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Coke en stock (CLXX) : la découverte et la chute des fournisseurs d’avions (5)

Les avions de la coke partent également désormais direction le Brésil, marché florissant tenu par les deux grands gangs du pays.  Chaque pays possédant ses particularités, on s’aperçoit que dans celui-ci, des écoles de vol existent également, avec comme avion de formation des Cessna, type 152 notamment, mais au Brésil, comme on va le voir, c’est le Beechcraft Baron que l’on rencontre le plus pour transporter la cocaïne.  Un pays plus vaste, qui nécessite une plus grande portée, deux moteurs au lieu d’un comme sécurité pour survoler la jungle dont on sort rarement vivant en cas de pépin, ou une excellente présence industrielle de la firme expliquent ce particularisme brésilien.  Aussi n’est-on pas surpris de découvrir au fil de cette enquête des trafiquants spécialisés en Beech Baron, qui avaient mis en place toute une organisation pour trafiquer, allant cette fois du vol d’avion à leur maquillage complet, et leur ré-immatriculation. 

 

Au Brésil, pays du « gang des Beech Baron », donc, autre particularité, on ne fait pas que dans la coke.  On fait aussi et même beaucoup dans le trafic d’appareils électroniques, trafic fort lucratif, qui utilise lui aussi des avions au rabais, voire de véritables épaves retapées à grands coups de maillet.  Je vous en ai découvert un… quasiment nu, qui a eu l’honneur de passer aux journaux télévisés locaux.  Un exemple saisissant à vrai dire ! 

 

Le procédé consistant à acheter des appareils endommagés revendus moins chers est une constante semble-t-il, et qui permet aussi d’étendre le marché.  La preuve en est l’arrestation dans un hangar… brésilien, celui d’une école de pilotage de l’aéroport municipal du quartier de Santos Dumont, à Pará de Minas. « Les étudiants ont à leur disposition une vingtaine d’avions et beaucoup d’entre eux vivent dans les locaux du club, comme Leonan Venâncio, venu de Rio de Janeiro pour apprendre des meilleurs.  En plus des cours, Pará de Minas possède l’un des meilleurs ateliers de mécanique en Amérique latine, spécialisé dans la réparation d’avions.  C’est la «Tecnologia Brasileira de Aeronáutica (société brésilienne de technologie aéronautique) ou simplement TBA, comme les gens préfèrent l’appeler. » nous indiquait un reportage de décembre 2014, montrant un Cessna 411 bimoteur dépourvu de moteurs et d’autres avions en arrière plan.  C’est dans un hangar voisin que la police militaire brésilienne découvre une Cessna type 210 immatriculé PR-GHM, sagement rangé, mais vide, le 16 février 2017.

Un pick-up plein à ras bord de coke
L’avion a été recherché après qu’on ait arrêté un pick-up Ford Ranger contenant 415 tablettes de pâte de coca, pour 545 kg au total;  une très belle prise dont le volume une fois sorti de la camionnette impressionne.  L’autoroute sur laquelle l’interception a eu lieu relie Curitiba à la ville de Foz do Iguaçu, près de la frontière avec le Paraguay et l’Argentine, endroits vers lesquels la drogue pouvait sortir (on pense plutôt à l’Argentine, qui dirige ensuite vers l’Europe via des cargos et leurs containers).  Le pilote de l’avion, âgé de 33 ans est arrêté un peu plus tard dans un hôtel près de la gare routière de Belo Horizonte, où il s’était enfui.  Dans l’avion on a découvert un sachet contenant des feuilles de coca : ce qu’il mâchait pendant les vols !  Le pilote déclarant qu’il a reçu la drogue dans la région de Joinville, à Santa Catarina, la drogue devant ensuite être acheminée vers la ville de Paranaguá, dans le Paraná.

