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Coke en stock (CXVII): les mormons… encore, et la découverte d’un véritable consortium international de contrebandiers

Vous vous souvenez de notre découverte, ici-même, à l’ami Falcon et moi-même ? Cet incroyable jet biréacteur bourré de cocaïne, qui s’était crashé en mer et dont on n’avait pu distinguer qu’un seul morceau reconnaissable ? Son avant-dernier propriétaire avait lui aussi intrigué, car il était Mormon et semblait à l’évidence connaître l’usage de son avion avant de le vendre à un obscur mexicain (les deux articles sont lisibles ici et là).  L’appareil lui appartenait toujours, selon la FAA, lorsqu’il s’est écrasé.  Et bien revoilà que notre homme a fait reparler de lui, en plein mois d’août et d’une façon aussi spectaculaire, comme l’a indiqué le journaliste Pierre Nizet dans le journal La Meuse en date du 20 août dernier.  Le frère du consul honoraire de Belgique en Utah semble cette fois-ci dans de beaux draps, accusé cette fois d’avoir participé à un trafic d’or.  Oui, de l’or cette fois, habilement dissimulé.  Après la coke, le métal précieux …

L’avion saisi cet été au Paraguay avec de l’or habilement dissimulé dans un alliage de bronze appartient en effet à notre désormais habitué des faits divers, à savoir Marc Didier et sa société d’achat et de vente d’avions installée dans le fief mormon de Draper, Best Aircraft Deals, LLC (son siège est en effet situé à 1378 E Perrys Hollow Road, à Draper (84040), son « agent » résidant au 1378 Perrys Hollow road de Salt Lake City, UT 84103).  Or c’est aussi l’adresse de la maison (estimée plus de 900 000 dollars) du patriarche mormon de la famille Didier, à savoir Charles Didier, d’origine belge, devenu il y a plusieurs années une haute autorité de l’église mormone (le fils ayant été privé par décision de justice de sa propre villa, comme j’ai pu déjà l’écrire ici-même).  Dans le registre de création d’une des sociétés de Marc Didier, Charles est d’ailleurs le « secured party » de l’entreprise, à savoir son garant.  Et il l’est aussi pour Best Aircraft Deals… ou l’était, Best Aircraft Deals, créé le 11 février 2015 a en effet été fermé le 12 juin suivant…  l’agent représentant la société se définissant comme celui de Dominican Oil & Gas Exploration, LLC to, dont le responsable n’est autre que… Marc Didier en personne (la firme ayant été créée voici aujourd’hui onze ans).  Tant d’opacité maintenue laisse envisager plein de choses douteuses, et … c’est le cas.  Le nom de Dominican Oil & Gas Exploration, LLC était apparu en 2011 avec un premier lien avec des mexicains, en s’associant à Grupo Zapata Arce, une division de Metales y Minerales S.A. De C.V, pour d’obscurs achats et ventes d’acier.  Le même mois, le groupe ainsi formé avait investi 1,200,000 dollars dans Rsignia, Inc.  (1) un groupe s’occupant de cyber securité solutions mais aussi de détection, de calculs de risques d’impacts (« mitigation« ), de contre-mesures ou d’analyses.  La société a été acquise en 2012 par KEYW Corporation (2).  En 2016, Air&Cosmos annonçait que Rsignia INC avait signé un contrat de trois ans avec l’Air Force Research Laboratory…

