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Coke en stock (CLXXII) : la découverte et la chute des fournisseurs d’avions (7)

La scène est terrible :  En juin 2016, un gros SUV se cale devant un autre  (un Hummer blindé) à un feu rouge, en plein centre ville de Pedro Juan Caballero, la capitale du département d’Amambay au Paraguay.  Son hayon arrière se soulève brusquement, et toute une série de tirs en jaillit.  Des tirs de mitrailleuse lourde, calibre .50, dont les balles font toute la paume de la main.  Le Hummer, quoique blindé, se retrouve transpercé par ce véritable acte de guerre en pleine rue passante.  Cette scène dantesque est là pour nous faire comprendre ce qu’est le trafic de cocaïne et ses enjeux financiers tels qu’il ne peut y avoir qu’un seul caïd sur un territoire déterminé.  Une guerre liée à un trafic aérien, avec une première visite des stocks d’avons saisis au Paraguay qui laisse un goût amer de travail bâclé.  On commence d’abord par une épave de « Baron », l’avion favori des dealers brésiliens comme on va le voir tout au long de cette longue enquête…

Le Beechcraft Baron emblématique

La photo est en effet saisissante :  c’est celle d’un Beechraft Baron enregistré au Brésil et installé depuis une bonne paire d’année dans l’herbe à Nu Igazu, Campo Grande, au Brésil (pas loin des célèbres chutes du même nom), bardé de bandes autocollantes bleues déposées par la justice paraguayenne, pris en photo en 2014 par un spotter allemand plus curieux que d’autres, qui appelle Hartmut Ehlers, et que l’on salue ici. L’avion est immatriculé PT-CJW et, à lui seul, il raconte toute une histoire, ou toute une tradition… si l’on peut dire.  C’est précisément le Beech 95-D55 (numéro de série TE-759), enregistré le 04 octobre 2004 au Brésil.  L’affaire remonte en effet à.. fin novembre 2004, avec l’arrestation de toute une bande en partie débarquée d’un aéronef qui venait de se poser à Ko’eyu au Paraguay supérieur, une région frontalière avec le Brésil, près de la frontière entre le Mato Grosso do Sul et le Mato Grosso.  Des échanges de tir ont eu lieu, et un trafiquant brésilien connu, Cleber Caires Correa, 38 ans, est retrouvé mort sur la piste.  Un agent de Senad a été blessé par la même occasion.  Mais ce n’est pas tout raconte la presse de l’époque : « lors de l’opération ont été arrêtés l’ancien maire adjoint de Ponta Pora, Nelio Alves de Oliveira, le trafiquant brésilien Ivan Mendes Mesquita, 42 ans, qui est recherché par les Etats-Unis, le Brésilien Eder Peter Ferrato et les paraguayens Manuel Lorenzo Diaz, Julio César López Escobar, Aurelio David Mendez, Luis Brun Limen, Arnildo Ismael Guanes Montiel et Ismael González.  L’arrestation a été faite du Brésilien Ivan Mesquita, résidant à Pedro Juan Caballero (à droite la photo de leur arrestation le 24 novembre 2004 avec au fond le Beech).  « Des agents de Senad ont effectué une perquisition et une saisie à la maison du trafiquant de drogue dans le quartier de Bernardino Caballero et ont découvert plusieurs armes telles que des pistolets, des fusils de chasse et deux motocyclettes.  La maison de Cleber Correa, qui  a également vécu à Pedro Juan Caballero, a été inspectée et, sur place, les agents ont également trouvé plusieurs armes préfixe avion, des munitions et des moteurs pour le carburant».  Selon la Senad, l’avion aurait eu Pedro Juan Caballero comme destination finale.  Le Beech toujours en train de pourrir à Campo Grande est vraiment emblématique d’un système qui perdure depuis plus de 15 ans maintenant… selon la police,  A gauche, les trafiquants assis en 2004 devant l’appareil (c’est bien le même en effet !).

