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Coke en stock (CXXI) : Haïti demeure une terre de trafic

A ce stade, ce ne peut plus être une coïncidence.  Cela fait des années que j’évoque ici, comme ailleurs, le fait que le trafic de cocaïne est remonté au plus haut du pouvoir de certains pays.  Des faits récents semblent vouloir me donner raison encore une fois, car en quelques mois d’intervalle, ce sont pas moins de trois fils de présidents, dont certains en exercice au moment des faits, qui ont été arrêtés pour trafic de drogue (nous en verrons le détail bientôt).  Le dernier en date étant celui du président saltimbanque aux chansons crues, dont j’avais tracé ici il y a cinq ans déjà le portrait fort peu amène.  Avec lui aussi, mes prédictions se sont avérées justes :  le pays n’est toujours pas sorti de l’ornière de l’omniprésence du trafic de cocaïne dans lequel il végète depuis des décennies.  Haïti, sous la présidence de Martelly, est restée une terre de trafic de drogue, sinon a vu  ce trafic augmenter encore…

fistonPour Olivier Martelly, l’un des trois fils de Sweet Micky, le surnom de l’ex-président d’Haïti (les deux autres s’appelant Sandro et Yani, vus ici avec la star locale Wyclef et un peu plus tard ici aussi) cela avait commencé par un bien étrange enlèvement (le sport national haïtien comme on l’a vu dans l’épisode précédent). C’est en Haïti que ça s’était passé, le jeudi 21 mai 2015, jour durant lequel Olivier Martelly, fils aîné du président d’Haïti, s’était fait arrêter en compagnie de Fabio Lobo Lobo; le fils de l’ex-président hondurien Porfirio Lobo;  tous deux étant dans la même voiture filée depuis plusieurs jours par la DEA.  Car cette fois, aucune mafia derrière cet enlèvement, mais la police haïtienne, travaillant de concert avec la DEA américaine…  Les deux lascars, de façon surprenante, étant aussitôt expédiés aux USA.  « Fabio Lobo Lobo, selon la dépêche, a été transféré à New York où il doit comparaître devant un juge » clamait le fort bien renseigné Nouvelliste, Olivier Martelly étant comme lui accusé par les services de renseignement américain d’avoir eu quelque chose à voir avec le bateau de sucre en vrac provenant de la Colombie, le Manzanares, long de 113 m, battant pavillon panaméen, qui contenait en fait de la cocaïne (77 kilos) et de l’héroïne (10 kilos), pour environ 10 millions de dollars américains.navesco  La découverte avait été faite à peine un mois auparavant, au port au port du terminal Varreux, sur le Wharf Jérémie, situé dans la commune de Cité Soleil le 5 avril 2015.  La drogue avait été dissimulée dans des assiettes en mousse (foam) dans les escaliers de la cale N°2. Selon une source policière et selon le manifeste officiel du bateau, la marchandise était destinée à la société Nabatco, propriété des Acra, l’une des plus richesnabatco familles d’Haïti;  venue du Liban (lire ici un excellent reportage sur ces familles qui ont en fait toujours été du côté des dictatures (1).  Des industriels qui ont fait fortune avec les deux produits impérieux en Haïti : le riz et la tôle ondulée des toits des maisons.  « C’est ce qui semble avoir occasionné cette importante mobilisation de policiers à Delmas, précisément au complexe des Acra quasiment toute la journée du mardi (le 14 avril) » avait décrit Le Nouvelliste.  Il aura fallu du temps pour trouver la drogue : « A bord six mille cinq cent tonnes métriques de sucre, soit cent quatre- vingt dix mille cent quatre-vingt-dix (190 190) sacs de 25 et 50 kg, de marque Incauca, commandée en février 2015 par la Nabatco auprès d’une compagnie colombienne, Azucares Y Miele » précise toujours le même journal toujours aussi bien renseigné. »  « Le chargement du sucre a été fait au port de Buenaaventura, en Colombie, entre le 9 et 22 mars 2015 par la Sociedad Porturia Regional de Buenaventura.  » 

