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Coke en stock (CXXII) : le Brésil a inventé la piste clandestine officielle !

Dans mon précédent article remontant à février 2016 déjà sur le Brésil (1) et la circulation de cocaïne qui y sévit, j’avais déjà abordé le problème de la corruption endémique dans le pays au plus haut du plus vaste Etat sud-américain.  En avril 2015 déjà, ailleurs qu’ici, j’avais évoqué la même tendance (2).  L’exemple de l’hélicoptère du sénateur Zézé Perrela décrit dans l’épisode CXIV annonçait d’autres trafics mêlant hommes politiques et mafieux.  Hier, un autre exemple final par l’ami Marc Fievet (voir ici) est venu abonder dans le même sens, puisqu’un appareil changé de 653 kilos de coke a été surpris en train de décoller d’un terrain appartenant… à un ministre du pays.  Décidément, le Brésil est sur une très mauvaise pente, entraînant avec lui ses pays limitrophes, tous susceptibles de servir de relais à ces avions bourrés de cocaïne.  Et ce ne sont pas moins de 10 pays, en effet, qui sont touchés par le phénomène :  les pays « traditionnels » de fabrication comme les pays « exportateurs » vers l’Europe ou l’Amérique du Nord.  Mais qu’est-ce qui attire autant les avions bourrés de cocaïne dans le pays ?  La réponse est surprenante :  s’il fallait déterminer une responsabilité, c’est à coup sûr du côté de l’agriculture de type industriel que le pays s’est choisie, qu’il faut chercher, et l’infrastructure qui en découle, tout simplement !!!

A l’abordage des avions des trafiquants

La séquence surprenante avait été largement visionnée sur le net :  en novembre 2011, des policiers en planque dans un pick-up s’étaient filmés, tentant d’intercepter au sol un avion en train de se redécoller sur une piste de latérite, en le… tamponnant à la hauteur de son aile gauche avec le pare-buffle de leur véhicule un puissant pick-up !  L’avion, aile brisée et train d’atterrissage enfoncé s’était couché dans un nuage de poussière rougeâtre.  La manœuvre plutôt hardie et risquée, digne d’un film d’Hollywood avait été pour le moins… efficace. Un policier armé descendu du pick-up encore en marche avait tenu en joue ses occupants (photo ici à droite), pendant que ses collègues repartaient à la poursuite des véhicules venus à la rencontre de l’avion.  La technique des policiers brésiliens semble une méthode devenue classique depuis :  en 2013 ils agiront de la même façon pour interrompre le décollage d’un Cessna de trafiquants à Santa Vitória (ici à gauche) en heurtant sa queue et en le pourchassant côte à côte quelques instants avant de le renverser complètement sur le côté.  Les policiers brésiliens pratiquent des abordages dignes des corsaires d’antan pour bloquer les actes de piraterie aérienne sur leur territoire !  Il faut dire que ce marché brésilien s’annonce… gigantesque (pour la Marijuana, c’est le Paraguay qui fournit), et l’on constate aussi sur les deux cartes ci-dessous le rôle majeur de la Bolivie, qui sert aussi de passage, en prime, à la coke péruvienne) :

 

Un trafic aérien essentiellement du Paraguay vers le Brésil

Pour l’identification de l’avion surpris en ce 28 juin, pas de problème : une photo de sa carcasse abandonnée au sol présente à la vue de tous son immatriculation : PT-IIJ, celle à l’évidence d’un vieil Embraer PA-23-250 (« Aztec C »), fabriqué en 1970 par Piper Aircraft Brésil, et enregistré au nom de Jeison Moreira Souza.  Le propriétaire, selon l’enquête qui a suivi a, semble-t-il, pris la poudre d’escampette bien avant l’annonce du crash de son appareil. Au sol, l’avion abandonné laisse entrevoir par l’une des ses vitres de secours brisées toute une cargaison de drogue soigneusement empaquetée (ici à droite).  Le pilote qui s’est enfui avait laissé des traces sur place : « il habitait en effet  une maison louée dans le quartier du Nord-Ouest, mais a depuis abandonné la place et n’a pas répondu aux injonctions à payer des tribunaux de l’État. Une audience en ce sens avait été prévue le 11 mai, mais Jeison n’y a pas assisté.  Les impayés montaient à 2832,50 dollars.  Le loyer était de 550 dollars et le contrat de location signé semblait signifier que l’homme était bien un pilote, ce qui contribue à augmenter le soupçon comme quoi il n’aurait été qu’un paravent pour l’opération » note la presse locale.  Un projet établi depuis longtemps, à coup sûr… A noter que ce modèle d’appareil a une longue histoire de véhicule pour trafiquants, ainsi cette superbe image d’un Piper PA-23-250 Aztec C numéro de série 27-3453 immatriculé PT-KUI prise en 2007, un avion abandonné à Belem depuis longtemps par les trafiquants … et qui depuis prend les couleurs de la jungle qui lentement le dévore (photo Jet-Photos, superbe cliché).