Les étonnantes révélations en 2017 d’un agent de la DEA et le pont vers l’Europe

Cette histoire en contient une autre, que l’on a pu lire plus récemment.  « Le dossier Mesquita » (ici à gauche lors de son transfert) a été en effet ressorti de façon surprenante ces derniers temps, sous la (fine) plume conjointe d’Alexandre Aragão (Journaliste de BuzzFeed News, Brésil) Filipe Coutinho (Personnel de BuzzFeed) Daniel Wagner (Journaliste de BuzzFeed News).  C’est l’histoire fort surprenante d’un agent spécial de la DEA, Scott Nickerson, qui a aurait eu une liaison extraconjugale avec une des filles du réseau, Larissa Carvalho, et de qui il avait obtenu de très bons renseignements.  Sur l’oreiller, semble-t-il.  Le contenu de sa lettre est assez sidérant car selon lui l’opération menée par la police paraguayenne en novembre 2004 qui avait arrêté le trafiquant avec 262 kilos de cocaïne et l’avait ensuite extradé aux États-Unis, avait eu une suite inattendue : Mendes Mesquita, selon Scott Nickerson, était en effet retourné au Brésil en 2014, après avoir purgé sa peine de 10 ans aux États-Unis, et s’était remis tout simplement aux affaires, à savoir au trafic de drogue !!!  Des informations qui ont pu être confirmées, selon les trois journalistes, car le trafiquant a été de nouveau arrêté à Ponta Porã (MS) en juin 2015, plusieurs mois après que Nickerson ait quitté la région (le fils du trafiquant, Mendes Mesquita ya été assassiné au 9 mm le 3 juin 2016 dans un bar, le “Bar do Dorly”, preuve que le retour aux activités du père semblaient fort déranger certains).  Le trop bavard Nickersonm qui, ne sachant pas l’espagnol, avait confié benoîtement à What’sApp des traductions, allait plus loin encore, en fait.  Nickerson évoquait en effet le rôle du trafiquant Poveda, arrêté avec neuf autres suspects en juillet 2016, dans le cadre de l’opération Arepa -une  collaboration de la police fédérale avec les autorités colombiennes – mais qui n’avait pas été extradé vers le Brésil.  José Esteyman Poveda (ici à droite), le chef du trafic international lié au cartel du Golfe, dont le Brésil avait en effet demandé l’extradition… sans l’obtenir.  « Selon la police fédérale, Poveda est le pont entre la faction criminelle PCC (Premier Commandement de la Capitale) et le marché européen de la cocaïne, coordonnant l’expédition de la drogue vers des pays comme la Hollande et la Belgique.  Une source a confirmé à BuzzFeed News qu’au moins deux numéros de téléphones cellulaires répertoriés dans le document sont toujours actifs; l’information n’a pas été vérifiée de façon indépendante.  Le document a été publié dans son intégralité par un utilisateur Twitter anonyme la semaine dernière, mais quelques jours plus tard, le compte a été suspendu et les fichiers ont été retirés du service.  Poveda a été libéré par le ministère de la Justice en Colombie en septembre et il est en fuite (…)  « Les rapports de renseignement de la DEA indiquent que le 11 février 2015, Poveda a voyagé de Bogota à São Paulo pour négocier de nouvelles cargaisons de cocaïne de la Colombie au Brésil », rapporte le rapport envoyé par l’agent spécial » (…) Dans la lettre envoyée au Cezar Luiz Busto de Souza, le représentant de la DEA à l’ambassade des États-Unis, Kelly W. Krieghbaum, a demandé que la police intercepte légalement les téléphones mobiles des trafiquants:  « Les rapports du renseignement de la DEA indiquent que ce groupe a récemment expédié environ 800 kilogrammes de cocaïne dans des conteneurs du Port de Santos … Il est entendu que la DEA comprendra que les enquêtes futures sur les associés de Poveda permettront d’identifier de nouveaux trafiquants, actuellement inconnus, ainsi que d’importantes saisies de cocaïne et de biens appartenant à l’organisation criminelle ».  Enfin, la lettre « décrit les activités du trafiquant de drogue bolivien Walter Roque Suarez Mercado, qui, selon l’enquête de la DEA, a coordonné l’envoi de cocaïne de Bolivie au Brésil, en Argentine et au Paraguay, ainsi qu’en Afrique et en Europe ».  La boucle étant bouclée, là, il me semble.  Et c’est fou à qui nous mènent de vieux avions qui pourrissent au Paraguay (pour celui ici à droite qui pourrit au même endroit, je n’ai  trouvé que peu de choses (1), remarquez, à part qu’il a été enregistré le 3 février 1999 et que c’est l’appareil portant le numéro de série 721028).  Quant au trafiquant bolivien  Walter Roque Suarez Mercado, « il a été abattu dans la matinée le lundi 19 décembre 2016, dans la ville paraguayenne de Pedro Juan Caballero, à la frontière de Ponta Porã »… avait-on appris.  Dix balles avaien été tirées sur lui.

