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Coke en stock (CLXXXVI) : la découverte et la chute des fournisseurs d’avions (21)

Invariablement, dès que l’on parle trafic de drogue par voie aérienne, arrive le problème des forts jeunes pilotes recrutés par les narcos au sortir même de leur formation:  des boliviens , comme on a pu le voir.  Certains ne semblent pas avoir retenu des leçons de sagesse durant celle-ci.  Comme on va le voir, ils se permettent en effet en plein ciel des évolutions extrêmement dangereuses, dans des endroits, le plus souvent, les plus propices aux trafics, à savoir les régions frontalières.  En ce sens, la ville de Curuguaty au Paraguay, sorte de Miami (Vice) locale, exerce une forte attraction et c’est pourquoi aussi elle est devenue le lieu de heurts violents et récurrents entre factions mafieuses, dans lesquels les jeunes délinquants sont très présents, et parfois aussi bien aidés par une population qui vit en fait carrément de leurs divers larcins.  Aussi assiste-t-on parfois à des scènes fort surprenantes, dans lesquelles la population locale est venue à leur secours…

L’autre Cessna de Santa Ursula, très révélateur

Un autre appareil a été retrouvé à Santa Ursula lors de la perquisition de Santo Tomé, immatriculé CP-2037 (U2060399, ex N2199F, venu du Texas):  un avion venant juste d’atterrir et dans lequel avaient en fait été trouvés les 300 kilos de coke (en 25 paquets de chlorhydrate de cocaïne, que l’on voit sortis de l’appareil sur le cliché ici à droite) s’avère très intéressant.  L’avion, aux couleurs blanc et bleu métallisé était déclaré en Bolivie, appartenant depuis 2004 à un dénommé Edwar Lima Lobo Dorado.  A remarquer sur son flanc gauche près de la porte l’indispensable tube de Venturi (agrandi dans le cadre jaune)… pour mieux contrôler la trajectoire quand on vol au plus bas… l’avion avait comme autre particularité d’avoir gardé son garde-boue aérodynamique sur la roue avant mais les avait enlevés sur le train principal.  Une incongruité sans explication plausible, mais que l’on retrouve sur pas mal d’avions de trafiquants.  Comme le note la presse, pour mieux pouvoir le pincer, les gendarmes avaient résolu de se déguiser en chasseurs pour passer la nuit dans les champs et observer le mouvement des avions, qui revenaient, on l’a vu, deux jours par semaine.  L’opération ayant été surnommée pour cette raison « cerf blanc » (ciervo blanco).  Une vidéo très instructive de la fouille des deux lieux est visible ici.  Plusieurs clichés de l’épisode précédent en ont été extraits comme vous avez pu vous en rendre compte).

