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Coke en stock (CXLIX) : dossier Venezuela 1) les crashs ignorés et ceux médiatisés

Après le long aparté sur la carrière d’El Chapo, il est temps de revenir au pays suscitant le plus d’inquiétudes en Amérique du Sud.  Je parle du Venezuela, bien sûr, en proie à une déliquescence du pouvoir inimaginable, et surtout à l’emprise, comme on a pu le voir, des narco-trafiquants, dont les généraux à la tête du pays sont les relais, sinon les organisateurs eux-mêmes du trafic de cocaïne, comme j’ai pu vous l’expliquer déjà ici à plusieurs reprises.  Temps aussi de revenir en détail sur ce trafic, dans ses moindres détails, en commençant dès aujourd’hui par un énième crash aérien, survenu à la rentrée dernière, et impliquant une personne dont je viens de vous parler dans l’épisode précédent de cette longue saga… mais ça nous allons le découvrir dans quelques épisodes, seulement… car le sujet est vaste, très vaste, et le trafic… intense.

La communication sur le crash survenu le 4 septembre dernier dans le Cojedes s’avère d’emblée fort confuse.  À peine le temps de renter des vacances, et on est déjà plongé dans l’éternel sujet de la coke… au Venezuela !  On retrouve dans le lot de photos transmis à la presse (qui ne s’est pas rendue sur les lieux) tout une série de clichés mélangés, dont celui d’un jet, un biréacteur, complètement calciné dont on ne montre qu’une photo plutôt floue (ici à gauche) et en même temps celui d’un bimoteur à moteurs classiques retrouvé lui aussi incendié (avec le titre ici à droite, extrait de El Universal, journal… mexicain, pour annoncer la même catastrophe, en évoquant « deux appareils » écrasés à peu de temps d’intervalle).  Les deux images se télescopent, et créent une certaine confusion.  Mais avant de s’intéresser au premier appareil lui-même (ce sera pour un peu plus tard, désolé (1)), on peut déjà jeter un regard sur cet autre cliché qui semble bien ne rien avoir à faire avec les autres.  On hérite en effet d’un lot d’images, et à l’examen, on constate qu’elles ne proviennent pas du même événement.  Les journaux utilisent les maigres éléments que leur donne le pouvoir vénézuélien (ou les mexicains), qui, visiblement, contrôlent énormément l’un comme l’autre la communication concernant les crashs d’avions associés à un trafic de drogue, ceci n’est pas nouveau.  Bref, ça patauge sec.  L’image à part est en effet celle tout d’abord d’un bimoteur à moteurs à cylindres à plat (ici à gauche) qui n’a visiblement rien à voir avec les autres clichés de jet à réaction, le tout utilisé pour annoncer en définitive…. un crash de bimoteur à réaction.  Et pour cause, c’est en effet un appareil tombé… au Honduras en février dernier, que l’on montre ainsi !!!  Le journal El Universal ayant pris la MEME photo le 27 février 2014 pour annoncer son crash !!!  Le journal s’est-il au moins rendu compte de sa bévue, on ne sait :  ce ne serait pas la première fois que pris par le temps, les metteurs en page puisent dans leur stock d’images de crashs aériens sans en vérifier la provenance.  Voici à gauche la photo complète de l’appareil tombé : il portait un drapeau vénézuélien bien visible sur le gouvernail.  Queue relativement étroite, moteur à pistons, capots moteurs à dessus plats et inclinés, winglets mais hélice bipale : tout porte à croire qu’il s’agissait d’un Piper Baron remis à jour (avec un kit « Colemill Foxstar », un engin vendu 239 000 dollars ici, ou encore comme celui-ci).  On s’est emmêlé les pinceaux quelque part… Ou certains ont souhaité qu’on le fasse.  D’où l’intérêt que l’on va porter bien sûr à cet événement, le mystère entretenu faisant redoubler d’attraction !!!

