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Coke en stock (CXLVII) : « El Chapo » et les avions (15). Une armée de pilotes

Des pilotes kamikazes et des avions pas toujours au mieux de leur forme : c’est cela aussi qui a été le lot de l’ère aérienne d’El Chapo, marquée par un nombre ahurissant de crashs aériens.  Des pilotes dont un qui a retenu notre attention, pour sa carrière – c’est devenu le spécialiste des « abandons » de jets d’El Chapo, mais aussi pour ses bien étranges liens qui lui ont valu une belle remise de peine.  Des petits appareils aux Boeing Cargos, ils ont tout piloté pour Guzman.  Et notamment son fidèle pilote préféré, celui qui était venu le chercher après sa rocambolesque échappée de tunnel.  Il dort en prison, désormais, comme son maître, enfin repris.

Toluca au centre du réseau aérien fantôme

Toluca, qui apparaît dans tous les articles en relation avec des départs d’avions illicites, ou presque, en est toujours aujourd’hui à jour dans le même registre.  Un crash aérien récent nous le prouve.  Le 17 mai dernier (2017), un Learjet s’écrase au décollage sur l’aéroport de Toluca.  Il s’est planté à 200 mètres du bout de piste en ayant raté son décollage.
Or une étonnante vidéo (photo ici à droite qui en est extraite) le montre en train de traîner un objet indéterminé, visiblement relié à  lui par un câble.  Le Learjet, on l’a oublié possède un parachute-frein qui lui sert à atterrir court, en cas de besoin.   Est-ce celui-ci qui s’est extrait de son alvéole sans vraiment s’ouvrir (vu la vitesse il a sû se déchirer)?  Difficile à dire.  En fait, oui, c’est bien cela, selon cette étonnante vidéo le montrant en train de décoller, justement. Erreur technique de déploiement intempestif (plutôt rarissime) ou plutôt amateurisme complet des pilotes ?  Les deux ne sont plus là pour le dire, car ils sont morts carbonisés dans le crash qui a suivi.  A voir les restes de leur cabine, on veut bien l’imaginer.  Ils s’appelaient Enrique Gaona Arcos et José Octavio Anza Domínguez.  Particularité du second :  c’était l’ex-pilote de José Octavio de Félix Arturo González Canto, sénateur et gouverneur de Quintana Roo.  Un pilote chevronné, peut-on donc supposer. Alors comment cela a-t-il pu se produire ?  Ce jour là il était co-pilote de l’appareil qui s’est écrasé.  Que s’est-il donc passé ?  La lecture du manuel d’exploitation retrouvé par l’ami Falcon nous renseigne sur le sujet.   Le déploiement du parachute est une manœuvre bien protégée :  il faut tirer vers soi et vers le haut sur une poignée (ici à droite) qui comporte deux « grips » de sécurité qui doivent être maintenus en même temps :  en résumé, si on la tient mal, ça ne marche pas et la poignée ne se lève pas !!!

A l’arrière de l’avion, le parachute est dans une sorte de boîte qui s’ouvre alors, le parachute étant relié à l’appareil par un long câble de nylon tressé plat.  Le manuel du Learjet indique ceci : « pour déployer le parachute, appuyez sur les sécurités de la gâchette et tirez la poignée jusqu’à environ 10 cm.  Le délai entre l’actionnement de la poignée de déploiement et l’ouverture du parachute est de 2 à 3 secondes. 

Puisque la force de décélération est directement proportionnelle au carré de la vitesse, le déploiement immédiatement après l’atterrissage fournira le plus grand taux de décélération à la vitesse la plus élevée, bien que le parachute soit toujours efficace à une vitesse en dessous de 60 nœuds ».   On y précise aussi que « l’installation du parachute de freinage dans le Learjet a été entièrement testée et approuvée.  Avec la poignée « Deploy-Jettison » en position arrimée (« Down », c’est dire baissée), les crochets de rétention sont verrouillés à la structure de l’avion.  Une libération accidentelle dans cette condition entraînerait une séparation immédiate du système de parachute de l’avion et si son déploiement se faisait en vol, le parachute ne se déploiera pas à plus de 167 nœuds.  Le crochet retenant le parachute est fixé à l’avion à l’extrémité avant de l’ouverture de la porte d’accès du cône arrière ».  Le manuel terminant au sujet du parachute sur deux recommandations essentielles :

–  « Ne pas déployer le parachute de frein lorsque la vitesse est supérieure à 150 nœuds ».

–  « Ne pas déployer le parachute de frein pendant le vol ».

