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Coke en stock (CLXXXIII) : la découverte et la chute des fournisseurs d’avions (18)

Le Brésil, on l’a vu et on va le voir encore, est devenu un des acteurs majeurs du trafic de drogue en Amérique du Sud, et son activité déborde sur ses voisins, mais aussi jusqu’au Honduras (1) comme on va le voir aujourd’hui, pays où ne cessent de tomber des appareils lourdement chargés de cocaïne:  le Brésil, où l’on peut assister tous les jours au spectacle familier de la corruption qui règne partout et n’évite évidemment pas les élites politiques.  Un pays où règne plutôt chez les trafiquants le Beech Baron que les Cessna à aile haute, et dans lequel je vous ai retrouvé un revenant d’origine française…

La filière brésilienne atterrit aussi au Honduras

Et comme cela ne semble jamais s’arrêter en effet, on en découvre un autre encore, qui nous fait à nouveau remonter la filière des reventes d’avions . Cette fois-ci on se rend au Honduras (pour changer ?) avec un autre crash de bimoteur, retrouvé calciné le 21 février dernier en bordure de champ de canne à sucre tombé à Los Caraos, près de Choloma, dans le département de Cortés.  L’avion s’était posé de nuit, et les voisins avaient entendu tout un ballet de motos avant de voir l’avion s’embraser.  Sur place, on découvrira encore 64 paquets de cocaïne présumée évalués à 16,750 millions de lempiras.  Il ne reste que peu de choses de l’avion, mais les vestiges de sa décoration nous entraînent directement vers une recherche au Brésil, tant le design affiché sur la queue et les moteurs évoquent les Piper Senceca que l’on vient de voir un peu partout là-bas (tel celui-ci de Aeroclube de Santa Catarinapar exemple).  Mais celui  qui nous intéresse est équipé de moteurs aux entrées d’air plus récentes, qui ne correspondent pas avec la flopée de Piper Seneca brésiliens affichant les mêmes dessins sur le fuselage.  Mais à force de chercher, vous le savez, ici, on trouve.  Ou plutôt on retrouve l’appareil alors qu’il était encore intact et proposé à la vente… au Brésil, pour une véritable bouchée de pain, puisqu’annoncé à 56 000 dollars seulement (180 000 reals), une aubaine pour un bimoteur… très fatigué en fait, puisqu’il s’agit du PT-RMT, qui était donc bien… brésilien d’origine ! (c’est le Piper PA-28-235 N°28-7510011, enregistré au Brésil il y a bien longtemps, le 8 août 1984).  Un avion… particulier, disons, accusé d’avoir été emprunté un temps gratuitement par le ministre du Travail Carlos Lupi, lors de voyages dans le Maranhão en décembre 2009… la presse brésilienne évoquant à son propos un beau mic-mac politique : « selon Pinho, qui vit dans la ville d’Imperatriz, l’avion était sous la garde de la compagnie Heringer Táxi Aéreo (comme le montre ici son registre officiel brésilien). « Nous avons emprunté l’avion à Aloísio, propriétaire de l’entreprise. Nous avons dit que l’avion était pour le gouverneur Jackson Lake. Aloísio l’a prêté là « , a-t-il dit.  Pinho dit aussi qu’il n’y aura guère de facture à trouver pour prouver les frais du vol parce que l’avion a été assigné et non affrété. « Je ne sais même pas si l’avion venait de Heringer.  Cela pourrait provenir de certains d’entre eux « , a-t-il dit.  Toujours selon l’homme d’affaires, le pilote Michel Izar Neto était responsable du vol. SEPOCA a appris que des représentants de la PDT du Maranhão ont été cités pour payer les services d’Izar et le carburant utilisé pour voyager avec le ministre Lupi.  Recherché par ÉPOCA lundi, Aloísio Heringer a déclaré qu’il devait vérifier les informations de vol. Mais il n’a pas renvoyé les appels.  Déjà le pilote Michel Izar a prétendu être responsable du vol avec l’ancien gouverneur Lago, mais il ne se souvient pas des dates. « Ça fait longtemps, » dit-il. Sur le site de l’Agence nationale de l’aviation civile (ANAC), l’avion est au nom de l’homme d’affaires José Cursino Brenha Raposo (ah tiens un autre Raposo !!!), propriétaire de sociétés de sécurité au Maranhão.  Des sources ont indiqué à SEPOCA que Heringer Air Taxi utilise habituellement des avions de tiers ». José Cursino Brenha Raposo ayant été aussi cité dans l’affaire du PT-VHR, un Embraer EMB-711ST Corisco II (voir un peu plus bas l’affaire).

