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Coke en stock (CXX): en Haïti, les ravages de l’ouragan Sweet Micky

En Haïti il n’y a pas que les ouragans qui laissent derrière eux la désolation :  les présidents aussi.  On se souvient du fameux Aristide, petit curé devenu chef d’Etat, lié à Clinton via sa femme Mildred Trouillot, très pro-américaine (oui, il avait renoncé à son serment de chasteté).  Le dernier en date, qui a fait tout un cinéma pour ne pas quitter le pouvoir trop vite, laisse derrière lui aussi un héritage pesant. Celui de sa compromission évidente avec le trafic de drogue, ce qu’a révélé une obscure histoire de disparition d’un proche et plus récemment encore celui d’un de ses fils, compromis lui aussi dans le trafic, comme on va le voir dans le prochain épisode.  Mais avant cela, revenons sur l’ineffable chanteur devenu improbable président et ses sulfureux amis.  Et leurs ravages, dans le pays…

sweet-micky2jpgIl en aura fallu du temps aux américains pour lâcher définitivement Michel Martelly, dont ils avaient soutenu la candidature en 2010 (appelé « Sweet Micky »dans une vie antérieure, ici à droite) : comme à l’habitude, c’est dans le New-York Times qu’on a pu s’en apercevoir dans un article au vitriol sur le régime, mais un article bien tardif puisque sorti le 16 mars 2016 seulement.  Intitulé « Le pouvoir en Haïti se renforce alors que les scandales éclatent » indiquait bien la tendance : plus la fin de règne arrivait, et plus Martelly-Micky avait de mal à dissimuler les côtés sombres de sa gouvernance ou de sa propre personne, en tentant de minimiser ses erreurs ou son implication directes dans des actions douteuses.  D’où une gouvernance par décrets (les mauvaises langues évoquant le 49.3 si cher à l’ex-premier ministre français).  On y avait, dans cet article, découvert pas mal de choses peu recommandables : parmi elles, une sombre histoire… de kidnapping, déjà.  Et l’ingérence palpable du pouvoir dedans.  L’éviction d’un ministre plutôt tenté de s’en prendre au crime organisé, notamment : « Le dernier premier ministre de M. Martelly, Laurent Lamothe, était considéré par beaucoup comme responsable de la répression contre les enlèvements et la criminalité organisée.  Mais M. Lamothe a été poussé dehors en décembre quand la crise politique entre l’administration et les partis d’opposition a atteint son apogée.  Parmi ceux qui ont protesté dans les rues exigeant l’éviction de M. Lamothe il y avait M. Saint-Remy, le frère de la première dame, qui avait admis qu’il a vendu de la drogue dans sa jeunesse, mais qui exerçait maintenant les fonctions de conseiller officieux du président.  M. Saint-Rémy était furieux de l’arrestation de M. Etheart, qui exploitait le restaurant français huppé connu pour être l’un des lieux de prédilection du président (c’est le restaurant resto-facade » La Souvenance » ici à droite, géré avec son épouse Mazile Ethéart) mais qui a ainsi été identifié par la police nationale haïtienne comme étant le chef du Galil, un gang de kidnappeurs ». C’est l’entourage proche du président qui était visé par les critiques, donc, et pas un petit niveau, puisqu’on accusait le président, via sa femme, d’avoir fait pression pour protéger des kidnappeurs !  Son restaurateur préféré, un chef de gang de kidnappeurs, pensez-donc !!!  Difficile à reconnaître !  Un entourage fort actif néanmoins pour faire libérer Woodly Etheart (surnommé « Sonson La Familia ») :  « M. Saint-Rémy a commencé à appeler les hauts fonctionnaires du gouvernement et plaider pour la libération de son ami, selon trois personnes proches de l’administration.  Simon Desras, qui était le président du Sénat d’Haïti au cours de la crise politique, a déclaré que l’un des destinataires lui avait dit qu’il considérait l’appel plus comme une menace qu’une demande. « Autour de Martelly, vous ne trouvez pas que des saints », a déclaré M. Desras. « Vous trouvez aussi des démons ». (…) M. Etheart avait été arrêté l’année dernière dans le cadre de l’enlèvement d’un homme d’affaires par des hommes armés en uniforme de la police qui avaient demandé 1,2 million de dollars de rançon ».  L’homme d’affaires haïtien s’appelant Sami El Azzi, d’origine libanaise. etheart Un drôle d’enlèvement en effet, que le sien, comme le raconte plus loin le New-York-Times : « des enregistrements téléphoniques ont montré que M. Etheart (ici à gauche avec son lieutenant Renel le Récif ou Renel le Fort) était au contact avec les ravisseurs et, comme l’avaient fait les preneurs d’otages, avait éteint son téléphone portable au moment précis de l’enlèvement, indique un rapport d’enquête de la police.  Une plaque minéralogique du ministère de l’Intérieur se trouvant sur un véhicule provenant de  la maison de M. Etheart avait été répertoriée dans des enlèvements précédents, a indiqué l’enquêteur (1). »  Bref, ce n’était pas vraiment un enlèvement…ou plutôt ça en était un, mais avec de drôles de ravisseurs !!!  Bien entendu, l’enquête s’était vite enlisée dans ce mic-mac, la justice haïtienne étant plutôt parodique et aux ordres :  « la police à également cité le cas de 15 autres enlèvements impliquant otages et un assassinat.  Mais des irrégularités dans l’enquête ont émergé rapidement.  Selon les fonctionnaires du gouvernement, des assignations à interroger les témoins ont été bloquées pendant des mois.  Lorsque le juge d’instruction a ordonné l’arrestation de l’épouse de M. Etheart et fermé le restaurant français cher au couple présidentiel, un autre juge l’a libéré et a levé le sceau judiciaire sur les portes du restaurant.  M. Etheart a nié les actes répréhensibles, affirmant que son arrestation avait été le résultat de ses « connaissances présidentielles ». carte-identite Je suis comme un grand Kleenex.  Ils m’ont utilisé et m’ont ensuite jeté « . Un Etheart, libéré mais pas tout rose pour autant, ajoute le NYT :  dans les années 90 il avait été accusé de meurtre, et un peu plus tard d’avoir possédé 187 000 dollars dont il n’avait pu expliquer la provenance.  A droite la carte d’identité de El Azzi retrouvée sur les lieux de l’enlèvement, avoués par Etheart.  A Haïti, les enlèvements endémiques sont devenus depuis plusieurs années une pratique courante et juteuse : « selon le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH), le « Gang Galil » a reçu des rançons chiffrées à « un million huit cent quatre vingt neuf mille cinq cents – 1,889,500.00 – dollars américains », des mains de 13 victimes kidnappées sur l’intervalle du 11 janvier 2011 au 18 janvier 2014, dénonce le Rnnddh dans un rapport publié le mardi 18 mars 2014″ a-t-on pu lire.  On peut entendre ici Woodley Etheart se défendre d’être ce qu’on en a dit.  Et la le communiqué étonné et scandalisé du RNDDH sur sa libération(2)

