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Coke en stock (CLXXIV) : la découverte et la chute des fournisseurs d’avions (9)

Les deux frères brésiliens lancés en politique au Paraguay (cf notre épisode précédent) sont d’une espèce bien à part il semble bien.  Une drôle d’espèce de politicien :  fort peu recommandable, pour le moins, avec ce que vous allez apprendre aujourd’hui les concernant.  Ils sont un peu, hélas, le sommet d’un iceberg politique qui stagne dans des eaux bien gluantes.  Une fange bien particulière.  Le pays, s’il est autant rongé par le trafic, c’est parce que l’exemple vient du plus haut de l’Etat.  Son ancien président ayant commencé sa carrière financière en trafiquant dans la cigarette.  Pour finir par être largement soupçonné par la CIA d’être lui-même à la tête d’un réseau de trafiquants de cocaïne, ce que Wikileaks avait fini par laisser fuiter.  Des preuves existent, de cela, dont une bien particulière :  une autre épave; stockée depuis des années à Campo Grande, un vieux Cessna jaune et blanc qui résume à lui seul la déliquescence totale d’un pays qui vient de se choisir un nouveau président, héritier direct du précédent, voilà qui promet en effet…

Carlos Rubén Sánchez Garcete est un cas en part en politique; on vient de s’en apercevoir un peu, là, déjà. Mais c’est pire encore en fait :  en faite il n’est pas paraguayen mais brésilien.  Et il traîne derrière lui un lourd passif lié au trafic de drogue contrairement à ses dénégations, ce qu’a justement rappelé dès 2015 Insight Crime que je résume ici.  Au Brésil, où il est né, il se faisait appeler Adriano Lopes Bordon et était propriétaire en 2000 d’une scierie.  Or un de ses camions est arrêté en 2005, dissimulant sous des planches de bois pas moins de 2,5 tonnes de marijuana.  Il passe au travers, mais la justice brésilienne le rattrape en 2008 en l’accusant de blanchiment d’argent et de contrebande.  Il s’enfuit alors de son pays d’origine, dans lequel sa condamnation court toujours  :  c’est pourquoi il craignait toujours d’être extradé, un jour ou l’autre. Une (longue) négociation avec le Brésil lui avait fait effectuer la sentence au Paraguay, et il est sorti de prison en septembre 2014.  Or pendant le temps où il était incarcéré, en juillet 2014, un de ces narco-avions immatriculé ZP-BAJ s’est écrasé à Colonia Cadete Boquerón, à 60 km de Capitán Bado, ce qui en soit est chose assez courante là-bas, me direz-vous.  A part que cette fois c’est plus sinistre encore : le Cessna qui a fini sur le dos, en tentant de se poser en urgence, avait fauché au passage sur une route deux jeunes femmes (Celia et Isabel Lopez Ayala) et un petit garçon de deux ans (prénommé Robinson) circulant à moto juste devant l’appareil en perdition (l’affaire est décrite ici en détail).  Les gens sans argent se déplacent comme ils le peuvent, et emporter un bébé sur une moto est chose courante là-bas.  Les occupants de l’avion ayant tous on s’en doute été sérieusement blessés.  Devant le désastre, Lopes Bordon alias Ruben Sanchez n’avait alors rien trouvé de mieux que de contacter la mère de deux personnes tuées pour lui proposer de l’argent si elle gardait le silence.  L’avion, semblait avoir un bon nombre d’heures de vol au compteur à voir ses tôles défraîchies et son immatriculation faite au collant adhésif de réparation rapide et mal posé.  Il avait été déclaré comme appartenant à Valerio Eleuterio Sánchez Meneses, un prête-non de Sanchez, mais il semblait bien pouvoir avoir été cloné une fois de plus.  Au lendemain du crash, certains avaient remarqué que des éléments pouvant identifier l’avion (vrai ou  faux ?) avaient ostensiblement été effacés en pleine nuit…  En tout cas l’avion avait été promptement vidé de son chargement dès le crash survenu : « Edison Deip, mari de Celia Lopez et père du petit Robinson qui était sur une autre moto avait hélas observé la tragédie.  Il a dit que des inconnus, vraisemblablement de nationalité brésilienne, arrivés à bord de pick up de la marque Toyota Hilux, ont sauvé le pilote qui avait des blessures sur le visage et a extrait de l’avion plusieurs sacs contenant des stupéfiants présumés.  Selon l’enquête, à l’intérieur de l’avion ont été trouvés des dents et des traces de sang qui pourraient être celles du pilote »  Qu’un tel individu ait pu briguer la direction d’un parti, fut-ce t-il de droite extrême est tout simplement confondant, ou comme le dit Insight Crime, ça en dit long sur les mœurs politiques au Paraguay.  Comme on va le voir plus loin, ce n’est au final guère étonnant, pour ce pays ou la corruption fait des ravages partout.  Au moment de son arrestation, Carlos Rubén Sánchez Garcete, alias “Chicharô”, était avec le député du mouvement Colorado,  Marcial Lezcano.  Garcete souhaitait en effet gagner l’élection de  la commune de Capitán Bado (Amambay), « un endroit connu et entrée d’armes illégales au Brésil », selon la presse.