Aucune chance

Plus singulier et plus significatif, le même avion appartenait à un paraguayen, Antonio Marques Duartez, qui est mort à 24 ans dans un accident d’avion survenu à Pedro Juan Caballero, à la frontière avec Ponta Pora.  Un accident dans lequel était décédé également Mario Ney Chaves Pires (ici à droite), souvent cité comme responsable du trafic des drogues et présumé d’appartenir à un gang qui envoyait la cocaïne colombienne vers l’Europe. L’avion,un Cessna Centurion ZP-BIK (à train rétractable) avait piqué tout droit verticalement vers le sol, s’écrasant à quelques mètres de la piste d’atterrissage de l’aéroport de Pedro Juan Caballero, écrasant ses deux occupants resté sanglés sur leur siège, écrasés entre le bloc moteur et le reste de l’avion (dont la queue s’était brisée à l’impact).  Des photos saisissantes montrant les deux corps toujours coincés circulent sur le Net.  La chute à la verticale ne leur avait laissé aucune chance de s’en sortir !

L’épidémie venue du Paraguay

Des Cessna de ce type immatriculés « ZP » – et donc venus du Paraguay voisin), il y en a eu toute un série de tombés… Dans cette région, en effet, où pas moins de 14 appareils ayant livrés de la drogue avaient été saisis en 2015, dont une majeure partie de Cessna 210, modèle fort prisé dans les pays andins selon la liste fort précise fournie ici par ABC news :  un Cessna 210, ZP-TZP, appartenant à Juan Nelson Servián Acosta.  Un Cessna 210, immatriculé  ZP-BEK, qau nom de Juan Carlos Alfredo Isasi Acuña.  Un Cessna 210 ZP-BPC, appartenant à Pablo César Álvarez Lezcano.  Un Cessna 210 ZP-BCI, enregistré sous le nom d’Aparicio Paraná Delvalle.  Un Cessna, 182P ZP-BAL, posé à Tiabendazol et appartenant à Wagner Santulhao (arrêté en Bolivie, en train de trafiquer 300 kilos de cocaïne.  Un Cessna 210 Centurion ZP-BUM (ici à droite), appartenant à Sixto Benítez Collante. Un Cessna 210M ZP-TZR, propriété de Patricio Román Ibarra Recalde et un autre Cessna 210M, le ZP-BCQ, ayant comme propriétaire Vicente Cano Espínola, plus les Cessna 210L ZP-BBG, de Pablino Candia Fernández; le Cessna 210M ZP-BDK, de Jhony Ramón Giménez López; le Cessna 206 ZP-BES, de Inocencia Zaya de Gaona, et le Cessna 210M ZP-BSP, au nom de Sindulfo González, lui-même capturé pour trafic de drogue, auxquels on a pu ajouter le Cessna 2010 M de Juan Nelson Servián et le Cessna 210L ZP-BBO, enregistré au nom de San Daniel SA, société représentée par Albino Méndez Silva.  En 2016 c’est un bimoteur que l’on découvrait encore bâché, posé sur une piste clandestine, à Tacuarí,à 5 kilomètres de la ville de Curuguaty (photo ici à gauche)…  Lors du coup de filet de 2015, deux appareils semblaient aussi beaucoup intéresser les autorités : « le PT-WILL, inscrit au nom de l’entreprise « Trianon », mais dont les administrateurs étaient jusqu’alors inconnus. Et le PT-ACW (un rare Cesssna 140 de collection  !),  apparaissant comme étant la propriété de Luciano Sborquia, qui selon les indications a des problèmes juridiques au Brésil ».  L’une des accusations le concernant étant celle en effet de… trafic de drogues.