Le cas d’Evinx, le « disparu »

evinxPire encore avec la grave accusation portée par le journal US sur le trafic de drogue et le rôle crucial qu’y tenait Martelly lui-même : « le président a été aussi largement critiqué pour le traitement d’une affaire en 2013 de trafic de drogue impliquant Evinx Daniel, un hôtelier de premier plan et un supporter de campagne de Martelly qui possède Dan’s Creek, un hôtel en bord de plage, que le président fréquentait.  M. Daniel a dit aux autorités qu’il avait trouvé 23 paquets de marijuana flottants en mer et qu’il avait décidé de leur apporter.  Il a appelé le frère-frère du président, M. Saint-Remy, qui a appelé la Drug Enforcement Administration américaine pour prendre en charge le dossier, a dit ce dernier ». L’appel consistait surtout à éviter la « course de lenteur » qui affecterait pendant des mois le dossier de la disparition subite de l’hôtelier, survenue à partir du 5 janvier 2014.  Or il était quasiment de notoriété publique à Haïti qu’Evinx Daniel se servait de son yacht personnel pour aller chercher en mer les ballots de cocaïne jetés par des avions de trafiquants ou leurs go-fast.  Un yacht où avait été vu à plusieurs reprises Martelly en personne…  Déjà à l’époque, les USA, qui avaient pourtant porté l’élection de Martelly, commençaient à faire machine arrière sur leur choix malheureux, rappelant une phrase terrible prononcée par un ancien ambassadeur US :  « l’ambassadeur américain Brian Dean Curran, le 9 juillet 2003, devant la Chambre de commerce haïtiano-américaine (Hamcham), dans lequel il disait au secteur privé haïtien « Vous faites des affaires avec les trafiquants.  Vous acceptez leur argent dans vos banques.  Vous les élisez même dans vos chambres de commerce».

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Car les paquets de « marijuana », « déclarés » par Evinx Daniel en dissimulaient d’autres en effet :« dans le cas d’Evinx Daniel, le porte-parole de la police a déclaré qu’il ne s’agissait pas uniquement de marijuana et que la Brigade de lutte contre le trafic de stupéfiants (Blts) a récupéré 55,7 kilos de cocaïne à cette occasion.  Alors, sur un ton cassant, inflexible, loin de tout doute, l’ex-sénateur Gabriel Fortuné a déclaré à la radio : « Evinx Daniel est le représentant du président Michel Martelly dans la réception et la distribution de la drogue dans le Sud » . Les déclarations de Gabriel Fortuné sont des plus crédibles et prennent un relief particulier, quand il ajoute que des véhicules à vitre teintée, en provenance du Palais  viennent récupérer la drogue aux Cayes chez Evinx Daniel ».  De très graves accusations, donc, d’un déçu de Martelly !!

Des menaces et de fortes pressions sur l’enquête

Selon le NYT toujours… le pouvoir avait bien fait pression sur la justice pour se sortir du guêpier : « un procureur, Jean Marie Salomon, qui doutait de l’histoire, soupçonnant en fait que c’était une ruse pour dissimuler une transaction de drogue sur laquelle les résidents locaux étaient tombés par hasard avait alors  arrêté M. Daniel sur des accusations de trafic de drogue.  Mais le procureur s’était montré nerveux, parce qu’il savait que l’hôtelier avait été actif dans la campagne du président. »  C’est la suite qui devient encore plus passionnante : « le suspect, amené en garde à vue avait été autorisé à faire un appel téléphonique.  Il avait alors simplement appelé le ministre de la justice, le patron du procureur, et a tendu le téléphone.  « Il m’a ensuite dit, commissaire, quelqu’un veut vous parler,» s’est rappelé M. Salomon pendant l’interview. « Il a dit:« Le ministre est au téléphone.  » M. Daniel avait été libéré dès le lendemain, et M. Salomon suspendu pour abus de pouvoir, il a démissionné plus tard.  Le garde du corps de police du procureur ne s’est plus jamais présenté au travail à nouveau, a dit M. Salomon.  M. Salomon a dit qu’il a vu des hommes masqués à l’extérieur du palais de justice tout comme les enquêteurs l’appelaient pour discuter du cas de M. Daniel.  Peu après, M. Salomon a déclaré que le Président Martelly est allé à Port Salut, à environ 140 miles à l’ouest de la capitale, et qu’il est descendu à l’hôtel de son ami. « Ce ne fut pas seulement une provocation du président, donc, mais bien un message codé », a déclaré M. Solomon. « Ce jour-là, je compris qu’il y avait une menace sur moi, et que mes jours étaient comptés. »  M. Solomon a appelé l’Organisation des Nations Unies pour de l’aide et il a fui le pays, mais y est retourné depuis.  L’hôtelier a disparu trois mois après sa sortie de prison et il est largement présumé mort depuis ». mansion_j_1 On avait retrouvé vide dès 18 janvier, sa voiture, une Toyota Hilux de couleur verte, immatriculée JJ-02714, abandonnée aux abord d’un centre commercial à Pont-Gaudin.  Une radio avait bien signalé avoir retrouvé un corps à Gonaïves, mais rien n’a jamais fuité chez la police sur cette découverte.  L’histoire d’Evinx et de ses liens présidentiels n’est en fait que la répétition de celle de Jacques Beaudoin Ketant, avec sa fastueuse villa (ici à droite) donnant sur Pétion-ville, à Haïti.  En  1997 il avait été accusé d’être à la tête d’un réseau de drogue, de cocaïne, en contrebande vers les États-Unis, et a été arrêté en 2003 seulement.  L’homme possédait tout un parc de grosses voitures et avait inscrit son fils dans une école privée élitiste américaine.  Parmi ces soutiens actifs, on avait noté celui de Jean Baptiste Aristide, le président du pays.  « Lors de sa condamnation par le tribunal fédéral de Miami, Kétant a fait une allégation étonnante: il a dit qu’il n’aurait pas pu réaliser son réseau de contrebande de cocaïne sans payer des millions en pots-de-vin à son ami Aristide. Kétant a accusé le président de transformer Haïti en un « pays-narco » écrit le Nouvelliste.  Ce dernier avait cédé aux demandes des USA de l’expulser « parce que les gardes du corps de Kétant avaient abattu un fonctionnaire dans une école privée fréquentée par les enfants du personnel de l’ambassade américaine », dans laquelle était scolarisé son fils.  Il vient d’être réexpédié vers Haïti en 2015, après avoir purgé la moitié de sa peine seulement… sans raison valable, pourtant…