bae 125Marc Didier avait rappelons-le bel et bien acheté le BAE 125  numéro de série 257138/NA-0298, immatriculé N917TF.  On l’avait retrouvé en pièces détachées sur la plage de Puerto Columbia le 20 mai 2015, après un crash filmé de bout en bout par l’armée colombienne, qui avait suivi de près sa descente, filmée par des caméras infrarouges. L’appareil n’avait pas été abattu, semble-t-il, mais il s’était bien crashé avec un moteur en feu.  Il lui avait été vendu le 1er mai 2015 par Florida Aircraft Sales, mais n’avait été radié du registre américain que le 28 bout-repêché1mai 2015 et annoncé comme vendu à Marc Didier (et à une de ses entités, le « Grupo Zapata Arce Division Metales y Minerales LLC« , une société travaillant officiellement au Mexique et en Chine dans l’extraction du minerai de fer et la fabrication d’acier, du moins c’est ce qu’elle annonçait)… Lavion s’était donc écrasé huit jours auparavant, la FAA ne l’ayant radié définitivement que le 2 juin 2015 alors qu’il était déjà en miettes !!! Etrange rattrapage de faits… L’enquête que j’avais effectuée avait révélé d’autres étrangetés de ce dossier, comme le fait que Marc Didier affichait sur le net un autre lien pour les achats d’avions, un lien ne répondant plus depuis plusieurs mois déjà. Tout avait intrigué dans cette affaire, comme le fait que le site B3A (Bureau of Aircraft Accidents Archives) relatant les crashs, affichait désormais depuis un lien perdu vers la photo de l’appareil (voir ici  et là) alors que le dossier relatant l’accident avait lui disparu… le site d’Aviation Safety Network relatant lui désormais le crash, précisant bien que « the aircraft was identified as N917TF which departed Fort Lauderdale Executive Airport, Floria for Toluca, Mexico on May 1, 2015′.  Avec l’ami Falcon, on avait donc bien retrouvé l’avion avant que ASN n’annonce sa disparition… le seul bout reconnaissable flottant en mer était bien le bon ! A noter que l’ASN n’a mis en ligne cette certitude que le le 4 août 2016… soit bien après nos révélations !!!

Les mormons et les jets privés, c’est déjà une vieille histoire, qui a débuté semble-t-il en 1996 avec un industriel de l’Utah, Jon Huntsman, le responsable de Huntsman Chemical Corp, troisième plus grande entreprise de pétrochimie aux Etats-Unis. Hunstman, le fondateur d’une dynastie… (il a en effet 9 enfants et… pas moins de 56 petits enfants…) l’homme qui avait apporté à MacDo son emballage léger de Styrofoam…avec l’aide de Dow Chemical.  Un grand ami de Margaret Thatcher et de Dick Cheney.  L’un de ses fils, Peter, plus proche d’Obama semble-t-il, s’est brièvement installé en Belgique avec sa famille pour diriger la branche européenne du groupe et revenir diriger l’entreprise aux USA en 2000 et y diversifier les productions, telles la fabrication de pièces de plastique des ailes d’avion avec son composant adhésif (l’Uralane de l’Araldite).

grumman mormonUne des futures recrues des Mormons, un peu plus suspicieuses que ses confrères, l’avait bien compris, cet usage d’avions de luxe par les seuls dirigeants de l’Eglise : « Ne serait-il pas amusant de suivre les frères de se déplacer chaque fois, sans argent ni sac, quand ils sautent sur le Gulfstream d’Huntsman pour voyager à travers le monde? Ce ne serait pas amusant de voir que pour Promouvoir la Foi, ils utilisent parfois le jet pour leur plaisir et non pas seulement tendant à le troupeau ? Eh bien, il y a un moyen (parfois). Je désire tout de le recevoir. Je me suis intéressé de voir comment récemment TSCC (nota : « The So Call Church ») est inscrit dans mon pays d’origine, et donc je me suis rendu sur le site de mon secrétaire local de l’Etat. Brook P. Hales y est répertorié comme secrétaire et trésorier. Hales? Oui, même Hales. Mais comme que je ne suis pas très familier avec cette souche jet egliseparticulière de Hales parmi la royauté Mormon, je l’ai googlé pour en apprendre davantage sur le gars. Apparemment, il un blog, visible ici: http://bphales.blogspot.com/ Bro (nota : l’entrée du blog est réservé aux membres de l’Eglise !). Le blog de Hales propose un voyage en mai 2014. Il a été pris en tant que membre du parti officiel  du Temple du Dévouement de Fort Lauderdale de Floride. Ce voyage a été un grand moment apparemment pour Bro. Hales, comme il a pu lui-même le photographier et le bloguer. A propos par exemple de l’hôtel de luxe où ils sont restés, les détails de la sécurité qui les accompagnait, et il a même pris le temps, tout comme Jésus, d’apprécier une belle Ferrari garée devant. Mais ce qui a vraiment attiré mon attention au lieu des photos et le commentaire posté au sujet du jet proprement dit. Alors qu’ils voyageaient dedans, comme je pouvais le remarquer «Nous déb
arquons du jet. N620HCe fut le seul vol dans lequel j’ai été déçu de voir la fin ». Son blog comprend une photographie de la cabine du jet, et en y regardant bien, tout voyageur possédant un goût éclairé serait en effet désolé de descendre de cette belle machine. D’après une photographie de l’extérieur du jet, vous pouvez voir son « N-Number » qui est N620JH. J’ai cherché la N-Nombre dans le registre de la FAA… le voici »
(photo ici à gauche en tête de chapitre).  Falcon me signale que le fondateur de la dynastie Huntsman a commencé par un premier jet, un petit Hawker 700 N621JH acheté en 1988 (sous le nom d’Airstar Corp,), puis est passé à un GIII, le N620JH en 1990 ( ici à gauche), puis s’est offert deux Gulfstream GIV…

