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Coke en stock (CXLIV) : « El Chapo » et les avions (12). Avant l’Europe, Fort Lauderdale et l’Equateur

La CIA n’est pas une vieille histoire, dans le trafic, et on s’en aperçoit encore plus quand la coke déboule à la tonne en Europe.  Descendue le plus souvent de containers apportés par des cargos, en Espagne, au Portugal, mais aussi en Italie ou en Hollande, voire même en France. A se demander ce qu’est la « guerre contre la drogue » déclarée Outre-Atlantique, ou ce que sont les résultats de la DEA, voire son but réel.  À se demander si le nouveau président mexicain Enrique Nieto, élu en 2012, est vraiment à la hauteur de l’enjeu, qui est énorme, on le sait (1).  Mais avant d’en arriver là, il va falloir à la fois revenir à Fort Lauderdale et en Equateur…

El Chapo, le FBI; le marché européen… et Nieto

L’aveu de la présence du FBI en 2014 dans un réunion avec El Chapo (lire les articles précédents) est fort dérangeante.  Car elle correspond en fait à une autre rencontre du même tonneau, déjà, en 2011.  En 2011, en effet, El Chapo Guzman, Guzman Gutierrez le (cousin d’El Chapo), Samuel Zazueta Valenzuela, Gonzalo Palazuela Jesus Soto et Rafael Celaya Valenzuela, ont été mis en examen pour trafic de drogue.  Car tous, sauf le premier cité, avaient été arrêtés en Espagne (en août 2011) après que des agents du FBI aient intercepté une cargaison de 346 kilogrammes de cocaïne en provenance du Brésil, lors de l’Opération « Dark Waters » .  Une date clé dans l’histoire du narcotrafic, selon Roberto Saviano dans son livre (à recommander !!!) « Extra pure.  Voyage dans l’économie de la cocaïne », car c’est celle qui montre l’entrée souhaitée du Cartel de Sinaloa sur le marché européen.  « Tout commence des années plus tôt, quand le FBI fait une découverte plus précieuse qu’un sous-marin contenant des tonnes de coke : un informateur qui a accès aux cercles dirigeants du cartel du Sinaloa.  Il décide alors de profiter des informations obtenues et monte une grande opération sous couverture.  À partir du début 2010, les infiltrés approchent le cousin du Chapo ainsi que d’autres hommes influents, en se faisant passer pour des affiliés d’une organisation italienne déjà bien connue aux États- Unis et en Europe. Ils sont à la recherche de nouveaux fournisseurs et ont d’excellents contacts dans le port andalou d’Algeciras. Les Mexicains sont séduits par cette proposition et entament des négociations :  ils ont l’intention de fournir une tonne de coke par mois, expédiée d’Amérique du Sud sur un porte-conteneurs.  Les « partenaires italiens » recevraient vingt pour cent de chaque cargaison à titre de récompense, pour faire passer la drogue par le port d’Algeciras, et les Mexicains vendraient le reste directement dans toute l’Europe, à travers un nouveau réseau de cellules opérationnelles.  En août 2011, tout est prêt.  Mais avant de mettre en péril de si grosses quantités de coke, le cartel du Sinaloa décide de tester la sécurité de la route :  à quatre reprises, il fait envoyer par des sociétés équatoriennes qu’il contrôle des conteneurs uniquement remplis de fruits.  Une fois le système testé, les narcos font savoir qu’ils sont prêts à envoyer leur première cargaison, entièrement cachée dans un conteneur en partance du port de Santos, au Brésil :  trois cent trois kilos destinés à divers points du continent européen »...  Le test réussi, le Cartel pouvait commencer à inonder l’Europe, directement par voir maritime, tout en continuant à le faire par voie aérienne via l’Afrique de l’Ouest… Dans le lot des personnes arrêtées, seul Rafael Celaya Valenzuela qui se présentait alors comme «l’avocat et le planificateur financier» du cartel, avait décidé de plaider coupable.  Selon lui, les réunions avaient eu lieu à New Castle, dans le New Hampshire, mais aussi à Madrid, et également dans les îles Vierges, à Miami et au Mexique, pour préparer les transferts de coke.  Celaya en personne a été filmé en compagnie des membres cités du cartel et d’agents du FBI déguisés en membres du crime organisé italien, désireux d’étendre l’empire de la cocaïne du gang aux États-Unis et en Europe.  En somme, l’Europe était visée, et le FBI le savait pertinemment.  Le fameux groupe mafieux décrit étant celui de la ‘Ndrangheta (la terrible et sanglante mafia calabraise dont on reparlera bientôt dans des chapitres sur le Venezuela).  Mais il semble qu’il y a pire encore.  Comme l‘écrit ici en 2014 le magazine Forbes, « Celaya se distingue du groupe pour ses liens avec le PRI, le parti du président mexicain Enrique Peña Nieto.  Selon les médias mexicains, au moment de son arrestation, Celaya était un membre actif du PRI dans l’État frontalier de Sonora.  Il a essayé de se présenter pour le Congrès fédéral mais il a échoué.  Lors de la campagne présidentielle de Peña Nieto en 2012, Celaya a publié sur Facebook des photos de lui-même avec Peña Nieto (c’est la photo ici à droite dans le haut du chapitre) et deux éminents sénateurs du PRI qui ont été publiés dans les médias mexicains.  Tout en ne niant pas les liens avec Celaya, le PRI a déclaré que pendant la campagne présidentielle, Peña Nieto a posé pour des milliers de membres du PRI, mais a précisé que cela «n’implique pas la proximité ou l’engagement». »  Le procédé du contact avec un « informant » avait été utilisé de la même façon pour coincer Viktor Bout, après avoir eu pendant des années recours à ses services, on le rappelle.  En Europe, la coke continue de déferler via les containers… ou dans des yachts, tel celui-ci, « skippé » par un italien mais avec comme équipage un monténégrin, saisi le 6 octobre dernier avec 1,4 tonne de coke à bord (deux jours plus tard c’était le remorqueur « Thoran », déjà cité, le 29 mai 2015 c’était 1,5 tonne aux Açores, dans un autre voilier, en 2016 de la coke en porte-container parti de Fort de France en Martinique et destinée à la région parisienne).

