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Coke en stock (CLXVI) : la découverte et la chute des fournisseurs d’avions (1)

Je vous ai déjà dit ici-même que le trafic de cocaïne par avion avait en quelque sorte ses règles et ses principes.  Des petits Cessna pour El Chapo, voire des Beechcraft bimoteurs pour emporter davantage de cargaison poudreuse, des Gulfstream privés pour de riches consommateurs ou des Cessna Conquest II modifiés pour traverser l’Atlantique, ou même parfois des Boeing 727 cargo, ou des Antonov bi – ou quadrimoteurs-  pour transporter à la tonne.  L’éventail paraît au final restreint, les petits avions Cessna à aile haute représentant une très forte majorité.  Pour fournir ces appareils, il y a derrière des hommes… et des banques prêteuses d’argent ou collecteuses de billets sans trop en regarder la provenance.  Des lessiveuses à argent sale, telle Wachovia ou Wells Fargo, une banque qui est toujours dans la tourmente, d’ailleurs (1).  J’avais évoqué il y a quelque temps déjà (en février 2014) en détail un de ces fournisseurs, appelé Pedro Benavides Natera, allié à un banquier de la Casa de Cambio Puebla, Pedro Alatorre Damy, en fait le trésorier du cartel de Sinaloa.  Aujourd’hui, je vais vous parler de deux autres gros fournisseurs en avions de la coke :  un argentin et un bolivien, qui ont subi un sort différent l’un l’autre.  Puis nous en aborderons un troisième, que je réserve pour la fin de cette longue enquête.  Des descendants à leur façon de Amarillo Carillo Fuentes, qui lui, il est vrai faisait ça à l’aide de Caravelles françaises déclassées, comme vous le savez déjà (2).  Chez l’un d’entre eux, un pilote expérimenté aurait même trouvé une astuce supplémentaire pour effectuer des vols en passant sous la zone de détection des radars grâce à la remise au goût du jour d’un vieux dispositif bien connu des habitués et de ceux qui connaissent l’histoire de l’aviation.  Mais commençons d’abord par un bolivien qui est allé chercher loin, parfois, ses petits Cessna porteurs de coke…

 

Le bolivien discret qui achetait des hydravions en Alaska

On commence d’abord par le premier cas, déjà évoqué en partie ici-même, celui de Martin Rapozo Villavicencio, qui nous révèle une drôle de surprise, à vrai dire.  En 2015, suite à la longue enquête d’IDL-Reporters, un autre journal, Caretas, en cheville avec le premier, met en ligne un article intitulé  “Narcovuelos a la bolivian ».  En photo, on découvre un avion et son pilote, menottes aux poignets (ici à gauche) : l’avion est immatriculé CP-2652, il a été capturé près de Pichari en avril 2015, à Quisto Valle, et le pilote bolivien à ses côtés s’appelle Fernando Rubín de Celis (parfois présenté comme s’appelant « Fernando Rubi »).  A l’occasion de son arrestation, les péruviens avaient pu voir le chef de la police contre les stupéfiants de Mazamari, au Pérou, le commandant Jaime Pizarro venir devant les caméras montrer l’avion qui s’était en fait retrouvé embourbé dans une piste d’atterrissage clandestine.  Selon la police locale, « l’avion était en mission pour ramasser de la cocaïne dans les vallées des rivières Apurimac, Ene et Mantaro (connue comme étant le VRAEM, de la taille en superficie de l’Irlande), alors et toujours la première région productrice de cocaïne au monde ».  Il avait alors annoncé « que le copilote avait réussi à s’enfuir avec une sacoche d’argent »… l’article de presse parlant plutôt lui de la livraison… de 10 000 dollars aux militaires locaux pour qu’ils ignorent les atterrissages clandestins !!!  Juste avant, un autre avion, immatriculé CP-1657 (ancien Aerotaxi San Martin) avait été l’objet d’une opération de l’armée à Santa Teresa dans le district de Pichari (La Convención), nous apprenait le même article.  A l’occasion le pilote (Wilson Castañeda) avait reçu une balle et avait dû être hospitalisé.  C’est un fait que les avions boliviens ne cessent de s’arrêter en route au Pérou.  Depuis quelques années, le mouvement s’est renforcé.  Un véritable pont aérien, en fait. 

L’armée péruvienne était-elle complice ?

