéroport international de Cheddi Jagan, Timehri montrant des trous de sécurité persistants à l’aéroport »…  Ce n’est plus un aéroport, mais une passoire !

Une affaire promptement déjà reprise par un associé

Un mois après son arrestation, l’entreprise américaine de Gainesville et Ocala de notre guyanais fermait ses portes, nous annonçait la presse, « ne laissant qu’un seul employé sur place ». On s’y attendait un peu.  Tout y avait été rapidement déménagé.  Dans un endroit vite localisé :  l’entreprise défunte venait tout juste de s’installer à Ocala, en Floride, pour y établir son nouvel atelier de maintenance.  Son responsable étant alors Ed Rennia, se présentant aujourd’hui comme directeur de Rennia Aviation, ouvert en 2015 seulement, et déjà loueur de 2 Falcon, d’un Citation 550 et de deux Cessna 414 et  421).  Dans le hangar d’Ocala, aux côtés d’un des Falcon, on peut, en prêtant attention, on peut apercevoir le fameux IAI 1124 « présidentiel » de Khamraj Lall (ici avec un de deux Cessna); celui que n’a pas saisi la justice US … et qu’aurait donc déjà récupéré et rapatrié Rennia. l’un des hangars utilisés, construit en 2007, et immense,(ici son inauguration) est celui où devait être mis en maintenance ou construits les petits jets privés Eclipse, une entreprise liquidée en 2009 (on peut en voir encore non terminés dans le hangar).. moins de 300 avions ont été livrés.  Tout va très vite en aviation, y compris les faillites !  Il va sans dire que la ville de Gainesville, qui a aidé au développement de l’entreprise Eclipse, a dû depuis faire des offres alléchantes à ceux capables d’utiliser et de rentabiliser ces gigantesques hangars devenus inoccupés.  Or un point important à noter donne un autre éclairage à la nouvelle situation.  Ed Rennia était en fait le chef pilote chez Exec Jet Club, pas moins, et sa propre société a été créée au lendemain même de la fermeture de cette dernière !!!  Il avait autrefois fondé RD Air Services avec Randy Duensing en 2005, repris en 2012.  Il possédait déjà un Cessna C-414, le N245DC, aujourd’hui chez JD Aviation Inc.  Chez Rennia, on arbore aujourd’hui aussi un Cessna Citation Bravo immatriculé N819KR. KR Aviation est aussi une société contractante de l’Etat US, pour le Département de la Défense et pour des pièces d’avions en général.  Son Cessna 421 C immatriculé N502SA est inscrit lui chez  GMI Aviation Inc.  Or toutes ses sociétés pointent vers la même adresse de Palm Beach Gardens… le 28 mars 2013, Ed Rennia avait fait un bel aveu, en écrivant (ici à droite) qu’il possédait deux Westwind (ceux de Lall, donc, les N822QL et le  N335VB « présidentiel ») dont un « en modification de configuration d’ambulance« ), un Citation II (le N819KR) et « qu’il était en train de chercher un Challenger » (le fameux N951RM qui ne veut pas changer d’immatriculation ) !!!  C’est bien la même société qui recommence  (Lall, lui a tout perdu)!!!

La Guyana, et son incapacité à juguler le trafic

Le 13 mai dernier, US State Dept sortait son rapport annuel intitulé “International Narcotics Control Strategy Report (INCSR) » (*). Pour la Guyana, il était plutôt accablant : « selon le rapport, qui a été publié récemment, le Guyana est encore un point de transit pour la cocaïne destinée aux États-Unis, au Canada, dans les Caraïbes, en Europe et en Afrique de l’Ouest. Le rapport tracé la route également pour la cocaïne en provenance de Colombie, passée en contrebande en notant qu’elle passait par le Venezuela, et de là, au Guyana par air ou par mer.  Les contrebandiers ont aussi des frontières terrestres de transit avec le Brésil, le Venezuela et le Suriname. La cocaïne est cachée dans les produits légitimes souvent passés en contrebande par les navires commerciaux et maritimes, le transport aérien, des passeurs (cf les « mules »), des bateaux « go-fast » ou divers moyens postaux »,  ajoute le rapport. « Dans un contexte national, le rapport indique que « l’influence du trafic de stupéfiants est évidente dans les systèmes de justice pénale du pays et d’autres secteurs ». Les trafiquants, note-t-il « sont attirés par les ports mal surveillés du pays, les réseaux de pistes d’atterrissage clandestines;  les rivières complexes, les frontières terrestres poreuses, et le secteur de la faible capacité des forces de sécurité. » La Guyana, selon le rapport, possède bien une présence de lutte contre la drogue dans ses aéroports internationaux, les bureaux de poste, et, dans une moindre mesure, aux ports et sur les points d’entrée frontaliers terrestres. Il reconnait les cinq principaux organismes impliqués dans la lutte anti-drogue: la force de police du Guyana (GPF); la Guyana Revenue Authority (GRA); l’Unité de lutte contre les stupéfiants des douanes (CANU); le Groupe spécial de la criminalité organisée (SCPS), et la Force de défense du Guyana (GDF).  « La Défense soutient les organismes de police avec des bateaux, des avions et du personnel, mais elle a une capacité limitée et n’a pas le pouvoir d’application de la loi. La Garde côtière Guyane (GCG), GDF est une sous-composante et une partenaire américaine dans l’interdiction maritime, les patrouilles des eaux territoriales humanitaires et mène des missions de recherche et de sauvetage au Guyana « .  Et ce n’est pas la donation chinoise de matériel militaire remise en grande pompe le 5 avril dernier qui va améliorer de beaucoup la situation… pas sûr que les deux maigres barques à moteur puissent rivaliser avec les puissants « picadas » des trafiquants !!!

Après avoir examiné tout cela, il serait temps d’en venir au titre de notre trilogie : que s’était-il donc en effet préparé à Yupukari, en Guyana, en 2016 ???  Un coin perdu de jungle , paradis des caïmans, où le progrès arrive par petites touches parfois incongues.  Ceci, nous le verrons au prochain épisode si vous le voulez bien !

 

(*) en deux volumes :

— Volume I: Drug and Chemical Control

— Volume II: Money Laundering and Financial Crimes

(1) « Les pilotes et l’équipage de cabine ont reçu l’ordre de quitter l’aéroport après une requête et un refus auprès des autorités douanières demandant que l’équipage puisse dormir à bord de l’avion, ce qui a soulevé davantage la méfiance des agents d’immigration. Une heure après que l’équipage de cabine et les pilotes soient partis, ils (les deux frères Saken) sont revenus avec des sacs en réclamant vouloir nettoyer la cabine de l’avion, ce qui a lors convaincu tout le monde et notamment les agents du renseignement militaire que des sacs d’argent étaient censés être encore à bord de l’avion ».

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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