Une coïncidence fort révélatrice 

Le jour même où le Cessna tueur de bébé tombe, un autre se plante dans un chemin de terre au bord d’un champ de maïs à 15 km de Minga Porã, dans le département de l’Alto Paraná.  L’avion a visiblement perdu sa roue avant lors de l’atterrissage.  A l’examen on constate qu’il a été vidé de ses sièges, seul est resté celui du pilote, comme tout bon transporteur de drogue, même si l’avion a cette fois été retrouvé vide.  Un autre détail intéressant est à relever sur l’appareil :  c’est la présence, encore une fois, sur le côté du fuselage d’un tube de Venturi, l’accessoire devenu indispensable des avions de trafiquants. L’avion est alors au nom de Silverio Rojas.

Mais c’est aussi l’historique de l’avion qui est tout aussi intéressante.  C’est un Cessna 182 classique, sans train rentrant, immatriculé ZP-TFK, qui a déjà été utilisé en 2007 pour un autre trafic… celui de cigarettes.  Le même avion, capturé à Fortín Delgado près de Villa Hayes, près d’une maison appartenant à Hermes Fiore, apartenait alors à d’un paraguayen dénommé  Heriberto Ibarrola.  «  L’avion était déjà chargé de 12 cartons de cigarettes, soit un total de 137 cartons confisqués au cours de la procédure.  On estime qu’il y a 1 644 paquets dans lesquels près de 40 cigarettes seraient distribuées, ce qui aurait une valeur approximative de 100 millions de cigarettes.  Le pilote de l’avion est José Feliciano Martínez, de nationalité argentine, domicilié dans le quartier Obrero d’Asunción.  Martinez a déjà une histoire de piloter un avion, dans une tentative de contrebande dans la région de Misiones (Paraguay). Le camion Hyundai, selon sa carte grise, appartient également à Heriberto Ibarrola, aujourd’hui fugitif.  Après les enquêtes correspondantes, Luciano Pintos de Benítez, Marcelino Leiva, Pedro Antonio Figueredo et José Feliciano Martínez ont été inculpés ».  La photo de la saisie (ici à droite) montrait alors un équipement radio complet, des téléphones par satellite, des bandes et des sacs d’emballage et un fusil de chasse… tout l’arsenal classique du contrebandier !!!  Les cigarettes étaient des Rodeo, bien entendu. L es avions paraguayens font ce genre de trafic depuis des lustres !!!

 

 …et rebelote en 2017, car on a laissé voler les avions juridiquement cloués au sol

