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Coke en stock (CLXXIII) : la découverte et la chute des fournisseurs d’avions (8)

La visite des hangars du principal aéroport du pays sera aussi fructueuse que celle de ceux de Pedro Juan Caballero, devenu le fief des marco-trafiquants, à l’évidence (cf notre épisode précédent).  Sur celui de Silvio Pettirossi (le nom d’un précurseur paraguayen de l’aviation, grand amateur de Deperdussin; cette sorte de génie entrepreneurial – et magouilleur- de l’aéronautique, mort suicidé en 1924 après sa condamnation pour faillite) on trouvera de belles choses également.  Surtout un appareil, un Cessna bien ordinaire mais dont les propriétaires ne le sont pas : deux hommes politiques… particuliers, pour le moins remuants.  D’origine brésilienne et condamnés dans leur pays, venus fanfaronner au Paraguay.  Des hommes politiques sur lesquels il nous faudra revenir bientôt… car leur avion nous mènera à un autre hangar, propriété d’un… français.  Lui aussi abritant de « belles pièces » dont un jet… désormais en train de pourrir en plein air.  Un autre cas particulier, dans ce pays ravagé par la corruption, et le trafic à tous les étages de la société, comme on va le découvrir.  L’occasion de découvrir aussi une bien étrange structure de Fort Lauderdale, une petite société de pièces détachées d’avion qui a fourni des dizaines d’avions complets au Paraguay, sans qu’on ne s’en offusque davantage à la FAA.  Des avions envoyés parfois dans des caisses,  comme les hydravions alaskans de Rapozo.

Le Cessna des deux frangins politiciens 

Car le choc de la visite des hangars de l’aéroport Silvio Pettirossi ne sera pas qu’événementiel.  Lors de leur inspection, les policiers assistés de juges s’étaient focalisés sur un appareil immanquable, tant sa décoration était à part et sentait l’amateurisme.  C’est un Cessna 210N immatriculé ZP-TSI aperçu aussi à l’aéroclub de Yvytú à San Bernardino (au Paraguay, celui décrit dans le chapitre précédent ci-dessous à gauche en 2011 (l’endroit où le Cessna ZP-BDC de Juan Carlos Cornejo Andrade, avait été filmé de passage).  Si l’avion paraît bien ancien, lui aussi, ce sont ces deux propriétaires que remarquent les inspecteurs.

