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Coke en stock (CXCVII) : la découverte et la chute des fournisseurs d’avions (32)

L’histoire du Brésil dans la deuxième moitié du siècle précédent s’est avérée mouvementée.  En 1985 on espère beaucoup, peut-être trop, avec la fin de la terrible et sanglante dictature qui a duré deux décennies.  Les brésiliens veulent alors en finir aussi avec le commerce de la cocaïne qui détruit déjà leur jeunesse dans les favelas. Alors ils créent un phénomène inédit, à savoir une sorte de tribunal permanent dirigé par des élus, qui vont diligenter pendant 18 mois des enquêtes, aidés par la police et même l’armée, pour traquer les dealers mais surtout les organisateurs des réseaux d’arrivée de la coke dans 18 États (sur les 27 que comporte la fédération).  Ils vont donc tomber sur cette noria d’avions, et commencer à en faire la fastidieuse liste… ils ne s’attendaient pas à en trouver autant.  Son rapport final fera 1100 pages.  Sur 2394 personnes qu’il interrogera, 1812 seront accusés d’implication dans le trafic de drogues ou dans des activités illégales…

Jusque dans les années 80, les caïds de la drogue qui ont envahi les favélas et ont depuis pris racine dans tous les quartiers sont craints par la population, qu’ils terrorisent tous les jours. Le pouvoir dictatorial n’intervenait pas durant cette période, préférant un pays qui se déchire pour son propre intérêt personnel ; qu’ils s’entre-tuent donc, ça sera ça de moins à torturer c’est ce qu’il pense, sans aucun doute.  Après lui, le chaos, donc (1).  Les régimes forts ont toujours préféré l’instabilité, en clamant haut et fort pourtant qu’ils étaient partisans de l’ordre.  C’est une position de façade, tous les dictateurs ou presque ayant eu des liens avec la mafia locale, chez qui ils ont souvent trouvé des affidés serviles.  Les habitants de l’état de São Paulo avaient assisté pendant des années, à l’augmentation croissante du nombre de crimes liés au trafic de drogue; mais aussi à l’augmentation du vol de fret routier, ainsi qu’à une recrudescence des homicides, dans toutes les villes de l’intérieur.  Le nom retenu pour désigner cette montée des phénomènes de ce type a été « Filière Caipira « (Rota Caipira).  Pour eux, cette filière ne s’arrêterait que s’ils prenaient les choses en main, via la démocratie enfin revenue.  Car cette  « Nouvelle République » apparue en 1985 (l’appellation porte en faite sur la  seconde qui a duré avant l’arrivée des militaires) au Brésil change enfin la donne.  En mettant fin à 21 ans de pouvoir dictatorial de la part des militaires, elle redonne espoir à certains.  L’espoir d’endiguer le fléau de la drogue, notamment.  Un grand élan démocratique anti prolifération de la drogue s’engage donc sous les présidences successives de Fernando Collor de Mello (1990-92), le tout premier président élu au suffrage universel après la dictature (ici à gauche, en réalité il a été précédé par Tancredo Neves mais celui-ci est mort avant de prendre le poste), puis  d’Itamar Franco du Parti du Mouvement Démocratique brésilien et enfin en 1995 de Fernando Henrique Cardoso (cf ici à gauche) du Parti de la Social-Démocratie brésilienne (PSDB), dont le successeur en 2003 s’appellera… Lula. Des gens s’enhardissent, et commencent à réclamer des comptes aux autorités, ou désirent qu’elles interviennent enfin pour lutter contre le trafic de drogue qui gangrène toutes les plus grandes villes, notamment. En 2000, Cardoso ordonnera la déclassification d’une partie des documents militaires concernant de « l’Opération Condor » :  les gens découvriront alors une partie des horreurs de la dictature… mais aussi le rôle de la CIA.

