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Coke en stock (CLXXVIII) : la découverte et la chute des fournisseurs d’avions (13)

La Bolivie, Le Paraguay et le Brésil ont déjà été cités dans le volet de cette longue série. Ne manquait plus que l’Argentine, semble-t-il pour l’instant (nous verrons l’Equateur bien après encore).  Cette fois-ci, c’est la sagacité d’une juge qui va permettre de remonter toute une filière de distributeurs; mais aussi et surtout un des deux acheteurs promis en début de saga.  Trahi par le selfie d’un de ses pilotes, qui, après s’être vautré dans la boue avec son Cessna, avait voulu montrer à son patron dans quel pétrin il s’était mis…  Un pilote chevronné, pourtant, qui avouera s’être fait payer 65 000 dollars le trajet.  Un vol qui était en fait long, très long… puisqu’au total il parcourait à chaque fois près de 3000 km pour livrer sa marchandise !

Le nez dans la boue de l’avion maudit

On commence cette fois le 13 juillet 2016 par un avion sérieusement embourbé.  C’est la chaîne Canal 10 de San Salvador, en Argentine, qui nous le fait découvrir en interviewant Miguel Chayol le voisin de Jorge Pohl, le propriétaire d’un champ d’Entre Ríos, fraîchement labouré, dans lequel est tombé la veille au soir un Cessna immatriculé (ZP-BAO, une immatriculation du Paraguay), sans  que personne ne l’ait vu arriver ni entendu.  A ses côtés de nombreux bidons bleus vides laissent entendre qu’il s’agissait d’un avion emmenant de la drogue.  Et il est vrai que la vue d’avion ou d’hélico (ci -dessous à gauche) qui suit est vraiment impressionnante.  L’avion s’est vraiment vautré, train rentré, dans la boue et a longuement glissé sur le côté avant de s’arrêter!!!  Il est d’abord présenté à tort comme étant un « Cessna 150 », puis un « Cessna 182 » par les autorités (et encore aujourd’hui par Aircraft Safety Network, qui est un comble !).  Or ce n’est même pas un 182 RG : les vitres sur le côté indiquant plutôt clairement un type Centurion 210 à train rentrant et aile à capacité supplémentaire de carburant… dont le train ne serait pas sorti effectivement.  La vitre arrière du côté du fuselage sur un 182 est en effet de type triangulaire à bords convexes et le fuselage moins profond que sur un 210.  Le 182 a aussi un léger bossage de capot à l’aplomb de l’hélice.  Dans les heures qui suivent, les chiens policiers amenés sur place détectent la présence de traces de coke un peu partout dans et autour de l’appareil. C’était bien un narco-avion, tombé en panne, donc, dont le pilote avait manifestement réussi à fuir… avec sa cargaison (ou non, car on ne sait pas alors s’il en emportait ou pas).  L’avion semble en fait bien vieux vu ses tôles torturées et comporte une épaisse couche de peinture tentant de masquer sa vétusté.  Son immatriculation semble la simple modification du ZP-BAQ de 1977 qui avait été photographié en décembre 2012 à Costa Esmeralda, au Brésil.  L’engin, sous l’immatriculation N761GW, un Cessna T210M, numéro de série 21062255, appartenant à Aerial Advertising Services (de la publicité aérienne avec banderoles tractées, fort courantes aux USA) avait vu à Hayward en Californie en 2006 un de ses passagers impatients d’attendre l’arrêt du moteur (nécessaire pour un turbo pour ne pas « claquer »  ce dernier), sorti précipitamment de l’avion, découpé littéralement par l’hélice toujours en rotation.  Etrangement, l’avion, en redécollant 4 heures plus tard heurtera le sol, après avoir perdu de la puissance moteur en tentant de décoller et se posera en catastrophe sur un golf après avoir heurté la cime d’arbres !!!

Ce n’était décidément pas son jour, ce 25 juin 2006 !!!  Un avion devenu aussi maudit ne peut espérer se revendre très cher, on s’en doute :  serait-il le bon pour nos trafiquants laboureurs ???  Pour l’instant, et même pendant plusieurs semaines après le crash, on ignorait toujours sa provenance, à vrai dire.  Le mystère, heureusement n’allait pas durer, et au contraire, allait révéler un autre réseau encore, très organisé, d’avions transporteurs de coke sur des centaines de km… voire des milliers même; c’est cela tout l’intérêt de l’énigme du jour.  L’avion maudit allait le devenir, en tout cas pour son narco-propriétaire.