Et comme c’est sans fin, le 22 avril 2017 on retourne à Pedro Juan Caballero (et dans le même hangar !) pour découvrir 17 avions suspects supplémentaires, dans un hangar bien spécial (et on refait ça en novembre également) :  celui de Pablo Peralta Alvarenga, un commerçant paraguayen qui réside à Ponta Porã… au Brésil.  Les soupçons portaient alors sur les « effaceurs », ceux qui avaient remis en service les avions bloqués lors de l’opération de 2015, en toute impunité (je vous en avait tracé le tableau à l’épisode précédent).  Des employés de l’Etat:  des personnes de la Dirección Nacional de Aeronáutica Civil  (Dinac) en cheville avec cet atelier fébrile de remise à neuf de vieux coucous maquillés.  On connaissait le principe chez les garagistes mal intentionnés, le voici dans l’aéronautique désormais.  « Les intervenants ont arrêté Jesús Ríos, un colonel à la retraite qui travaillait à l’établissement; Joel Amarilla, qui était responsable de la livraison des plaques d’immatriculation clonées et des notes, ainsi que l’officiel Miguel Ángel Troche et un mécanicien de l’aviation identifié comme Rubén Téllez.  L’un d’entre eux serait un colonel à la retraite qui travaillait à Dinac.  Il s’agit de Jesús Ríos.  Les fonctionnaires sont soupçonnés d’avoir blanchi la situation documentaire des 22 avions saisis dans l’opération appelée « Cielo Abierto », de 2015. »  Le hangar de Pablo Peralta Alvarenga portait le sigle de PPA Taller Aeronautico comme on peut le voir…

Vingt années de trafic qui s’effondrent !

Au final ça durait depuis 20 ans en fait à Pedro Juan Caballero (devenue « la capitale narco » selon la presse):  la vérification des avions de 2015 aboutit donc logiquement, deux ans après, à faire tomber tout un château de cartes qui mène… très haut comme on va le voir.  En avril 2017, les procureurs, tenaces, ont bouclé leur enquête de deux ans et font arrêter dans la capitale et dans les villes de Fernando de la Mora, Luque et Pedro Juan Caballero, les principaux responsables du trafic : un colonel à la retraite, Jesus Cesar Rios Rabello, directeur adjoint des normes de vol, l’ingénieur José Darío Gauto Gines, « directement responsable de la délivrance des certificats de navigabilité, ainsi que de la délivrance des licences de pilote et de l’habilitation des ateliers aéronautiques » selon ABC Color.  Plus Joel Ricardo Amarilla Monges, directeur du Registre aéronautique national (RAN), et Miguel Ángel Troche Servín, administrateur de l’aérodrome de Pedro Juan Caballero, dont les locaux ont servi de base aux opérations des narco-avions.  Reste également à coffrer Alfonzo Ramírez Duarte, qui était le seul inspecteur du Dinac autorisé à effectuer l’inspection physique des aéronefs, c’est-à-dire que c’était lui qui donnait des certificats de vols aux épaves retapées et repeintes (façon, clonage d’avions existants :  les deux photos ont été prises dans le même hangar, montrant à gauche les épaves en cours de reconstruction et à droite le résultat final sous une peinture brillante).  A comparer au ZP-BAL entièrement blanc – sauf filet bleu- qui figure tout en haut de l’article ).  Des hommes liés à un clan mafieux composé d’entrepreneurs identifiés comme Ulises Jorge Cardozo, Haddon Costa Dos Santos, David Esteban Martinez et Carlos Eduardo Gomes Lima, alias Goiano, qui ont créé ensemble une entreprise appelée « San Jorge » pour importer des avions utilisés aux États-Unis. « Ces avions ont été repeints et équipés de la documentation et des plaques d’immatriculation d’autres appareils qui opéraient légalement dans le pays, grâce aux efforts des responsables susmentionnés du Dinac, qui ont ainsi permis aux escadrons de petits avions de ces organisations criminelles ». « Grâce aux documents saisis peut en déduire que certains narcos se sont réunis régulièrement pour acheter des cargaisons de cocaïne en provenance de Colombie et de la Bolivie à la fois, et de mobiliser les avions, qui ont également servi à envoyer la marijuana à Rio de la Plata ».  Parmi les eux, on remarquera le nom de Ulises Jorge Cardozo, qui avait fait venir en 2014 à Luque un Beechraft Baron 58 modèle 1978  « à réparer », acheté seulement 52 000 dollars : à ce prix là on l’imagine en effet difficilement en état de vol !   Or ce même Cardozo avait été cité par Carlos Alfredo Isasi Acuña, qui est aussi le dirigeant du parti colorado de l’Amambay (le même parti que l’ineffable Carlos Rubén Sánchez Garcete), comme étant celui lui ayant acheté le Cessna ZP-BEK révélé positif aux résidus de cocaïne.  L’avion de 1976, ex N888XX, venait aussi de Broward, en Floride et lui aussi était passé par Providenciales.  Or, fait plus qu’embarrassant, ce même Carlos Alfredo Isasi Acuña (ici le deuxième en partant de droite) avait aussi été photographié en compagnie du président du pays, Horacio Cartes (au milieu) et de Juan Afara, son premier ministre, devant l’entreprise Aerocentro…  installée à Petitrossi.  Un président, surnommé le Berlusconi du Paraguay; qui c’est sûr, à aussi un côté bien obscur… et ABC Color de le rappeler crûment :  « Par exemple, en mars 2000, le Dinar a saisi 343 kilos de marijuana et 20 kilos de cocaïne dans un avion qui a atterri dans le ranch La Esperanza de Horacio Cartes. Il a également acheté au début des années 1990 une ferme appartenant au Brésilien Milton Machado, qui à son tour était dans les informations pour avoir vu atterrir dans son établissement un avion avec 210 kilos de cocaïne… » 