Le premier examen de l’appareil immatriculé PR-GHM révèle deux choses:  ses ailes « n’ont pas d’identification dans leurs parties inférieures », et présentent « des extrémités allongées pour permettre le stockage de plus grande quantité de carburant et, par conséquent, augmenter l’autonomie de vol » indique le commissaire chargé de l’enquête.  En fait c’est faux, l’aile est celle normale d’un modèle M, car depuis le modèle H, la capacité d’essence a été agrandie à 341 litres au lieu de 246, mais ce qui est vrai c’est que l’avion peut venir de loin, même chargé de sa demi-tonne de coke.  De Bolivie, par exemple !!!

Un bien vieil oiseau 

Grâce à sa plaque d’immatriculation non poncée (et son numéro dessus le 210-62082) on trouve vite son origine véritable supposée.  Ce serait bien celui aperçu le 24 février 2016 sur l’aéroport de São José do Rio Preto en effet, un Cessna 210M, ex N210A, un appareil assez âgé (il date de 1977) vendu en 2013 au Brésil par Arrow Trading Inc, installé à Broward (toujours le même broker ?).  On le voit ci-dessous à Minas Geiras, sorti de son hangar encore muni de ses rubans d’enquête de police. L’avion est également l’ancien C-GMKJ arrivé au départ de Calgary au Canada, lui-même ex N9499M :  ce n’est pas un oiseau récent, loin s’en faut.  Il approche la quarantaine d’années lors de sa saisie.

L’examen attentif de l’avion, immatriculé N210A (à partir d’un cliché d’une fan de vol, en mode selfie !), montre que l’appareil n’aurait donc pas été modifié ni repeint, et que l’immatriculation brésilienne nouvelle n’est qu’un simple autocollant, elle aussi (ci-contre à gauche, à partir de l’original, visible ici, on distingue en effet les plis de papier auto-collant et les bulles qui apparaissent).  L’avion a été photographié ainsi auparavant.  Même le petit logo de son Emergency Locator Transmitter (ELT) n’a pas été recouvert de peinture (il l’aurait été inévitablement, lors d’un passage sous le pistolet à peinture).  C’est son antenne que l’on voit dépasser de l’arrière de son fuselage.  La même dispositif est toujours visible sur l’appareil devenu brésilien.  Ceux qui en ont fait un transporteur de près d’une demi-tonne de coke n’ont à l’évidence fait aucun effort pour masquer l’avion.  En tout cas, le registre brésilien est formel :  l’avion est bien l’cx N210A qui a été enregistré le 12 septembre 2013 seulement dans le pays.  En somme, il a vécu au Brésil… un peu plus de 4 mois seulement.  Le temps des préparatifs pour l’utiliser ?

 

A quel tarif l’ont-ils acheté ?  Un Cessna 210 de 1977 se négocie aujourd’hui dans les 140-160 000 dollars environ.  Reste à savoir si l’avion n’aurait pas été accidenté auparavant, tant on sait l’avidité des trafiquants pour des engins à bas prix. Certains ont trouvé un autre moyen de faire baisser leurs investissements dans l’industrie du transfert de coke par avions.  En effet, puisqu’ils les volent…

