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Coke en stock (CLXXXVIII) : la découverte et la chute des fournisseurs d’avions (23)

Durant tout l’enquête, une autre question taraude :  c’est bien joli ce trafic, mais ça rapporte combien d’argent aux narcos ?  Cela, on va bientôt en avoir l’idée avec les aveux d’un des « comptables » du groupe de Pontes et Lacerda, dans le Mato Grosso brésilien, abordé dans l’épisode précédent qui va aligner des chiffres sidérants : en prévision de la Coupe du Monde de football de 2014 (1), les trafiquants avaient vu grand.  Très grand.  Un million de dollars par semaine devait être versé dans des banques laveuses d’argent sale en pleine manifestation sportive.  Des trafiquants qui ont aussi résolu d’arroser tous azimuts les politiciens, afin de s’assurer une tranquillité de fonctionnement que ces derniers n’avaient pas su leur refuser, bien entendu.  On s’apercevra alors également que l’outil indispensable des dealers de coke étaient le Blackberry.  Et on découvrira plus tardivement que ces mêmes dealers en avaient les clés, pour communiquer entre eux… à l’insu de la police !

Comment bien blanchir… en faisant du sport !

Dans le dossier, il manquait encore comment blanchir l’argent, et c’est un agent de change de Pontes et Lacerda qui l’a expliqué aux policiers… après s’être fait prendre sur écoutes au téléphone  (avec un Blackberry non protégé ?) en train d’expliquer à un « correspondant » quelle démarche à suivre pour y arriver. Et dans les grandes largeurs, puisque la somme astronomique de 80 millions de dollars a été citée, un détournement en réalité des travaux de la Coupe du Monde de football au Brésil (qui avait attiré plein de monde en effet)…  c’est le Journal de Cuiaba qui résume ici parfaitement l’histoire, et elle vaut le détour (c’est un peu long mais ça explique tout, c’est pourquoi je vous la propose telle quelle) :  « l’opération Hybris a été lancée par la police fédérale pour démanteler un gang de trafic de drogue dont les recettes mensuelles pouvaient atteindre 30 millions de reals. Au total, 40 mandats d’arrêt ont été délivrés, 36 préventifs et quatre temporaires. Le gang est toujours soupçonné de blanchir de l’argent provenant du trafic interentreprises qui a remporté des offres dans les préfectures du Mato Grosso. Dans les messages interceptés par la police fédérale, il est révélé que la transaction financière a été demandée par la personne identifiée comme « Cup Face ». « Il n’y a aucune citation nominale à aucune autorité publique dans le Mato Grosso et aucune mention de fonctionnaires ». « Le 23 mai, Gilberto Oliveira demande à Carlos Virgilio, alias « Ca », si le trésorier ayant sa confiance aurait des dollars stockés. « Ca » dit non, parce qu’il a besoin de chercher quelqu’un. Il déclare qu’il a reçu l’information comme quoi l’individu dans lequel ils négocieraient l’échange de dollars appartiendrait à une très riche famille de Cuiabá « , indique le rapport. Sans transaction financière pour réaliser la transaction de plus grande valeur, Gilberto Oliveira active donc Carlos Virgílio da Costa, un homme d’affaires de Pontes et Lacerda, et offre une commission de 2% pour entrer dans le système. L’avantage est que Carlos Virgilio connaissait un agent de changes à Cuiabá qui monterait jusqu’à 1 million de reals par jour. La police croit que le changeur d’argent de Cuiaba à qui Gilberto et Carlos se réfèrent est Valde José Barros, qui effectuerait des mouvements jusqu’à 1 million de dollars par semaine, pour le chef du gang de la drogue, Ricardo Cosme da Silva, surnommé « Superman ». De là, les échanges de messages indiquent que Gilberto Oliveira s’est rendu à Cuiabá le 24 mai 2013 pour mener les négociations avec la « Cara da Copa ». Il a également demandé à Carlos Virgílio que l’achat de dollars soit fait au taux le plus bas pour obtenir une marge bénéficiaire plus élevée. Dans le rapport, la police fédérale souligne que Carlos Virgílio est propriétaire d’une société de location de véhicules en partenariat avec Eduardo Matias, arrêté en avril 2013 dans le cadre de « l’Opération Comboio », lancée pour lutter contre le trafic de drogue. Présenté comme entrepreneur, Carlos Virgílio est une ancienne connaissance de la police fédérale, depuis qu’il a été arrêté en avril 2014 dans la région de Porto Espiridião, alors qu’il faisait l’éclaireur pour une cargaison de cocaïne. Le rapport de la police ne donne pas plus de détails sur le déploiement de l’enquête en cours «  