Entretenir le doute, tout mélanger, pour éviter de parler des sujets qui fâchent

La presse entretient le doute, sans trop s’en apercevoir.  Est-elle manipulée ou est-ce de l’incompétence, on laissera le débat se faire.  Seul un magazine affirme que pour le jet calciné, « les journalistes n’ont pas été conviés à se rendre sur les lieux », c’est tout, et c’est tout aussi saisissant :  on cherche vraiment à cacher quelque chose, c’est sûr !!!  Intéressons-nous donc plutôt pour commencer aux clichés « supplémentaires » montrés le même jour avant d’attaquer l’étude du crash du moment, ce qui va nous prendre quelques jours de recherche, pour sûr (ça prendra quelques semaines en fait !).  Ces images ce sont sont celles d’une queue d’avion qui n’est visiblement pas celle d’un Hawker et d’un réacteur passablement abîmé, dont les aubes de turbines ont été sorties du corps même du réacteur, ou plutôt dont l’enveloppe extérieure a explosé.  Un étude du réacteur indique qu’il est muni de grilles, celles d’un inverseur de poussée dont on retrouve assez vite l’origine :  c’est bien celui d’un Gulfstream modèle II ou III.  Et une fois encore, on s’aperçoit que c’est un vieux cliché :  il date en fait du 19 octobre 2014 ! Chercherait-on, sciemment ou pas à tromper les gens en mélangeant les informations à ce point sur ce crash ?  Ou bien mélangerait-on tout, en raison de la multiplicité de ces crashs aériens dans la région ???

Le retour du Gulfstream de brousse
Ce qu’il y a d’assez extraordinaire, dans cette annonce, c’est le fait qu’au même endroit on ait donc  retrouvé deux appareils susceptibles d’avoir servi à des trafiquants, à des dates différentes.  Mais ce n’est pas ça encore le plus étonnant.  Car il y a pire en effet : les fameux « fonctionnaires » dépêchés sur place ont été surtout incapables de reconnaître que le second appareil, ou plutôt le peu de choses qu’il en restait, ils devaient logiquement déjà le connaître, et pas qu’un peu, puisque ce sont les mêmes qui l’avaient incendié en octobre 2014… en en plein parc national Aguaro Guariquito, comme on a pu le voir dans un épisode précédent de cette série.  L’avion avait en effet été décrit ici :  on l’avait découvert sur un des téléphones portables saisi sur un des trafiquants (ci-dessus à gauche) !  Le jet s’était bien posé en pleine brousse !!! L’avion étant un Gulfstream G-II, le 114 eme produit, c’était auparavant le XC-LKL dont l’origine est la mise en vente des appareils saisis par la Procuradura General de la Repblica mexicaine, en 2008 (saisi déjà pour trafic de drogue !).  L’appareil avait été aperçu en fort mauvais état sur un coin de l’Aéroport International General Mariano Matamoros (ou Cuernavaca Airport), tout près de Mexico, en décembre 2013 sous l’immatriculation XB-NKS.  Réussir à faire voler cette épave datant de 1972 avait déjà été une belle prouesse !!!

 

 

Un appareil récidiviste, revendu par la police mexicaine !

Un petit montage des clichés rassemblés nous résume les correspondances entre le XC-LKL du temps de sa splendeur et après (ici il venait d’être saisi pour la première fois par les mexicains – pour mieux monter les similitudes, j’ai inversé symétriquement la photo de la queue isolée en haut à gauche, l’original est au-dessus du montage).  On remarquera aussi les différences entre les clichés des militaires examinant ce qu’ils avaient eux-mêmes incendiés et les vestiges actuels, dont des éléments ont été déplacés (comme le réacteur).  En somme, arrêté pour trafic de drogue et revendu par la police et la justice mexicaines, l’avion avait recommencé son trafic !!!  Les trois membres d’équipage dont celui qui avait pris la photo de l’appareil posé (non sans fierté il faut bien le dire) s’appelaient Milton Eliseo Torres Hernández et Victor Manuel Cardoso Gaza, deux ressortissants mexicains.  Un troisième, un vénézuélien, Edilson Braca, possédait déjà un lourd casier judiciaire en date du 16 décembre 2012, pour… trafic de drogue !  Particularité : c’étaient des pilotes chevronnés, tous ayant autour de la cinquantaine !  Torres Hernández lui ayant un autre pedigree : c’est un déserteur de l’aviation militaire mexicaine (depuis le 25 novembre 1992) !!!  Retour à notre saga précédente à propos d’El Chapo et ses adjoints sortis des forces spéciales !!!