 

Marc Didier, dont les ressources financières sont jonchées de procès et de faillites diverses, s’est aussi intéressé à des Grumman Gulfstream,  car il a en effet eu une certaine frénésie d’achats d’appareils ces derniers mois, en plus du fameux BAE-N917TF.  On remarque en effet l’achat du N721CN, le 7 octobre 2015, suivi du N88LN (visible aussi ici et là mis en vente) le 23 févrierannonce vente avion 2016, et du déjà fameux N111FA enregistré à son nom fort récemment, celui-là même qui s’est fait pincer au Paraguay.  Comment un tel individu avec de telles casseroles financières a-t-il pu en aussi peu de temps acquérir de tels appareils, cela demeure un mystère, dissimulé selon les garants, puisque les registres pointent vers le même personnage.  Oh certes, ce ne sont pas des appareils neufs. Car le G-1159 N88LN, N°20 seulement de la série, date de 1968, et il en était à sa 22 ème revente. Chez Contrôler, un appareil voisin, le N°51 de la série, à l’intérieur en très bon état, se vend toujours 1 395 000 dollars… chez les spécialistes, l’achat d’un tel appareil ne vaut pas la peine : il consomme trop, et ses réacteurs ont trop tourné (à moins d’en changer bien sûr).  La gamme des Challenger plus récente se présente comme moins onéreuse à l’usage. Idem pour un Gulfstream III des années 80 qui se négocie aux environs de 1,4 million de dollars (et moins d’un million pour les plus utilisés). A moins d’en faire un appareil de « coups », comme a pu l’être le fameux BAE crashé en mer.  Car ce 4 août 2016, c’est bien un « coup » qui a été tenté.  Et ma foi, il faut bien le reconnaître, un coup assez élaboré…

grumman good

_860_573_1396486Ce jour là en effet au Paraguay, en provenance de Guayaquil en Equateur, se pose un Gulfstream III, le N111FA, décrit comme appartenant à Best Aircraft Deals de Draper (Utah) depuis le 23 juillet 2016 : l’appareil appartient à Marc Didier depuis le 5 mai seulement !!! A bord, c’est plutôt sa cargaison qui fait l’objet de l’attention des douaniers. Mais pas seulement comme on va le voir…

calculDans ses soutes, il y a en effet 480 kilos de lingots (il y en a 320) déclarés comme étant du bronze, ce qui en fait déjà un avion suspect : ce genre de cargaison de type industriel est plutôt rare à bord d’un jet privé.  Intrigué, le responsable de l’aéroport, Rubén Aguilar, a la présence d’esprit de faire venir sur place un représentant en chimie, qui effectue des tests sur place et qui surtout envoie des extraits de lingots effectués à la perceuse à l’ Instituto Nacional de Tecnología, Normalización y Metrología (INTN).  Le verdict, après quelques jours, est sans discussion possible : chaque lingot est un savant alliage, qui dissimule en fait environ 6% d’or pur. Ce qui représente en fait plusieurs millions de dollars.  Au départ, les autorités du Paraguay n’avaient rien décelé… l’adroit procédé consistant à mêler l’or aux autres composants fait obligatoirement penser à des connaissances en chimie… comme ceux que possèdent ceux qui raffinent la cocaïne, notamment.  Parmi les papiers saisis à bord, les autorités découvraient le nom d’une firme pour l’envoi des lingots : Cristal Esteño SA.  Après plusieurs recherches, elles déclaraient la société comme fictive.  Pas une seule ne répondant à ce nom à Ciudad del Este.  Ci-dessous, Mar Didier en personne en train d’ouvrir la porte de l’appareil, à la requête de la police paraguayenne :