On notera que le déploiement ne doit absolument pas se faire durant le vol; et qu’il est prévu qu’au delà de 167 nœuds, en tout cas, il soit rendu impossible.  Le manuel recommande avant le vol de visiter la trappe arrière pour bien vérifier si les crochets retenant l’éjection de la « boîte » du parachute la rende possible.  On en est donc à une supposition de problème technique difficilement imaginable :  pour que la poignée en cockpit soit baissée il faut que les crochets soient en même temps remontés.  Mais en même temps l’image du crash nous montre un parachute qui est sorti mais qui n’a pas, justement, réussi à se déployer, ce qui augure plutôt d’une faille de préparation de vol.  Et les pilotes semblaient chevronnés : quel pilote en effet s’amuserait-il à faire ça en vol ?  Il faudrait être bien débutant et paniquer à ce point pour tenter d’avorter un décollage de cette façon.  Alors ? Quelle est l’explication possible ?  Les deux pilotes sont-ils les seuls à devoir être mis en cause, à la lecture du manuel qu’ils ne semblaient pas respecter ?  Pour ne pas avoir par exemple effectué la visite de la trappe arrière de leur appareil avant de décoller ?  Ou bien faut-il incriminer, ce qui me semble plus probable, une faille de maintenance de l’appareil (une précédente extraction du parachute mal repositionné sans que les pilotes en aient été avertis ? Difficile à déterminer !).  En revanche, si la presse s’intéresse au crash, et à ses images hallucinantes, elle oublie surtout d’aller vérifier à qui appartenait l’avion… car là aussi ça vaut le détour.  Le Learjet XA-VMC appartenait lui aussi à une société fantôme… détentrice pourtant de nombreux appareils.  Voilà qui nous ramène à la deuxième piste.  Une société de ce genre n’est pas non plus très à cheval sur la maintenance, on le sait.  Nous voici aussi ramenés à un autre problème du même genre lors d’un crash, celui de la chanteuse Rivera dans le jet de Starwood Management LLC sur lequel je suis déjà revenu dans l’épisode précédent.  Ici le décollage « normal » de la piste 12 de l’aéroport de Torreón Francisco Sarabia dans l’état Coahuila, le 03 juin 2011.

Une société sans adresse (ou un autre qui mène à Durango !)

Le XA-VMC appartenait en effet à Aeroejecutivos de Baja California S.A.  L’entreprise avait en 2011 retourné un « colis » de 7,5 tonnes à World Jet annoncé à une valeur de 765 000 dollars.  Un « AERONAVE CON PESO AL VACIO DE 7,500 KGS »… Autrement dit un avion complet.  Un BAE 125 fait un peu plus de 6 tonnes à vide, un Learjet seulement 3,6 tonnes et un Falcon 20 7, 2 tonnes.  Pourquoi avoir renvoyé ainsi un appareil et lequel, voilà bien le problème !!!  S’il a été ainsi expédié, c’est qu’il n’était plus en état de vol. L’entreprise possède aussi le XA-JSC, un autre Learjet 25XR (photographié ici à Cancun le 25 septembre 2013 par le spotter Kukulkan Avia).  Et également le XA-UPR (ex N747GM), photographié ici en 2012 à Toluca.  Pour ce qui est de son activité, il convient de rappeler que le 15 avril 2010, le XA-VMC avait été utilisé  comme ambulance aérienne pour transporter Ana María Mendoza Castellanos, une agent municipal adjointe sur qui on avait tiré 3 balles dans le dos à quelques mètres de l’agence Barra de Copalita.  Les autorités de l’Etat n’hésitaient donc pas à faire appel à elle.  Or cette entreprise n’a ni page Facebook ni site internet pour communiquer !!!  Ou plutôt, elle présente une ébauche de site qui traîne sur le net en « lorem ipsum » (cf l’exemple à gauche) à savoir en texte vide prêt à être remplacé par une communication plus sérieuse, procédé bien connu des metteurs en page.  L’entreprise s’appelle aussi Calixjet ou EBC (ses initiales).  Mais là pas plus de site internet ou de documents de com’:  c’est une société fantôme de plus !!!  Dans certains articles de presse on a écrit que Aerolíneas Ejecutivas S.A. de C.V. n’était que le prestataire ce jour-là du vrai propriétaire qui aurait été Aerotransportes Huitzilin & Lear Air S.A. De C.V,  « installée à Durango » et parfois appelée HUT.  Selon l’administration « elle a présenté toutes les autorisations de voler »… même si elle aussi ne dispose d’aucun contact visible !!!  Ni même d’aucune adresse valable !!!  Incroyable !!!  Comment une administration peut-elle accepter un tel laxisme ???  Pas d’adresse connue, et tout un lot d’appareils à plusieurs milliers de dollars l’unité !  On croît effectivement rêver !