Comme pour le Venezuela, on découvre assez vite le fond du problème de tous ces tonnages de drogue non « attrapés  » :  il s’agit de corruption, celle de l’armée notamment. « Quelque 6000 soldats sont stationnés à plus de 30 bases dans la vallée, sous prétexte de combattre le « narcoterrorisme ».  Selon la loi, le travail consiste en la lutte antidrogue d’au moins 1 000 policiers anti-stupéfiants ici.  Mais la police compte sur les militaires pour le transport aérien et de nombreuses frictions ont eu lieu lors de missions conjointes de drogue avec des soldats.  Dans les documents et les témoignages obtenus par l’AP, les procureurs de la police et de la lutte contre la drogue ont mis en doute la fiabilité de l’armée.  L’un d’entre eux se rappelle une rencontre au cours de 2013 avec les responsables militaires qui avaient alors « pris leurs cartes, qui montraient les pistes d’atterrissage clandestines ici et là.  Ils ne nous avaient jamais informés de tout cela ».  Il y a eu aussi des soupçons de fuite de renseignements auprès des trafiquants.  Quatre procureurs anti-drogue se sont plaints à ce sujet en mai 2014 dans une lettre à leur patron qu’ Associated Press a obtenue.  Trois fois de suite ils ont partagé des informations avec l’armée sur quand et où les vols de drogue atterriraient, ont-ils dit.  Dans chaque cas, les avions n’ont jamais été vus.  La quatrième fois, ils ont gardé les renseignements pour eux et ont agi seuls avec la police.  Le pilote a été capturé, le copilote a été tué dans une fusillade et 357 kg de cocaïne et 5 500 dollars en espèces saisis. L’opération de mars 2014 a été la seule au cours des deux dernières années où les drogues, l’argent, l’avion et le pilote ont tous été placés en détention ».  L’article laissait clairement entrevoir une sorte de tri des actions à mener, ou plus exactement des actions à ne pas faire.  L’armée constatait, sur place, certes, mais elle n’empêchait pas le trafic en amont, alors que la police, qui souhaitait intervenir avait besoin d’elle et de ses moyens aériens, en aval, notamment grâce à ses hélicoptères Mi-8.  Dans un reportage de 2014, cette même armée est pourtant toute fière de montrer la destruction d’une piste clandestine à l’explosif.  En réalité, un bien petit caillou jeté dans une immense mare.  Le lendemain même la piste était rebouchée, dès le départ des militaires… qui savaient qu’elle le serait.  Le pouvoir péruvien donnait alors des coups d’épée dans l’eau.  Le reportage commence par la vision d’appareils saisis (cf les deux clichés montrés, seuls deux avions apparaissent).  L’un des deux avions avait été déjà montré auparavant à la presse.  L’appareil au nez noir est très certainement celui récupéré au bord du fleuve en juin 2014 à Mayapo, train principal cassé, ou roue gauche perdue en tout cas (c’est dans le district de Llochegua, province de Huanta, en Ayacucho); il était immatriculé CP-2776 (il est ici à gauche.  La carte complète visible à droite est visible ici).  Les petits futés remarqueront également un détail précis, sur cet appareil couché sur les cailloux aux bords du fleuve.  Mais je vous laisse le découvrir sur la photo ci-contre, puisqu’on en parlera beaucoup plus sur l’épisode suivant… je vous aide un petit peu :  le Cessna CP-2704 (l’avion ne figure pas dans la base officielle de la DGAC), pris à Puerto Ene, près de Río Tambo, toujours dans la province de Satipo, avec 250 kilos de chlorhydrate de cocaïne à bord, arborait lui aussi la même particularité visible (il faut être attentif, je vous l’avoue, pour le remarquer) :

Un seul propriétaire pour tous, ou presque

Je l’ai aussi écrit ici, déjà: au Pérou la vague d’avions boliviens posés emportant de la coke s’est transformée en peu de temps en véritable invasion.  D’où l’intérêt porté par des reporters sur leur origine.  Suite à une longue enquête sur plusieurs accidents d’avions impliqués dans le  trafic de drogue au Pérou, les journalistes avaient en effet découvert avec surprise qu’ils appartenaient tous à un seul propriétaire, ou presque :  le bolivien Martín Rapozo Villavicencio, qui avait exporté pas moins de 30 avions des États-Unis vers la Bolivie en quelques années seulement.  Ils citent l’avion CP-2812 par exemple, qui s’était écrasé en novembre 2014 dans le district de la Constitution, à Oxapampa (au Pérou).  « L’avion, immatriculé aux États-Unis N9497R, un Cessna U206 de 1986 (ici  à droite) qui a été exporté en Bolivie en septembre 2013 par Rapozo Export, une entreprise ayant la même adresse que la maison de Rapozo à Tarpon Springs, en Floride » indique Caretas.  Mis aux enchères, l’avion avait été emporté à 78 000 dollars seulement le 5 avril 2013 à 08:16:03 AM CT exactement :  notre homme était un lève-tôt !!!  La vente émanait de « GSA Auctions« , autrement dit un organisme lié au gouvernement US et chargé de revendre des avions… saisis.  L’appareil avait donc déjà été mêlé à un trafic préalable ou à une malversation financière  !!!  L’avion, en piteux état, était visible à… Anchorage, sous la responsabilité de Daryl Carson de l’Office of Aviation Services, disponible « avec quelques éléments d’avionique manquants »... indiquait avec euphémisme l’annonce, depuis rendue indisponible sur le site (sa photo est ici à droite).  L’acheteur ne se souciait pas vraiment de l’état général de l’avion, intéressé au premier chef par son prix semble-t-il.  Le dépôt où il végétait jouxte l’aéroport Ted Stevens à Anchorage.  Un endroit où l’on vend des hydravions; comme on peut le voir devant le hangar d’Alaska Aircraft Sales qui jouxte celui du gouvernement (ici à en haut gauche en tête de chapitre)… !  Martín Rapozo Villavicencio allait donc les chercher loin, ses avions boliviens (chez les eskimos !).  Au pays des hydravions, fort utilisés pour le tourisme local !  Il a même d’ailleurs acheté… un hydravion, redevenu « terrestre » juste avant d’être revendu, c’est le gag inattendu qui débute en effet cette histoire.  Le N1779, ex Regal Air, un Cessna U206G U206-04379 d’Anchorage visible ici à gauche en train d’amerrir, a en effet été acheté chez Lauriault Aviation Aircraft Sales par Rapozo, comme l’indique une plainte officielle des douanes boliviennes pour laquelle il avait déclaré une valeur bien inférieure à celle de l’achat (en prime, l’homme ne déclarait même pas la valeur réelle de ce qu’il achetait au fisc de son pays !).  Le tarif auquel il avait négocié l’ex hydravion laisse aussi pantois :  le 17 janvier 2014, il l’avait fait expédier en Bolivie en déclarant une valeur de … 20 000 dollars seulement !!!

Chez la gestion des transports Panjiva, (une superbe mine d’informations !) une excellente soupe d’informations pour qui sait la débusquer, on avait bien noté la commande du 29 octobre 2013 de Rapozo qui en fait avait été double.