ouverture porte

N111FA sale 1Selon ABC Color, dans les heures qui suivaient la police se rendait à l’hôtel où étaient descendus les personnes en lien avec l’avion (à droite son certificat de vente en date du 20 mai 2016:  « dans le raid de vendredi après-midi à l’Hôtel Dazzler Asuncion, la police fiscale a arrêté un homme de nationalité dominicaine, Manuel Medina Portes, qui avait plusieurs documents liés à des ventes d’or. Ils ont également trouvé des documents reliant Tinajero Jose Salazar, un citoyen mexicain répertorié en tant que propriétaire des près de 500 lingots de cuivre et de l’or, qui était également répertorié en tant que propriétaire de la société Samano SA, ainsi qu’un citoyen nommé Carlos Gustavo O’Higgings , représentant de la société importatrice Allianz SA. Un contrat trouvé sur le site fait référence à un service d’exportation d’or entre la société Allianz SA et SA Samano. La première société s’est engagée à contrôler l’expédition correcte des lingots ainsi que leur validation juridique vers la destination finale serait Hong Kong (Chine). Comme témoin entre les deux entités apparaît Portes Manuel Medina. Parmi les noms apparait aussi celui d’Audelio Acosta, un homme dédié à la prospection de l’or à Poso Yobai, dans le département de Guaira, où l’on trouve des mines d’or qui sont sous le contrôle du vice-ministère des Mines et de l’Energie ». Est notifié aussi un dénommé Nilce Shekel.  On a bien affaire à une affaire internationale. L’avion selon le procureur Aldo Cantero, a quitté Atlanta, aux États-Unis puis a fait une escale à Toluca, au Mexique,  il est allé ensuite au Venezuela pour faire le plein et finalement arriver au Paraguay.  Sa destination finale étant… la Chine (le destinataire final étant la société He Meng IN’TL Investment Group Limited) !

N111FA int 1Selon plusieurs médias, dont Hoy, les occupants eux-mêmes de l’appareil étaient d’origines diverses (à gauche l’intérieur de l’avion) : « jusqu’à présent, les suspects sont: Edward Knapp (pilote américain), Mark Didier (citoyen belge, le propriétaire de l’aéronef), l’équipage Mark Daniel (US), Scott Dump (US), Salazar (Mexique), Juan Carlos Artanello (Mexique) et Juan Ontiveros (Mexique) ». Selon La Republic et ABC « l’avion volait avec les pilotes américains Edward Knapp et George Taylor aux commandes, et en tant que passagers il y avait leur compatriote américain Mark Daniels, Mark Didier, un  belge et trois mexicains, Juan Jartamillo, Juan Ontiveros et Jose Salazar. » Les deux pilotes résidant en Floride, où ils se sont vite éclipsés après l’atterrissage et l’arrestation de l’avion.  Edward Knapp est lui aussi un vétéran des longues heures passées en vol (il a débuté en 1980) qui avait rejoint Gulfstream International Airlines en 2011, installé à Fort Lauderdale.  La société en banqueroute est devenue plus tard Silver Airways.  La raison de la banqueroute avait été les sommations de la FAA à répondre aux normes de temps de vol, Gulfstream International Airlines faisant voler largement ses pilotes dans le temps bien au delà des normes de sécurité.  Trois accidents notoires (et mortels) avaient émaillé l’histoire (courte) de la société.  crashLe dernier avait sonné le glas de l’entreprise : son  Bombardier Dash 8 Q400, s’était écrasé le 12 février 2009 sur une habitation au nord-est de Clarence dans la banlieue de Buffalo, à environ 9 km seulement de la piste de l’aéroport.  L’accident avait fait 50 morts, pas moins, dont 49 tués à bord et une personne au sol (dans la maison broyée).  A bord, il y avait aussi Beverly Eckert, la veuve d’une des victimes d’un des vols des attentats du 11 septembre 2001 et une membre active du Comité des familles des victimes du 11 septembre.  Les deux pilotes avaient ignoré le givrage apparent des ailes de l’appareil, l’avion, parti en perte de vitesse, avait été trop cabré par le commandant de bord, visiblement peu informé des conséquences sur ce type d’appareil : l’avion avait aussitôt décroché. « L’enquête a également montré que l’équipage manquait de concentration et que les pilotes avaient accumulé de la fatigue, ce qui expliquerait leurs réactions inadéquates, face à la situation, qui était facilement récupérable » indique Wikipédia.  L’histoire du crash est très bien racontée ici à part les cris de la co-pilote, sortis d’un film X !) dans « Danger dans le ciel – Vol 3407″, de Colgan Air.  Il s’intitule « mort de fatigue », très significatif).  On constatera que le commandant de bord n’avait que très peu dormi la veille (sur un canapé !) et que sa copilote, elle aussi harassée, venue la veille en avion cargo, touchait un salaire équivalent à celui d’un chauffeur de bus… 

