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Coke en stock (CXLIII) : « El Chapo » et les avions (11). Les innombrables pistes clandestines, l’hélico d’El Chapo

Le voici donc à nouveau fugitif, ayant décollé de son petit aérodrome utilisé après un gros graissage de patte, semble-t-il.  Où va-t-il aller, se demande-t-on, ou plutôt, où va-t-il d’abord atterrir ?  Oh, là, dans un premier temps ce sera sans surprise… dans son fief, dans lequel, invariablement, il retourne à chaque évasion.  Dans le Sinaloa, dans le triangle d’or qui importe la coke colombienne mais produit aussi de l’héroïne, et du haschich, on aurait tendance à l’oublier.  Là-bas, El Chapo n’a aucun mal à se poser avec son petit Cessna :  des pistes clandestines, on en recense des centaines, et ses pilotes, plutôt talentueux, il faut bien le reconnaître, savent se poser un peu partout : sur un bout de piste fraîchement défrichée, sur une piste d’épandage aérien, celle des nombreuses mines du coin, ou voire sur une simple route de terre.  Avec une prédilection pour le secteur de Durango, où toutes ces conditions sont réunies.  Et El Chapo ne semble pas, à partir de là, utiliser un avion seulement : on lui prête aussi l’usage d’un hélicoptère, dont il se serait servi pour aller admirer vu du ciel ses champs de marijuana… revenu en véritable chef d’exploitation !!!

 

Voici donc El Chapo, le fils d’un cultivateur de pavot à opium, ne l’oublions pas, de nouveau en vadrouille.  Après s’être échappé une première fois en 2001 de façon rocambolesque en se cachant dans une malle à linge sale, (version officielle, en réalité il avait soudoyé des geôliers) repris en 2014 seulement, le voici… au bout du tunnel, si l’on peut dire, creusé jusqu’à une maison édifiée pour l’occasion, en pleine nature à plus d’1 km de la prison où on l’avait à nouveau enfermé (elle est ici à gauche).  Pour organiser la fuite, il a fallu d’abord acheter le terrain de sortie du tunnel.  C’est l’avocat d’El Chapo, Gómez Núñez qui l’a organisée avec Edgar Coronel Aispuro, le frère d’Emma Coronel, épouse de Guzmán Loera.  Le spécialiste ayant creusé le premier grand tunnel vers la frontière, ainsi que d’autres, Lazaro Araujo Burgos, a été recruté comme maître d’œuvre.  Le propriétaire des terrains situés à Santa Juanita, dans la municipalité d’Almoloya de Juarez, les a vendus à deux hommes qui s’étaient présentés comme  «agriculteurs », Rigoberto Martinez Davalos, qui les ont achetés en juin 2014 sous le faux nom de Francisco Ramirez Leon, associé à Germán Valdez Estrada, et avec Estrada Castillo. lls ont payé 1,5 million de pesos le terrain.
La maison construite à moitié (seul un rez-de-chaussée a été bâti) ne servira qu’à dissimuler la sortie du tunnel.  Du tunnel, on l’a vu précédemment, El Chapo est passé à un petit aérodrome, en fait une piste d’avions d’épandages accessoirement utilisée par des parachutistes.  Parti en avion, donc, dans un des modèles préférés de ces transporteurs.  Imbu de lui-même, classé deuxième homme le plus recherché au monde puis en 2011 le premier après le décès de Ben Laden, il va vite utiliser les médias pour narguer les autorités.  Le 13 juillet 2015, la presse reçoit des photos intrigantes.  Celles du trafiquant en train de boire une bière, tranquillement, dans un café indéterminé (ici à droite), et… mieux, à bord d’un petit avion qui semble être un Cessna, en place du passager avant. Selon le site ElBlogDelNarco, les photos semblent originales et ne semblent pas avoir été retouchées. Comme en plus son fils Ivan a twitté le 6 juillet que « tout arrive à qui sait espérer », on songe bien sûr à un Guzman à bord du Cessna appartenant au fiston.