En plus de l’hydravion N1779R, Rapozo avait en effet demandé dans le même envoi un avion immatriculé N4865F de 1966 un Cessna U206A Super Skywagon, numéro de série U206-0565, provenant de la ville de Red Devil… située en Alaska !!!  Un autre gestionnaire nous révélant le poids de l’envoi, 748 kg, à savoir un avion démuni de bloc moteur, Rapozo en achetant deux dans la foulée.  Le plus sidérant étant le prix :  dans le bon de commande déniché ci-dessous, est indiquée la valeur de 22 000 euros seulement pour la carcasse de cet avion précis :

Rapozo ira plus loin encore en achetant pour lui-même des containers, dont on retrouve également la trace, quand on cherche bien. Ainsi pour la date du 25 juillet 2014, ou il se rend ici, au bord d’une route d’Anchorage, en Alaska, pour prendre possession de sa commande :
l’endroit n’a rien de bucolique en effet, c’est une petite boîte installée dans une petite maison carrée de bois qui sert de siège à la société « Alaska Container Cache LLC», qui vend ou loue des containers.  Une société dégotée très certainement sur FaceBook, où elle tient un site plutôt minimaliste.  Le container de 40 pieds lui coûtant alors 4600 dollars, destiné à être expédié au Chili, selon la route maritime habituelle.  Le 22 avril il en avait déjà commandé un autre, le nonu549528-6 pour 4000 dollars cette fois-là, toujours expédié au Chili.  Ce serait, semble-t-il, un container plus petit, destiné au stockage, plutôt.  Ou l’enveloppe parfaite pour expédier des moteurs d’avions, Rapozo ayant aussi laissé la trace de plusieurs d’entre eux.  Ainsi que l’achat d’un « fuselage » de Cessna, preuve qu’il recherchait davantage les épaves que les appareils en parfait état de marche !

L’envoi étant réalisé par bateau, sur un porte-container MSC-Mediterranean Shipping Company S A, à savoir le Bellavia de 53 807 tonnes et 294 m de long.  Le navire devant d’abord remonter le container avec les deux avions vers Vancouver, de là il repartait vers le Chili.  Nous aurons à reparler de cet appareil un peu plus loin.  Son Cessna « terrestre » ex N9497, acheté lui aussi en Alaska, se promenait en janvier 2015 encore sur l’aéroport de Trinidad dans le département amazonien de Beni, comme on peut le voir ici (dans le cadre jaune) aux côtés de ses confrères, les Cessna 150M Commuter II CP-2627 (cn 150-77659 appartenant à Liders Arce Coimbra), le Cessna R172K CP-1781, le Cessna 201A CP-2703 appartenant à Carmelo Orellana Ruiz… et le Cessna 182C CP-2179 (N°182-52497) de… Loredo Armidio Villavicencio, propriétaire d’une société de taxi aérien :

Une drôle de famille

Le fameux Laredo était revenu aux affaires, semble-t-il, avec une belle casserole familiale :  en 1998, déjà, il a avait en effet été impliqué dans un trafic aérien de drogue  sur la piste même de l’Aéroport de San Ramón (Pérou), avec… un Cessna, immatriculé  CP-1816, en cheville avec le trio d’une bande de trafiquants brésiliens :  Edwin Douglas Limalobo Dorado (Cholo) et son frère Oscar Eduardo Limalobo Dorado (Borola), ainsi que Richard Ruiz Rojas.  Le pilote étant un dénommé Rubén Villavicencio Villavicencio…  Décidément ! Un autre avion, le CP-2122, étant lui aussi en cause, piloté par Elvis Canido Dann.  Un plus gros appareil en fait, car c’est un Cessna 207 Skywagon (ici à droite, regardez bien ce qu’il arbore près de sa porte…).  Les réquisitions à l’époque avaient évoqué de un à huit années de prison contre les trafiquants.  En 2008, le même pilote, Rubén Villavicencio Villavicencio, avait été pris à trafiquer sur l’aéroport d’Ascensión de Guarayos.  Il travaillait alors pour le paraguayen Carlos Antonio Caballero alias « Capilo », le plus grand trafiquant Brésilien (il a été extradé récemment au Brésil, en février 2017).  Il y en avait alors pour 200 kilos de coke en 184 paquets, dissimulés dans un Cessna immatriculé CP-1854 (ici à gauche).  Ruben avait été blessé par des tirs de la police lors de son arrestation.  L’avion de 1998 allait faire reparler de lui, des agents de la FELCN le 22 juin 2011 l’ayant bloqué à de San Ignacio de Velasco pour… suspicion de trafic de drogue !  A noter qu’en 2012 le Cessna 182 figurant à Trinidad, le CP-2179 (N°182-52497) avait fait l’objet d’une sanction officielle remontant à 2009 déjà.  C’est à la fois cocasse et désolant, car ce jour-là, le 29 juillet 2009, la tour de contrôle d’Aasana Trinidad, avait vainement cherché à prendre contact après le décollage avec le  Cessna C182 CP-2179.  Ce n’est qu’en ayant retrouvé l’avion par le téléphone portable du pilote que le responsable avait appris qu’il avait fait un atterrissage d’urgence à environ 7 minutes de vol de Trinidad, sur la piste de « la station Montevideo, » le pilote et les passagers étant indemnes et l’avion n’ayant pas eu de dégâts.  Une fois rendu sur place, l’inspecteur aéronautique avait découvert avec stupéfaction que l’avion avait emporté 5 passagers pour 4 places, le siège arrière approprié ayant été retiré pour faire place à un bricolage en bois «  de fabrication rustique » selon son rapport… !!!  Le folklore local, sans doute… pour un avion qui ne se servait donc pas souvent de ses places assises arrière (et faisait quoi sans ???).