Pots de vins à gogo

Virgilio en 2013 avait été en effet intercepté le 22 août 2013, sur la BR 174, en direction de Caceres en compagnie de Wescley Gomes Longo et Katya Deacy Lemes Werk  à bord d’une Ford Fusion (elle était arrivée à bord d’uneToyota Corolla).  Un fait à noter : tous les renseignements avaient été extraits de l’écoute des seuls Blackberry, apprendra-t-on un peu plus tard… au sommet de l’Etat, c’est l’ancien secrétaire d’Etat aux Finances et Maison civile dans la gestion de Blairo Maggi et Silval Barbosa Eder Moraes, qui est tombé dans le collimateur de la justice brésilienne, car il a laissé entendre que des pots de vins avaient été effectivement versés, (nota : par des trafiquants) pour la réalisation de travaux locaux ou nationaux, dont ceux de la Coupe du Monde. Notamment sur la construction de l’Arena Pantanal (le stade de football situé à Cuiabá) et même pour le VLT (le tramway de Rio de Janeiro, ici à gauche, construit par… Alstom, pour les Jeux olympiques d’été de 2016).  En 2014, un géant du BTP brésilien, Andrade Guttieriez, avait déjà en effet reconnu avoir eu recours à cartel pour truquer les appels d’offres sur la construction ou rénovation des stades brésiliens.  Trois ans plus tard, le 17 septembre 2017, à la suite de ces propos, un magistrat fédéral, Jeferson Schneider, faisait saisir 36 propriétés, 3 véhicules et un avion appartenant aux deux principaux hommes d’affaires ciblés par l’opération de « nettoyage » de compte publics, appelée Ararath, à savoir Genir Martelli, propriétaire du groupe Martelli Transport, et d’Oswaldo Barbosa; éleveur entre autres de bovins et de taureaux « Di Genio » comme spécialité.  L’avion de Martelli, enregistré au nom de Barbosa, saisi étant immatriculé PR-UNP; c’est l’ex N325JM (le Raytheon Aircraft Company B300 FL-235 de 1999 :  il a effectivement été vendu au Brésil le 19 décembre 2013 par Volux Aviation LLC).  Un avion de ce type se négocie au-dessus du million de dollars.  L’argent des narcos, lessivés en dollars via le bâtiment (un grand classique, à part que là c’était pour la coupe du monde de foot ) avait donc servi à emplir les caisses des partis politiques… un vieux souvenir du temps de Charles Pasqua et de la French Connection flotte sur l’arrestation de Cosme ?  « Le MPF a dénoncé que le régime consistait en l’octroi d’avantages fiscaux irréguliers par l’État du Mato Grosso, au moment où Eder était à la tête de la Maison civile. Le crédit d’impôt a ensuite été radié par les sociétés en paiement dans la taxe sur la circulation des biens et des services (ICMS). Selon le MPF, des incitations fiscales de l’ordre de 192 millions de reals ont été accordées à Martelli Transportes, à Transportes Panorama, à Transoeste Logística et à Transportes do Oeste. « En récompense pour le groupe politique impliqué dans le projet, les entrepreneurs ont transféré une partie du montant reçu comme crédit d’impôt aux entreprises liées à Junior Mendonça, pour supprimer ou réduire le montant total des dettes du groupe politique représenté par Éder de Moraes »… Classiquement, les paiements étaient faits aux entreprises par de fausses prestation de services dans le domaine du conseil en gestion gouvernementale, ajoute le journal… on reste très classique finalement, à se croire en France dans les années 60 (jusqu’au moins les années 80, voire avec Bolloré en Afrique) !

Tout cela RIM à quoi ?