Un précédent avec un Hawker confondu avec un Cessna

Des avions venus du Mexique ?  Pas qu’un peu :  le 8 juin précédent, un pilote, Eduardo Alberto Romero del Valle, avec son copilote Oscar Armenta, constate la disparition de son avion, posé le 6 juin, sur l’aéroport international de Mérida (au Mexique).  L’avion avait fait un premier arrêt à l’aéroport de Pachuca, dans l’état d’Hidalgo (c’est à à 94 km au nord de la cité de Mexico), qu’il avait quitté vers 19h28 le vendredi, pour arriver après 21h00 à l’aéroport de Merida.  Au départ il y a confusion, l’ineffable ministre vénézuélien Vladimir Padrino López, spécialiste des égarements (intentionnels, tant il a pu diffuser de gaffes !), ayant évoqué pour sa part un « Cessna Citation« .  En fait c’est le Hawker Siddeley HS-125, immatriculé N770PJ, appartenant à JetNet qui a été volé. L’avion sera retrouvé incendié au Venezuela, des petits malins (trafiquants ou membres de l’armée vénézuélienne) ayant tenu grand soin à effacer son immatriculation.  Padrino a beau se vanter de l’avoir abattu (et se tromper d’avion !), l’avion a bien été brûlé un fois au sol, comme le sera son successeur Gulfstream, 5 mois après.  Par l’armée vénézuélienne, très certainement.  A défaut de savoir pour l’instant quel avion a été brièvement évoqué en septembre dernier, intéressons-nous donc à ceux qui l’ont précédé au même endroit… où l’on s’est beaucoup écrasé en fait !!!

Cinq chargements de coke en trois ans, au même endroit, dans le Cogedes !

C’est le « cinquième avion qui s’est écrasé dans le parc d’Aguaro-Guariquito depuis 2012″, rappelle en 2015 ici fort justement El Pitazo (qui en a même fait un documentaire sur You Tube). Le 18 octobre 2014, au même endroit, donc, avait été trouvé notre fameux Gulfstream immatriculé XB-NKS.  Le 7 juin 2013 c’était une aussi belle prise des « Funcionarios de la Guardia Nacional Bolivariana » :  bien caché au départ sous un filet (comme notre appareil guyanais), ils avaient découvert un bel appareil à turbopropulseurs muni de winglets.  Les coffres vides, mais à ses côtés 400 litres de kérosène, et un téléphone satellitaire découvert à son bord.  L’avion arborait un code fantaisiste, YV-1909 écrit de manière tout aussi fantaisiste.  L’avion avait lui aussi été détruit par le feu par les militaires, comme à leur habitude.  Fait notable, l’avion ramenait à l’ère Escobar, car c’était un Piper Navajo Panther spécialement préféré par le « sorcier » Colemill, réputé pour faire des avions plus rapides que les originaux.  Le 20 septembre 2012, c’est un Cessna 421 siglé  de façon incomplète B-KDP (il manquait le « X » devant le « B » pour être mexicain) qui est  trouvé, lui aussi dissimulé sous un filet.  Et lui aussi muni d’une kyrielle  bidons de kérosène (22, bien visibles ici à gauche vus d’hélicoptère), découvert près de la municipalité Sebastian Francisco de Miranda, toujours dans l’État de Guarico.  Auprès de l’avion avaient été découverts également des tubes de cuivre et une pompe.  Tout l’attirail des avions de ce type qui avaient tenté de longues traversées…  8 jours auparavant c’est un bimoteur Beechcraft 200 qui avait été retrouvé, avec une fois encore tout l’attirail du parfait trafiquant-chimiste :  « un téléphone mobile ZTE », un téléphone satellite, un talkie-walkie, un téléphone mobile Samsung « et plusieurs grands conteneurs destinés à stocker des produits chimiques utilisés pour traiter des substances illicites ».  A côté de l’avion sont saisis une Toyota, modèle Hilux V6, de l’année 2011, couleur argent; une marque de moto Keeway, modèle TX 200, noire et jaune, et même un… vélo, de marque Empire, modèle 150, noir.  Selon l’Instituto Nacional de Aeronáutica Civil, des gens jeunes sont manifestement dans le coup ! L’avion était immatriculé YV-2580.  Le 20 juin de la même année, précise Noticias 24 / venezuela » (le 29 juin 2012 exactement), tout un « laboratoire » de faux numéros avait été également découvert près de l’avion.  Les trafiquants étaient organisés et préparaient bien un long vol, peut-être à nouveau transatlantique.  On peut voir sur place deux soldats présenter les faux chiffres et faux numéros.  On y distingue le YV-2516, celui d’un Beach Baron 58 (BE58) existant, anciennement N265RB, mis en vente en septembre 2008 aux USA.  Enfin, toujours à Guarico, mais cette fois carrément sur l’aéroport de San Juan de los Morros, trois voleurs s’emparent du Cessna 401 immatriculé YV-2071, sagement rangé dans son hangar N°19 nous apprend ici l’Informador.  L’avion n’a pas été retrouvé à ce jour.