Un effarant pickup en plein centre ville

Cette guerre interne des gangs au Paraguay pour le contrôle de la coke donne droit à des règlements de compte incessants.  Notamment à Pedro Juan Caballero, dans le Barrio San Gerardo, en plein centre ville, près du marché municipal, où le 16 juin 2016 des coups de feu répétitifs de très gros calibre ont retenti ce soir-là, visant un gros SUV de type Hummer.  Les photos de l’assaut montrent du sang partout, les deux occupants du Hummer ayant été criblés de balles: 200 impacts énormes auraient été relevés par la police (200 !).  Etait visé Jorge Rafaat Toumani, un brésilien, « identifié comme l’un des principaux barons de la drogue à la frontière paraguayenne » selon la presse.  Les photos des cadavres sanguinolents sont difficiles à supporter, mais d’autres intriguent encore davantage.  A l’arrière du Hummer attaqué, il y avait la même arme que son assaillant,  en effet un affût de mitrailleuse lourde de calibre 0.50 et tout un lot de balles en bandes pour l’alimenter !!!  Incroyable équipement circulant en plein centre ville, un soir de week-end où les gens sont dans la rue !!!  L’homme avait pourtant été lourdement condamné… au Brésil.  C’était aussi un fugitif .  En avril 2014, le juge brésilien fédéral Odilon la Oliveira, avait en effet lourdement condamné Rafaat, à une peine totalisant 47 ans de prison ferme, et à payer une amende d’un montant de 126 060 dollars à l’Etat.  Il n’empêche : au Paraguay, Rafaat circulait apparemment librement, et dirigeait même en plein jour une société de sécurité privée (???)… entendu à son propos, le ministre paraguayen de l’Intérieur s’était montré bien évasif…  On retrouvera plus tard le véhicule ayant servi à l’attentat : un autre SUV… équipé du même matériel à l’arrière (ici à droite) !!!  Une bande vidéo de la station service devant laquelle l’embuscade avait eu lieu avait montré l’assassinat sauvage, l’exécution du narcotrafiquant… et la fuite de ses sicaires chargés de le protéger devant l’intensité quasi surréaliste des tirs : sidérant… un véritable acte de guerre, en pleine rue !!!

Un jeune sicaire (2), Sergio de Lima dos Santos, un ex-militaraire brésilien, se retrouve vite accusé d’avoir tiré à l’arme lourde sur Rafaat Toumani.  Il appartiendrait à l’organisation Comando Vermelho, selon l’Agence du renseignement du Brésil qui a fait l’enquête.  On n’a eu aucun mal à le trouver.  Il avait été blessé dans la fusillade (les hommes de Toumani ayant riposté) et il avait été hospitalisé dans un établissement de Fernando de la Mora.  La guerre des gangs brésilienne a bien désormais comme théâtre de rue… le Paraguay (à droite, le rappel du format des balles expédiées par la mitrailleuse lourde de calibre .50 avec une balle ramassée sur place, comparée à une 9 mm)  ! Une telle violence ne peut s’expliquer que par un enjeu énorme. Celui des sommes abyssales d’argent qu’apporte le trafic de cocaïne.  Un train qui se fait par avions entiers… circulant entre la Bolivie, le Paraguay, le Brésil et désormais aussi l’Argentine.