 

L’avion à l’aile bleue et son pilote trop bavard au téléphone

L’épisode 2 de notre saga de l’avion maudit allait apparaître un peu plus tard en effet. Sous l’effet d’un… selfie plutôt malencontreux.  Mais avant de voir lequel, il faut retourner à l’après-midi du 9 septembre 2016, durant lequel des agents du Secrétariat national antidrogue (Senad) du Paraguay ont fait irruption dans l’hacienda Maricela près de la ville de Yasy Cany, dans le département du Canindeyú. Là, ils venaient de faire une très bonne pioche en trouvant un avion de type Cessna 210, fraîchement repeint (même son aile a été peinte intégralement en bleu électrique, ce qui est plutôt rare… et ce schéma de peinture fort particulier sur la queue, avec courbes remontant vers le haut et non le bas n’est pas sans nous en rappeler un tombé en janvier 2108 bien plus loin… à Villa Matamoros, au Mexique !!! ), mais aussi trois camionnettes (pick-ups) et 11 sacs de toile de jute remplis de cocaïne:  il y en avait pour environ 400 kilos.  Une très, très, belle prise, donc, étalée devant les objectifs de la presse dans le hangar même de l’hacienda :

Le roi du ciel Machado était tombé ce jour-là

Dans cette opération réussie de police, on avait aussi dénombré cinq détenus, sagement alignés devant l’avion, mais l’un d’eux surtout avait attiré l’attention des enquêteurs :  un pilote brésilien chevronné, appelé Hector Antonio Machado, alors âgé de 40 ans (c’est celui menotté en t-shirt beige sous l’aile de l’avion). Celui-là, cela faisait plusieurs années qu’ils espéraient tomber dessus :  pilote, talentueux, il avait organisé un bon nombre de vols de narcos ces dernières années, et ça tout le monde le savait.  Certains vols fort fructueux, et d’autres moins, pour ce qui le concerne.

Le « moins », les enquêteurs allaient le retrouver très vite… dans son téléphone portable.  Avec une photo fort particulière : celle du fameux Cessna tombé en plein champ de boue en Argentine le mois de juillet qui précédait !  Une photo révélatrice, envoyé à son patron, l’organisateur du trafic, avec un commentaire lui demandant quelle suite donner à l’opération visiblement en train de rater à ce moment-là.  Pour ce qui est de l’avion proprement dit saisi ce jour-là, on était tombé sur un clone, et cette fois c’était certain.  Car sous l’immatriculation ZP-BJD affichée par l’avion saisi, un autre avion existait portant la même.  Son heureux propriétaire envoyant aussitôt la photo de ce dernier sagement rangé dans un hangar très bien entretenu à la police, pour qu’elle puisse comparer : le même modèle, en effet mais pas tout à fait le même avion (il lui manquait surtout un… tube Venturi) !

 