La nouvelle mise en cause des écoles de pilotage boliviennes

Informata Salta ajoutant le même jour, le 13 juillet un  long plaidoyer contre les formations de juins pilotes en Bolivie, qui nous servirons ici de révision de l’épisode qui évoquait le problème : « à Santa Cruz seulement, il y a 11 écoles de pilotage et des centaines de pilotes s’inscrivent pour 10 mille dollars. Chaque année, une centaine d’avions mis au rebut sont envoyés de Miami en Bolivie. La moitié se termine en narco-vols. Santa Cruz de la Sierra est la seule ville de Bolivie avec deux aéroports internationaux: Viru Viru et Trompillo. Celui-ci est entouré de hangars appartenant à la Force aérienne bolivienne, et 11 petites compagnies aériennes desservant les écoles, où des centaines de jeunes des pays voisins, la Colombie, le Pérou, le Brésil et d’autres pays du cône Sud sont formés en tant que pilotes privés. Le nombre disproportionné d’académies ouvertes à El Trompillo a attiré l’attention des organisations anti-stupéfiants. Peu de temps avant d’être déplacé de ses fonctions en mai 2014, l’ancien directeur de la Commission nationale pour le développement et la vie sans drogue du Pérou (Devida) Carmen Masias a lié ces centres de formation avec le fléau des vols narco enregistrés entre la Bolivie et les vallées de ces pays. Dans l’une des écoles aéronautiques de Santa Cruz de la Sierra (c’est en Bolivie) , Sky Team, Ernesto Torrico a formé Carlos Ortiz, 18 ans, l’un des pilotes boliviens qui ont été arrêtés en juin à Joaquín V. González (Anta), avec quatre kilos de cocaïne, après avoir atterri dans un avion Cessna, avec une plaque d’immatriculation bolivienne, dans la zone de Salta Forestal (nota : Ortiz et  Torrez prendront 16 ans de prison le 14 décembre 2016). Son compagnon, Nilo Suárez Torrez, 19 ans, est également pilote d’avion a été formé à Alas Beni Flight Training, un centre d’enseignement à Trinidad, la capitale de Beni. À Santa Cruz, en 2011, Jesús Guzmán, fils d’El Chapo, a été instruit en tant que pilote, et jusqu’à son arrestation en février 2014, il a dirigé le cartel mexicain à Sinaloa. Cette information a été confirmée par Hugo Moldiz, ancien ministre du gouvernement de la Bolivie. Erick Osman Méndez Donoso, l’un des instructeurs les plus expérimentés des aéroclubs de Santa Cruz de la Sierra, a connu une fin tragique à Salta il y a huit mois (il est ici à droite devant son Cessna CP-2781, U20604537, ex N925Y, exporté en Bolivie). C’était l’un des pilotes qui se sont écrasés  avec leur narcoavion à Anta, le 19 Novembre 2014, après avoir jeté des balles de 250 kilos de cocaïne dans une ferme sur le terrain de San Severo. Méndez Donoso a travaillé chez Petrobras et dans des agences publiques en Bolivie jusqu’au 23 septembre 2011, date à laquelle il a été condamné pour escroquerie. La sentence avait été portée en appel, mais un tribunal supérieur a confirmé la décision le 5 novembre 2012 et l’a condamné à trois ans de prison à Santa Cruz. La pénalité a été respectée en novembre 2015, mais le pilote professionnel chevronné est décédé un an plus tôt à Salta. Bilbao Román Mayube était un autre pilote expérimenté qui a été tué le 22 août 2012 à Beni. Ce jour-là, la municipalité de San Joaquín fêtait ses 303 ans et, avec un Cessna 206, il a effectué des acrobaties aériennes. Dans l’une d’entre elles, l’avion s’est écrasé