Un homme protégé ?

Revnenons à Jorge Arevalo Kessler qui a donc été arrêté le 7 avril 2008 à l’aéroport de Toluca, son avion Aero Commander N382AA (appartenant à la société mexicaine Transportes Ejecutivos Ilimitados) transportant plus de 3 millions de dollars cachés dans les réservoirs de carburant de réserve de l’appareil (il est ici à droite le jour de celle-ci). … » 22 mois plus tard, le 24 février, 2010, il a quitté la prison de sécurité maximale pour  être extradé aux États-Unis.  Les preuves contre lui des autorités fédérales du Procureur du Texas avaient été recueillies depuis des années, prouvant que Kessler était un des pilotes chevronnés d’Arévalo au service du cartel de Sinaloa ».  Mais malgré ses charges, il a néanmoins visiblement bénéficié d’une réduction de peine… Car il en savait beaucoup  trop, semble-t-il, et pas que sur la coke.  Surtout sur le système des placements financiers bancaires du cartel, à avoir suivi son histoire.  A savoir aussi sur les banques US, type Wachovia !!!  Car il avait été aux premières loges : son avion servait effectivement de tirelire ambulante à au Cartel de drogue :  « En 2002 aussi; Kessler avait atterri avec un jet immatriculé N382AA (un Aero Commander ici à droite) à l’aéroport principal de Panama avec à bord 151 000 dollars.  Deux mois plus tard, le 19 décembre, il avait remis 79 000 $ à un particulier de la ville de Houston, au Texas.  A partir de ce jour jusqu’au 2 juillet 2003, il a fait d’autres livraisons dans huit états des États-Unis d’un montant total de 4 millions 546 mille 260 dollars. En plus de faire quatre dépôts bancaires aux États-Unis pour trois millions 992 mille 460 dollars entre le 18 février et le 4 août 2003. »  Effarant ! A Panama, c’est parce que son avion avait cassé son train à l’atterrissage qu’il avait ensuite été fouillé (son second pilote s’appelait Miguel Carrillo Cabrera).

Les étranges liaisons américaines de Kessler

Mais le dossier Kessler inquiète bien plus encore, car on explique facilement pourquoi la justice US semble l’avoir épargné… Selon certaines sources, Kessler aurait même été un temps le pilote personnel de l’ancien président mexicain Carlos Salinas… et en tant que fils de Jorge Arevalo Gardoqui, c’était aussi le neveu d’un secrétaire de la défense mexicaine, qui avait servi sous Miguel de Madrid, le président du Mexique entre 1982 et 1988… Bref, il a toujours été très proche du pouvoir mexicain.  Kessler a de sacrées casseroles derrière lui, outre de s’être fait pincer à jouer les avions blindés transporteurs de fonds pour les Cartels comme on vient de l’expliquer.  Il a aussi été mêlé à un gigantesque trafic de coke en Equateur, avec deux personnes, deux américains (quel « hasard » encore !), travaillant directement sous ses ordres, ayant monté tout un réseau de sociétés inextricables pour dissimuler ceux avec qui ils travaillaient véritablement :  Hugh Sibley, un avocat de Greensburg (Louisiane) du Castano Group, et Lee R. Snider, vendeur d’avions (un broker) installé à à Broken Arrow, et également PDG de The Berkshire Collection (qui s’associera en 2004 à Eagle Aero Holdings Corp.).  L’association Berkshire-Eagle Aero n’avait pas été anodine : elle avait absorbé au passage une toute petite compagnie en faillite en 2002, Royal Aruban Airlines, installée à Aruba et à Curaçao, leur permettant de faire des vols journaliers à partir de Fort Lauderdale à bord de l’EMB-120RT de la société (cf ici à droite).  Quand on sait le rôle de l’île d’Aruba dans le trafic de coke, on comprend mieux l’intérêt du rachat d’une entreprise à la rentabilité plombée.  Sibley avait reçu entre autre de la part de Kessler 430 000 dollars (en billets !) pour acheter un appareil pour transporter de la coke, versé à sa société Longvue Properties LLC, société qui possédait le N30PH (le BB-635, l’avion a été scrappé  en août 2012), un Beechcraft 200, associé à Nipun “Nick” Desai; un personnage resté mystérieux qui aurait très bien pu être un infiltré (il avait créé Omega Medical Staffing, LLC. et Train Car LLC comme paravents).  Sybley avait aussi créé Gulf South Aviation, LLC: qu’il possédait avec Williamson “Bill” Parrott. C’était Sibley, gérant aussi Point to Point of Louisiana, Inc.et  RJO Consulting LLC, qui était le propriétaire du Twin Commander ayant au total transporté 3,15 millions de dollars au Panama, de l’argent du trafiquant Alejandro Flores-Cacho : au total ce dernier aurait engrangé 7,17 millions de dollars de cette manière !!!  Kessler travaillait pour Antonio Aguilar (Pedro Antonio Bermúdez Suazo), alias « El Arquitecto, » ou « El Jefe » au Mexique (à gauche ici  le jour de son arrestation le 2 octobre 2008 à Mexico).  Il pilotait pour ces transferts un Boeing 727 lui appartenant, au milieu des huit autres appareils qu’il avait achetés.  Aujourd’hui, il est fort difficile de trouver des éléments sur les cas de  Sibley et de Snider.  Et ce n’est certes pas un hasard, tant il est compromettant… pour les USA !

