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Coke en stock (CXVI) : aux USA, une libération discrète qui en dit long

L’affaire est passée inaperçue en juin dernier.  De la prison de haute sécurité d’Atwater, en Californie, est sorti de façon anticipée un trafiquant de drogue et un assassin condamné pourtant à 16 années d’enfermement en 2008 par un tribunal US pour avoir importé 50 kilos de cocaïne (ou plutôt des tonnes, à vrai dire, mais on ne l’a pincé qu’avec ça).  Aujourd’hui, il est âgé de 55 ans et porte le numéro 56442-179 sur sa tenue de prisonnier. L’homme a été autorisé à sortir pour « bon comportement », paraît-il, dans un premier temps.  Le genre de fait est extrêmement rare, aux USA, on le sait.  Puis la raison est devenue différente : le juge qui l’a fait libérer se serait subitement souvenu des années déjà passées en prison au Mexique… et qui auraient été « cumulées » (?) ceci donné comme explication un peu plus sérieuse, à défaut d’être acceptable.  Une libération que certains jugeront scandaleuse, car l’homme, d’une violence extrême, était à la fois l’adjoint d’El Chapo et avait été accusé d’avoir assassiné l’agent de la DEA, Enrique « Kiki » Camarena, retrouvé torturé et massacré.  Or, depuis, on a aussi appris que Camarena n’avait pas été tué par lui, ni d’ailleurs non plus par Rafael Caro Quintero, lui aussi récemment libéré (lire ici sur Cent Papiers le récit de sa toute aussi surprenante libération).  Mais il n’empêche qu’il a du sang sur les mains et a organisé un gigantesque trafic de drogue pendant des années.  Plus étonnant encore : libéré le 11 juin, Héctor Luis Palma Salazar, alias « El Guero », a été réexpédié au Mexique et ré-emprisonné le 15, dans la prison d’El Altiplano (ancienne Almoloya de Juarez), la même d’où s’est enfui en 2015 Guzmán Loera, alias El Chapo.  Avant d’être extradé aux USA, « El Guero » avait d’abord été emprisonné, de 1995 a 2007, dans la prison de sécurité maximale de Puente Grande à Jalisco (celle, autre hasard, dont El Chapo s‘était enfui en 2001 !) Pourquoi donc cet étrange retour, on va tenter d’y répondre, non sans avoir décrit auparavant ce qu’à fait exactement El Guero. Plongée dans la vie cauchemardesque… d’un hyper-trafiquant de cocaïne de cartel mexicain.

learjetCommençons tout d’abord par un jet…  ou plutôt un crash d’avion, survenu il y a 21 ans, le 23 juin 1995. Un Learjet immatriculé XA-SWF (ex N888PT) retrouvé en pièces détachées près de Jalisco dans la région de Nayarit, à environ huit kilomètres en ligne droite de la piste de l’aéroport de Tepic, (Amado Nervo) l’appareil avait visiblement raté son approche.  En fait, trop bas, il avait ripé sur le sommet d’une colline, et laissant sur place des morceaux un peu partout, avant de s’écraser en contrebas.  Le fuselage restant d’un tenant et gisant à environ 250 mètres du premier impact.  L’avion parti du Ciudad Obregon Airport  avait au départ comme destination Toluca : il avait eu des problèmes techniques, à l’évidence, et s’était détourné vers Tepic au dernier moment.  A voir l’état de l’amas de ferraille restant, voir ici le cliché à droite) on se dit que les occupants ont eu de la chance à s’en sortir vivants (pour les pilotes, cela semble moins sûr…et en effet.  Sur les 7 occupants, les deux tués sont ceux-là).  Ironie du sort, c’est à Tepic que sera été emprisonnée plus tard Sandra Avila Beltran, alias la « reine du Pacifique », libérée le 7 février 2015, après avoir purgé ses huit ans de détention.  On l’avait surnommé « Madame Cocaïne ». De son vrai nom Sandra Avila, ce n’est autre que la nièce… du trafiquant Miguel Angel Felix Gallardo… « le parrain » de Sinaloa.  Elle était mariée à Juan Diego Espinosa, surnommé pour sa part « El Tigre »… fait étrange, ou plutôt étrange retour des choses, en 2012,  Sandra Avila Beltran, elle aussi, avait bien été extradée aux Etats-Unis et condamnée à 6 ans de prison, une décision annulée dès 2013  par la justice américaine, qui aurait la aussi « décompté »  les années de détention purgées au Mexique… !!!