Le trafic de drogue en Haïti, une vieille histoire, en effet

L’affaire de Kétant donne une bonne idée des mœurs haïtiennes en fait, car les vieilles histoires y perdurent, et les vieilles rancunes, allant jusque mort d’homme, plusieurs années après, explique ici le Nouvelliste : « les informations de Kétant ont aidé le gouvernement fédéral à poursuivre de nombreux autres défendeurs en provenance d’Haïti, y compris le chef de la sécurité d’Aristide au palais présidentiel, Oriel Jean.  Jean, dont le témoignage dans les tribunaux américains, il y a une décennie, a permis de pénétrer dans le monde souterrain du trafic de drogue en Haïti, a été abattu le mois dernier à Port-au-Prince.  Gary Desrosiers, porte-parole de la Police nationale d’Haïti, a déclaré qu’il a été abattu de deux balles par trois hommes à moto.  Un ami de Jean qui a refusé d’être nommé par crainte de représailles a dit au Miami Herald qu’il était dans sa voiture avec un collègue dominicain lorsque le véhicule a été heurté à l’arrière-train par une moto. Jean a été abattu après qu’il est sorti pour vérifier les dégâts.  « Rien n’est arrivé à l’homme dominicain. [Jean] a été la cible principale », a dit l’ami.oriel-jean  En 2005, Jean avait été condamné à trois ans de prison pour blanchiment d’argent après avoir aidé le bureau du procureur des États-Unis à condamner plusieurs Haïtiens et Colombiens pour avoir transité plusieurs tonnes de cocaïne colombienne d’Haïti vers les États-Unis.  Parmi les personnes condamnées figuraient d’anciens officiers haut-gradés de la Police nationale d’Haïti – dont certains sont de retour en Haïti après avoir purgé leur peine – et d’un baron de la drogue, Serge Edouard. Edouard a été condamné à perpétuité après que Jean a témoigné que le trafiquant de drogue et d’autres représentants de la loi ont distribué des centaines de milliers de dollars afin de protéger ses envois de cocaïne aux États-Unis.  En novembre 2005, lors de la condamnation de Jean, le juge de district Jose Martinez l’a complimenté pour son «bon travail. »  Dans son témoignage, Jean a indirectement impliqué Aristide et a témoigné contre lui devant un grand jury.  Mais Aristide n’a jamais été inculpé.  Après sa sortie de prison en septembre 2006, Jean a reçu un visa spécial qui lui a permis de vivre et de travailler légalement aux États-Unis. Alors que le président Michel Martelly faisait campagne, Jean a décidé de retourner en Haïti où il avait espéré obtenir un emploi dans l’administration, a fait savoir son ami »… Haïti c’est en quelque sorte un peu comme la Corse… Dénoncer les réseaux mafieux se paye cher, très cher… son témoignage audible ici est sidérant… c’était bien au plus haut de l’Etat que le trafic se décidait…

Des amitiés affichées plus que douteuses

sweet-mickyLe président haïtien récemment déchu a été chanteur avant de devenir président.  Or les amis du showbizz de Martelly ne lui auront pas été d’un grand secours, c’est le moins qu’on puisse dire:  ils étaient devenus ses témoins à charge, plutôt, en ce qui le concerne. Pensez donc : en mars 2011, voici que ses sulfureux amis Wyclef Jean et James Rosemond, alias Jimmy Henchman, organisent un concert en son honneur, pour supporter et soutenir son élection.  En 2010, Rosemond avait plutôt supporté la candidature de Wyclef à la présidentielle, mais bon, Martelly ne semblait pas rancunier.  Voici donc le président juste élu posant « backstage » en polo rayé rose avec ces vieux amis et supporters, soit de gauche à droite sur la photo James Rosemond, alias Jimmy Henchman, le président Michel Martelly, Wyclef Jean et le rappeur Pras (le fondateur des Fugees !).  Ici on peut entendre le président élu avec Wyclef Jean, et Pras… Président, il n’a jamais manqué une seule occasion de pousser la chansonnette

rosemondJames Rosemond (ici à gauche) était depuis longtemps une star alors qu’il posait avec Martelly.  Il avait même été invité à l’inauguration présidentielle d’Obama en janvier 2009 (on l’a oubliée aussi celle-là) !!!  Dès 1996 il avait fondé Henchmen Entertainment, devenue la société de « rap management » connue sous le nom de Czar Entertainment; et était devenu organisateur de spectacles brassant des millions de dollars :  c’est à lui que l’on doit le combat entre Mike Tyson et Lenox Lewis en 2003, par exemple.  czarOr en juin 2011, soit à peine un mois après la mise en place officielle de Martelly, lui dès le 21 avril, le voici qu’il est arrêté pour trafic de drogue, et pas avec un petit dossier au derrière : la DEA américaine le pistait depuis des années.  Le 13 octobre 2011 lors de ses premières auditions, il balance tout à table, comme le rappelle ici Allhihop.com, que je vous résume, et admet en effet que sa société de spectacle entière lui servait d’écran, puisque « 80 à 90 pour cent de son revenu était financé par l’argent de la drogue, et qu’il a blanchi l’argent de la cocaïne à travers toute une variété de moyens ».  Par exemple « la rénovation de bâtiments à Brooklyn », qui lui avaient servi à blanchir l’argent de la cocaïne importée.  Ou d’avoir acheté une Bentley, revendue aussi à un dénommé « Shakim », ou encore d’avoir prêté 60 000 dollars au rappeur Wyclef Jean, en lui annonçant clairement que ça provenait du trafic de drogue (ce que les écoutes avaient démontré).  Un autre retour de choses : lors de l’enquête, on s’est aperçu que « Rosemond avait reçu lui-même plus de 800 000 dollars en chèques associés des sociétés contrôlées par Wyclef Jean et son directeur de tournée ». interscope_logoLe 17 octobre, il précise la méthode pour envoyer « ses deux premières livraisons de drogue et d’argent, envoyés à Interscope Records (et son Gangsta Rap) tandis que les expéditions ultérieures de la contrebande l’ont été dans des salles de répétition à Los Angeles ».  Les envois de cocaïne de contrebande étaient placés dans les l’équipements de musique, badigeonnés avec de la moutarde pour leurrer les chiens renifleurs !  On avait eu affaire à un gang organisé !   Un avocat américain, Brooklyn Loretta Lynch résumera parfaitement l’individu lors de son procès : «Son image comme impresario de musique était une couverture pour le vrai Jimmy Rosemond, un voyou dans un costume. »  Le 27 octobre 2013 Rosemond a été condamné à la prison à vie… en échangeant donc son beau costume contre un à rayures.