Le Gulfstream mystère de Bayonne

Par mer, mais aussi par avion.  En décembre 2016, on a eu un bel exemple de ce trafic vers l’Europe, et par avion cette fois. Et via une organisation dans laquelle des américains étaient bien présents.  Le journal Le Parisien évoque en effet le 3 décembre l’affaire, passée à Biarritz (sur l’aéroport de Bayonne) :  (…) « le jet qui vient de se poser discrètement ce mercredi 30 novembre, à 18 h 30, par temps clair, vient de beaucoup plus loin.  Il est parti, une douzaine d’heures plus tôt, de Carthagène, sur la côte septentrionale de la Colombie.  Sur sa route, le pilote a pris le temps d’un bref refueling, un ravitaillement en kérosène, sur les îles du Cap-Vert, en plein Atlantique, avant de mettre le cap sur l’Europe.  Ses passagers qui viennent de débarquer à Biarritz traînent de lourdes valises de toile noire qu’ils remisent dans des voitures.  L’avion, lui, redécolle aussitôt plein ouest ».  Selon le journal la livraison était attendue et surveillée, et les policiers souhaitaient la laisser faire pour remonter jusqu’au dépôt prévu pour la stocker, et remonter ainsi plus loin le réseau.  « Les voitures des trafiquants se dirigent vers Bayonne, puis s’engagent dans une zone industrielle près de la vieille ville.  Les lampadaires décatis qui trouent l’obscurité dévoilent un décor urbain et triste » (photo ici à gauche).  « Des rues à angle droit, des voitures stationnées sur les trottoirs et une série d’entrepôts en tôle, tous semblables, comme au garde-à-vous.  A proximité, une entrée de l’autoroute A 63, issue idéale en cas de descente de police.  La frontière espagnole ne se trouve qu’à quarante kilomètres.  On ne saurait trouver meilleure planque… Dans le hangar, loin des yeux indiscrets des clients du KFC local, patiente un camion équipé de caches aménagées dans le plancher.  Les Colombiens, qui n’ont pas l’intention de réveillonner à Bayonne, veulent faire vite. Pour eux, le temps est un ennemi.  C’est pourquoi, en fin de soirée, l’OCRTIS, épaulé par la brigade de recherche et d’intervention locale, donne l’assaut ».  « Cinq personnes sont arrêtées dans l’entrepôt, et d’autres complices présumés à Bordeaux (Gironde), ainsi que sur l’autoroute A 10, près de Saintes (Charente-Maritime). Au total, dix hommes de nationalité colombienne, espagnole, néerlandaise et française, tombent dans les filets policiers.  Aucune arme n’est découverte mais près de 600 000 € en espèces sont saisis.  Et surtout environ une tonne de cocaïne ».  Un beau récit, certes, mais peu d’indications sur l’appareil ayant servi au transfert… un avion que l’on a laissé repartir, ce qui n’est pas sans étonner.  L’appareil est un Gulfstream IV, immatriculé N277GM, appartenant à Rozzi Business inc, société inscrite au Panama (ici à droite):  on le surprend en effet dans son vol de retour le 2 décembre à l’arrivée de Teterboro :