1376521920_951104_1376525940_noticia_normalLes faits sont en effet troublants, et répétitifs, note le Monde : « en septembre 2014, Sandra Avila est condamnée à cinq ans de prison pour blanchiment d’argent. Une juge vient d’ordonner sa « libération immédiate », estimant qu’elle « avait déjà été jugée pour le même délit ». La « reine du Pacifique » a-t-elle négocié son acquittement ? Des doutes persistent sur une décision qui ne permet aucun recours de la part du ministère public. Après sa sortie de prison, Sandra Avila Beltran a aussitôt disparu dans la nature. »  Il est vrai que le CV de la dame est détonnant :  Elle a été la fiancée ou la maîtresse de plusieurs grands narcotrafiquants, dont Ismael Zambada Garcia, alias « El Mayo », chef du puissant cartel de Sinaloa. Elle est aussi la veuve de deux commandants de police impliqués dans le trafic de drogue et tous deux assassinés. Son dernier concubin est Juan Diego Espinosa, narcotrafiquant colombien arrêté le 28 février 2007.  Cette séductrice aux grands yeux noirs affectionne les bijoux de luxe, les robefujimoris de créateurs et les voitures de sport.  Adepte du Botox, elle affiche un nez retroussé et une poitrine gonflée par des opérations de chirurgie esthétique. Même derrière les barreaux aux Etats-Unis et au Mexique, elle portait des talons hauts et des jeans moulants, » écrit le Monde qui la taxe ce jour-là de « narco muse » (1). Aujourd’hui, elle semble avoir pris des kilos et un vrai coup de vieux (cf la photo à droite)… mais elle peut toujours faire peur à certains, comme ici quand elle s’apprête à révéler (dans un texte lu sur un prompteur !) le jeu trouble du président Alberto Fujimori qui, selon elle, lui avait facilité la tâche au Pérou ainsi que celui de Vladimir Montesinos.. surnommé le « Raspoutine péruvien ».  Il était auparavant l’avocat des « barons de la cocaïne » du Pérou et de Colombie, ce qui lui avait fait gagner  leur confiance.  La vidéo de La « reine » déchue semble manifestement une opération de déstabilisation télécommandée du Pérou… Quoi qu’aient pu faire les deux responsables politiques cités, l’aurait-on libérée dans ce seul but ?  Serait-ce la raison de son « acquittement » ? la fille de Fujimori a perdu les élections en juin dernier.  De fort peu. Comme le note le Monde,  « La divulgation d’une enquête de l’agence antidrogue américaine, la DEA, contre Joaquin Ramirez, secrétaire général de Force populaire, le parti fujimoriste, a porté un coup fatal aux efforts de respectabilité patiemment déployés par la candidate ».  Son père est lui toujours en prison ; il a écopé de 25 ans le 7 avril 2009 pour le massacre de Barrios Altos et les nombreuses violations des droits de l’homme durant son  mandat.  Plus des détournement de fonds. A-t-on ainsi bloqué l’arrivée au pouvoir de sa fille ?

El-Guero-Palma-3La photo suivante à étudier est celle provenant d’un commissariat mexicain et d’un homme en costume noir, assis entre deux autres hommes, avec des bandages sur les deux mains et un pied en train d’être interrogé par des policiers.  Elle date aussi de 1995.  L’homme arrêté qui vient de sortir vivant du crash précédent (c’est un vrai miraculé !), s’appelle Jesús Héctor “El Güero” Palma Salazar et il vient juste de sortir de l’hôpital, d’où ses bandages apparents.  Les enquêteurs savent qui il est : ils ont retrouvé le son de sa voix dans les enregistreurs de l’avion, entre les deux corps des pilotes.  Un avion qui aussi transportait des armes de poing et d’épaule dans un grand coffre.  Des armes reconnaissables.  El Guero ne voyageait jamais sans ses colts dorés et ses Kalachnikov ou M16  à portée de main (dans les cartels, les armes sont souvent dorées).  Les siens étaient eux pistolets d’or, ornés d’une décoration de palmier en émeraudes… hautement reconnaissables, donc.  A noter ici (à droite) une particularité des pistolets saisis sur  un autre trafiquant : le symbole du Punisher, rencontré ailleurs sur les sociétés de mercenaires US, voire les forces spéciales… ce pistolet est celui de José Rodrigo Aréchiga Gamboa surnommé le chinois « El Chino Ántrax ».  Il a été arrêté à Amsterdam (?) le 31 décembre 2013 et extradé aux USA le 10 juillet 2014.  Il aurait tenté de s’échapper et aurait été repris en octobre 2015, pour être jugé en plaidant coupable.  Etrangement, une page Facebook s’affiche à son nom.  Avec cette fois un pistolet d’or gravé « Scarface ».  Son compte Twitter était le « Twitter @ comandantpistoleroe57_ » car l’homme esten effet  un accroc… aux réseaux sociaux : « dans son Twitter, qui met en garde contre « vous êtes avec moi ou vous êtes avec Dieu, » il ne pouvait pas résister à la tentation de télécharger un certain nombre de photos de ses voyages, ses yachts et ses pistolets d’or. La police a simplement dû seulement les suivre pour savoir où il se trouvait ». Le cartel new-style, en quelque sorte ! Une publicité qui mène a leur perte :  « en novembre à Nogales, Arizona, Ismael ‘Gambada, c’est un fugitif dont la tête offrait une récompense de 5 millions de dollars. Son fils, Serafin Gambada, affichait son père avec des photos d’AK-47 chromé ou en or, des masses d’argent et même une voiture dernier modèle avec un ours géant en peluche au-dessus. Les « narcojuniors », comme ils l’appellent la nouvelle génération, ont fait des réseaux sociaux leurs nouveaux terrains de chasse. » Les fils d’El Chapo ( Ivan et Alfredo) sont eux aussi « accrocs : sur Twitter, ce sont les « Chapitos ». « Il est impossible d’être sûr à 100% que les comptes soient bien ceux des fils d’El Chapo. Mais entre des tweets sur leur vie quotidienne, leur consommation d’alcool ou de cocaïne, ils délivrent d’intrigants détails qui laissent penser qu’ils sont crédibles » indique le Figaro.


mazur« La CISEN l’organisation du renseignement au Mexique, reçoit une grande partie de ses informations sur les trafiquants de drogue par ce qui est ouvertement publié, dirigé par l’impudeur et le désir de transmettre la puissance. Dans le phénomène du trafic de drogue est souvent appréciée la nécessité pour les parties prenantes de réaffirmer sa valeur. Une façon d’afficher ce qu’ils considèrent comme leurs réussite et leur  richesse matérielle est possible précisément par la diffusivité d’images que représentent ces technologies « , a déclaré Semana Carlos Flores. Des cas comme Broly Banderas, du Cartel de los Templarios de Michoacán, (
une dérive religieuse de Cartel de drogue) qui s’est exposé dans une photo avec ses armes dans un blindé avec une personne bâillonné à l’arrière d’un van, montrent que le désir d’ostentation est au-dessus de tout. Même la liberté elle-même » note le spécialiste dans le « Blog del narco. » L’ostentation, le désir de puissance : la constante est la même depuis des années, seul le vecteur pour les montrer a changé.  A l’époque, dans les années 80, c’est de voler en jet qui est la preuve de la réussite.  Escobar n’y échappera pas en posant au sortir d’un Learjet. Robert Mazur, « informateur » du cartel de Medellin (et d’autres choses) posera aux côtés du pilote du Citation N43SA (ici à gauche)… l’avion saisi appartient désormais aux douanes US !