Création et établissement de la Commission parlementaire

En 1996, une courageuse Commission d’enquête parlementaire (la CPI, ici à gauche en 1999) décide donc d’enquêter elle-même sur le trafic de drogue proprement dit, et pour cela elle décide de venir s’installer à à Campinas, à l’intérieur de l’Etat de São Paulo où elle commence à recueillir des données, des témoins, des arrestations de suspects et des preuves dans ce qui est l’une des villes les plus opulentes du pays et là aussi où le trafic est le plus intense.  On n’hésitera alors pas à évoquer devant les parlementaires la distribution de la cocaïne et le blanchiment d’argent de la drogue au Brésil, les cartels de raffinage et de distribution des drogue en Colombie, ou la production de pâte de coca, en Bolivie.  L’enquête sera donc longue (très longue (2) !!!)…  Plus tard, sur d’autres domaines, les débats seront télévisés et particulièrement suivis, notamment en 2005 (3) et la Commission deviendra même triple.  Un texte résume ici l’action sociologique du CPI : « le traitement de l’information recueillie par la Commission d’enquête parlementaire connue sous le nom CPI do Narcotráfico, conclu par la Chambre des Députés en 2000, permet d’observer le phénomène du marché de la drogue à travers un prisme non exploré par d’autres études.  Rassemblant des informations sur les réseaux d’entreprises dans 23 États brésiliens et 3 connexions internationales, la source révèle une mine d’informations sur le profil des individus impliqués dans le secteur de la drogue, ses formes d’organisation et les multiples formes de mise en réseau possible entre réseaux local, régional, national et transnational.  Le traitement préalable des données pointe vers un questionnement des significations cristallisées autour de l’expression crime organisé, comme s’il s’agissait d’un type sociologique homogène; ce que la CPI semble offrir à l’analyse, ce sont diverses formes d’organisation, avec des formes très distinctes de circulation des biens, des personnes et des pouvoirs, qui se conjuguent concrètement dans des contextes bien définis et qui finissent par produire un marché florissant.  Ce marché peut être exploité à la fois par des réseaux hiérarchisés très bien organisés qui exercent un contrôle violent sur le territoire et par des réseaux plus lâches qui exploitent habilement des connaissances spécialisées et professionnelles pour accroître et diversifier leurs activités ».  A ce moment-là, l’enthousiasme pour cette quête de vérité oublie les affaires… dont celles du tout premier président « démocratique », qui va vite s’enferrer dans des affaires de pots de vin… le premier « démocratique » n’était tout simplement pas le bon !!!

Délier les langues

Les témoignages affluent et des gens parlent, désormais, en tout cas, la CPI ayant établi d’emblée la confiance jusqu’ici rompue avec la population.  La mise en place de la CPI présidée par le sénateur Romeu Tuma (PFL-SP), va se fait délier les langues, pour la première fois dans le pays (Tuma est ici au milieu en 2005 lors d’une autre session).  Le « tribunal », comme on le surnomme déjà, effectue des rencontres plénières dans les villes de São Luís (MA), Campinas (SP), Porto Alegre (RS) et Joinvile (SC), où il tient en effet des audiences publiques qui sont un franc succès.  A Porto Alegre, le CPI entend 20 personnes qui citent tous  par exemple le dénommé Claudio Manfrói, un homme d’affaires accusé de faux témoignage, qui écope aussitôt d’un mandat d’arrêt.  Il est soupçonné en effet de revendre des camions volés (on s’apercevra plus tard que ces fameux camions étaient vitaux pour les narco-trafiquants).  A Joinvile, cinq autres personnes sont accusées de détournement de cargaison et sont alors interrogées par la Police.  Les débats s’orientent progressivement sur la dénonciation d’un entrepreneur local, William Sozza, qui dès le début de l’enquête disparaît de chez lui (pendant 15 jours).  Mais Ari Natalino da Silva (décédé en 2008, ici à gauche) est également dans le collimateur des députés :  c’est le propriétaires de Petrofort, l’un des plus grands distributeurs de carburant au Brésil… pour lui ça ne sera que partie remise, en fait : son groupe pétrolier sera accusé d’avoir détourné plus de 600 millions de reals en 2005, après deux ans d’enquête.  La faillite de Petrofort sera décrétée la même année.  Petrofort c’est en effet un autre volet par ricochet de cette enquête tentaculaire :  « en moins de dix ans, le distributeur a donné naissance à plus de 200 entreprises qui, selon l’accusation, constituaient l’une des plus grandes organisations criminelles de l’histoire du pays. Parmi les crimes signalés par le député figurent également l’évasion fiscale, la falsification de documents, la mise sous séquestre, les délits de banqueroute et le détournement d’actifs.  Selon le procureur responsable de l’affaire, Arthur Migliari Júnior, le gang a fait de l’argent en évitant les taxes et en faisant défaut sur les fournisseurs et les banques.  «Plusieurs prêts qu’ils ont consentis aux banques ont été très élevés, environ 45 millions de reals, et ils n’ont tout simplement pas payé, ils ont payé le premier versement et ont ensuite quitté la banque à perte», a explique Migliari Júnior ». 