65 000 dollars le salaire… par trajet

Machado avouera avoir été payé jusqu’à 65 000 dollars par voyage, car il effectuait de sérieux trajets en réalité sans compter les risques bien sûr, notamment les radars installés près de la frontière, qu’il avait fallu contourner en volant le plus bas possible, grâce à un équipement particulier visible sur le  » faux ZP-BJD  » (le fameux procédé Venturi, on vous l’expliquera en détail un peu plus tard).  Mais on on n’a pas encore remonté jusqu’au chef du réseau, pour autant.  Ou presque, avec l’appel malencontreux de Machado, il est vrai.  C’est surtout un troisième homme qui en fait va griller totalement son propre patron.  Un avocat de renom, appelé Matias Jachesky (ici à droite), qui avait déjà défendu le fameux chef du groupe en 2010 dans une histoire pour laquelle il s’était vu impliqué dans un petit avion qui avait paru abandonné dans la zone rurale de Corzuela, dans le Chaco. L’appareil était siglé CP-1833 et il avait été dissimulé sous du foin (ici ) gauche).  La plutôt tenace juge Arroyo Salgado avait mis sans hésiter sur écoute le téléphone de l’avocat, et elle avait pu entendre en effet une conversation pleine de renseignements, de l’homme d’affaires visé donnant à son avocat des détails sur l’arrestation du pilote en se préoccupant de sa connexion avec lui.  L’homme derrière tout le trafic s’appelait Gustavo Sancho. Et très vite la magistrate allait pouvoir constater que c’était bien lui derrière toute cette organisation délictueuse raconte ABC Color.  Sous ces ordres et par ordonnance du juge fédéral de San Isidro, avait été donc déjà installé une caméra de surveillance à environ 150 mètres de la maison de Gustavo Sancho dans le quartier de Villa Urquiza.  « Dès que quelqu’un est sorti après le coup de fil à l’avocat, la caméra l’a aussitôt détecté, et l’homme a été suivi, prenant la direction de l’autoroute Buenos Aires / La Plata.  Il a alors été arrêté au péage d’Hudson, et les policiers ont découvert dans un sac à côté du pilote un sac contenant 65 000 dollars »  raconte le journal :  exactement la somme donnée par l’écoute électronique qui précédait, comme étant le salaire des pilotes de Sancho pour transporter la drogue !!!  Pris la main dans le sac, si l’on puis dire !  On pouvait alors commencer à décrire qui était ce fameux Gustavo Sancho, retranché dans sa luxueuse villa de Villa Urquiza dans laquelle les gendarmes découvriront lors de l’Opération Quijote (???) un parc automobile incroyable (de motos et de quads également), visibles ici à droite.  Seront en effet saisis ce jour-là et en une seule perquisition pas moins de 45 automobiles (son fils faisait du Rallye) 12 motos, un scooter de mer, 135 téléphones cellulaires et ordinateurs.  Sans oublier  323 413 dollars, 37 610 euros, 2.312.512 pesos, trois lingots d’or et des bijoux.  Sans oublier aussi ses propriétés de Pinamar, chez qui seront retrouvés d’autres voitures de sport, des quads ou même de scooters des mers.  Compulsif, le gars.

L’avion venu de (très) loin

Un autre avion fait partie de la liste des avions liés à Sancho.  Et il est plutôt étonnant, car il a été retrouvé baignant à moitié dans l’eau à Général Belgrano, une ville d’argentine située près de Buenos Aires.  Or il venait de loin, celui-là…  C’est lors d’une opération baptisée « Concombre » débutée le 25 août 2015  que l’on avait commencé à cerner toute l’équipe : on avait ainsi pu saisir déjà dans les alentours 372 kilos de cocaïne répartie dans des camionnettes.  Dans l’une d’entre elle, la police avait surtout relevé  des coordonnées GPS qui avait comme destination le même champ de la localité de Buenos Aires du général Belgrano où, justement, l’avion abandonné avait été retrouvée 2016.  On s’y attendait donc, à avoir à en arriver là un jour où l’autre.  Bingo avec la découverte le 14 décembre 2016 du Cessna Centurion II, équipé « Stol » portant l’immatriculation bolivienne CP-2996 (c’est le Cessna N°21060640). L’avion arbore un détail intéressant sur le côté gauche du fuselage, devant la charnière de porte : un tube Venturi, quasiment la marque de fabrique des pilotes « narcos ».  Comme son confrère de Yasy Cany !!!  L’avion est bel et bien enregistré à la Dirección General de Aeronáutica Civil (DGAC) bolivienne, comme appartenant à un dénommé Savarain Muñoz Dorado.  Son autorisation de vol avait expiré au 30 septembre qui précédait.  L’avion n’avait en fait plus le droit de voler !

Des périples de 3000 bornes !

Ce que découvrent aussitôt après les enquêteurs, ce sont les incroyables trajets effectués par Machado et ses confrères, car à chaque fois la drogue provenait du Pérou, ou de Bolivie, et il avait donc fallu parfois effectuer plus de 3 000 km à bord du Cessna pour l’acheminer soit vers le Brésil, soit vers l’Argentine, en se servant du Paraguay comme relais de ravitaillement !!!  Une infographie réalisé par le journal Clarin (ici à droite) explique les départs de Puno au Pérou, puis les vols vers Santa Cruz de Sierra en Bolivie, pour un premier saut et ensuite vers… Yasy Cany au Paraguay et Canindeyu comme centre de logistique aérienne et de là vers General Belgrano ou San Salvador, à Entre Rios, comme pour l’avion resté embourbé.  Selon le journal, les avions « modifiés » pouvaient emporter plus de 500 kgs de coke sur des étapes de…1800 km de long !!!  On comprend un peu mieux les liasses offertes par le trafiquant à ces pilotes auteurs de tels périples effectués à très basse altitude ou au fond des vallées pour éviter de se faire détecter par les radars placés sur les cimes !!!