dans une maison, près de la foule, faisant trois morts. Mayube avait été emprisonné en mars 2009, après l’atterrissage sur une piste d’atterrissage clandestine de Campo Pajoso, entre Villa Montes et Yacuiba, un avion chargé de 375 kilos de cocaïne d’une grande pureté qui sera « bombardée » dans l’Est Salteno. Le pilote avait été nommé dans des dossiers de trafic de drogue en 1984 et 1994 et était un fugitif. Bien qu’il ait été poursuivi et emprisonné à Palmasola, Mayube est revenu en deux ans commandant d’un avion civil jusqu’à sa mort à San Joaquin. L’avion que la Force spéciale de lutte contre le trafic de drogue (FELCN) de Bolivie a saisi en mars 2009 était le même Cessna 2006 que les policiers de Salta ont saisi le 9 juin dernier à Salta Forestal (ici à droite c’est l’avion de 2009). Le pouvoir corrupteur du trafic de drogue est ressenti dans tous les pouvoirs de l’État et des forces de sécurité ».

L’installation progressive des trafiquants brésiliens au Paraguay

La frontière était en ébullition depuis des années maintenant avec le trafic de drogue. Pas de trafics sans violences, devenues incontrôlables dans la région.  Un trafic à la base d’objets électroniques sur lequel est venu se greffer celui de la coke. C’est le journaliste Christopher Chriv qui restitue ici clairement le problème avec une description assez apocalyptique de Curuguaty, à 250 km au nord-est d’Asuncion, là où des heurts avec la police avaient fait 16 morts, en juin 2012, dont 7 policiers.

« Située à l’est du pays, à la triple frontière entre le Paraguay, le Brésil et l’Argentine, près des célèbres chutes d’Iguaçu, la ville était considérée jusqu’en 2007 comme le troisième centre commercial mondial après Hong-Kong et Miami. La ville est un immense marché à ciel ouvert, bâti depuis 1957 par plus de 70 nationalités venues y tenter leur chance. Les « shopping center » sont partout ; certains ont des caractères coréens, ourdous, russes pour devanture ; d’autres s’appellent « Monte Carlo », « Jebai », ou « Vendôme ». Apple, Chanel, Sony, Dior, ont là-bas des boutiques officielles – mais les contrefaçons et les produits piratés sont également légion lorsqu’on écume les étalages des petits marchands, qui ont colonisé les trottoirs du centre-ville. Ici, tout se trouve, et tout se vend ».

« Les clients viennent de tout le continent mais les Brésiliens sont, de loin, les plus nombreux. « Un reflex Canon est taxé à 40 % à Rio mais il n’est ici taxé qu’à 5 % ! » s’enthousiasme un client. Comme lui, environ 20 000 visiteurs traversent chaque jour la frontière pour acheter des produits 30 à 50 % moins chers dans cette immense zone franche, qui a généré plus de 12 milliards de dollars en 2010. Le Brésil a réagi en interdisant les importations d’une valeur supérieure à 300 dollars par mois et par personne ; mais la mesure a surtout fait exploser le marché de la contrebande, devenu la grande spécialité de la ville. Vers 14h, on peut ainsi voir des sacoleiros s’affairer dans tous les centres commerciaux de Ciudad del Este pour proposer leur service : faire passer illégalement les achats excédentaires de l’autre côté de la frontière, pour 100 000 guaranis (20€) par paquet. D’autres « spécialistes » peuvent également « remodeler » votre véhicule pour lui permettre de dissimuler des marchandises que l’on souhaiterait cacher aux douaniers ».