Drogue et violence, toujours liées

Cette proximité de frontière et le trafic intense de cocaïne à forte valeur ajoutée implique une recrudescence notable des morts violentes dans tout le secteur, comme le montre le schéma ici à gauche.  Trafic et mortalité violente vont toujours de paire, on le sait, hélas.  Le trafic n’est pas franchement nouveau et c’est celui de la circulation et de l’acheminement de la drogue bolivienne; ainsi avec le cas de 2013 d’un Cessna immatriculé CP-2657 intercepté avec 300 kilos de coke à bord (photo ci-dessous à droite).  Cet appareil destiné à se poser au final au Brésil avait comme propriétaire un autre client sérieux  :  le détenteur du terrain où l’avion s’était posé était le général à la retraite Carlos Egisto Maggi, « qui a dit aux participants qu’il n’était pas au courant des activités des trafiquants de drogue en général. L’officier militaire à la retraite est le père de l’homme politique Carlos Manuel Maggi Rolon, appartenant au mouvement « Honor Colorado » Horacio Cartes a été candidat récemment élu à la députation de San Pedro par son parti ».  Selon les rapports de police, c’est le contremaître de l’établissement, Faustino Martinez, qui avait loué la piste aux trafiquants de drogue ».  Une explication bien pratique pour les propriétaires, dirons-nous.

L’Embraer 810 (Piper PA-34), appareil omniprésent dans le trafic

Si les Cessna sont prisés au Brésil un autre appareil, très répandu là-bas, l’est également : c’est un bimoteur Piper construit sous licence au Brésil depuis 1975 par Embraer (exemple ici posant à droite dans un aéroclub de Parana).  Le Seneca II, avion fort répandu, que deux jeunes pilotes assez inconséquents avaient emprunté il n’y a pas si longtemps pour faire du rase-mottes en pleine ville, celle de Teresina, comme le montre l’ahurissante séquence suivante dévoilée en février dernier. Une virée fort dangereuse, en fait.  Un nombre conséquent de PA-34-200T a été construit sous l’appellation EMB-810C Seneca (452 exemplaires) ou celle de PA-34-220T (devenu EMB-810D), construit, lui, à 228 exemplaires.  Normal qu’on en trouve donc un peu partout dans le pays, sur de petits aérodromes, pour servir de taxis volants ou comme avions-école, tel ici ce PT-TVD – à gauche) orné d’une décoration classique au Brésil.  En avril dernier, c’est une autre scène saisissante encore que l’on découvre :  un autre bimoteur encore, porteur de la même livrée (merci JetPhotos.net), un Embraer EMB-810C Seneca II immatriculé PT-ENY enregistré en 2015 au nom de Antonio Sergio Lanzone (racheté à Gilmar Ferreira De Freitas), retrouvé vautré sur le sol rouge bien connu du Mat Grosso, à 75  km de Tangara de Serra exactement, au Centre Est du pays, pas loin de la Bolivie (les décollages de Seneca sur ce genre de terrain donnent toujours des images épiques).  A bord, les policiers ont trouvé 400 kilos de drogue (de la pâte de base de coke), des appareils électroniques divers, des téléphones, des revolvers et plus de 5 millions de reals brésiliens en cash.  A ses côtés, une camionnette Toyota Hillux s’apprêtait à embarquer la cargaison de drogue.  Un échange de tir avec les cinq (jeunes) trafiquants sur place avait précédé leur arrestation.  On en voit ici quatre menottés au sol et ici la totalité du groupe arrêté.  La nature même de la cargaison laissait entendre qu’un laboratoire de raffinage ne devait pas être loin, attendant la matière de base pour la transformer en cocaïne véritable à consommer.  Le Brésil venait alors de changer de fonction :  de terre de relais, il était devenu terre de transformation.  L’étape ultime avant l’exportation… en Europe, principalement. Les avions de ce type se négocient en moyenne jusqu’à … 600 000 dollars.  Prendre le risque de leur perte est bien le signe que leur cargaison vaut bien davantage, on s’en doute… Mais les trafiquants sont comme tout le monde :  ils cherchent à minimiser leurs frais, et lorgnent plutôt sur les modèles à environ 200 000 dollars… tel celui-ci, un Seneca III PA-34-220T fort présentable en photo à droite; mis en vente au Texas.

Les monomoteurs aussi sont de la fête

En mars 2016, c’était cette fois un monomoteur Embraer/Neiva EMB-721C Sertanejo (Piper Lance) immatriculé PT-EOO qui avait effectué un atterrissage forcé sur les terres d’une ferme de Vale do Sao Domingos, dans le Mato Grosso;  près de la frontière avec la Bolivie.  L’avion s’était posé en plein champ de soja (l’une des cultures-phare du pays) !  A bord, cette fois non pas de la pâte, mais de la poudre, de la cocaïne déjà raffinée.  L’avion en était plein à ras bords :  il y avait 430 kilos partout dans la cabine, dans de grands sacs bleus sagement cousus !!!