Une preuve historique

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’on a pas affaire à des enfants de chœur, avec ces politiciens véreux : « le 6 février 2008, Nicanor Duarte Frutos, le candidat présidentiel de l’ANR, Blanca Ovelar, et le ministre d’alors de la Défense Nelson Mora et d’autres dirigeants célèbres du Parti Colorado ont voyagé exprès à Pedro Juan Caballero pour assister à l’enterrement de Walter Villaalta, un chef actif du mouvement Colorado assassiné brutalement la veille.  Faustino Villaalta, père de Walter et ancien président de la branche du Colorado de Pedro Juan, avait également été tué en octobre 2006.  Christian, un autre fils de Faustino, a été capturé en juin 2007, détenant alors 195 kilos de cocaïne à Bella Vista Norte, à Amambay.  Walter a été arrêté dans une pièce appartenant à l’homme politique du Colorado, Víctor D’Eclessis, avec près de 200 kilos de cocaïne.  Autrement dit, toute la famille Villaalta était politiquement liée à l’ANR et, en même temps, liée au trafic de drogue à la frontière ».  Des politiciens plus que mêlés au trafic de drogue en effet :  « le 2 juillet 2006, un avion Cessna Aircraft monomoteur, immatriculé ZP-TIO, a été saisi par des agents du Senad (par ordre du procureur Arnaldo Guzzio).  À l’intérieur, près de 200 kilos de cocaïne ont été trouvés.  Il avait atterri dans le ranch de San Antonio, la propriété de Víctor Raúl D’Ecclesiis. Quand il a été retrouvé avec de la cocaïne entre les mains, D’Ecclesiis a été arrêté et condamné à la prison.  Quatre ans plus tard, il est retourné à la politique pour le parti Colorado ».  Le Cessna saisi traîne depuis sur la base militaire de Campo Grande, abandonné aux quatre vents en plein air, bardé de bandes adhésives bleues déposées par la justice paraguayenne (il est ici en haut à gauche) est la preuve tangible, s’il en est, de l’imbrication drogue et politique dans le pays !!!