Le documentaire de 2015 : un faux El Chapo mais un vrai scandale

On découvrira plus tard qu’il n’est pas allé très loin en fait.  Le 14 août, le journal Reforma citant des sources fédérales affirme qu’il « a été caché pendant trois semaines dans le Sinaloa, son état d’origine », après son évasion et qu’il se trouverait maintenant « au Mexique du sud-ouest ». Arrivé d’abord à Mazatlan (sur la côte ouest) après son évasion, « il aurait pris un autre avion pour rejoindre, dans la même ville de la région de Guasave, où l’on croit qu’il serait resté deux jours ».  « Puis il n’aurait pas bougé pendant trois semaines cachées avant de se déplacer au sud-est, selon divers fonctionnaires fédéraux ». Pour illustrer leur propos, les médias vont commettre pas mal d’impairs, en diffusant notamment des images d’un Cessna et de quelqu’un étant censé être Guzman.  En réalité, ces images sont extraites d’un documentaire de 90 minutes de Discovery Channel  (et Public Broadcast Service) sorti en février 2015 (« The Legend of Shorty”), écrit par le journaliste Guillermo Galdós et réalisé par le cinéaste britannique Angus MacQueen.  Au départ on peut penser que c’est une mauvaise idée que de jouer un Guzman de remplacement.  Et pourtant, le reportage fourmille de renseignements fondamentaux.  « Pour accomplir ce travail, l’équipement de production a voyagé au sommet de la plus haute montagne de La Tune, à Badiraguato, dans Sinaloa.  Là vous pouvez voir une ferme rose, propriété de Consuelo Loera, la mère du protagoniste de ce film.  La propriété est nommée « El Cielo » avait-on pu découvrir.  Un extrait est visible ici.  A un moment le film sous forme de reportage mêlé à de la fiction longe une piste de décollage jonchée d’avions Cessna (la route est au bord de la piste !), dont plusieurs en mauvais état ou sous formes d’épaves.  Le Cessna de l’acteur ‘ »Chino » jouant Guzman en décollent « sans aucun plan de vol » déposé peut-on entendre.  Peu de temps après on découvre… une minuscule piste clandestine. Enfin pas tout à fait, c’est celle de Durango, approchée ici en riant en Cessna (à droite le XA-TNK en train d’y atterrir et là en train de décoller) et ici le XA-BPJ. Dangereux  :  selon Uno.TV, c’est le XA-BPJ qui a repéré lors d’un vol un autre Cessna, le XB-MUM, qui s’était en effet écrasé en juillet dernier entre La Noria et El Pozo, à 5 km de Jotagua, faisant sept morts (une famille complète).  Bref, le documentaire nous prouve par l’exemple qu’à cet endroit, on prend un avion sans aucune, mais alors sans aucune formalité !!!  Il suffit d’avoir la clé de la porte de l’appareil, et c’est tout et de le démarrer. Pas de formulaire à remplir, pas de plan de vol, on se sert… et on s’envole.  Sidérant !!!