Vers le chemin de l’Argentine dès 2012

Ceux qui auraient douté de l’implication des appareils examinés en 2015 au Paraguay et présents un peu comme des trophées un peu trop voyants, en avaient été pour leurs frais avec un appareil, notamment.  Une courte vidéo tournée le 14 mars 2013 l’avait présenté comme ayant été « saisi » et depuis abandonné comme tel sur le côté de l’aéroport de Rosario (en Argentine).  C’était le ZP-BEH.  Or l’appareil avait bien servi effectivement à transporter 286 kilos, mais de marijuana, il avait été pris sur le fait le 21 septembre 2012, retrouvé posé sur une route de Carrizales, situé à 65 kilomètres de Rosario; ville qui se trouve on le rappelle en Argentine.  Selon la police, « Un atterrissage inhabituel dans cette zone.  En général, ces cargaisons, en particulier celles du Paraguay, sont déposées sur des terres situées dans la partie nord de la province et, de là, elles continuent leur chemin à terre.  « Nous devons voir maintenant s’il a fait une escale pour faire le plein, et où », a-t-il dit.  Le seul antécédent connu d’un atterrissage dans le sud de Santa Fe date du 5 septembre 2006, lorsque dans la zone rurale de Sanford, à 60 kilomètres de Rosario, un avion Cessna 180 était arrivé avec une charge de 400 kilos de marijuana paraguayenne.  À ce moment-là, cinq hommes avaient été arrêtés ».   Pour l’appareil du jour il arborait un faux enregistrement argentin  (LV-HYZ), un auto-collant masquant l’original paraguayen en ZP-BEH.  Un pilote de 27 ans avait été arrêté qui habitait Formosa.  Problème des deux documents montrés:  les deux appareils en ZP-BEH ne montrent pas la même décoration !!!  Le second de Rosario aurait-il pu être celui filmé en 2012 ? Encore un bel imbroglio !

 

Le retour d’un avion bien connu
Et comme tout est lié, les investigations sur l’usage d’avions de tourisme par les trafiquants mènent cette fois à un petit aérodrome discret.  L’enquête avait débuté avec la détection d’un trafiquant de drogue du Junin, qui distribuait du haschich, cette fois, mais à la tonne, dans le Chacabuco, ses lignes téléphoniques mises sur écoutes révélant une zone de distribution plutôt vaste, allant des villes de Junín, General Arenales, à General Viamonte et Lincoln et même jusque dans la capitale fédérale, inclus le Grand Buenos Aires.  La justice cherchait alors à connaître ses approvisionneurs  et elle songeait bien sûr à des arrivées par voie aérienne, comme pour la coke.  Une surveillance a donc été mise en place.  Elle se montre efficace, puisqu’on met vite la main sur deux avions d’abord, apportant la drogue d’Asuncion.  Dans un schéma bien classique, sont découverts des pilotes paraguayens et argentins qui travaillent habituellement dans la pulvérisation aérienne et vivant à Général Belgrano et San Miguel del Monte, qui effectuaient avec leurs avions d’épandage des vols de reconnaissance pour vérifier qu’il n’y avait pas de danger alentours.  Pour éviter tout soupçon, ils utilisaient parfois des avions fumigateurs aériens non adaptés au transport de lourdes charges de drogues ou un petit avion d’observation.  Après plusieurs mois et 6 000 heures d’écoute électronique, la police a fini par déterminer qu’un des avions impliqué se trouvait dans le hangar de l’aéroclub de Navarro et un autre à Général Belgrano où les trafiquants louaient un espace pour le stockage.  Sont donc logiquement découverts un avion d’épandage, couleurs jaune et bleu, un Cessna 188 AGWagon bien reconnaissable, un petit Piper 18 Super-cub rouge (lavions d’observation) et un Cessna 210 blanc à parements tricolores (ici à droite), tous ayant servi au trafic de marihuana.  La longue enquête révèle qu’en 2016, ces avions ont effectué environ 30 voyages au Paraguay et que la valeur estimée de la demi-tonne de marijuana saisie est de un million de pesos.  Selon, la police les mêmes avions auraient effectué aussi des vols vers l’Uruguay et le Brésil voisins.  En fait le raid décidé à Navarro avait fait suite à l’arrivée du fameux Cessna 210 de Sancho retrouvé à Général Belgrano, l’indication GPS trouvée à bord étant en effet celle du hangar de l’aérodrome de Navarro.  Là où ça se complique, ou plutôt là où ça devient passionnant, c’est quand on découvre que le Cessna tricolore immatriculé LV-GTX appartenait il n’y a pas si longtemps encore à Juan Domingo « Papacho » Viveros Cartes, le vétéran paraguayen bien connu des vols de cocaïne et oncle du Président de la République Horacio Cartes, comme on le sait (voir notre épisode précédent).

