Accueil / T H E M E S / CULTURE / Littérature / anecdotique / Coke en stock (CLXXXII) : la découverte et la chute des fournisseurs d’avions (17)

Coke en stock (CLXXXII) : la découverte et la chute des fournisseurs d’avions (17)

La découverte du rôle douteux exercé par Joao Malago (voir les épisodes précédents) pose question, celle de la manipulation des trafiquants, assistés pour déstabiliser des pouvoirs en place pas vraiment dans les goûts des Etats-Unis.  L’obscurité d’un programme comme celui de l’ICE permet en effet toutes les interprétations, d’autant plus que l’on croise durant cette enquête pas mal d’acteurs de l’armée US:  Le Brésil devenant un des lieux de prédilection ces derniers mois des avions bourrés de cocaïne, atterrissant le plus souvent au beau milieu des champs de canne à sucre…

ICE, une machine qui patinait sec

Au passage on retrouve en effet (cf l’épisode précédent) les célèbres frangins Whittington, ex participants des 24 heures du Mans (lire ici leur étonnante saga) et au circuit d’Indianapolis comme ici à droite avec une  Penske – Cosworth :  « Donna Blue Aircraft a ensuite vendu l’avion à deux pilotes qui depuis longtemps étaient la cible d’enquêtes du DEA pour le trafic de cocaïne d’Amérique du Sud vers l’Amérique centrale et le Mexique, selon une déposition judiciaire.  L’un de ces pilotes, Gregory Dean Smith, «travaille actuellement comme pilote sous contrat pour Don Whittington et World Jet, Inc.», selon l’affidavit » (la déposition officielle, sous serment).  « Le bureau de World Jet a été perquisitionné en novembre, selon la DEA, après une enquête d’une année « révélant que Don Whittington vendait et louait plusieurs avions à réaction aux acheteurs des organisations de trafic de drogue vénézuéliennes, colombiennes, africaines et mexicaines ».  Le produit de ces ventes a été investi dans une station thermale de l’ouest du Colorado, disent les enquêteurs dans la déposition et  leur mandat de perquisition ».  C’était au  Springs Resort sur la San Juan River (photo ici à gauche) fonctionnant avec une source géothermique.  Le Gulfstream n’était pas le seul avion concerné par l’opération.  Un autre avion avait été vendu à Saint-Pétersbourg (en Floride) – un Cessna Conquest II –  « qui faisait lui aussi partie d’une enquête du FBI sur le blanchiment d’argent et le trafic de drogue, selon cette fois le FBI.  « Le Cessna a été vendu dans le cadre d’un « système international complexe de blanchiment d’argent » pour acheter des avions pour le trafic de drogue, selon un affidavit de Michael Hoenigman, agent du FBI.  Il a été acheté à partir de Skyway Aircraft basé à Saint-Pétersbourg, selon le FBI et les enregistrements de la FAA ».  Il devait être utilisé dans le transport de la cocaïne du Venezuela vers l’Afrique », selon la déposition (c’est en effet au moment où se pointaient les « nouveaux Mermoz » de l’Atlantique ».  « Cette enquête était distincte de toute enquête de la DEA, a déclaré la DEA.  L’homme qui a vendu le Cessna s’appelant Larry Peters, qui avouera avoir vendu un autre avion qui avait été saisi par les autorités guatémaltèques après avoir été utilisé pour la contrebande (le fameux King 200 saisi en 2004 au Nicaragua portant le faux numéro N168D). « Peters a également des liens avec l’homme dont la compagnie a vendu l’avion qui s’est ensuite écrasé au Mexique. Par le biais de Atlantic Alcohol, une société de Saint-Pétersbourg qui a essayé d’importer de l’éthanol du Brésil, Peters était un partenaire commercial de Joao Malago, qui a vendu le Gulfstream II, selon Malago dans une interview précédente avec le Tribune ». En somme, ICE s’était chargé de tout… et se retrouvait fort embarrassé par le cas Malago :  à ce moment-là, les avocats de Malago ont allégué selon les actes de procédure judiciaires que les agents de l’ICE avaient rencontré Malago au Brésil et l’avaient pressé de déplacer sa famille aux États-Unis parce que sa couverture avait été éventée et sa vie était en danger – puisque son rôle d’un informateur avait été exposé en raison de l’accident du Gulfstream II ».  Chez World Jet, deux autres avions étaient réquisitionnés en plus au cas où : un Hawker 700 (ci-desssus à gauche à Saint-Martin), avec l’immatriculation N49RJ et un autre Gulfstream II-SP, immatriculé N1218C (ici à droite).  Rappelons aussi que  « World Jet était dans la ligne de mire de la DEA depuis des années.  En 2009, la DEA et la DEA Miami à Bogota, en Colombie avaient saisi un certain Piper PA-31-325 Navajo, immatriculé N5000H à Popayan, en Colombie avec 786 kg de cocaïne à bord.  Cet avion appartenait à World Jet, du Delaware, et il était également possédé et exploité par Don Whittington ».  Capturé, le fameux Piper Navajo avait été incorporé ensuite dans la police colombienne (ici à gauche) !  Le Hawker 700 N49RJ aurait aussi du servir à véhiculer Luis Posada Carriles lors de sa venue pour son procès en Californie en 2010, mais il était alors en maintenance. Carriles, un des piliers des tueurs de la CIA…