ector-luis-el-guero-palma-salazarRevenons plus de 21 ans en arrière, justement.  L’homme arrêté est alors encore jeune (il n’a que 34 ans), mais il est déjà très recherché.  Avec Guzman Loera (El Chapo), Hector Luis Palma est en effet alors à la tête du Cartel du Pacifique, qui est au sommet du monde de la drogue.  Il traîne surtout derrière lui une réputation de violence incroyable.  On le soupçonne, entre autres, d’avoir le 21 juin 1990 fait assassiner Norma Corona, une jeune défenseur des droits de l’homme  de Sinaloa qui, heureusement n‘a pas été oubliée. Elle était sur la piste du cartel, en fait : « Corona est morte après qu’elle ait montré l’intérêt d’enquêter sur l’enlèvement et l’exécution d’un avocat (Jesus Guemes Castro) et de trois vénézuéliens (Vladimir Jose Mendoza, Amaury Glaciano et Julio Suate), des événements enregistrés deux mois plus tôt dans cette ville capitale. » On avait alors conclu à la responsabilité de Miguel Angel Rico, Gustavo et Enrique Rico Urrea, trafiquants de drogue, alors que le chef des assassins n’était autre, selon l’enquête qui a suivi, que le commandant de la Policía Ministerial, Santos Aocamporellano Bazán (c’est James Isaac Chavez Lafarge surnommé « le Cheval », lui aussi policier -adjoint- , qui aurait tiré les 4 balles la tuant).  Les policiers agissant aussi au nom des cartels ! D’autres versions circulent toujours de l’assassinat, toutes remontant au monde du trafic de drogue.   Et pour El Guero, celle d’être également lié à l’assassinat du cardinal Juan Jesus Posadas Ocampo en 1993, lors d’un affrontement à l’aéroport international de Guadalajara. Sa voiture avait été retrouvée couverte d’impacts de Kalachnikov. L’évêque s’était retrouvé au milieu de tirs croisés entre les deux gangs.  Pour beaucoup d’observateurs, l’assassinat le 24 mai 1993 du cardinal était le coup de trop d’El Chapo et de son adjoint El Guero (et de Félix Gallardo, qui a toujours nié l’avoir organisé où y avoir participé).  A vrai dire, on incombe plutôt au cartel de Tijuana des frères Arellano Felix la mort de l’archevêque, pris dans une fusillade commanditée par ce dernier contre des hommes du cartel de Sinaloa !  Car les cartels se font alors la guerre entre eux, pour des raisons de contrôle du marché et du trafic, avant tout.

fuentesTout cela n’est que billevesées (?), hélas, à entendre ce qui suit et qui décrit très bien le caractère psychotique de l’intéressé. Car ce qui suit est sidérant.  Lors de l’irrésistible ascension du cartel de Sinaloa, dans les années 80-90, des heurts se sont produits avec les cartels adverses (il y en 8 importants aujourd’hui (2)), notamment celui de Guadalajara, mais aussi au sein même d’un seul cartel, où les egos différents, la suspicion et la paranoïa font des étincelles.  Chez eux, on craint tous les jours d’être trahi !  En prime, ces violents mafieux ont une notion du territoire très poussé, et un code de l’honneur qui leur est disons… particulier, comme on va le voir.  Miguel Ángel Félix Gallardo (né en  dans l’État de Sinaloa) alias Le Parrain, dirige alors le cartel de Guadalajara, dans lequel  Caro Quintero, a créé le premier les liens avec trafiquants colombiens, voici 35 ans environ.  Notamment avec le cartel de Medellín de Pablo Escobar.  Les avions sont fort actifs dans le trafic, sous la houlette de Amado Carrillo Fuentes, du Cartel de Juárez, qui va devenir très vite le « roi du ciel » (à gauche un de ses Learjet) avec son pont aérien de Caravelles bourrées de com (lui, il coulait ses opposants dans un fût de béton).  Pour les Caravelle, on peut lire ceci ou un autre article lisible ici, avec deux « invités » français…  assez remarquables…. notamment le revendeur de la Caravelle 10-B3 N°189, immatriculée F-BJTU… un certain Alain Castany, plus connu depuis quelque temps par d’autres aventures sud-américaines … global-caravelle Le cartel du Pacifique, appelé plus prosaïquement Cartel de Sinaloa avait été créé par Luciano Reynosa Pérez et de son frère Pedro Avilés Pérez.  Après la mort d’Avilés (tué en en 1978 dans une fusillade), le cartel avait battu de l’aile et Héctor Luis Palma Salazar a été appelé en renfort.  Sa brutalité avait alors fait rapidement merveille : en 1989, »El Guero » avait déchaîné les narcos entre eux, en attisant des rivalités qui persistent jusqu’à aujourd’hui encore.  La raison, on va l’apprendre un peu plus loin.  10 morts  sont dénombrés par exemple dans l’attaque de la discothèque « Christine » en 1992, lors d’une fusillade à Puerto Vallarta, qui lui est attribuée.  Il voulait alors tuer  pour tuer Arellano Felix dans cette fusillade qui a laissé plusieurs morts sur place.  Peu de temps après, une violente réplique est organisée à lieu à Uliacan pour venger la mort d’un des hommes d’Arellano Felix tué lors de l’attaque de la  fameuse discothèque : 12 personnes sont tuées.  La guerre de la drogue qui a éclaté dans les années 90 est en fait celle engendrée en fait en interne entre « El Guero » Palma et « Chapo » et Miguel Angel Felix Gallardo, l’ancien chef du cartel de Guadalajara mais aussi avec les dirigeants du cartel de Tijuana, les frères Arellano Felix (en fait ils sont 7 frères et 4 soeurs dans le clan), nouveaux venus à l’époque sur le territoire.  C’est une guerre ouverte où tous les sales coups sont permis. L’un d’entre eux laisse aujourd’hui encore sans voix.