Des trafiquants arrêtés par d’autres Embraer (des Tucanos)

En 2015, le 16 novembre, un autre Embraer bimoteur EMB-810C Seneca, immatriculé PT-WHM, avait été intercepté par les forces aéronavales brésiliennes  au nord du Mato Grosso do Sul, près d’Araçatuba :  après plusieurs coups de semonce, l’avion qui avait tenté de décoller avait avorté la manœuvre et ses occupants s’étaient rendus aux autorités (on peut les apercevoir menottés, face contre terre, à côté de leur appareil dans la vidéo).  A bord, les militaires avaient trouvé 380 briques de pâte de base de cocaïne, pour un total de 400 kilos.  L’interception des malfrats avait été filmée, et on peut la voir ici sur You Tube (le bruit accompagnant le reportage est celui de l’hélicoptère ayant participé à l’arrestation; faite semble-t-il à la tombée de la nuit).

Les avions agricoles réquisitionnés également

Le sud du pays est bien touché par la circulation aérienne intense de la drogue :  ainsi dans la région du nord-ouest  du Parana, un des 27 états du Brésil, des appareils de différents types survolent donc la zone, porteurs de drogue.  Une plantation de riz n’est certes pas un bon endroit pour atterrir, même s’il s’agît en l’occurrence d’un avion spécialisé dans le domaine agricole. C’est pourquoi sans doute on a retrouvé cet appareil complètement retourné, venu effectuer un superbe cheval de bois en se posant en pleine rizière (de nuit on suppose !).  Difficile, au vu des photos de le reconnaître, une fois dans cette position.  Mais ses grosses roues, son aile basses aux larges volets ont vite fait de nous convaincre qu’il s’agit bien d’un avion agricole, à cabine individuelle, et là encore d’un Embraer « local », puisqu’il s’agit d’un modèle EMB-201A modèle « Ipanema » construit sur l’exemple du Piper Pawnee, un avion datant des années 70, construit à plus de 1200 exemplaires au Brésil et dont les couleurs sont, selon son enregistrement, celles de la firme Onesko Aviação Agrícola Ltd installée à São Jorge do Ivaí (une société d’autorisation de vol fort récente).  Son moteur Avco-Lycoming IO-540-K1J5D est lui aussi reconnaissable.  Immatriculé PT-UCQ, l’avion semblait donc avoir été subtilisé, car il a été retrouvé avec à son bord encore 60 kilos de pains de cocaïne. En contenait-il davantage, on ne le sait pas : l’engin peut emporter 800 kilos de charge pour l’épandage… (son silo est devant la cabine) et effectuer près de 850 km de trajet avec !  Le fait que la société  Onesko Aviação Agrícola Ltd est de création récente laisse place à quelques soupçons supplémentaires, et ce d’autant plus que l’appareil retourné affiche toujours les couleurs d’une autre société agricole, une coopérative dont on peut voir ici l’un des appareils immatriculé PT-GXA décoller difficilement d’un champ, après d’inquiétants réglages moteur préalables.  Le PT-UCQ serait-il le PT-GXA ?  C’est bien possible, à regarder de près sa décoration similaire !!!  A entendre le moteur de cet exemplaire, on ne donnait pas cher de ses vertus aéronautiques en effet.  Et quelle idée de se poser en pleine rizière ?  On songe bien sûr à un problème technique, le concernant.  Les trafiquants sont prêts à utiliser tous les véhicules aériens, on le voit bien :  jusqu’à utiliser aussi l’hélicoptère, tel ce magnifique Robinson Robinson R44 Raven II (PP-MCH), saisi en juin 2014 à Campo Mourão, avec à bord 80 kilos de coke:  il s’était posé près de la Fazenda Santa Maria, après avoir essuyé semble-t-il un tir de la police (deux traces de balle figurant sur son côté gauche, visible à 3’35 du reportage, et en dessous de l’engin).  Des trafiquants prêts à laisser sur place des engins de valeur :  l’appareil posé à Campo Mourão, à lui seul, se vend neuf 425 000 dollars… depuis il est devenu hélicoptère de la police… du gouvernement de Parana (3) !