 

Responsable de la mort de Tupac Shakur

Mais on n’en a pas encore fini avec lui, puisque lors de son grand déballage, Rosemond avait aussi admis être à l’origine de la mort du rappeur Tupac Shakur, restée un mystère depuis 1996.  Tupac avait laissé entendre les menaces de Rosemond dans un de ses titres, dès 1994 déjà, et le 23 mai 2011 le dénommé Dexter Isaac, alors emprisonné, l’avait aussi dénoncé en déclarant que « James Rosemond m’avait tupacrecruté pour voler et tuer 2Pac au Quad Studio. » Un vol qui avait mal tourné en fait. Isaac avait touché 2500 dollars seulement pour ça… on ajoutera aussi au dossier Rosemond s’est alourdi en 2015 d’un second meurtre, celui de l’associé du rappeur 50 Cent, Lowell “Lodi Mack” Fletcher en 2009… pour cet assassinat, Rosemond à hérité d’une deuxième peine de prison à vie !  Pour ajouter à la clique ayant supporté Martelly, il faut aussi rappeler que le fameux Wyclef  avait en 2010 appelé à la générosité et enregistré We Are the World 25 for Haiti après le terrible tremblement de terre.  Et même créé pour ça une ONG  spéciale, « Yéle Haïti ».. mais quatre ans après on s’était aperçu qu’il en avait dilapidé les fonds, essentiellement pour son seul comte personnel !  Un nombre important de vedettes,fot-haitivenues d’Hollywood ou même l’ex-président Clinton avait servi à attirer les fonds, toutes largement défrayées.  Ainsi, 30 763 avaient servi à payer le jet de Lindsay Lohan pour se rendre du New Jersey à Chicago (et y lever 66 000 dollars, il faut bien le reconnaître) ou 58 000 dollars pour faire venir toujours en jet privé Matt Damon jusque Haïti.  Parmi les dépenses, 37 000 dollars avaient été aussi investis dans le studio d’enregistrement de Wyclef Jean.  Au final « Yéle Haïti » avait affiché une perte de 16 millions de dollars !!!  Décidément les amis du président étaient loin d’être recommandables !!!

Les régions préférées des trafiquants

jobenel-moiseEn Haïti, le trafic de cocaïne demeure.  Par tous les moyens, y compris aériens.  Pour ça, pas besoin de piste d’atterrissage clandestines nécessairement.  En effet, en 2009 déjà, le 26 mai, dans la localité « Ti Couline » dans une zone située entre les communes de Trou du Nord (d’où est originaire le nouveau président Jovenel Moise, ici à droite en train de remercier ses supporters) et Caracole, au Nord-est du pays, on avait découvert les restes calcinés d’un petit avion vraisemblablement porteur de drogue.  Et pas n’importe où, en fait : sur la route nationale qui mène de Cap-Haïtien à Dajabon.  Le long de la route, plusieurs panneaux de signalisation avaient été découverts découpés par l’atterrissage de l’appareil !!!  Ironie du sort, la portion de route avait été inaugurée peu de temps auparavant, en décembre 2008, par la première Ministre Michelle Duvivier Pierre-Louis…  mais c’était l’Union Européenne qui avait financé sa construction !!!  La presse avait conclu via le Commissaire du gouvernement de Fort-Liberté, Maitre Gerson Bernard, que cette « action était l’œuvre des trafiquants de drogue soulignant que ces faits se répètent fort souvent dans cette vaste plaine »… une habitude, semble-t-il dans le coin. Les vestiges de l’avion avaient révélé qu’il était bien vénézuélien.  Plus récemment, c’est un autre avion et une autre quantité de drogue qui devait circuler en Haïti, avant que la DEA n’intervienne (nous verrons prochainement lequel).

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La banane glissée sous les pieds par l’opposition 