Des retrouvailles

Il y a bien longtemps que cela a débuté :  au Lungi International Airport en Sierra Leone, de l’autre côté de l’Atlantique, avait été découvert un Cessna 421 rempli de bidons d’essence vides et 600kg (1,320 lb) de cocaïne dans ses coffres, plus des AK47 et 339 cartouches à bord.  A l’époque, le marquage était encore approximatif.  Un compère ayant lui aussi traversé l’Atlantique (grâce à son pilote, Víctor Araujo Lastreto) n’ayant même pas effacé son immatriculation vénézuélienne, celle de l’ex N441TF, 3X-GGL  C-FMSP devenu YV1647, un Cessna datant de 1978 ayant sa base à Caracas. Enregistré chez Corporacion Aerostar, située 521 C.A. of Avenue Los Laboratoios, Edif. Quorum, Piso 1, Los Ruices, Caracas.  Sans le savoir à l’époque lors de la rédaction de mon article sur ces nouveaux Mermoz, on venait de voir apparaître une génération complète de pilotes trafiquants.  En effet, puisque Araujo Lastreto n’était autre que le fils du pilote Víctor Araujo, celui du Cessna 206, siglé YV-370P découvert par la Direction de la Direction des Drogues en République Dominicaine en décembre 2005, sous l’administration d’Iván Peña Castillo.  L’avion avait été trouvé apparemment abandonné sur la route qui mène de San Pedro de Macoris et la Romana, dans la Région Est du pays.  Le Conquest n’était pas atterri n’importe où, en fait, mais sur le terrain de la villa de Leona Investment société de Mohamed Sesay, alias ‘Bashin », le propre frère du ministre des Transports et de l’Aviation de la Sierra Leone, Kemoh Sesay, arrêté le 6 août qui avait suivi.  Ironie du sort, le dénommé Mohamed Sesay était aussi l’entraîneur de l’équipe nationale de football du pays… Mieux encore quand on découvrait qu’un colombien, Julio César Morales Cruz, mécanicien de bord de l’avion, avait lui-même apposé le numéro sur ceux de YV1647 original… qui était restée du côté gauche de l’avion !  Dans sa déposition, le pilote avait avoué avoir touché 300 000 dollars pour sa traversée de Ouariko vers la Sierra Leone mais qu’il l’avait déjà fait pour la Guinée Bissau en août 2007, où il avait empoché 250 000 dollars, des mains d’un « colombien »…  Plus tard, un des trois pilotes avouera aussi ses liens avec le fils de l’ancien président de la Guinée, Lansana Conté. !!!  Ancien de l’armée française, son père est mort du diabète l’année même de l’arrivée des 600 kilos de coke, trois ans après avoir échappé à un assassinat.  A droite, sa photo avec une personne bien connue, toujours aussi joviale.  En 2009, alors PDG de Mosmart Guinée, son fils Moussa Conté avait été accusé de fabriquer de la cocaïne : arrêté et jeté en prison par le Conseil National pour la Démocratie et le Développement (CNDD) du capitaine Moussa Dadis Camara.  Il sera finalement libéré… Il est mort en 2012 d’une « crise cardiaque » :  il se faisait soigner semble-t-il en Tchécoslovquie pour un cancer.

Et un énième retour !