Pas que de la coke comme seul trafic

Restons au Brésil et dans les modèles locaux signés Embraer avec un autre phénomène à noter. Un Embraer EMB-721C Sertanejo, monomoteur à train rentrant.  Cette fois c’est une plantation de canne à sucre qui ne semble pas mieux destinée à recevoir un avion qu’une rizière.  Un Sertanejo de chez Embraer a été en effet retrouvé en plein milieu d’une exploitation de ce type, située à Barretos.  L’avion immatriculé PR-FAN a laissé une longue trace sur le terrain en se posant, finissant par y perdre l’aile droite arrachée.  A bord pas de drogue cette fois, mais une foultitude de cartons contenant des appareils électroniques, notamment.  Et deux bidons de kérosène, au cas où.  A l’intérieur des cartons, il y en a pour environ 500 000 dollars de matériel :  appareils photos ou même caméra Sony comme on peut le voir ici à gauche (le trafic de matériel de ce type, à forte valeur ajoutée, on l’avait déjà évoqué dans un épisode précédent avec un Cherokee 32R Lance Piper construit sous licence au Brésil  immatriculé PT-EXP –voir ici-).  Les deux occupants de notre avion vautré dans la canne à sucre sont retrouvés à proximité, errant dans un bois.  Le pilote déclare aux policiers qu’il travaille pour des contrebandiers depuis deux ans et fait même deux voyages par semaine pour gagner 1 500 reals brésiliens par voyage (400 euros seulement !).  Son co-pilote avouant lui-même avoir a été formé pour suivre la même route de contrebande.  Pour leurs 400 dollars par voyage, les pilotes risquent entre 2 et 8 années de prison… N’ont-ils toujours véhiculé que des appareils électroniques ?

Des avions essentiellement chargés de cocaïne bolivienne 

Le circuit est donc bien rodé et bien connu:  le sud du Brésil, particulièrement, n’est qu’une terre de passage pour la cocaïne importée de Bolivie.  Les autorités boliviennes ne s’en cachent pas, quand il s’agît de relever par exemple un crash d’avion piloté par deux brésiliens près de la municipalité de Colquechaca le 21 novembre 2016.  Au sol, les vestiges de ce qui semblait être un avion de petite taille et qui se révélera être un Cessna 310 (bimoteur) de location.  Près des débris, gît un cadavre d’un homme d’une vingtaine d’années, son compère de la même tranche d’âge ayant réussi à s’échapper vivant, emmené dans une camionnette par des complices avant l’arrivée de la police.  Selon les autorités, l’endroit est propice à ce genre de trafic :  situé entre l’Oruro et la région de Potosi, un bon nombre des pistes clandestines d’atterrissage y sont en effet présentes et répertoriées.  Selon l’ASN, « des traces de cocaïne avaient été découverts à bord ».  En Bolivie, le 14 juin dernier, trois avions ont été saisis dans une hacienda  » ‘Las Vegas », située dans la province de Yacuma, au centre du Beni, qui leur servait d’aéroport à trafic de coke. A l’occasion, 120 paquets de cocaïne avaient été saisis, en plus des appareils.  Une propriété aux « visiteurs » internationaux :  le pilote d’un des avions est de nationalité colombienne alors que son mécanicien est paraguayien !  Parmi les appareils saisis sur place, un Beech Baron (ici à droite), facilement reconnaissable à ses verrières incurvées et son antenne de toit caractéristique, ainsi que son train principal se rétractant vers l’intérieur, muni de ses portes anguleuses reconnaissables.  Ce genre de saisie, en Bolivie, sert surtout à rassurer l’opinion internationale, car manifestement le gouvernement d’Evo Morales ferme les yeux sur la production de coca… ou l’encourage même.  Ou laisse entendre que coca ne veut pas dire obligatoirement cocaïne : une belle argutie !  Dès 2014, le Brésil avait pourtant déjà mis fin à un gang bolivien utilisant des Cessna pour acheminer la drogue bolivienne dans le pays.  Un juge avait par exemple ordonné le relèvement et la saisie d’un appareil tombé en plein champ par « l’Aérea – GRAer da Polícia Militar » de l’état de Goiás, un avion soupçonné de trafic de drogue.  Un Cessna 210 Centurion, « d’enregistrement PR-RRD » avait-il indiqué dans sa réquisition visant ses deux occupants, Adalto Martins Ferreira et Ivan Fernandes de Carvalho. L’engin avait promptement été déposé sur un camion plat pour être emmené en lieu sûr.  Il s’était posé sur une superbe piste clandestine, au milieu d’une plantation de cannes à sucre, à découvrir ici.  A bord, il y avait 500 kilos de pâte de coca.  Car ce ne sont pas les pistes de ce genre qui manquent, au Brésil, et c’est bien là tout le problème…