pistesMartelly a donc (enfin) fini par laisser sa place… à son successeur, élu par la poignée d’Haïtiens pas trop écœurés encore qui se sont rendus aux urnes pour voter.  Comme l’indique ici une enquête  » 79 % de non-participation électorale en Haïti implique un manque de légitimité des vainqueurs« … Et effectivement puisque le pays compte grosso modo 10 millions d’habitants (11 millions dit-on, aujourd’hui, mais avec 6,2 millions d’électeurs seulement) et que 20% seulement ont voté, dont un peu plus de 50% (55 % en fait) pour le nouveau président, celui-ci a donc reçu environ un peu plus de … 620 000 voix.  Soit moins de 6% à peine du pays pour se choisir un président !  Une élection assez surréaliste, au total, marquée par des émeutes lors de la proclamation du résultat, puisque Martelly n’ayant pas remis son poste, le second tour ayant été décalé, il avait fallu désigner Jocelerme Privert, le président du Sénat, au poste de président par intérim… Une élection avec pas mal d’erreurs, dont l’absence d’empreintes digitales de votants.  A Port au Prince même on avait dû recompter les votes à la bougie, suite à un délestage le soir de l’élection… mais acceptée au final par l’ONU et ses observateurs, certainement par crainte aussi du chaos en cas de énième suffrage à prévoir… Wyclef, lui,  y était allé de son soutien à… un autre candidat, Jude Célestin.  Une décision prise à Pétion-Ville, fief de l’ancien dealer Jacques Beaudoin Ketant. Martelly lui avait choisi au dernier moment un tout autre dauphin : Jovenel Moïse, un nouveau venu sur la scène politique, un industriel de la banane « écologique » né à Trou du Nord; l’endroit préféré des atterrissages d’avions clandestins !!!  Un homme dont le revirement subit de la vente de voitures à l’exploitation de la banane tient beaucoup au prêt équivalant à 5,7 millions d’euros du gouvernement de Michel Martelly pour créer son projet Agritrans S.A…, au milieu d’un vaste projet d’aménagement agricole et industriel autour de Trou du Nord.  « Sa courte carrière politique a été financée par de grands industriels et des membres de l’élite économique, la même minorité aisée qui entourait M. Martelly »  lit-on ici.  Un sénateur de l’opposition le fera vite remarquer, en clamant haut et fort que dans l’exploitation Agritrans de Caracole de Moïse, nouveau président élu, était dissimulée une piste d’atterrissage clandestine (comme ici au Pérou à Ayacucho), ce que le nouveau président élu s’était fort rapidement empressé de rejeter... bananeraieen faisant visiter l’exploitation aux journalistes !!! Manque de chance pour le nouveau président-bananier, des images de Google Earth ruinent un peu sa visite guidée, car on distingue très bien une piste aménagée en bordure de ses plantations, un peu plus au sud-ouest d’où avait été menée la visite journalistique (au  19°38’34.22″N et  72° 2’46.93″O)… Apparue après 2014, elle fait environ une trentaine de mètres de large et plus de 400 de long, et semble bien flanquée de ce qui pourrait être des plots pouvant contenir des bidons servant de feux de piste ou d’indicateurs de décollage, comme c’est le cas sur les pistes des avions de type « crop dusters ».  Certes, les bananes ont besoin de produits phytosanitaires (3)… mais où est en cas le label « écologique » (nota l’avion est un Ayres Thrush Commander S2RT pris en photo à Margusan, dans les Philippines).  Traitement ou piste clandestine, dans un cas comme l’autre c’est plutôt embarrassant pour « Mr Banane Ecolo » devenu président ! Celui-ci à fait campagne en hélicoptère, ce qui est moins écolo, des engins fournis par d’autres industriels qui comptent bien en recevoir un retour sur investissement… au départ c’est bananes contre pétrole… vénézuélien.  Agritrans a depuis clamé avoir décroché un juteux contrat avec l’Allemagne. banane « Au cours des trois prochaines années Agritrans devrait en effet augmenter sa production afin d’expédier 150 conteneurs, égalant 160 000 tonnes, en Allemagne chaque semaine« , selon la presse locale et selon le PDG Pierre-Richard Joseph.  Or pour ça il faudrait aussi augmenter de plus 3000 hectares de terres de bananeraie et surtout trouver le moyen d’acheminer les containers « d’organic bananas » (autrement dit des bios)… il faut voir ici Martelly (avec Jovenel Moïse) vendre ses bananes aux allemands, en vidéo, le 8 septembre 2015, en compagnie de Mike Port (ici à droite), le président de Port International Gmbh, la société de Hambourg acheteuse et « experte en bananes ».  La firme allemande existe en effet depuis 140 ans, elle ne possède que 9 employés, mais elle réalise un chiffre d’affaires entre 10 à 25 millions d’euros, déclare-t-elle sur son site … le « bio » appelé aussi « organic » est une manne sans fin avec le « fair trade » !  Et comme rien ne changera jamais avec eux.. « fin août 2016, (Moïse) a été accusé de corruption et de blanchiment d’avoirs par l’unité centrale de renseignements financiers, administration haïtienne indépendante »… on lui avait déjà trouvé 14 comptes bancaires différents !  A noter aussi qu’avant de se choisir Jovenel comme dauphin attitré, Martelly avait aussi tenté de proposer sa propre épouse comme sénatrice, une proposition rejetée par la commission électorale, car elle est née à New-York…