L’avion avait même été photographié au petit matin à Farnborough le 29 décembre… (image en haut du chapitre) le 27 juin, il avait été photographié à Puerto-Rico (ici à gauche), et il le sera à nouveau au même endroit le 4 février 2017.  A son départ de Biarritz, il était parti se poser… Le Gulfstream est allé se reposer à .. Bilbao, soit à 95 km seulement de là !!!  Pour repartir le 2 vers… Le Bourget.  Des mouvements hiératiques qui laissent plutôt entendre un vol « contrôlé », à savoir sous surveillance de la … la DEA et non par les trafiquants eux-mêmes !!!  En creusant l’affaire, l’ami Falcon en découvre de belles : l’avion n’est pas le seul dans la flotte de « Rozzi Business ». I l y en a plusieurs, inscrits avec des noms des sociétés qui sont tout simplement le numéro de série des avions  accolés au leur (SN = Serial Number).  Elles sont toutes à la même adresse dans le Delaware,  inscrites à « Wilton Manors », en Floride, et toutes gérées par un dénommé James Torrey.  Il possède en effet le N651TW  le CJ3 SN 0217 LLC, le N200LC; le  GIV SN 1067 LLC, le N177BB, un GIV SN 1073 LLC, le N385PD, un GIV SN 1088 LLC, le N277GM; un GIV SN 1124 LLC, le N186DS, le GIV SN 1154 LLC, le N640QS,un GIV SN 1360 LLC et enfin le N472QS, un GIV SN 1372 LLC… Torrey, marié à Estefania Rumbos-Torrey, dirige aussi Jimmy Jets et FBO Professionnels Group, Inc (dont le site internet n’existe déjà plus !).

Toute une organisation derrière

Les deux adresses présentées pour l’ensemble semblent être celles de maisons bien petites, voir d’un simple hangar, au regard du nombre d’avions possédés. L’homme a tout l’air de jouer le rôle d’un paravent pour une bien plus grosse organisation qui souhaiterait se faire discrète.  Celle de trafiquants, ou plutôt de la DEA, toujours soucieuse de ne pas révéler ses méthodes d’infiltration.  Ce qui implique un doute sérieux sur ceux déjà détectés ici-même, tels les trafiquants cachés derrière l’avion découvert au Guyana. Le N277GM exerce pourtant une certaine activité « professionnelle », comme les autres, puisqu’on l’avait vu en 2015 emmener la star Chris Brown.  Mais c’est sur un autre terrain que sur le show-bizz qu’on le croise. Torrey a été également aperçu en 2012 comme « chef de projet » d’une liaison entre Banyan Air Service, qui l’employait effectivement, et le nigérian Evergreen Apple Nigeria… installé à Lagos.  L’endroit où on peut croiser les rappeurs Wizkid et Banky W, descendants de leur jet de location…  on retourne dans le clinquant du show bizz !!!  Ou dans toute autre chose :  au Nigeria, devenu le pays des jets privés, même le pasteur Adeboye (drôle de gars); chef de la Redeemed Christian Church of God (RCCG), avait déclaré que les jets étaient « une nécessité« , alors… il en avait acheté un, modèle Gulfstream G550, à 60 millions de dollars, immatriculé N730EA (ici à droite)… et ceci en remplacement de son Gulfstream G IV numéroté N707EA.  Son grand rival religieux, Oyedepo, un  Bombardier Challenger 604 (N664D) et un  Beechcraft 19000D (5N-WCI).... les voies aériennes du seigneur, au Nigeria, sont aussi impénétrables que celles des trafiquants de coke…  Le 8 octobre dernier, SaharaReporters découvrait que deux sociétés aériennes « classiques » avaient transporté de concert de la drogue au Nigeria :  Skyway Aviation Handling Company Limited (SAHCOL) et la Nigerian Aviation Handling Company (NAHCO).  Banyan possède un Learjet, le TG-SHV, ici à droite, vu ici au Guatemala, qui a été mis en vente récemment.