Gros tonnage et formation de pilotes

On en était déjà avec lui a de très gros tonnages de coke transportés.  Des transferts qui ne seront que difficilement connus en détail : « selon Universal », raconte ici Univision, « les documents fournis au procureur du district sud du Texas rendent compte comment Arévalo Kessler a conclu un accord avec le gouvernement des États-Unis. Aucun détail sur les données fournies n’a été révélé, mais le juge lui a proposé comme argument de réduire sa peine s’il partageait de l’information (…) Le Procureur du Texas a recueilli des témoignages avérés comme quoi il appartenait à une organisation de pilotes chevronnés qui travaillaient pour le cartel de Sinaloa ».  Pour l’organisation criminelle dirigée par Flores Cacho à l’époque.  Il s’était surtout associé avec Alejandro Flores Cacho et Ricardo Garcia Sanchez, deux pilotes de ligne issus de l’école d’aviation militaire du ministère de la Défense nationale (…) Le département du Trésor américain a rapporté que ces pilotes effectuaient le trafic de stupéfiants par voie aérienne via les compagnies aéronautiques de transport et des services aériens enregistrés, en utilisant un hangar d’avions et d’entretien situé à Toluca (on y revient !);  celui d’Aero Express Intercontinental SA de CV, une société de fret aérien basé à Mexico. Aero Express possédait des Boeing 727, ici le XA-AFC photographié au  Benito Juarez International (MEX / MMMX) , Mexico en novembre 2003 tout a été saisi en 2010, ce qui laisse entendre la possibilité de grosses expéditions … Plus grave encore, car « Capicitacion Aeronautica Profesional S.C., une école de pilotage à Cuernavaca qu’ils ont utilisé pour former de nouveaux pilotes pour participer au trafic de drogue ».  Bref, le porteur de sacs d’argent pensait aussi à l’avenir de ses futures cigognes à coke…

Confirmation tardive en 2014

« Le 28 février 2014 le département américain du Trésor annonce (enfin !!) avoir identifié 12 entreprises appartenant au groupe d’El Chapo dans les États de Baja California, de Mexico, de Morelos, et le District fédéral de Colombie. Trois compagnies sont des compagnies aériennes ; Aero Express Intercontinental S.A. de C.V., à Mexico; Mantenimiento, Aeronáutica, Transporte y Servicios Aéreos S.A. de C.V., dans l’Etat de México, et Capacitación Aeronáutica Profesional S.C. à Morelos. L’une des sociétés appartenait à José Widoblo Hérnandez, l’opérateur financier d’Alejandro Gómez Cacho, arrêté à Mexico le 14 juin 2003, selon les informations de la PGR. La société Aero Express Intercontinental S.A. de C.V.a été utilisée pour le transport de la cocaïne et avait une branche au Panama, où le 7 février 2010 des mexicains ont été arrêtés en possession de 2 487 paquets de cocaïne d’1 kg. »

Les gros porteurs de coke, des Boeing 727 (comme celui du Mali !)