Une situation en forme de pétaudière qui fait du secteur une favela-bis :  « Aujourd’hui, le Comando Vermelho prend petit à petit le contrôle de la ville de Pedro Juan Caballero. Sur les murs, les « CV » taggués en rouge ne souffrent d’aucune concurrence et « la ville devient petit à petit une favela de Rio », selon une épicière installée dans la ville depuis quarante ans. « Parfois, on les voit sur leurs pick-up, debout » ; l’impression qu’ils défilent en terrain conquis. La police est impuissante à les arrêter ; par manque de moyens et manque de volonté. Le Comando Vermelho est mieux équipé, mieux armé, mieux entrainé – et de leur propre aveux, il vaut mieux accepter les pots-de-vin que de vouloir jouer les héros. Le Comando verserait ainsi environ 5000 € par semaine aux autorités (policiers, douaniers, procureur, marine) pour avoir les mains libres. Et, pour éviter une répression qui serait lancée par un État forcé d’agir devant l’évidence, ils maintiennent un subtil équilibre entre corruption, discrétion, pressions sur la population, et « œuvres sociales ». Car le Comando sait que pour s’implanter durablement, il doit gagner les Paraguayens à sa cause ou les soumettre par la peur. Rénovations, investissements, création d’emploi, protection – comme il le faisait dans les favelas, le Comando soigne son image et prétend proposer une échelle sociale aux Paraguayens les plus démunis. Dans les faits, ces derniers sont souvent des soldats subalternes, presque vassaux, employés aux tâches les plus ingrates – mais entrainés au maniement des armes ».

Des pilotes irresponsables en Bolivie comme au Paraguay

Sont-ce les gangs et leur état d’esprit machiste, toujours est-il que les jeunes pilotes  paraguayens ou boliviens sont pires que des têtes brûlées. On s’en était déjà aperçu, notamment dans cette séquence, rappelez-vous.  Et ils le démontrent ici avec une séquence incroyable, dont la dangerosité laisse pantois. Ils avaient déjà sévi au bord d’une plage avec un passage bas, comme on peut le voir ici, avec leur Cessna 210T CP-2514, qui avait volé  façon fort dangereuse à San Borja  (Beni), devant un parterre d’indigène du Vaupès. Une « spécialité régionale » vous avais-je dit dans le premier épisode.. le 9 octobre 2017 un Cessna, le CP-3047 un Cessna 206 (U20606423) appartenant à Jhony Yanez Lima (pilote, décédé dans l’accident) s’écrasera au même endroit ou presque dans l’estancia Los Reyes; mais en raison de problèmes mécaniques en ce qui le concerne. L’avion avait été retrouvé complètement broyé (photo ici à droite). A bord il y avait un vétérinaire vénézuélien, Luis Romero. Le 21 janvier 2018, nos fêlés, cette fois à bord du Cessna CP-2879, un 206 G à extensions de réservoirs de bouts d’aile, appartenant à Jesus Fernando Cuellar Portales va faire encore pire en démonstration d vol que le 210T de San Borja. La scène se passe au bord d’une rivière, ou des enfants en bas âge jouent et pataugent dans une mare, surveillés par leurs mères, alors que survient l’avion, qui pour épater la galerie va s’amuser à voler au plus bas près d’un petit pont de bois. Au passage, l’aile gauche inclinée, il heurte ce dernier qui part en morceaux, l’avion à l’impact perdant un bon bout de son réservoir extérieur, fait de fibre de verre très tranchant (comme sur les Formule 1) qui se met à tournoyer en l’air au-dessus des têtes des enfants.  Sidérant passage, d’une totale inconscience, filmée par des téléphones portables laissant entende que le passage était prévu. Du jamais vu, mais qui démontre bien à quel point on a affaire ici, du côté paraguayen comme du côté bolivien a des risque-tout sans cervelle plutôt qu’à des pilotes responsables. Gag supplémentaire, on retrouve le même avion au sol le 14 février, pour d’autres exploits : c’était en effet un avion lié au trafic de drogues, mené par des « durs » à cuire. Car ce matin-là, la police avait fait irruption dans les hangars de l’aéroport María Cristina Leigue de Áñez près de San Ramón, pour intercepter l’avion suspecté de trafiquer, toujours nôtre fameux  CP-2879, mais elle s’était heurtée à la résistance des trafiquants qui n’avaient pas hésité à tiré des coups de feu, sur les  policiers au passage. Une personne sera blessée dans les échanges de tir. Mais cela ne s’était pas arrêté là, car, sur place les policiers avaient dû faire face à une réaction de foule fort inattendue et très représentative de l’atmosphère sur place : « après les investigations, un petit avion portant le numéro d’enregistrement CP-2879 a pu être identifié, à l’intérieur duquel la police a découvert une cargaison de précurseurs chimiques pour la fourniture d’un laboratoire de cristallisation de la cocaïne. Ils ont également procédé à l’enlèvement des armes à feu qui étaient dans l’appareil et qui ont été utilisées pour affronter les agents anti-drogue. Initialement, la réaction des habitants a généré une grande confusion et des risques, alors l’Umopar a dû demander des renforts d’urgence pour rétablir l’ordre et protéger la vie de leurs dirigeants. Les images prises par des particuliers montrent des impacts de balles sur les colonnes du bâtiment de l’aérodrome María Cristina Leigue de Áñez à San Ramón. L’opération anti-drogue initialement prévue a été interrompue en raison de la réaction d’une foule apparemment favorable à un pilote et à la sauvegarde de l’avion soupçonné d’avoir été utilisé pour des activités de trafic de stupéfiants sur le territoire de Beni. Après une grande mobilisation de la police, il a été possible de prendre le contrôle d’un fait qui, parfois, a causé de grandes inquiétudes dans les autorités. Même pendant des heures, certains agents ont été laissés comme otages dans la place devant une foule de personnes qui entouraient les installations du hangar, exprimant leur malaise pour l’intervention, qu’ils ont qualifié d’excès. « Nous avons trouvé une résistance au style de la zone rouge de Chapare ou San Germán, mais elle était contrôlée. Nous avons également réussi à sauver certains de nos hommes qui étaient en détention et tout s’est calmé », a déclaré un agent anti-drogue en contact avec le journal, écrit El Deber »  Non seulement ils volent comme des fous, font ouvertement dans le trafic de coke, mais ils bénéficient aussi du soutien de la population locale ! En décembre, rappelle El Alteno, la police avait trouvé « 6 ballots de jute contenant de la cocaïne à l’intérieur d’une voiture de la même localité», pour une valeur de 3 millions de dollars… (ici le reportage télévisé sur l’intervention houleuse).