La drogue, déjà

En  2014, la société de Loredo avait fait reparler d’elle, une nouvelle fois, avec un autre appareil, le Cessna 206, CP-1660, datant de 1981 (le second à partir de la droite sur la photo de Trinidad). L’avion avait subitement disparu pendant une semaine, emmené par un  pilote brésilien identifié comme étant Moïse Dos Santos Coinete, qui avait été arrêté à Capitan Bado, accusé d’avoir « emprunté » l’aéronef exploité comme avion-taxi.  L’avion avait été retrouvé à Ype-Jhu, dans le département de Canindeyú, à la frontière avec le département d’Amambay.  On ne sait à quoi il avait alors servi.  Le Cessna T210N Turbo Centurion arborant comme code CP-2518 (N°210-64384, photographié ici en 2009 à Trinidad (en Bolivie) sur l’aéroport Jorge Henrich Arauz (TDD / SLTR), Bolivia) sera lui saisi sur une base de trafiquants… dans lequel on découvrira 1,6 tonne de cocaïne, 9 radios portatives, des armes et des véhicules.   L’avion était en train d’être approvisionné avec 1 324 paquets de drogue lors de sa saisie.  L’appareil avait été effectivement photographié dans la propriété d’un trafiquant (l’avion est ici à gauche) :  dans l’article de presse annonçant sa saisie, on avait cité le nombre de 24 avions dédiés au trafic ayant été interceptés et confisqués.  Or l’avion cité appartenait bien à Martín Rapozo Villavicencio !  De façon assez surprenante, on annoncera en octobre 2015 d’autres arrestations de la même veine, en affichant cette fois un Cessna type T arborant l’immatriculation CP-2514, mais montrant la même décoration que le précédent (ici à droite).  Un avion montrant aussi un autre détail saisissant que je vous laisse découvrir… (c’est le même dispositif que sur le CP-2122 du chapitre précédent).  Le même appareil avait été filmé en train de voler très bas et de façon fort dangereuse à San Borja  (Beni).  Une « spécialité régionale », en quelque sorte, qui avait vu en 2012 le crash du modèle de type G immatriculé CP-2175 (U20605301, ex N5462U de 1998), enregistré à Trinidad comme base, et qui avait impacté un arbre et s’était écrasé sur une maison, tuant deux personnes sur place en plus du pilote.  La scène avait eu lieu exactement à San Joaquin, dans la province de Beni, lors d’un « show aérien » local.  Ici le compte-rendu de la DGAC sur le crash.  Une catastrophe de plus pour renforcer l’idée que, parmi ces (jeunes) pilotes, il y a aussi pas mal de têtes brûlées qui volent avec l’inconscience la plus totale. Le pilote de l’avion, dont la chute avait été filmée, avait mal estimé la perte de portance due à l’inclinaison de son appareil…  Si la DGAC avait minimisé les raisons, en évoquant une autopsie n’ayant rien révélé pouvant expliquer la chute, beaucoup sur place avaient évoqué une forte consommation d’alcool chez le pilote d’un appareil encore en très bon état (visible ici à gauche, on distingue sur le bord d’attaque de son aile des créateurs de tourbillons – vortex- apposés comme ceux ici).  On ne distinguera que l’extrémité de sa queue rouge et blanche sortir du toit de la maison heurtée :  il avait terminé sa trajectoire sur le dos !  A noter que pas mal de pilotes versés dans le trafic de coke sortaient du Beni Ailes Flight Training, un centre de formation de Trinidad, capitale du Beni. 

 

L’infortuné pilote de l’avion s’appelait Bilbao Roman Mayube.  Or, effectivement, c’était aussi un trafiquant :  « Mayube avait été emprisonné en mars 2009, après l’atterrissage sur une piste clandestine à Pajoso entre Villa Montes et Yacuiba, avec un avion chargé de 375 kilos de cocaïne d’une grande pureté qui devait être « bombardée » dans l’est de Salta.  Le pilote avait déjà été condamné pour trafic de drogue en 1984 et 1994 et c’était un fugitif.  Bien qu’il ait été jugé et emprisonné à Palmasola pendant deux ans, Mayube était retourné aux aéronefs pour piloter à San Joaquin.  L’avion que la Force spéciale contre le trafic de drogues (FELCN) de Bolivie avait saisi en mars 2009 était le même Cessna 206 que la police avait donc de nouveau saisi le 9 juin dernier à Salta Forrestal. » et cet avion, c’était le CP-2558″… (ici à droite, on en reparlera un peu plus loin si vous le le voulez bien, mais auparavant regardez ce qu’il a apposé sur son flanc gauche juste devant la porte…).

Son instructeur était aussi un trafiquant !

Si Roman Mayube avait sombré dans le trafic de coke, c’est qu’il avait été à la bonne école comme je l’avais déjà dit ici-même:  « Erick Mendez Donoso Osman l’un des instructeurs les plus expérimentés de les aéroclubs de Santa Cruz de la Sierra, a connu une fin tragique dans la province de Salta (en Argentine) il y a huit mois.  C’était l’un des pilotes qui s’était écrasé dans un avion de trafiquants, le 19 novembre 2014, après avoir jeté des balles de 250 kilos de cocaïne dans un champ de la San Severo.  Mendez Donoso avait travaillé à Petrobras et pour les ministères de la Bolivie jusqu’au 23 septembre 2011, quand il a été condamné dans une affaire de fraude et de racket.  Il avait fait appel de la sentence après qu’un tribunal ait confirmé la décision le 5 novembre 2012 et l’avait envoyé pour trois ans en prison à Santa Cruz.  La peine devait se terminer en novembre 2015, mais le pilote chevronné est mort un an plus tôt à Salta.   Avant de percuter le sol près de la ferme de San Severo le 19 novembre 2014, avec 250 kilos de cocaïne, l’avion que pilotait Erick Mendez Osman Donoso avait déjà fait deux autres vols vers le site de l’accident, l’un le 8 août de la même année et l’autre quelques jours plus tard. »  A gauche ci-dessus les restes boyés de l’avion d’Oman Donoso.  Les vols partis de la Bolivie perdureront, et continuent toujours comme on va le voir, avec quatre ans plus tard par exemple celui du Cessna 210L N421SP de Signature Aircraft INC (de Wilmington, autrement dit une société paravent, figurant ici à droite), intercepté au dessus de l’Argentine le 15 juillet 2014. 
Retenons le nom de Signature, car on risque fort d’en reparler, je pense, très bientôt ici-même. Deux « Pampas » partis de Posadas l’avaient en effet identifié avant qu’il ne largue 154 kilogrammes de cocaïne près de Paso de los Libres.  On avait retrouvé ses vestiges 30 jours plus tard à São Tomé, avec dedans encore ses deux pilotes morts (ici à droite les vestiges de l’avion, qui avait subi un impact très violent à voir l’état des tôles).  Signature Aircraft, nous serons aussi amenés à en reparler, en effet, avec ces petits Beechcraft Bonanza 36, tel ce N914CR aperçu ici dans l’Atlanta en 2010 et ses Beech Baron … le N914CR sera plus tard revendu pour pièces détachées après s’être planté en Floride semble-t-il.  Les plus affûtés question trafics constatant au passage que la société chargée de le revendre s’appelait Quality Aircraft Salvage, installée à Groveland, en Floride (au site internet plus que succinct) et dirigée par Don Huntington, expert en la matière. 