Il y a aussi « Hernán », comme pilote, autrement dit aime Hernán Velásquez Hernández, alias Jaime López Chávez qui a commencé tôt lui aussi puisqu’il a été arrêté en 2003 à la suite la saisie d’un avion mexicain au Panama contenant plus d’une tonne de drogue (au total on découvrira 2,5 tonnes sur place).  Il était en cheville avec deux autres lascars, José Widoblo Hernández et Antonio Anaya Silva, qui avaient acquis la société aérienne  « Aero-Express Intercontinental S.A. de C.V.« , déjà cité L’AEISA, en fait une entreprise bâtie entièrement avec des ressources provenant du commerce de la drogue.  La société travaillait avec des Boeing 727, tel le XB-JDU (qui finira chez Kalitta) visible ici à droite (ici le XA-AFC ex N8840E, en fin de carrière aussi chez Kalitta).. C’est dans la succursale de l’entreprise « Aero-Express Intercontinental S.A. de C.V. » au Panama qu’avaient été découverts les sachets de coke par des ouvriers y travaillant, le bâtiment appartenant à Anaya Silva.  Dans l’acte d’accusation, on découvre qu’ils déposaient l’argent  sur trois comptes bancaires: deux à la Banco Internacional et un chez Banca Serfin, pour un total de quatre millions 529 000 pesos, le premier dépôt ayant eu lieu à partir du 1er janvier 2000.  Le Panama est aussi un endroit privilégié du trafic « historique » de coke, car c’est là qu’avait été arrêté en 1987 Jack Carlton Reed (ici à gauche devant son Piper Navajo) pionnier lui aussi du trafic de coke, car un des pilotes de Carlos Lehder.  Tous deux seront accusés d’avoir importé 3,3 tonnes de cocaine aux USA de Colombie de 1978 à 1980 ( à l’époque ces tonnages étaient jugés faramineux).  Incarcéré après avoir été condamné à la prison à vie en 1990 (à deux fois la prison à vie même !) puis ayant vu sa sentence réduite à 23 ans, il avait été libéré mais il décédera peu de temps après.  Lehder avait comme pilote Russ O’Hara, de Palm Springs, Calif., le co-pilote au départ de vols effectués par John Finley Robinson et ack Carlton Reed.  En prison, Reed a développé des dons artistiques inattendus… Le C-46 illustrant ici à gauche ce chapitre est de sa main.

Mercato des pilotes: celui de Ballesteros passe chez Guzman

Le colombien Gregorio Ramirez Gallón Henao, suivi par les antinarcos depuis 1993, il a longtemps été lié (depuis 1979) au chef de le « capo « de la drogue hondurienne, Juan Ramón Matta Ballesteros, qui était au centre de la société SETCO, gérée par la CIA pour les Contras (on y revient toujours !).  Ballesteros est l’un des premiers à s’être associé aux mexicains au sein du cartel de  Guadalajara.  Ce dernier a été arrêté en 1988 au Honduras, et condamné à 12 fois la perpétuité aux USA.  Il avait commencé sa carrière de trafiquant à Van Nuys, en Californie. Gregorio Ramirez a été lui capturé à Medellín dans l’opération Platino, lors des 32 perquisitions été effectuées conjointement à Medellín, Bogota et San Andres, contre « le cartel des pilotes ». Ballesteros envoyait jusqu’à 700 kilos de drogue par semaine sur tous types d’avions, du  Super King, au Turbo Comander ou des Navajo (que savait piloter tous trois Gallón Henao) via Porto Rico, les Bahamas, l’île de San Martín et le Nicaragua.  En 1991, Galenn Haenao avait également été nommé dans l’enquête sur le meurtre d’un directeur de la police anti-stupéfiants et de son escorte.  Le décès de l’officier et de son adjoint s’est produit à un moment où il enquêtait sur l’existence de 6,5 tonnes de cocaïne prêtes à être expédiées aux États-Unis !!!  Comme dans le mercato de foot, Gallon Henao est passé de Ballesteros, une fois ce dernier emprisonné, à Guzman.  Deux de ses frères, Santiago et Pedro, étaient eux liés à l’enquête sur le meurtre, en septembre 1994, du joueur de football Andres Escobar, un arrière plein de talent mais qui avait envoyé le ballon dans ses propres buts contre les USA, ce que d’aucuns ne lui pardonnaient pas.  En réalité, c’est le chauffeur des deux frères, Humberto Muñoz, qui avait tué le footballeur.  En 2009, Santiago Gallón s’est rendu aux autorités pour hériter de 3 ans de prison pour avoir armé des milices d’auto-défense, mais pas pour le trafic de drogue !