Le flou du projet du parc Caracol
campusEn plus des terres d’Agritrans de Moïse, c’est l’ensemble du second grand projet haïtien, ou plutôt celui l’englobant, le parc d’activité du Caracol (le PIC), ex  Parc industriel de la région du Nord (PIRN), réparti sur 252 hectares, qui ressemble par trop à une énième promesse électorale, celle d’emplois assurés en masse.  Un énorme écran de fumée, visible de Google Earth (ici à gauche) avec un campus universitaire aux bâtiments surdimensionnés, installé à Limonade, au milieu des champs, façon jadis Brasilia…et déjà en crise dès 2014.  Une promesse signée Martelly, en 2011.  Il a été installé à Trou du Nord, patrie de Jovenel Moïse, quel heureux hasard, n’est-ce pas !!!  Or rien n’est moins sûr, questions résultats, à voir comment cela a été fagoté dès le début. L’esbroufe de son inauguration déjà, le 22 octobre 2012, avec pas moins de trois chefs d’État en présence : inauguratinRené Préval (ancien président haïtien) Michel Martelly, et Bill Clinton, accompagné de la future candidate 2016 à la présidence américaine, Hillary, mais aussi la Secrétaire américaine du Travail, Hilda Solis. et d’autres « vedettes » (on avait annoncé Sean Penn, c’est Ben Stiller qui est venu...).  La présence du couple Clinton n’étant pas vraiment un gage de santé financière assurée, tant leur science du pompage de subventions partout où ils sont passés est patent.  Ou celui des jetons de présence à des inaugurations… (ou bien le rappel de leur présence était un rappel de leur « activité » jadis en Arkansas ?).  Bill Clinton, bombardé on ne sait trop comment « président de la commission dite Commission Intérimaire pour la Reconstruction d’Haïti (CIRH) » !!!  L’origine des fonds pour soutenir le projet ensuite, avec « la Banque interaméricaine de développement (BID), le gouvernement haïtien et les États-Unis » sans trop connaître le degré d’implication exact du dernier cité.  En fait, une aide provenant de la Clinton Foundation, et l’essentiel provenant surtout de l’USAID.  « La BID disposerait déjà, pour soutenir la deuxième phase de construction du Parc, d’une enveloppe de 55 millions de dollars US, a annoncé Alberto Luis Moreno » (le président de la Banque Interaméricaine de Développement – BID) :plaque  comprendre qu’il s’agît d’une enveloppe de relance, au cas où ça ne décollerait pas vraiment… c’est surtout le nombre d’emplois promis en quatre ans qui avait donné le vertige, à la lecture du projet : 65 000 !  Ce qui est plus que surévalué, à l’évidence.  Mais aussi le flou sur les employeurs, puisque c’est une entreprise sud coréenne,  S & H Global, S.A filiale de SAE-A (une entreprise textile) qui devrait offrir « plus de vingt mille nouveaux jobs à la fin de la construction de ses locaux »... Même si celle-ci bénéficie de l’aval de  General Ban Ki-Moon, ex secrétaire de l’ONU (alors encore en poste).  En réalité, le projet qui annonçait 3000 emplois d’emblée chez Agritrans n’en avait offert en mars 2015 qu’environ 600, avec la majorité de ceux-ci pour la construction initiale, les travaux, y compris les travailleurs en provenance d’Israël, Cuba et de République dominicaine venus essentiellement pour installer le système d’irrigation !  Depuis tous repartis chez eux.  Pas beaucoup d’haïtiens dans ce lot !  Autre sujet laissé délibérément flou, celui de la pollution par l’eau d’irrigation rejetée en mer, en baie de Caracol : un rapport alarmant de la firme KOIOS International dans un audit environnemental réalisé avant le début des travaux de construction du PIC, a fait état de nombreux facteurs de nuisance à l’environnement de la région.  Etaient visées dans ce sulfureux rapport « les eaux de drainages qui seront utilisées par la Centrale électrique (10 mégawatts) bien que les autorités s’en défendent, se déverseraient et détruiraient la baie, réputée d’être un écosystème côtier unique, productif et précieux ».  En septembre 2013, 95% des terrains étaient toujours inutilisés, et seulement 1500 emplois haïtiens de créés remarquait ici Aljazzeera.  Un gardien avouera au média arabe avoir été payé 3,40 dollars par jour pour travailler.  Les 366 fermiers expropriés sur la zone ont touché environ 3 200 dollars chacun.  Les ouvriers dans les usines touchant  en moyenne 4,56 dollars par jour.. l’analyse finale pouvant être celle-ci :  » Finalement, du moins dans le cas du PIRN, les contribuables américains facilitent la tâche à des compagnies de textiles locales et étrangères pour qu’elles implantent des « ateliers de misères, les « sweatshop », en Haïti, augmentant leurs revenus au détriment de travailleurs mieux rémunérés aux États-Unis et dans d’autres pays. [Voir Quel est le plan pour Haïti?  – Article #4] Si Levis et GAP peuvent assembler leurs vêtements au coût de 5,00$ US par jour au lieu de 9,00$ US de l’heure (à peu près le salaire le plus bas dans les usines de vêtements aux Etats-Unis), avec en plus de nouvelles structures, de l’électricité, de la sécurité imposée par les forces de l’ONU et des revenus libres d’impôts, entre autres avantages, pourquoi ne le feraient-ils pas? »  précise ici Haïti Grassroots Watch.

Un projet mal ficelé par USAID

textile-haitiHaït importe 60% de son riz des USA, on aurait pu s’attendre à une aide américaine à la culture vivrière, c’est tout l’inverse qui a été poussé en avant !!!  De l’exportation avant tout, alors qu’Haïti était autosuffisante en matière alimentaire il y a 30 ans !!!  Selon Aljazzeera toujours, USAID a de plus fort mal fait son étude de projet, et a oublié pas mal de choses avant de se lancer dans l’aventure du Parc de Caracol : « un rapport publié en Juin par le Government Accountability Office des Etats-Unis a blâmé l’USAID, en disant que la mauvaise planification et la projection de la spirale des coûts de logement et de la construction ont mis l’avenir du projet en péril. USAID a terminé une première phase de 10 mégawatts de la centrale au titre du budget, mais la majeure partie de l’argent – 82 pour cent – n’a pas encore été engagé, avec des fonctionnaires toujours en attente d’innover sur au moins deux phases du projet ».  Une centrale pour qui en effet ?  Car les investissements ne sont pas pour Haïti ajoute Haïti Grassroots Watch ;  « Mais Sae-A Trading n’investit pas en Haïti pour « créer des emplois », comme le clament les fanatiques du modèle de « développement durable » basé sur les usines d’assemblage, comme le président Michel Martelly.  La compagnie s’installe pour faire de l’argent. Sae-A sera en parfaite position pour bénéficier de la loi HELP [Voir Pourquoi Haïti est si « attrayante »?  – Article #3] et ensuite du nouvel Accord de Libre-échange entre les États-Unis et la Corée (KORUS FTA). Sae-A Trading ouvre boutique juste à temps « .   Et tout cela, il faudra bien l’expédier ailleurs, ce qui est encore loin d’être fait : « Un nouveau port d’expédition, quant à lui, est à peine au stade de la planification, car l’USAID dirige en grande partie le projet elle-même, en dépit de n’avoir construit aucun port dans le monde pendant plus de trois décennies.  Le GAO soutient que sans le nouveau port, le parc ne sera pas viable à l’avenir, de même que pour déplacer les conteneurs vers le vieux au port de Cap-Haïtien, ou en République Dominicaine, ou sur plus de 100 miles de routes de mauvaise qualité vers Port-au -Prince » (comment faire avec les 160 tonnes de bananes par semaine pour l’Allemagne dont le premier container ici à gauche avait été expédié le 8 septembre 2015 du port du Cap-Haïtien ?). container« Lorsque Caracol a été annoncé, de nombreux observateurs ont fait remarquer que sans logement décent et abordable à proximité, le parc pourrait conduire à la création de bidonvilles, comme les usines d’assemblage du début des années 1980 l’ont fait à Port-au-Prince. Comme que le parc n’a pas créé beaucoup emplois, cela ne s’est pas produit.  Mais il n’y a pas eu assez de logements construits dans l’intervalle. USAID a réduit le nombre de maisons qu’il avait prévu de construire près de l’industrie du parc de 60 pour cent, principalement en raison des coûts imprévus et d’une incapacité à trier les titres fonciers – un problème identifié il y a trois ans comme » principal obstacle à la reconstruction ».  Un blog relevait par exemple que les 128 maisons que le Venezuela a construites en un temps record, prêtes dès mars 2010, « n’ont été utilisées finalement qu’en septembre 2011, en majorité par des squatteurs désespérés par l’absence de logements » !!!  Les terres elles-mêmes  et leur qualité sont de plus discutables :  « Dans une autre étude Koios admet que le site comportait en fait de « bonnes terres agricoles ». Mais il était déjà trop tard. Les fermiers avaient été chassés et des clôtures avaient été érigées. Interrogé après le fait par le Ministère l’environnement, Colas Landry, maire de Caracol s’est dit en désaccord avec le choix du site. « Si les promoteurs du projet m’avaient consulté, je n’aurais jamais proposé ce site.  Je les aurait dirigés vers Madras », a-t-il dit au Ministère de l’environnement dans un rapport interneii transmis à AKJ… »  Le projet a déjà vu son côté financier revu à la baisse, côté US : » Dans l’ensemble, moins d’un tiers des 651 millions de dollars d’ USAID avait dit qu’il dépenserait en Haïti a-été décaissé… » trump-caracolRésultat, tout ne se passe pas comme prévu… si bien même que le 28 septembre 2016 un incendie d’origine criminelle a touché Agritrans, une action très vite condamnée par le Parti Haïtien « Tèt Kale » (PHTK).  Le parti de Jovenel Moïse… et de Michel Martelly.  Allumé par des déçus du projet, des travailleurs mécontents ou des anciens propriétaires fonciers floués, on ne le sait.  Ce qui n’empêchait pas le gouvernement d’être fier de son parc et de clamer avoir créé 9 120 emplois fin 2015 dans le Parc.  « Ce nombre représente 71% d’augmentation, comparé à 2014″, avait-il affirmé.  En 2014, il est vrai, il n’y avait pas encore beaucoup de bâtiments de terminés… au final aussi, un projet mal ficelé, ce qui n’a pas échappé… à Donald Trump, ravi d’y trouver une énième critique de son opposante à l’élection présidentielle… « Hillary Clinton en septembre dernier a violé les règles environnementales et de travail en aidant la société sud-coréenne à établir un dossier de violation des droits des travailleurs, en mettant en place ce qui équivaut à des ateliers clandestins en Haïti », avait-il dénoncé avec l’aplomb qu’on lui connaît le 6 septembre 2016. Un avis de connaisseur, pour sûr...