Une personnalité de l’industrie haïtienne dans le coup

acraMais très vite une autre nouvelle s’était répandue (« en Haïti, la rumeur est plus importante que l’information » peut-on lire ici):  « certains affirment que l’importateur du sucre incriminé faisait partie de l’équipe de transition de Michel Martelly, et qu’il aurait même été considéré comme un des gros bailleurs de fonds de la campagne de « Sweet Mickey ».  Durant la période de mise en place du premier gouvernement, son amitié avec le président élu (Michel Martelly) accréditait même les rumeurs selon lesquelles il allait jouer un grand rôle dans le gouvernement Martelly ».  Tout le monde songeait alors à Marc Antoine Acra.  Le 5 août, c’est en effet vérifié avec le coup de massue de l’incroyable annonce qui tombe en Haïti : ‘l’homme d’affaires Marc Antoine Acra, responsable de la Nabatco, compagnie importatrice d’une cargaison de sucre en provenance de Colombie, transportée par le navire Manzanares dans lequel de la drogue a été découverte en avril 2015, a été « inculpé », ainsi que Sébastien François Xavier Acra et Grégory Georges, alias Ti Ketan, pour « trafic illicite de la drogue », selon l’ordonnance de clôture de l’instruction du juge Berge O ».  La réponse cinglante du magnat haïtien n’allait pas tarder.  Le 8 août, le même Marc Antoine se défendait et déclarait sans ambages « au micro de la presse que la cargaison de drogue retrouvée au bord de son chargement de sucre, provenant de la Colombie appartenait à l’ancien président Joseph Michel Martelly… »  Et bing, retour de service gagnant pour lui !  Le chargement de drogue, bien à part de celui du sucre, et chargé aussi à part, lui donnant raison, pour beaucoup d’observateurs.  Mais un autre élément allait nuancer cette analyse un peu rapide.