Deux frères, Ardonio et Carlos Rubén Sánchez Garcete, ce dernier alias “Chicharõ”, deux politiciens du Partido Colorado (le second est suppléant du député du parti).  « Comme expliqué par l’agent fiscal « les frères Sanchez ont contribué à deux pratiquement à tout le capital avec de l’argent soupçonné d’avoir une origine illicite ».  « L’avion a été scellé et laissé à la charge du ministère public et de la cour, avec interdiction d’être ouvert ou déplacé.  L’ordre judiciaire a été signé par le juge pénal des garanties Lici Teresita Sánchez.  Hier, après l’arrestation de Rubén Sánchez, la délégation du Senat et le ministère public ont fait irruption dans une luxueuse résidence.  Cette adresse est au nom de Carlos Rubén Sánchez et elle est situé rue Andrade 2918 Bernardino Caballero St. San Cristobal, Asunción.  Plusieurs documents ont été saisis sur le site et seront analysés.  Carlos Rubén Sánchez comme son frère Ardonio Sánchez s’est abstenu de faire une déclaration ce samedi, devant le procureur Marcelo Pecci.  Les deux ont été accusés de blanchiment d’argent présumé.  Sánchez dénonce que son arrestation et son procès de Justice est une persécution politique ».  S’ajoute bientôt à ça un volet people, avec la découverte de photos du top model local Lilian Ruiz posant à côté de l’avion des frères Sanchez.  Elle qui posait le plus souvent en petite tenue portait ce jour-là une robe zébrée. L’explication donnée étant celle « d’un avion d’un ami de son père » selon elle.  « C’était en février 2014, quand le modèle blond a surpris tout le monde en voyageant d’Asuncion à la ville de Paraguari en avion.  A cette époque, Lilian ne voulait pas utiliser sa camionnette avant la présentation du carnaval de Paraguarí et elle a pris l’avion, qui est maintenant connu sous le nom de « Chicharó ». »  Lilian a ensuite atterri à 8h30 à l’aéroport du régiment d’artillerie.  Là, lorsqu’on lui a demandé comment elle avait obtenu un avion pour l’emmener de la capitale à Paraguarí, elle a répondu qu’un ami de son père lui avait prêté «l’oiseau de fer» pour son petit voyage.  Le modèle a même fait une séance photo à l’intérieur de l’avion.  Ce week-end la saisie de l’avion a été poursuivie et bientôt beaucoup se sont rappelés le moment où Lilian Ruiz a voyagé dans l’avion du maintenant accusé de trafiquant de drogue. »   Sur ABC Color, on ne se prive pas d’évoquer le train de vie luxueux du député Sanchez, dont la description de sa villa contenant un Puma ou une salle de danse.  Sans oublier l’Aero Club de Norte Pora dont il est aussi le propriétaire. L’endroit étant le relais privilégié des avions se dirigeant de la Bolivie vers le Brésil.  L’affaire traîne toujours depuis, les avocats des deux politiques tentant de récuser alternativement les accusations de trafic de drogue ou de blanchiment d’argent.  C’est la juge Elva Caceres qui a maintenant clos le dossier et qui devait engager le procès.  Pour l’antidrogue, cela ne fait aucun doute :  Chicharõ, est selon elle l’homme de confiance du chef de la mafia brésilienne Luis Carlos Da Rocha, alias « Cabeça Branca » (celui qui s’était fait refaire le visage), avec lui le blanchiment d’argent de la drogue s’est fait dans de grandes proportions.  Des preuves implacables en attestent.  Fait aggravant, le pilote de l’avion ZP-BBU intercepté avec presqu’une demi-tonne de coke à bord, Ramón Donato Mendoza, toujours en fuite, est un proche du politicien :  on le voit ici avec un autre narco-pilote, Carlos Mendieta, un vieux routier du trafic aérien de coke (on le retrouvera un peu plus loin  dans cette saga !), en compagnie , justement, de Ruben Sanchez (qui est à gauche sur la photo).  Une chose évidente dans le cas : les revenus seuls des deux petites sociétés des deux frères ne leur permettaient pas un tel train de vie, à l’évidence.  L’avion en cause n’a pas volé depuis, il est ici à gauche photographié en piteux état à Asuncion aux côtés d’un Hawker biréacteur HS 125-700A (le N79EH, N°NA0233 ici en 2012 et ici en 2011) par le spécialiste Michel Anciaux, ancien de la Sabena (remarquables photos !).  L’avion devait avoir le renouvellement de son autorisation de vol le 3 décembre 2013.  Ci-dessous l’apparition à l’extérieur du hangar en avril 2017 seulement… le bâtiment jouxte celui dont on va parler maintenant :

Un Hawker 700 resté en rade ?

J’ignorais au départ exactement pourquoi le Hawker 700 de 1978 croupissait là lui aussi.  On le voit ici survoler Buenos-Aires le 23 juillet 2011, encore visiblement en parfait état. Habituellement inscrit chez Execujet Charter Service, Inc, de Tampa, en Floride, mais en juin 2011, il s’affichait au nom de Mec Air Inc, effectuant le trajet suspicieux St-Peterburg (en Floride) vers Puerto-Plata en République Dominicaine.