La propriété du ministre comme piste de décollage des trafiquants

Pour en revenir à notre prise du jour, le fameux Seneca PT-IIJ, ce n’est pas tant l’appareil vieillot qui surprend, car, comme on a pu le voir d’autres engins du même modèle se sont posés eux aussi bourrés de drogue au Brésil pendant des mois.  Non là, c’est un avion qui n’était pas en train de se poser quand les militaires l’ont intercepté :  il était en train de faire l’inverse, à savoir de décoller… d’une propriété appartenant à une personne en vue au Brésil, puisqu’il s’agit tout simplement du ministre de l’Agriculture, pas moins.  Une propriété située dans a région d’Aragarcas, dans l’état de Goiás.  L’appareil avait été auparavant survolé par un Tucano A-29 de la force aérienne brésilienne qui le voyant s’apprêter à décoller, avait tiré devant lui une rafale pour intimider ses occupants.  A bord, une fois l’avion (rudement) posé un peu plus loin dans la municipalité rurale de Jussara, les militaires découvriront plus d’une demi-tonne de cocaïne à son bord (653 kilos au total).  Sur l’infographie de la presse brésilienne on a pris quelques libertés avec la réalité :  l’avion des trafiquants ressemble plutôt à un Cessna Centurion et n’a pas volé très loin en faite de l’endroit d’où il avait décollé.  Le problème se situe plutôt au niveau de l’endroit d’où le vieux Piper Seneca s’est envolé, justement : cette fameuse propriété (de 40 000 hectares, du puissant groupe Amaggi, présent en Argentine, au Paraguay, en Hollande, mais aussi en Norvège et en Suisse !), est celle, en effet, de Blairo Maggi, le ministre de l’agriculture de Michel Temer, et un fervent défenseur de l’agrobusiness brésilien (c’est aussi le « roi du soja » comme le montre la photo vi-dessous à droite).  Temer, un président déjà enfoncé jusqu’au cou dans une belle affaire de corruption, avec témoin à charge, un proche, Rocha Loures, lui ayant apporté en mains propres une valise pleine de billets une entrevue qui a été filmée !  Le Brésil n’en finit pas de cette corruption en plus haut lieu qui a gangrené tout le pays.  Après avoir démis Dilma Rousseff, voilà que l’on découvre que son successeur fait bien pire encore…  Au Brésil, la corruption touche en effet tous les secteurs, dont celui de l’alimentation, dont se charge justement Maggi.  Ce qui peut aussi représenter un danger pour les populations locales, comme pour le monde entier, puisque la viande brésilienne est abondamment exportée :  « depuis la déflagration de l’opération judiciaire « Viande avariée », le 17 mars, le ministre de l’agriculture ne manque pas une occasion de faire part de son amour immodéré pour la chair animale, défendant la viande brésilienne contre le poison du soupçon.  Un défi.  Le scandale, fruit de deux ans d’investigation, a mis au jour un système de corruption éclaboussant de grandes marques brésiliennes.  Au total, 21 entrepôts frigorifiques, certains appartenant aux géants de l’industrie, JBS et BRF, sont mis en cause, suspectés d’avoir soudoyé des agents fédéraux chargés de l’inspection sanitaire pour commercialiser de la viande périmée.  Les étiquettes étaient truquées et/ou l’apparence peu flatteuse et l’odeur nauséabonde étaient masquées par des injections d’acide ascorbique. « Un produit potentiellement cancérigène », s’alarme le commissaire en charge de l’enquête.  De la « vitamine C », répond le ministère.  Les enquêteurs ont également identifié des morceaux contaminés à la salmonelle destinés à l’exportation » nous avait fort à propos rappelé Le Monde en avril dernier.  Mais il n’y pas que cela.