 

 

Le même, 6 ans  plus tard ? Ou un autre ?

L’avion avec lequel Bilbao Roman Mayube avait amené 375 kilos de coke en terre Argentine le 12 mai 2009 était immatriculé CP-2558 :  j’avais aussi évoqué son cas, car il allait montrer 6 ans après son apparition la technique employée par les narco boliviens pour leurrer leur monde.  Celle de proposer de fausses immatriculations… reposant sur de vraies, (et parfois pas, faute de temps pour préparer les appareils, car ils répondent en fait souvent à la demande, comme toute entreprise commerciale !) , en repeignant entièrement les avions.  Le cas du Cp-2558, présenté sous deux livrées totalement différentes étant en ce sens pendable.  Pas sûr bien entendu que ce soit le même appareil, en tout cas, pour ce cas précis-là, c’était bien un modèle similaire, mais peint de manière totalement différente, sur des critères plus modernes, des schémas plus simplifiés ou moins torturés, le « second » CP-2558 ressemblant alors beaucoup à des avions existants plus récents).  Les trafiquants, en quelques années, comme j’ai déjà pu aussi le dire ici, se sont offerts un ou plusieurs ateliers de peinture fort efficaces, sans aucun doute.  Voire plusieurs, en effet, étant donné les revenus faramineux des avions et de ce qu’ils transportent. Voire passer commande à des ateliers existants de Floride… mais c’est plus rare, car le but, et le seul les 3/4 du temps, est de se servir de l’appareil une seule fois et de le détruire après usage, quand ce n’est pas la police ou l’armée qui le fait à leur place, faute de pouvoir faire redécoller l’engin saisi.  Les trafiquants boliviens, à l’instar de ce que font les vénézuéliens, ont inventé en quelque sorte l’avion jetable, qui finit souvent en paillote allumée sur place par un briquet après son atterrissage.

Un Rapozo pas très exigeant sur la qualité de ce qu’il achetait

L’un des avions acheté par Rapozo est également le Cessna N52581, un Cessna 182P de 1973; n° de série 18262687 rebaptisé CP-2557 chez lui.  Lorsqu’il en hérite, l’appareil a en fait déjà subi un sérieux accident qui aurait dû l’envoyer à la casse.  Le 14 août 2007, en effet le Cessna 182P, N52581, avait effectué un atterrissage forcé à l’approche de la piste 11 de l’aéroport municipal de Nampa, dans l’Idaho.  Le pilote privé et son passager n’avaient pas été blessés, mais l’avion, dont le pilote est le propriétaire est l’exploitant, « avait subi des dommages importants » dit le rapport de l’époque.  « Comme il n’avait pu atteindre la piste », note le rapport d’accident, « le pilote avait atterri comme il l’avait pu dans un champ dégagé à l’approche de l’extrémité de la piste après avoir constaté une perte de puissance du moteur.  L’avion avait alors heurté une berme de terre et avait subi des dommages importants.  Une inspection effectuée après l’accident a révélé qu’une partie importante de la gorge du carburateur était obstruée par des bandes de peinture qui s’étaient arrachées du canal d’admission d’air à l’arrière du filtre à air.  Il a été déterminé que l’avion avait été repeint environ quatre mois avant l’accident, et une inspection du chenal d’entrée d’air a révélé d’autres grandes surfaces de peinture partiellement scellées.  Selon le fabricant de l’avion, la surface du canal d’entrée n’est pas peinte pendant le processus de fabrication et ne devrait pas être peinte lorsque de la nouvelle peinture devait être appliquée sur la structure de la cellule ».  Bref c’est un avion sacrément endommagé, qui aurait dû partir à la casse, qui avait été racheté par notre trafiquant !  Un appareil dont la nouvelle peinture avait failli le tuer !!!  Sous une énième nouvelle couche de peinture bleue et blanche, en tout cas, il avait pu faire encore illusion semble-t-il, à le voir ici à droite en photo en 2009.  L’engin n’aurait en fait jamais dû revoler, en réalité !  La dangerosité des avions achetés par Rapozo, je l’avais déjà évoquée :  « Le 13 février de cette année (2015), les forces de sécurité publique auraient découvert les restes d’un avion écrasé dans les forêts de Pichari.  Le numéro de série sur le moteur de l’avion était encore identifiable, et lié à un avion acheté par une entreprise d’ Opa-Locka, en Floride, et exporté- vers « Rapozo Export » à Santa Cruz, en Bolivie.  Sur les trente avions achetés par Rapozo aux États-Unis (où il a une résidence à Tarpon Spring, en Floride) et exportés vers la Bolivie, les dossiers des forces de sécurité ont compté le CP-2859, capturé en juillet 2014; le CP-2721, capturé en 2012, tandis que le CP-2812 s’était écrasé juste trois jours après le CP-2890 en novembre 2014.  En termes de sécurité aérienne, le trafiquant bolivien Rapozo et d’autres transporteurs ont fabriqué les lignes de bus les plus mortelles de Lima question sécurité.  Presque tous ces avions sont achetés vers la fin de leur capacité de voler.  Chaque pont aérien de vol représente un profit pour les trafiquants de drogue, mais le mépris pour la vie des pilotes. »