 

Beaucoup de liens découverts avec l’armée américaine 

Selon le site NarcoNews, très bien informé, la présence de militaires autour des personnalités de Malago et de Peters est une évidence : « L’autre collaborateur de Peters chez Atlantic Alcohol, Singer, a une expérience professionnelle assez éclectique, notamment en tant que consultant pour aider à développer une force de patrouille robotisée pour l’armée américaine. Le profil LinkedIn sur les réseaux sociaux de Singer montre qu’il a déjà travaillé pour AT & T, General Dynamics et le département américain de la Défense – ce dernier nécessitant une habilitation de sécurité «secrète». Singer est également pilote, selon son profil Twitter. Dans une autre coïncidence de connexion, Malago liste maintenant son employeur actuel comme Omni International Jet Trading, où il travaille désormais en tant que «représentant des ventes».  Egalement, un contact d’Omni est un individu nommé Chip Harrup, qui en est le propriétaire. de Central Virginia Aviation Inc. à Petersburg, en Virginie (ici ce que CVA vend comme modèles, on y trouve un Beech Baron (pressurisé !) de 1977 à 149 500 dollars, le N199PB, visible ici à droite).  De plus, la page LinkedIn de Harrup indique qu’il est un membre actif de la Garde aérienne et un « pilote de chasse F-22A » pour l’US Air Force, et « aujourd’hui major, volant sur la base de Langley » – près du siège de la CIA. Harrup, lorsqu’il a été contacté pour un commentaire, a dit qu’il devait prendre un autre appel et que Narco News n’était pas en mesure de se connecter avec lui après ce point ».  Aujourd’hui, Joao Malago vend toujours des avions, tel ce beau petit Cessna Mustang de 2009 en parfait état présenté sans immatriculation et sans pedigree (et sans prix de vente).  En fait il s’agît d’un « Mustang basé au Brésil« , selon lui, qui et visible ici chez Global Aircraft.  On pense qu’il s’agît du PP-DLC d’Easy Taxi Aéreo, ex N52498 (510-0261, ici à gauche), la firme n’annonçant plus que deux Beech 90 à ce jour (vérification chez Omni c’est bien celui-là).  Il vend aussi un Bae 700A de 1979 pour une bouchée de pain (595 000 dollars), le N422X, qui devrait intéresser nos rois de la schnouf, à coup sûr.  Mais il s’est aussi lancé en 2015 dans l’importation aux USA d’un alcool fort brésilien, le « cachaça », qui commence à se vendre vieilli en fûts, lui aussi.  Au final, au lieu du degré d’alcool de sa boisson favorite; on pense plutôt à la quarantaine d’avions revendiqués par l’agent de l’ICE et partis remplir les hangars des trafiquants… A quoi pouvait donc rimer cette opération, à moins de vouloir nuire à Chavez, chez qui finissaient par atterrir un jour où l’autre tous ces avions ?  Comment a-t-on pu faire de l’opération Mayan Jaguar un tel fiasco ?

Chavez visé ou autre chose encore ?