Mais un point fort particulier a été relevé lors de la capture du trafiquant : « dans le rapport d’enquête, la police fédérale a reconnu les difficultés à incriminer les trafiquants. Les agents ont expliqué que les criminels n’utilisaient pas les téléphones portables pour parler du trafic, «parce que tout le monde sait que ce moyen de communication est régulièrement surveillé par l’appareil répressif de l’État et ils voulaient donc éviter la production de preuves incriminantes ». Pour tenter de feinter les agents, les trafiquants échangeaient des messages sur les téléphones de marque BlackBerry. Cependant, en 2012, la société Research In Motion a rendu possible la violation du secret des données qui ont été ainsi contrôlées ».  Mouais.  Car qu’apprend-t-on fort récemment ? Qu’une firme avait réussi à contourner la visibilité effarante du RIM-Blackberry (en France des petits malins avaient trouvé plus drôle). Souvenons-nous de Barrack Obama, vrai fan de l’objet et prié de s’en séparer par ses propres services de sécurité en raison des failles béantes de protection de l’appareil !!!  Une firme canadienne, qui faisait payer cher le procédé… on l’apprend avec l’arrestation surprise par le FBI de Vincent Ramos le PDG de Phantom Secure, qui aurait avoué que la protection supplémentaire qu’il faisait payer cher avait été conçue dès le départ… pour que les trafiquants puissent communiquer en toute sécurité :  «Nous l’avons fait – nous l’avons fait spécifiquement pour ce [trafic de drogue]» aurait-il avoué à Las Vegas en février 2017.  “Cette organisation Phantom Secure a été conçue pour faciliter le trafic international de drogue dans le monde entier”, a déclaré l’avocat américain Adam Braverman. “Ces trafiquants, y compris les membres du cartel de Sinaloa, utilisent ces dispositifs entièrement cryptés pour faciliter leurs activités de trafic de drogue afin d’éviter  la loi.” Les agents ont estimé à 20 000 le nombre de téléphones Phantom Secure modifiés utilisés dans le monde entier. Les communications via les téléphones sont automatiquement acheminées vers des serveurs au Panama et à Hong Kong, selon les documents judiciaires, ce qui rend les données plus difficiles à retracer. Phantom Secure peut également supprimer des fonctionnalités clés des appareils pour les verrouiller, telles que la communication vocale, le microphone, le GPS, l’appareil photo, Internet et les applications de courriels , laissant uniquement la fonctionnalité de texte » précise Intellivoire.  Effarante découverte (ils sont quatre a avoir été  accusés par le FBI : outre Ramos, il y a aussi  Kim Augustus Rodd, Younes Nasri, Michael Gamboa et Christopher Poquiz, tous les quatre en fuite, et près de 150 noms de domaines leur appartenant ont été coupés du réseau ) !

Le mangeur de Blackberry

Le Blackberry aujourd’hui en désuétude va donc laisser une trace dans l’histoire, mais pas celle espérée par ses créateurs canadiens.  Avec quels gags en supplément.  En novembre 2013, en Martinique, un trafiquant appelé Kevin Doure, qui ne connaissait pas Phantom Secure, avait essayé de briser son Blackberry à grandes coups de dents… avant de le piétiner.  Selon l’OCRTIS, Kevin Doure, « le parrain de la Blanche »  faisait« partie d’une vaste organisation criminelle spécialisée dans l’envoi massif de cocaïne par voie maritime à destination de la métropole et de l’Europe ».  Avec ses associés, ils « communiquaient quasi exclusivement grâce aux BBM ». Kevin Doure, PDG d’une société d’import-export de fruits et légumes aux Mureaux (dans les Yvelines), qui collectionnait les grosses cylindrées, avait fait venir notamment 512 kg de cocaïne de Fort-de-France à Dunkerque (au total une tonne avait transité)… il avait en fait été dénoncé par un bande rivale basée du quartier Godissard. « Pull-over Cerruti sur le dos et valise Louis Vuitton à la main, le martiniquais, fournisseur présumé notamment des quartiers parisiens, s’est fait pincer à Roissy, dans les salons huppés de la compagnie Emirates, alors qu’il allait embarquer sur un vol à destination de Dubai » comme l’avait décrit ici France-Info… en octobre 2016.  Le frimeur dévoreur de Blackberry a écopé, au Palais de Justice de Fort-de-France, d’une peine de 10 ans de prison ferme… largement le temps de lui apprendre l’existence de Phantom Secure…