Imbroglio à Potosi en novembre 2016

Si l’avion est bien brésilien, il semble bien que son trajet ait eu pour origine la Bolivie, encore une fois.  Ces liens entre les deux pays, une autre enquête sur un avion de narco-trafiquants va les démontrer aisément.  Ça commence par un accident, le 21 novembre 2016 en Bolivie, dans lequel un avion s’est écrasé, tuant un  jeune pilote, son collègue plus âgé survivant miraculeusement au crash.  L’avion se serait écrasé juste après avoir redécollé, affirment des témoins.  Le pilote avait été signalé disparu à Ponta Porã huit jours avant l’accident.  Dans l’avion, retrouvé complètement incendié dans la commune de Colquechaca, dans le Potosi, avaient été trouvés 600 grammes de cocaïne.  L’enquête avait démontré qu’un des deux pilotes; plus âgé, s’en était extrait, vivant mais blessé, et qu’il avait été emmené par des pick-ups venus sur place attendre son arrivée. L’autre, plus jeune, étant mort carbonisé à bord.  Les premières images sur le crash sont difficiles  à interpréter, tant il ne reste que peu de choses de reconnaissable.  Une confusion s’installe très vite pour ce qui est de déterminer le type d’appareil qui vient de tomber et qui nous est présenté.  Un reportage de la TV bolivienne (ATB) jette le doute en affichant carrément les vestiges d’un… Cessna, au capot rouge bordeaux, l’aile complètement effondrée, l’avion détruit, mais pas incendié. Après quelques hésitations et errements on finit par trouver de quel engin il s’agît.  Ça n’a rien à voir avec le Potosi !!!  Un cliché montrant l’épave de côté d’abord, qui le montre bien trop long pour un 206 ou un 210. Et c’est en effet un Cessna 207 et pas n’importe lequel.  Et ce n’est pas en Bolivie !!!  L’avion porte en effet une inscription qui ne peut tromper sur son capot avant.  C’est le « Lupita » (on prend un malin plaisir a en présenter le lettrage à l’envers, symétriquement, pour quelle raison, je l’ignore).  Un avion d’Air Majoro, une société touristique … péruvienne.  L’avion, un long Cessna 207  immatriculé OB-1936-P effectuait apparemment un vol de Trujillo à Pucallpa, en survolant la province de Cajamarca : on est très loin du Potosi !  De mauvaises conditions météorologiques auraient provoqué son écrasement dans des circonstances inconnues près d’Uchuquinua, dans le district de Llapa, et la province de Cajamarca.  Les trois occupants sont morts.  Le hic, c’est que l’avion n’était pas du tout sur sa trajectoire de vol le menant de Nazca à Pucallpa…. que faisait-il à cet endroit ?  Et pourquoi donc en avoir parlé à la télévision bolivienne ??  Qui cherche-t-on alors à induire en erreur ?  Est-ce le Pérou qui a quelque chose à cacher ou la Bolivie ???

Ce qui ne correspond pas, en tout cas, aux premiers articles de presse qui vont paraître quelque temps plus tard, du moins, à propos du crash du Potosi, mais ce qui semble entretenir une belle confusion,.  Etrange.  La palme revenant d’emblée au responsable de la Dirección General de Aeronáutica Civil (DGAC), César Augusto Varela, qui évoque comme modèle un « Cessna 310 Baron con matrícula brasileña ».   Si le principal responsable lui-même ne sait pas distinguer les noms des avions les plus courants, en mélangeant Cessna, Beechrafts, torchons et serviettes, où va-t-on en effet !!!  Plusieurs clichés s’entremêlent dans la presse, dont un montrant une structure assez large de fuselage comportant encore un moteur attaché, dont l’analyse démontre que le bâti n’est pas celui d’un Cessna 310 (qui est assez rudimentaire en fait) mais bien celui d’un Beech Baron G55 de plus grande taille.  Un autre cliché, pris ailleurs montre en tout cas la queue d’un Beech Baron encore une fois.  Mais les infos parlent aussi de pas un mais deux avions qui seraient tombés.  Pourquoi autant de confusion entretenue officiellement?   Il semble bien que l’on se perd en conjectures.  En tout cas, Cessna 210, 310 ou Beech Baron, les autorités boliviennes détiennent alors le cadavre calciné d’un jeune pilote brésilien.  Et c’est lui qui va mener à une découverte fondamentale de la police brésilienne, qui suivra fort heureusement avec attention le rapatriement du corps jusqu’à sa sépulture au pays, pour remonter dans l’autre sens la filière… brésilienne.