D’autres navires contenant de la coke

lisanneD’autres navires seront en effet après soupçonnés, tel le Century Dream, navire battant pavillon panaméen, fouillé en juin 2016 par la BLTS, et la DEA, au port de Port-au-Prince.  Comme si la DEA se réveillait soudainement (2).  Mais c’est dans un autre que l’on découvrira plus tard un énorme chargement : « les douanes américaines et la protection des frontières ont effectué une saisie record de 2000 livres, soit plus de 900 kilos de cocaïne, cachés dans le navire haïtien Lisanne qui voguait vers Miami River, a rapporté le Miami Herald, le mercredi 1er juin 2016.saisie-lisanne «C’est énorme, très significatif et la plus grosse saisie effectuée depuis longtemps», a commenté Bill Olejasz, assistant directeur au port ».  En fait, avant même le Mazanares, d’autres navires avaient « parlé.  « En février 2015, 800 livres  de cocaïne avaient été saisis sur Miami River.  En août de la même année, 55 paquets de cocaïne ont été trouvés, sur le Miami River, dans un navire en provenance de Cap-Haïtien où il avait mouillé l’ancre. ana-ceciliaEn septembre 2015, 136 kilos de cocaïne ont été trouvés à bord du Ana Cecilia, au même endroit.  Le navire revenait d’Haïti. » .  Le Ana Cecilia, rafiot âgé de 44 ans (ici à droite) qui avait eu jusqu’ici une carrière… exemplaire :  c’était le navire qui avait apporté de l’aide à Cuba, en fait le tout premier à avoir brisé l’embargo après la levée de celui-ci en 2012 !!!  Son capitaine, au courant de ce qu’il transportait s’appelait Ernso Borgella. Il avait été arrêté, son complice, Terry Pierre Louis, ayant réussi lui à s’échapper.  Une fois saisi, devenu inopérant, son moteur fichu, le bateau avait été coulé pour devenir sanctuaire à poissons… le 13juillet 2016.  Il avait été racheté 103,760 dollars par les US Customs, qui l’avaient offert au Palm Beach County Department of Environmental Resources Management (ERM).  Sur Vice, les découvertes successives de coke sur la Miami River avaient fait la une en décembre 2015.  Pour le magazine, c’est simple, ça recommençait comme il y a trente cinq ans, au même endroit : « des prises récentes suggèrent que le port d’entrée sert comme une plaque tournante à l’activité de la drogue et la violence.  Comme pendant les années 1980, à l’apogée des « Cocaine Cowboys » (ici le film, à droite ci-dessous l’un des témoignages) qui seraient de retour au centre du commerce de la drogue régionale ».tueur  L’article montrant le cargo Gulf Trader et ses 59 kilos de coke saisis en août 2015.  Selon Vice, et selon « le commissaire Saïd Hutchinson, les trafiquants de drogue prennent des mesures extraordinaires pour cacher les expéditions de coke à bord des cargos qui s’amarrent sur la rivière Miami. «Les gens vont faire le km supplémentaire pour que nous ne trouvons rien, » m’a dit Hutchinson.  Ces navires sont souvent depuis de retour à vide, et ils doivent donc faire un peu plus pour dissimuler ce qui est à introduire dans le pays.  Selon un communiqué de la US Customs and Border Protection libération, les agents ont dû traverser une couche de béton pour arriver à un compartiment caché dans le réservoir de ballast de l’Eva, qui contenait 310 paquets de cocaïne d’unecargo-river-miami valeur de plus de 9 millions de dollars.  La plainte affirme que le commandant du Ana Cecilia avait dissimulé un schéma d’un compartiment secret similaire dans le Ana Cecilia, lorsque les enquêteurs de la sécurité intérieure y ont trouvé un 275 briques supplémentaires de cocaïne ». Il s’agissait donc bien d’un véritable filière, issue de Haïti.  Et d’ampleur, visiblement. et très organisée également !  En 2004, au temps d’Aristide, James B. Foley, ambassadeur US avait pourtant déjà dénoncé le rôle de ces cargos venant d’Haïti, raconte ici le NYT … ceux emportant la drogue de Beaudoin Ketant, trafiquant lié à Aristide.  On estimera à 80 tonnes de coke ayant ainsi circulé au temps de l’ancien abbé devenu président !  En mars 2004 la police de Miami avait saisi, 220 livres de cocaïne sur un cargo  Bolivien qui venait de quitter la région en rébellion des Gonaïves, quatre jours auparavant.  Quelques jours plus tard, 130 livres de cocaïne avaient été découvertes à bord d’un cargo Panaméen en provenance du Cap Haitien… bref, cela fait plus de trente ans que ça dure !!!  Et ça continue toujours !  Depuis Richard Helms, qui s’y intéressait déjà, rien n’a donc changé !

Un bien étrange comportement de la part de Martelly

martelly-bandit-legalAprès la saisie du Manzanares on avait découvert dans la foulée une bien étrange série de nominations à répétitions effectuées à la va-vite par Martelly, juste avant son départ, six jours auparavant seulement, dont une surtout, ainsi expliquée: « avant la fin de son mandat, Michel Martelly a pris l’ultime décision de couvrir d’immunité diplomatique le principal acteur dans l’affaire du bateau d’Acra.  De cette manière, il veut s’assurer que l’instruction du dossier tourne court et que son ami et partenaire reste à l’abri de toute poursuite judiciaire.  En effet, alors que le dossier de Marc Antoine Acra a été remis au juge d’instruction Berge O. Surpris, pour les suites de droit, Sweet Micky a pris un arrêté présidentiel par lequel il a désigné l’intéressé ambassadeur itinérant. »  Une analyse qui se tenait tout autant que celle du lot de drogue surajouté à l’insu du propriétaire du bateau !!!  Y aurait-il eu connivence ?  L’intitulé même de la nomination le laissait entendre (Acra venait d’être nommé « ambassadeur de bonne volonté » du pays !!!).  L’octroi d’une telle protection diplomatique semblait le montrer en effet.  Une protection relevée dès la nomination du successeur « intérimaire » de Martelly, pas du tout disposé à laisser perdurer ce problème semble-t-il !  Martelly, rappelons-le, avait lancé comme mode le surnom de « bandit légal «  dans une de ses chansons… on ne croyait pas que c’était de sa propre définition dont il parlait (ici il est accroché par la dérision de ses opposants avec ce titre provocateur !).