Les Blackberrys et le renseignement au chœur de l’enquête

Face à demande de libération de l’accusé en raison de l’Habeas Corpus, la justice brésilienne en la personne du Procureur de la République Gilmar Ferreira Mendes avait dû expliquer le rôle exact des écoutes téléphoniques sur les emprisonnés.  Sa réponse avait été fort claire : « face à la sophistication de l’organisation criminelle, à son pouvoir économique, le nombre de personnes impliqués, il est devenu évident que les moyens d’investigation typiques seraient insuffisants pour pénétrer l’organisation complexe afin de la perturber. En ce sens, d’autres enquêtes d’investigation plus incisives qu’une enquête classique pourraient faire mieux toutes les enquêtes instituées, permettant d’arrêter les délinquants. Cette fois-ci, il était évident qu’il fallait intercepter les personnes suspectées par téléphone, que la demande avait été acceptée et que les hypothèses juridiques étaient contrôlées par la Cour au cours de l’enquête policière. Au cours de l’enquête, les suspects, à l’aide des terminaux BlackBerry, ont échangé des messages clairs liés sur le trafic international de stupéfiants, ainsi que ceux liés au mouvement des fonds de cette activité illicite, car cela leur semblait une nouvelle façon de sécuriser la communication pour effectuer ces actions illégales, comme cela a déjà été dit. L’interception de ces terminaux téléphoniques et le flux de données fournies, obtenus part l’équipe de recherche pour recueillir des renseignements constituent une preuve solide d’ensemble, au regard même de l’enquête et des descentes de police qui ont abouti à la saisie de 2 297 kg (deux mille deux cents et quatre-vingt-dix-sept kilogrammes) de substance narcotique, ainsi que l’arrestation en flagrant délit de certaines personnes impliqués. Malgré la grande quantité de stupéfiants saisis, il est impératif de souligner que le groupe criminel enquêté a mené à bien de nombreux transferts de trafic de drogue, malgré qu’en raison de nombreuses difficultés techniques, la police n’avait pas réussi jusqu’ici à procéder à des arrestations ».  Les requérants semblaient aussi avoir oublié les deux tonnes de coke… dont une partie avait pourtant fait une belle pyramide sur un plateau de pick-up…

La police et la tentation de la drogue

Pas facile de résister aussi aux milliers de dollars offerts par le trafic.  Le 27 septembre 2016, un Cessna immatriculé PT-DPC  (c’est un 182N N° 18260406 enregistré au Brésil le 2 septembre 2010 appartenant à l’aéroclub de Mirassol D’ Oeste) se pose sur une piste de terre près de General Carneiro, à 449 km de Cuiabá (on reste dans le même secteur).  La scène est classique comme son chargement : à bord il y a 150 kg de cocaïne !  Ce qui l’est moins c’est son pilote, qui s’appelle Arnaldo Sottani.  Car c’est un ancien policier, qui a tenté de renverser ses anciens collègues arrivés sur place avec son appareil.  Dans l’échange de tirs qui s’en est suivi, il a été blessé à la jambe et un Beechraft Baron B58  médicalisé est appelé pour l’évacuer vers Cuiaba (c’est le PR-CIC) -. C’est celui du Segurança Pública (Sesp) du Mato Grosso TH-2201, ex N3501N« Sottani a été licencié par le gouvernement de l’État en 2013 pour une inconduite présumée. Il a été reconnu coupable d’une infraction commise lors de l’enquête sur le vol de bétail à Carlinda, à 724 km de Cuiabá en 2009. Selon la police civile, l’ancien chef de police a également fait l’objet d’une enquête pour trafic de drogue.  Avec sa démission, l’ex-délégué a cessé de recevoir le salaire et toute somme d’indemnisation. Sottani a également été arrêté en 2010 et poursuivi pour un trafic de drogue présumé survenu à Goiás, mais il avait finalement été acquitté dans l’affaire ».  L’évacuation sanitaire au Brésil utilise d’autres Beech, dont celui-ci , très bien équipé, le « Falcao O6 « PT-WSA  (TH-331; ici à droite).  Un avion saisi à un narco-trafiquant notoire, en 2001, près de … Cuiabá. Il avait été utilisé pour transporter 488,5 kilos de cocaïne du Paraguay vers les États de Rio de Janeiro et de São Paulo.  C’était celui du trafiquant Luiz Fernando da Costa, autrement dit le célèbre Fernandinho Beira-Mar !!!   En 2012, le gouvernement brésilien en avait recyclé ainsi toute une palanquée, dont la liste est ici… Dedans il y avait l’élégant PP-JHC, attribué au Mato Grosso do Sul, en train de se garer ici au Campo Grande International Airport.  C’est le T206H numéro T20608756 arrivé le 28 janvier 2008 dans le pays. Parmi les appareils retournés à la vie civile après un petit passage derrière les barreaux un fort élégant Cessna 210, immatriculé N918DT… un avion dont le vendeur va vous dire quelque chose, puisqu’il habite Boca Raton en Floride, et que sa société s’appelle… North Atlantic Aircraft Services Corp (voir notre épisode 14 et le cas de « Joao ») !!!

Des cadeaux empoisonnés ?