L’auto-entrepreneur de la coke

Parmi tous ces lascars chevronnés, il y en a eu de plus petits, à la carrière beaucoup plus courte et moins voyante.  L’exemple type est celui de Santos Seda Rodríguez, un Porto-Ricain originaire d’Aguadilla.  Il était le propriétaire d’un petit Cessna Baron immatriculé N355DL.  L’homme était président de président d’une compagnie. Selon sa famille, « il possédait sept avions opérant sous le nom de « Jeshua Air Services », et faisait voler des hommes d’affaires et d’autres clients République dominicaine sur les vols répertoriés, avec des déplacements fréquents dans les pays voisins, de courts séjours » et également « pour les enfants orphelins dans la République dominicaine voisine dans des missions humanitaires »..  Il faisait régulièrement en effet des voyages voyages plutôt courts, d’Aguadilla, Porto Rico, vers les aéroports internationaux de Cibao, à Santiago; de Punta Cana, de Higuey; et Las Américas à Saint-Domingue, selon les rapports officiels.  Santos Seda Rodríguez (ici à droite) avait décollé ces derniers temps soit de l’aéroport Rafael Hernandez, soit de l’aéroport Internacional de Las Américas, direction Punta Cana ou Saint-Domingue, des petits trajets.  Pour n’y rester qu’une heure sur place en général.  Il n’a pas eu une longue carrière en effet : son corps a été retrouvé au kilomètre 15 de l’autoroute Higuey-La Romana, près de la communauté de Benoît à Parto-Rico.  Il avait reçu plusieurs coups à la tête.  Il n’avait que 48 ans, et en était seulement à son troisième voyage (en 12 jours !) avec à bord de son petit Baron 58 paquets de cocaïne (d’une valeur de 1 million de dollars)… une « petite main » du trafic, qui devait livrer de plus gros, ou rapatrier une arrivée et la changer d’île pour qu’elle puisse après remonter vers le Honduras ou le Mexique.  Tombé sur des jaloux, des concurrents, on ne sait.  Il ne s’était visiblement pas assez méfié.  Les enquêteurs découvriront plus tard qui étaient ces relais obligatoires :  deux agents et un employé d’une ligne de services de l’aéroport, accusés de charger la drogue dans l’avion : le capitaine Vladimir Peralta Santos, l’agent Wilfredo Antonio Ávila Vásquez et le civil Salvador Gómez Féliz, ce dernier employé de la la compagnie Servair, installée depuis 2007 en République Dominicaine à Las Americas.  Une société d’avitaillage d’avions et de services installée depuis 1986 (cf sa publicité ici à gauche).  Un relais… idéal !

Autres pilotes… à la carrière surprenante

D’autres pilotes et d’autres avions et même d’autres compagnies encore sont liés à El Chapo. Ainsi Aerovías del Golfo S.A. de C.V. (GFO Aerovias del Golfo), elle aussi sans adresse autre qu’un bâtiment de maison particulière et non de société : le 11 avril 2006, une jeune colombienne, Diana Lorena Toro Díaz âgée de 24 ans, et identifiée par le département du Trésor américain comme étant l’épouse de Flores Cacho, est arrêtée avec 11 personnes (dont un bébé de 2 ans) en arrivant à l’aéroport de Tijuana, descendant d’un Sabreliner 80 d’Aerovías del Golfo.  Tous faisant savoir leur qualité de mexicains pour ne pas être contrôlés.  A bord  le pilote Juan José Aguilar Talavera, Miguel Carrillo Cabrera (le co-pilote) et un responsable du chargement,  Tous sont jeunes, et ont à peine 30 ans.  Et tous ont été alors arrêtés par des agents de l’Institut national des migrations et inculpés pour fausses déclarations .  Or dans le lot, Juan José Aguilar Talavera n’est plus un inconnu désormais :  c’est le même, visiblement sorti de l’affaire, qui pilotera 6 ans plus tard le Hawker 600A XB-RYP, (ex N600Gdestiné à aller extraire Saadi le fils Kadhafi de Libye, avec l’aide obscure de Cynthia Vanier, recrutée par SNC-Lavalin, en partant le 17 juin 2102 de l’Ontario, au Canada pur tenter de le ramener du Niger (via un détour par le Kosovo) !!!   Il était prévu qu’il s’installe une fois ramené en terre mexicaine à Punta Mita, près de Nayarit, grâce à l’aide apportée par une compagnie de sécurité appelée Aust Security and Investigations International Inc.  Il devait d’abord habiter à la Cruz de Huanacaxtle, dans une  luxueuse villa déjà louée pour son arrivée.  On peut lire ici comment cela s’est passé.  Selon la presse, tout avait été fait et prévu avec l’accord du gouvernement mexicain.  Cabrera lui ayant un pedigree semblable : A Toluca, c’est Miguel Carrillo Cabrera en personne qui gérait le hangar d’Aero Express Intercontinental, S.A. de C.V, mais aussi l’école d’aviation  de Cuernavaca nommée Capacitación Aeronáutica Profesional, S.C.  C’est là, selon le département du trésor US « qu’ont été formés les pilotes qui sont entrés plus tard rejoint le réseau au service du cartel de Sinaloa et la compagnie Aero Intercontinental express, S.A. de C.V., dont le siège est à Mexico. »  Toutes des sociétés bidons, imbriquées les unes dans les autres.  L’école installée  au No. 749, de l’avenue Vicente Guerrero à Prados Cuernavaca, Morelos, appartenait à Alejandro Flores Cacho.  La fermeture brusque de l’école avait jeté sur le carreau des pilotes en cours de formation de leurs 100 heures de vol obligatoires.  Liés à Alejandro Flores Cacho on trouve aussi comme pilotes Ricardo García Sánchez, Óscar Arturo Jasso Serratos et Enrique Torres Gómez. Luis Rodarte Grijalva, un autre pilote de Flores Cacho, a été arrêté en février 2011 à Chihuahua en possession d’armes à feu appartenant à l’armée mexicaine.