Le verdict pour le ranch à avions

Le 11 avril 2017 le verdic tombait sur l’équipe de San Tomé (cf l’épisode précédent) : Carlos Elias Pacheco, José Alberto Velazco, Carlos Alberto Pereira, Jorge Osvaldo Villán, William Hurtado Suarez, Edison Fernando Alvez Dzwieleski, Gabriel Pirro Mori, Hilda Maria Calabrese, Florentino Niemiz Dante et Ruben Acosta Horacio sont tous reconnus coupables et vont donc en prison, pour un bon bout de temps . Carlos Pacheco Elias, Maria Hilda Calabrese et Florentino Niemiz Dante écopent de  20 ans de prison, en qualité d’organisateurs de la bande. Tandis que William Hurtado Suárez, Edison Álvez Dzwieleski, Gabriel Pirro Mori, sont condamnés à 16 ans. José Alberto Velazco et Horacio Rubén Acosta, sont condamnés à 10 ans de prison, Carlos Alberto Pereira a 8 années. Seule Noelia Rocío Britez est acquitée. 4 mois plus tard à peine, tombait le cerveau et le restant de l’équipe, comme on vient de le voir. Leurs condamnations devraient être similaires.

Le terrain appartenait (en partie) à un homme politique argentin en vu

Tout cela déborde donc aussi en Argentine, comme on vient de le voir. On pouvait donc aussi s’attendre à une retombée politique, en Argentine, à la suite de la découverte des deux ranchs tenus par les brésiliens… tant la bas la politique est mêlée à la corruption. Il y en a bien eu une, car on découvre après coup que le terrain de l’hacienda de Marino Divaldo Pinto (de Brum), appartenait à un autre que lui, en réalité : « Benigno Vélez était secrétaire juridique et technique du Ministère de l’Economie de la Nation. Il a également occupé le poste de directeur général de la Banque centrale jusqu’à son renvoi en février 2012. Il était l’un des hommes les plus fiables d’Amado Boudou (cf Amado Boudou, ministre de l’Economie et devenu vice-présidence du pays du  au Velez, est l’ex directeur de la Banque Centrale, qui a été remplacé en 2012 (par Matías Kulfas, suite à un scandale financier celui d’impression de factures dans l’affaire de l’imprimerie Ciccone !). « Et il est maintenant dans le viseur judiciaire pour réclamer la possession d’un terrain de Corrientes qui a été utilisé comme un « aéroport » narco » indique en 2014 la presse argentine.  « Velez (ici à droite sur la photo avec Boudou) avait déjà eu une autre mauvaise nouvelle la semaine dernière dans le domaine judiciaire. Le Tribunal fédéral de Corrientes Fédéral a rejeté une présentation qu’il avait faite pour traiter une confiscation de 409 hectares d’un champ qu’il avait acheté en juillet 2013. Les 409 hectares de la demande de Vélez font partie de la hacienda de Santa Maria del Aguapey qui a été utilisée par une organisation narco transnationale importante avec des Argentins, Brésiliens et Paraguayens, Boliviens pour recueillir de grandes quantités de cocaïne en provenance de Bolivie » Vélez se sent comme la victime d’une arnaque. « J’ai acheté le terrain après m’avoir cassé le dos de travail. Je l’ai acheté en toute bonne foi. Je ne l’imaginais ce qui se passerait. Je ne peux toujours pas le croire et le comprendre », a-t-il déclaré à La Nacion. Le 3 novembre 2017, son mentor, Boudou a pourtant lui aussi été placé en détention provisoire dans une affaire d’enrichissement illicite et de blanchiment d’argent, selon Wikipedia. Il a été libéré le 13 janvier 2018 et placé en résidence surveillée à Buenos Aires, ajoute le site. Voilà qui n’est pas pour redorer la présidence de Kichner…(appelée aussi Cristina Fernández, rappelons-le).  Elle-même, empêtrée dans la corruption elle est devenue inatteignable en se faisant élire sénatrice.  Pourtant… il y aurait à dire sur « l’argent K », notamment et la proximité avec Lazaro Baez (dont l’un des jets figure ici à gauche).  En décembre 2015, par exemple trois délinquants (Victor Schillaci et les frères Cristian et Martín Lanatta) se sont fait la belle d’une prison argentine.  Ils avaient été tous trois condamnés à la prison à perpétuité.  L’un des trois avait surtout désigné comme parrain du narcotrafic rien moins qu’Aníbal Fernández, le chef de cabinet de la présidente Cristina Kirchner entre 2009 et 2015 !!!!  Les trois ont été recapturés en janvier 2016.