Le (très)  lourd dossier présidentiel

C’est la CIA qui l’avait rappelé, aidée par des divulgations de Wikilieaks, avant son élection en 2013 comme président :  « Les relations avec le trafic de drogue de Horacio Cartes, le candidat le plus fort du parti Colorado, sont revenues à l’actualité avec les enquêtes des USA dévoilées par Wikileaks.  Cependant, il a été préalablement étudié par des organisations nationales et internationales, ainsi que par la presse. Cartes est passé d’un humble distributeur de cigarettes au début des années 90 à un homme d’affaires millionnaire.  Ses principales sociétés étaient Tabacalera del Este S.A. et Tabacos del Paraguay S.A.  Elles étaient liées à des entreprises sportives, à la Banco Amambay et à diverses entreprises d’estancia et d’agro-élevage. Selon les publications argentines de 2005, la marque Rodeo fabriquée par Tabesa était la plus illégalement commercialisée en Argentine, puisque plus de 60% des cigarettes saisies appartenaient à cette société de tabac (…). Les accusations les plus fortes concernent le trafic de drogue et le blanchiment d’argent.  Cartes a fait plusieurs incursions dans les domaines de la production et du trafic de drogue.  En 2000, le Secrétariat national de lutte contre la drogue trouvée dans sa résidence de Nueva Esperanza, près de Cerro, dans la juridiction Kuatiá de Capitán Bado (Amambay), un avion avec enregistrement brésilien, qui a fait un atterrissage d’urgence et contenant 20 aikilos de cocaïne cristallisée et 343,850 kilos de marijuana pressée. Depuis lors, Cartes a été la cible d’organisations anti-drogue.  Les enquêtes journalistiques et organismes de lutte contre la drogue, ont montré les connexions établies avec les capomafiosos connus à la frontière tels que Fahd Jamil et des personnes liées à Fernandinho Beira Mar  entre autres (cf c’est le chef de la bande du Comando Vermelho au Brésil). Cartes a déjà fait l’objet d’une enquête par des organisations nationales et internationales pour des allégations de blanchiment d’argent, opérations qui seraient menées principalement par Banco Amambay (…). Selon l’enquête, en 93 et ​​94, Fadh et ses frères ont vendu des terres aux figures de proue de Cartes, qui comprenaient plusieurs terrains ayant une piste d’atterrissage.  Banco Amambay, où les Jamil ​​étaient clients, est intervenu ouvertement dans les deux opérations, attirant l’attention des enquêteurs sur le blanchiment d’argent. En février 1994, Fadh Jamil et ses frères revendaient des terres à Cartes. Cartes avait eu également des activités d’achat de terrain avec un homme lié au cartel de Fernandinho Beira Mar et l’éleveur de brasiguayo, Milton Machado. Dans un ranch de Machado dans le Chaco, un avion avait brûlé en 2000 avec 210 kg. de cocaïne, après avoir été abattu par des agents du SENAD. Le pilote décédé, Sergio Gómez Da Silva, était considéré comme un homme clé dans le cartel de Fernandinho Beira Mar, comme l’a rapporté le directeur de la DINAR. La prétendue relation de Cartes avec le cartel de la drogue brésilien, à travers Machado, est une indication clé, selon des sources anti-drogue ».  Voilà qui expliquerait bien des choses en effet sur la grande sollicitude dont a bénéficié l’aérodrome de Pedro Juan Caballero, infesté de tous côtés par les narco-trafiquants !!!

Le texte accusateur

Le dossier sur Cartes est lourd, très lourd, et il a été mis en place dès 1988 !  « Wikileaks a publié un document liant l’employeur à plusieurs activités illégales.  Selon le câble, l’opération «Heart of Stone» (Corazón de Piedra) visait spécifiquement les organisations financières de la Triple Frontier (Triple Frontera -, ses dirigeants et leurs fournisseurs de blanchiment d’argent.  Les chercheurs ont mis en place des stratégies et des opérations visant à attaquer l’infrastructure financière du réseau de fournisseurs de trafic de drogue.  En ce sens, une équipe de recherche internationale a fixé comme objectif prioritaire l’entrepreneur paraguayen Horacio Cartes, actuellement pré-candidat à la présidence du Paraguay par l’ANR. Cartes est soupçonnée de blanchiment d’argent par Banco Amambay, sa propre banque. L’argent a été généré par des méthodes illégales, y compris la vente de stupéfiants de la Triple Frontière aux États-Unis, ainsi que la vente de tabac illicite du Paraguay aux États-Unis.  Le document mentionne qu’une réunion a eu lieu entre les membres de l’équipe de recherche du 6 au 9 décembre 2009, dans le but d’échanger des informations et de définir des stratégies pour faire face à l’organisation prétendument gérée par Horacio Cartes.  Au cours de la réunion, trois approches ont été abordées.  Premièrement, les agents impliqués dans l’enquête parleront à William Cloherty, un lobbyiste de la région de Washington qui est le directeur de Tobaccos USA, INC.  On pense que Cloherty aura une perspective historique sur les opérations de tabac entre le Paraguay et les États-Unis, et plus directement, des informations sur la production et la vente de tabac, et le mouvement de l’argent obtenu par les entreprises Cartes.  Selon Horacio la tête est Cartes,qui lave l’argent dans la Triple Frontière, soutenu par Osvaldo Salum, associé direct du parti politique Colorado, impliqué dans l’importation de contrefaçons de cigarettes dans le territoire continental des États-Unis d’Amérique du Sud, tout comme Carlos López Moreir.  L’enquête a été menée par des agents de la DEA à Asunción et à Buenos Aires, l’Immigration and Customs Enforcement, l’Internal Revenue Service et le Counter Operations Narcoterrorism Operations Center. (opérations de contre-narcoterrorisme Centre SOD / CNTOC). Horacio Cartes est aujourd’hui un éminent leader sportif et politique, considéré comme un magicien de la finance du football.  Ses deux piliers sont Tabacalera del Este S.A. et Tabacos del Paraguay S.A. Il est lié à des entreprises sportives, Banco Amambay et divers ranchs et entreprises agricoles.  Selon les publications de la Nation argentine de 2005, la marque Rodeo fabriquée par Tabesa était celle qui est la plus commercialisée illégalement en Argentine, puisque plus de 60% des cigarettes saisies étaient de ce tabac.  Le premier rapport sur Cartes provient d’Interpol, il date de 1988″.