L’avion qui avait emporté le policier véreux à l’hôpital était « le cinquième avion donné par Free Space à la magistrature brésilienne », avait-on pu lire.  Et effectivement, puisqu’on en trouve un autre.  Mais celui dont je vais vous conter l’aventure dépasse l’entendement.  C’est le PT-KPG, un autre Beechcraft Baron.  La première photo que l’on avait eue de lui était celle d’un avion posé dans un champs, train rentré en septembre 2013 vers Campo Grande.  Le compte rendu du crash est ici.  Pas de chance pour lui, c’était en effet l’avion des « bombeiros », (« el Corpo de Bombeiros de Mato Grosso »), à savoir des pompiers.  Pas de chance, car il avait déjà eu des aventures auparavant.  En décembre 2010, notamment.  Le 3 septembre à Campo Grande deux avions étaient arrivés, offerts aux pompiers.  L’avion avait été saisi en 2010 au  trafiquant Mario Sérgio Arias, 53 ans, connu sous le nom de « Panelão ».  Celui qui avait déjà, à l’époque, fait parvenir une tonne de cocaïne par mois au Brésil via les villes de Ponta Pora et Corumbá, notamment.  Le trafiquant était aussi, et déjà, le représentant de São Paulo du groupe du Comando Vermelho, un des pires gangs de la capitale brésilienne comme on l’a vu.  Trois mois après, avaient été arrêtés ses pilotes : Marcos Julio Knorre, 42 ans, pilote de ligne, et Ariase João Marcos Rolim, 38 ans, interceptés dans le hangar d’une compagnie de taxi aérien de l’Eldorado Village, à Atibaia (VL Táxi Aéreo Ltda). Il s’apprêtaient à embarquer 42 kilos de cocaïne…. trois avions avaient été saisis :  un Baron A56, un Baron A58 et un « EXP Cessna »… (le Cessna étant en fait le PT-IXP, un Cessna U206F Stationair.

Or, trois mois après leur arrivée, sont découverts à l’intérieur, très bien cachés (derrière les emplacements des jambes de train, dans les ailes, pour les Beechcrafts…), pas moins  650 000 dollars et 100 grammes de marijuana toujours dissimulés. « Pour trouver l’argent et la drogue, les experts fédéraux « ont pratiquement démonté l’avion », qui se trouve dans le hangar du gouvernement à l’aéroport international, indique le commandant ».  « Les avions n ‘étaient pas encore utilisés par les pompiers.  Depuis leur déplacement, ils étaient stockés. » affirme le responsable de la base.... Ils n’avaient donc pas été vérifiés à fond !!!  Les pompiers étaient millionnaires, mais ils ne le savaient pas !

L’arrestation, après des années de cavale

Et où donc avait-on retrouvé l’auteur de ces étranges cachotteries, plus de 4 ans plus tard et 7 ans après les vols de cocaïne ?  Pas loin de tout cela, ou plus exactement au sud de Londrina (la  « petite Londres », au nord de l’État du Paraná), à Gleba Palhano, ville ultra-récente, extension de la précédente : « Avant de devenir un quartier, le Gleba Palhano était une immense ferme ouverte par l’arpenteur Mábio Gonçalves Palhano, qui, avec ses frères, avait plus de 1200 alqueires (1 alqueire varie entre 2,72 et 9,68 ha au Brésil).  Après des années, la région de la vieille ferme Palhano est devenue l’un des lieux avec une concentration plus élevée de bâtiments de la ville, ceci depuis le milieu des années 1990 quand le boom immobilier a commencé, avec la montée vertigineuse des bâtiments résidentiels de luxe ».  Il a en effet été (enfin) arrêté le 20 décembre 2017 , « alors qu’il rendait visite à une fille qui vit dans un immeuble de la région » dit la presse. Tranquillement alors qu’il était recherché depuis… 2012, avec sur le dos un casier judiciaire depuis au moins 1977 !!!!  A Londrina, où l’on avait saisi en 2013 des avions venus de Salto Del Guairá, au Paraguay, sur des pistes clandestines dans l’intérieur de São Paulo…  « Les enquêtes ont montré qu’au moins 12 avions étaient utilisés par des criminels, effectuant jusqu’à deux vols quotidiens, chacun transportant environ 600 kilogrammes de marchandises, d’une valeur estimée à 500 000 dollars par envoi illicite. Quatre avions ont été saisis tout au long de l’enquête. L’un est un monomoteur  sur lequel l’armée a tiré (FAB) en Octobre 2015 (voir ici, la photo deson aile est à droite) quand il a essayé de repartir au Paraguay chargé de marchandises.  Les groupes, responsables du fret aérien, ont été recrutés par des agents ayant leur siège à Foz do Iguaçu au Paraguay.  En outre, l’un des groupes a vendu les produits dans ses propres entreprises à Ribeirão Preto, à l’intérieur de São Paulo et dans la ville même de São Paulo ».  La presse montre alors en illustration un avion à l’immatriculation floutée.  On retrouve vite lequel : c’est le PT-HRZ… (un Embraer EMB-721D Sertanejo, la télévision ayant beaucoup moins de scrupules) !!!  Plus intéressant encore quand on agrandit la photo de l’appareil, lorsqu’elle présente une meilleure définition (merci Jet-Photos !)… Que découvre-t-on en effet ? Un tube de Venturi, pardi !!!  Le gadget des narco-trafiquants, qui l’ont remis au goût du jour !!!