Remise en cause de l’aide US

Car il y a bien un système pervers qui a été installé, le même qui a servi à soi-disant « reconstruire » l’Irak, a bien regarder : « Il y a des organisations qui travaillent de manière honnête, mais le programme de reconstruction d’Haïti est, en général, un catalogue de non-sens. Les organisations internationales accusent du bout des lèvres les institutions haïtiennes ‘en faillite’ du peu d’efficacité de l’aide humanitaire.  Mais la plate-forme d’informations Disident Voice a réalisé une enquête exhaustive qui montre que, des 2 000 millions de dollars que les pays du nord global ont destiné à Haïti, seul 1% est géré par le gouvernement haïtien, 34% étant administrés par les donateurs eux-mêmes ou par les ONG et 28% allant aux agences et programmes des Nations unies.  Le reste est versé aux donateurs.  Ainsi, par exemple, Washington s’est autoversée, selon le Research Office du congrès des Etats-Unis, 655 millions de dollars pour les « services » de ses propres soldats et 220 autres millions pour des services de santé. » L’aide US est tout sauf désintéressée !!! Et comme en Irak, beaucoup d’argent s’est comme par hasard « évaporé »:le président chanteur reconnaît qu’il ne sait pas «où sont passés les 4 milliards de dollars qui sont arrivés dans le pays depuis le tremblement de terre»écrit otramerica.com. Sans oublier les services rendus par les « vieux amis », ou les vieux démons appelés en renfort : « Monsanto a fait don de 550 tonnes (4 millions de dollars) de semences transgéniques de maïs et autres céréales et l’agence de coopération américaine USAID a inventé un programme de «développement agricole durable» avec ces semences. Winner, acronyme du projet, a coûté 126 millions de dollars en 5 ans aux Etats-Unis et a été donné en gestion à l’entreprise privée Chemonics International, qui, en Haïti, est représentée par Jean-Robert Estimé, ex ministre des Affaires Etrangères du dictateur Duvalier ». Voilà qui ajoute un doute supplémentaire à « l’organic » des bananes de Moïse le nouveau messie politique du pays…

concert

Epilogue et retour sur scène de Sweet Micky 

arrestationLe 7 janvier 2017, un ancien opposant d’Aristide était lui aussi cuisiné par un juge américain : il s’agissait de Guy Philippe (ici menotté, à droite au milieu de l’image) élu de la Grande Anse, arrêté au temps du bref pouvoir de Privert, Philippe, un ex-commissaire de police, devenu… sénateur !  C’est aussi l’ex-chef rebell(resté rebelle !) qui avait provoqué la chute du régime de Jean Bertrand Aristide, en 2004 ! Une arrestation qui avait été suivie de manifestations violentes dans son fief de la Grande Anse.  Une violence dont il était lui-même coutumier, puisque dans la nuit du dimanche 15 au lundi 16 mai 2016, Guy Philippe et vingt-et un autre individus avaient été impliqués dans l’’attaque perpétrée contre le commissariat central de Cayes (4 A plusieurs reprises, Guy Philippe avait raconté que la DEA lui avait monté un hypothétique dossier pour lui nuire.  Or les faits sont là, pesants, contre lui : « selon l’acte d’accusation, environ de 1997 à 2001, Philippe a conspiré avec d’autres pour importer plus de cinq kilogrammes de cocaïne aux États-Unis. Encore de 1999 à avril 2003, Philippe aurait également conspiré avec formingd’autres personnes pour se livrer au blanchiment d’argent afin de dissimuler leur participation à des activités criminelles, y compris le trafic de stupéfiants. L’acte d’accusation allègue qu’en 2000, Philippe a transféré un chèque de 112,000 $ par l’entremise d’une institution financière, affectant le commerce interétatique et étranger, y compris des sommes provenant de l’entreprise de trafic de drogues illicites »… un éternel recommencement, en quelque sorte, en Haïti.  Et Michel Martelly dans tout ça ?  Il a déjà repris le chemin des studios d’enregistrement et chante aujourd’hui « Ba’l bannan lan » (5), ce qui signifie « donnez-lui la banane » en créole et a déjà repris la scène, bien sûr.  Il fait même déjà des clips.  Martelly, c’est Mr Guignol (ex) devenu président, ou Patrick Sébastien sorti de micky-sur-scenel’Elysée !!!!  L’Etat avec lui c’était pour sûr « Michel Martelly et Co. A la fois, maitre chanteur, maître danseur ! » comme on a pu lire ailleurs (il est ici en concert à Montréal le 5 novembre 2016 !).  Pauvre pays dirigé par pareil saltimbanque !!!  En concert, il se présente désormais comme le « only motherfucker in the world »…. comme quoi il a gardé la même classe qu’avant de devenir président du pays !  Et, lui, à vrai dire, gère désormais d’autres problèmes, avec un de ses fils, notamment, celui qui aurait bien voulu faire carrière en musique; lui aussi… comme d’autres fils d’ex-présidents, d’ailleurs…comme on va le voir…. bientôt !  Rien n’avait été résolu par lui : le jour de son départ effectif du pouvoir,le 7 février 2016, des émeutes avaient à nouveau éclaté…