Une enquête… jusque 2013

Celui-là était allé plus loin encore dans les détournements en y mêlant la présidente de Banco Rural, arrêtée seulement en 2013 et en ayant créé avant les autres des comptes offshore :  « Katia Rebello (4) est accusée d’être un partenaire caché de l’une de ces sociétés: la Securinvest offshore, basée dans un paradis fiscal des Caraïbes.  Le ministère public fédéral enquêtera également sur les transactions impliquant les sociétés Ari Natalino et Katia Rabello. Les fonctionnaires entendus par ÉPOCA ont déclaré que l’offshore déplacerait des comptes bancaires dans les îles Caïmans, dans les Caraïbes, qui passeraient de 1 milliard de dollars.  Le nom de Katia Rabello est apparu lorsque le syndic de faillite de Petroforte, l’avocat Afonso Braga, a suivi les actifs de la société en faillite pour le paiement des créanciers.  En enquêtant sur la propriété de sociétés offshore basées aux îles Caïmans, Braga a découvert que derrière la société Securinvest – détenue sur papier par des investisseurs costariciens, considérés comme des prête-noms – Katia Rabello est apparue comme bénéficiaire final.  Securinvest aurait été utilisé pour enlever une usine d’alcool, al Sobar, de l’intérieur de São Paulo, de la succession de Natalino, et ainsi la cacher aux créanciers de Petroforte »…

Le gros poisson ferré

Le premier nom qui revient régulièrement à la CPI de 1996 s’appelait donc William Sozza (ici à gauche), il possédait alors une entreprise de construction et une boîte de nuit, mais c’était aussi un, homme politique (il présidait localement le parti PRTB).  Arrêté par la police fédérale, l’homme d’affaires refuse d’emblée de coopérer aux enquêtes, même lorsqu’il a été confronté à Jorge Méres, un des chauffeurs de camions du trafiquant Sozza. Les parlementaires épluchent alors 31 disquettes et un disque dur d’ordinateur saisis dans sa demeure (il est ici à droite devant sa machine), obtenus avec l’aide de la police qui confirme que c’est effectivement un gros poisson tombé dans leur nasse.  Un autre homme vient le charger particulièrement, qui s’appelle Aryzoli Trindade Sobrinho, qui va expliquer tout un système auquel participe activement Sozza, ou plutôt que Sozza organise.  Un système qui était l’embryon de ce qu’on trouve aujourd’hui en fait… Sobrinho est un brésilien qui est un simple contremaître de ferme, mais dans l’une de celles dans laquelle atterrissaient régulièrement les avions chargés de cocaïne commandés par Sozza.  C’est autrement dit une pièce maîtresse du dossier à charge contre Souza.  Pour effectuer son témoignage, Sobrinho, a bénéficié du programme de protection des témoins du ministère de la Justice :  c’est donc en réalité un repenti, qui, accusé de meurtre, a négocié ses aveux pour alléger sa peine.  Mais malgré cela, dans ce qu’il va raconter, rien n’est inventé, car les députés vont le vérifier à chaque fois avec d’autres témoignages, croisés avec les siens.  Et ce qu’il décrit est un système très organisé de trafic de cocaïne, notamment mais aussi de tabac ou d’armes et même déjà d’appareils électroniques de contrebande.  Bref, tout ce qu’on retrouve aujourd’hui… aux mêmes endroits !