Le coup de la coke dans la viande congelée

La viande de bétail et la coke n’ont pas de rapport, me direz-vous ?  Détrompez-vous.  Un magazine spécialisé, BeefPoint, nous décrivait ici il y a quelques années déjà une scène assez surréaliste survenue au marché de Saint-Sébastien, situé au Nord-Est du Brésil, à Fortaleza en 2005 déjà (plus de 12 ans que ça dure !) :  « lors de l’opération « Caravelas », la police fédérale, a été saisi dans l’après-midi du jeudi, dans un hangar sur le marché Saint-Sébastien, environ deux tonnes de cocaïne emballés dans des morceaux de viande préparés surgelés destinés à l’exportation.  C’est la plus importante saisie de cocaïne pure dans l’histoire de l’État.  Les employés d’une entreprise sous contrat par la police fédérale ont utilisé une scie électrique pour couper la viande congelée.  La cocaïne provenait de la Colombie, et avait traversé le Parana pour arriver à Rio, où elle avait  été incorporée dans des morceaux de viande, pour être acheminée à Lisbonne au Portugal (le cliché ci-contre montrant effectivement les pains de coke cachés dans la viande).  Tous les biens saisis jeudi seraient transportés dans les 30 jours sur un navire au pays européen.  Là-bas, chaque kilogramme de drogue atteindrait le prix de 35 mille dollars.  Sept personnes ont été arrêtées dans l’opération.  L’un d’eux est Jose Antonio Jorge Pereira Palhinhos.  Selon PF, il est partenaire dans deux restaurants chics de Rio de Janeiro (la deuxième plus grande ville du Brésil après São Paulo).  Le système étudié pendant plus d’un an, a été dirigé vers le Portugal par Antonio dos Santos Damaso, établi dans un « Barra shopping » (une allée commerciale d’hypermarché) avec Carlos Roberto da Rocha, le frère de Luis Carlos da Rocha, surnommé le Tête Blanche (« Cabeça Branca » » Tête blanche », en portugais), l’un des plus grands trafiquants de drogue au Brésil, qui est recherché au Surinam  et Rossini Galdino de Souza, surnommé « l’Ancien ».  Ont été arrêtés également  Estilac Oliveira Reis, l’architecte juridique du gang, sur la route de Mendanha menant à Campo Grande, où il possède une entreprise; le secrétaire du gang, José Antonio Jorge Pereira Palhinhos, Vania de Oliveira Dias, à Ipanema; et Marcio Junqueira de Miranda, responsable de l’emballage de la drogue dans les morceaux de boeuf dans Sernambetiba Avenue.  Une opération complexe, avec des succursales à Lisbonne, au Suriname et en Colombie, a été menée par le gang découvert hier par la police fédérale.  Le gang opérait du Mato Grosso do Sul.  La cocaïne était acheminée vers l’état par avion venu de Colombie et était maintenue dans des hangars dans les fermes pour ensuite remonter vers Rio dans des camions, à travers le Parana.  Le boeuf avait une autre origine:  les saisies de 50 tonnes proviennent aussi d’un réfrigérateur à São Paulo.  Selon les agents du Groupe sensible enquêtes (Gise) PF de Brasilia – responsables des enquêtes – la cocaïne de Colombie a été emballée avec de la viande dans un processus industriel : l’emballage était sous vide.  La cocaïne et la viande ont été congelées dans un réfrigérateur du marché de San Sebastian à Peña.  Pour éviter les soupçons, une société fantôme d’exportation – Bahia agricole da Ltda – a été créée avec des partenaires et des adresses fictives.  La cocaïne était apportée en Europe dans des conteneurs scellés sur bateaux.  La destination était l’Espagne, mais PF a indiqué que la destination finale était le Portugal.  Là, elle devait être distribuée dans divers pays.  Le même groupe avait déjà envoyé des expéditions similaires en Europe »…  Il y a douze ans déjà, un procédé assez sophistiqué avait été découvert pour faire acheminer la coke vers l’Europe !  A noter les deux noms, déjà de responsables du trafic :  Luis Carlos da Rocha et Rossini Galdino de Souza.  Depuis bien d’autres procédés pour dissimuler la cocaïne ont été inventés