Pris en flagrant délit en vol

L’avion avait donc atterri dans le ranch du président… « Le 2 mars 2000, six mois avant « Toro I », la drogue saisie par la Dinar à La Esperanza de Cartes, provenait d’un avion avec l’immatriculation du Brésil, (PT) et au nom de José Luis Rafaelle Marcelino.  L’avion brésilien transportait 343 kilos de marijuana et 20 kilos de cocaïne, lorsqu’il est tombé dans le ranch Cartes, dans la juridiction de Capitán Bado.  L’hypothèse antidrogue était que l’avion attendait plus de marchandises, avant d’aller au Brésil.  En prime, « Papacho » Viveros Cartes, un narcopilóto paraguayen qui a été arrêté au Brésil en 2001, avec une charge de 230 kilos de cocaïne dans un petit transport d’avion, était un oncle du candidat à la présidence. Viveros Cartes a déjà été condamné au Paraguay en 1985 pour trafic de drogue.  José Angel Avalos, qui était partenaire de Cartes dans une compagnie de tabac, était un autre lien commercial avec le trafic de drogue.  Il a été contrôlé pour le trafic présumé par le Senad ».  En photo à gauche le Cessna de « Papacho », le ZP-TMF en train de se faire pister par les avions de la Fuerza Aérea Uruguaya. Papacho s’était fait arrêter une autre fois à bord du N5370B, un Cessna sous une fausse immatriculation flagrante (ici à droite).  Et une autre fois encore, comme nous le verrons plus loin…

L’avion saisi réévalué, sa plaque de série modifiée

On en sait aujourd’hui un peu plus sur les avions saisis à l’époque dont le bimoteur apparu sur le terrain de la villa La Esperanza de Cartes  :  c’est un document officiel de justice qui l’avait révèlé dès 2002 . « L’avion Piper Seneca, immatriculé au Brésil PT-EUA (Embraer EMB-810C 810212), a été assigné à la Cour et la DINAC a reçu l’ordre d’être enregistré et enregistré par A.I. N ° 365 du 9 Août, 2001 de règlement juge et le jugement du district de Amambay, Bernardo Villalba, dans le processus sous-titré « » José Luis Rafaelle Marcelino sur la possession et le trafic de la cocaïne et de la marijuana, découvert à Nueva Esperanza, Cerro Cuatiá de Capitán Bado.  Pour l’accomplir, un bureau a été publié avant que la résolution soit finalisée ».  Le fameux Embraer, la Dinac l’avait en effet discrètement … ré-immatriculé, en lui donnant le nouveau code ZP-TDV… pire encore, car ou lui avait aussi refait sa plaque d’immatriculation, désormais CSJ-E810-01PY, ce que seul Embraer-Piper est autorisé à faire, normalement.  Un technicien assermenté par la Dinac, lui aussi mis en cause en 2015, Rubén León Téllez de la Firma Aero Rectic, était venu au passage réévaluer l’engin, faisant passer son estimation – téléphonique –  passée de 75 000 dollars à 160 000 !!!  Un autre appareil était lui aussi cité :  « En ce qui concerne l’avion Cessna Aircraft Company, modèle 182P avec l’enregistrement du Brésil modèle PT-JHK (le Cessna 182-62320, enregistré au Brésil le 3 février 2000 ), il a également été remis à la Cour en qualité de dépositaire légal provisoire, à la demande du président de la cour suprême, Carlos Fernández Gadea.  À cette fin, M. Luis Insúa, directeur administratif du pouvoir judiciaire, a été nommé pour recevoir l’aéronef en vertu des procès-verbaux au nom de la Cour. La livraison de l’avion a été résolue par A.I. Nº 113 du 11 juin 2002, délivré par le juge d’établissement et sentence n ° 2 du district judiciaire d’Alto Paraná, Carlos Bordón.  Il faisait partie de la cause « » Pablo Espinola et Dilmar Cándido Mendoza pour crime présumé de violation de l’espace aérien et la possession et le trafic de stupéfiants, de drogues dangereuses à Ciudad del Este. « » Dans ce cas, il n’y avait pas de phrase ferme et définitive non plus. »  Les deux avions ayant été ensuite versés à l’armée paraguayenne.  Le Cessna devenant le ZP-TVW.