Des policiers dans le coup

Entre temps, le tribunal du CPI est un vrai succès populaire car il n’hésite pas à s’en prendre à des personnes jusqu’ici hors d‘atteinte des policiers.  Notamment l’officier de police le plus controversé de Campinas, en service depuis 69 ans alors et soupçonné de faire partie du trafic (il est ici au micro à droite) : « selon les enquêteurs  » Lazinho  », son fils Jean et Regis Xavier de Souza, ont été arrêtés à l’aube hier, dernier jour de travail du CPI de Narcotráfico à Campinas… En quatre jours, les législateurs ont pu arrêter six personnes.  Le CPI, qui a quitté la ville sous les applaudissements, a repris ses activités mercredi à Brasilia, avec le témoignage d’autres suspects pour intégrer le crime organisé.  Lazinho, considéré comme une légende vivante dans la police, purgera 30 jours de détention provisoire dans une cellule de la caserne de la police militaire.  Il a été accusé de délit, d’homicide, de formation de gangs, de trafic de drogue, d’extorsion et de torture. L’officier de police, qui travaillait actuellement à la 1ère station au Département d’enquêtes sur les crimes patrimoniaux (Depatri), à São Paulo, nie les allégations.  J’ai la tête haute et la conscience tranquille », a-t-il dit avant d’être menotté.  Lors de la confrontation avec Lazinho, le conducteur Jorge Méres et Gilmar Siqueira Leite, considérés comme les principaux témoins du CPI, ont accusé la police d’avoir participé à plusieurs crimes.  Jorge Méres (ici à droite en train de déposer) a déclaré que l’enquêteur couvrait le casino du videur Moacir Sarsi, connecté à l’homme d’affaires Willian Sozza. »Il (Lazinho) avertissait quand il y avait un raid de la police de prévu au casino« , a-t-il dit. »  Bref, les dénonciations s’accumulent, les langues se délient.  Un tribunal qui commence à faire peur : « à partir de mercredi prochain, le CPI écoutera à Brasilia, d’autres suspects de participer au crime organisé à Campinas.En plus de Fortunato Badan Palhares et de l’ancien président du club de football Guarani, Roberto Zini, et de l’homme d’affaires Alexandre Negrão, 10 autres policiers ont été convoqués (sept enquêteurs et trois délégués) » la CPI a également pris dans ses filets un pilote de voitures volées, l’ancien pilote de Formule Truck (des courses de camions) Gilberto Luiz Hidalgo, qui dû s’expliquer sur les douzaines de camions – dont plusieurs ont été trafiqués – et les chargements volés trouvés sur un site qu’il possédait ».  La CPI exigera et obtiendra de fouiller ses dossiers fiscaux et bancaires… remontant ainsi à la source de ses approvisionnements.

Le trafic décrit par Sobrinho

Le témoignage saisissant d’Aryzoli Trindade Sobrinho effectué le 18 décembre 2000, dans la ville  de Campo Grande, dans l’État du Mato Grosso do Sul, à la Surintendance régionale du Département de la police fédérale, et le procureur de l’État du Mato Grosso et celui de l’État du Mato Grosso do Sul est en effet fort édifiant :  c’est en réalité le tout premier expliquant clairement la route de trafic de cocaïne des années 80-90 dans le secteur, dont l’entrepôt principal était situé à cette époque à Campinas. Selon lui, la cocaïne qui arrivait à Campinas provenait d’avions, de trains de marchandises ou par camions.  A l’époque, déjà, elle quittait les cartels colombiens et traversait une partie de la Bolivie pour ensuite entrer au Paraguay.  De là, dans des avions, la drogue était transportée à Campinas, où elle était stockée dans les fermes de la région et distribuée après.  La drogue entre à Puerto Suarez, au Paraguay, puis allait à Campinas, mais il y avait aussi des entrées par Poconé, Caceres et d’autres villes du Mato Grosso et du Mato Grosso do Sul  avait déclaré le métayer.  Décrivant tout un circuit encore d’actualité, 22 ans plus tard !!!  Sobrinho avait expliqué aux parlementaires « que la cocaïne était échangée contre des voitures volées par le groupe Sozza dans le Rio Grande do Sul, à Rio de Janeiro, à Sao Paulo et à Santa Catarina.  Contre des voitures, ou contre des espèces.  Elle était transportée via le Paraguay, par Corumba et Rondônia, où il y avait selon lui un « couple qui prenait des véhicules et échangeait la cocaïne en provenance de Guayaramerín en Bolivie et de Costa Marques, à la frontière de l’Etat avec la Bolivie« .  Cette route, selon le témoignage de Sobrinho, fournissait non seulement Campinas mais aussi Goiás et Brasília. « Selon lui, la route desservant la région Ouest était sous la coupe d’une femme nommée Lucy qui vivait à Goiania ».  On a vu ici effectivement le rôle que jouaient les nombreux hangars de son aéroport dans le trafic aérien).  Le transport terrestre était savamment organisé.  La cocaïne était en effet placée dans des bûches de bois scellées avec de la colle ou emballées dans de faux fonds de trains de marchandises.  Lors de l’enquête, sera déterminé également que Fortaleza était devenu l’un des bastions des trafiquants Italiens, des Colombiens et des Boliviens et que c’était à Campinas que s’effectuait le blanchiment de l’argent collecté par le gang, grâce un solide structure bancaire et une surveillance trop fragile des flux bancaires dans la ville qui avait permis à ce réseau:  à l’avenir, recommande la commission ce devrait êtes la première chose à vérifier.  On en est loin encore semble-t-il aujourd’hui.  En tout cas, on a bien affaire d’emblée à un trafic international.