Un pilote mystérieusement disparu au Brésil

Trois jours avant ce crash en Bolivie, un avion de type Beechcraft avait été volé, dans le petit aérodrome de Teruel, au Brésil, dans le sud dans le Mato Grosso.  Cet avion était au nom d’une compagnie de Campo Grande.  Le 24 décembre 2016, deux jours après que l’enquête sur le hangar où le vol avait eu lieu ait débuté, un autre avion avait lui aussi disparu.  Le pilote cité comme volatilisé s’appelait Reverson Luis Bonan, pilote agricole de métier, formé à l’EJ (école de pilotage brésilienne réputée, âgé de 38 ans (ici à droite), il volait alors sur Beechraft Baron 55, l’appareil disparu en même temps que lui. Reverson Luis Bonan n’avait plus donné signe de vie après sa disparition, après une escale de son appareil dans une ferme de Ponta Pora, sa (jeune) femme, Adriana, refaisant un peu rapidement la sienne au Canada, à Montréal, sept mois après.  Leur fils étant resté chez ses grands-parents, faute de pouvoir l’emmener avec elle, avait-elle dit aux enquêteurs. Au départ de l’enquête elle avait nié tout lien possible avec le trafic de drogue.  Dans une interview, elle s’était étonnée de l’attitude de l’entreprise employant son mari : « Dès le début de l’enquête, il (le délégué) est allé là-bas (voir la compagnie) où est parti le dernier avion du vol de Reverson à Ponta Porã.  Cette compagnie a nié qu’elle possédait cet avion ou qu’elle connaissait Reverson.  Selon les enquêteurs, il a bien découvert que l’avion appartenait à l’entreprise. Là, ils ont dû avouer, c’est-à-dire qu’il y avait un mensonge.  Il leur a fallu 45 jours de plus pour faire le B.O. », explique Adriana ».  « Toujours selon l’épouse du pilote, les responsables de la compagnie ont même dit que Reverson avait loué l’avion pour voyager avec une famille en vacances. Adriana conteste cette demande parce que son mari ne lui avait pas parlé de ce travail et aurait d’autres projets pour la même période.  En outre, il n’avait pas d’argent pour louer un avion qui coûtait plus de 1 million de dollars.  Sans avoir de documents prouvant la location de l’avion au pilote, la compagnie a enregistré un rapport d’incident l’accusant d’avoir volé l’avion.  « Avec tant de mensonges, une certaine détention préventive a déjà été faite parce qu’ils omettent des informations, perturbant le travail de la police! », s’indigne Adriana ».  A noter qu’à Teruel avait été photographié en 2011 le bel Embraer EMB-810C Seneca II serial 810177 immatriculé Reg: PT-ERZ (ici à droite).  L’avion sillonnait souvent le pays, décollant dans la latérite en grandes gerbes de poussières rouges, étant vu aussi au Florianópolis Hercílio Luz Int’l, notamment.  Eh bien ça n’a pas raté non plus le concernant :  le 30 septembre dernier, le bel avion rouge et blanc est retrouvé en pièces détachées ou presque sur un chemin de Formoso do Araguaia, en fait une piste clandestine.  La police alertée par un renseignement était venue inspecter le lieu quand le Seneca s’est écrasé « au bon moment » pour elle.  A bord, ou plus exactement  un peu plus loin de l’impact, trois hommes avaient été arrêtés, Klerkyson Castro Ferreira, 19 ans, Edmilson Sousa da Conceição, 48 ans, et Sérgio Trindade dos Santos, 60 ans… des hommes ayant gardé surtout avec eux 318 kg de cocaïne pure, pour 15 millions de dollars au prix de vente au détail.  L’avion s’était posé sur le ventre et ce sont les trafiquants qui avaient en fait carrément commencé » à le démonter sur place , pour le déménager ensuite par la route, sans doute (ou en récupérer en premiers les moteurs), la police mettant fin au démontage ! 