Un aérodrome fort particulier, un scandale flagrant

L’aérodrome est en fait celui de La Luna, à Villa Juarez visible dans un autre reportage (et ici dans un troisième).  En 2008, les autorités mexicaines avaient saisi 28 avions à cet endroit.  « Selon les rapports militaires et de bureau (PGR) du procureur général, aéronef assuré lundi ont été saisis un avion agricole jaune avec des rayures bleues immatriculé XB-DKL, un autre bleu marine avec des bandes blanches et l’enregistrement XB-ECS ; un avion jaune avec numéro XB-DQM, jaune et noir avec le numéro XB-CWP.  Un Cessna aussi un gris et bleu, d’enregistrement XB-IUK ou XB-IJK et un avion Lancair Propjet blanc avec des rayures dorées et bleues  et l’enregistrement XB-INF.  En inspectant les avions, les militaires ont trouvé deux emballages de cocaïne pesant 1 gramme chacun, huit cartouches 9 mm, un chargeur avec 30 cartouches de calibre pour fusil AK-47 et trois cartouches en vrac même chargeur calibre, ainsi qu’un pistolet de calibre .22″.  En fait, au comble de ce qui peut se passer là-bas, les appareils saisis n’étaient pas restés très longtemps sous le contrôle judiciaire, avait-on appris quelques jours à peine plus tard  : « cinq avions Cessna, sur un total de neuf sous surveillance judiciaire, ont été volés hier par un commando d’environ 20 hommes armés à Navolato, dans le Sinaloa.  Les aéronefs étaient dans les installations de Fumigaciones Agrícolas La Perla, à Villa Juárez, installée dans cette municipalité.  Les cinq appareils aériens font partie des 245 avions et hélicoptères saisis par l’armée dans les aérodromes vallées agricoles de Sinaloa à Culiacán, Los Mochis et Mazatlan, pendant les mois de novembre l’année dernière et cette année (…).  Le groupe armé voyageait dans trois véhicules utilitaires de sport de luxe.  Des neuf appareils quatre avaient des problèmes mécaniques, de sorte qu’ils ne pouvaient pas être volés.  L’officier a été dépouillé de son arme à feu et de sa radio, et enfermé pieds et poings liés dans une petite pièce de la compagnie d’épandage, après quoi les criminels, une fois les avions ravitaillés, ont utilisé la petite piste pour un décollage vers une direction inconnue.  Les avions restés sur place sont les XB-JTR, XB-HQE, XB-AOM et XB-KCJ, qui avaient des crevaisons et des problèmes mécaniques. »  Dans le lot, je vous avais déjà parlé du modèle Lancair XB-INF, proposé à la revente par le gouvernement, alors qu’il était en fort mauvais état... et avait ramené sur l’aéroport de Culiacan.  Les avions volés seront retrouvés (photo de droite) le 3 octobre dans un hangar d’un ranch d’élevage, appelé  « Las Cacaraguas » situé à proximité du village de Santa Cecilia, dans la municipalité de Culiacán.  Ceux qui avaient été volés de l’aérodrome de la Villa Juárez Sindicatura à Navolato, Sinaloa…

Des pistes agricoles d’épandage aérien partout en Sinaloa

Dans la région, on se pose ou l’on décolle de partout.  Des pistes sont disséminées en effet dans toute la région… agricole.  Le fléau des pistes « agricoles » décrites au Brésil est le même en Sinaloa, où l’on produit aussi de la canne à sucre.  Des pistes pour les avions d’épandages sont donc très répandues, comme ici celle visible sur Google Earth à l’est de Juan Rosé Rios, montrant 5 appareils en 2016 (3 en 2014) et 4 en 2017 sur Google Earth.  Une piste appelée « Pista Concheros« , de plus de 700 mètres de long, jouxtant la route Los-Mochis – Juan Rosé Rios.  Une ferme utilisant des infatigables Air Tractor A410, à moteur radial, comme ici le XB-LPC ou là le XB-LJQ.  Ici, entre Guayparime et Ruiz Cortines, sur une autre piste on peut distinguer un Piper Pawnee (XB-FGK) et un Grumman 164A AG CAT (XB-MVX).  Le travail aérien d’épandage est ingrat, et éprouvant, et les pilotes qui acceptent de le faire sont souvent des têtes brûlées, – et ici c’est pire encore- mais seuls les meilleurs font une longue carrière.  Il n’est pas rare d’y trouver des soixantenaires aguerris par des dizaines d’années de pilotage plutôt que de jeunes pilotes parmi les « crop dusters« .  A la Luna, en 2013, un des pilotes agricoles avait tenu à montrer aux habitants qu’il était en train d’essayer (bruyamment) son appareil… (le XB-GXZ, ici à gauche, surpris en pleines acrobaties).

Des pistes, ou carrément des routes

Des avions qui bien entendu emportent parfois, sinon souvent, de la drogue.  L’image suivante est fort parlante.  C’est celle d’un Cessna, encore un, posé sur ce qui semble être une piste clandestine et qui est entouré de militaires mexicains descendus de leur Hummer.  L’avion est immatriculé XB-NAD et il appartient à « quelqu’un habitant dans le Sinaloa« , nous dit la chaîne de télévision qui effectue un reportage sur son atterrissage.  Cette fois, ce n’est pas de la coke, mais du haschich, qui remplissait tout l’avion à voir le tas de paquets qu’on a réussi à en sortir (?). La découverte a été faite sur le chemin du ranch « El Mickey », tout prêt de la sierra de San Pedro Mártir, c’est aussi un parc national de région montagneuse, situé en Baja California.  Un plan plus large (ci-contre) nous fait découvrir que ce n’est en rien une piste clandestine :  les trafiquants, qui ont fui à l’arrivée des militaires, se sont tout simplement posés sur la route non macadamisée qui mène d’Ensenada à El Chinero… !!!