Vu dans le hangar de Banyan…

Des paravents à certaines activités illicites, on en trouve toujours.  Sans augurer de l’implication ou non de la société, il demeure des choses posant question au sujet de Banyan.  Sur le net, on trouve par exemple facilement l’investissement du patron de l’entreprise, Don Campion, pour reconstruire un hôpital au Nigeria au nom de Samaritan’s Purse, organisation religieuse protestante.  On ne doute pas de sa sincérité… religieuse, mais on se pose simplement la question de « pourquoi donc le Nigeria » ?  La raison est simple en fait :  Campion est lui-même fils de pasteurs installés au Nigeria (c’est l’enfant d’un médecin- canadien- et d’une infirmière – américaine, lire son histoire ici) !!!  Mais à Fort Lauderdale, haut lieu depuis toujours de trafics divers, où est installé Banyan, sur un parking traînent les vestiges de ce qui était encore en 2005 un Learjet vénézuélien (photographié ici en mars 2005 sur l’aéroport de Caracas, au Charallave Oscar Machado Zuloaga.  Renseignements pris, l’avion a bel et bien été saisi, ses réacteurs enlevés et il est aujourd’hui proposé à la vente pour pièces détachées (ici à gauche).  L’appareil portait le serial 061; et il était immatriculé YV203CP.  Le Learjet était chez « Tranag CA » (une société totalement inconnue au bataillon) en 1978 et semblait avoir changé d’immatriculation en 2007 pour la même société (devenant alors le YV2365, sans que quoi que ce soit ne soit fait sur l’appareil, malgré des photos montrant du travail dessus).  Et ce n’est pas tout.  La société Banyan, elle, aime vendre son savoir-faire.  Elle met donc en ligne des vidéos le montrant (dont celle sur son Hangar 63, endroit où l’on trouve de tout en relation avec l’aviation privée). Dans l’une d’entre elles, lors d’une intervention lourde dans un cockpit d’appareil (un Turbo Commander), on aperçoit via la vitre avant le fond du hangar de Banyan et un appareil dont l’immatriculation apparaît très clairement (ici à droite).  C’est un autre Turbo Comander, immatriculé N37BW .  Or ce dernier, photographié au Waukegan Regional airport de Chicago, dans l’Illinois, en 2003 fera l’objet d’une démarche inquisitrice… au Venezuela, en 2014, pour être resté sur place plus d’un an dans l’un des hangars de La Chinita (ici à gauche).  Sans que l’appareil n’ait été jamais réclamé durant la période… Qui donc peut-il laisser pareil avion ainsi délaissé une année ???  On songe bien sûr à des trafiquants.  Y est-il encore, on l’ignore : on l’aurait aperçu voler aux Etats-Unis en 2015, mais la FAA mélange alors son dossier avec celui d’un Cessna 172.  On peut l’apercevoir ici lors des vérifications par chien renifleur menée par les vénézuéliens, une opération appelée « Operación Cielo Soberano« , d’esbroufe complète, en réalité, dont je reparlerai bientôt.  On trouve également le nom de Banyan – cité fortuitement, il faut bien le préciser-  lors de l’affaire du Gulfstream N987SA  crashé le 24 septembre 2007 avec 4 tonnes de coke à bord dans le Yucatan.  C’est ici, avec Clyde O’Connor, celui qui avait acheté l’avion 2 millions de dollars deux semaines auparavant.  « Il était debout dans le hall d’Air Service Banyan – et nous avons pensé qu’il partait en prison pour le Mexique », a déclaré Joan Kuntz, directeur chez Sheltair Aviation, propriétaire de l’ancien appareil d’O’Connor ».  L’avion, on le sait, avait effectué auparavant des vols de « rendition » vers Guantanamo, et les 27 sacs qu’il contenait remplis de coke étaient des sacs de l’armée US.  Il s’en est toujours passé de belles à Fort Lauderdale et à Opa-Locka, on le sait… j’avais résumé dès 2008 le principe dans ce titre : « quand tombent les avions, les porte-containers attendent »…  En Floride, on peut le signaler, une deuxième industrie est née du trafic de coke ou d’héroïne :  celle des cliniques de « réhabilitation » (« rehab »), comme on dit là-bas.  Des familles dépensent des millions de dollars pour traiter un des leurs devenu « addict ».  Le plus souvent de l’argent donné à des médecins-escrocs…