Le fiston et sa caution de millionaire

fison2Depuis le 21 mai 2015, Sweet Micky avait donc vu son fils emprisonné aux USA.  D’une bien étrange manière, d’ailleurs : il était certes emprisonné à Miami, mais dans une maison privée de Hempstead appartenant au gouvernement fédéral et non dans une prison de l’Etat.  Pour quelle raison exacte, on ne l’a pas su.  Toutes les hypothèses étaient permises, dont celle surtout de faire pression sur son père…ou ceux de petits arrangements avec la CIA, soupçonnent certains.  Le train de vie d’Olivier Martelly, déclaré musicien comme son père, n’avait de quoi vraiment surprendre, à Haïti :  devenu très rapidement et comme par magie le plus jeune millionnaire du pays, il avait construit comme rente pour son futur, des villas haut de gamme à Petion-villle, à Port-Salut dans le sud du pays, sur la cote des Arcadins, et se promenait ostensiblement dans des véhicules de luxe, accumulant les millions transférés clandestinement dans des paradis fiscaux.  Son mariage avec Bianka Joseph célébré à Saint-Pierre de Pétion-Ville. avait été lui aussi décrié. En mars on apprenait que Bianka déménageait avec son enfant à Miami, où elle avait fait ses études.  Et en septembre 2015, le 4 exactement, trois semaines après avoir été retenu en Floride… voici qu’ Olivier se retrouvait déjà libre : son père, encore président d’Haïti (son mandat présidentiel ne devant prendre fin que le , venait d’apporter la rondelette somme de 5 millions de dollars liée à sa libération sous caution…  Mais au delà de la somme, payée par le contribuable selon pas mal d’observateurs, c’était surtout les circonstances qu’il fallait retenir : dans l’avion venu le chercher, il y avait certes Wilson Laleau, le ministre des Finances et des Affaires Economiques, mais aussi… Jovenel Moïse, candidat à la présidence sous la bannière du parti « tèt kale » (crâne rasé, l’autre surnom de Martelly !)…  On a du mal à croire à un hasard, là….

Coincé sur place par un juge

De retour en Haïti, il n’en avait pas fini pour autant avec la justice : en septembre dernier, un autre juge lui interdit de quitter le pays en raison d’une autre affaire, en lien avec la même famille :  « Oui, je confirme que Olivier Martelly, Wilson Laleau, Fritz Mevs, Alix Célestin, Marc Antoine Acra, entre autres, font l’objet d’une interdiction de départ »,  a confié à Le Nouvelliste le commissaire du gouvernement de Port-au-Prince joint au téléphone vendredi soir.  Selon Me Danton Léger, il dispose des documents qui laisseraient croire que la gestion du fils aîné de l’ex-président Michel Martelly dans la construction des parcs sportifs n’est pas « claire ». « La gestion des fonds pour la construction des parcs sportifs n’est pas claire » et c’est Olivier Martelly qui gérait ces constructions.  Pour avoir des explications sur ce dossier, le commissaire du gouvernement de la capitale décide de mettre le fils aîné de l’ex-chef de l’Etat Michel Martelly à la disposition de la justice en lui interdisant de quitter le pays.  Me Danton Léger a fait savoir au Nouvelliste qu’il entendait avoir des explications sur la gestion de ces fonds. »  Le fils Martelly avait en effet été en 2012 discrètement nommé par son père « coordonnateur de la Commission d’appui à la coordination des infrastructures  de sport et d’accompagnement de la jeunesse haïtienne (CACISAJH) »…  s’ajoutait au dossier « par ailleurs, le bras droit de l’ancien président Martelly, Roro Nelson, quant à lui, fait l’objet d’un mandat de comparution pour spoliation »… le fiston n’avait visiblement pas eu qu’une seule source d’approvisionnement financier !