L’épicentre du trafic : Rio Prieto

Selon Fernanda De Almeida Gallo dans «  La Filière Caipira : trafic de drogue à l’intérieur de l’état de São Paulo », « au centre de la Filière Caipira se trouve la ville de Ribeirão Preto, dans l’état de São Paulo, considérée comme le point stratégique du trafic de drogue, la très grande surface couverte par des plantations de canne à sucre entourant cette localité étant utilisée pour l’atterrissage d’avions pénétrant l’espace aérien brésilien, en provenance de Colombie ou de Bolivie. Les grandes routes sont ensuite empruntées par les trafiquants pour acheminer la drogue vers les grands centres de consommation du pays, les villes de Rio de Janeiro et de São Paulo. Selon les chiffres du Secrétariat de la Sécurité Publique de l’État de São Paulo, Ribeirão Preto est devenu le centre de distribution de la cocaïne originaire de Colombie et de Bolivie, depuis le début des années 1990. Ce stupéfiant rentre au Brésil via le Paraguay et l’état de Mato Grosso do Sul, aussi bien par la route que par des moyens aériens. Comme cette région possède un excellent réseau routier, sur lequel transitent entre 500 et 600 camions par heure, il est facile, pour les trafiquants, de transporter leur « marchandise » au milieu des chargements partant vers les grands centres de consommation et les entrepôts internationaux, tels le port de Santos, dans l’état de São Paulo ».

Une première grande découverte : les liens avec l’Afrique

Tardivement, le journal Folha de la Región retrouvera un document sur l’usage des avions dans ce trafic.  Il est précis, et fort édifiant : « un rapport envoyé par la police fédérale à la CPI (commission d’enquête parlementaire sur la drogue) indique Araçatuba comme l’un des points de soutien de la soi-disant mafia nigériane pour le trafic international de drogue.  Le document ne donne pas de détails sur l’action de la mafia dans la région, mais cite également Três Lagoas (MS), à environ 150 kilomètres d’Araçatuba, comme une autre base importante.  Folha de la Región a eu accès à une copie du rapport, préparé en 1995, qui décrit l’ensemble de l’organisation, principalement à São Paulo, depuis 1990.  La police fédérale, à Brasília (DF), a confirmé hier l’existence du rapport.  Mais le conseiller aux médias dit que l’enquête est classée et ne peut pas donner de détails à la presse.  Deux membres députés de la CPI, Laura Carneiro (PFL / RJ) et Wanderley Martins (PDT / RJ), ont également été entendus hier après-midi par Folha de la Región sur commente ils ont accompagné le témoignage du trafiquant ex-amant de Folha de la Región, Luiz Fernando da Costa, Fernandinho Beira-Mar.  Ils prétendent ignorer le document.  Au secrétariat du CIC, l’information était la même.  Le contenu du rapport a été publié hier par le journal « O Estado de S.Paulo » (…).  L’enquête indique que les entreprises de la capitale ont aidé les Nigérians au cours des 15 dernières années à s’installer dans le pays.  La mafia agirait dans 20 pays avec le Brésil comme «point d’appui».  Le délégué officiel de la police fédérale de President Prudente, qui couvre la région d’Araçatuba, Roberto Gurgel de Oliveira, n’est pas non plus au courant du rapport.  Il classe la ville d’Araçatuba comme « égale aux autres de la région », sans privilèges de la part des trafiquants ou même sous l’action de la Mafia Nigeriana. « Tout est cassé aujourd’hui, il suffit d’avoir un endroit où le trafiquant peut passer », dit-il.  Oliveira dit que les Nigérians sont souvent capturés uniquement dans les grands aéroports.  Il confirme également qu’Araçatuba possède plusieurs indices clandestins dans les fermes, mais que les agriculteurs eux-mêmes et les trafiquants peuvent s’en servir.  Le titulaire du Bureau des enquêtes sur les stupéfiants (Dise) de Araçatuba, Jaime José da Silva dit qui a enquêté sur certains Nigérians suspects qui étaient restés dans un hôtel de ville en 1996, mais n’a rien trouvé au moment ou au cours des dernières années. Cette année, la police civile et militaire a effectué de grandes saisies dans la ville.  Rien qu’en septembre, il y avait 176 livres de marijuana.  En avril 1998, un avion monomoteur a largué 60 kilos de cocaïne dans une ferme de Santo Antônio do Aracanguá, à 30 km d’Araçatuba.  Les trafiquants ont réussi à s’en tirer avec la drogue, mais l’appareil a été saisi plusieurs jours plus tard.  Un mois plus tôt, la police fédérale a saisi 142,5 kilos de cocaïne avec un agent de la police de São Paulo dans le centre de péage de Glicério sur l’autoroute Marechal Rondon. (J.M.T)« .  Et le journal de montrer un photo de l’avion saisi : c’est le Cessna PT-JTH, bien reconnaissable.  Un Skylane 182F, qui, en ligne nous fait visiter ici la région... de Jatail, dans l’Etat de Goias, productrice de maïs et de sorgho… ici le même auteur nous montre le PT-BSU en train d’arriver.  L’avion (le N° 18262835) se ré-enregistrera en juillet 2008 semble-t-il après l’avoir été auparavant en le 24 juin 2005.  Mais comment a-t-on pu signer aussi longtemps cette piste de Jatail, qui fait ses 1500 mètres de long, qui n’a pas cessé de voir son nombre de hangars grandir, pour passer aujourd’hui à plus de… 37 différents qui occupent presque tout le côté sud de la piste ???