Et comme c’est un peu une histoire sans fin, on retrouve le même Víctor Manuel Araujo Lastreto embarqué dans un autre cas de trafic, en 2014 cette fois… au Venezuela même, avec la découverte dans un champ près de Mercedes Torres, d’un petit Cessna, siglé YV2014.  L’avion avait d’abord essayé de se poser sur l »autoroute l’autoroute Lara-Zulia, mais il y avait trop de trafic ce matin-là !!!  Fumant de toutes parts, le Cessna avait été confondu par les automobilistes avec un avion de « fumigation ».   Son pilote avait fui, laissant derrière lui des vêtements… au nom de Victor Lastreto, notre homme condamné en Sierra Leone en 2008 !!!  Plus intéressante avait été ce jour-là l’intervention du ministre Tarek El Aissami, qui avait aussitôt affirmé que « vers 06h30, la Défense Commandement aérien a détecté un vol irrégulier et ordonné l’interception de celui-ci.  Ils ont envoyé un avion de type OV-10 Bronco de la base aérienne Rafael Urdaneta, appartenant à la composante de la Force aérienne bolivarienne, pour forcer l’avion à atterrir »…  Or personne n’avait ce jour-là vu de Bronco, hautement reconnaissable, pourtant, dans les parages !!!

Des trafiquants en pleine démonstration


Une histoire sans fin à laquelle il faut des pistes d’atterrissages disponibles.  Or beaucoup de « fincas », éloignées de tout, au Venezuela en possèdent une.  Dans une de ces fermes, celle du domaine de « La Embajada« , s’étendant sur 48 hectares, située dans la paroisse de San José, une petite piste de terre voit arriver un Cessna 206 le mardi mardi 14 novembre 2008 à 9h20 du matin.  L’engin « blanc avec des rayures dorées » (ici à droite) est immatriculé YV1589, et à son bord deux pilotes sont appréhendés après une course poursuite, ce sont deux colombiens, de Medellín et ils sont identifiés comme étant William de Jesús Mejías Serruaga âgé de 60 ans, et Ramiro Jesus Arango Correa (46 ans).  A bord de l’avion les militaires découvrent 10 bidons de 60 litres d’essence Jep-1, à 100-130 d’octane, celui des avions des trafiquants et de la coke, destinée à  Carrasquero et un téléphone satellite, un téléphone cellulaire Nokia, Modèle 1110, une radio transmetteuse portative de marque, Iridium, type 9505A, une antenne GPS de marque Chatsworth.   Deux autres occupants réussissent à s’échapper.  Or l’appareil est tout sauf un inconnu, là  encore, car ses utilisateurs avaient vanté sur You Tube de ses capacités de décollage court (ci-dessus à gauche), en donnant même des leçons de pilotage, en montrant qu’il ne faut pas activer les volets (flaps) si on veut le faire, contrairement à la croyance commune.  On peut visionner ici la méthode, pas très efficace en fait, car le décollage ne s’en trouve pas spécialement court ! E n fait, les vraies leçons d’atterrissage et de décollage courts sont alors données par le pasteur adventiste Bob Norton de l’AMA, sur son Cessna C-182 YV2480, qui décolle aux flaps, lui et bien mieux que les trafiquants (ici à droite) !  Dans la presse, encore une fois, il était dit que l’avion avait été forcé d’atterrir par deux Broncos des forces vénézuéliennes . Ce qui n’est pas non plus sans poser de questions, à l’époque (et encore plus aujourd’hui !).