(1) « La compagnie avait eu un différend important avec le syndicat (Union) dans une usine au Guatemala. L’AFL-CIO l’a accusée de répression antisyndicale, y compris d’«actes de violence et d’intimidation. » Sae-A Guatemala, en fin de compte a abandonné l’usine. Mais, en 2008, la Confédération syndicale internationale a mis en évidence que la société n’avait eu qu’une seule de ces trois usines au Guatemala qui avait rencontré des représentants de l’Union pour discuter des conditions de travail hebdomadaire. Nous avons trouvé un article académique précisément décrit, dans lequel un gestionnaires de Sae-A d’une une usine au Guatemala a utilisé la police pour intimider les organisateurs de l’Union. Le chercheur avait cité comme preuve un  câble de WikiLeaks paru en 2005, mais avait oublié ce que le câble avait dit énonçant que lorsque le gouvernement et la compagnie avaient découvert ce qui était arrivé, il avait retiré tous les gestionnaires concernés et avait rétabli les travailleurs, payés de retour. Au Nicaragua, une enquête 2013, d’un affrontement entre les partisans de l’Union et des travailleurs non syndiqués a constaté que Sae-A n’avait rien fait pour prévenir les troubles

 

(1) « Le même jour, l’un des suspects de l’enlèvement, Alain CERELUS, connu encore sous les noms de Peter BRYENT et de Jeff DUPITON, alias Commandant ou Commandant Jeff est interpellé par la Police, à bord d’un véhicule Nissan Patrol, de couleur verte, immatriculé au numéro BB-85016. Il a en sa possession, deux téléphones portables, un pistolet automatique de marque Glock 19 (FGY496) , des cartouches, une paire de menottes, un gyrophare, de l’argent en liquide totalisant douze mille cinq cents (12.500) gourdes, un lot de cartes Subscriber Identity Module (SIM) ainsi que des porte-cartes SIM. Alain CERELUS alias Commandant Jeff collabore avec la PNH. Il passe aux aveux et accompagne les agents de la PNH sur les lieux de séquestration de l’homme d’affaires Sami EL AZZI ce qui permet à l’institution policière de procéder à la libération de la victime qui se trouvait alors dans une maison, difficile d’accès, située à la Vallée de Bourdon. Sami EL AZZI était surveillé par trois  autres individus répondant aux noms de Jean BERJEAU, Cézard LAFOREST et Burnet AUGUSTIN alias Nènè. Ils sont tous trois arrêtés. Sur le trottoir adjacent aux lieux de séquestration, se trouvait le véhicule de marque Toyota Land Cruiser, aux vitres teintées de noir et immatriculé au numéro AA-43456 qui a servi à l’enlèvement. A l’intérieur du véhicule, une autre plaque d’immatriculation Service de l’Etat SE-00135 est aussi retrouvée. Alain CERELUS et d’autres individus de son gang, montés à bord d’un véhicule alors affecté au service du député Jean Robert PLACIDE, de marque Nissan, de couleur blanche, d’immatriculation officielle 0825, ont enlevé deux cambistes postés à la rue Pavé. Ces derniers, originaires de Port-de-Paix avaient en leur possession la somme de quatre cent vingt mille (420.000) gourdes. Ils ont été assassinés et leurs corps retrouvés à Carradeux. Edner COME, ancien policier, encore connu sous le nom de Jackson TRAVELINO, numéro II du gang dirigé par Clifford H. BRANDT, avait également pris part à l’enlèvement des deux cambistes ».

(2) « Le RNDDH voudrait comprendre pourquoi les autorités politiques et judiciaires se sentent toujours obligées de commettre une action grossièrement illégale en faveur des bandits ou de leurs proches, dans le cadre de cette affaire. L’organisation a encore en mémoire la libération de Marie Thaïssa MAZILE ETHEART, épouse de Woodly ETHEART, détenue à la Prison Civile de Pétion-ville aux ordres du Juge d’Instruction, Me Sonel JEAN FRANÇOIS et libérée par le substitut du Commissaire du Gouvernement, Me Gérald NORGAISSE, qui par la suite a feint de démissionner de son poste, mais qui est toujours maintenu en fonction au Parquet près le Tribunal de Première Instance de Port-au-Prince. (Pour de plus amples informations, voir : Dossier Sonson La Familia : Evasion de la dame Marie Thaïssa MAZILE ETHEART de la Prison Civile de Pétion-ville Com.P/A14/N03). Le RNDDH rappelle que le véhicule de l’ex-Ministre de la Justice et de la Sécurité Publique, Me Jean Renel SANON, avait été soupçonné d’implication dans l’évacuation de la prévenue. »

(3) sur les « zones franches » comme celle de Caracole, lire ceci. Et l’une de ses conclusions :« Le modèle prôné par la bourgeoisie haïtienne et les instances financières internationales reproduit la caricature mise en scène par Brecht, disant que si le peuple ne convenait pas, il fallait le changer. C’est bien de cela qu’il s’agit ici : de la tentative de transformer une masse paysanne en ouvriers précarisés de la sous-traitance et des usines d’assemblage des zones franches. »

(4) un site a répertorié ses actes de violence, tous axés contre la police :

-2003: Commissariat de police de Pedernales: plus de 10 policiers tués. Feu nourri sur le batiment du commissariat de la Croix-des-Bouquets.

-2004: Cap Haïtien: plus de 20 agents CIMO tués. Commissariat de police de Pilate plusieurs policiers tués.

-2016: Commissariat des Cayes: 1 agent UDMO (Tisson Jean Pierre) tué  et plusieurs blessés…

(5) encore un peu et les Haïtiens auraient pu élire Frankie Vincent…

 

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