A Jatai, donc, où les trafiquants continuent à venir se servir, comme en ce jour du 13 mars 2017 où six d’entre eux sont venus acheter un Cessna… celui de Rodrigo Mendes, qui croyait pourtant bien être réglé de la transaction signée, mais qui n’a jamais rien reçu : « Selon la victime, six personnes se sont présentées comme des représentants d’un homme d’affaires, qui n’a jamais comparu. Ils ont échangé beaucoup au téléphone jusqu’à ce qu’ils organisent une réunion le samedi 11 mars à Goiânia pour faire la vente.  La victime a envoyé son fils pour s’occuper de la transaction et le gang lui a présenté un faux relevé bancaire et a frauduleusement commis une transaction sur le compte de la victime.  Puis ils ont pris l’avion, ont embauché un pilote et se sont envolés vers Luziânia ». « Les auteurs sont très bien habillés, des gens instruits qui parlent bien.  Un pilote qui a été sondé par eux et a refusé le service nous a dit qu’il soupçonnait que leur but était de quitter le pays.  Un autre pilote, qui a accepté le poste, a dit qu’il l’avait pris rapidement et que les employeurs n’avaient laissé aucun contact.  En outre, nous constatons que le modèle d’avion est le plus utilisé pour le trafic de drogue, car il emporte  beaucoup de poids « , a-t-il dit.  Le 12, la police retrouvait l’avion paraît-il, mais sans donner aucune précision sur l’endroit où elle l’avait déniché, à part Luziânia,… une pratique courante en mars 2018, deux avions volés ont été ainsi retrouvés à Itatuba, deux Cessna 206 le PR-XAU (l’U20603113 enregistré le 26 avril 2011) c’est l’ex N8252Q) et le PT-KAI (l’U20602330 enregistré depuis plus longtemps au Brésil, dès le 17 juin 2005, appartenant à Julimat Alves Da Silva, ayant manifestement servi à transporter de la drogue… au moins, ils ne les avaient pas incendiés, ceux-là ! Le N8252Q ayant été vendu comme on peut le voir ici sur le site SkyWings dont nous serons appelés à reparler.

 

Lea avions découverts par la CPI

Un document fondamental (versé ici au bas de la page nous renseigne sur les avions et leur usage comme vecteurs  de transport de cocaïne au Brésil. Un document qui en énumère un bon nombre mais en accordant deux chapitres complets à propos d’un appareil particulier.  On commence par les deux premiers cités avec le récit de la découverte de pistes d’atterrissages clandestines à Lutecia, petite bourgade de moins de 3000 habitants pas loin de Sao Paulo : «  dans deux voies clandestines identifiées par la police dans la municipalité de Lutécia, il est constaté que, même sans éclairage ou signalisation, des atterrissages nocturnes d’avions non liés à des travaux agricoles ont été enregistrés, à l’aide de projecteurs de véhicules terrestres.  Le 11 octobre 2000, un avion Cessna blanc, préfixe PT-OJP (c’est l’ex LV-GRE), est tombé dans l’un des champs de canne à sucre de l’usine Vale do Rosário, dans la municipalité de Morro Agudo, où la police locale a retrouvé sous l’aile droite de l’avion, un sac contenant environ dix kilogrammes de haschisch, emballés dans sept sacs en plastique, ainsi que trois boîtes de munitions de calibre 50, marque Magnum.  Le 17 septembre 2000, vers 13 heures, au milieu d’une ferme de printemps dans la municipalité d’Igaraçu do Tietê, un Cessna, Skylane, préfixe PT-ADZ, dans lequel quatre bidons d’essence ont été saisis, chacun avec une capacité de 20 litres de carburant, trois d’entre eux pleins et un avec seulement cinq litres ».  Celui-ci a même été filmé en 1996 à Cassilândia, aux commandes d’un dénommé Carlos Pinho.  C’est le 18259289 et l’ex N70529 américain enregistré en mars 1999 au Brésil.  Mais pour la FFA, cela ne correspond à aucun Cessna existant… encore une fois !