For peu de Broncos disponibles à l’époque

Le problème avec Tareck el Asaimi, alors sous-ministre de la Sécurité publique et de la prévention (de 2007 à 2008) avant de devenir ministre de l’Intérieur et de la Justice (jusqu’en 2012), puis vice-Président, depuis, c’est qu’il avait en fet un peu fabulé sur l’usage « instantané » de ces fameux Broncos militaires, aujourd’hui remplacés par des hélicoptères rrusses Mil Mi-35.  Et ça, il faudra attendre 2013 et une autre histoire pendable pour l’apprendre et le vérifier.  L’armée vénézuélienne en possédait encore 14, alors d’appareils au total (18 plus récents avaient été rachetés en 1991 pour remplacer les tous premiers envoyés à la casse), tous opérés par l’Escuadrón de Operaciones Especiales 151.  Cinq pour l’entraînement, 4 déjà retirés et stockés et 5 seulement et vraiment utilisables pour la FAC, de type COIN.  Ici visibles en 2000.  C’est à dire fort peu pour voler.  En 2005, déjà, les derniers  avions restants avaient des difficultés à rester en état de vol, pas mal s’étaient écrasés (deux se sont touchés en vol en plein meeting aérien en 2012 !), et l’embargo décidé par Bush la même année les avait cloués au sol : leurs turbines Garrett TPE331 (T76 en version militaire) étaient en piteux état.  Inquiets pour leur flotte, les militaires vénézuéliens avaient donc pris la tangente et s’étaient rendus discrètement aux USA, à Mesa, pour rencontrer THE spécialiste des moteurs de Bronco.  L’homme s’appelle Floyd Stilwell et habite Phoenix, dans l’Arizona.  Sur les 18 moteurs souhaités (pour 9 avions, donc) Stivell allait recevoir 1,8 million de dollars alors qu’il n’en avait préparé que 6 seulement.  Il arrive finalement à en envoyer 4 (pour deux avions, donc) dans des containers portant un faux label, à Valencia, au Venezuela.  Les moteurs satisfont alors les vénézuéliens, qui les ont reçus fin 2008, en attendant les autres. (les deux crashs en meeting en 2012 portaient en effet des hélices quadripales, signe de modifications effectuées).  Pressé en 2010 par le FBI de payer une amende de 250 000 dollars pour régler la pénalité due au non respect de l’embargo décrété, Stilwell pense en avoir fini avec la justice lorsqu’en 2013 il se retrouve inculpé à nouveau pour la même raison.  Le FBI est parfois tenace. Depuis, les Bronco déclinent à nouveau et leur entretien devient plus coûteux.  A ce jour, on annonce toujours 7 appareils en état de vol au Vénézuéla, mais cela paraît beaucoup.  Restés emblématiques car ayant participé à la prise de pouvoir de Chavez, on les trouve plutôt au musée, désormais.  Pas sûr donc qu’en 2008 on pouvait en voir en vol pour chasser des avions de trafiquants !!!…  En photo en haut du chapitre, un Bronco vénézuélien modifié (avec ses hélices à 4 pales) aperçu en 2009 juste avant son retrait définitif. On peut visionner ici en 3 parties un étonnant reportage qui évoque à la fois l’usage des Broncos et la difficulté pour obtenir les pièces pour les maintenir en vol.  Le colonel Andres Macario Castillo Rivas étant interviewé montrant sur son bureau trois maquettes :  celle du Mustang P-51, le premier avion de son escadrille, à côté celle du Bronco et devant lui son remplaçant annoncé, l’Embraer Tucano.  Mais le reportage date de… 2009 !!!  En 2000, le Venezuela en avait acheté une douzaine jadis (en 1986) mais les USA ont fait bloquer la livraison de suivants modèles EMB-312 Tucano jusqu’en 2009, et ils sont arrivés en 2013 seulement, grâce à un intense lobbying du président brésilien Lula.

Il serait temps aussi de revenir à notre premier sujet du jour, à savoir ce fameux  appareil retrouvé détruit dans le Cojedes en septembre dernier.  Celui-là aussi est plein d’enseignements : demain vous allez découvrir où il va nous mener… ou plutôt après-demain, car il faut que l’on établisse auparavant le décor fort particulier de l’Etats du Cojedes, véritable papier tue-mouches pour attirer les avions rempli de poudre blanche… En fait, ce que nous allons dresser, c’est la description d’un narco-Etat, tout simplement dans ce lourd dossier.  Ce dans quoi a versé le Venezuela depuis plusieurs années maintenant…

(1) ça va tellement vite qu’à peine l’avion du 4 septembre dernier annoncé, c’est un second que l’on découvrait (intact cette fois) le 5 novembre, dissimulé sous un filet de camouflage.  Un Beechcraft 200 visiblement, à la carrière toute aussi passionnante que notre Hawker 700 réduit en miettes.  Nous verrons lors de notre étude qu’un autre Hawker 700 s’était aussi écrasé plus au Nord dans le pays, dans le Parque Aguaro-Guariquito, en octobre 2015.  Lui aussi mérite toute notre attention… ne serait-ce que par son étonnant « atterrissage » puis son incendie, sciemment provoqué par les autorités… comme tant d’autres, il est vrai (mais cette fois on avait pu voir les représentants des autorités le faire et se filmer eux-mêmes).  Un drôle d’oiseau encore, tombé en pleine réserve animalière !!!

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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