L’avion est surtout indiqué comme appartenant toujour à Veivi Sandro Sacomori, possédant semble-t-il la double nationalité paraguayenne et brésilienne.  Acheté sous un Trustee dont l’adresse est au 3511 Silverside Road Ste 105, Wilmington, DE, 198104902 ; autrement dit une boîte aux lettres bien classique !!!  Or l’homme ne possède pas que ce biréacteur, aujourd’hui visiblement bloqué par les autorités, il a fait venir à Luque, au Paraguay, le 5 septembre 2014 via l’importateur paragayen Caceres Santiago Joel, un avion acheté visiblement chez Chautauqua Aircraft Sales .Inc, une société installée à Jamestown dans l’Etat de New-york.  C’est un Cessna modèle 206H, N° 20608116, « blanc, de l’année 2000 », ex N7257K, comme le stipule son bon de transport Panjiva, qui nous aura bien aidé durant toute cette longue enquête.  L’envoi possède une valeur de 150 000 dollars, selon le registre de l’entreprise de transport.  L’avion en très bon état semble-t-il avait été photographié le 13 juillet 2013 dans son hangar de Chautauqua (ici à gauche).  Caceres est aussi, quel hasard, le même importateur qui avait fait venir à Luque en juillet 2014 le Cessna 210L N° 21059940 de Luis Maria Sarrubi Duarte.  L’avion retrouvé incendié en septembre 2015 avec 300 kilos de coke à bord à Montero, près de Santa Cruz…  L’avion avait été enregistré comme  simplement « exporté au Paraguay« .  Le vendeur étant « N6364S LLC », enregistré bien sûr dans le Delaware (la société en possède un second, le N627B).  Le site de la société annonçait alors l’exporter au nom d’Arturo Anibal Acosta. Le hic, c’est que le fameux Cessna nous en rappelle beaucoup un autre, saisi en novembre 2015 dans une ferme de Salto del Guairá, avec d’autres avions :  le ZP-BGY, un énième faux numéro, au train bien plus affaissé par son chargement de… 400 kilos de coke !!!  On retrouve le possesseur du Cessna (et du Hawker) comme étant semble-t-il membre des franc-maçons de rite brésilien, recevant ici son appartenance lors d’une cérémonie le 4 octobre 2016, dans la section « Union Perfecta Nº 121″.  Pas sûr que sa loge apprécie… voilà une information qui donne un petit air de bon vieux conspirationnisme, mais je ne tomberai pas dans le panneau :  visiblement, Veivi Sandro Sacomori semble surtout être en mal de reconnaissance et a choisi cette voie bien classique en politique pour briller en société.  L’homme a aussi importé d’Allemagne une BMW 328I de 2008 au Paraguay (pour la revendre aussitôt 35 000 dollars ici) et semble aussi faire dans l’électronique, avec l’import de 540 boîtiers pour TV 4K, vendus à prix dérisoire.

L’étonnant hangar de Jean-François

 Surprise encore, on pouvait également apercevoir le fameux Hawker, avant qu’on ne l’abandonne à ciel ouvert, dans le fond d’un hangar (ici à droite) … d’un ressortissant français, un ancien mécano d’Air France, qui se nomme Jean-François Ema Otu, installé là-bas depuis pas mal d’années (on visite ici son hangar avec le commentaire obséquieux de l’envoyé de La Gazette des Français, qui fonctionnait jusqu’ici, on le rappelle, grâce à des subventions de la réserve parlementaire venant de la Chambre des Députés ou du Sénat (avec vos impôts, quoi, mais ça c’était avant l’arrivée de Macron).
Car le propriétaire du Hawker 700 N79EH, sagement rangé au fond d’un hangar derrière des petits Cessna est la énième surprise de cet énorme dossier tentaculaire.  Pour lui, le problème de sa présence désormais à l’extérieur est vite résolu grâce à l’ami Falcon qui nous retrouve ses documents d’appartenance:  son propriétaire, qui était bien nôtre franc-maçon primeur, n’a tout simplement pas répondu à la FAA sur son certificat de navigabilité et l’avion a été tout bonnement… radié.  Il ne peut plus voler !  Le voici donc poussé dehors du hangar condamné à pourrir sur place, ce qui arrive vite sous le climat amazonien ! Le contrôle étant payant, on peut aussi penser que notre bonhomme n’est plus dans une santé financière aussi florissante, ou bien qu’il s’est aperçu après coup qu’un jet c’est aussi onéreux quand c’est immobilisé et ça reste au sol  !!!  Que souhaitait-il vraiment en faire demeure un mystère.  Un tel engin se dégrade ainsi très vite.  Mais laissons notre hébergeur de jets, mis en pension chez lui, expliquer lui-même sa présence à cet endroit.  Parole donc à « Jean-François » : « en 1995, je suis parti aux Etats Unis à la recherche d’un avion pour mon projet.  J’ai pu trouver le parfait avion qui me convenait, un Cessna 206 de 6 places, avec un moteur continental 6 cylindres de 285 cv de puissance;  il avait 1 600 heures de vol quand je l’ai acheté, il en a aujourd’hui après 19 ans de bons et loyaux services 6 500 (heures), et il porte toujours son immatriculation ZP-TAA » (…) « Ma compagnie s’appelait alors Adele Aviation Del Este » (…) « En 2004, je me suis associé avec d’autres partenaires, et le nom de ma société a changé pour celui qu’elle porte aujourd’hui Paraguay Air Service (PAS). Nous avons acheté un hangar dans lequel nous offrons l’hébergement et l’entretien d’une vingtaine d’avions ».  On trouve effectivement « son » Cessna 206 près de l’entrée, et plus loin toute une ribambelle d’avions dont la vidéo a permis d’établir une liste partielle.  Il y a là le ZP-TAA cité et un Beech Baron N8277D, le Cessna 206 ZP-BBR, qui, surprise, est un hydravion denrée rare dans le pays, le ZP-BHM, un Cessna 210; on peut aussi apercevoir un Piper-Embraer (?) ZP-RYY, un Cessna 310 ZP-TNX, un Cessna 414 « Chancellor » immatriculé ZP-TXK, un modèle « pressurisé » (le présentateur de la vidéo insiste sur le fait), quasiment le plus imposant en dehors du biréacteur, et le fameux Hawker N79EH.  Un ou deux avions n’a ou n’ont pu être répertorié (s), (dont un Cessna blanc et vert pomme entr’aperçu).  La micro-société Paraguay Air Service possède un site… minimaliste, qui ne fonctionne pas très bien mais qui propose des visites de sites touristiques, mais aussi montre qu’elle est capable de l’entretien d’avions et qu’elle possède aussi un atelier de peinture.  On y distingue d’autres avions que ceux de la visite vidéo, images dans lesquelles n’apparaissent ni le Hawker ni l’hydravion, ni le Cessna 414.