Le fléau des centaines de pistes de travail agricole aérien 

Or le président Temer s’était aussi immiscé dans le débat à sa façon : « selon les premières conclusions de l’enquête, Michel Temer se serait « prévalu de sa condition de chef d’État » pour percevoir plus de 130 000 euros de la main du géant de la viande, JBS, empêtré dans un scandale de corruption, d’après les confessions de l’un de ses propriétaires, Joesley Batista, et ce en échange de faveurs du gouvernement ».  Maggi avait plus ou moins réussi à étouffer le scandale sanitaire, voici que s’en profile un autre, qui pourrait le toucher bien davantage, à l’évidence.  Mais que faisait donc cet appareil chargé de plus d’une demi-tonne de coke dans sa propriété ??? Comment va-t-il réussir expliquer la présence de cet avion sur ces terres aux manifestants déjà bien remontés contre son propre président accusé de corruption passive ???  Il possède déjà une réponse toute faite, remarquez, via ses avocats, qui ont déjà paré au plus pressé :  situé à Campo Novo de Parecis, la partie louée par Amaggi dans l’hacienda dispose en fait  de 11 pistes autorisées pour l’atterrissage éventuel d’avions agricoles, selon eux, des pistes « qui n’exigent pas une vigilance constante » précisent-ils.  En somme, il est impossible de l’en rendre responsable : n’importe qui à le droit de s’y poser !  En 2013, à cet endroit un avion agricole de type Air Tractor s’était effectivement écrasé, tuant son infortuné pilote (ici dans son hangar).  D’autant plus qu’il peut aussi facilement arguer de ceci : « en avril de cette année, le groupe Amaggi est venu soutenir une opération de la police fédérale (PF), quand il a été informé qu’un avion clandestin débarquerait avec environ 400 kg de drogue (comme indiqué à l’époque) dans l’une des voies auxiliaires de la ferme.  A l’époque, le PF a réussi l’action d’interception avec plein le soutien de Amaggi, ce qui a abouti au succès ».   Selon les dates, il s’agirait du cas du PT-ENY (expliqué ci-desssus dans l’article), survenu le 23 avril à Tangara de Serra, dans le Mato Grosso.  Effectivement, Amaggi est installé à Tangara de Serra (la société y recrute toujours des pilotes agricoles).  Une défense qui marche pour un avion qui se serait effectivement posé sur place…  Car on semble déjà oublier, en exprimant cela que l’avion semble bien avoir été chargé sur place et n’a pas fait qu’un simple « touch and go« …  l’usage des pistes destinées au travail agricole est en effet un véritable fléau difficile à endiguer :  le 10 novembre 2008, un Embraer EMB-721 Sertanejo tout blanc et immatriculé PT-EXO (ci- contre à droite) faisait ainsi un atterrissage d’urgence sur une piste normalement destinée au travail aérien, près de la ville d’Adolfo, dans l’état de São Paulo.  Les deux occupants avaient fui, abandonnant l’avion sur place.  On peut voir ici la vidéo de la visite de la police de l’appareil, laissé complètement vide, à part des sacs de couchage.  L’avion avait manifestement servi à transporter de la drogue.  Avouez en tout cas que, voulu ou pas, cela ternit un peu plus encore l’image des représentants brésiliens, en grande partie embarqués dans le grand maelström de la corruption envahissante, et d’une circulation de drogue devenue quasiment incontrôlable en raison de pistes d’atterrissages disséminées dans tout le pays par les agriculteurs (et le type d’agriculture souhaitée en plus haut lieu).  De nouveaux « barons » de la drogue remplaçant les vieilles tiges du trafic établi depuis des dizaines d’années maintenant, comme l’expliquait il n’y a pas si longtemps le magazine « Epoca ».  L’annonce toute récente (j’y reviendrai très certainement bientôt) de l’arrestation d’un des principaux organisateurs de ce gigantesque trafic, le fameux « Tête Blanche », après plus de trente années de traque, redonnant un (petit) espoir de voir un jour disparaître le fléau… qu’il sera difficile de juguler dans ce pays où un nombre conséquent de pistes pour avions agricoles représente une véritable aubaine pour les trafiquants.  Le Brésil, c’est simple, en raison de son agriculture industrielle nécessitant d’énormes doses de produits phytosanitaires à épandre par voie aérienne, a tout bonnement « inventé » la piste clandestine « officielle »pour trafiquants !!!  Le problème est littéralement insoluble !!!  Pour empêcher le trafic de drogue, le Brésil devrait en effet  changer de modèle d’agriculture !!!

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(1) « Coke en Stock (CXIV) : au Brésil on tire sur les avions, en vrai comme au cinéma, et la corruption est partout »

(2) Extrait :  « le marché brésilien en effervescence repose désormais sur un cartel qui lui est propre, qui fait craindre pour la prochaine coupe du monde de 2016, étant donné la violence engendrée et le taux élevé d’armement des trafiquants. La frontière bolivienne étant particulièrement sensible. Mais c’est la géographie et l’histoire du pays qui déterminent ce trafic, orienté à la fois vers le Mexique, mais aussi vers l’Afrique rappelle America’s Quartely  : « alors que le géant sud-américain ne produit pas de cocaïne, son vaste littoral de 10, 500 miles (17 000 kilomètres) de frontières faiblement surveillées (plus de la moitié est de la jungle) présente une opportunité intéressante pour les trafiquants. Dix pays partagent des frontières avec le Brésil, dont les trois plus grands pays de la cocaïne pays producteurs (Bolivie, Colombie et Pérou) et l’un des plus grands producteurs de marijuana (Paraguay). En outre, la relation de plus en plus le commerce légitime entre le Brésil et l’Afrique a ouvert un nouveau corridor pour le trafic illicite. Le commerce avec ce continent atteint 17,2 milliards de dollars en 2009. Ce n’est pas par hasard que dans la même année, le Brésil est également devenu le principal point d’origine de cocaïne expédiée à l’Afrique ». L’article citant l’Angola et le Nigeria comme points d’expéditions privilégiés ».

(3) l’hélicoptère comme transport de coke avait déjà été cité ici… avec cette saisissante vidéo prise par la police brésilienne des trafiquants en pleine action.  Déjà, un politicien de la famille Perella, liée elle-même à celle d’Aécio Neves, président du Parti de la social-démocratie brésilienne, avait été mis en cause.  Ça et l’autre spécialité du pays…

 

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