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Coke en stock (CVIII) : EAS, toute une histoire …

Lorsque l’on découvre au Mali en novembre 2009 un Boeing 727 complètement calciné, ayant servi visiblement à transporter plusieurs tonnes de cocaïne en Afrique de l’Ouest, on s’imaginait que c’était une première. Or les recherches historiques (voir l’épisode précédent) tendent à prouver que de transporter ces quantités effarantes de cocaïne par avion gros porteur a déjà été réalisé il y a quelques années, et c’est vers le Mexique que ça s’est d’abord passé. Le hic étant que ce trafic a perduré quelque temps, sous le regard des avions de surveillance et des ballons équipés de radars qu’avaient installés les américains à la frontière, sans obtenir de résultats tangibles, donc. Ce qui est pour le moins étonnant, à moins que la DEA ait laissé faire, ce que les faits démontrent en effet… le trafic générant des masses colossales d’argent… retrouvées dormant dans les coffres de banque ayant pignon sur rue. Des banques… Suisses !!! Or les avions utilisés, 4 des 10 Caravelle … avaient bien été achetées à des français… bien particuliers. Vous allez voir que l’on va à nouveau avec eux retourner à Punta Cana !

richmond c-46Le volume de cocaïne transféré est devenu tel en effet à la fin des années 70 que de plus gros moyens ont en effet été mis en place, comme on a pu le voir.  C’est justement l’époque de l’arrivée des jets à réaction comme transporteurs. Les avions de Rich comme son troisième C-46, le N5370N, de Rich International Airways, ne suffisent plus à Carlos Lehder et Pablo Escobar pour transporter la coke de Colombie.  Les trafiquants recherchent donc des appareils pouvant transporter davantage, et l’un d’entre eux, qui peut planer longtemps moteurs éteints (en étant donc moins détectable aux infra-rouges) retient leur attention.  C’est un avion de ligne français, et c’est bien sûr la célèbre Caravelle, comme on la déjà dit un peu plus haut ! « C’était au début des années 1990 qu’Abbott m’a raconté comment il a arrangé des déchargements des avions de drogues dans le désert mexicain. À ce moment-là ça avait l’air plutôt bizarre, mais sa description détaillée des événements sur une période de plusieurs années m’a convaincu qu’il disait la vérité. En outre. Un article (du Novembre 30. 1995) dans le New York limes (et plus tôt dans le Los Angeles Times) a été titré « Un avion décharge sa drogue au Mexique, peut-être avec l’aide de la police ». Et effectivement !!!

La Caravelle achetée par les narcotrafiquants

4029« L’avion décrit dans l’article étant un avion de type Caravelle qui avait atterri sur le lit du lac asséché situé près de Todos Santos au Mexique. Construite en France, la Caravelle est un avion de ligne qui a volé pour United Airlines pendant les années 1960. » L’avion décrit est la Caravelle modèle 10 B3 F-GEPC d’Aero France International (la 184eme construite) immatriculée HK-3962X vendue à des colombiens d’Ibero Americana (en même temps que la F-BJTU). En fin de vie, elle est en fait achetée par les trafiquants du cartel de Cali et promptement repeinte, décorée d’un faux numéro de registre, le HK-4029X. Vidée entièrement de ses sièges et de ses équipements, elle pouvait emporter jusqu’à dix tonnes… de cocaïne !!!  D’autres sociétés plus ou moins légales utiliseront en Colombie ces Caravelle « cargos » ou pour des vols charter : Aerogolfo, Aerotal, SEC, Lanc Colombia, Iberoamericana, Aerosucre, AeroCesar et Transapel. La Caravelle crashée, c’est bien en fait l’ex F-GEPC d’Aero France International, vue ici en novembre 1990 à Perpignan-Llabanere (nous en reparlerons plus loin). Aero France possédait aussi la F-BJTU.