Le retour (trouble) de Bill Clinton dans les affaires haïtiennes

clinton haitiDes terrains de foot, à la place de maisons ???  Les visiteurs décrits ici par Covert Geopolitics avaient eux-mêmes été fort étonnés : « à sept heures (en voiture) au nord du tremblement de terre, plus de 300 millions de dollars de l’aide étrangère ont été dépensés dans le district de Caracol, [une ville qui n’a pas été affectée par le tremblement de terre] …. Mais même si la ville n’a pas été affectée, cela n’a pas empêché notre aide au gouvernement d’être investie dans un autre terrain de football (qui a coûté 2,9 millions de dollars de construction, dont 300 millions non dépensés par l’entrepreneur).  Les dossiers du Département d’Etat disent que le coût de construction du terrain de football de Caracol était encore plus faible, moins de 2,3 millions de dollars.  Et lorsque nous avons examiné le coût de nombreux autres projets, nous avons remarqué le même entrepreneur pour faire les travaux – Chemonics, le plus grand bénéficiaire de l’USAID à travers le monde, traite, y compris en Afghanistan …. Un certain nombre de vérifications ont montré l’absence de progrès et le manque de surveillance.  Ici, c’est un contrat de Chemonics avec l’USAID.  Toutes les informations sur les coûts tout au long du contrat, tout a été expurgé, et nous avons juste  une feuille vide, une feuille rose et après encore une autre feuille … 25 feuilles roses au complet.  » Le même observateur revenant sur le fameux projet de Caracol : « l’investissement réel de l’USAID ici [à Caracol] a été de plus de 260 millions dollars, dépensés pour le parc industriel de Caracol – le plus grand projet de développement des Etats-Unis à la suite du tremblement de terre …. en  voici les rues pavées, les trottoirs, etc…. il y a bien de l’électricité et et de l’eau courante buvable, ce qui est sans précédent en Haïti.  Malheureusement, le parc ne fournit que 10% environ des emplois qu’il a promis.  Son principal locataire est une entreprise de fabrication de vêtements sud-coréenne qui bénéficie du travail pas cher, des exonérations fiscales et l’accès en franchise de droits au marché américain.  Le pire de tout, c’est qu’aucun des employés que nous avons rencontrés étaient des survivants du tremblement de terre, et le plan pour le parc a été établi avant même que le [séisme] ne soit arrivé « .  Chemonics, qui avait hérité de 196 millions de dollars pour rebâtir Haïti... une attribution de contrats sans avoir fait jouer la concurrence (« no bid »).  Et qui avait employé ses propres hommes aussi à  Cap-Haitien et Saint-Marc au lieu d’employer des locaux… pour bâtir des maisons toutes contenant des vices de construction pour celles construites en Afghanistan (construites aussi par Black & Veatch et Louis Berger Group) !!!  Des maisons construites uniquement par des employés… blancs, la société étant aussi accusée de discrimination (elle avait été forcée de verser 1/2 millions de dollars de dédommagements) pour cette attitude !!  Un livre incendiaire, « Clinton Cash », rédigé par Peter Schweizer avait noté ses détournements du couple Clinton à Haïti !!! du pain béni pour les opposants à Hillary (dont les « trumpistes« ) !!!