 

Les pistes des mines, comme au Guyana

Et il y en a d’autres encore, de pistes d’atterrissages.  Au Mexique, il y a aussi des mines, et comme au Guyana, elles sont aussi desservies par air.  Et par des Cessna 206, le plus souvent.  Des avions qui apportent aussi un peu plus de sécurité, selon Insight Crime, dès qu’il s’agit de transporter des ingénieurs ou même les métaux précieux extraits. « Le rapport annuel de Camimex a noté que l’exploitation minière est l’un des secteurs industriels les plus vulnérables aux vols à main armée, étant donné que les opérations sont généralement situées dans des zones isolées où l’accès est limité.  Les mines de Durango, Zacatecas, Michoacan et Coahuila ont été les plus touchées et depuis plusieurs mois, les compagnies minières utilisent le transport aérien pour transporter des minéraux, du carburant diesel et du personnel afin d’éviter les agressions ».  « En 2012, les Zetas, le cartel du Golfe et les Templiers ont été identifiés comme les plus impliqués dans le secteur » ajoute le magazine online.  Et qui dit avions dit… pilotes, voici donc un autre centre de formation au vols sur pistes de terre ou un autre centre de recrutement pour pilotes émérites, pour les trafiquants ! Qui dit mines dit aussi cartographie, et également des avions pour les réaliser :  encore une source de recrutement possible (ici GeoAir, société spécialisée dans le genre.  Ici l’atterrissage sportif  à la mine du groupe Bacis, vu de la queue d’un Cessna.  En photo, l’impressionnante piste de terre de San Martín de Bolaños, ville minière, au Nord de l’Etat de Jalisco.  Bref, des pilotes habitués à se poser partout, au Mexique, et surtout dans le Sinaloa; ça se trouve… partout !  Il est temps de dresser la carte de toutes ces pistes clandestines, ce que fait ici un magazine, avec des chiffres aberrants relevés de 2006 à 2015 : 212 atterrissages à Alamos, 166 à Guadalupe et Calvo, et pas moins de 242 à Badiraguato… pour les décollages pour 109 atterrissages détectés à Nogales, au bord de la frontière avec les USA, ou le même chiffre à Caborca et 69 à Santa Ana… !!!

Durango for Ever ou Durango Fever ?

Sur internet, les trafiquants ont pris un malin plaisir à se montrer en action.  Révélant parfois de belles choses :  une piste secrète dans le Durango, ou bien une méthode de vol (consistant à suivre les méandres du fleuve du même nom, comme on peut l’apercevoir dans une vidéo montrant au départ une traversée du fleuve par des 4×4, et dans laquelle surgit un Cessna – le XA-UJT, au ras des flots – ici à gauche, c’est le même que l’on retrouve sur la piste de fortune, ci-dessous).

Tout à tenter de glorifier leurs exploits, il nous ont donné pas mal d’indications sur pourquoi ce fief du Durango.  En premier, sans aucun doute c’est aussi parce qu’il est un centre important de production locale (pas besoin des colombiens !) pour deux produits ayant fait aussi la fortune du clan d’El Chapo :  la marijuana, dont les champs immenses s’étendent à perte de vue, et que l’on découvre visités par l’armée, lors de la traque d’El Chapo, justement, mais aussi… des champs de pavots (ici à droite extrait d’une vidéo vantant les mérites de la région !), car on semble l’avoir oublié, mais la région du Durango produit aussi de l’héroïne !!!  Le propre père d’El Chapo, rappelons-le, était un agriculteur qui cultivait du pavot !!!  On peut voir dans ses vidéos l’essentiel de leurs matériels, qui consistent à de gros SUV 4×4, dont parfois des Hummer, et des « quads » qui ont remplacé les mules et les mulets pour se déplacer sur les chemins les plus étroits.  Mais aussi, parfois, au détour des images, des avions, des Cessna en majorité, et parois aussi des hélicoptères, tel ce Robinson (ici à gauche) de narco-trafiquant survolant le Durango…