felix
Miguel Angel Felix Gallardo, est en fait un parent des Arellanos (il l’a toujours nié pourtant !).  Alors que les frères Arellano Felix héritent de l’empire à la fin des années 1980, Palma et Guzman prétendent se séparer  de Gallardo pour former le cartel de Sinaloa. « Le Parrain » l’aurait alors fort mal pris. Chez les Arellana Felix, (originaires de Culiacán, la capitale de l’État du Sinaloa) on a débuté petit : « les frères auraient commencé par faire de la contrebande d’appareils ménagers dans le quartier El Coloso de Culiacán, avant de commencer à trafiquer du cannabis. C’est là que Benjamín Arellano Félix (en) aurait rencontré Javier Caro Payán (en), un lieutenant de Félix Gallardo chargé de contrôler le trafic de cocaïne à Tijuana. Ce dernier, de la même famille que les frères Caro Quintero, l’aurait promu en tant que secrétaire personnel, Benjamín allant donc vivre à Tijuana, où il aurait fait venir ses frères ». Mais ils ont vite grimpé dans le « commerce » : avec l’emprisonnement de Gallardo et la fuite de Javier Caro Payán, le lieutenant de ce fameux  « Parrain », la famille a commencé à régner seule, à leur place, sur Tijuana et Juarez, ce qui n’était pas vraiment pour plaire à Gallardo, qui fait alors toujours confiance à El Guero pour veiller sur la région.  Le « parrain » de la famille est une femme, Enedira Felix.  Un fait plutôt rare, dans une organisation aussi violente; notent ici deux experts.  Elle est comparable à  Griselda Blanco, surnommée “La Madrina,” ou “The Godmother, qui aurait inspiré Pablo Escobar.”  Francisco Arellano Felix, est lui propriétaire de la discothèque « Frankie Oh » située à Mazatlan, Sinaloa, et c’est un ami proche de Julio Cesar Chavez, l’ex-boxeur qui lui ouvre bien des portes (à la longue carrière : il a combattu du 5 février 1980 au 17 septembre 2005, soit 37 combats en championnat du monde avec  31 victoires dont 21 avant la limite !).

Gallardo se méfiait d’El Guero depuis le début, en réalité, tout en lui accordant de loin une confiance de façade.  Pris d’un doute paranoïaque, il lui envoie en 1988 un homme de main, le vénézuélien Rafael Moreno Clavel, alias « Bon Mozo », qu’il charge de vérifier si El Guero ne lui aurait pas chapardé au passage quelques 300 kilos de cocaïne lors d’un transfert douteux.  A la frontière mexicaine, une transaction de cocaïne serait en effet à l’origine de la fracture entre les deux chefs de gang : El Guero aurait effectivement gardé l’argent d’un transfert, et Felix Gallardo l’aurait aussitôt accusé de trahison. La confiance ne régnait pas non nécessairement plus entre mêmes membre d’un même cartel !!!  On est entre loups, là, pas dans un troupeau de brebis ou d’agneaux !!!  Et un loup enragé est prêt à tout.  El Guero, amadoué, mis en confiance, n’a pas vu pas la sombre traîtrise ou la terrible machination arriver, imaginée par le chef de meute Gallardo : Rafael Clavel, envoyé pour le surveiller, était en fait déjà le petit ami de Minerva, la petite soeur de Guadalupe, la femme d’El Guero.  Ses talents évidents de séducteur invétéré l’entraînent vite dans le lit même de la femme d’El  Guero.  Au point de fuir très vite à Los Angeles, avec elle et ses deux enfants, comme deux tourtereaux, non sans avoir auparavant purgé les comptes bancaires du narco-trafiquant (il décomptera 7 millions de dollars de ses planques !). L’apprenant, El Guero serait entre en fureur et aurait tout détruit chez lui.  Mais il n’avait encore rien vu de ce que pouvait être un cartel, semble-t-il, et ce qu’on pouvait faire pour se venger de 300 kilos de coke égarés ou subtilisés.  Car le coup de la séduction est en réalité un leurre, dont les ficelles sont tirées en coulisse par Gallardo qui tient là sa vengeance.  Elle va être d’une sauvagerie inimaginable…

familiaCar à Los Angeles, le quatuor en fuite est en fait aux mains d’un vrai psychopathe.  Le coup des tourtereaux amoureux, il n’y a que Guadalupe pour y avoir cru, hélas pour elle et ses enfants. Ave elle, Gallardo la tient alors, sa vengeance diabolique.  Un soir, Clavel tue en effet froidement Guadalupe, la décapite et place sa tête dans un colis dans une boite en métal réfrigérée qu’il l’expédie directement à Héctor Luis Palma Salazar…à  Culiacan, qui n’en a pas encore fini pour autant avec la vengeance du cartel et avec l’horreur.  Quinze jours après, le même Clavel embarque vers le Venezuela les deux enfants âgés de 4 et 5 ans (Héctor et Nataly Palma Leija) en voiture, direction le viaduc de la Concordia…(ici à gauche) la suite est ici :« Depuis quelques années, les suicides commis dans le Vieux Viaduc étaient communs, certaines personnes ont assisté à ces événements, d’autres oncordiaseulement entendu le bruit causé par l’impact de l’organisme contre les toits ou de l’asphalte; cependant, le 18 Juillet 1989, un événement tragique a secoué la capitale Tachira deux enfants ont été jetés du haut de cette structure, les cadavres trouvés dans le milieu de la matinée, au N°2 du Quartier du 8 Décembre . Quelque temps plus tard, il est devenu connu que l’auteur était Enrique Rafael Moreno Clavel, qui après avoir tué la mère des enfants aux États-Unis, a choisi de prendre la vie des enfants qui n’étaient pas ses enfants, du haut du viaduc de La Concordia » peut-on lire ici.  On prétend que Clavel aurait aussi filmé la scène pour l’envoyer à El Guero. Les trois membres de la famille ont été enterrés dans le Panthéon Gardens Humaya à Culiacan, (lire la note en bas de l’article) où El Guero  a fait peindre une fresque de sa famille entourée par des anges, visible ici à droite.  Après cela, El Guero n’aura de cesse de vouloir tuer, tuer, et tuer encore (3).  L’homme de fer des Cartels est désormais un homme brisé.  »  » Il a alors pété les plombs », affirme Mike Vigil, un ancien agent de la Drug Enforcement Administration à propos d’El Guero dans ViceNews. «c’est devenu un psychopathe complet, une machine à tuer. »