En regardant sur Clasipar, au mois de mars 2017, on distingue dans ce qui semble être le même hangar (on y voit au fond l’hydravion) un autre Cessna proposé à la vente.  Un brésilien, immatriculé LV-GNQ, un Cessna 206 C de 300 hp proposé à 210.000,00 dollars.  On donne même le serial ,pour une fois : U206-1011.  Ce qui permet de retrouver aisément son pedigree exact.  C’est l‘ex N188AS venu de Great Lakes, qui date de…. 1967,  ce qui le rend surtout hors de prix !!!!   Plus intriguant quand on trouve une photo du même appareil dès le 14 juillet en photo à Formosa en Argentine.  Logiquement chez son nouvel acquéreur.  Contrairement aux apparences, l’avion n’a pas été repeint :  le saumon d’aile dans le garage est bien bordeaux, et le dessous également, et les conditions de prises de vue sont trompeuses.

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Dans le site, on aperçoit deux Cessna 206 sans marguages et un modèle 182 bleu et blanc aux filets gris sans cône d’hélice en entretien (image ici à droite).  Les avions ne restent pas toujours dans le même hangar, en tout cas, car on retrouve dans le hangar d’à côté (on verra lequel bientôt, rassurez-vous) le même petit Cessna 310 mis en vente en avril 2017 sur l’eBay du coin, au tarif de 170 000 dollars ce qui n’est pas exactement donné à vrai dire :

Le vendeur n’étant ostensiblement pas notre Jean-François mais un dénommé « Francisco Zaratear », et nous aurons je pense à reparler de son hangar, qu’il partage avec une autre personne digne d’intérêt comme on va le voir.  L’autre bidule volant étonnant au milieu du hangar étant l’hydravion bien sûr, qui est immatriculé ZP-BBR comme on l’a vu (ici à gauche).  Or c’est lui, justement, qui nous permet de retrouver quel est l’un des « partenaires » avec lequel il est associé.  C’est le hangar tout proche et beaucoup plus imposant, celui de la société Latourrette & Parini S.A.C, sise juridiquement à Luque.  Une image aérienne d’Asuncion nous précise où nous sommes exactement (à comparer à celle en tête de chapitre) :