Plantage à l’atterrissage

Le vol s’était passé sans encombre, à part que l’arrivée sur le lac asséché ne s’était pas effectué tout à fait comme prévu au départ, la Caravelle brisant son train avant à l’atterrissage, raconté ici par un touriste visitant plus tard les lieux : « nous avons aussi appris venant de Mario, l’un des propriétaires de l’Hôtel California, ce qui peut avoir été la raison de la vaste fouille que nous avons subi à Constitucion Cuidad. Au début de novembre 1995, sur un lac asséché près du bord de Todos Santos, un avion mystérieux et anonyme a fait un atterrissage avant l’aube et a été accueilli par 30 hommes portant des uniformes de la police fédérale mexicaine. Ces « policiers » ont aidé à décharger la cargaison de l’avion et ont ensuite tenté en vain de cacher l’avion en le démantelant et en enterrer ses morceaux avec un bulldozer. Lorsque les autorités locales sont apparues sur la scène pour enquêter, les hommes en tenue fédérale leur ont ordonné de repartir. Les responsables mexicains ont maintenant admis que l’avion à réaction emportait plusieurs tonnes de cocaïne d’une valeur d’environ 2 millions de dollars. Les hommes et la cocaïne sont toujours portés disparus. Les restes de l’avion, au moins à la mi-décembre 1995, pouvaient encore été vus dépassant du lac asséché. » De tels chargements, on l’a vu, ne pouvaient se faire qu’avec la complicité des autorités… comme en 2009 au Mali, pourrait-on dire.

Pas la première en fait

Il est vrai que le crash de cette Caravelle en plein désert mexicain restera longtemps inaperçu : on fit certes quelques articles de presse, mais sans plus : au regard de l’énorme tonnage emportait c’est plutôt étonnant. On fait, au Mexique, on étouffa promptement l’affaire : « les 30 policiers fédéraux impliqués dans le fonctionnement de drogues furent rapidement transférés et rendus indisponibles pour interrogatoire par le procureur fédéral dans la juridiction de Baja California. Faisant référence à l’utilisation de grands jets dans des situations similaires, le ministre des Affaires étrangères mexicain Jose Angel Gurria déclarera dans une interview que les trafiquants de drogue avaient cessé d’utiliser des avions de passagers de grande taille. On peut en douter »  indique le magazine.. En fait c’était aussi le deuxième appareil s’étant posé de la sorte : je vous avais déjà décrit ici le premier, une autre Caravelle encore :« suivie par un Orion P-3 muni d’un radar lenticulaire, la Caravelle s’était posée sur une piste en terre à Sombrerete près de la Sierra Madre dans l’état de Zacatecas, au Mexique, en pleine nuit, à une heure du matin, le 4 août 1994. Elle était tellement surchargée qu’elle en a explosé un pneu. Trois Chevrolet Suburban ont été nécessaires pour la vider : elle contenait entre 8 et 10 tonnes de cocaïne ! Les trois conducteurs de camion étaient… officiers de la police fédérale mexicaine ! La police arrêtera plus tard un convoi de 16 véhicules de la police des transports dans lesquels avait été transvasé les 3/4 de la drogue contenue dans la Caravelle ». 
Deux avions vendus par un français

libération lagardeDeux Caravelle qui avaient été vendues, revenons-y, par… un français, Francis Lagarde, dont le frère Bernard, avocat, a été celui de Bernard Tapie.  Sacré phénomène celui-là que décrit ici le journal Libération. L’homme avait fermement nié avoir eu à faire avec les colombiens : « Francis Lagarde, correspondant français du cartel de Cali ? Pensez donc, il n’a rencontré qu’une seule fois l’un de ses intermédiaires, Mario Cubillos. Et encore, « ils n’ont même pas déjeuné ensemble, ils ont juste pris l’apéritif », relativise son avocat Me Doumith. C’est vrai qu’il a vendu deux Caravelle à des narcotrafiquants, mais le pauvre bougre ignorait qu’il s’agissait de narctrafiquants » Francis Lagarde pensait en avoir fini avec cette vieille histoire. Pilleur d’entreprises ­ comme d’autres pillent les épaves ­grâce à ses bonnes relations avec les tribunaux de commerce, il a suffisamment d’ennuis comme ça ». Selon lui, donc, il ne savait pas. Or les faits vont démontrer l’inverse. Mais entendons d’abord sa condamnation : « en octobre 1998, le TGI de Perpignan l’a condamné à un an de prison ferme pour abus de biens sociaux, au détriment de la compagnie aérienne EAS qu’il avait rachetée en janvier 1993. Une excellente affaire : EAS valait 440 millions de francs, le tribunal de commerce la lui accorde pour 90 millions, dont seulement 30 millions payables comptant. Encore mieux, il règle l’addition en se payant sur la bête. « Les agissements de Francis Lagarde ont eu pour objet d’éviter de payer le prix en pillant la trésorerie d’EAS », résume sévèrement le jugement correctionnel ».  Europe Aero Service, l’ancienne Aero-Sahara en fait… toute une histoire, en réalité.