Une confiscation de 2015…

Une grande rafle dans le domaine aéronautique est donc décidée au Paraguay en 2015 (c’est la seconde à vrai dire) et elle est fructueuse, notamment à l’aéroport Silvio Pettirossi (3).  « À l’heure actuelle, les employeurs Ulises Cardozo et David Esteban Martinez Ruben Dario plus de coureurs Gonzalez Espinoza, Enrique Flores et Francisco Alejandro Duarte Sarubbi Sarubbi (le nom du pilote de l’entreprise de tout à l’heure), sont poursuivis pour association de malfaiteurs, trafic de drogue et le blanchiment d’argent. De même, tous les avions confisqués au cours de cette procédure ont été transférés dans la capitale, où ils ont été remis à diverses institutions pour être reconditionnés et utilisés au profit de la société civile. Alors que la poursuite a ajouté des preuves de l’utilisation de machines pour le transport de stupéfiants, deux juges, Gricelda et Tadeo Fernández Caballero, ont essayé de libérer ou d’enlever la confiscation de sept des avions, affirmant qu’ils n’avaient pas desproblèmes d’inscription.  Pour cette raison, les deux magistrats font l’objet d’une enquête par la Cour Suprême de Justice, tandis que le Bureau du Procureur des Magistrats a rédigé la plainte contre Caballero et Fernández, ont indiqué nos sources ».  Toujours le poids de la politique pour empêcher les enquêtes d’avancer, au Paraguay…  A gauche, le Cessna ZP-BSP inspecté par les fonctionnaires, sous les yeux de l’armée.  Au milieu de la photo à droite, le ZP-BCQ.  Ci-dessous, un autre Cessna 210, sorti du hangar avec les autres vu ci-dessus, et extrait d’un cliché dont nous reparlerons pour sûr…  c’est le ZP-TZP.

Lors de cette « vérification » ABC Color nous donne la liste des avions vérifiés et micro-aspirés

Le Cessna 210, ZP-TZP, tout d’abord, donc, inscrit sous le nom de Juan Nelson Servián Acosta.  Il y a aussi le Cessna 210, ZP-BEK, au nom de Juan Carlos Alfredo Isasi Acuña, ainsi qu’un Cessna 210, encore (le modèle le plus représenté dans le hangar), immatriculé ZP-BPC, appartenant à Pablo César Álvarez Lezcano.  Egalement le Cessna 210 ZP-BCI, d’Aparicio Paraná Delvalle.  Un Cessna 182P également, le  ZP-BAL, « qui se révélera aussi positif au Tiabendazol » selon le journal.  C’est en fait celui de Wagner Santulhao, tué dans un crash de transport de cocaïne.  Le Cessna 210 ZP-BUM, pris en photo ici le 9 février 2013 par le spotter Daniel Popinga, l’avion de Sixto Benítez Collante encore.  Mais aussi le Cessna 210M ZP-TZR, appartenant à Patricio Román Ibarra Recalde.  Il y a encore le Cessna 210M ZP-BCQ de Vicente Cano Espínola (ici à droite de la photo). Plus les avions dans lesquels des résidus de cocaïne ont été formellement découverts :  le Cessna 210L ZP-BBG, de Pablino Candia Fernández, le Cessna 210M ZP-BDK, de Jhony Ramón Giménez López, qui est visible ici dans le fond du hangar en blanc et vert ; le Cessna 206 ZP-BES, de Inocencia Zaya de Gaona, et le Cessna 210M ZP-BSP, visible ici a décollage, au nom de Sindulfo González, poursuivi déjà pour trafic de drogue.  Ci-dessous, le ZP-BDK sorti de son hangar de Pedro Juan Caballero :

 