roatan gulfstreamSi les pilotes de l’avion coincé au Paraguay sont des chevronnés des compagnies aériennes régionales, on note, outre la présence du belge Marc Didier, le propriétaire de l’avion, celle de Mark Daniels… (encore lui, serait-on tenté de dire !) une présence qui est tout aussi remarquable.  Sa présence auprès de Didier est en effet à la fois une surprise et une confirmation.  Les premiers épisodes, parus ici, de la série « Les profiteurs de guerre oubliés » ont montré ses façons de faire, et Marc Didier a déjà été mêlé à l’affaire du BAE N917TF et son chargement de cocaïne; même si ASN a mis un sacré temps à le reconnaître à maintenir son immatriculation américaine… (selon l’ASN l’appareil avait décollé de Fort Lauderdale Executive Airport, Floride, pour Toluca, au Mexique le 1er mai 2015…  Leur sulfureuse rencontre laisse augurer d’autres choses, tant tous deux ont déjà donné en effet dans le borderline.  Plus étonnant encore, très vite, dans les comptes-rendus de l’arrivée du Gulfstream III au Paraguay, le nom de Daniels disparaît… aussi vite que les deux pilotes, très vite relaxés par les autorités après une brève arrestation.  Etrange « disparition » des médias de trois… américains !  Comment ces trois-là ont-ils pu s’extraire aussi vite de cette situation ?  Cela rappelle la façon dont des pilotes d’Aerogroup (de Mark Daniels) avaient tranquillement quitté le tarmac après avoir posé un autre Gulfstream III (le N951RK), le soir du 5 avril 2013, sur l’aérodrome Juan Manuel Gálvez de Roatan, au Honduras.  Le point de départ de notre série !!! (nota : les deux pilotes du Roatan s’appelaient Luis Lozano et Mark Gordon Solís).

rouleauMêler l’or à d’autres métaux pour le faire passer en contrebande exige des connaissances en chimie, a-t-on dit. Celle des spécialistes des sociétés de vente de métaux, ou bien celle des chimistes des laboratoire de cocaïne ?Car, un fait supplémentaire troublant va s’ajouter à cette constatation. Comme l’a relaté l’autre ami Marc Fievet, le 19 août dernier, on apprenait qu’une quantité assez phénoménale de cocaïne (une demi-tonne !) venait d’être saisie dans l’aéroport Guarani au Honduras.  De la coke dissimulée dans 27 cartons anodins contenant chacun 4 rouleaux de plastique.  La drogue étant logée entre le rouleau de carton et les dernières épaisseurs de plastique.  L’homme piégé lors de l’envoi raté est un libanais, appelé  Issa Ali Chamas, au look de rappeur attardé sur certains clichés.  Détenteur d’une carte d’identité paraguayenne, arrêté en compagnie de Josimar Villasboa Chiquette, du Paraguay lui aussi.  Aucun rapport, me direz-vous, avec la cargaison de fonte dopée à l’or ? Oh que si : très vite, on découvre en effet que la marchandise devait être expédiée à Istanbul, en Turquie, sous le nom de la société d’import-export Cristal Esteño… via la société « Butterfly Cargo Service ».

adresse Cristal Esteño, la même qui se dissimulait derrière l’envoi de la demi-tonne de lingots qui ont mélangé avec d’autres métaux, le vendredi précédent, interceptée à l’aéroport « Silvio Pettirossi » (pour un décollage vers Hong Kong).  A Istanbul, la coke était attendue à une adresse de réception précise, « Sila Plastica, Vatan Mahalesi, Sokak 24  Bayrampasa, Vergi » avec même un numéro (38201070348).  Très certainement une échoppe minuscule, située dans une rue d’Istanbul où l’on peut admirer un superbe cybercafé, idéal pour communiquer discrètement.  Mais nous ne sommes pas encore au bout de nos surprises, car d’autres produits que l’or semblent avoir intéressé nos trafiquants en puissance.