Une autre énigme volante

Et puis il reste aussi des incongruités dans cette vaste enquête. De drôle d’avions, parfois. Les Cessna 337 bipoutres ceux qui servaient d’éclaireurs de cibles au Viet-Nam (cf ici à gauche) sont en effet peu fréquents dans le concert incessant des avions transporteurs de drogue. Bimoteur puissant et fort agile, aux Etats-Unis, le petit « bombardier » s’était mué en fort efficace détecteur de départs de feux et de ciblage d’intervention de pompiers. Le cas découvert dans la ferme de SantaqMaría de Aguapey, avait intrigué. La Fuerza Argentina avait longtemps utilisé l’appareil, certes, mais l’engin demeurait rare en réalité (ici le modèle GN709 de la Gendarmerie, ex CX-BRB, dont le filet vert et les queues grises pourraient  très bien « matcher » avec notre saisie).  Un site spécialisé en avait repéré 4 en Argentine : le LV-INH, le LV-JHC, le LV-JLT et le LV-MNZ. On y ajoutera le LV-IYN de 1967 acheté en 2009 est visible ici en 2012 . L’avion vole toujours. L’avion saisi avait une immatriculation en « LV-J?? » de lisible, d’après les clichés de la saisie. Un LV-JFL aurait pu représenter un bon condidat; mais il a volé bien après encore (ici à Formosa El Pucu). L’observation attentive des envois par Panjiva nous donne un Cessna de ce type, c’est l’ex N5CS (P3370087, d’AirMoto LTD à Wilmington après avoir appartenu à Eagle Cap Aviation Inc) exporté en… Bolivie en novembre 2014, importé par Agroaviacion SRL… via le Brésil, pour une valeur déclarée (bien faible) de 87 000 dollars. A ce prix-là, on ne pouvait espérer un appareil en bon état, mais voilà un bon candidat pour le transport de drogues. L’avion ayant été réeenregistré en mars 2015, mais le hic c’est qu’on en possède aucun cliché de lui.  Pour moi, c’est celui de la gendarmerie qui correspond le mieux en fait, avec du bleu rajouté à la louche). Il avait fallu attendre en revanche le 17 février de la même année pour tomber sur un autre Cessna 337 (ici à droite photo du spotter José Soria; les autres sont ici), semble-t-il, retrouvé après un atterrissage (risqué) de nuit, lesté de 420 kilogrammes de marihuana dans un champ de Toledo, à Córdoba en Argentine, juste à côté de l’autoroute N°9 et à à peine 500 mètres de son péage. Le pilote arrêté, qui vit alors à Asuncion au Paraguay mais qui est bolivien d’origine explique que la transaction a été réalisée en juillet 2014 dans la capitale du Paraguay, pour 70 000 dollars et que l’acheteur serait également un paraguayen. Lui et son copilote, bolivien également, n’ont que 22 ans !!!  Deux jeunes diplômés des formations de Bolivie, encore une fois !  Le 19 août 2014, dans la foulée, des membres de la bande menée par un couple de Posadas sont arrêtés.  Ce sont eux qui avaient été arrêtés au moment de  décharger dans un champ de riz les 420 kilogrammes de marijuana du Cessna 337 Skymaster.  Un avion bien reconnaissable extérieurement, avec ces winglets, chose rare sur cet appareil, sa décoration vieillotte et semblant dans un état plutôt moyen disons.  C’est en tout cas un modèle pressurisé (à petits hublots arrière) dont l’immatriculation en ZP-THJ semble bien fantaisiste.  Son tableau de bord semblant avoir une drôle d’allure  avec ses voyants bien enfoncés.  Un journal note qu’en ce qui concerne l’avion, Berni (le secrétaire à la sécurité du pays, Sergio Berni), a déclaré que « il a été utilisé dans la guerre du Vietnam par les Américains en raison de sa grande capacité et autonomie de reconnaissance et il est très apprécié par ceux qui sont dans le trafic de drogue. »L’avion possède une décoration fort reconnaissable, que portait aussi un 337 canadien, le C-FTES (33701518, ci-dessus à droite, comme le modèle US N72086 présenté à ses côtés) mais ce dernier avait été équipé de « tail boom fairings », à savoir une modification des gouvernails doubles de queue que notre candidat ne possèdait pas.  Les Winglets sur 337 avaient provoqué une lettre du SAIB concernant leur installation, jugée délicate, ils ne sont donc pas très répandus.  Le vieux LV-JTG n’avait pas eu droit aux Winglets. Un autre appareil vendu 175 000 dollars par la firme argentine freddieaviones ne correspond pas non plus : son tableau de bord est en bien meilleur état : dommage, car il correspondait parfaitement, extérieurement. L’appareil était-il celui envoyé par Panjiva à une société bolivienne ???  Un mexicain fort usé (le XB-KDJ) pourrait aussi y prétendre (sans les winglets !).  Un avion, encore, semble correspondre à celui posé au bord de l’autoroute (au capot droit du moteur avant près et à la peinture de fuselage) :  le LV-ZZN, photographié ici à Santa Fe à l’Aeroclub Cañada de Gómez le 14 novembre 2012.  C’est le candidat probable, car le 6 février 2011, l’avion avait su se poser train rentré à San Fernando.  Pas une bonne publicité pour un prix de vente élevé, ce genre d’événement !!!  Mais il reste encore une piste, pour laquelle on manque d’éléments :  en avril 2009, un Cessna 337 avait fait un atterrissage train rentré assez réussi, à Asuncion même, et ce pourrait être aussi cet exemplaire.  Le Cessna avait à l’arrière la complexité de rétractation des autres Cessna façon 210, plus celui de sa roue avant qui rentrait en pivotant.  D’où un nombre élevé de problèmes de train sur ce type d’avion.  Retapé par les mécanos des narcos !

Arrivé de Pologne par container 

En tout cas dans le Corrientes, on peut apprécier la diversité aérienne : le 21 février 2017, c’est une toute autre sorte d’avion qui est intercepté après avoir survolé Santiago del Estero et Chaco ans avoir déposé nul part de plan de vol (voir c-dessus à droite) :  c’est cette fois  un vieux Weatherly 620A à moteur radial Pratt & Whitney R-985 (qui a volé pour la première fois en 1979 !) immatriculé LV-BZB.  L’avion se dirigeait vers l’Aéroclub Cañada Quiroz de Corrientes.  L’avion avait été montré dans un stand à Agricola 2014. Le 1er octobre, le club avait reçu un Antonov 2… débarqué d’un container de chez Maersk.  Très prisé des parachutistes pour sa large cabine il était encore immatriculé SP-ANZ (1G52-18). L ’avion avait été accidenté en 1990 à Bielsko-Biala en Pologne alors qu’il volait pour le club local.  Au fond du hangar où on l’avait remonté on pouvait voir le Cessna N1868F et un Skylane 182D, le LV-HOT.