Le syndrome de Latourrette

La  société qui a pignon sur rue depuis des décennies représente Beechcraft au Paraguay.  L’examen de son tarmac nous permet de retrouver l’hydravion original devenu le ZP-BBR.  C’est l’ex N888YX, un Cessna 206H (T20608326), visible ici devant le hangar double caractéristique de la société qui lui nous donne une autre clé fondamentale de ce qui se passe exactement là-bas… on peut le voir ici avec le sigle ZP-BBR, aux côtés d’un Cessna Skylane 182S immatriculé encore N7276F (18280564), celui d’Aerotrade qui est aussi un ancien Cessna revendu par Orlando Sales alors qu’il appartenait au bureau du shérif d’Hillsborough County… un Cessna… exporté lui aussi au Paraguay, ayant vu son immatriculation US supprimée le 26 juillet 2013.

Sur le même tarmac, on avait aussi pu admirer un bon nombre de Beechcraft Baron, des américains d’origine devenus paraguayens comme ici pour le modèle N°TH-2051, à la fois N468GM et ZP-BEC sur les deux photos;  la seconde devant le hangar de Latourrette, mais aussi des C-90 et un Cessna 411 (ZP-BDQ, en promenade ici en vidéo et là mis en marche, l’avion possédant son fan incontestable … qui a posté plusieurs vidéos de son appareil préféré sur You Tube

On peut aussi admirer un autre Beechcraft Baron au lettrage fort approximatif, ne respectant en rien les règles communes : le ZP-TFQ.  C’est l’ex N6029U (TH-1013).  Cet appareil sortait de chez Frame Aviation, installé à Anniston en Alabama.  Une recherche sur l’exemplaire de la revue Trade A Plane, le N°20 du magazine qui fait autorité, datant du mois de mai 2013 nous donne le tarif auquel il avait été proposé à la vente… 150 000 dollars pour un engin très bien équipé en Garmin (radar, GPS et transponder, et hélices tripales Hartzell.  Il y était précisé que l’avion n’avait eu que deux propriétaires, dont le second venait de décéder, d’où sa mise en vente ! L’acheteur n’a pas traîné :  la résiliation de son inscription US est datée du 12 août 2013 !   Sans oublier notre fameux Hawker, photographié à plusieurs reprises à des endroits différents, très certainement entre deux vols :

Le petit vendeur de pièces d’avions fournisseur au Paraguay d’une myriade d’avions entiers