A Fort Lauderdale une autre saisie aux ramifications importantes

Le 29 juillet 2014, c’est un hangar particulier de Fort Lauderdale qui avait fortement intéressé la DEA.  Ce jour-là, l’organisme avait en effet saisi d’un coup trois appareils, visibles ici sur la photo à gauche.  Un condensé du trafic de drogue, puisqu’il y avait sous le même toit un gros Gulfstream de 1981 arborant le numéro d’immatriculation N378MB, des Cessna 206 et deux petit Cessna bimoteurs :  un 421B immatriculé N-576RA, et un 421C 421C immatriculé N438EL (ci-contre à droite).
Le Gulfstream G-1159 (plus tout jeune !) a beaucoup volé les derniers mois avant sa saisie, annonce la DEA. L’appareil a été vu un peu partout dans l’arc des Antilles, et en Amérique du Sud, le plus souvent pour ds vols particuliers car ne comportant qu’un seul passager, allumant tous les voyants de la suspicion.  On peut le voir ici à gauche abordant l’aéroport bien connu de St-Martin, survolant la plage bien connu située en bout de piste.  Mais si la DEA s’est intéressée autant à lui, ce n’est pas pour des raisons touristiques.  Selon elle, lui et les deux Cessna auraient bien servi à transporter de la drogue.  Et ils appartiennent tous trois à la même société : « Sky Jet Elite Corporation » de Fort Lauderdale dont le président, Juan Pablo Larrea, est aussi  le frère cadet d’un ancien directeur de l’aviation civile de l’Equateur sous les gouvernements d’Alfredo Palacio González et de Rafael Correa Delgado, et également le responsable de l’école d’aviation de Guayaquil.  La DEA, surtout soupçonnait que l’un des trois avions (le Gulfstream) « a secrètement fourni des services à des hauts fonctionnaires du gouvernement du président équatorien Rafael Correa » nous dit la presse.  Bigre, on passe d’un cran, là, avec en prime la situation géographique du pays, frontalier du Pérou au sud et à l’ouest de la Colombie au nord !!!  Coincé entre deux gros pays producteurs de coke !!!  » Univision a eu accès à certains dossiers de vol et a constaté qu’en 2013, l’avion a couvert des routes vers des destinations telles que Baltra et Cuenca en Equateur, Buenos Aires, en Argentine et vers New York.  Dans 21 dossiers de vol obtenus par Univision, un seul passager est déclaré et sans que l’on ne donne son nom ». Les 21 vols de 2013 étaient tous partis de l’aéroport Simón Bolívar de Guayaquil.  Selon la presse, les avions étaient en infraction, car pour pouvoir porter la lettre N, il faut en effet que leur propriétaire soit américain (ou une société installée aux USA).  Ce qui ne semblait pas avoir été le cas de Sky Jet Elite.  A signaler qu’en 2016 l’Equateur a intercepté 26 tonnes de cocaïne… contre un record de 79,2 tonnes l’année précédente.  Le pays connaissant aussi l’arrivée des Cessna comme une plaie d’Egypte… ou les saisies record sur cargos, telle celle de mai dernier et les 5 tonnes d’un coup… du Kraken I, qui partait alors pour l’Espagne.