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EAS, tout un poème

Car c’est une longue histoire que celle d’EAS : au départ il y Georges (Albert) Masurel ancien Normandie Niemen (comme mécano) puis comme pilote de l’escadron Picardie à Rayak (dans la plaine de la Bekaa). Il avait créé en 1949 la « Société Tunisienne de Réparation Aéronautique et de Construction » à Tunis El Aouina, qui s’était équipé de De Havilland « Dragon Rapide ». Une division chargée de surveiller le pipeline entre In Anemas et le terminal gazier de La Skirra était alors devenue « Aero Sahara ».. une fois la guerre d’Algérie terminée, les Masurel, revenus en métropole, s’installent à Perpignan, et « Aero Sahara » devient alors EAS. « En décembre 1964, EAS achète une parcelle « au prix fort » une parcelle de terrain ainsi qu’un hangar en béton, au sud des pistes des Perpignan-La Llabanère. Cet ensemble immobilier appartenait auparavant à la BYRRH qui y stationnait son DC3 F-BEIS et y procédait aux visites BV. Le DC3 ayant été revendu depuis plusieurs années, la BYRRH (le nom de l »usine de spiritueux situé près de là, à Thuir), en déclin, se retire de l’aérodrome. Munie de ses autorisations, la toute jeune EAS achète 3 Vickers VIKING et inaugure en 1966 des servanguard-3-43357vices sur Palma, Nîmes, le sud de la France. En 1969, c’est l’ouverture de la ligne VAF-LBG. EAS achète l’année d’avant 2 ((Dart) Herald presque neufs de la faillite de Globe Air (une société suisse) Puis un Nord 262 neuf rejoint la flotte. Cet appareil permet de lancer un Carcassonne-Nîmes le 28/05/70″. Entre temps, la firme achète 17 (des) Vickers Vanguard  dont 3 exemplaires cargo) (F-BYCE/F-BYCF/F-BUFT) à Air Canada et construit un nouvel hangar métallique à côté du Byrrh de béton. Des Vickers deviendront Air Gabon. Des Caravelles VI-N à réacteurs Rolls-Royce « Avon » (reconnaissables à leurs tuyères caractéristiques) les remplacent mais elles sont trop gourmandes en essence (kérosène) et sont remplacées par des Caravelle 10B3 à réacteurs P & W JT8D-7, la première étant la célèbre N°249 ex-Empire Centrafricain (celle exposée aujourd’hui à Toulouse !). F-BJTU-dde95 Le contrat signé par Air France et sa filiale Air Charter International (ACI) sauve en effet l’entreprise en difficulté dans les années 80, avec l’arrivée de 5 Caravelle 10B3 rachetées à Finnair (immatriculées BJTU, BJEN/, BMKS, GDFY, GDFZ). La maintenance devient également source importante de revenus, les avions africains étant privilégiés : Altair, Air Gabon, Merpati, Kabo Air, Okada Air, Intercontinental Airlines ; Air Mali (ici le-727 TADR devant le hangar d’EAS). puis Air Inter pour ses Caravelle et ses Mercure et ponctuellement Air France. Dans les années 80, les Caravelle sont remplacées par des Boeing 727… mais la guerre du Golfe va tout chambouler. En 1994, le retrait de Nouvelles Frontières prive deux Boeing 727 de vols. L’entreprise est à nouveau en crise.