Les pilotes des neveux de la première dame

On peut ajouter à cette liste trois pilotes, ou plutôt deux pilotes et un propriétaire d’avion. Commençons par le propriétaire : il s’appelle Marco Tulio Uzcátegui Contreras, et c’est le beau-père de Francisco Flores de Freitas, un des deux neveux de Cilia Flores, première dame du Venezuela (l’autre étant Efraín Campo Flores).  En 2002, il était directeur adjoint du conseil d’administration du Fonds intergouvernemental pour la décentralisation (Fides), et il possédait au Venezuela des entreprises de construction, mais également une entreprise d’aviation de Floride appelée « Coinspectra Aviación« , qu’il a créée en 2009.  C’est lui le propriétaire du Cessna Citation 500, immatriculé YV-2030 dans lesquels les deux neveux transportaient la cocaïne qui ont été arrêtés en Haïti le 10 novembre 2015.  Auparavant, le Cessna était enregistré au nom de la Sabenpe, l’organisme de collecte des ordures ayant comme actionnaires les sulfureux frères Majzoub d’origine libanaise, dont Khalil, soupçonné dans un trafic de cocaïne (eux aussi avec des adresses de sociétés au Panama !).  L’avion a pour base un hangar de l’aéroport Oscar Machado Zuloaga, près de la ville de Charallave, dans l’État de Miranda dans la zone dite de l’Aeroparque.  L’avocat d’Uzcátegui Contreras, en conflit avec lui a fini par négocier un usage du biréacteur en contrepartie, pendant des mois c’est le directeur de l’Aeroparque, Alexandro Henry Vasquez Mendoza qui le gérait.  Uzcátegui Contreras, traîne une belle casserole derrière lui : en mars 2014, il avait dû comparaître comme « témoin » dans le procès contre deux capitaines et un sergent qui avaient volé un avion à la Maiquetía et l’avait abandonné en Apure en septembre 2011.  Le Beechcraft Kingair 200 immatriculé N871C avait été volé dans l’aéroport de Santo Domingo le dimanche 23 octobre 2011 au milieu de l’après midi.  L’avion (ici à gauche), évalué à 2.5 millions de dollars, avait été découvert plus tard dans le secteur de Las Matas sector, à 54 miles à l’est d’Elorza; il avait été recouvert d’un filet de camouflage.  Les militaires avaient été condamnés par un tribunal militaire : pour beaucoup, Conteras ne pouvait ignorer ce qui s’était passé !  Les deux pilotes du Citation, après:  d’abord le copilote, Pablo Rafael Urbano Pérez, pilote certifié par la FAA, et ensuite Pedro Miguel Rodríguez González: officier militaire à la retraite du Groupe Aérien N ° 5, pilote de la Défense vénézuélienne, il reçoit ses salaires via l’ambassade vénézuélienne à La Paz, en Bolivie, et il possède deux villas : une à Maracay, l’autre à Wellington… en Floride.  Les trois sont en ce moment en jugement de l’affaire des deux neveux de Cilia Flores.  Ils risquent gros : ce sont 800 kilos de coke importés dont on les accuse aujourd’hui.  On peut aussi ajouter Yazenky Antonio Lamas jeune retraité de 36 ans de l’aviation bolivarienne qui serait aussi l’ancien pilote militaire personnel de Cilia Flores.  Ancien capitaine des forces aériennes, devenu le responsable des vols de coke en Apure, ayant eu accès aux codes des avions de trafiquants, il avait pu les faire apparaître  sur les radars comme des vols commerciaux (lire ici le détail de ses manipulations).  Il a été extradé le 1er janvier 2017 : on comprend pourquoi les USA y tenaient tant… et pourquoi Maduro pouvait craindre son départ… « Il y a cinq ans, une opération anti-drogue internationale a pris fin avec l’arrestation dans plusieurs pays de 22 pilotes qui ont effectué ces vols illégaux depuis le Venezuela, dont 11 colombiens. La plupart ont été extradés et beaucoup ont remis aux autorités américaines des données clés de Lamas et des vols secrets du Cartel de los Soles. Ce fut le début de la fin de la carrière du capitaine à la retraite. » écrit ici Semana35. 