Une arrestation en 2000… et un fugitif en 2008 !

Le troisième cas est celui provenant de plaintes de citoyens ayant observé un étrange manège à  Mirassol d’Oeste (MT) :  « l’avion, le 1er février 2000, a été saisi dans une opération Verde de la police fédérale à la ferme Ouro dans la commune de Mirassol d’Oeste, MT, et dans la propriété Valdenor Alves Marchezan.  Cette opération a été l’origine des plaintes faites au sujet de l’engagement constant avec ledit trafic de drogue, et plus particulièrement dans un seul, dans le sens que le transfert serait de 250 kg de stupéfiants connu sous le nom de la cocaïne au cours de ces derniers  jours.  L’opération a abouti à l’arrestation de l’épouse, Marlene Pereira de Souza Marchezan, et de José Ricardo Nogueira Braga; et la saisie d’une grande quantité d’armes; de 151 980 dollars US et de 65 g d’une substance blanche enveloppée dans un sac en plastique qui a plus tard été trouvée pour être de la cocaïne, trouvée dans la chambre du couple. L’avion a été localisé par la police fédérale avec le préfixe d’identification PT-IRB par une bande blanche, chargé de trois barils en plastique remplis de carburant et un système d’alimentation pendant le vol, étant ainsi préparé pour un Voyage Braga, dans son interrogatoire, avoue avoir effectué la maintenance du PT-IRB à Atibai » .  En photo à gauche l’aérodrome de Campinas photographié à l’époque par le journal Folha Campinas :  l’engin à gauche semble bien être le Skyvan des parachutistes de Skylift, le seul Skyvan brésilien immatriculé PT-PQD .  En 2013, l’appareil unique est stocké en attendant plus un démantèlement que de revoler une jour – il était au même endroit encore entier l’année précédente..« Selon lui, un défaut avait surgi dans sa réparation, ce qui a fait qu’il a déménagé à Mirassol d’Oeste pour refaire les réparations nécessaires.  Cet avion, comme on le voit aussi bien dans les divers témoignages, et dans les documents saisis était dans le hangar de União Sistemas, Serviços e Peças Ltda une ociété détenue par l’inculpé Odarício Quirino Ribeiro Neto et son épouse Magali Laruccia Jacob. «  (…) le pilote José Ricardo Nogueira Braga a nié être impliqué dans le trafic de drogue. De nombreux témoignages recueillis par la suite parl e  CPI, dans le poste de police Atibaia et au cours de leurs sessions à Sao Paulo, a déclaré, cependant, que c’est bien José Ricardo Nogueira Braga pilote qui avait déplacé l’appareil à Atibaia, démentant ainsi sa version comme quoi  c’était est juste un mécanicien amateur qui n’a aucune capacité à prendre son envol ».  Le Cessna décrit est un modèle T210L N° 21059876 enregistré le 18 janvier 1995 au Brésil.  Huit ans plus tard, l’affaire fait reparler d’elle, « façon Brésil » dira-t-on :  « À l’époque, quatre personnes ont été arrêtées, mais seul Marchezan a été reconnu coupable.  Avec 20 ans et 9 mois de prison pour se conformer, Marchezan a réussi à passer du régime à semi-ouvert en janvier l’année dernière (2007 donc).  Au cours du mois d’avril 2007, pendant les vacances de Pâques, le trafiquant a obtenu de la justice l’autorisation de quitter le pénitencier de Mata Grande et n’est pas revenu » et un fugitif de plus !!!   » Dans un témoignage du CPI rendu public en 2000, Ronaldo Sérgio Laurindo, avait déclaré que des drogues en provenance de Bolivie et étaient jetées des avions à la Chapada dos Guimarães, dans le Cerrado. Il a déclaré qu’il travaillait pour le trafiquant de drogue José Maria Machado (ici à gauche), qui purge actuellement des peines semi-ouvertes, et que l’ancien patron « pratiquait la traite librement et en toute impunité à la frontière, sans être dérangé par la police ni par la justice ». Il avait affirmé que les drogues arrivaient sur de petits avions ». En 1999  Valdenor Alves Marchezan avait pourtant été considéré comme le chef d’un réseau… et condamné aussi pour… assassinat !  Elle était pourtant partie sur de bonnes intentions, cette commission, mais il semble bien que le système carcéral brésilien fait de prisons encombrées ait eu raison de ses recommandations… mais elle a effectué un bon travail, comme on va encore le voir dès demain…