La fuite se précise

La presse finit par découvrir le fin mot de la première partie de la fuite en avion, et commence à établir des infographies savantes sur le sujet.  L’une d’entre elles, montrée ici à droite, est parfaite.  On y précise plusieurs choses.  Le premier avion leurre a volé de Pedro Escobedo (du terrain « des parachutistes ») vers La Palma, dans le Sinaloa, où il s’est posé avec quelques difficultés (il a dû y être réparé).  Le second contenant El Chapo a atterri à El Tamarindo, dans le Sinaloa toujours, sur l’une des pointes du « triangle d’or » de la coke (entre  El Tamarindo, Durango et Chihuahua); et là le chef du cartel a changé d’appareil pour voler vers Los Remedios, près de Tamazula, dans le Durango. Quel appareil, voilà tout le problème. On a une indication possible, néanmoins, avec le fameux cliché fourni après sa fuite par l’un de ses fils, fort attiré par les provocations sur le net.  Contrairement à ce qu’on attendait, El Chapo y apparaissait à bord d’un… Comanche monomoteur, et non d’un Cessna 206 avec lequel il avait fait le trajet l’amenant à Los Remedios.  Sur le cliché, en effet, c’est l’agencement du tableau de bord et le design des commandes, à l’ancienne et fort spécifiques, plus la commande au plafond des volets du Comanche modèle Piper PA-24-180 des années 60 du Comanche qui nous ont donné l’indication (ici la commande manivelle de trim du Cherokee, sur le même principe).

L’évasion, « the day after » :

Avant de s’envoler ailleurs (ou pas !), El Chapo retrouve donc « son » territoire.  En 2014, on rappelle qu’on avait capturé El Chapo pour la deuxième fois dans son fief de Mazatlán en pleine région du Sinaloa, dans une villa munie d’un… sous-terrain, dont l’ouverture était dissimulée sous une baignoire orientable (!!!). et la sortie vers les égouts de la ville.  Il ne se refera pas, cet homme. Revenu donc pour la seconde fois ans son Sinaloa familial, le trafiquant ayant épousé, on le rappelle, la reine de beauté d’un des villages du Sinaloa.  Le 16 juin 2016 (alors qu’il avait déjà été repris), un événement fort spécial se produira :  sa propre mère, Consuelo Loera, verra sa villa (ici à droite) investie en force par des hommes armés, pour la première fois de sa vie.  Des combats sur place feront trois morts.  La mère de El Chapo sera évacuée par les services de sécurité du pays… par avion.  Une villa située à La Tuna de Badiraguato (là où est né El Chapo) :  selon la police, il aurait s’agit de gangsters membres de la Beltran Leyva Organization (BLO) et du groupe de Fausto Isidro Meza Flores, aka « Chapo » or « Chapito, » celui qui avait mis Guasave sous sa coupe (à gauche, Afledo Beltran Leyva lors de son extradition).  Isidro, selon les informations dont on dispose, aurait aussi été membre d’un groupe formel appelé « Oficina, » regroupant la famille Michoacana, mais aussi les Zetas, le Cartel du Golfe et l‘organisation Beltran Leyva.  Le groupe s’occupant de la partie sud du pays, plutôt, vers Baja California Sur, depuis sa séparation du cartel de Sinaloa de Guzman.  Etait-ce un signe annonciateur d’une reprise en main du territoire d’El Chapo ?  En tout cas, en août 2015, notre homme était encore dans le secteur semble-t-il.  Il cherchait alors à se procurer un hélicoptère pour faciliter ses déplacements dans la région.  Pour surveiller la concurrence née ou qui avait grandi pendant son absence, ou pour voir sa mère qui sait ?…  Sa préférence allant alors au Bell Ranger 407…

La recherche d’un hélico d’El Chapo passe par le crash d’un pareil au Costa-Rica, en 2009