Le Gulfstream de secours des frères Ostaiza

Tout avait démarré plus tôt, le 20 octobre 2007, avec la capture de sept trafiquants et de pas moins de 3,7 tonnes de cocaïne dans la province septentrionale d’Esmeraldas, en Equateur, lors de l’opération appelée Huracán Verde, qui avait été une réussite. La drogue, qui avait été dissimulée dans des réservoirs souterrains d’eau, appartenait aux frères Ostaiza (ici à droite Jefferson Omar Osteiza), des équatoriens en liaison avec des cartels mexicains, dont celui de Sinaloa, et donc d’El Chapo.  Or au moment de l’arrestation des trafiquants et de la saisie des 3,8 tonnes de coke, un Gulfstream avait quitté rapidement l’aéroport de la Tachina, dans la même province d’Esmeraldas, pour s’envoler vers Acapulco.  Et auparavant, l’avion, un Gulfstream type G-1159, de la compagnie « Empresarios del Calzado S.A« , parti de Mexico, était resté treize jours à Quito, dans un hangar de la base aérienne de l’armée de l’air équatorienne (Fuerza Aérea Ecuatoriana) :  étrange localisation pour un narco-avion !!!  L’intention des trafiquants, selon la DEA, était d’emporter au Mexique les frères Ostaiza, une tentative que l’opération Huracán Verde avait semble-t-il empêchée.  Les mexicains, alertés, avaient inspecté l’avion à son arrivée. Et demandé des explications à l’Equateur, à savoir à… Eduardo Larrea, qui n’avait pas alerté le sous-secrétaire du transport aérien Guillermo Bernal Serpa mais directement le président Correa, qui visiblement avait enterré vite fait l’affaire…  La DEA avait également remarqué que fort peu de temps après cette aventure embarrassante, Larrea, avec son frère Juan Pablo avaient mis en place une école de l’aviation à Santo Domingo de los Colorados, appelée « Sky Ecuador » (ici à gauche sa publicité de recrutement).  Juan Pablo et sa mère María Cruz devenant tout aussi rapidement les dirigeants de Sky Jet Elite, installé… aux États-Unis, en Floride.  Pour la DEA, c’était évident :  Sky Jet Elite, créée dans l’urgence servait de paravent aux activités illicites des frères Larrea. L’enquête qui avait suivi le vol express du Gulfstream avait montré en effet que les frères Ostaiza étaient en relation directe avec le sous-secrétaire du gouvernement de l’époque, José Ignacio Chauvín, qui a fini comme on le sait en prison, accusé d’avoir en cheville avec les FARC.  Avant d’être livré début 2009, par décision express du  président Correa… « Larrea a confirmé que Chauvín était son conseiller et a servi sous lui pendant quatre mois en 2007.  Larrea a également déclaré que, à une occasion, il a rencontré personnellement Raul Reyes, numéro deux des FARC, mais cette réunion avait été autorisée par le président de l’Equateur, Rafael Correa ».  El Chapo s’intéressait aussi à l’Equateur, c’est évident.  En photo, José Ignacio Chauvín et efferson Ostaiza, à San Lorenzo del Pailón. « 

L’Equateur était aussi sur l’agenda d’El Chapo

Un journal dressait ainsi le bilan de ces dernières années :  « Au cours des huit dernières années, l’Équateur a été témoin des histoires de drogue les plus enragées. Depuis quelque temps, le pays a cessé d’être un territoire de transit des stupéfiants pour devenir un grand laboratoire de transformation, de stockage et d’exportation, utilisant des submersibles, des vedettes rapides, des avions, des avions légers, des conteneurs, des valises. Sur les 6 milliards de dollars annuels produits par l’industrie de la drogue en Équateur, environ 2,5 milliards de dollars par an polluent l’économie nationale » écrit ici la fondation 10000 Hojas.  Et El Chapo est bien dans ce circuit :  à la page 56 de l’épais document américain le chargeant, on montre la photo d’un Cessna bleu et blanc atterri en Equateur sur l’aéroport de San Luis de Ipiales, en provenance du Mexique.  Un Cessna HK-2345, rempli de plusieurs paquets contenant 403 kilos de coca, des armes (49 grenades et 3 lance-grenades antichars MGL) et du carburant pour avions… un seul des trois trafiquants, de nationalité colombienne, avait été identifié comme étant Hernán Sánchez.  Une camionnette aux côtés de l’appareil était venue pour le ravitailler.  Sur la  page 42 du même document, on peut voir un autre Cessna immatriculé HC-JTV, posé le et sur la page suivante son imposant charger de cocaïne (il y avait 373 kilos à bord, répartis en 324 paquets !).  (ici l’article de presse original, qui donne la liste des armes détenues par les trafiquants).