(1) un texte récent lisible ici précise que les exactions (arrestations arbitraires, exécutions ou les tortures provenaient bien d’ordres directs de l’Etat et non de groupuscules incontrôlés comme celui-ci  tenait tant à le dire..

(2) elle va durer 18 mois mais elle sera prolongée sur d’autres thèmes et l’idée fera des petits en effet. « Hormis une poignée de négationnistes, aucun Brésilien n’ignore les morts suspectes, les exécutions sommaires et les tortures abominables menées lors de la dictature militaire (1964-1985). Le pays a désormais la preuve que les crimes n’étaient pas ordonnés par quelques policiers zélés, mais venaient directement de Brasilia, le sommet du pouvoir. Et qu’aucun président à épaulettes dirigeant le pays pendant ces années noires n’a été moins cruel que les autres. La démonstration a été faite par le biais d’un mémo écrit le 11 avril 1974 par l’ancien directeur de la CIA, l’agence de renseignements américaine, William Colby.  Un texte adressé à Henry Kissinger, alors secrétaire d’Etat de la plus grande puissance mondiale.  Mis au jour jeudi 10 mai par le chercheur en relations internationales de la Fondation Getulio Vargas, Matias Spektor, l’écrit fait partie des élements mis à disposition du public par le gouvernement américain depuis 2015.  Son contenu a plongé le Brésil dans un état de choc. « Il s’agit du document le plus perturbateur que j’aie lu ces vingt dernières années », estime M. Spektor cité par les médias brésiliens »…..

(3) dans le livre  « Le rôle politique de la presse au Brésil:  De l’élection à la réélection de Lula » de Giancarlo Summa on peut lire ceci (page 136 et 137) :  « Le clou du spectacle était constitué par les sessions des trois Commissions Parlementaires d’investigations (CPI) en marche simultanément au Congrès, qui avaient parfois le même agenda et les mêmes personnes invitées à comparaître Pendant des mois — de juin 2005 à mars 2006 – à partir de 10 heures du matin, le menu du jour incluait des témoignages, des confrontations, des disputes, des larmes, des discours enflammés: tout en direct. Le pays s’arrêta pour contempler les viscères du pouvoir exposés sur toutes les chaînes. Les mères au foyer qui n’avaient jamais montré d’intérêt pour la politique ne quittaient plus des yeux leur écran jusqu’à des heures tardives de la nuit. Des étudiants qui avaient regardé des sessions de CPI organisaient le jour suivant des discussions passionnées.  Les indices de la bourse montaient ou descendaient selon les dépositions du jour.  Les services publics et les bureaux gardaient les télévisions allumées toute la journée.  La TV Senado jusqu’alors marginale, mais qui transmettait pratiquement toutes les sessions des CPI, vit son audience s’envoler.  Avant mai 2005, quand éclata la crise, la chaîne n’avait que 9 heures de programmes.  Elle est passée à 13 heures de direct et pour les besoins de la couverture de certaines CPI, alla jusque 17 heures.  Durant quelques jours de juillet, 16% des téléviseurs restèrent connectés à la même chaîne ».

(4) elle, et son associée ont été lourdement condamnées en 2013 : « Katia Rabello  (ici à droite) a été condamnée à 16 ans et 8 mois de prison, en plus d’une amende de 1,5 million de reals pour blanchiment d’argent, gestion frauduleuse, évasion de devises et formation de gangs. Simone Vasconcelos a été condamnée à 12 ans, 7 mois et 20 jours et à une amende de 263,9 millions de reals pour corruption active, blanchiment d’argent et évasion de devises étrangères. »

Document de CPI – le narcotrafic :

https://www.al.sp.gov.br/StaticFile/documentacao/cpi_narcotrafico_relatorio_final.htm

autre document source

https://www.diariodaregiao.com.br/_conteudo/cidades/rota-da-cocaína-passa-pela-região-1.687768.html

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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