Le pilote comme l’avion,  longtemps disparus (ils le sont toujours)

L’expatriation de la femme du pilote disparu sonnait le glas en ce qui était de retrouver le pilote, après des mois à avoir entretenu l’espoir de le retrouver vivant.  Avait-elle su ce qu’il avait fait ou dans quel impasse il s’était fourgué, impossible de le déterminer : la mère du pilote a vainement tenté de crier avec elle à son innocence pendant des mois.  Mais les faits penchent pour une disparition liée à un trafic, il semble bien.  Selon la presse (Campo Grande News), « Il a été vu pour la dernière fois le dimanche 13.  À l’époque, il a dit qu’il prendrait l’avion lundi.  Il a été déterminé qu’il avait piloté des avions de la compagnie Agricenter, de la branche de la pulvérisation aérienne agricole.  Cependant, des vols ont été signés par d’autres personnes et il n’y avait aucun détail de la destination.  La famille a rapporté que le dernier vol était sur un avion Baron 55. « Théoriquement, il l’aurait bien piloté.  Cet avion aurait volé jusqu’à Rio Grande do Sul.  Nous vérifions que c’est le même qu’il a piloté pour la dernière fois », explique le délégué.  Il y a aussi la possibilité que le pilote ait été embauché par des particuliers pour un vol.  Comme la région frontalière du Mato Grosso do Sul et du Paraguay est marquée par le trafic de drogue, il a peut-être été kidnappé pour le transport de drogue.  Cependant, il n’y a aucune trace de chute ou de disparition d’avions au Brésil, en Bolivie et au Paraguay. « Il se concentre ici.  Mais il est possible qu’il ait disparu dans plusieurs parties de la région frontalière: le Paraguay, la Bolivie, le Mato Grosso et le Mato Grosso do Sul », explique le délégué. » Disparu à jamais, à cette heure, jusqu’au jour où on retrouvera son WKJBeechcraft écrasé en pleine forêt, ou incendié par les trafiquants… A ce jour, nul n’a revu l’homme et encore moins son Beechcraft Baron.  Durant toutes les recherches, l’avion qui lui est attribué est le Beechcraft PT-JZD.  L’avion est le TE-988 arrivé tardivement le 28 mars 2013 au Brésil.  Sur le net, on tombe plutôt sur le site d’Odilon Amado qui nous montrait plutôt sur place le PT-WKJ, aperçu près de grandes propriétés agricoles, dans les années 2007-2008.  C’est un Beech 95-B55 (TC-2068) enregistré depuis le 22 avril 2009 dans le pays.  C’est aussi l’ex N43SC, exporté par Southern Cross, broker bien connu de Fort Lauderdale. Son certificat de vol US lui a été retité le 24 septembre 1996… 

La découvert du réseau de maquilleurs

En fait l’enquête sur le premier pilote disparu avait été fort révélatrice.  En remontant la source des événements, et en étant informée du nom du malheureux pilote, reconnu grâce à un… tatouage, la police brésilienne était arrivée à un autre grand atelier clandestin installé à São Gabriel do Oeste, au nord-est de l’État du Mato Grosso do Sul – dans le hangar ici à droite marqué « Radar »).  Le groupe y avait loué un hangar où il y avait une pompe à carburant et un hangar pour protéger l’appareil, selon elle.  Le premier avion qui apparaît dans les documents fournis par la police est le… PT-WKJ (ici à gauche sur le document de la police), qui avait donc été repeint et qui attendait une autre immatriculation brésilienne.

Un autre cliché montre le PR-YRP (cf ci-dessous à gauche qui aurait donc lui aussi été volé.  C’est l’ancien N555ND (TH-1750, ici à gauche) arrivé au Brésil le 31 octobre 2008, montré en cours de modification dans un hangar (photo en dessous de l’autre ici à droite).  C’est là que le groupe clonait les avions volés, en les repeignant de couleurs d’avions existants et en leur apposant une immatriculation elle aussi existante : c’est simple,  ils pratiquaient la copie à la chaîne d’avions ! Un autre appareil, lié au chef de cette organisation, avait déjà été détruit le 20 janvier 2015  dans la Serra do Cachimbo (MT).  L’enquête indique qu’il y avait deux personnes à bord.  Après l’atterrissage, l’équipage avait mis le feu à l’avion et s’était enfui à travers la brousse. 91 kilos de cocaïne avaient néanmoins été retrouvés à proximité du lieu d’atterrissage.  La policière chargée de l’enquête montrant deux clichés de l’incident, dont un de l’épave vue du sol, l’autre étant une photo prise d’hélicoptère ou d’avion.