L’Equateur nettoie aussi ses surplus d’avions saisis, et découvre un « Gulfstream-cadeau » d’El Chapo

Il faut attendre juin 2017 pour que le gouvernement équatorien se décide à se séparer de ses avions saisis en train de pourrir un peu partout dans le pays. « Neuf avions réseaux de trafic de drogue saisis sont inventoriés par la police et l’antidrogue pour les transférer à l’Inmobiliar, qui se chargera des ventes aux enchères. » Dans le hangar Aeropolicial à Guayaquil, deux avions modèle Cesna-210 Centurion, seront bientôt renvoyés à la société Inmobiliar, du gouvernement de l’Equateur » avait-on appris.  « Cependant, alors qu’ils suivent les procédures correspondantes, plusieurs des appareils présentent une détérioration avancée de leurs structures. L’un des avions, après avoir été abandonné à l’aéroport José Joaquín de Olmedo, a même été retiré d’un mécanisme automatique qui permet d’accumuler des informations sur ses activités. L’un des avions a été confisqué à Quevedo en 2013 et trois autres à Babahoyo la même annéeEn 2014, à Guayaquil, la même chose s’est produite avec trois petits avions et un avion plus gros (à droite une des saisies de 2014). « Aujourd’hui, nous sommes dans la dernière étape pour les livrer à l’Inmobiliar, » a déclaré hier à Guayaquil, Edwin Noguera, le chef des anti-stupéfiants. Les sept avions appartenaient au même réseau de trafiquants de drogue opérant entre l’Equateur et le Mexique, effectuant des expéditions à partir des secteurs agricoles de Guayas et de Los Ríos. Chaque avion a la capacité de transporter jusqu’à une demie-tonne de drogues et de voler entre les deux pays en 6 heures. Juan Aguirre, commandant de Aeropolicial, a expliqué que le modèle Cesna-2010-Centurion a été fabriqué jusqu’en 1989 et les réseaux de trafic de drogue les ont achetés et utilisés parce qu’ils répondaient à leurs besoins. Les sièges ont été enlevés pour placer des réservoirs de carburant faits à la main. Nous avons remarqué que les plaques d’immatriculation qui y ont été placées sont superposées, donc il n’y a pas d’origine réelle des appareils « , a déclaré le haut fonctionnaire. L’un des avions aurait été saisi lors de l’opération antidrogue «Aniversario», avec des liens opérationnels à Manabí. Un autre avion a été abandonné dans les hangars de Guayaquil (selon la Hora) ». Sur le cliché de la Hora illustrant l’article, on distingue très bien un Gulfstream  G-1159 immatriculé N933RD.  L’ex Rubloff 251 JS LLC, vendu en 2013… et resté sans enregistrement depuis.  Il avait effectué son dernier vol le jeudi 5 septembre 2013, en se rendant directement de Fort-Lauderdale à Quito ! Or ce Gulfstream particulier était tout simplement encore un autre jet abandonné par ses pilotes, « façon Guzman » dira-t-on : « l’avion est dans le pays depuis plus de six mois et personne ne l’a réclamé depuis.  Bien qu’il n’y ait eu aucun détenu au moment où l’avion a été saisi, on savait que le pilote de cet avion avait déjà laissé un autre avion abandonné dans un pays d’Amérique centrale «  (ah tiens, s’agirait -il du fameux Jorge Arevalo Kessler, le spécialiste du genre ?), a déclaré le procureur (…) Le procureur a ajouté que l’avion a été déplacé plus tard à Guayaquil, où il reste en ce moment » avait-on pu lire en mars 2014.  En photo ici, en même temps le N933RD (au fond) et le N378MB (au premier plan).  Encore un Gulfstream « abandonné » de plus !!! Un énième « cadeau » d’El Chapo !!!

(1) comme handicap le concernant, on a appris qu’il fait partie des personnes arrosées par l’entreprise brésilienne Odebrecht, mise en cause également au Venezuela de Maduro.

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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