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Le repreneur aux dents longues

La faillite est là, et un… repreneur potentiel qui débarque, avec des déclarations plutôt sulfureuses : « une simple opération de portage. » C’est en ces termes que Francis Lagarde, patron de la société Financière Saint-Fiacre, a décrit un jour ce que devait être à l’origine, pour lui, la reprise de la petite compagnie aérienne EAS, rachetée environ 90 millions de francs le 27 décembre 1991″ Trois ans plus tard, le financier est pourtant resté aux commandes. Mais dans un climat qui a viré à l’orage. Ses relations avec son personnel se sont à ce point envenimées que tout dialogue est devenu impossible. D’un côté, les salariés vouent une haine sans bornes à celui qu’ils désignent comme « un voyou, un dépeceur ». De l’autre, Francis Lagarde ne mâche pas ses mots, lorsqu’il traite, en public, ses hôtesses de « vieux rossignols hors d’âge » ou de « salopes ». Parallèlement, la situation financière d’EAS n’a fait qu’empirer. Lorsque Francis Lagarde s’est décidé à déposer le bilan, le 23 janvier dernier, la compagnie avait atteint 111 millions de francs de pertes en 1994, pour un chiffre d’affaires estimé à 620 millions, contre 79 millions de déficit l’année précédente. » On ne peut pas dire que Lagarde ait agi en bon gestionnaire, pour le moins…

Une société pas vraiment vernie

Capture d’écran 2015-09-27 à 22.51.02On ne l’a pas beaucoup aidé non plus, cette fameuse compagnie, à vrai dire : l’A-330 apparu sur le marché la firme British Caledonian en avait commandé deux. Le  N°295 G-BKWT et le N°306, baptisé G-BKWU. Mais la firme anglaise change rapidement de format de compagnie et ses avions se retrouvent inadaptés. Georges Masurel, alors patron d’EAS, serait bien tenté de les reprendre, mais….  « Finalement, début 1986 BCal réussit à se débarrasser des deux encombrants aéronefs. Par l’intermédiaire de diverses sociétés, ils sont sensés avoir été vendus à EUROPE AERO SERVICE… en réalité, au mépris de l’embargo américain, c’est la Libye qui prend possession des aéronefs. Nous reproduisons les articles parus dans le journal « L’Indépendant » du 24 août 1986 qui décrivent très précisément la transaction » note LFMP News le 1er mars dernier. Kadhafi a fait envoyer de faux télex au nom d’EAS pour entrer en possession de deux Airbus… (ce que confirme la Poste française). Et le site d’ajouter : « notons que COBRA AIRWAYS (la compagnie ougandaise sous-marin de Kadhafi ayant acheté les appareils appartenait au sulfureux Wolf Wolmuth, lequel fut également le directeur de  COASTAL AIRWAYS, compagnie qui racheta à EAS en 1983 deux BOEING 707-436 (l’un d’eux prit mystérieusement feu à Perpignan, juste avant sa livraison, en octobre 1983). Une bien étrange affaire ! » Qui donc avait aisé Kadhafi et pourquoi avoir ciblé EAS, le mystère demeure. En 1986, en France, on a un certain Charles Pasqua au gouvernail du ministère de l’Intérieur de Jacques Chirac. Celui qui avait dit « Je préfère qu’on me prenne pour un voyou que pour un con »... sans évoquer, bien sûr, ses amis, les trois frères Feliciaggi et les deux frères Tomi.

Une drôle de gestion

En fait, Lagarde jouait avec les fonds de deux de ses sociétés, en faisant les vases communiquants : « la société Alter Bail, filiale de la Financière Saint-Fiacre, est ainsi aujourd’hui propriétaire de quatre Boeing 737-200 et de deux Boeing 727-200 qu’elle reloue à EAS. Problème : ces appareils sont facturés de 30 à 50% au-dessus du prix du marché, selon plusieurs experts. Le Conseil supérieur de l’aviation marchande (CSAM) a lui-même reconnu les faits, sans les chiffrer cependant. Mais, dans le rapport de l’expert-comptable mandaté par le comité d’entreprise, ces comptes sont clairement exposés. Les quatre Boeing 737-200, rachetés 37,8 millions de francs à EAS le 27 janvier 1993, ont été loués la même année 34,5 millions puis 37,6 millions en 1994. Soit à peu de chose près le prix de l’acquisition. Toujours selon ce rapport, la Coges, une autre société de la nébuleuse Lagarde, aurait reçu 200 millions de francs de créances et la Scop Participations 5 millions d’honoraires versés par EAS sans que « cette somme corresponde à aucune activité propre, distincte de celle de ses dirigeants ». EAS, on ne peut que le constater, a sciemment été… dépouillé. On ne le comparait pas à Tapie pour rien !