Explication des vols récents

Ce n’est donc qu’en 2017 que l’histoire des disparitions successives de Beechcrafts brésiliens est élucidée avec l’arrestation de toute une bande de trafiquants, qui s’étaient donnés le pouvoir de les repeindre et de les cloner, en effet .  « Un homme de 35 ans nommé chef de l’organisation (Wadison Ronielly) et un homme de 36 ans qui serait le bras droit et comptable du groupe (Wellinton José Magalhães), ont été arrêtés le 4 août.  A côté d’eux, le père et le fils ont été mis en examen a fait le travail de peinture de l’avion, deux anciens propriétaires de l’entreprise de Campo Grande utilisés pour blanchir de l’argent, un maçon utilisé comme homme à tout faire de cette société, un mécanicien spécialisé en hélices et un autre âgé de 45 ans qui était à ce moment-là hors la loi. Selon le délégué, les crimes attribués aux suspects sont l’organisation criminelle, la fausse communication de crime, l’attaque de sûreté de vol, le meurtre, la dissimulation de cadavre, l’association pour le trafic et le blanchiment d’argent.  Avec  l’aide des autorités boliviennes, la police avait auparavant identifié le pilote de 18 ans de l’accident d’avion. Elle correspondait à l’enregistrement de sa disparition survenue à Ponta Porã trois jours avant l’accident ».  La policière chargée d’expliquer la saisie à la presse, Ana Cláudia Medina, déclarera que la fausse communication a été faite parce qu’à l’aube du 21 novembre, le jeune pilote et les personnes âgées avaient en fait décollé avec neuf bidons de 50 litres de carburant à bord, volant en dessous de la limite détectée par les radars et c’est selon elle au retour que l’accident s’était produit.  L’avion était le PT-WMV (une fausse immatriculation), tombé dans le Potosi en novembre 2016 !!!  La policière montrant un des rares éléments non brûlés, un capot moteur sur lequel était lisible le logo traditionnel de Beechcraft,  comme preuve de ses dires (l’image a été renversée ici à droite pour plus de lisibilité).  En plus des deux arrestations la police avait saisi des réservoirs de carburant, de la peinture  pour avions, des communicateurs radio, une arme à feu, des téléphones cellulaires, deux grosses voitures, un camion et une moto.  Le parfait arsenal des maquilleurs d’avions. La « petite entreprise » de clonage brésilienne marchait plutôt bien :  « selon les enquêteurs, le groupe avait six avions transportant de la cocaïne en provenance de Bolivie et du Paraguay vers Campo Grande, São Gabriel do Oeste et Ponta Porã.  Les avions étaient falsifiés, la couleur et le préfixe changés.  « Les membres de l’organisation faisaient environ 25 vols par semaine, toujours à l’aube », a déclaré la déléguée Ana Cláudia Medina, lors d’une conférence de presse mercredi dernier».  25 vols-semaine !!!  Imaginez la quantité de drogue brassée en fin de mois !!!  Le tout au partir de leur hangar du Romeu Gomes Ferreira, situé en plein aérodrome de Teruel Ipanema Estancia Airport où se faisaient une bonne partie des modifications.

Un avion pour en remplacer un autre ?