Une vengeance qui sera obsédée et systématique : « Au début de 1990, Palma a commencé à se venger apparemment avec la découverte de neuf corps dans les environs de Iguala, dans le Guerrero (aux sud du Mexique). Les victimes étaient unis par un dénominateur commun: la parenté et d’amitié avec Félix Gallardo. Des membres du groupe Guero Palma avaient enlevé le 22 février 1990 les vénézuéliens José Vladimir Arzoday Mendoza, Victor Julio Zuate Peraza et Amaury Glaciano Planchart et l’avocat mexicain Jesus Alfonso Castro Guemes qui avaient été tués, leurs corps découverts mutilés, les ravisseurs les ayant torturés. L’enlèvement a été mené par Luis Palma et Ramon Leija qui ont avoué l’avoir fait pour El Guero pour se venger de la mort de sa femme et ses enfants. Peu de temps après est retrouvé également mort l’avocat de la défense de Felix Gallardo, Carlos Morales Garcia, « The Wig » et le cas de Norma Corona a lui aussi des conséquences directes sur cette guerre, selon le procureur. Et maintenant, quatre ans après la mort de sa famille, Palma continue avec la vengeance: quatre parents de Felix Gallardo sont énumérés parmi neuf personnes qui ont trouvé la mort ce vendredi dernier, à nouveau en Iguala :  Marco Antonio Solorzano Felix Jose Felix Lopez, Alberto Felix Uribe et José Manuel León López, les autres victimes étaient des amis et des avocats au service de la drogue : Teodoro Ramirez Juarez, Federico Alejandro Livas Vera, Angel Gil Gamboa, Solis et Alfredo Carrillo Mario Dominguez Hernandez ce dernier lui a été trouvé avec un permis de conduire au nom de Javier Torres Lopez. Selon les informations du correspondant Jorge Valdez, les cadavres, ont été trouvés par hasard à deux kilomètres de l’autoroute sur le tronçon Mexico-Acapulco Iguala-Amacuzac, il étaient mutilés et montraient des signes d’avoir été torturés, de sorte que le procureur général du Guerrero, Jose Ruben Robles Catalan, l’hypothèse que c’était une exécution de la mafia de la drogue.  » Pour mieux les approcher et les enlever, El Guero avait déguisé ses tueurs en officiers de police : on retrouvera un van sur le bas côté avec des gilets pare-balles de la police.  Puis un membre du groupe d’El Guero a tué Clavel, qui était alors en en prison au Venezuela, et  comme cela ne suffisait pas encore, ont été tués ses trois  enfants, et trois autres complices.  Les six ayant tous été démembrés… la « signature » d’El Guero.

 

tepicEt pour ce qui est de son crash de l’avion, on en sait un peu plus des années après sur ce qui s’est passé. « Avec son arrestation vint la répartition des routes parmi ses anciens lieutenants: Guero était arpentait de Ciudad Obregon à San Luis Rio Colorado jusque Sonora; ses partenaires, Ismael Zambada et son ami Joaquin El Chapo Guzman, opèraient à Sinaloa, Nayarit et Guadalajara. Palma était le seigneur et le maître du trafic de cocaïne dans le sud de l’Arizona quand en juin 1995, il a décollé à bord d’un minijet de Ciudad Obregon, où il avait vécu, à destination de Toluca, où il n’a pas pu atterrir à cause de la police fédérale qui l’attendait dans la capitale de l’état de Mexico. Il a rejeté la route de Zacatecas où il ne pouvait pas descendre, s’est dirigé ensuite vers  Guadalajara où un convoi de soldats attendait à l’aéroport, et à court de carburant, il a cherché à se poser à Tepic, mais ses réacteurs éteints, l’avion s’est écrasé, le pilote et le copilote ont été tués et il a été grièvement blessé ». En fait, il fuyait déjà sa propre arrestation ! Et c’est complètement à court de carburant que l’appareil s’était vautré à moins de 10 km de l’aéroport !
senoresLes gangs en couperont beaucoup de têtes, après cette ignoble première : elles jonchent les rues du Mexique depuis des années, désormais.  A Acapulco, les enfants découvrent des têtes coupées au bord de la plage.  Sous tous les prétextes, de rivalités entre gangs, de soutien à la police ou surtout de vouloir informer : un nombre conséquent de journalistes y a laissé la vie, dans cette folie meurtrière qui n’a pour but que de maintenir un trafic et un enrichissement. Après les  corps démembrés, les décapitations, voici les têtes dont on a enlevé la peau : chaque jour un pas de plus est franchi dans l’horreur. « Mais comment le Mexique est-il tombé si bas? Voilà six ans, en déclarant une guerre sans concession aux cartels, le gouvernement conservateur du président Felipe Calderon (2006-2012) a donné un coup de pied dans la fourmilière du narcotrafic. L’armée a été déployée à travers le pays, mais rien n’a été résolu ; au contraire, la violence s’est déchaînée de toutes parts. Acapulco est un cas d’école. La station balnéaire, longtemps épargnée, est ravagée par la violence depuis l’élimination de deux « boss » du cartel des frères Beltran-Leyva, qui règne sur place. En 2009, Arturo Beltran-Leyva, alias « La Barbe », est tué par l’armée ; l’année suivante, Edgar Valdez Villareal, alias « La Barbie », est arrêté par la police fédérale. « Le vide laissé par ‘La Barbe’ et ‘La Barbie’ a déclenché une guerre tous azimuts, car chacun veut contrôler ce port stratégique », raconte la journaliste Anabel Hernandez, auteur de Los Señores del narco. Dès lors, comme dans Les Tontons flingueurs, les narcotrafiquants éparpillent « façon puzzle ». Ils dynamitent. Ils ventilent. Bilan: 1200 morts pour la seule ville d’Acapulco en 2011 sur un total de 12 000 à travers le pays cette année-là. Depuis cinq ans, au Mexique, la guerre contre la drogue s’est soldée par plus de 60 000 homicides. Au pouvoir depuis le 1er décembre 2012, le président Enrique Peña Nieto devra définir une nouvelle stratégie anticartels qui pourrait passer, notamment, par la création d’un corps de gendarmerie » explique ici l’Express.  Rien ne semble vraiment enrayer le phénomène. Trop d’argent circule…