routes

La dernière affaire en date 

Haïti ne fabrique donc pas de cocaïne, mais le pays sert de relais à sa circulation vers la République Dominicaine, ou le Honduras, via les pays « fournisseurs », tels que la Colombie, le Pérou ou le Venezuela, cela on le sait.  Il n’y a pas que les cargos qui jouent un rôle dans ce trafic, les avions aussi y participent.  Le 14 novembre 2016, c’est un avocat de renom, Todd Macaluso, qui s’est fait ainsi pincer.  L’homme n’est pas un inconnu : » Macaluso a gagné la réputation en plaidant en faveur des consommateurs avertis et légitimes.  Il a été appelé à témoigner devant le Congrès sur le sujet des pharmacies en ligne.  Todd Macaluso était l’avocat de la demanderesse dans une affaire qui concernait une pharmacie en ligne appelé Mainstreet pharmacie.  Un mineur y avait été capable d’acheter des médicaments sur le net, via Mainstreet pharmacie.  La pharmacie avait vendu les médicaments au mineur sans ordonnance ou sans le consentement d’un parent.  Le mineur était morts un décès du à une surdose de médicaments, qu’il avait acquis dans la pharmacie en ligne.  Selon Todd Macaluso  ce scénario était un cas d’abus irresponsable de la part de la pharmacie en ligne.contre ce cas qu’il a proposé que les pharmacies en ligne doivent être interdites ou strictement réglementées afin de prévenir des tragédies supplémentaires.  La législation arrivée devant le Congrès et désormais connue comme la Loi Ryan Haight, du nom du mineur qui avait subi le surdosage. »  Un défenseur des victimes de la distribution laxiste de médicaments devenu dealer ?

Un avocat pilote expérimenté

pc-12-spetodd-jetTodd Macaluso, était aussi devenu célèbre pour avoir défendu une jeune mère, Casey Anthony, acquittée à Orlando en Floride d’avoir tué son bébé de 2 ans en 2011, qui est en effet arrêté en Haïti en compagnie de Carlos Almonte Vasquez et Humberto Osuna Contreras.  En sortant de prison, certains avaient cru la voir s’envoler dans un avion privé piloté par Macaluso, dont la base était Carlsbad : le Pilatus N950KA, appartenant à Macaluso.  L’avocat est en effet lui-même pilote pratiquant…. son équipe s’était même présentée fièrement devant un appareil, un Pilatus PC-12 immatriculé N686PC (de chez STAJets, de Van Nuys en Californie).  Grand fan d’aviation, pilote de Pilatus PC-12, mais aussi de Bell Jet Ranger, et même d’un Aero Vodochody L-39 d’acrobatie à réaction (c’est ici une de ses invitées, pas trop rassurée qui est à l’arrière), il avait aussi défendu des firmes contractantes de l’armée US.  Un vrai passionné d’aviation, à l’évidence, donc !

crashLe 7 juin 2012, il avait aussi fait indirectement parler de lui lors d’un crash d’avion.  Celui du Pilatus PC-12/47, N950KA, le N°730 de construction chez Pilatus enregistré chez Roadside Ventures, LLC, qui avait décollé de Lake Wales, en Floride.  L’avion s’était écrasé pour une raison inconnue, après que l’auto-pilote ait été éteint, après s’être disloqué en vol, tuant les 6 membres d’une même famille deux adultes et leurs quatre enfants qui revenait de vacances des Bahamas, en route vers le Kansas.  Le petit Boston, âgé de 13 ans, avait été éjecté en vol, et son corps retrouvé à plus de 3 kilomètres des autres près du lac Kissimmee.los-cayes  Il semble bien que le pilote manquait l’expérience nécessaire pour piloter cet avion rapide, que l’auto-pilote se soit déconnecté, et qu’une défectuosité de trim des ailerons soit entrée en jeu.  C’était bien aussi l’ancien appareil de Macaluso, qui, ironie du sort, avait servi en mission humanitaire après le tremblement de terre de janvier 2010 en Haïti (on peut le voir ici à droite piloter son Pilatus lors de sa visite à l’aéroport de Los Cayes, pour y distribuer de l’aide, avec un Pilatus bien rempli (voir plus bas) !