Le mot de conclusion appartient à Bill Conroy de The Narcosphère : « Le Beechcraft  200 en liaison avec la CIA, trouvé au Nicaragua il y a une dizaine d’années (nota : l’article a été écrit en 2014), était loin d’être le seul avion vendu par Skyway Aircraft de Peters pendant la durée de l’opération Jaguar Maya.  En fait, entre octobre 2003 et janvier 2008, un total de 11 avions  ont été enregistrés auprès de Skyway Aircraft Inc. juste avant d’être exportés vers des acheteurs en Amérique latine, selon les registres de la FAA.  Tous sauf un des 11 avions avaient été exportés vers des acheteurs au Venezuela, dont le chef était à l’époque le président Hugo Chavez, cible d’un coup d’Etat soutenu par les USA sans succès d’état en 2002.  Cependant, le fait que les avions de la drogue ont été envoyés à travers le Venezuela seulement aurait pu être une manœuvre erronée, plutôt qu’un signe que le pays sud-américain était la cible d’une autre opération secrète des États-Unis – ou cela aurait pu avoir été les deux. Narco News a rapporté plus tôt qu’un certain nombre d’avions de cocaïne vendus dans le cadre de Mayan Jaguar étaient finalement destinés à l’Afrique, une porte d’entrée majeure vers le lucratif marché européen de la drogue.  L’objectif principal des ventes de cocaïne par l’intermédiaire de Mayan Jaguar reste un mystère qui risque de rester obscur puisque le litige contre Malago a été rejeté »…

Et ça continue… avec des Embraer-Seneca désormais

Au Brésil, en tout cas, ça continue, et toujours avec des transports de masse de cocaïne.  Le 6 mars dernier (2018), c’est en effet à nouveau une demie tonne de coke que l’on découvre dans un avion posé en catastrophe dans un champ près de la municipalité de Mato Grosso, État de l’ouest du pays à la frontière avec laBolivie, après une interception musclée des forces armées aériennes brésiliennes, grâce à trois Super Tucano A-29. L’avion avait été suivi par un avions radar Embraer R-99 et sa poutre radar au dessus du fuselage.  « Le pilote de la défense aérienne a ordonné le changement de route et l’atterrissage forcé sur l’aérodrome de Cuiabá (MT), mais le pilote de l’avion intercepté n’a pas obéi » annonce la presse.  Son immatriculation bien visible et sa décoration n’ont même pas été modifiés. C’est le PR-EBF, un Cessna Piper Seneca qui s’affichait encore récemment aux couleurs de l’école de pilotage de la Sierra Bravo Aviation Escola de Aviacao Civil, photographié un peu partout (et même devenu une maquette visible ici).  L’avion est archi-plein de paquets de toile cirée bleue maintenus par des sangles à l’intérieur même du cockpit, à se demander où a bien pu prendre place le pilote (après l’impact, les ballots de coke ont versé sur les sièges avant) !  Selon la presse « l‘interception faisait partie de l’opération Ostium, menée conjointement par la Force aérienne brésilienne et la police fédérale et vise à renforcer la surveillance de l’espace aérien brésilien à côté de la frontière avec la Bolivie et le Paraguay, la drogue principales passerelles au Brésil.  L’objectif de l’opération est d’empêcher les vols irréguliers qui pourraient être liés à des crimes tels que le trafic de drogue ».

 