xcvmcAu Mexique, on assiste depuis des années à des choses bien douteuses, à des ministres qui meurent subitement, dès qu’ils abordent le problème, par exemple (certains en…Learjet, comme en 2008 avec le crash de l’avion XC-VMC du secrétaire de l’Intérieur Juan Camilo Mouriño, alors en charge du dossier des cartels !).  Et d’aucuns commencent sérieusement à penser que derrière cette sauvagerie journalière se cachent d’autres intérêts : « fin 2010, la journaliste d’investigation Anabel Hernandez publiait un livre (cf Los Señores del Narco), accusant le ministre Genaro García Luna et son entourage de protéger le cartel de Sinaloa, et selon lequel l’évasion de Joaquín Guzmán aurait été organisée par des fonctionnaires du gouvernement Vicente Fox (qui a été président du  au  Aux États-Unis, l’Opération Fast and Furious menée par le Bureau of Alcohol, Tobacco, Firearms and Explosives (ATF) termina en débâcle, l’ATF étant accusé d’avoir laissé le cartel s’approvisionner en armes. » Jusqu’au plus haut de l’Etat, voilà à quoi mènent les montagnes d’argent qu’accumule le trafic de cocaïne.  Et les montagnes d’armes qui circulent avec cet argent ! Au Etats-Unis, le scandale des armes non contrôlées par l’ATF a fait hélas pschitt. C’est une des plus grosses verrues, pourtant, posées sur la présidence d’Obama.  Un gâchis monumental, une erreur qu’on explique difficilement…

Les américains, en faisant libérer récemment tous ceux qui ont plus ou moins été accusés d’avoir assassiné l’agent de la DEA, s’en lavent donc les mains des années après.  Ce qui s’est révélé être en fait un assassinat « interne » fomenté par la CIA, Enrique « Kiki » Camarena, avait été assassiné, on le rappelle, au prétexte qu’il était sur le point de raconter ce qu’il avait découvert, à savoir que c’était bien la CIA qui chapeautait et contrôlait sur place le trafic de cocaïne au Mexique ! Ce que j’ai expliqué ici en novembre 2015. « Depuis plus d’un quart de siècle, le gouvernement américain a enterré toute information concernant l’assassinat de l’agent de la DEA Enrique « Kiki » Camarena  commis à Guadalajara en février 1985. Pas étonnant: en découvrant le cloaque, le pire nom qui est apparu est celui la Central Intelligence Agency (CIA), impliquée dans les faits plus sombres de la drogue mexicaine » explique ici Proceso. « Tout fini par se savoir », ajoute le magazine :  « … pour clarifier immédiatement: l’ assassiner d’agent de la DEA Enrique Camarena dans par la CIA; l’assassinat du journaliste Manuel Buendia; la triangulation des ressources narco mexicaines et des Contras nicaraguayens avec l’aide de l’agence d’espionnage, la formation des mercenaires centraméricains dans les ranchs mexicains, à partir desquels, d’ailleurs, décollaient aussi des avions chargés de drogue vers les États-Unis; les noms des frères Raul et Carlos Salinas de Gortari, comme suspects dans des assassinats, la protection des criminels par la DFS … Dans une interview avec Proceso l’ex-agent Hector Berrellez parle de tout cela et confirme son affirmation selon laquelle la CIA a donné l’ordre de tuer Camarena et décrit étape par étape ce qui est arrivé ».

clownUne libération qui s’explique d’une certaine manière, car s’il devenait libre, El Güero Palma, serait aussitôt désormais un homme mort. Notre homme a tout intérêt à ne pas être relâché trop tôt, par les Mexicains : car dehors il est moins en sécurité qu’en prison ! Ses pistolets d’or ne lui seront pas d’un grand usage, quand bien même il les aurait fait refaire, conclut the Daily Beast, qui pensait qu’il ne retournerait pas aussi vite au Mexique. Un exemple est là pour le prouver.  Francisco Arellano Felix, trafiquant lui aussi, libéré de prison en 2008 a été tué cinq ans plus tard.  Dans un scène digne d’Hollywood, celui-là: alors qu’il célébrait son anniversaire (ses 64 ans) à Los Cabos, à Baja California Sur, le 18 Octobre 2013,  devant un parterre d’invités de renom, dont des sportifs et des politiques, avait surgi un homme armé déguisé en clown à la tenue bleue et aux cheveux roses qui l’a aussitôt abattu…  imagesle meurtrier avait réussi à s’enfuir, parmi la confusion, dans le SUV noir avec lequel il était venu à la fête, avec deux complices.  Dans la salle, un des serveurs semblait lui avoir fait un signe avant qu’il ne tire. 20 heures plus tard, la police arrêtait Manuel Aguirre Galindo (alias « El Caballo » – « Le cheval »), un des fondateurs du Tijuana Cartel… en janvier 2014, la police portait plutôt ses soupçons vers José Rodrigo Aréchiga Gamboa (alias « El Chino Ántrax »), le  leader des Los Ántrax, comme tireur (ou  sur Aréchiga Gamboa, un homme de main du cartel), ainsi que vers Ismael « El Mayo » Gambada comme ordonnateur du crime.  Pour El Guerro (ici à droite, une photo récente avant son extradition aux USA), si le Mexique le libère lui aussi, ça risque d’être pareil comme futur à court terme : « cela dépend de combien d’ennemis il encore », a dit Hope (toujours dans ViceNews). « Je ne sais pas comment il a coopéré avec la DEA ou d’autres agences américaine,  quand il était en prison. S’il a coopéré, il pourrait être une cible. » Ou de combien d’hommes, de femmes et d’enfants il a encore à tuer pour assouvir son inextinguible vengeance, pour El Guero…