Les avions décrits on été achetés chez des revendeurs différents, le plus souvent.  Mais on trouve un autre phénomène remarquable, dans cette vague d’arrivée d’avions à bas prix en Amérique du Sud.  Pour le montrer, revenons plutôt au fameux hydravion du hangar de « JF » enregistré au Paraguay le 18 juillet 2012 :  il provient en fait selon les registres de « Centurion Plus Inc » une société de Fort Lauderdale, installée au 1170 NW 51ST ST de la ville, qui est aussi installée à la même adresse qu’Aviation Parts, (un  petit « magasin d’articles aéronautiques » installé à deux pas de l’aéroport de la ville, créé en 1998 par Aldo Paredes, et « désormais représenté en Espagne, au Brésil et au… Paraguay » nous indique son site).  La société de pièces détachées utilise en fait il semble bien l’appellation Centurion Plus Inc pour acheter et revendre des avions entiers et non plus en pièces détachées, les deux adresses étant communes.  Son responsable des ventes est Jose G. Pena, qui affiche deux adresses personnelles.  On la trouve rapidement détentrice officiellement de trois appareils;  le King Air 65-C90A N506F arrivé en 2013, le King Air B200 N29TV de 1983 acheté en 2012 chez CB Aviation Corporate et le moins courant Pilatus PC-12 N855KC, acquis lui aussi en 2013.  Mais aussi des avions plus petits qui ont tous une particularité commune comme on va vite le comprendre en les énumérant : le N67906 (15282090), un Cessna 152, qui a été envoyé au Paraguay en janvier 2013 (en fait je vous cite la radiation US, qui a pu intervenir un peu plus tard que le jour exact de l’arrivée a Paraguay, tous ceux que je vais citer dans cette liste sont dans ce cas de figure).  Tous ces appareils, comme les suivants ont été acquis et transférés par la seule entreprise « Centurion Plus Inc » !!!  Figure par exemple dans le lot le N6259A (N°21063516, un Cessna 182 accidenté en 1969 à Corona Delmar en Californie et alors considéré comme détruit, devenu Paraguayen lui aussi dès 2011 et on va voir plus loin en détail son histoire surprenante), mais aussi le N879JN (TH-2066), un Beech Baron expédié au Paraguay le 21 août 2012, et vu ici en 2011 au décollage, c’est un ancien de la JAL, autrement dit un avion provenant d’une filière bien connue, étudiée également dans ces chapitres, le N9639V, un Cessna 172 (R1722340) devenu paraguayen le 16 octobre 2012… sans oublier le N658RA, un Beechcraft Baron (TH1892), lui encore devenu paraguayen en septembre 2015.  Le N7914Q, un Cessna 414A de 1979 a encore belle allure (N°414A0305)… ne cherchez pas ou ne vous étonnez pas, il est lui aussi devenu paraguayen le 8 janvier 2015 !!!  Le N524DM (TH-2345) lui, arrivé le 30 juin 2015, effectuait toujours récemment des trajets dans le pays.  Je n’ai pas réussi à élucider son logo et sa devise en français « Je vois tout «  sur sa queue… (la même que sur ce C90)  en hommage au film Eragon plaît-il.  Quant au N212MG, un « Beech » Baron filmé ici au départ de Cape May (N.J) en 2008… ah tiens lui aussi, quelle surprise, il est passé sous le drapeau paragayen en décembre 2015. Idem pour son compère N191PW (TH-1789) un Beechcraft Baron, encore un, expédié toujours dans le même pays le 9 mars 2011.  Sans oublier le N50 TT (TH-591) un Beech 58 vendu de 1975 par la société Lane (celle qui avait vendu un Cessna aux fils d’El Chapo !) et atterri au Paraguay vers 5 juin 2015, ici à gauche devant son hangar.  Et ce n’est toujours pas fini, car on en découvre encore d’autres : ainsi pour le TH-1419, N6814Z, parti en décembre 2014., lui aussi, pour devenir le… ZP-BGB (photographié ci-dessous en décembre 2016 au Brésil, par le célèbre spotter « Jaka ») !!!

Et si vous croyez la liste close, détrompez vous :  le Cessna 210M N9191M (21062071) a aussi été expédié de la même façon que les autres, le 16 septembre 2011.  Le Beechcraft Baron N7221K TH-1452 lui aussi s’est retrouvé au Paraguay en  le 10 septembre 2013.  Lui aussi a été photographié au Brésil, à Boa Vista, dès le 2 mai 2013.  Le N22JJ, autre Beech Baron… idem, comme les autres, dès le 20 août 2012, et toujours par le même envoyeur (1)  !  Le petit Cessna Skyhawk, le N703G un modèle 172P de 1980, idem le 7 novembre 2014 (17274350). Le N92759, un modèle 182N (18260344), a été expédié au 15 août 2012.  Lui semble avoir rejoint le Paraguay par ses propres moyens, via l’itinéraire classique de la Floride (et Fort Lauderdale) vers Providenciales rejoint en 4 heures de vol environ.  La liste est loin d’être exhaustive il me semble, à en voir le nombre effarant…   Qui se cache derrière tout ça ?  A nouveau notre Rapozo ? C’est possible, car parmi les nombreuses (fausses) adresses en boîte postale au nom de Centurion Plus Inc , on pointait vers… la Floride, et c’est à Tarpon Springs qu’il habitait alors.  On songe plutôt à un narco-trafiquant brésilien, étant donné le nombre de Beechraft Baron dans le lot, appareil que les brésiliens privilégient par rapport au Cessna. Mais on trouve aussi comme modèle des Cessna, tel ce T210N « métal » immatriculé N888DP (21064481), ex Golf Plains Pipeline Company Inc, exporté vers le 30 janvier 2013.  On peut néanmoins se rappeler au passage un des achats de Rapozo de l’année 2012 : le N3721Y, un vieux Cessna 210D de 1963 (Rapozo préférant de loin ce type d’avion), vu ici à droite au décollage d’Oshkosh, lors de la célèbre fête aérienne du même nom (merci Michel Charette !!!).