Et un malheur de plus ! Un ouragan !

Les années 2000 s’annoncent tout aussi mal. Exit Lagarde. reprise à 80% par le holding de l’homme d’affaires Georges Cohen, PDG de la société d’informatique Transiciel et principal propriétaire des avions d’Air Entreprise (Falcon 50 F-GUAE puis Falcon 900 F-GVAE, Challenger 601), le « supermilliardaire du monde de l’ultraconsommation » qui limite son apport à 5 millions d’euros lors du rachat (malgré le fait qu’il vive depuis 2010 dans une maison de 7 000 m2, à Calivigny, un îlot paradisiaque au large des Grenadines…). Manque de chance, le 24 décembre 2010, suite à des rafales à 130 km:h, un grand hangar en construction prévu pour accueillir les Airbus A-330 s’écroulehangar_effondre-be796Il vaut 600 millions d’euros, fait 7 300 m2, mais pour l’édifier EAS a bénéficié d’une subvention d’Etat de 500.000 euros pour agrandir ses locaux. Mais les assurances rechignent à payer et le BTP, impayé, menace de procès : Guy Fourcade, le nouveau propriétaire perpignanais d’AES se résigne à vendre la société. En septembre 2014, EAS, devenu en 2010 EAS Industries, passe dans les mains de Philippe Chabalier venu de Studec,  et repreneur pour 50 000 euros seulement, au nom de Gesco, une société de conseil-audit, et de Romain Grau (ici son engagement politique plutôt droitier), qui changent de nom pour devenir… “New Eas” !!

Les Caravelle des cartels, les transporteurs des calabrais

caravelle-9b1fcMais revenons deux décennies en arrière : l a Caravelle F-BJTU, Type 10 B1 R, ex Air Charter International (ACI) et ex a Europe Aéro Service, vendue elle aussi par Lagarde a elle été saisie au Mexique sous le logo d’Aerogolfo, elle avait été achetée alors quelle appartenait à Air Entreprise, dirigée par Dominique Bouillon, le PDG de la Foncière des Champs Elysées (le faux nez de la revente), qui l’avait revendue à Aerosucre (ici à gauche) sous le numéro HK-3676X, après avoir été Aviaco-beria EC-BIF, puis Aerolloyd, et Transapel. Ramenée à Santa Lucía, utlisée par l’armée mexicaine (sous le numéro 10507) elle était encore visible en septembre 2006 avec les ailes et les empennages démontés avant d’être démantibulée. Aerosucre utilisant surtout des… Boeing 727. Comme l’avait fait EAS en France !
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Derrière le trafic, la redoutable N’Drangheta

Dans cette sombre histoire de vente d’avions à des trafiquants, c’est le commanditaire qu’il fallait trouver pour y voir clair : ce que l’enquête va démontrer. Avec effarement, on va découvrir que les cartels colombiens ne sont que les interdémiaires d’une autre organisation… européenne. Des transports de cocaïne dans des proportions faraplantéemineuses ont eu lieu bien avant le Boeing du désert malien, où l’on retrouvait déjà à l’autre bout une Mafia très organisée : la calabraise, la très violente N’Drangheta !!! C’est le pistage des achats qui va révéler le pot aux roses et le lien direct entre elle et le sulfureux dirigeant français, malgré ses dénégations. C’est celle de Cayenne, la Caravelle 10B3 (no 182, immatriculée HK-3835X de SERCA Colombia, qui a vu son fuselage brisé par le choc d’un atterrissage bien trop vigoureux, est bien l’ex F-GDFY d’Air Charter International – ACI (EAS – Europe Aero Service) et c’est elle, la seconde vendue par EAS qui va démêler le fil de l’enquête.