Un masquage constant, un imbroglio entretenu

En 2015, lorsqu’on commence un peu partout de répondre plus ou moins aux sollicitations de la justice en inspectant ces hangars, on prend la photo d’un Cessna immatriculé CP-2860 (ci-contre ici à droite).  L’avion semble avoir été repeint récemment, en tons de noir et d’or, suivant un schéma de design connu déjà aperçu sur d’autres modèles (notamment celle du Cp-2558 première version apparu auparavant dans ce texte).  Une rapide vérification des registres de la DGAC de Bolivie indique que c’est le Cessna 206 numéro de série U20601523, datant de 1970, déclaré appartenant à un dénommé Yermy Pastor David Andres.  Or c’est un modèle 207, plus grand et plus long que les précédents.  Son numéro de série pointe vers tout autre chose.  L’avion est à nouveau alaskan, il appartenait jusqu’au 20 février 2014 à une entreprise de construction de Bethel en Alaska, détenue par Obrien Kairaivak, qui a donné son nom à la société chargée notamment d’entretenir les routes, là-bas. Cet avion a bien été vendu par Obrien Kairaivak Inc, comme en atteste un bulletin d’envoi de transport de l’avion enregistré chez Panjira, l’appareil étant alors le N9123M.  Une évaluation du coût du contenu du container est affichée à 80 000 dollars, indiquant à quel prix l’avion a été acquis.  Non par par un quelconque « Yermy Pastor », mais bien par un dénommé José Rodolfo Iriarte Villavicencio, cité comme importateur, dont on peut supposer des liens avec notre fameux Rapozo Villavicencio.  On retrouve ici l’engin, en Alaska, devant un hangar, arborant le nom d’une compagnie de transport alaskane de renom, appelée Grant Aviation.  L’appareil paraissant déjà bien fatigué.

L’avion fera partie le 5 février 2016 d’une gigantesque purge officielle portant sur plus de 100 avions inscrits sur la base de Santa Cruz soupçonnés d’avoir des registres trafiqués.  La DGAC prononçant alors la révocation de leur certificat d’inscription.  132 appareils exactement avaient été cités.  Au sujet du N9123M, nulle indication d’accident à son sujet ayant pu faire baisser ainsi son prix de vente.  On peut admirer ici les conditions climatiques à Bethel, d’où provenait l’avion… L’appareil avait servi à tester le service de sécurité Capstone (il est cité à la page 122 du rapport) dans la région, trop propice aux accidents.

Un drôle d’acheteur, en fait

Le sieur Rapozo n’a pas acheté tous ses avions en Alaska.  Le 25 juillet 2012, il obtient le nouveau certificat de vol d’un autre Cessna modèle Turbo Centurion T210L cette fois (N°21059696).  L’engin appartient à Ivan Financial Services Inc et il est alors immatriculé N196Q (ici à droite).  Il devient le CP-2751, qui a comme propriétaire officiel un dénommé « Ronny Sanguino Saucedo« .  En réalité il l’a enregistré au départ à son nom et à son adresse de Floride, à Tarpon  Springs et c’est un homme de paille qui en a hérité, à l’évidence.  L’engin vient du milieu perdu des Etats-Unis, au fin fond de l’Idaho, cette fois.  Il avait été photographié en effet dans un hangar de Driggs, un minuscule ville de seulement 1650 habitants de la Teton Valley, à croire que Rapozo a toujours tenu à acheter soit des avions en mauvais état, soit des avions provenant uniquement de petites villes. Soit à rester le plus discret possible, une volonté qui apparaît pratiquement à chaque achat d’avion… ou bien qu’il cherche avant tout à acheter au moindre prix, son autre obsession : ce T210L de 1972 avait été annoncé à la vente à 91 000 dollars seulement (il vaut habituellement le double d’occasion, aujourd’hui encore comme ici pour ce C-GGMG ex N59054 (21060054).  Point de similitude avec l’Alaska, comme on s’y ennuie ferme l’hiver, à Driggs, on y organise un concours de sculpture sur neige.  Comme en Alaska, on y vient aussi pour pêcher et chasser.  Rapozo y était venu chasser le Cessna !

L’avion de Bob n’a pas servi longtemps

Début 2012, le N2503X, un beau Cessna 206 appartenant à Bob Linn est à vendre; c’est à Clovis, cette fois, au Nouveau Mexique, et non plus en Alaska, mais à l’autre bout du pays.  Prix annoncé : 105 000 dollars.  Martín Rapozo en devient le propriétaire le 21 avril 2012 et l’immatricule aussitôt CP-2721.  Dès le mois de septembre de la même année, le 17 septembre 2012, à Oxapampa, l’avion se fait capturer.  A bord on a découvert 350 kilos de cocaïne sous forme liquide, sous forme hydrochloride.  Le 3 mai auparavant, l’avion s’était déjà envolé de Miami… direction la Great Exhuma Island; aux Bahamas.  On remarque que Martín Rapozo ne s’embarrassait pas trop de faire repeindre ses appareils (le précédent exemple étant une exception):  celui capturé présente exactement la même livrée que l’original, seules les lettres d’immatriculation ont changé.  Il a même gardé ses protège-roues aérodynamiques pour atterrir sur des pistes de terre, ce qui n’est pas vraiment recommandé !  Mais comme ces engins ne sont destinés la plupart du temps qu’à ne servir qu’une seule fois… comme vous le savez désormais !

Quand toute la famille s’y mettait

Une autre scène encore est à apporter au registre de notre trafiquant.  Pour cela on se projette le 22 août 2015, au Pérou, direction les vallées de l’Apurimac et de l’Eune (zone du VRAE).  Deux hélicoptères MIL en patrouille viennent d’apercevoir un avion bolivien, ou plutôt ce qu’il en reste.  Il était immatriculé CP-2838.  Aperçu ici à El Trompillo en Bolivie le 22 janvier 2015.  « Tombé à Vilcabamba et chargé avec de la cocaïne, son pilote avait survécu à l’accident et avait réussi à communiquer par téléphone satellite avec la Bolivie, au propriétaire de la coke… qui lui avait envoyé un autre avion pour la transporter, alors que deux groupes d’indigènes de Llochegua étaient partis pour secourir le conducteur et la charge « . Ce sont eux qui auraient vidé l’avion, « peu de temps avant l’arrivée du contingent de police ».  Le CP-2838 avait en fait été exporté en Bolivie en 2013 par… Martin Rapozo.  En Bolivie, il a été enregistré au nom de Sandra Datzer Rodriguez, la femme de Fernando Rapozo, le frère de Martin !  Et lui aussi provenait… d’Anchorage, acheté à Ace Flyers Inc, cette fois !!!  Encore un avion du pays des eskimos !  A noter que Ace Flyers s’appelle aussi Jayhawk Air et est installé à Merrill Field.