passeport marc didierDe l’or, le belge Marc Didier (à gauche son passeport saisi par la police paraguayenne) aussi s’y est lui aussi intéressé, il est vrai : avec la création de Senon Gulfstream SA, à Dakar, qui prospecte une mine d’or dont la notoriété n’a pas dépassé à ce jour les frontières du Sénégal, vous avais-je dit.  Mais il n’y a pas que l’or et la coke dans le dossier, et c’est encore le nom de Cristal Esteño S.A qui y mène : « en 2014 », note ABC Color, « au moins 206 véhicules répertoriés comme volés en Europe sont entrés dans le pays et ont été identifiés par les chercheurs des douanes. De ce montant huit voitures de luxe ont été les premières à l’entrée du port douanier de Caacupemí. Une partie de la marchandise était destinée à un dénommé Derlis Francisco Gill (installé à Cartagena) de la société Cristal Esteño S.A., qui a ensuite été liée à la figure d’Edgar Darío Alderete et de Gregorio Benitez Daniel González Vera. Cette même année, en novembre, l’entreprise est à nouveau liée à une expédition de marchandises falsifiées de contrebande saisies par les inspecteurs des douanes pour un montant de plusieurs millions. Dans une procédure effectuée vendredi dans le Puerto Privado Fénix, à Mariano Roque Alonso, la coordination administrative des enquêtes douanières (CAIA), a réussi à saisir les marchandises soupçonnées de contrefaçon pour un montant de 42 millions de dollars, note un rapport. port saisieOnt été saisis des portefeuilles et des sacs des marques bien connues telles que Prada, Salvatore Ferragamo, Saint Laurent, Louis Vuitton, Burberry; Ray Ban, Marc Jacobs, des chaussures de sport, les appareils mobiles de marque Samsung, des montres et des vêtements. Le conteneur était au nom Cristal Esteño S.A., bien que personne n’ait revendiqué la responsabilité de la cargaison. La valeur totale de la cargaison était d’environ 42 millions $ US (photo: Gentileza).«  On a commencé avec un crash d’avion bourré de coke, on à trouvé sur notre chemin un avion transportant de l’or, un autre transporteur s’apprêtant à envoyer de la coke du Paraguay vers la Turquie, et on finit par de la contrebande de contrefaçon : décidément, Cristal Esteño S.A est un vrai consortium de malfrats !

Des malfrats bien organisés indique ABC Color, qui on des dons bien particuliers, qui n’ont rien à voir avec des miracles religieux:  « comment donc un camion grande taille blanc IVECO devient une Toyota Hilux « générique » blanche est un miracle … Dans l’épisode inhabituel ne sont pas intervenus des saints, mais tout le contraire. En 2014, Derlis Francisco Gill a enregistré à son nom un camion Iveco blanc, modèle 90E22 2006, en utilisant un numéro de certificat de nationalisation 738 159 2014. Le camion avait comme pays d’origine l’Italie et on lui avait donné la plaque BXB 944. Deux ans plus tard, le 21 janvier de cette année, le greffier Enrique Mayeregger Bobadilla a témoigné que ce certificat de nationalisation d’un véhicule d’origine italienne correspondait à une Toyota Hilux générique, modèle 2012, blanc, importé soi-disant de l’Argentine. Elle n’a coûté presque rien à un chauffeur de taxi nommé Ciudad del Este Arcadio Leon Llamas pour qu’il en devienne le nouveau propriétaire en janvier de cette année, et est entré dans le Registro de Automotores (RUA).. Il a déjà sa plaque : un FAG 147, « obtenue légalement. » En 2012, la  voiture japonaise Toyota Corona, modèle 2001, couleur perle, a également subi une mutation miraculeuse. Une entreprise –R & R Asociados SRL- a conclu toutes les questions juridiques avec son numéro de certificat 549547 de nationalisation et a obtenu la plaque juridique qui convenait: CDJ 036. Merci à toute une filière qui marche, la voiture Toyota a augmenté et cette année, elle est devenue un Ford Ranger aussi «générique» modèle 2014, en gris plus foncé. Le certificat de nationalisation qui appartenait initialement à un véhicule japonais transformé en un Argentin. Et ce qui était un modèle de 2001 a également fini par passer pour un prétendu modèle 2014. Le véhicule a été placé au nom d’un brésilien Phelipe Oliveira Pinto, âgé de 26 ans, en trois coups de fils d’une compagnie de téléphone cellulaire. M. Oliveira Pinto a également reçu une plaque sans aucun problème, le numéro CEF 129. Il croit que son véhicule circule à travers le pays avec un semblant de légalité »... et pour sortir tout l’argent réalisé, les voitures c’est comme la coke : il faut blanchir… ou transformer les billets… en or ! De l’or, un jet et la Belgique ? Mais on a déjà entendu ça ailleurs : lors de l’affaire air cocaïne, un trafic d’or passant par l’ancien aérodrome militaire de St Trond avait été évoqué. Les avions de SN-THS s’y rendaient régulièrement.  Le Falcon était allé à Quito,  fin février 2013, avec à bord Nicolas Pisapia.  Selon lui, c’est de l’or qui avait été emporté lors du premier vol du 9 décembre 2012, de Puerto Plata (République dominicaine) à La Môle – Saint-Tropez.  Les autorités équatoriennes, prévenues, avaient fouillé l’avion et même photographié Nicolas Pisapia, obligeant peut-être l’avion à revenir à vide en France.