Dès 2000; des juges avaient déjà mis le doigt (sans succès) sur les magouilles de la DINAC

C’est en effet un autre document très important,  retrouvé en furetant qui le démontre :  la Justice, au Paraguay a bel et bien  été empêchée de faire son travail de recherche, notamment sur les avions porteurs de drogue, pour lesquels un savant imbroglio a a été maintenu à dessein.  Le texte pointant déjà sur un trafic impliquant le Brésil et l’évidence des manipulations des plaques d’origine des aéronefs, et la manipulation par décision d’Rtat, via la Cour Suprême, pas moins, de modifier les plaques d’origine des avions !!! « Le procureur adjoint, Gustavo Davalos Insfrán, dans son rapport au procureur général Juan Carlos Barreiro Perrota, avait suggéré que le 31 mars 2000, le Département de l’aviation civile de la République fédérative du Brésil puisse informer ses homologues au Paraguay que l’avion avec l’inscription PT-EUA (un Embraer EMB-810C  (le N°810212)  enregistré au Brésil le 9 septembre 2010, dont l’enregistrement au registre aéronautique national a été demandé par la Cour Suprême (du Paraguay)  a été appréhendé par la police fédérale brésilienne et son certificat de navigabilité a été annulé.  Ce document important, qui révèle l’existence de deux avions avec le même numéro d’enregistrement (un au Brésil et un autre dans notre pays), figure dans le dossier de la sécurité opérationnelle de la DINAC que pourraient corroborer les journalistes de ce journal ».  A droite; Luis Insúa Ego (izq.), et le président de la Cour Suprême, Carlos Fernández Gadea. (photo ABC Color).  ‘Toutefois, cette situation totalement irrégulière n’a pas empêché les autorités aéronautiques du Paraguay d’enregistrer l’appareil en tant que propriété, lui accordant un nouvel enregistrement en ZP-TDV (ici à gauche l’extrait du document qui en fait foi, l’ensemble est visible ici).  En outre, la DINAC (Décimo Quinta Reunión de Autoridades de Aviación Civil de la Región SAM (Paraguay) a accepté le nouveau numéro de série établi et non celui du fabricant, comme le prévoient les lois nationales et les normes internationales, selon le procureur adjoint qui a remis en question le fait.  «Les règlements internationaux et nationaux sont donc violés, étant donné que les aéronefs étrangers ne peuvent être immatriculés au Registre National des aéronefs, sans preuve préalable que leur immatriculation antérieure a été annulée et la certification que les conditions de propriété de l’aéronef, émis par le pays de l’enregistrement soit annulé. De même, les règles sont violées parce que la signature autorisée à accorder le numéro de série est celle du fabricant, et et non de l’Etat « , a déclaré l’avocat Dávalos dans son rapport.  L’avion, Piper PA34 Seneca II ZP-TDV (anciennement PT-UEA), possède maintenant le numéro de série CJS-E810-01PY, qui a lu a été accordée par la Cour Suprême.  Selon le bureau du procureur général, les lois établissent que seul le fabricant est celui qui peut accorder le numéro de série à un aéronef.  Cependant, en l’espèce, la Cour Suprême lui a attribué ce pouvoir ».  A de stade on pouvait déjà donc parler sans hésiter de trafic d’Etat !  S’il ne fallait retenir qu’un seul avion dans toute cette histoire, c’est bien celui-là !!!  Celui d’une nation gérée comme un hangar de garagiste mafieux apposant de fausses plaques sur un véhicule volé !!!  Pour mémoire, le procureur général Juan Carlos Barreiro sera mêlé dans sa carrière au cas de deux autres avions de « narcos » qu’il voulait garder alors qu’ils avaient été saisis.  L’avion, faut-il le rappeler, avait été saisi dans la ferme présidentielle !!!