Panjiva express

Quant à la méthode pour transmettre les appareils au Paraguay, quand ils ne s’y rendent pas eux-mêmes, c’est la même déjà vue plusieurs fois ici :  le 29 août 2017, c’est par envoi « Panjiva » qu’un avion « usagé, de marque Cessna modèle A150M de 1976, immatriculé d’origine: N9880J (A1500689), et provisoirement ZP-BKX, de couleur blanc, avec du rouge est des filets bleus et rouges » a été expédié … à Luque, en plein fief de trafiquants !!!  L’avion avait été acheté 20 000 dollars seulement, et son transporteur s’appelait Carlos Alberto Britez, un importateur d’Asuncion

 

Ou encore, allez ne soyons pas mesquins, ajoutons-en encore un, le N921PP (510-0139), un Cessna 510 de 2008 (autrement dit un jet cette fois, ici à gauche) lui aussi repeint aux couleurs du Paraguay le 17 octobre 2014.  Le 21 septembre précédent, il avait effectué la liaison Punta Cana- Saint-Martin.  On le verra au festival d’ Yvytu de 2017.  Bref des appareils tous envoyés au Paraguay… comme le tout premier cité, pris en vidéo (ci-dessus en tête de chapitre à droite, à l’atterrissage à Chaco Paraguayo, piloté par le dénommé Daniel Kubina ).  L’appareil était visiblement fort attendu…  Tous arrivés dans une région plus que sensible : « elle est limitée à l’ouest et au nord par la Bolivie, à l’est avec le fleuve Paraguay qui le sépare du Brésil et du Paraneya paraguayen ou région orientale, et au sud avec la rivière Pilcomayo qui la sépare de l’Argentine »  (Wiki) !!!  Ce C-90 (LJ-1129) est devenu depuis le ZP-BOH, au Paraguay (ci-dessus en haut du chapitre sur la gauche)… et tous envoyés par « Centurion Plus Inc »!!!

(1) La liste des avions répertoriés ici de Centurion Plus Inc tous expédiés au Paraguay (il peut y en avoir d’autres) :

N18034 (1972 CESSNA 150L),

N9880J (1976 CESSNA 150M)

N67906 ((?) CESSNA 152) l’avion est déclaré appartenant à l’adresse du « 6565 Parkview Apart C de Boca Raton »

N9639V (1977 CESSNA R172K)

N703G (1980 CESSNA 172P)

N4643K (1975 CESSNA 182P)

N92759 (1970 CESSNA 182N)

N888XX (1976 CESSNA Cessna 210H)

N888YX (2001 CESSNA 206H, en version hydravion)

N9191M (1977 CESSNA 210M)

N888DP (1981 CESSNA T210N)

N879JN ((?) BEECH 58) Ex « Jal,  aperçu ici en vidéo en train de faire une « low pass » fort démonstrative…

L’auteur de la mise en ligne, qui imite parfois le son des avions avec la bouche, proposera cet autre acrobatie de Bellanca Super Decathlon ZP-DAF lors du festival. d »Yvytú de 2015…

N658RA ((?) BEECH 58)

N50TT (1975 BEECH 58)

N7221K (1984 BEECH 58)

N6814Z (1984 BEECH 58)

N191PW (1996 BEECH 58)

N212MG ((?) BEECH Baron 58)

N524DM (2012 BEECH G58)

N22JJ (1975 BEECH Baron E-55)

N2031A (1969 BEECH D55)

N22JJ (1975 BEECH E-55)

N22JJ (1975 BEECH E-55)

N9028R (1976 BEECH 95-B55 (T42A)

N7914Q, (1079 Cessna 414A)

N506F (1985 BEECH C90)

N29TV (1983 King Air B200)

N855KC (2006 Pilatus PC-12) …

Liste à laquelle on peut ajouter le Beech Baron BE 95-B55, immatriculé N9028R, datant de 1976, qui a été volé à Filadelfia le 15 septembre 2011. Et pour lequel on n’a jamais plus eu de nouvelles… il appartenait également à Centurion Plus Inc !

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

 

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