Un autre Cessna 201 M sera aussi détecté positif, il est au nom de Juan Nelson Servián (c’est le ZP-TZP aperçu à l’extérieur).  Enfin le Cessna 210L ZP-BBO, enregistré au nom de la société San Daniel SA, dont le représentant s’appelle Albino Méndez Silva est aussi cité comme ayant transporté de la coke. Outre les résidus de coke, la plupart n’affichent qu’une fausse immatriculation :  « le Bureau du Procureur et le Senad, qui enquêtent sur une centaine de fonctionnaires de Dinac travaillant pour des réseaux de trafiquants de drogue, ont détecté hier, à première vue, que 15 des 22 avions saisis à Pedro Juan Caballero fonctionnaient avec des autocollant, ou des autocollants, reliés  à des originaux, dans le but de déguiser les opérations de trafic de cocaïne. »  Un comble !!!  Certains ont même leur plaque d’immatriculation d’usine de poncée ou griffée comme on peut le voit ici à droite, ce qui les rend hors-la-loi par principe !!! A noter qu’un photographe spotter, Cristian Ariel Martinez avait pris en photo le ZP-BSP à Formosa… en Argentine le 24 février 2015.  La vidéo de son décollage avait été tournée au même endroit.  Il n’est pas allé bien loin :  entre les deux aérodromes (PetitRossi et Formosa) il n’y a que 153 km… par la route !

 

Etrangement lors de cette « découverte » de la Senad, aucun avion brésilien n’est cité.  Seule une photo échappée d’ABC Color nous montre cependant qu’il y en a au moins un, c’est le « tout métal » vu à droite avec derrière lui le ZP-BDK.  Un gros plan du journal nous donne son immatriculation, en PT-KZD comme on peut le voir.  Même les fonctionnaires ont participé au masquage de son immatriculation...  Pourquoi donc ne pas évoquer cet avion ?  Le Paraguay ne voudrait-il pas ainsi éviter son voisin, vers qui s’envolent ces avions bourrés de cocaïne provenant de Bolivie ? Au Brésil, l’immatriculation correspond à un Twin Aero Commander d’Areo Taxi qui s’est écrasé le 2 juillet 2002.  Dans les hangars paragayens, c’est simple, tout est faux !!!

 

Le retour d’avions déjà aperçus comme appareils de trafiquants 

Dans un autre reportage télévisé encore, on apercevra le ZP-BAL, notamment, comme avion (déjà évoqué ici !), et d’autres, des épaves en provenance d’avions accidentés, en fort mauvais état en train d’être remontés (deux exemples ici à gauche).  Des avions achetés au rabais, comme on a déjà pu le voir avec le cas Rapozo.   Certains, déjà repeints, attendent leur moteur…. et leur roue avant, dans le hangar de Puerto Caballero :

 

Or dans le lot, ce fameux ZP-BAL entrevu est tout sauf un inconnu :  l’avion a déjà été l’objet d’une descente similaire en …. 2010, mais à Santa Rita cette fois comme nous l’avait raconté ici Paraguay.com : « hier, un raid mené par des agents du Secrétariat national antidrogue (Senad) dans un hangar de la ville de Santa Rita a conduit à la confiscation de cinq avions qui seraient utilisés dans le trafic de drogue, des cigarettes et des armes dans la triple frontière. Le raid a eu lieu hier soir à 23 heures environ, dans le hangar de la société Fumiagro S.R.L., situé dans le village « 14 mai » de la ville de Santa Rita là où la société loue le hangar aux parties prenantes. Dans la procédure, les avions suivants ont été inspectés: Un Piper Archer blanc, avec l’enregistrement LV-MAT, à l’intérieur de celui-ci a été trouvé l’inscription LV-APD (Enregistrement d’un avion qui a été volé à Villa Mercedes en Argentine). En outre, un Cessna 182 A, blanc avec une bande bleu marine, avec la plaque d’immatriculation ZP-BAL qui, selon les informations, avait été saisi deux fois en territoire argentin et bolivien.  Il y a environ deux mois, il a été porté par un pilote nommé Wagner Santulhão, pilote brésilien qui fait partie d’un groupe dédié au transport de grandes expéditions de trafiquants de drogue, en Argentine, compte tenu de la proximité de la frontière.  L’avion Cessna 180 a également été observé, non peint, de couleur aluminium, avec plaques d’immatriculations ZP-TBR, avec un ULM Fox, rouge, blanc et bleu; et un avion ultra-léger, jaune. »  L’avion était bien celui de « Wagner » en effet, notre pilote décédé à l’épisode précédent, et le hangar était bien le sien en effet avec le Piper Archer et un Cessna tout métal; le  ZP-TBR  !!!  L’avion qui aurait dû être saisi, avait simplement changé cinq ans après de ville et de hangar, pour se refaire au passage une beauté et devenir blanc et rouge  !!!  Quel laxisme de la part des autorités !!!  Plus tard encore, on pourra admirer l’emport de deux fuselages de Cessna (un 206 et un 210, démunis de leurs moteurs, installés sur un semi-remorque à fond  plat :