Zannetti, l’interlocuteur mafieux de Lagarde

« Le fil de l’histoire a été démêlé par les polices italienne et suisse. En mars 1994, l’opération Carthagène permet de saisir 5,5 tonnes de cocaïne, sommairement dissimulées dans des cartons à chaussures, dans le port italien de Borgano Torinese. Antonio Scambia, l’un des chefs de la mafia calabraise, la N’Drangheta, passe rapidement aux aveux et donne le nom de son blanchisseur en Suisse. Ce dernier, Angelo Zannetti, est à son tour arrêté à Lugano. Il reconnaît que Scambia lui donnait le liquide, à charge pour lui de le répartir sur différents comptes bancaires. zannettiA son domicile les enquêteurs tombent sur le numéro du compte ouvert par une société de Francis Lagarde à la banque Colbert, filiale du Crédit Lyonnais. Entre le 17 février et le 12 mars 1993, Zannetti y a effectué dix virements d’un montant total de 2,9 millions de dollars, le prix des deux Caravelle d’EAS (2 268 904 euros). A ce petit détail près : un « trop-perçu » de 957 918 dollars est rapidement transféré de la banque Colbert à la City Bank, sur le compte d’une société colombienne Corfitolima. Le vrai prix des Caravelle est donc de 1,9 million de dollars, le solde est blanchiment. » Le plus étonnant étant… le rôle de la Banque, une filiale du Crédit Lyonnais qui ne s’est en aucun cas soucié du montant conséquent des versements… dans cette affaire, beaucoup sont mouillés en effet. Mais personne ne parle.

EAS plonge et son patron est condamné

Au moment où ses vieilles Caravelle bonnes pour la ferraille et revendues aux colombiens se font pincer, en France, EAS se retrouve justement sur le carreau le 550 salariés (dont 114 à Perpignan même) perdent leur emploi. La société affiche alors un passif de 137 millions alors qu’à son rachat elle affichait 446,2 millions de francs, dont 100 millions de trésorerie… ses hangars sont mis en vente mais étrangement, Lagarde garde ses avions, car ils volaient au nom de son autre société Alter Bail. Un savant montage financier lui pemet de s’en sortir… lui seul. Les quatre Boeing 737-200 achetés 37,8 millions de francs par Alter Bail et Coges (une autre de ses sociétés) avaient en effet été en fait loués à EAS pour 34,5 millions en 1993, et 37,6 millions en 1994 explique, for surpris, Libération.  En deux ans, il s’était fait rembourser deux fois la somme ! Lagarde avait dépouillé la première pour faire fructifier la seconde : c’est aussi l’avis assuré du tribunal qui le condamne donc à deux ans de prison, confirmée par la cour d’appel avec un an avec sursis. Notre homme s’est aussitôt pourvu en cassation mais sa demande a été rejetée. Preuve que la justice tenait à le voir emprisonné. Il aurait donc du se retrouver logiquement derrière les barreaux, mais il est devenu introuvable. Et il va donc échapper à son incarcération. Pourquoi, donc là encore la raison est fort étonnante…