Un avion récidiviste 

Selon la presse toujours, l’avion venait juste d’être revendu par l’école de vol.  L’avion datant de 1976 était le Piper PA-34-200T Seneca II N°34-7670218, antérieurement immatriculé N75036 appartenant àW.W.JR Gresham W W JR habitant Indianola, qui avait été photographié en le 20 janvier 2012 à Fort Lauderdale... On s’en serait encore un peu douté (qui donc l’avait exporté ; il était alors déclaré appartenant à Glass Machinery & Excavation, de Jonesville en Virginie).  Il l’avait aussi été à l’Americana Airport (S22°45.32′ / W47°16.08’), à savoir à Sao Paulo au Brésil, affichant effectivement un très bon état général malgré son âge.  Le problème, avec cet appareil, c’est que c’était… une redite pour lui.  Car selon des informations « en 2017 (le 25 mars), le pilote du PR-EBF a été arrêté par la police, après avoir fait un atterrissage d’urgence sur la piste d’une entreprise dans le secteur industriel de Julio de Campos, à 692 km de Cuiabá.  Il avait le permis de voler de façon irrégulière et avait un mandat d’arrestation ouvert pour vol qualifié.  La police a également soupçonné que le bimoteur était utilisé pour le trafic parce que des bâches de protection pour les drogues ont été trouvées à l’intérieur.  Bien que le pilote ait été arrêté, le bimoteur a été relâché plus tard pour être dans une situation normale. Un GPS a été trouvé montrant plusieurs coordonnées de vols dans des endroits où il y a une forte action des trafiquants ».  Et effectivement, puisqu’on retrouve rapidement l’article de presse montrant en photo le MEME APPAREIL posé sur une piste au bord d’un champ avec un officier de police militaire en train de l’examiner !!!  Mieux encore avec le récit ici de ce qu’on avait trouvé à bord et ce qu’on avait dit de son pilote: « selon la police militaire, le pilote a déclaré qu’il vivait à Pará et a déclaré avoir quitté Guarantã do Norte, à 721 km de la capitale, pour emmener son patron et deux autres personnes dans une ferme, à 40 minutes de Campos de Júlio.  Il a ajouté qu’il effectuait son deuxième vol avec l’avion et qu’il avait dû effectuer l’atterrissage forcé après un arrêt d’un des moteurs  Cependant, il ne connaissait pas le nom du chef présumé ou ne savait pas où se trouvait la ferme où il aurait laissé les passagers.  Quand ils ont réalisé que le pilote se contredisait, les policiers se sont méfiés de la situation ». 
« Tout en vérifiant la documentation du suspect, il a été découvert qu’il était seulement autorisé à piloter un avion monomoteur et que son permis avait expiré.  En outre, il avait un mandat d’arrêt ouvert pour un vol chez un bijoutier à Cuiabá.  Avec le pilote, la police a saisi deux appareils GPS, dans lesquels il a été découvert, par des coordonnées, que l’avion avait quitté une piste dans une zone rurale en Bolivie, s’arrêtant seulement à la compagnie où il avait été approché par la police militaire, après l’atterrissage urgence.  Selon la PM, le GPS a également signalé plusieurs coordonnées de vol dans le pays voisin et à la frontière, y compris dans la région d’Irapuru, où plusieurs rapports de survols constants d’avions de cette taille, avec des transports de stupéfiants, et de saisies de drogues. S elon la police, à l’intérieur de l’avion ont été trouvés six morceaux de bâche noire qui serait caractéristique de ceux utilisés pour emballer des balles de narcotiques pour leur transport.  En plus de l’avion, les députés ont encore saisi 4 732 reals en espèces ».  L’avion n’appartenait effectivement déjà plus à l’école de vol, il venait d’être acheté par un dénommé Lucas Maikon Gusmao de Lima, le 9 janvier 2017… un « entrepreneur de la région de Campinas », selon Giro Marilia.  Son entreprise étant la « Maikon Hortolandia » (c’est une commune de Sao Paulo), mais on trouve aussi « Distribuidora Lucas » comme référence, un commerce de  » de lits, de tables  et de salles de bain » !

Un autre crash de bimoteur similaire au même endroit

Et l’avion, malgré toutes ces preuves d’activités illicites avait été remis en service malgré tout ça ???  Mais qui a parlé de laxisme au Brésil ???  Car d’autant plus qu’à Tangará da Serra, on peut parler d’épidémie de Seneca transportant de la coke.  Car l’avion posé nous en a a aussitôt rappelé un autre :  le PT-ENY, retrouvé train rentré au bord d’un champ le 23 avril 2017 avec à bord 400 kg de pâte de base de cocaïne.  L’avion était attendu par un gros pick-up, il emportait avec lui un GPS, des radios, deux talkie-walkie, 3 téléphones satellitaires, 10 téléphones portables, deux revolvers dont un de nos calibre et 5000 reals de monnaie :  l’équipement complet du trafiquant.  Cinq personnes avaient été arrêtées et photographiées.  L’avion était un Embraer EMB-810C, numéro de série 810134, apparu au Brésil le 17 juillet 2013.  Il avait vécu 4 ans, en quelque sorte, à moins qu’un des garagistes locaux le fasse revoler, à grands coups de maillets et d’huile de coude, après l’avoir racheté aux Domaines locaux.  Pour une seconde vie, ou plutôt un dernier voyage de transport de coke…

 

 

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

Article précédent:

Coke en stock (CLXXXI) : la découverte et la chute des fournisseurs d’avions (16)

 

Commentaires

commentaires

A propos de ghostofmomo

avatar

Check Also

Inondations dans l’Aude

Inondations dans l’Aude : les vrais responsables du drame…   Les fortes pluies qui se ...