Selon Ultima Hora, le fait que des trafiquants aient récemment tiré sur les policiers était la conséquence directe de ces enlèvements et des saisies d’avion, et qu’elles sont liées également à l’obscur mouvement révolutionnaire paragayen; proche des Farcs, celui de « l’Armée du peuple paraguayen » (PPE) :  « un communiqué du gouvernement indique que les deux attaques contre les policiers, d’abord près de Pacola et l’autre dans la forêt de Yaguareté, est une réaction du narco-terrorisme pour la saisie de leurs avions.  Justement, le ministre du Senad, Luis Rojas, avait déjà parlé il y a longtemps du lien entre le PPE et les trafiquants. Après l’attaque il y a huit jours contre deux policiers près de Pacola, le ministre Francisco De Vargas a également déclaré que les PPE s’associent aux trafiquants de drogue.  Ceux qui auraient supposément eu les avions, selon le Senad, sont Jorge Rafat, qui opère apparemment dans Pedro Juan Caballero; mais aussi Jarvis Ximenes Pavão, à Tacumbú; Emilio Olmedo et Miguel Servín ».  Tout le monde a compris, déjà que de lier les trafiquants à un mouvement d’opposition au gouvernement sert d’écran de fumée à ce même gouvernement.  Car cela évite avant tout de parler des politiciens locaux mêlés au trafic !

Des trafiquants organisés, qui parient sur le long terme :

Une énième appareil sera découvert plus tard (on est déjà au 27 janvier 2016), c’est le ZP-BBC, qui sera tout simplement trouvé… bâché, prêt à servir, dissimulé derrière des bosquets, dans une propriété appelée « Tacuary », sur le bord de la route N°10 “Las Residentas”, dans le département de Canindeyú.  Le gestionnaire de la propriété (et non le propriétaire) qui fait dans les 60 hectares environ, Rodimar Spica De Britos, n’est âgé que de 24 ans et ne souhaite bien sûr rien dire à la police. L’avion est au milieu en fait d’une zone qui a été déboisée exprès pour le dissimuler.  Selon ABC Color, des  bulldozers ont été vus s’activer sur le site mais ils sont désormais partis. Visiblement, on y préparait quelque chose et l’avion y avait été stocké à dessein.  C’est le modèle TH-995.  A savoir l’ex N27MW, vu ici …en Hollande, à Eindhoven.  Il circulait dans les cieux européens, aperçu par exemple en 2007 en France, à Bordeaux, le 9 août.  A noter que l’appareil vole toujours comme le montre la copie d’écran ici faite récemment…  Comme tout appareil supposé de trafiquant, acheté à bas prix, il avait été accidenté en 2009… en Angleterre, le 26 septembre.  Ou plus exactement à Guernsey : lors d’un touch and go d’essai, le train avait été rétracté à la place des flaps… endommageant le train, les hélices et les moteurs (le voici sous ses anciennes couleurs).  En 2010 il avait été annoncé comme ayant été « démonté ».  Avant de s’envoler pour le Paraguay, acheté on le suppose à prix réduit comme avion « endommagé, exporté dès début avril, l’appareil s’était inscrit sous le nom du B58 Aviation Inc Owner Trustee de Wilmington qui sentait fort la création de circonstance pour préparer le changement d’immatriculation.  Un changement officialisé aux USA le dès le 7 avril 2010….  L’engin avait été plus tard l’objet d’une remontrance pour ne pas avoir renvoyé ses papiers de certificats de vol à renouveler tous les trois ans.  En somme, selon les Etats-Unis, il était devenu tout simplement interdit de vol !