La chute de « Gordo » comme révélateur du marasme

En 2017, le sommet de l’iceberg sort davantage de l’eau, ou de sa fange nauséabonde, à en devenir flagrant :  le Fredy Alberto Godoy, membre du Parti Colorado (le parti au pouvoir au Paraguay, celui dont est issu le nouveau président !), en possession du plus gros stock de marijuana saisie en Bolivie cette année-là : cinq tonnes, pas moins !  La découverte a été faite à  Robore, une ville située  670 kilomètres au sud-est de La Paz et de la frontière avec le Paraguay.  Auprès de Godoy figurent Segovia Sixto Gilberto Biordo et Edgar Salomón Sanabria Núñez.  Or à ce moment-là, Godoy surnommé « Gordo » de par sa stature, était alors en pleine campagne électorale pour sa propre candidature à San Pedro comme représentant du parti du président paraguayen Horacio Cartes…  Sur ABC Color, deux clichés montrés ici résument très bien la situation :  l’une de « Gordo » en short et t-shirt « Living in fast forward » (sic c’est aussi un titre country –rock de Kenny Chesney , un des plus fortunés, qui dans son clip,  se montre sortant de son jet !) devant son lot de marijuana étalé sur une place derrière un terrain de football, près de l’endroit où a eu lieu la saisie, et l’autre, le bras gauche sur l’épaule présidentielle comme deux vieux potes de chambrée… la presse évoque le fait que Godoy est très proche du clan Vázquez de San Pedro (J.J. Vázquez est l’adjoint de Perla Acosta de Vázquez, la député Colorado spécialiste des chèques en bois), appartenant au mouvement « Honor Colorado », dirigé par Horacio Cartes.  Gag ultime de cette farce véritable :  le trafiquant Godoy était un élu, donc qui avait hérité d’un poste particulier au sein du parti.  Vous ne devenerez jamais lequel : c’était le responsable de la santé… !!! InSight Crime, toujours aussi pertinent conclut :   « L’arrestation récente d’un homme politique paraguayen faisant du trafic de marijuana à travers la Bolivie illustre la manière dont la corruption locale combinée au manque d’opportunités économiques dans de nombreuses zones rurales du Paraguay a alimenté la participation croissante du pays au commerce transnational de la drogue.  Le Paraguay est actuellement le plus grand producteur de marijuana en Amérique du Sud et la quasi-totalité de la drogue est destinée au marché noir international.  San Pedro, le département où Godoy Segovia a servi de personnalité politique, est l’un des plus pauvres du Paraguay et l’un de ses plus corrompus.  La collusion de politiciens et de policiers locaux avec des groupes criminels, le manque de présence de l’État et les opportunités limitées pour les agriculteurs appauvris ont fait des départements comme San Pedro un terrain fertile pour l’industrie de la marijuana illicite.  Bien que l’administration a récemment intensifié Cartes des saisies de marijuana et d’éradication, ainsi que la coopération accrue avec les pays voisins, une grande partie de ces progrès à court terme pourrait être manœuvres politiques pour le parti au pouvoir avant l’élection présidentielle de l’année prochaine.  Et la production de marijuana semble être en plein essor au Paraguay, alimentant potentiellement les coffres des groupes criminels et les autorités corrompues aidant leurs activités ».  On ne peut conclure mieux.

PS : pour se faire une bonne idée de ce que vivent les paraguayens dans un pays rongé par le trafic et les politiciens véreux, il faut regarder le truculent documentaire de Juan Manuel « Piquito » Salinas « Paraguay, droga y banana ».

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

 

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