Des mois après, on avait donc remonté tout l’écheveau :  si le second pilote avait réussi à fuir, blessé lord du crash, le corps de l’infortuné premier avait parlé.  Dès le lendemain  du crash, on avait déjà eu en réalité une idée de la piste à suivre :  « Il a été dit que cette conclusion préliminaire est venue du personnel de Felcn et du représentant du procureur, Osmar Tellez.  En outre, il a été confirmé qu’un trafiquant présumé de drogue de 20 à 25 ans était mort, mais le corps a été retrouvé loin de l’avion » (il s’avérera être plus jeune encore).  « Sur le côté gauche du corps, les brûlures étaient évidentes, tandis qu’à droite se trouvait un tatouage de visages.  L’identité du défunt est inconnue.  Après l’incident, des personnes à bord de deux camions ont sauvé la personne qui était en vie et ont fui l’endroit avec une direction inconnue. Actuellement, on ne sait pas où il serait soigné puisque dans les hôpitaux de Colquechaca et Uncía aucune personne avec des caractéristiques de brûlure n’a été suivie.  Cependant, le colonel Encinas a déclaré qu’à l’avenir, selon les enquêtes, la véritable origine de l’avion sera connue.  La carte d’inspection montre que l’avion serait le « PT-WMV », qui aurait été révisé le 11 juillet 2016. « Ce sont des plaques d’immatriculation brésiliennes et tous les objets collectés détermineront leur origine », a-t-il dit.  Le jeune pilote décédé venu de Paraná qui était tombé en Bolívie s’appelait donc Robson Nunes, il était bien âgé de 18 ans, l’autre pilote blessé et chevronné s’appelant Luiz Tizzo,  Les policiers avaient remonté le fil avec la réservation faite par Wadson Fernandes, 37 ans, un des deux responsables du gang, qui avait  sollicité un vol d’un avion au départ de l’aéroport de Teruel en novembre 2016.  L’avion retenu était bien le fameux PT-WMV.  Un mois après, est-ce l’avion de Reverson Luis Bonan qui aurait tenté le même trajet et aurait échoué ?  Selon la police, « Wadson a tenté de justifier la disparition de l’avion avec le rapport d’occurrence de vol et avait ensuite tenté de « cloner » l’avion« .  La Deco (Delegacia Especializada de Repressão do Crime Organizado), a également appris qu’un avion amené d’Amazonie avait été repeint et falsifié pour remplacer le Baron manquant.  Est-ce à ça qu’avait servi le fameux PT-JZD (le TE-988 enregistré le 28 mars 2013 seulement au Brésil ?

 

La contrebande lucrative d’appareils électroniques avec des avions-épaves

L’autre fléau du Brésil en dehors de la coke est la contrebande, notamment de produits électroniques, facilement transportables en avion en raison de leur faible poids unitaire.  Ce n’est donc pas un hasard si en juin 2016 une opération d’envergure a été décidée contres des ateliers contenant ces avions de contrebande.  C’est d’abord à Ituverava, l’un des foyers principaux de la bande, que la police fédérale a saisi trois avions venant du Paraguay pour approvisionner le pays en produits irréguliers.  L’un des trois était en train d’avoir son immatriculation changée.  A Orlândia deux autres avions ont été saisis.  Les cinq appareils auraient véhiculé lors de voyages journaliers au Brésil pour 1,5 million de reals de produits électroniques.  Même chose à Ribeirão Preto, avec la saisie d’un magasin avenue Wladimir Meirelles en-dessous du bureau où s’était installé l’organisation du gang dans la région.  Il y avait la vente et la distribution de marchandises de contrebande.  Les images des hangars montrent des avions dont certains en grande réfection avec ce qui semble avoir été un lourd accident.  Comme pour la coke, les trafiquants brésiliens achètent des épaves, les retapent, les repeignent et s’en servent pour leur trafic.  A noter qu’en 2013 quand les douanes avaient voulu revendre un avion fort abîmé posé sur palettes, annoncé à 90 000 reals, la vente ne s’était pas réalisée.  Les fonds recueillis pour ces saisies revendues fonds recueillis sont allouées au Fonds spécial pour le développement et l’amélioration des activités de surveillance (60%) et à la sécurité sociale (40%).  Question épaves, n’oublions pas non plus le sort du « fameux » PT-EXP, un Embraer 721 « Sertenajo » (autrement dit unCherokee 32R Lance Piper construit sous licence au Brésil) qui, après s’être fait tirer dessus dans une chasse poursuite qui avait été filmée du sol, avait réussi a atterrir clandestinement à l’aéroport de Paranavai Edu Chaves, dans l’état de Parana, à environ 250 kilomètres de la frontière avec le Paraguay.  On le rappelle aussi,  le même appareil avait déjà été contrôlé par les douanes, mais au Paraguay, le 26 septembre 2012, retrouvé posé sur une route en pleine campagne, bourré d’appareils électroniques de contrebande.  J’avais déjà fait part ici du phénomène.  Et j’y reviendrai dans un prochain épisode, soyez-en sûr.