On prend les mêmes…

Le principe une fois retenu, ça laisse entrevoir plein d’autres possibilités.  Car le principe semble ne jamais avoir de fin.  Le nombre d’avions et le tonnage de coke augmente chaque semaine  sinon chaque jour.  En juillet 2017, au Paraguay, le ministre  Carlos Romero, le commandant général de la Police, le colonel Abel de la Barra et le directeur national de la Felcn, le colonel Santiago Delgadillo, se rendent en grande pompe à la Quinta Brigada Aérea de Trinidad, pour y saluer une énorme prise :  une tonne de coke, pas moins, étalée dans les jardins de la résidence, pour marquer les esprits et faire venir la presse.  « Nous avons trouvé une grande quantité de drogue dans les paquets de briques qui, au total font une tonne, dont environ 60% des cocaïne pure (chlorhydrate de cocaïne), et 40% à base de cocaïne, ce qui a évaluation approximative de 10 millions, en tenant compte du prix du marché brésilien « , a déclaré le ministre du gouvernement Carlos Romero, qui est arrivé à Trinidad accompagné du commandant général de la police bolivienne, le général Abel de la Barra et directeur national le colonel de la FELCN. Santiago Delgadillo »...  Un laboratoire de transformation de la coke et un avion ont également été saisis.  L’appareil est le CP-2902 (U20602810) appartement officiellement au dénommé Modesto Ledezma Novillo.  On ignore s’il s’agît d’un prête-nom, ou si c’est bien son avion (7), mais l’appareil, un Cessna 206F, retrouvé intact sur une piste bien préparée, comme par hasard, a été acheté au… Canada.  C’était en effet auparavant le C-GXAJ, il était basé au Kamloops Airport, en Colombie Britannique, au nord-est de Vancouver chez Westair Aviation Inc.  L’Alaska n’est pas très loin… lui aussi a eu droit à son expédition via Panjiva, le 4 août 2014… importé par un dénommé Jared Esdras Ortiz Mancilla, qui l’avait fait passer lui aussi par le Chili.  Un appareil qui aurait été acheté 146 109 dollars et dont le transport aurait été assuré par Marly Rosio Anzaldo Cabrera.  Un personnage intéressant, ce Mancilla, car le nom de la compagnie de son partenaire est Rodrigo Valenzuela, une société… argentine.

Retour en Bolivie

Le même Jared Esdras Ortiz Mancilla, complétant ses achats par des pièces détachées d’avions achetés chez Texas Air Salvage le 19 octobre 2015 avec l’investissement dans des « tapas de combustible » à un peu plus de 1100 dollars. Il ne désirait pas se faire voler son carburant, celui-là…  Le même « Jared » possédant en son nom un autre (vieil) appareil : un Piper PA-34-200 (N°34-7250060) immatriculé CP-1487, vu ici à Santa-Cruz – El Trumpillo en 2008, repeint visiblement à la louche.  L’avion étant l’ex N1069U (à ne pas confondre avec un Bonanza immatriculé de la même façon), exporté en Bolivie dès le 12 mars 1979.  En août 2006, on l’avait vu dépourvu de ses moteurs, toujours au même endroit, annoncé de retour bientôt chez Sky Team Bolivia, une société dirigée, oh surprise…  par Jared Ortiz Mancilla !!!  (ici une présentation vidéo de l’entreprise).  Car l’importateur dirige aussi une école de vol en Bolivie !  En 2012, un des ces Cessna 152 (le CP-2269), décoré comme un requin, s’était planté sur un terrain abandonné dans le quartier du Bicentenario, pas très loin de l’aéroport photo ici à droite signée El Deber). Tout cela n’est pas bon signe, tant on sait que ces écoles sont des viviers à pilotes kamikazes du trafic de drogue, comme je vous l’ai déjà expliqué ici même il y a quelques mois maintenant…. avec un exemple saisissant : « chez Sky Team, a été formé Carlos Ernesto Torrico Ortiz, 18 ans, l’un des pilotes boliviens qui a été arrêté 9 juin dernier à ans le Salta Forrestal. Joaquin V. Gonzalez (alias « Anta »), pris avec quatre kilos de cocaïne, après l’atterrissage de son Cessna, un avion immatriculé en Bolivie »… vous avais-je dit.  Le bon vieux Piper de 1972 amené par bateau de Hielah en Floride, l’ancien avion de B & R Flying  Inc et d’Harold Johns, une fois repeint avec un schéma plus récent pouvait bien tenter de faire illusion sur le net pour présenter l’école de formation ou auprès de ses jeunes recrues  (cf ici à droite), des jeunes gens que l’on retrouvera même à poser devant à l’occasion de la remise des diplômes (ici à droite)… c’était bien sur cette photo le N34-7250060; devenue la figure de proue de l’entreprise, une fois passé par l’atelier de peinture masquant son âge canonique.  Bien que notre directeur d’école a aussi racheté un autre Piper, pas vraiment plus récent.  Le CP-2643, N°34-7770223, ex N3281Q datant de 1977, acheté dès le 15 septembre 2009 à Sky Manor Aircraft Sales LLC, un énième obscur Trustee du Delaware mais aussi derrière lequel se cache un site de vente bien réel dans le New Jersey à Pittstown, dirigé par Robert Argile qui est pilote en même temps chez JFI JETs (devenu Alerion Aviation fin 2017 et installé à Tampa en Floride).  Repeint dès son arrivée mais pas aux standards actuels, mais déjà bien amélioré, il faut le reconnaître, notre Piper avait meilleure allure que le premier, extérieurement.  A en laisser croire que les Boliviens pratiquent plus le pinceau que la clé de douze !  Mais Sky Manor Sales se présentant comme « buying, selling, and refurbishing aircrafts », sur le site du vendeur, on peut s’apercevoir que le schéma de peinture choisi lui est propre, à quelques détails près :  l’avion avait donc été repeint avant de quitter les USA !  Les boliviens, à l’évidence, ne sont pas les seuls responsables de cette tourmente  d’avions achetés, repeints et envoyés au casse-pipe !

Demain, ainsi que dans les semaines à venir, nous avancerons davantage encore sur le dossier de ces fournisseurs d’avions destinés au transport de cocaïne.  Il va réserver bien des  surprises…  et nous emmener bien loin comme vous pourrez le constater pendant plusieurs semaines… vu l’épaisseur du dossier qui nous attend !