Aero Taxi, une société… « politique » ?

En fait Aero Taxi avait déjà été en froid avec la législation brésilienne, à plusieurs reprises : « les avions utilisés par Flávio Dino ont présenté des irrégularités en tout temps. La location d’un avion à réaction à usage privé au gouvernement de l’État n’était pas la seule irrégularité commise par Heringer Táxi Aéreo dans l’exécution de la location d’avions qu’il entretient avec l’exécutif. En août 2015, un pilote de l’entreprise a déjà effectué un atterrissage avec le gouverneur Flávio Dino (PCdoB) dans un aéroport interdit par l’Agence Nationale de l’Aviation Civile (Anac). Flávio Dino était arrivé avec le secrétaire d’État pour la science, la technologie et l’innovation, les Bira Pindaré (PSB), et a été reçu par le maire d’alors Jose Alberto (PMDB) et le représentant de l’Etat Charlie Florencio (PHS). Plus tôt cette semaine, l’Etat avait déjà révélé que l’Agence nationale de l’aviation civile (ANAC) enquête sur les circonstances dans lesquelles Heringer Air Taxi a pu louer au gouvernement un jet qui, en théorie, devrait être utilisé exclusivement pour le transport privé. L’avion – un Cessna Citation VII C650 de préfixe PR-JAP – a été présenté par la société comme une option d’avion à réaction pour le gouvernement du Maranhão dans l’appel d’offres fermé à la fin du mois Juillet. Selon le Registre aéronautique brésilien (RAB), Anac, l’avion loué à l’exécutif est dans la catégorie des services aériens privés et ne peut pas être utilisé dans le commerce, il a rapporté à l’organe consultatif de l’Etat de la presse. « Le propriétaire / exploitant d’un aéronef privé ne peut effectuer de vols à des tiers contre rémunération. Le service payant ne peut être effectué que par des avions de la catégorie taxi aérien ou par le service aérien spécialisé », note la note émise par Anac ».  En 2009, un avion d’Heiringer s’était écrasé à 2 km de  l’aéroport Renato Moreira, blessant sérieusement ses deux occupants.  L’avion était un Embraer EMB-810C (Piper Seneca) immatriculé PT-RFU (ici à gauche). En 2013, c’est son Beechcraft King Air Be-20 PR-VIP tout blanc qui s’était planté à l’atterrissage, train avant rentré (à droite ici). L’avion n’aura pas toujours cette livrée; il arborera après une couleur bleu métallique bien plus voyante (ici à gauche).  On notera la tonalité des couleurs, car il semble bien que les brésiliens apprécient beaucoup ces tons-là… depuis quelque temps.  On notera que le « B » de Beechcraft ne correspond pas aux canons habituels de la firme, qui l’impose plutôt sur la totalité de la queue, plutôt en rouge, sur fond noir ou de taille plus grande, en tout cas.  L’avion est le Beech B200 (BB-384) inscrit au Brésil le 13 janvier 2009, et l’ex N2025M.  L’appareil portait alors l’immatriculation directement accordée à la firme de Wichita.

Un peu de politique brésilienne, donc, forcément...

Au Brésil, terre de corruption, la politique de la magouille est partout.  La presse en fait régulièrement ses choux gras, tant rien ne change quel que soit l’homme politique dirigeant le pays, semble-t-il.  « L’homme d’affaires José Cursino Brenha Raposo – qui a prêté le monomoteur immatriculé PT-VHR, qui a fait un atterrissage forcé dans une zone inondée dans la ville Maranhão de Guimarães, il y a une semaine, en prenant à bord José Adriano Lamb Sarney, petit-fils du sénateur José Sarney (PMDB -AP) – a obtenu des contrats dans le gouvernement de Roseana Sarney (PMDB) qui ont déjà généré plus de 20 millions de reals dans la gestion actuelle, qui a commencé en 2011″  écrit Marrapa.  La photo de la pose, qui semble forcée, du petit-fils du sénateur est ici à gauche.  « Les entreprises Raposo qui font des affaires avec le gouvernement de l’Etat sont trois, toutes dans le secteur de la sécurité privée: Pacific Segurança e Vigilância Ltda, Colt Brasil Segurança Privada Ltda, et Exata Segurança Patrimonial Ltda.  Les sociétés font partie du groupe Sematel. Ami de longue date du Sarney, José Cursino Raposo a également a reçu des contrats dans les administrations roseanistas précédentes (…) Mystérieusement, la photo montre l’avant de l’avion intact, quand une vidéo de sauvetage, faite par le GTA, affiche le PT-VHR sans le capot. Un blog a même soulevé des soupçons sur le fait que l’hélicoptère de la RGT est revenu sur les lieux avec le pré-candidat et que la photo a été «montée» pour être utilisée à des fins politiques. » Rappelons qu’en 2002 Roseana Sarney, alors favorite de l’élection présidentielle avait vu sa candidature ruinée par une affaire de corruption, la maladie viscérale du Brésil.