Un autre nid à trafic

Le 10 février 2016 je vous avais fait part de cette incroyable attaque d’avion filmée en plein vol par un particulier Luiz Fernando Sampaio Puretz.  Celle d’un Cherokee 32R Lance Piper (construit sous licence au Brésil par Embraer-Neiva sous le nom d’EMB-721C Sertanejo) immatriculé PT-EXP, retrouvé l’aile gauche criblés de balles (on en a croisé un de ce type ici).  Depuis, de nouvelles informations sont parues sur les suites de cet incident.  La découverte, on l’a vu, de plusieurs ateliers de retapes d’épaves pour en faire des avions à voyage unique de livraison de coke, notamment.  Dans l’endroit où les policiers ont retrouvé l’avion perclus de balles, lors de leur Operação Celeno, il y en avait d’autres, en effet.  Ce n’était pas n’importe où en fait : cela faisait partie de l’aérodrome d’Edu Chaves dans le Paranavaí. Un aérodrome historique où avaient été vus des DC-3 au sortir de la guerre, et qui se résume à une seule piste en dur en fait. Il y avait aussi un autre Sertanejo tout blanc retrouvé abandonné au bord d’une très longue piste clandestine, à l’aile droite visiblement arrachée.  L’avion a été ramené à la caserne de policiers de Paranavaí, une fois sa découverte faite (photo ici à droite).  Il portait l’immatriculation ZP-BLY et était vide de sièges à part celui du pilote, mais surtout lesté de 420 kilos de cocaïne à l’intérieur !  Un internaute retrouve un reportage sur l’endroit où il a été trouvé : au bord d’une plantation de cannes à sucre, le long d’une énorme piste de 900 mètres de long où subsistent des vestiges de campement, ce qu’un reportage télévisé brésilien montre en détail.  En fait, l’aide droite manquante sera  retrouvée par la police « dans le hangar d’une compagnie d’entretien aérien de l’aéroport de Paranava »… explique ici Diario del Noroeste, qui révèle par la même occasion l’arrestation d’un ancien résident d’Amaporã, qui « a avoué avoir fait atterrir l’avion sur la piste clandestine.  Il n’aurait pas expliqué pourquoi l’avion était sans aile droite ».  Dans le hangar, il y a effectivement l’aile droite de l’avion, mais aussi un amoncellement incroyable de produits électroniques importés : on avait affaire à des trafiquants connus, déjà étudiés ici il y quelque temps.  D’autres avions sont en effet retrouvés.

D’autres appareils laissent aussi entendre de drôles de choses

Si Edu Chaves de Paranavaí a révélé bien des secrets, l’opération portait au total sur 4 états, le Paraná, São Paulo, le Minas Gerais et Espírito Santo.  A Parana ont été visés Maringá, Paranavaí, Loanda, Amaporã, Foz do Iguaçu et Londrina.  Les sites d’Ituverava, d’Orlândia et de Barretos, livreront aussi des avions douteux.  A Salto Del Guairá, dans le Paraguai, des pistes clandestines ont été découvertes.  Un des groupes de trafiquants écoulait ses marchandises à Ribeirão Preto,

Trois ex kangourous commandés presqu’en même temps ! 