L’avion d’un ami du président !

Plus intriguant encore, comme l’a découvert ABC Color le  :  Cessna 210, ZP-TZP, t « Isasi Acuña est un habitué des activités du président Horacio Cartes et du vice-président Juan Afara. Les photos auxquelles notre journal a eu accès le montrent, dans plusieurs événements, posant en souriant à côté des deux autorités de l’exécutif.  Il a été délégué départemental à Amambay et Concepción, du mouvement Honor Colorado qui dirige Cartes, lors des élections du parti du 26 juillet dernier.  Les élections ont eu lieu 20 jours après la saisie de son avion par le Sénat. Le père d’Isasi Acuña, Juan Francisco Isasi Espínola, a fait l’objet d’une enquête pour enrichissement illicite en 2002 ».

 

PS : je reviendrai plus loin sur cette opération, plus révélatrice qu’on ne l’imaginait à l’époque, et qui nous a délivré bien plus d’informations que ce que je viens d’en dire.  Un peu de patience…

(1) l’appareil avait reçu une injonction du Département de l’Aviation Civile (DAC) brésilien lui retirant le 27 août  1980 son certificat de vol (ainsi qu’à tous ses collègues de la même série) sur une modification à faire du compensateur électrique de profondeur, après une alerte émise par la firme productrice.  L’avion n’était peut-être déjà plus en état de voler juridiquement, car on ignore si la vérification et la modification lui ont été apportées.

(2) définition ; « Sicaire est un terme littéraire ou historique pour désigner un tueur à gages.  Il a également désigné les activistes juifs opposés aux Romains, les Sicaires, dans l’Israël antique.  Il tire son origine de la sica, épée courte et recourbée, l’arme nationale des Thraces qui était considérée dans la Rome antique comme l’arme des assassins et des brigands.  Dans son manuel de campagne électorale De petitione consulatus, Quintus Tullius Cicero utilise le mot sicarius pour qualifier avec mépris Catilina et Antoine de « a pueritia sicarii » (meurtriers depuis l’enfance) ».  Pour se faire une juste idée de ce que ça représente aujourd’hui, il faut impérativement regarder Sicario, le superbe film sorti en 2015 de Denis Villeneuve, avec un génial Benicio Del Toro.  L’ambiance mortifère y est particulièrement bien rendue, ainsi que les liens fort troubles entre policiers et trafiquants – merci ici à Maxime « Eaten Finger » de me l’avoir fait connaître).  C’est LE film sur le trafic de cocaïne, mais « Traffic », plus ancien (il date de 2001) de Steven Soderbergh, avec Michael Douglas et également Benicio Del Toro vaut aussi le détour.

(3) La liste est ici en raccourci : les ZP-BBC, ZP-BBO, ZP- BCI, ZP-BCQ, ZP-BDK, ZP-BHF y ZP-TRW. Plus les ZP-BSP, ZP-BUM, ZP-TZP, ZP-TZR, ZP-BES, ZP-BAL et le ZP-BPC.  Le 4 mai 2016, le juge Miguel Tadeo Fernández retirera de la liste deux Cessna, le ZP-BHF, d’Adilson Gibellato, et le ZP-BCQ, de Vicente Cano Espínola, déclarant qu’ils n’avaient rien à voir avec le trafic de drogue.  Le ZP-BHF est visible ici à droite.  On remarquera son « Centurion » peint exceptionnellement à l’emplacement de la queue.  On peut voir ici à gauche les inspecteurs de la Senad l’incliner, pour savoir combien il y a encore d’essence à son bord.  Je reviendrai plus loin sur cette opération.

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

 

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