Le spectacle journalier de la corruption au Brésil

Au Brésil, les candidats aux élections possèdent en effet souvent un avion personnel, pas la peine d’en louer un.  La liste visible ici est assez effarante.  49 politiciens brésiliens qui s’étaient inscrits aux élections de 2014 ont déclaré en effet posséder 63 avions.  Parmi ceux-ci, Jayme Campos, vieux routier ancien gouverneur du Mato Grosso, sénateur, qui possède un Jet Hawker-Beech 400XP de  2007, immatriculé N512XP, à 6 millions de dollars.  Ne cherchez pas qui le lui a vendu :  il figure sur la photo du rendu de clés (ici à gauche)… c’est bien sûr notre Joao Malago bien connu (un autre « JLM Aviation Services ») !!!  Etonnante découverte !!!  Atiaides Olivieira, sénateur de Tocantins mais aussi commerçant en voitures d’occasions, un Hawker 400 également le N407CW devenu PT-TRA de 7,5 millions, stocké dans un hangar à Goiânia, avait fait la une de la presse en révélant avoir été utilisé par Carlos Augusto Ramos (alias Carlinhos Cachoeira) et sa femme, Andressa (Mendonça) lors de leurs vacances selon la presse locale.  Or Cachoceira, rappelle Wikipédia, est un entrepreneur véreux, révélé en 2004 par « la publication d’une vidéo enregistrée par lui dans laquelle Waldomiro Diniz, un conseiller du ministre de la Maison Jose Dirceu , lui demande un pourboire pour la campagne électorale du Parti des Travailleurs et Parti socialiste brésilien à Rio de Janeiro . En retour, Diniz avait promis d’aider Carlinhos Cachoeira dans une compétition publique Carioca.  La divulgation de la vidéo est devenue le premier grand scandale de corruption du gouvernement Lula ».  La femme de Ramos avait elle-même été enregistrée en train de négocier l’acquisition d’une ferme de 20 millions de reals située entre Luziânia et Santa Maria (à cent kilomètres de Brasília).  « Les dialogues interceptés au cours de l’opération montrent que Cachoeira prévoyait de fractionner et de revendre les petits lots de la propriété, devant rapporter jusqu’à 58 millions de reals au bicheiro. »  La ferme à la découpe, comme on l’a fait dans l’immobilier parisien pendant des années !

Drogue, avions et… politiciens 

La liste des avions des politiciens est longue (on peut la découvrir ici), j’y reviendrai, je ne retiens en plus aujourd’hui qu’un petit Cessna à 97 127, 48 dollars (c’est précis !).  Celui de Neudo Campos, un des cas les plus flagrants pour montrer le chaos politique brésilien ;  il a été cité dans deux gros scandales financiers ( le « scandale des biscuits », qui aurait eu pour but de ramasser de l’argent pour sa propre campagne pour la réélection au gouvernement de l’Etat en 1998, et sur le « scandale alimentaire » du développement de la société Codesaima de l’État de Roraima :  « Neudo est accusé de diriger un groupe de parlementaires, d’anciens parlementaires et de fonctionnaires qui ont falsifié des embauches et recevaient des salaires mensuels au nom d’environ 6 000 serviteurs fantômes, connus dans l’Etat comme étant « des criquets ». « Dans la dernière phase du fonctionnement de l’Etat, certains parlementaires ont reçu 250 000 reals par mois, et les salaires été retirés, par procuration, par les politiciens. Neudo est considéré comme le champion parlementaire brésilien des procédures pénales pour répondre à 21 actions (11 actions criminelles et dix enquêtes) et a été condamné à la perte des droits politiques pendant 8 ans, perte de fonction publique, impossibilité de contracter avec l’autorité publique et le paiement d’une amende de 3,3 millions de reais pour détournement d’argent des coffres publics entre 1995 et 2002, lorsqu’il était gouverneur de l’État de Roraima par la PTB « . (la procédure est toujours en appel !).