Pour dénicher un tel hélicoptère, El Chapo ne pouvait faire appel à son fournisseur habituel.  En l’occurrence Jorge Milton Cifuentes Villa, capturé en 2012.  Mais cela n’a rien changé aux habitudes de la famille.  On pense que le clan Cifuentes a transporté plus de 30 tonnes de drogue depuis 2007, par tous les moyens, y compris aérien. Chez les Cifuentes on l’a vu c’était devenu un métier complet d’être narco trafiquant : son frère Francisco, était un ancien pilote personnel de Pablo Escobar (il est mort en 2007), son autre frère Fernando a travaillé pour le cartel de Cali ; et leur soeur, Dolly, a été arrêtée et extradée aux États-Unis en 2012.  C’est celle qui a eu un enfant avec le frère de l’ancien président colombien Alvaro Uribe.  Comme on l’a vu, Dolly a été elle capturée en 2011; mais par un artifice juridique que l’on a toujours pas bien saisi (un de plus), entre la Colombie et les USA où elle avait été extradée, elle est déjà sortie de prison en octobre 2015… l’a-t-on fait sortir comme appât, on ne le sait.  En tout cas, elle semblait déjà avoir repris le flambeau…  Un  hélicoptère Bell Ranger 407 avait effectivement, bien été vendu par Jorge Milton Cifuentes Villa en 2009.  Ou plutôt comme d’habitude par un de ses envoyés.  On le sait, car on l’a retrouvé… écrasé au Costa Rica avec 396 kilos de cocaïne à son bord.  C’était le Bell Ranger TI-BBT.  Officiellement, et curieusement, l’appareil s’était écrasé alors qu’il était officiellement « en mission pour prendre des photos aériennes de la région de Chirripo pour une agence immobilière (Real State Agency) mexicaine« … le pilote Edgar Arguedas, en prime, travaillait depuis 15 ans pour le ministère de la sécurité du pays et l’un de ses deux passagers était mexicain (un troisième homme, sorti vivant du crash, aurait fui) :  il s’appelait Germán Trejo Retamoza, et il était originaire de Sinaloa, cela ne s’invente pas !!!  L’hélicoptère avait semble-t-il été acheté dans l’urgence à la directrice de l’aéroport de Juan Santamaría, le 20 mars dernier.  Une vente bien spéciale selon La Nacion : « Le directeur d’Alterra à l’aéroport Juan Santamaría, Janelle Arias Gutiérrez, a signé en mars un contrat d’achat avec le mécanicien d’aviation, Simon Céspedes Hernandez, pour l’hélicoptère TI-BBT, qui vendredi s’est écrasé sur la colline du Mort (au nom prédestiné) avec 396 kilos de cocaïne.  La négociation a été faite le 20 mars avec l’entrepreneur hôtelier Régis Charles Moreau, par une promesse de vente d’actions de la société Grecem MRJ S. et Cosri Holding Inc.  Cette dernière est la propriétaire de l’hélicoptère.  Le document privé a été authentifié par le notaire Sonia Arias Gutiérrez, a informé hier l’avocat Carlos Ibarra, qui depuis lundi représente Moreau.  Ibarra a ajouté que le prix de vente est de 500 000 dollars et que les acheteurs ont effectué le paiement de 80% du montant (399 000 dollars).  Avec ce paiement, at-il ajouté, les nouveaux propriétaires ont pris possession de l’hélicoptère le 28 avril, trois jours avant qu’il ne s’écrase.  Il a ajouté qu’il a même changé le hangar dans lequel ils ont stocké l’appareil, de marque Bell, à l’aéroport Tobias Bolaños. Janelle Arias qui depuis juillet 2001 œuvre comme gestionnaire d’Alterra Partners en tant que directrice du Juan Santamaría Aéroport, a admis avoir signé le contrat pour l’achat de l’hélicoptère et a affirmé que le pilote Edgar Arguedas, qui est mort dans l’accident lui avait demandé de ne pas faire apparaître son nom.  Selon Arias Gutierrez, elle n’a jamais été en possession de l’hélicoptère et a signé le contrat pour gagner une partie d’une commission de 5% pour la vente de l’appareil.  Arias prétend qu’à la fin de la vente, la propriété de l’hélicoptère serait transférée au nom de personnes qu’elle ne connaissait pas ».  Ce que ne dit pas le journal; c’est que Céspedes, était aussi un employé de Grecem MRJ S !!!  Moreau aurait vendu son hélicoptère à son propre employé !