learjet mexicainEl Chapo, lui, alors qu’il était en cavale, pour la deuxième fois aurait peut-être été tenté de renouer avec le bon vieux temps des Learjet (à l’époque où les réseaux Internet n’existait pas, donc !) : le 18 juillet 2015, les réactions bruissent de l’arrivée d’un appareil inattendu à l’aéroport Juan Manuel Gálvez de Roatán, dans les îles de Bahía, dans les caraïbes honduriennes.  C’est un… LearJet-25-B immatriculé au Mexique (XB-LTD), en provenance de Toluca.  Son équipage est mexicain, il s’agît de Carlos Rafael Ramirez, Enrique Gaona Areas et Víctor Alberto Calderon, qui le seul a avoir été arrêté, les deux autres étant déjà repartis par un vol commercial. L’appareil était arrivé sur l’aéroport déjà éteint.  Mais l’enquête ne trouvera rien à propos de Guzman à bord.  Fausse piste : le 8 janvier 2016, El Chapo était à nouveau capturé, avec ses hommes de main et un véritable arsenal, par une unité d’élite à Los Mochis : il n’avait pas quitté le Mexique.  Et encore moins l’état de Sinaloa !!!  Seul Sean Penn et Rolling Stone savaient officiellement où il se nichait… grâce à l’entremise de l’actrice Kate del Castillo, dont Guzma, était paraît-il tombé amoureux… selon Penn, la DEA les avait suivis.  Mais ce qu’on avait retenu, en dehors de l’endroit aménagé (un vrai bunker) avec des…. tunnels, et ses égoûts, c’était surtout ses moyens de défense comme on va le voir en effet.

L’administration Obama, comme les précédentes, a en tout cas redoublé d’erreurs dans la lutte contre les narco-trafiquants.  A croire qu’elle l’a fait exprès, à lire ce qui va suivre (ou alors c’est d’une rare incompétence dans l’analyse des risques !à).  En mai dernier encore, on pouvait en effet lire ceci chez TownHall :  « Le mois dernier, un juge fédéral a invalidé une demande de privilège de l’exécutif faite par le président Obama en juin 2012 sur des milliers de documents Fast and Furious. Ces documents montrent les liens entre Holder et ses plus proches collaborateurs au DOJ pour dissimuler l’opération et le scandale qui a suivi, qui est devenu agent de la patrouille frontalière publique Lorsque Brian Terry a été assassiné par des bandits mexicains en Décembre 2010. Ils portaient des armes de l’Opération Fast and Furious. »  Une opération de traçabilité d’armes pour connaître les circuits d’approvisionnement des cartels.  L’idée, fort discutable, étant de laisser les intermédiaires acheter les armes, afin d’arrêter les commanditaires des achats… ce qui était plutôt risqué ! Qui donc avait-il pu imaginer un tel projet insensé et pourquoi ?

Unknown-1L’administration d’Obama avait tenté de faire porter le chapeau à la précédente (celle de Bush).  Très vite on avait rectifié le tir côté républicain :  « L’opération « Fast and Furious » a commencé en octobre 2009, environ 10 mois après le premier mandat d’Obama. Dans le cadre du programme, des agents fédéraux basés en Arizona ont été autorisés à acheter des armes à des acheteurs de paille aux États-Unis pour les faire traverser vers le Mexique pour que ces armes attribuées, rendues « détectables » (numérotées) auraient pu en théorie, arriver dans les mains des membres du cartel de la drogue de haut niveau. L’idée s’est retournée contre ses initiateurs lorsque l’ U.S. Bureau of Alcohol, Tobacco, Firearms and Explosives a perdu la trace de deux armes qui ont été trouvées sur les lieux où avait été tué l’US Border Patrol Brian Terry, le 14 décembre 2010. Les enquêtes lancées par le Congrès et le ministère de la Justice à la suite de la mort de Terry ont trouvé de nombreux défauts dans le programme  » Project Gunrunner conçu par l’ATF’s Phoenix Field Division pour contrer les cartels. » Mais aussi, on avait pu remarquer que l’administration Bush n’était pas exempte de reproches : « mais la notion  du » Project Gunrunner » en général pointe aussi en retour vers l’administration précédente. L’inspecteur général du ministère de la Justice a noté que la stratégie  » Project Gunrunner » est née à l’origine dans le bureau de Phoenix de l’ATF en vertu d’un programme de 2006 intitulé « Opération Wide Receviez » . L’opération qui a eu lieu depuis mars 2006 jusque décembre 2007 avec des agents de l’ATF basés à Tucson. Les agents savait que c’étaient des armes à feu achetées par les acheteurs de paille pour une utilisation illégale au Mexique, mais ils ne sont pas allés à la recherche des armes. En fin de compte, le rapport de l’inspecteur général a constaté que les agents n’avaient fait aucune arrestation et avaient saisi moins de 100 armes sur les 400 qui avaient été achetés. 50 mmHarman a dit  via un porte-parole, que «Le programme des armes à feu à été mis sur pied en 2006 et il a commencé sous l’administration Bush. Il portait un nom différent, mais c’était à un programme similaire. » Le risque était pourtant évident : « Lors de l’arrestation de Joaquin « El Chapo » Guzman le 8 janvier 2016, les autorités Mexicaines découvrent un fusil sniper calibre .50, qui après vérification du numéro de série, s’avère appartenir à l’opération Fast and Furious, cette arme de longue portée et de gros calibre peut stopper un véhicule en mouvement et servait aux gardes du corps d’El Chapo à surveiller l’approche d’hélicoptères. D’autres armes retrouvées sur place sont en cours d’investigation afin de déterminer si leur origine provient du programme de l’ATF » conclut Wikipedia. L’arme en question est capable en effet d’abattre des hélicoptères ou de bousiller un moteur de voiture à des centaines de mètres de distance…  si en plus on leur offre les moyens de s’équiper d’armes lourdes… en haut du chapitre, à gauche, El Guero lors de son transfert aux USA.