Un revenant des îles

Son avion Cessna déclaré est le PT-OMY (21063683, dans le chapitre ci-dessus, à droite) plus tout jeune car il date en effet de 1980, mais c’est sa décoration vieillissante surtout que je retiendrai.  Elle en rappelle en effet d’autres…  J’y ajouterai encore un Beechcraft Baron, puisque nous sommes au Brésil : le Beech E-55, immatriculé PT-LSS du politicien et entrepreneur Antônio João, retrouvé vautré au sol, alors piloté par Rosaldo Barbosa Lins, âgé de 78 ans, après avoir glissé sur 300 mètres (à gauche).  Quant au Beechraft Baron N1821T (ici à droite), devenu PR-NIB (le TH- 1205, au super look une fois rénové) évalué 854 700 dollars de Nininho (de son vrai nom Ondanir Bortolini) député du Mato Grosso, membre de la « Comissão de Infraestrutura Urbana e Transporte da Assembleia », ne cherchez pas non plus qui lui a vendu son bimoteur.  Notre homme est embarqué dans une sombre histoire de versements de pots-de-vin à l’ancien gouverneur Silval Barbosa (PMDB) afin de permettre la concession et la perception de péages sur la route MT-130 (qu’il avait fait construire).  Au bout, 7 millions de reals !  Adroitement, l’avion avait été déclaré au nom d’un autre candidat de l’Apucarana : Sergio Leandro Olmelzuk de Castro.  Pour son petit Beechraft Baron datant de 1981, c’est une société appelée North Atlantic Aircraft Service, de Boca Raton.  Vous la connaissez bien désormais : c’est celle de notre omniprésent Joao Malago !!!! Or ce Beech, avant de devenir américain, était… français : c’était le F-ODUI de Gérard Genet !!!  L’avion était celui de Air Motu, à Papeete.  Son propriétaire, né en 1928, qui avait fait carrière dans les enlèvements d’ordures, était venu s’installer à Papeete en 1983 suite à des ennuis de santé.  Il avait eu droit ici à une page sur lui dans un magazine (le Manureva de 1997).  Détenteur d’un permis de voler dès 1966, il y expliquait qu’il avait fait équiper sur place son Beech de matériel d’Evasan (médical), pour le rentabiliser  !!!  Et se plaignait (déjà) avec ses confrères de l’aspect bien trop tatillon des services aéronautiques !!  Ci-contre à droite la photo de son avion, prise à Papeete et extraite du reportage. Il porte une décoration typique de l’époque de sa sortie.

(1) avec l’aide de Jose David Aguilar Moran (ici à droite), responsable de la police, qui possède un lourd CV de compromis, résumé ici par le Daily Mail le 25 janvier dernier : « lorsque Jose David Aguilar Moran a été nommé nouveau chef de la police nationale du Honduras la semaine dernière, il a promis de continuer à réformer une agence de maintien de l’ordre entachée de corruption et de complicité avec les cartels de la drogue. Mais un rapport de sécurité confidentiel du gouvernement obtenu par l’Associated Press indique qu’Aguilar lui-même a aidé un leader du cartel à retirer la livraison de près d’une tonne de cocaïne en 2013. Le transport clandestin de plus de 1700 livres de cocaïne a été emballé dans un camion-citerne qui, selon le rapport, était escorté par des policiers corrompus jusqu’au domicile de Wilter Blanco, un trafiquant de drogue récemment condamné en Floride et qui purge une peine de 20 ans »… PS ; j’avais déjà mis l’accent sur un de ses prédécesseurs, Juan Carlos Bonilla Valladares, alias « El Tigre », alors en conflit ouvert avec l’administration Obama, en conclusion de l’épisode 63 de cette série... le 12 juillet 2013 ! « Comment distribuer de l’argent sans qu’il n’atterrisse en priorité dans ses poches » avais-je écrit à son propos…

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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