Et un autre scandale politique argentin encore

L’Argentine file un mauvais coton, depuis longtemps, on le sait, question corruption. Un énième scandale éclate en 2017:  un syndicaliste de l’UOCRA bien en vue, affilié à Unidad Ciudadana,“Pata” Medina, est arrêté chez lui dans sa villa luxueuse de Punta Lara.  Ce qu’on y découvre, outre beaucoup d’argent :  7, 300 millions de  dollars (???) en monnaie  Argentine, américaine, brésilienne et paraguayen, des ordinateurs, des téléphones portables et même trois machines à compter les billets;  il fallait bien ça.  Mais on découvre aussi une vraie caverne d’Ali Baba disséminée un peu partout dans le pays : un avion Beechcraft Barón 58 à Mendoza découvert par la police de sécurité de l’aéroport; un hélicoptère trouvé à Don Torcuato; et aussi un yacht appelé Bastian II.  Sont découvertes aussi près d’une centaine de voitures lui appartenant, mises au nom de la firme Abril Catering S.A, créée en 2006, et dirigée par Horacio Homs, qui mène grand train de vie avec sa femme qui joue la « socialite » comme disent les américains.  Lui roule en Ferrari, enregistrée en Uruguay valant un demi-million de dollars.  L’avion est un… Beechcraft Baron 58, immatriculé LV-CEY, enregistré en 2012.  Un autre syndicaliste, Marcelo Balcedo (de la SOEME), est arrêté également : surarmement (il vivait en Uruguay dans une villa gigantesque avec ses armes et son coffre, plein de 500 000 dollars).  Chez Abril Catering il y a mieux encore avec un hélicoptère Robinson RH-44, immatriculé LV-CJL. Neuf, ce type d’engin débute à 425 000 dollars.  On pense qu’en 5 ans ce sont plus de 180 millions de dollars qui sont tombés dans les mains du clan Médina.  En  prison, Médina a rejoint  Lázaro Báez, l’ex partenaire de Kirchner et emprisonné dans le cadre de l’enquête sur la piste de « l’argent K » (les détournements de la famille Kichner).  Balcedo, question avions, avait montré plus de gourmandise, en achetant d’abord un Gulfstream (le N619ML), puis un Learjet, immatriculé N808SK… le site qui avait révélé l’info précisant sans sourire que le second « , était actuellement en réparation à Miami depuis le 2 juillet 2017, sur l’aéroport d’Opa Locka, ce qu’on aurait parié bien sûr.

Bolivie, Paraguay, Argentine… et également l’Uruguay, avec de vieux coucous

Un énième appareil vieillot résume à lui seul le côté inextricable désormais de la circulation de la drogue au nord de l’Argentine. L’avion s’est posé de nuit le 27 juin denier dans un champ de San Antonio de Areco, dans la province de Buenos Aires.  Dedans, il y a 450 kilos de marihuana.  C’est un vieux Piper PA-23-35 (un « Apache »  date de 1965 !), immatriculé… en Uruguay qui les a amenés.  Six fugitifs ayant participé à l’atterrissage sont retrouvés à San Andrés de Giles, à 30 km de là.  Parmi eux il y n’y a qu’un seul argentin :  les 5 autres sont tous paragayens.  Selon la presse un appareil de ce type s’achète pour à peine 20 000 dollars.  L’avion avait été plusieurs fois photographié à Angel San Adami;  à Montevideo, en Uruguay, comme ici en septembre 2015 encore.  Endroit où l’on pouvait admirer un Cessna 337 (CX-MIA) qui avait fort peu de chances de revoler un jour… Les trafiquants ne s’embarrassent pas toujours, on le sait, à acheter de vieux avions… On revient en Argentine en mars, vers Entre Rios, où un Cessna C 182 imatriculé LV-HBB s’était retourné à los Esteros del Iberá, exactement, en tentant un atterrissage de fortune : c’était l’avion du club de parachutisme du Paracaidísmo Rosario (l’Aéro-Club de Victoria) qui avait été dérobé au mois de février précédant.  L’avion bien connu avait souvent été photographié ou même filmé, comme ici.  Bien entendu, on soupçonnait un groupe de trafiquants derrière le vol puis le crash.  L’avion avait été dérobé par un véritable commando déguisé : « des sources policières ont signalé que les quatre hommes sont arrivés à l’aérodrome dans une voiture volée, ils avaient embauché les services de l’avion et un pilote pour un enterrement de vie de garçon. En entrant dans l’endroit, les assaillants soit les armes pour devant le directeur de l’aérodrome, Antonio Mazzucco, et l’ont enfermé dans une dépendance de l’aérodrome, avec deux pilotes et un parachutiste, après les avoir menacés et de les immobiliser. Ensuite, les quatre voleurs sont montés à bord du Cessna 182, d’enregistrement LV-HBB, dans lequel il y avait encore huit parachutes et se sont échappés pendant que la voiture avec laquelle ils étaient arrivés sur le site a été trouvée par la police près de l’aéroport, dans une zone routière ». Quand on n’achète pas de vieux coucous, on vole des plus récents…