 

tombeNote : une partie de l’argent gagné dans le commerce de la coke, fait avec des rues jonchées de morts, a été injecté dans une industrie fort particulière: celle des mausolées construits par les dealers pour leurs propres défunts. Il sont gigantesques, et certains sont de véritables habitations, avec à l’intérieur l’air conditionné pour les visiteurs (et la WIFI !). Un reportage sidérant visible ici montre ce genre de frénésie à faire plus grand que son voisin, jusque dans la mort.  Elle montre que les trafiquants de drogue cultivent avant tout cette admiration pour la mort, à défaut de continuer aussi à défier l’establishment même après leur disparition.  Au détour du reportage, surprise : El Guero a déjà son mausolée. Mais il n’est pas encore décédé… c’est là où reposent sa femme et ses deux enfants assassinés.  L’un des plus délirants est celui consacré à Ignacio Coronel, « The King of Crystal« , le successeur à Sinaloa de Luciano Reynosa : le roi du « meth » (methamphetamine), enterré dans un mausolée d’une valeur de 450 000 dollars. il est resté célèbre pour avoir envoyé pas moins de cent tireurs en vengeance pour éliminer trois tueurs du gang des Zêtas.  Il a été abattu en 2010 à Zapopan (Jalisco)  au Mexique, le M-16 à la main, après une fusillade, avec les policiers (il en avait tué un et blessé deux autres).  Un de ses adjoints, Martin Alejandro Beltran El Aguila, arrêté en 2011, a été tout aussi étrangement que ceux cités ici libéré en septembre  2014 « faute de preuves »…  libéré, trois ans après !!! Figure aussi sur place la tombe de El Pollo Guzman, de son vrai nom  Arturo Guzman Loera : valeur 1,2 million de dollars.  Air conditionné, 5 pièces habitables (5 bâtiments plutôt) pour les 5 frères qui viendraient lui rendre visite; surveillé 24 h sur 24… il avait été tué en 2005 dans sa prison, alors qu’il était reçu par son avocat.  Il était fortement soupçonné d’être un informateur de la police.  Les soupçons ont porté sur la famille de Carrillo Fuentes d’en être à l’origine.  Autrement dit le cartel de Juarez, dirigé depuis par la famille de Carrillo Fuentes, réapparue aux commandes avec le frère, Vicente Carrillo Fuentes et Vicente Carrillo Leyva, le fils d’Amado Carrillo… l’assassin, José Ramírez Villanueva, a écopé en 2008 de 42 années de prison.

chanson(1)  « Sa beauté, son charisme et ses exploits criminels ont inspiré le célèbre groupe mexicain Los Tucanes de Tijuana, qui lui a dédié une chanson, Fiesta en la Sierra (« fête dans la montagne ») ».

(2) 1) Los Zetas. 2) Le cartel de Sinaloa. 3) Le cartel du Golfe. 4) Le cartel de la famille Beltran-Leyva (fraction de Sinaloa ayant choisi les Zêtas). 5) Celui de la La Familia Michoacana à tendance religieuse fractionné en 6) Los Caballeros Templarios (« les chevaliers templiers »), spécialistes du trafic de « Meth » .7) Le cartel de Jalisco nouvelle génération, surnommé les »MataZetas » (« les tueurs de Zetas »), peut-être le plus sanguinaire de tous. 8) Le cartel de Juarez cartel alias celui de la famille Arellano Felix, (fondé par Amado Carrillo Fuentes, le « roi du ciel »)..

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(3) un roman paru en 2005  fort proche de la réalité reprend les scènes de ce genre de règlements de comptes  : « The Power of the Dog » (La Griffe du chien, en 2007) de Don Winslow. En voici un bout de critique : « La structure opérationnelle qu’illustre Winslow est triangulaire. La drogue passe par le Mexique aux États-Unis.200px-The_Power_of_the_Dog L’argent coule des Etats-Unis de retour au Mexique. Mais il y a un troisième volet à cette opération. On nous dit que la « Fédération Barrera » (le nom du cartel dans l’ouvrage) garde quelques législateurs à Washington, DC, pour fournir des armes aux forces secrètes de l’Amérique centrale alignée avec les services secrets des Etats-Unis.
Ingénieusement, ces armes sont fournies par la mafia américaine, qui les inclut dans le cadre du paiement de la drogue. Comme des barricades pour contenir la foule, le système a sa propre collection distinctive d’individus impitoyables et dangereux, des tireurs véritables stars ou moins doués,  comme un écrivain moins imaginatif aurait pu l’avoir écrit, autrement dit des siciliens. Au lieu de cela, c’est un Irlandais, nommé Sean Callan. Le lecteur est d’abord conduit vers lui en 1977, quand il vit alors dans le West Side de Manhattan, dans une zone communément appelée « la cuisine de l’enfer » (Hell’s Kitchen). Callan a été élevé dans le rappel quotidien de l’histoire irlandaise violente (« avec Wolfe Tone … James Connolly, John Kennedy … … Bloody Sunday »), et peut-être à cause de  l’héritage de sang qui suinte dans ses os, Callan  est devenu un héros froid comme de la pierre »
. Un « Bon Mozo » bis ?

Le journal citoyen est une tribune.  Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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