villaIl s’était également fait connaître dans un retentissant procès contre l‘éphédrine présente dans les cures de minceur telles que celles proposées par Metabolife, Twin Labs, Inc., Cytodyne Technologies, Inc. et Muscletech.  Un de ces procès gagné contre Cytodyne Technologies, Inc. avait valu le versement de 28 millions de dollars de dédommagements !  Il avait aussi défendu le cas d’un joueur de Base-Ball, Steve Bechler décédé après avoir ingurgité des pilules de Xenadrine RFA-1, faite elle aussi à partir de l’ephedra.  Mais en novembre 2015, on l’accusait d’avoir détourné des milliers de dollars des sommes obtenues pour son propre compte personnel (notamment sa gigantesque villa, en modifiant des signatures de donations).  Il avait été condamné à 5 mois de prison et 100 000 dollars d’amende.  Avait-il choisi la fuite en avant de tenter de rembourser avec la revente de cocaïne ? On peut effectivement le penser.  Ci-dessous son avion en train de livrer de l’aide humanitaire à Haïti, qu’il connaissait donc bien.

 

pilatus-aid

Un Falcon bourré de coke comme projet

todd-haitiL’avion devant transporter de la coke ne lui appartenait pas, en fait (à gauche ses retrouvailles à Haiti lors de sa seconde visite, commentée ici dans ce blog :  avait-il transformé déjà sa visite humanitaire en préparatifs ou repérages, on ne le sait).  Des conversations téléphoniques enregistrées par la police l’avaient trahi raconte ici l’excellent Katryn’s Report. « Selon la plainte déposée à New York devant un tribunal fédéral, une organisation de trafic de drogue non spécifiée a commencé en octobre dernier la recherche d’un avion qui volerait en provenance d’Haïti pour ramasser la cocaïne en Equateur, puis d’amener la drogue au Honduras.  C’est une technique couramment utilisée par les trafiquants, selon l’officier de police de New York, un membre d’un groupe de travail de la DEA US qui a rédigé la déclaration sous serment joint à la plainte pénale.  Les trafiquants utilisent souvent des immatriculations aux États-Unis parce qu’ils pensent que les avions US  attirent moins d’attention.  Souvent, des avions ramassent des drogues dans le pays d’origine ou un pays près de la source, puis effectuent un vol à destination d’un point de transbordement, en Amérique centrale, selon la déclaration.  De là, les drogues peuvent être passées  en contrebande habituellement aux États-Unis, ou au Mexique.  Le 25 octobre dernier, dans une conversation enregistrée par des policiers, Almonte avait entendu que son partenaire se rendrait en Haïti pour inspecter un avion pour le voyage, toujours selon la plainte.  Dans une autre conversation, le lendemain, elle avait été enregistrée pendant une réunion dans la capitale d’Haïti, Port-au-Prince, annonçant que la charge à bord serait entre 1 500 et 1 800 kilogrammes (de cocaïne) ».   Ce qui était un peu présomptueux quand même : un Falcon 10 ne peut emporter que 1305 kg dans ses soutes… mais avec aussi 7 passagers.  Sa masse maximale au décollage peut faire 8 500 kg, pour un peu moins de 5 tonnes à vide :  il y a de la marge, en effet; la « payload » totale de l’avion est donnée pour 3,62 tonnes en effet.