Servir l’Etat, ou comment éviter la prison

C-130_algeria-0f42dCar selon certains bien informés, «  Francis Lagarde et ses avions auraient rendu d’éminents services aux Services… 1994 est une année charnière. Pas seulement en Afrique. Selon L’Express du 14 octobre 1994, EAS a passé contrat avec Air Algérie pour l’envoi de 6 missiles d’Aérospatiale au Moyen-Orient ». En fait de Moyen-Orient, on songeait à L’Iran, que la France avait arrosé copieusement en poudre noire à canons ou en engins sophistiqués lors de la guerre qui avait précédé, sans jamais l’avoir reconnu bien sûr (c’était sous Mitterrand). Dix ans plus tard, selon l’Express de l’époque, la livraison des six misfalcon_exocet-afd17-1siles MM40 (Exocet), avait été supervisée par Jean-Charles Marchiani, et aurait été effectuée le 11 octobre exactement. Selon le magazine, toujours, c’était un avion d’Air-Algérie qui aurait embarqué les missiles sur l’aéroport militaire de Châteauroux, direction Chypre, où les Iranens les avaient récupérés. Tout ceci étant alors nié par Rocard, Jospin, Juppé ou… Charles Pasqua et son ombre, le sulfureux Machiani. Selon l’ouvrage « Au coeur de la corruption : Par une commissaire des RG » de Brigitte Henri, l’avion affrêté par EAS était bien un Hercules C-130 d’Air Algérie. En faire le véhicule d’une commande de vol d’EAS permettait encore plus de brouiller les pistes de ceux qui auraient cherché qui pouvait bien transporter des armes interdites de vente par embargo !!! Des armes vendues aux iraniens mais aussi précédemment au irakiens, à qui la France en avait fourgué à la pelle entre 1983 et 1985, en allant même jusqu’à «  prêter  » cinq Super Etendard équipés de missiles Exocet, chargé d’attaquer en priorité les pétroliers iraniens. Mais une autre incroyable version fut testée, selon le Fana de l’aviation n°470 de janvier 2009 dans un article est signé Gal Ahmad Sadik et Tom Cooper qui explique un drôle de montage : c’est un Falcon 50 équipé d »un drôle de nez pointu, en fait celui d’un Mirage F1EQ-5, qui aurait aussi servi. Immatriculé YI-ALE, et surnommé Suzanne l’avion avait été secrètement testé à Istres en février 1987 par des pilotes irakiens.

 

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Saddam , amateur de Falcon

Un drôle d’engin : son postefalcon_exocet2-146e2 de pilotage était coupé en deux parties : d’un coté le cockpit normal, de l’autre le cockpit d’un Mirage F1, avec capacité de tir d’Exocet. L’avion sera effectivement livré le 9 février et livré au squadron 84, spécialisé dans la lutte anti-navires. Il sera efficace, mais pas comme on l’entendait : stark1le 17 mai 1987, croyant s’en prendre à un pétrolier, il tire ses deux missiles sur la frégate lance-missiles de l’US Navy Stark… il y a ce jour-là 37 marins américains tués.

On comprend pourquoi la France tient tant à ne pas évoquer ses livraisons d’armes pendant cette guerre atroce où on s’est aussi mutuellement bombardé à coup de gaz asphyxiants. Pour mémoire, un Mystère 20 (le « pré-Falcon 50 » !) avait été utilisé pour former les pilotes français à Luxeuil. En place droite, il y avait une cabine de mirage, et en place place gauche, la standard.

 

Derrière tout ça, il y a « Charly » à la manœuvre

images-1Et celui qui se retrouvait en première ligne, Charles Pasqua qui aurait encore une fois négocié une « paix des braves » avec les iraniens, après la guerre Iran-Irak : « une certitude toutefois : cette affaire soulève une fois de plus le problème de la diplomatie parallèle menée par Pasqua, notamment en direction de l’Algérie et de l’Iran. Deux pays où s’est rendu à plusieurs reprises le préfet Marchiani. Ces derniers mois, celui-ci a fait par exemple au moins deux voyages très discrets à Alger ­ à l’automne 1994 et début 1995. Il s’était aussi rendu à Téhéran avant le procès, en novembre 1994, des assassins de Chapour Bakhtiar. L’intérêt que porte Pasqua à la République islamique l’a fait d’ailleurs surnommé « le ministre des Affaires étrangères iraniennes de la France » par un responsable iranien. C’est précisément pour calmer les autorités de Téhéran, inquiètes que des ressortissants iraniens puissent être condamnés dans le cadre du procès Bakhtiar, que la France aurait accepté de leur livrer les missiles incriminés ». Aux iraniens, qui savaient combien les Exocet avaient été.. performants… contre eux !