Le vol d’avion, aussi au Brésil… direction la Bolivie

Et d’autres, encore et toujours. L’affaire qui suit s’est passée à Poconé (à 100 km de Cuiabá), le mercredi 8 juin 2017, où un appareil venait de se poser vers 16H sur une voie latérale de à l’aérodrome de Porto Cercado, un endroit très fréquenté par les touristes.  La piste se situe en effet dans la  réserve même de Sesc Pantanal (près de la Réserve Naturelle Privée (RPPN), de 107 996 hectares), et elle est située en effet à quelques kilomètres seulement de l’hôtel Sesc Porto Cercado (ici à gauche).  L’avion est un Cessna 206 immatriculé PR-ESC, très bien entretenu, avec à bord le pilote Rogério Lana Gomes, 61 ans, très expérimenté (il vole depuis 40 ans !):  C’est un employé de l’Hôtel Sesc de Porto Cercado, qui à peine posé, voit monter à bord plusieurs hommes armés qui lui intiment l’ordre de recoller immédiatement. L’homme obéit, mais en marche à l’insu de ses ravisseurs, active le code du transpondeur de l’avion, ce qui permet aux avions de l’armée de la FAB (l’aviation brésilienne) de le suivre très rapidement, dès l’alerte émise.  C’est ainsi que l’avion se dirigera progressivement vers la frontière avec la Bolivie, suivi par les radars, avec le pilote qui a déjà déclaré aux autorités avoir été enlevé.  Tout le monde songe bien sûr à un avion « emprunté » pour effectuer un transfert de drogue. Mais l’avion disparaît finalement…

Le retour du pilote kidnappé

La famille du pilote enlevé s’inquiète bien sûr… jusqu’au 12 juin 2017, jour où le pilote, qui vient juste d’être libéré est longuement  entendu cet après-midi-là par la Gestion du crime organisé de combat (GCCO) :  il a en fait été libéré deux jours plus tôt.  Sur son profil Facebook, le fils du pilote, Rogério Júnior, a déjà posté une photo de sa descente d’avion (ici à gauche).  Son avocat déclare alors que  « La seule chose que je peux dire, c’est qu’il a donné tous les détails de la façon dont cela s’est passé et nous en parlons à la police fédérale parce qu’ils vont prendre en charge l’affaire, ils vont mener les enquêtes ». Le délégué a confirmé que l’avion s’était effectivement posé en Bolivie, de sorte que le Police Fédérale s’occupera de l’affaire. « Le crime avait un contour transnational, car il a abouti dans un autre pays. L’article 109 de la Constitution établit une mission d’enquête par la police fédérale », ait-il expliqué. Mais hélas, et la presse est obligée de le reconnaître, au moment où elle écrit, « il n’y a toujours aucune information sur l’endroit où se trouve l’avion ».  Le pilote finira par dire qu’il a été séquestré dans une région du maquis de Rondônia (à la frontière avec la Bolivie, Porto Velho est sa plus grande ville).  C’est à moins de 100 km de où il était parti !!!  A noter qu’en 2008, le même pilote avait été réprimandé pour un défaut de plan de vol, et l’usage d’un aérodrome suspendu, l’homme ayant fait valoir un défaut dans le contrôle du trafic aérien au Marechal Rondon International Airport.  On avait entendu sa requête.  Il pilotait alors le vieux PT-KSI un CESSNA 182P (N°18264248) enregistré dès le 31 octobre 1983 au Brésil.

Vol d’un second avion…

L’avion volé à Poconé, en revanche, n’a à ce jour toujours pas été retrouvé… et le 12 décembre, rebelote, à Alta Floresta cette fois (à 650 km au nord de Cuiabá) et avec un avion similaire appartenant à un entrepreneur local : « selon la police militaire, le trio d’assaillants est arrivé vers 3 heures du matin. Ils ont ligoté et rendu la surveillance d’une propriété où d’une piste appelée «Big Brother» qui opère également près de la MT-208 (…) alors que l’un des agresseurs tenait en otage la femme de ménage dans l’une des chambres, le couple s’est rendu au hangar de la ferme, a ravitaillé l’avion et s’est enfui avec le Cessna 206 (D), qui  porte le préfixe PT-AFD ». L’appareil est bien un Cessna  P206D (P206053  enregistré le 09 août 2002; au Brésil, l’ex N8730Z (immatriculation ré-accordée depuis à un Cessna Cardinal texan).  Et de deux, en tout cas, pour les trafiquants… sans débourser un sou vaillant, cette fois !

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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Coke en stock (CLXXXV) : la découverte et la chute des fournisseurs d’avions (20)

 












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