(1) la célèbre banque est noyée dans le scandale de faux comptes : on vient d’en trouver 1,4 million de plus, ce qui fait un total de 3,5 millions.  Elle avait imposé auparavant une assurance à 800 000 clients sans leur demander leur avis.  C’est Wells Fargo qui avait, on le rappelle, racheté Wachovia, qui avait dû payer une énorme idemnité à l’Etat américain (160 millions de dollars !) pour blanchiment d’argent. C’est via Wachovia que Viktor Bout avait tenté d’acheter deux DC-8 pour emporter des tonnes de coke vers l’Afrique de l’Ouest.  « Wachovia a admis qu’il n’a pas vérifié la provenance de fonds illicites dans le traitement de 378,4 milliards de dollars en monnaie d’échange mexicaine de 2004 à 2007 » avait-on pu lire dans le jugement ».  La plupart des dépôts ayant été fait en numéraire, et beaucoup à coup de 10 000 dollars, la limite pour éviter la dénonciation fédérale imposée pour repérer le blanchiment !

(2) lire ici par exemple

Coke en stock (CVIII) : EAS, toute une histoire …

On notera le cas de la Caravelle 10-B3 N°189, immatriculée F-BJTU, dans lequel était apparu un certain… Alain Castany, « habitant dans le XVIeme »… oui, le même qui a été un temps en prison à Punta Cana, comme « passager » déguisé en commandant de bord lors de l’arrestation des larrons.  Il a depuis été rapatrié en France, l’été dernier, pour raisons de santé…  Il pourra y attendre son procès, prévu en correctionnelle pour cette année, si tout se passe bien.  Lui n’avait pas bénéficié de l’aide d’un certain Naudin... lui aussi rapatrié.  A ce jour, seul Nicolas Pisapia est le dindon de la farce resté sur place… pour 20 ans !

(3) on en a eu déjà une petite idée au Honduras, récemment, avec un refurbishing plutôt réussi de Beechcraft; à quelques erreurs près.  Les trafiquants commencent à songer camouflage « civil »  , et c’est aussi inquiétant…

(4) le rapport inquiétant sur les 124 avions douteux en Bolivie :

Avions liés à narco par boris miranda – Issuu

Le rapport est inquiétant, car beaucoup trop de zones floues demeurent : l’organisme étatique bolivien ignore ce que sont devenus beaucoup trop d’appareils de sa flotte officiellement déclarée.  J’y reviendrai un peu plus loin dans cette enquête.

(5) l’aviation argentine est comme sa flotte navale, en pleine décrépitude.  Elle n’a plus de chasseurs à proposer.  Elle a remisé ses derniers Skyhawk, et n’a plus que des Pucaro à turbines modernisées pour défendre son ciel.  Elle aura bientôt perdu toute capacité armée.  Dans ce contexte, la perte récente d’un sous-marin s’explique par la vétusté de ce dernier.  Lorsqu’elle a voulu acheter des Gripen, les anglais ont fait prétexte qu’il contenait des éléments fabriqués en Angleterre pour les en empêcher.  L’histoire pèse toujours sur leurs relations…

(6) à ce jour le seul élément que j’ai pu trouver est le rappel de son nom de famille, car il me disait bien quelque chose.  Il rappelle en effet celui d’Ange Roca, pilote « émérite » d’avions de la drogue.  Rien pour le moment ne montre un quelconque lien, à vrai dire.  Roca avait été tué dans un échange de tirs avec la police, après l’arrivée de son Cessna CP-1800 (ex N6332Z) sur une piste d’atterrissage clandestine de Pichis Palcazu le 24 novembre 2013.  « Ange Roca, le pilote décédé, avait une longue histoire de dossiers de police derrière lui.  Sa première arrestation a été enregistrée en août 1993, dans une opération conjointe de la UMOPAR bolivienne avec la DEA, qui avait alors une forte présence en Bolivie.  18 personnes, deux Colombiens et 16 Boliviens avaient été arrêtés.  Ce pilote Ange Roca, était le gestionnaire et le transporteur aérien de la drogue.  Des années plus tard, en 2001, Roca avait à nouveau été arrêté dans l’Etat de Goiais, au Brésil et inculpé devant un tribunal fédéral de détention de cocaïne et de possession d’armes prohibées.  En 2013, cependant, il était de nouveau libre, et était à nouveau prêt pour un nouveau vol de cocaïne, pour l’apporter à destination, qui, cette fois-ci, était, dans la jungle péruvienne », avait alors rappelé IDL.  Il faut plutôt penser à une autre personne, je pense, car qui donc aurait eu l’idée saugrenue d’aller dénicher un Cessna la-haut dans le Vermont, au bord de la frontière canadienne, sinon un habitué des… eskimos ?

(7) la position de sa numérotation, apposée sur la queue en plus petites lettres, est en effet inhabituelle. En prime, l’emplacement où elles auraient dû se situer n’est pas du même bleu que le reste du parement qui court tout le long du fuselage.  Ce n’est sans doute pas le CP-2902 :  vient-il aussi du grand froid ?

On peut lire aussi cette excellente analyse sur l’offre et la demande au pays des narcos, et leur gestion des stocks comme un MacDo…

https://www.npr.org/2016/02/15/466491812/narconomics-how-the-drug-cartels-operate-like-wal-mart-and-mcdonaldson

…ainsi que ce texte, qui incrimine lui la passivité de la DEA US…

https://www.urgente24.com/242057-afirman-que-la-dea-no-frena-la-importacion-de-avionetas-para-los-narcos

On y ressort la vieille méprise de 2001 des pilotes de Cessna T-37 péruviens ayant abattu l’avion de la missionnaire Verónica Bowers, et de son pilote Kevin Donaldson qui avait survécu.

 

on peut aussi relire

https://ns55dnred.wordpress.com/tag/les-avions/

https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/coke-en-stock-xxxix-en-bolivie-une-91607

https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/coke-en-stock-xl-en-bolivie-la-91943

https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/coke-en-stock-lxvi-le-perou-ou-le-151195

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