tinajero

Pour ce qui est des lingots, tout avait en fait commencé en fait le 28 juillet, 2015, date à laquelle la police paraguayenne (de la Cmarc didierontra Delitos Económicos y Financiers) avait obtenu par la bande une information (un indic ?) indiquant que deux étrangers avaient acheté des lingots d’or et tentaient depuis de les faire sortir discrètement du pays.  Les deux personnes étant Manuel Medina Portes, né en République dominicaine, entré au Paraguay le 26 juin 2015, et Jose Salazar Tinajero, né au Mexique, arrivé l’année suivante, le 20 juin 2016 (en photo ici à gauche).  L’or avait été acheté à deux paraguayens, Aurelio Toledo et Nilce Shekel, jusqu’alors inconnus des services de Police (en fuite tous les deux, voir leurs photos ici).  Pour faire sortir discrètement cet or, décision a été prise de le mêler à du cuivre, du fer, du zinc, du plomb et de l’étain, pour en faire un mélange appelé « broncelina » (du bronze). Une fois mélangé, il suffira de faire fondre à nouveau pour voir les éléments séparés. L’orchestrateur de l’affaire étant Daniel Gregorio González Vera, prétendu dirigeant de Cristal Esteño S.A, « l’un des principaux suspects toujours en fuite.Un fugitif qui a derrière lui déjà 13 autres casiers judiciaires pour des infractions, y compris la fraude, l’abus de confiance et la violation des droits de marque » conclut ABC Color. Pour Marc Didier, propriétaire du jet tombé en mer rempli de coke et récemment du Gulfstream posé au Paraguay avec à bord de l’or de contrebande, les affaires se compliquent sérieusement.  Mis en prison pendant 10 jours (« pour éviter les contacts avec les autres participants de l’opération », indique le procureur local).  didier gulfstreamA ce jour, il est accusé en effet de « tentative de contrebande et de production de documents falsifiés« , et encourt à ce stade jusqu’à trois années de prison.  (il est ici à droite en bas de l’appareil en train de téléphoner). Mais ça, ça risque de durer un peu plus longtemps… A mon avis, s’il s’en sort, on veillera à la circulation de ses deux Gulfstream restants, le N721CN (photographié ici à gauche à Fort Lauderdale le 5 février 2015 *) et le N88LN (ici son registre).  Non sans difficulté : comme d’autres, il a demandé à la FFA que ses trajets n’apparaissent pas dans des logiciels comme Flightware.  Pourquoi donc, on commence à le comprendre un peu mieux avec cette dernière aventure… ce qu’on comprend moins, chez lui c’est pourquoi diantre avoir gardé la nationalité belge : les trois américains n’ont en aucun cas été inquiétés, dans l’affaire de l’avion du Paraguay.  Dont le fameux Mark Daniels, rappelons-le.  Ne reste plus pour Didier qu’à compter sur le frangin, le consul honoraire en Utah… voire faire appel au roi pour intercéder en vue d’une libération ?

L’avion a appartenu à un dénommé Suresh Maharaj. Arrêté le 4 avril 2014 à Fort Lauderdale pour… trafic de cocaïne, à l’aide de jets !

 

(1) Rsignia, Inc. :  http://rsignia.com/

(2) KEYW Corporation:  http://investors.keywcorp.com/releasedetail.cfm?releaseid=723284

 

Le journal citoyen est une tribune.  Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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