« Des trucs pas clairs » dans les jets privés ?

ds falconUn Pasqua ainsi décrit par un pilote : « quand je transportais Tarallo ou Pasqua, je peux vous dire que je me demandais parfois si je faisais des trucs pas clairs. Si les flics sont à l’entrée de l’aéroport et qu’ils donnent du Monsieur le Ministre, ou du Monsieur le Directeur, et qu’ils n’ouvrent pas les valises, ce n’est pas à moi de le faire ! Pourtant, je sais très bien que quand j’emmène ces gens-là visiter le président de Mauritanie, qu’on va dans le village du président, qu’on est invités sous la tente caïdale pour bouffer le couscous, je me doute bien qu’il n’y a peut-être pas que des slips propres dans les valises. Eh bien, ce n’est toujours pas mon problème ! » Les confessions au Point de cet ex-pilote, que nous appellerons Louis, expliquent bien aujourd’hui ce qu’est le monde de l’aviation d’affaires : un univers extrêmement opaque, en dehors des règles de droit commun, et sur lequel les puissants de ce monde veillent jalousement pour faire fructifier leur business… » Une image pouvant servir d’exemple aujourd’hui aux deux pilotes imbrigiés dans l’histoire de Punta Cana… pour les innocenter. Nous suggérons à leurs avocats de reprendre ce texte, s’ils veulent à nouveau tenter de les faire sortir du bourbier dans lequel ils se sont mis.

On retombe sur quelqu’un de connu !

caravelle 188Mais il y a mieux encore quand on étudie de plus près le cas de la fameuse Caravelle 10-B3 N°189, immatriculée F-BJTU. En 1981, elle est achetée par Lixxbail SA, qu’on va retrouver plus tard derrière la location du Falcon 50 F-GXMC d’Afflelou via sa société adhoc Mascaralain, une petite EURL. Six ans plus tard, elle passe chez SA Europe Aero Services division Aero Sahara, puis en 1989 chez BNP Bail SA et en 1994 chez SNC Negocequip. Mais c’est son dernier propriétaire à partir du 16 février 1994 qu’on retiendra : SARL Global Aero Finance, installée 73 bis Quai d’Orsay à Paris dans le VII eme arrondissement. Et surtout le nom des administrateurs de sa Société d’Assurances : Aerotrading Assurance SA , installée à Luxembourg, au 10 Avenue de la Faïencerie. Celle qui avait valu à son responsable principal un procès avec l’assureur AXA Corporate Solutionsglobal caravelleOn y trouve entre autres Edward Arevian, habitant Champigny, spécialisé en informatique et « auto entrepreneur« , Pascal Bicheron, avocat, habitant dans le VIIIe arrondissement, et… Alain Castany, habitant dans le XVIeme et qui est né à… Perpignan, celui à la tête de l’entreprise. Le « troisième » pilote du Falcon de Punta Cana est celui qui se cachait derrière « l’export » de la Caravelle…. en Colombie : joli surprise !!! Il avait vendu ainsi 26 avions, dont la F-GJDM (la N°188, ex-Altaïr, ex STAIR- Société de Transports Aériens Internationaux et Régionaux-, ici à droite, elle deviendra HK-3914X chez Americana Colombia en mai 1994 et HK3947X, ic à gauche, en août chez Global Colombia…) en plus de celle déjà citée. Pascal Bicheron sera mis en examen en 2009 pour « blanchiment d’argent en bande organisée de revenus provenant de narcotrafiquants colombiens« … les soupçons portaient sur 100 000 euros douteux, la défense de l’avocat sur un dossier transmis par un confrère espagnol. Son adresse était au… 73 (bis) quai d’Orsay. Au 73, c’est la propriété de 15 pièces de la famille Carlhian, des « antiquaires parisiens réputés », d’une valeur de 42,5 millions d’euros. Au quai d’Orsay, le m2 oscille entre 9000 et 15 000 euros.

Ghostofmomo et un gros coup de main de Falcon sur l’historique des Caravelle.

l’histoire d’EAS :

arton810L’ouvrage de référence :
« CARAVELLE – LA FRANÇAISE DE LA JET SET » des éditions Avia, écrit par John Wegg. Un pavé de 576 pages !
Le journal citoyen est une tribune.  Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.
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  1. avatar

    Article très bien renseigné en particulier sur la partie luxembourgeoise.
    peut être serait il intéressant de s’intéresser aux périodes durant les quelles les gens ont été en rapport avec d’aérotrading ou aux suites données à la mise en examen de feu pascale bicheron avant de lancer les noms des gens dans la nature laissant sous entendre qu’ils seraient parties prenantes d’un trafique de drogue de grande ampleur……