Un crash qui relie à une filière française

La drogue trouvée ressemblait beaucoup à celle volée le 23 mars précédent dans les tribunaux de Golfito.  En réalité, ce sont des policiers qui avaient volé la drogue, deux seront absous le 18 janvier 2013 mais 7 condamnés à 30 et 10 ans de prison.  Les dates correspondent assez et cela expliquerait « l’urgence » à trouver un hélicoptère pour déplacer tout ce volume de coke.  Un contrat plus que douteux et un crash fort curieux qui avait conduit à diverses spéculations, y compris… le vol de davantage de coke découverte à bord… par la police elle-même. L’hélicoptère appartenait à un Hôtel appelé « la Maison Blanche » (The White House, ici à droite) comme on l’a vu.  L’enquête montrera surtout un montage extrêmement sophistiqué pour l’achat de la machine :  dedans, avait été cité une entreprise… française et un banque turque (Turkiye Garanti Bankasi,) et une d’Abu Dhabi (Investment a Foreing Trade)... on y trouvera aussi mêlé un dénommé Saban Misiaad, officiellement à la tête de la societé « Electronic Market » de Tunis !!!  L’hélicoptère acheté 500 000 dollars avait été acheté en 4 fois, au total (le 2 avril le premier de 133 000 dollars, puis deux de 133 000 et 44 000 les 20 et 28 avril).  Selon Mediapart, « Régis M. », établi en Floride, a perçu dans les jours qui ont précédé l’accident le reste du solde pour la vente de l’hélicoptère (310 000 dollars).  Un pur hasard ? Non.  Des versements supplémentaires d’un montant total de 340 000 dollars, toujours tirés des comptes de Perla Capital – la société écran de Cifuentes, dont le responsable est Avner Saban, selon la déposition de Cyril Astruc, alias Alex Khann, (1) devant les douaniers français le 6 novembre 2014.  (Il indiquera en effet plus loin que Msiaad Saban et Avner Saban sont bien une seule et même personne) et que « des versements, donc qui ont par ailleurs financé fin 2008 trois sociétés sud-américaines apparemment distinctes :  la Comercializadora Empresarial Team (qui fait de l’immobilier en Équateur), la Red Mundial Immobiliara SA de CV (immobilier au Mexique) et le Cubi Cafe Clik Mexico (chargé de distribuer du café en Amérique centrale).  Seulement voilà, ces trois entreprises ont un sale point commun :  elles ont été désignées par le département du Trésor américain et les services de lutte contre le trafic de drogue comme blanchisseuses d’argent sale pour le baron de la cocaïne Jorge Milton Cifuentes Villa ».  Le fameux « Régis M », en fait Régis Charles Moreau, né en 1941, résidant à Fort Lauderdale, celui qui avait reçu 398 968 dollars exactement pour la vente de l’hélicoptère était aussi le directeur de l’Hôtel cité (installé à Escazu) et il était était à la tête lui aussi de Sahara International LLC (INC. que l’on a cité lors du procès de la taxe carbone, en France !!!), mais aussi de Grecem MRJ S.A. et Cosri Holding, citées dans le dossier.  En tout cas, un long récit à lire ici signé Gonzalo Guillén nous le dit : El Chapo avait bien acheté un Bell Ranger 407 (à quatre pales, celui-là) après son évasion, et engagé un nouveau pilote payé 25 000 euros par mois pour ses déplacements.  On avait donné à celui-ci une adresse de Navolato pour qu’il puisse rencontrer son futur employeur. Dans un ranch où l’on élevait des autruches, des chevaux et où il y avait un petit Cessna 150 dans le garage !!!  L’hélicoptère avait été amené à Benito Juarez par deux pilotes US, déjà vite repartis.  Selon le pilote, l’argent pour l’acheter provenait « d’une banque contrôlée par les frères Cifuentes Villa »... Un hélicoptère neuf, qui n’affichait alors « que 12 heures de vol » selon le pilote ! L’engin avait été ré-immatriculé en XA.  Mais son immatriculation réelle avait été modifiée avec du ruban adhésif  : »un F avait été transformé en E et un C en O » nous indique Guillen.  Ce qui nous donne F et C comme lettres d’origine, ce qui aurait très bien pu faire… XA-CFK. Ça tombe bien, c’est l’immatriculation d’un Bell 206B JetRanger III, ex XA-PFK… de numéro de série 3440. Le XA-FMC étant aussi possible, et même davantage, car c’est un Bell 407, celui-là, ex C-FMPU, N960WB, N°53757 de production, ex « Edwards an Associates« .  Un hélico à 4 pales, donc décoré « VIP » , aux vitres fumées et à la déco extérieure « enflammée » et bien trop voyante…(photo ici à gauche). Un coup de peinture et le voilà nettement plus discret !