Le retour d’un avion… minimaliste

On n’en a pas encore terminé avec les surprises de vieux coucous recyclés par les trafiquants brésiliens.  Lors des diverses saisies dans les hangars, on remarque aussi un monomoteur, un long Embraer EMB-721C Sertanejo modèle de série 721022, photographié ici en décembre 2012 à Penapolis.  L’engin est visiblement en pleine réfection, avec son moteur enlevé et une large porte manquante côté gauche.  C’est en fait un avion accidenté… qui avait été retrouvé abandonné train rentré au milieu des champs de canne à sucre à Guariba, SP en février 2014.  L’avion était vide, mais fait étonnant, à bord « selon la police, il n’avait pas de système de communication installé »… et il ne disposait que du  seul siège du pilote ce que montre très bien le reportage de TV Globo du 2 février.  Bref, un transporteur idéal de grande quantité de drogue comme on en a déjà vu, mais ceux-là disposant au moins de la radio… un transporteur exclusivement de jour; donc, seulement (GPS enlevé, sans radio, il ne pouvait que circuler à vue, ou presque.).  Bien entendu, il avait été soupçonné d’avoir transporté… au moins 400 kilos de coke; mais rien n’avait été découvert à bord.  A mon sens, c’est la première fois qu’un appareil dépourvu du minium radio à bord était ainsi découvert :  si on regarde bien les images sidérantes du reportage télévisé à son propos, on s’aperçoit en effet que le tableau de bord de l’avion montre des trous béants à la place des équipements habituels !  Sidérant !!!

Pour confirmer cette absence d’instruments nécessaires, une présentatrice de TV s’était même faite filmer à bord (cf ci-dessus), montrant le dénuement incroyable derrière elle de la planche de bord de l’avion.  Plusieurs trous béants à la place des équipements étaient visibles en effet !  Jamais vu un avion aussi dépouillé servir pour le trafic de drogues ou la contrebande !  Comme quoi on continue à découvrir des pratiques inédites dans le genre (attention, l’hypothèse d’un retrait après l’atterrissage, celui d’une « récup » par des petits mains est aussi plausible… mais je pense qu’ils auraient démonté d’autres instruments au passage côté pilote !).  Son immatriculation (PT-EFL, qui pointait vers un vieil engin enregistré le 24 novembre 2006 dans le pays) amenait à une entreprise de Salto (SP).  L’avocat du propriétaire avait essayé d’expliquer maladroitement que l’avion était « tombé lors d’un vol de test » (depuis quand vide-t-on les sièges de l’avion en ce cas et que teste-t-on sans instruments ?)…  Visiblement, on s’apprêtait bien à lui faire refaire un autre voyage du même genre … sans radio, encore une fois ?  Peut-on faire mission plus « kamikaze » (ci-dessous l’avion amené dans un une casse montrant les dégâts importants sur son aile gauche) ?

En fait l’avion minimaliste posait une autre question fondamentale lors de sa seconde découverte : comment donc était-il passé des mains de la saisie douanière à celle, à nouveau, des trafiquants ???   Comment s’y était-on pris pour récupérer cette épave déjà bien démunie et bien abîmée pour tenter d’en faire un nouveau candidat à une nouvelle mission sans retour (et sans radio ni GPS si ces derniers n’ont pas été subtilisés une fois à terre) ???  Au Brésil, aurait-on affaire au même laxisme que dans les pays avoisinants ?  On découvrira cela après-demain, si vous le voulez bien, sur un air de Wagner, je crois bien …

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

Article précédent:
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