Lors de l’opération « Celeno » la police militaire révèle qu’au nord de La Paz près du Parc Madidi (c’est en direction du Pérou, vers le Bahuaja-Sonene National Park), une piste clandestine a été trouvée et deux avions y ont été saisis. Le 12 août quatre hommes ont en effet été arrêtés sur place, deux boliviens, José Dantas Porcel (21 ans) et Lucio Paz Fernando (25 ans), un péruvien, Oscar Alexander Pastor Ramírez, mais aussi un colombien, Orlando Fernández Moreno; âgé de 59 ans. Un homme est mort sous des coups de feu, Nilson Mole Pérez (26 ans), qui était armé d’une carabine et avait fait feu sur les policiers.  Des téléphones cellulaires mais aussi satellites sont saisis, à l’intérieur de deux Cessna, le  CP-3051 et le CP-3012. Les deux sont enregistrés à la DGAC bolivienne, le CP-3051 au nom de César Carmelo Salvatierra Roman et le second, le 3012 au nom de… Rony Campos Salvatierra.  La même famille, donc, on peut l’imaginer.  Et la même provenance lointaine, ce qui étonne encore un peu plus : le CP-3012 U20604607 vient de loin en effet… du pays des kangourous, où il était le VH-UFG, qui a été exporté en Bolivie le 5 mars 2015 : cela faisait un an et demi qu’il était sur place.  Il ne faillit pas, en tout cas, à la tradition des appareils abîmés revendus moins cher, car en 1986 en voulant se poser à « Shangri-La », en fait le nom d’une simple bande de terre non homologuée, en partant de Griffith, il avait connu une sérieuse alerte.  En voulant se poser court, l’avion qui avait mal évalué sa trajectoire, posé trop court avait rebondi avec la puissance moteur soudainement remise à fond par le pilote, repliant le train avant et brisant sa fourches entraînant en même temps le pliage de l’hélice.  Réparé il avait donc été revendu bien plus tard… directement en Bolivie.  Sur la queue, il portait toujours le slogan « In God We Trust » car son propriétaire n’était autre que Reilly Pastoral Co PTY LTD… une société d’éleveur d’animaux dans le Queensland et surtout de cochons, répondant au nom d’Andrew Reilly; ici dans le collimateur de gens défendant la cause animale.  Et semble-t-il aussi très croyant d’après le slogan en anglais encore affiché retrouvé sur son avion devenu bolivien !!!  Un registre de réception découvert  Chez Almacenera Boliviana S.A. de Santa Cruz nous fait constater que l’avion venu d’Australie n’est pas arrivé seul, mais avec un copain à lui  ; les deux divisés… « en 6 paquets, correspondant à 2 avions démontés » selon Almacenera Boliviana … le  Cessna A de 1978  U206G Registro N°VH-UFG serial N°U20604607, et le Cessna de 1983  U206G enregistré VH-JEK serial N°U20606774(vérifiable ici) ah tiens, il y en avait donc un autre encore, de kangourou !!!  Or celui-là est allé en Bolivie chez un dénommé Eric Jesus Toro Ali, de Santa Cruz De La Sierra, devenant le CP-3009.  L’homme tient un « centre de formation en bijouterie et en caoutchouc naturel (hévéa) ».  L’avion n’a pas semblé faire parler de lui depuis. L’importateur étant bien connu : Aerodealer Import Export SRL. Une firme qui travaille aussi pour le gouvernement bolivien, il faut le noter !!!  Le 2 février 2013, un de ses appareils, le CP-2758, un Cessna C-210 de 1973 (2105990) avait vu son train gauche se rétracter à l’atterrissage  sur l’aéroport de d’El Trompillo, faisant sortir l’avion de la trajectoire souffrant de léger, le pilote s’en sortant indemne.  Selon Boris Miranda, il se peut qu’il ait été confondu avec le 21059902 qui est l’ancien N550EA, originaire de Prairieville en Louisiane et exporté en Bolivie le 11 décembre 2012.  L’autre avion saisi, le CP-3051 est le Cessna U20606759. C’est l’ex VH-OBP visible ici en vente à gauche (et là à droite)… un appareil également australien, donc, arrivé là-bas le 6 septembre 1988. Il avait été annoncé en vente ici chez Aircraft On Line le 31 juillet 2013, encore muni de son coffre inférieur (ici en 2009 il paraissait alors en bien meilleur état).  Les registres australiens le donnent comme au 2 février 2015, soit un mois avant son prédécesseur. Il a manifestement, comme lui, été repeint entre temps, avec l’attribution d’un design bien plus moderne.  De façon dérivative, il avait obtenu sa version « Coronado ».  De quoi se familiariser en simulateur pour les trafiquants !!!  Pour ce qui est de son prix, demeuré inconnu, l’avion avait aussi été présenté dans le magazine australien de revente « Classifieds » comme étant proposé le 9 août 2013 aux enchères… au Darwin Airport dans les Hangers d’Air Frontier, 4 Murphy Court, sur le Darwin International Airport donc.  Il aurait donc été l’objet d’une saisie douanière préalable !!  Ce jour-là était proposé aussi le Piper PA 31 350 Chieftain VH-RNG (31-7852142) ancien de Professional Air Services.  Ici le VH-JMD d’Air Frontier, qui pourrit sur place en 201 (ici d’autres appareils aux enchères en 2013).  Dans le matériel trouvé à bord des avions, on notera la carabine USM1 datant de la seconde guerre mondiale, la grosse radio-scanner de fréquences aviation (au centre, posée à l’envers) et… les portables satellite, un Iridium 9555 et un 9505A, trois GPS, pas moins, un talkie-walkie (Handy) et aussi 2000 litres de kérosène ! Selon les interrogatoires  (et les autorités boliviennes), les trafiquants volaient du VRAEM essentiellement du Pérou vers le Brésil.