Un hélicoptère abandonné… au Belize

Tout le monde est donc à la recherche d’El Chapo, à nouveau fugitif depuis le ont on se doute bien qu’il circule (comme en 2012 avec ces Cessna), et même plutôt par voie aérienne, son domaine préféré.  Aussi les sirènes retentissent le 7 août à la frontière entre le Belize et le Mexique, car un événement vient de se passer au milieu d’une clairière entre Blue Creek Village dans l’extrême nord de l’Orange Walk District exactement (au pays de la canne à sucre).  On vient d’y découvrir un magnifique Bell 407 abandonné, couleur gris uni argenté, portant des vitres teintées (?)  et arborant le numéro d’immatriculation N607AZ, ce qui ne correspond en fait à rien comme enregistrement de la FAA. Impossible de retrouver l’hélicoptère original. Fait intéressant, il avait été équipé pour faire de longs trajets, car à l’arrière plusieurs bidons de plastique bleu avec du carburant ont été trouvés.  L’hélicoptère n’est pas en panne, puisqu’un militaire venu l’inspecter pourra le ramener le soir même de Blue Creek au quartier général de l’armée à Price Barracks (où la photo a été prise).  L’engin, en parfait état, vaut dans les 2 millions de dollars.  On remarquera qu’il avait gardé ses coupe-câbles, à l’avant, comme ceux que possèdent les appareils militaires N407SE (ici à gauche) vus à la base de Bangalore-Yelahanka. Il faut savoir que l’aviation mexicaine possédait des Bell 206 immatriculés tous en EBRE.  Ils semblent avoir été retirés du service.  Or on en avait trouvé un dans un hangar de Floride, le 1162, photographié il y a bien longtemps à Opa-Locka, en train d’attendre semble-t-il un acheteur potentiel, démuni de ses oripeaux militaires (coupe-câbles) !  Trop ancien, bien entendu mais d’autres tel celui-ci ont dû suivre depuis… on peut voir ici deux Bell 206 au dessus de Mexico pour fêter les 206 ans de l’indépendance.  On penche donc plutôt pour le fameux Bell 407 XA-FMC … Qui a bien pu abandonner un tel engin d’une telle valeur au bord dans une clairière, et pourquoi donc ???  Serait-ce le fameux hélico N960WB – XA-FMC devenu nettement moins voyant ?  A-t-il servi  ou non à El Chapo lors de sa cavale ?  Devait-il lui servir pendant celle-ci ?  Un mystère de plus à mettre au palmarès d’El Chapo !

 

(1) lire ici le personnage :

http://www.vanityfair.fr/actualites/france/articles/cyril-astruc-lescroc-du-siecle/27006

https://www.challenges.fr/economie/cyril-astruc-une-legende-des-escroqueries-a-la-barre_476546

http://www.liberation.fr/france/2017/06/14/lourdes-peines-requises-contre-les-escrocs-du-co2_1576817

A noter que selon Libération « une amende de 16,5 millions a aussi été requise à l’encontre de la banque Turkiye Garanti Bankasi.  Accusée d’avoir «apporté son concours à une opération de dissimulation et de conversion du produit d’escroqueries commises en bande organisée» pour un montant total de 33 millions d’euros, l’institution était poursuivie en tant que personne morale pour «blanchiment aggravé».  «Il faut aller plus loin dans le processus de prévention du blanchiment», ont prévenu les magistrats, soucieux d’«adresser un message clair aux institutions financières du monde entier».

Sur le Guyana et le trafic, relire ceci:

Coke en stock (CXXIII): que se préparait-il donc à Yupukari, au Guyana (1) ?

Coke en stock (CXXIV): que se préparait-il donc à Yupukari, au Guyana (2) ?

Coke en stock (CXXV): que se préparait-il donc à Yupukari, au Guyana (3) ?

 

Coke en stock (CXXVI): que se préparait-il donc à Yupukari, au Guyana (4) ?

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