D’autres pilotes encore, dont celui des Farc

Il n’y a pas que des mexicains qui travaillaient pour El Chapo.  Un colombien d’origine, Germán Arturo Rodríguez Ataya, surnommé « El Gago » s’est montré lui aussi fort actif dans le domaine, pour devenir lui aussi un des piliers du système de transport aérien d’El Chapo.  Ataya, installé près d’Elorza, a finalement été capturé au Venezuela, lors d’une opération policière menée à San Rafael, situé dans la municipalité de Rómulo Gallegos.  Accusé de faire parti du clan des frères Rios, German était en fait présenté comme « le pilote des Farcs » (celui du Front 10 en tout cas).  C’est en tout cas celui qui gérait outre sa propre ferme, directement plusieurs pistes clandestines vénézuéliennes.  Une de 900 x 20 mètres dans le secteur La Burra Mocha, dans l’État de Mérida, à l’intérieur d’une hacienda d’élevage de chevaux appelée San Francisco.  Une autre à Francisco Javier Pulgar, de 800 x 30 mètres située à l’intérieur de la propriété La Mano de Dios.  Une « hacienda qui n’a aucune activité productive sur ses terres » note la presse relatant la découverte.. enfin une troisième à Bramaderos, là même où Ataya avait lancé sa propre ferme d’élevage et la vente de buffles, et qui possédait sur place une piste de un kilomètre de long et large de 30 mètres, et même… un héliport !!!  Rodríguez Ataya avait déjà été arrêté en 2005 mais en Colombie.  Après son arrestation, son permis d’aviateur civil avait été révoqué… mais en Colombie !!!   Comme je l’avais écrit le 10 avril 2015 « El Gago » était lié au propriétaire terrien Jose (« Chepe ») Miguel Handal : surpris dans l’hacienda de la Manga de Coleo de Elorza, près de la municipalité de Rómulo Gallegos, en plein Apure. Il venait juste d’effectuer le 23 décembre qui précédait un vol qui s’était terminé sur une piste clandestine près de Cinaruco, selon le journaliste Javier Mayorca. Un proche de Germán Briceño Suárez, alias « Grannobles », un des principaux leaders des Farcs. La surprise étant que l’homme avait déjà été arrêté en 2005 dans le district de l’Arrosa, accusé de transporter à la fois des guérilleros et de la drogue pour les frères Rios. il s’était échappé et vivait depuis en Apure, ayant créé depuis une société pétrolière dont il était le financier, habitant alors Ciudad Ojeda, près de Lagunillas dans l’état de Zulia. »

Le célèbre « Hector »… et son frère mécano

Et le plus coté des pilotes est sans aucun doute Héctor Ramón Takashima Valenzuela; l’un des plus anciens et l’un des plus fidèles, « le pilote favori » d’El Chapo, surnommé « El Cachimba » ou puisqu’il a été arrêté le 15 octobre 2015, juste après avoir effectué le vol en Cessna qui a suivi l’évasion d’El Chapo (voir notre épisode précédent).  Un homme capable de se poser avec un Cessna 206 comme le faisaient les gens de la CIA d’Air America avec leurs Pilatus (voir ici l’exemple de l’extrait de film du même nom, fort proche de la réalité !).  On sait aujourd’hui un peu plus de choses à son propos, mais on n’a appris que récemment qu’il faisait aussi partie d’une base de données dénombrant 9 934 820 personnes, bien particulières ; celle des membres du parti politique PRI.  El Gordo présente une autre particularité familiale fondamentale : son propre frère est mécanicien, spécialisé dans les petits Cessna !!!  C’est lui qui est venu réparer en express le second avion de la fuite d’El Chapo, celui de Lanciani Llanes, qui avait atterri à Culiacan sur une piste clandestine en s’y plantant et en sortant de la piste.  Pour réparer l’avion, « Cachimba », avait en effet appelé son frère, Julio Cesar Valenzuela Takashima, surnommé « El Gordo ».

Demain, nous terminerons cette longue étude par la capture de Guzman… mais en y ajoutant un pilote sciemment oublié jusqu’ici.  Et vous comprendrez pourquoi bientôt.  Mais dans un autre dossier tout aussi fourni.

sur les pilotes la mine est ici

http://agenciabk.net/cartelcomx.htm

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