Un « Papacho » qui avait été arrêté à la descente de son appareil sur l’aérodrome de Caazapá le 23 avril 2016, tout le monde s’en souvient.  L’avion, immatriculé LV-GTI (un Cessna 182, appartenant à Carlos Armando Redolfi, était l’un des trois saisis chez ce trafiquant en Argentine.  Un ancien avion de parachutistes, reconnaissable à son arrière « fermé » et à ses petites vitres arrières (cf ici à gauche). Redolfi étant alors à la tête d’une entreprise « Servicios de Pulverización Desinfección y Fumigación aérea y terrestre, excepto la manual».  Et là où ça se complique encore, c’est quand on apprend que le maire de la municipalité de Navarro,
Santiago Maggiotti, était venu raconter sur place que la marijuana « n’avait pas été saisie dans sa ville, mais dans le club aéronautique« , nuance (pour lui on l’y avait apporté par voitures)… on découvrira qu’il était aussi l’un des acteurs principaux de la dernière campagne électorale, en qualité de Président du parti Justicialista (Parti justicialiste, fondé au départ par Juan Peron !) ), et que l’événement était en fait fort mal venu pour lui. 

Le recyclage des avions de la drogue

Le narco-trafiquant à la tête du réseau précédent traqué par la police s’appelait Cicinio Cardozo Benitez.  Les faits concernant Cartes liant ce dernier à Benitez étant assez croquignolets :  en septembre 2012, Cicinio Cardozo Benítez avait été arrêté alors qu’il tentait de « sauver » 500 kilos de « macoña » à l’intérieur d’un avion abandonné par Viveros Cartes sur l’aérodrome de la ville de Bella Vista Sur, Itapúa.  C’était dans l’aeroclub de Colonias Unidas cette fois.  L’avion était (maladroitement) immatriculé ZP-BAZ.  L’avion était en fait un modèle ancien, un Cessna 182 (comme celui-ci et comme celui de Redolfi) qui avait été fraîchement repeint façon mode (avec du bleu marine et du doré !).  La machine, lourdement chargée, avait été endommagée auparavant à l’atterrissage et elle n’avait pouvait pu s’envoler de nouveau, il avait fallu faire vite pour la vider:  trop tard, la police était déjà là.  Le trafic remontait en fait très haut. . Car si l’avion était enregistré au nom d’Antonio Sosa Ocampos, âgé de 24 ans seulement, un agriculteur de Caazapá, il s’agissait à l’évidence d’un prête-nom, car les enquêteurs allaient vite découvrir que l’ancienne propriétaire de la machine, Carola Maritel García, était en réalité une fonctionnaire du Département de Yacyretá (EBY); et surtout qu’elle était mariée avec Yabebyry Gualberto Ortiz, un homme politique du crû du parti PLRA.  Selon la police, l’avion avait effectué des vols quotidiens.  Sur le nom du pilote, il y avait eu quelques hésitations :  « la dernière arrivée de l’avion datait de dimanche, dans l’après-midi, il était en bout de piste sous la protection d’Aquilino Villalba, déjà cité ici (on le voit ici à droite encore chargé… arborant fièrement sur son flanc gauche un tue de Venturi, l’outil indispensable du pilote de narcotrafic !).  « Un groupe d’officiers avait appris le fait que l’avion était chargé de drogues; c’est pourquoi nous avons mis en place une surveillance sur le site en attendant les propriétaires. Vers 07h30, Higinio Cardozo est arrivé à bord du camion, soi-disant pour emmener les «marchandises» en Argentine », a déclaré le chef des enquêtes, Arsenio Correa. « Sur l’identité du pilote ont émergé plusieurs versions, dont l’une a indiqué que ce serait Juan Domingo Viveros Cartes, tandis que d’autres ont dit que ce serait Francisco López Viveros » …. après avoir hésité, la femme du politicien finira par reconnaître début septembre 2012, avoir bien acheté l’avion :« elle a également expliqué que depuis il y a environ un an l’avion était tombé en désuétude et son coût élevé d’entretien a été forcé de le vendre.  L’ex-femme de politicien libéral Itapúa a promis de coopérer avec la justice à ratifier son innocence en ce qui concerne la saisie de la drogue »… tout aussi intéressante avait été la découverte du responsable des envois de drogue : « une des personnes impliquées dans l’expédition de la marijuana, Aquilino Villalba, lui aussi propriétaire de l’avion est un membre du parti Colorado du candidat Horacio Cartes ».  Villalba étant aussi le directeur de l’aérodrome et lui-même un pilote chevronné.  Benitez avait su faire jouer ses liens politiques.  Dès décembre 2013, un tribunal d’Encarnación le libérait, et des mois plus tard, annulait même complètement peine, mais le suspect s’était déjà réfugié en Argentine, où il avait recommencé son trafic... sur l’aérodrome de Navarro, notamment !!!