Bilan des saisies : 4 gangs partageant le même aéroport !

La police peut alors faire le bilan de ses prises. C’est assez effarant  » dans le cadre de l’opération Celeno, le FP a perturbé quatre organisations criminelles qui utilisaient 12 avions pour transporter des marchandises de grande valeur, comme des médicaments et de l’électronique, en provenance du Paraguay. Les jours de bon éclairage et de visibilité, jusqu’à deux voyages par jour étaient effectués par chaque avion, avec un chargement de 600 kilos de produits d’une valeur de 500 000 dollars. En trois ans de calcul, on estime que les gangs ont déplacé 9 milliards de reals ».  Un trafic conséquent et une organisation sans faille, saluée par la police elle-même :   « Le délégué Alexander Dias a souligné l’audace des criminels qui, même avec les opérations de surveillance, ont continué à faire de la contrebande et du transport aérien, même pendant la Coupe du monde. Chaque trajet de transport (de matériels de contrebande surtout) revenait à 3 000 dollars et seul un des groupes – le plus structuré – avait son propre avion. Ce même groupe possédait des dépôts à Ribeirão Preto et São Paulo, fabriquait de fausses factures de la marchandise et la revendait. Ce jeudi, l’opération a tenté d’arrêter les leaders, les pilotes, les agents et le personnel d’accueil sur place. Ces équipes se sont vantées de décharger des avions en deux minutes. Quatre avions ont été saisis au cours de l’enquête et sept autres l’ont été en plus jeudi à Londrina, Orlandia, Ituverava et Barretos. Les gangs ont également commis une surveillance aérienne intense, même celle de l’avion présidentiel. Les quatre groupes étaient indépendants, mais maintenaient l’aéroport de Paranava comme une base opérationnelle et une structure de sécurité commune. Parmi les personnes concernées figure un Paraguayen et son épouse, responsables de la logistique du chargement et de l’expédition des marchandises au Paraguay. L’homme aurait été actif depuis 1987. L’un des plus grands trafiquants du Brésil a été arrêté en 2007 et il était toujours en activité en tant que leader. Un autre chef était un policier en civil, abattu en 2011 lors d’une opération de la police fédérale de la route, de l’aéronautique et de l’Internal Revenue Service ».

(1) qui se terminera en cauchemar pour l’équipe du pays lors de la demi finale contre les Allemands… mais une coupe du monde qui avait été fort lucrative pour le BTP.  En 2016 le groupe Andrade Gutierrez, avouera avoir participé à un cartel pour truquer les marchés d’attribution des travaux de construction ou rénovation « d’au moins cinq stades »… pire encore avec ce qu’avaient appris après coup les habitants du pays :  « lors de l’attribution du Mondial 2014 au Brésil par la Fédération internationale de football (Fifa), l’ex-président brésilien de gauche Luiz Inacio Lula da Silva avait promis aux Brésiliens que les stades seraient financés à 100% par de l’argent privé. Mais faute d’engouement des investisseurs, les pouvoirs publics brésiliens avaient finalement assumé l’intégralité de la facture, aux frais des contribuables ». Un fiasco footbalistique qui était donc bien à l’image du pays, et qui emportera Dilma Rousseff quelque temps après… malgré une réélection sur le fil en octobre, mais très vite verra l’arrivée du scandale de corruption Petrobras.  A noter que trois stades installés en région de trafic intense n’avaient pas été retenus :  Campo Grande, et Goiânia et Rio Branco (Acre).  Dans cette ville, en 2015, la police incinérera 540 kilos de drogue, saisis durant l’année écoulée, dans une poterie de Transacreana.

 

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