Tout était prêt

falcon-10« Quelques jours plus tard, un avion qui avait été choisi, un Gulfstream II, était en Floride et prêt pour le vol vers Haïti.  Le problème était, qu’il ne pouvait pas quitter les États-Unis, dit la plainte.  La recherche a alors porté sur un autre avion et le 13 novembre un co-conspirateur a annoncé qu’il avait trouvé un Falcon 10 immatriculé au États-Unis qui serait piloté par Macaulso.  Un membre d’équipage connu comme étant « Matthew » – plus tard identifié comme Osuna – serait à bord pour représenter les investisseurs à acheter une partie de la charge de drogue. L’appareil était un petit Falcon 10 de 1974, numéroté N720DF, équipé de deux Garrett-Honeywell TFE731-2B, et déclaré comme appartenant au Maule Group LLC, de Danbury, dans le Connecticut ».  Il a été photographié au même moment, le 20 octobre dernier atterrissant à Las Vegas (ici à droite).  « Le 13 novembre, les dossiers de vol et d’autres Macaluso suivi montrent que le Falcon a volé d’Orlando à Port-au-Prince, avec Osuna à bord.  Enregistré dans une conversation le lendemain, Almonte a confirmé que le « chauffeur » était en train d’arriver et que le « capitaine » savait « tout », mais le copilote pas, selon les minutes de la plainte.  Le 14 novembre, les trois hommes et d’autres se sont réunis pour discuter du plan.  Ils ont convenu de leur paiement pour le transport de la drogue dans l’avion, y compris  35 000 dollars en Haïti et  150 000 dollars de plus à moment plus tard, une partie qu’ Osuna avait accepté de recevoir à New York, l’état des dossiers.  Macaluso dans l’enregistrement, instruisait les autres sur la structure de l’avion, un jet d’affaires ancien modèle fabriqué par le fabricant français Dassault, confirmant qu’il pouvait contenir 1 500 kilogrammes de cocaïne ».  La DEA, à l’écoute depuis le début, mettra fin au projet avant qu’il ne se fasse.

(1) Une autre famille aisée était au même moment l’objet de tourments judiciaires, avec l’arrestation de Clifford Brandt, responsable de la Compagnie haïtienne de moteurs, incarcéré depuis le 16 octobre 2012 et accusé d’être à la tête d’un réseau de kidnappeurs ayant enlevé deux jeunes gens d’une autre famille bourgeoise, les Moscoso:  Nicolas, âgé à l’époque de 24 ans et Coralie, 23 ans.  Selon certains, le but de l’enlèvement aurait été de dissuader les fortunes locales d’investir dans le nouveau parc industriel de Caracol

(2) jusqu’ici en effet confirme le Monde, cela n’avait pas été flagrant comme action : « est-ce que les Etats-Unis ont fait le maximum pour arrêter ce trafic ? s’inquiète le journal, ce à quoi répond Christophe Wargny :  Je répondrai brutalement : non. Les Etats-Unis disposent autour d’Haïti d’une puissante flotte de garde-côtes plus efficace pour empêcher le départ des boat people que pour arraisonner les vedettes rapides colombiennes.  Voir le cheminement de la drogue dans l’île n’est pas si difficile.  J’en ai été témoin plusieurs fois.  Pourquoi ce que moi ou d’autres pouvaient voir paraissait-il intéresser si peu les différentes agences américaines toutes-puissantes à Haïti ?  Une esquisse de réponse : la CIA a toujours entretenu des rapports cordiaux et intéressés avec les dealers ou avec la police. »

 

 

avion-demme-filmsources:

Le film « Blow » (de Ted Demme, avec Johnny Depp et Penelope Cruz) donne déjà une bonne idée du trafic par avion dans les années 90-2000.

Le film Cocaïne Cowboys également :

Sur l’élan de solidarité aérien après le tremblement de terre à Haiti, côté petits appareils, ce fort intéressant document

http://www.spenglair.com/Haiti/

 

sur les failles de Chemonics :

https://www.minnpost.com/global-post/2012/10/usaid-contractor-chemonics-cited-numerous-mistakes-haiti

https://www.thenation.com/article/usaid-helping-haiti-recover-or-us-contractors-make-millions/

http://cepr.net/blogs/haiti-relief-and-reconstruction-watch/inspector-general-finds-lack-of-oversight-of-chemonicsagain

HBO to Air VICE’s “Haitian Money Pit” Tonight, and It Is Worth Watching

extrait

 

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