Retour de Papacho, son appareil devenu avion gouvernemental uruguayen

Quant à Juan Domingo Viveros Cartes, à peine l’aventure close, il se faisait pincer en Uruguay… en emportant 450 kilos de marihuana, amenés cette fois dans un avion agricole gris et blanc, visible ci-dessus à gauche (son arrivée avait été filmée par la police), un modèle Piper PA-36 Pawnee Brave 285 (le PR-AED brésilien depuis 2012, ex N9940P, en photo ici à gauche), montrant par là qu’il pouvait tout piloter, dès qu’il s’agissait de transporter de la drogue…  Son appareil  Cessna 210 “Centurión”, dans lequel il avait été pourchassé en vol, étant immatriculé ZP-TMF (ici à droite saisi au sol après s’être posé).  L’avion avait effectivement été détecté en Uruguay, qui avait dépêché deux Cessna T-37 pour le poursuivre, comme on le raconte ici :  « 500 kilos de narcotiques, ce n’est pas encore clair si c’est de la cocaïne, ou de la marijuana en forme de pâte ont été saisis dans un avion qui a atterri dans la ville de Cebollatí- au nord-est de l’Uruguay, à proximité d’une usine de riz, après un échange de tirs avec des blessures à la clé, l’arrestation de 22 personne, l’enlèvement de deux camions, et de l’un des avions impliqués, suivi par de nombreux raids à Montevideo et dans l’environnement côtier ».

« Avant cette procédure, le 10 matin locale le radar 3D FAU de Lanza avait identifié dans la petite ville de Bella Union- à l’extrême nord-ouest du pays sur une triple frontière avec l’Argentine et le Brésil- relativement proche de la ville paraguayenne d’Encarnación, deux avions volant sans plan ni autorisation de vol, dans la direction de l’est, et, évidemment, pas captés par les radars argentins.  Il a été convenu que deux Cessna A-37B Escadron n°2 de la Force aérienne uruguayenne ont suivi la trajectoire de vol des avions, qui ont été perdus par les Dragonfly (dépourvus de radar) et un brouillard persistant (…) l’avion étant un Cessna 210 « Centurión », d’enregistrement paraguayen ZP-TMF.  Parmi les détenus se trouve un mécanicien engagé par la Direction de l’aviation civile, responsable de l’infrastructure aéronautique du lieu où s’est déroulée la première procédure ».  L’avion, une fois posé, on avait constaté qu’il n’avait pas la documentation nécessaire pour la navigabilité et que son moteur n’avait plus de numéro de série, car il avait été poncé.  Le voilà aussitôt saisi, parqué, puis emmené dans les hangars de l’armée.  L’appareil égaré ne sera pas perdu pour autant :  le 7 octobre 2015, il sera remis aux forces aériennes du pays, visiblement bien briqué de partout lors d’une cérémonie officielle sur la Base Aérea Nº 2 (Durazno), en présence du  sous-secrétaire du ministère de la Défense nationale Jorge Menendez et du commandant en chef de la Force aérienne, le général Alberto M. Zanelli… avec, on suppose, un moteur neuf à bord !  Un avion de narco recyclé de plus !!!

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

 

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