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Coke en stock (CLXIX) : la découverte et la chute des fournisseurs d’avions (4)

On commence à cerner un peu mieux le principe, grâce aux épisodes précédents. En résumé, des avions abîmés ou vieillissants ont été achetés une bouchée de pain, le plus souvent en Alaska par un trafiquant, Martín Rapozo Villavicencio. On en dénombre à ce jour plus d’une trentaine à lui seul, sans compter ceux de ses proches.  De quoi largement entretenir le trafic de cocaïne en Amérique du Sud, où ont été rapatriés tous ses appareils, en majeure partie arrivés démontés dans des caisses de bois introduites dans des containers de bateaux.  Des avions parfois restés tels quels ou parfois repeints, selon le temps laissé pour réaliser la « commande », car à bien regarder, on s’aperçoit que le système Rapozo a tout d’une entreprise capitaliste, répondant au mieux à la demande et dans les meilleurs délais.  Les conditions de vol de ses jeunes pilotes étant le cadet de ses soucis, comme on a pu le voir déjà.  Un ballet incessant d’avions en partance désormais pour le Brésil voire l’Argentine, à partir des ordres donnés au Paraguay ou de Bolivie, pays qui s’enfonce à grande vitesse dans le statut de narco-état, en la déguisant en défense des minorités travailleuses, celle des petits producteurs de coca (les « cocaleros »), adoubés par Evo Morales en personne, qui ne pourra pas briguer un quatrième mandat, rappelons-le.

Un kangourou en caisse ?

Il restait encore le mystère de la venue de ses fameux avions alaskans pour la plupart, jusqu’en Bolivie. On finit par trouver, après quelques semaines de recherche (et même quelques mois, il faut bien l’avouer), la méthode utilisée par notre trafiquant. Une méthode bien particulière, en effet. C’est d’abord un fiche retrouvée chez une entreprise de transport et d’expédition, celle dont je vous avais déjà parlé ici lors du transfert d’appareils vers les mexicains impliqués dans l’affaire du bimoteur retrouvé en Guyana.
En date du 5 décembre 2015, on peut y lire l’envoi via Turbo North Aviation (installé à Anchorage, et qui vend aussi des avions) à destination du… Chili, d’une caisse contenant un objet pesant 2,5 tonnes et d’une valeur de 95 000 dollars.  Vous avez deviné, c’est bien sûr un avion, présenté comme étant un « Cessna 206G » de 1979, mis en caisse « démonté » bien sûr (comme ici à droite) (Turbo North possédant aussi un autre 206G le N22306 de 1982, visible ci-dessus à droite).  Le destinataire étant le bolivien Aerodealer Import Export SRL, qui dans un autre envoi du 24 juillet 2014 s’était déjà fait livrer un objet moins lourd acheté en Floride chez Certified Engines Unlimited, un bidule pesant 672 kilos quand même, à savoir un moteur « pour avion complet « de marque Continental »» (à gauche un moteur de ce type de chez Copper River Automotive, vendeur de pièces détachées installé dans les Wrangell Mountains.. en Alaska !).  Aereodealer Import Export ayant pignon sur rue… en Bolivie, le registre de la DGAC annonçant même un avion lui appartenant.  Le CP-3032, un Cessna 206G (U20605011) enregistré en Bolivie fort récemment semble-t-il.  C’est l’ex N4628U, vendu en Alaska par Transair Inc, installé à Oakland en Californie.  Un Cessna de… 1979, « exporté »:  un de plus !!!  L’avion en 2013 appartenait auparavant à Marcus Austin… un australien installé dans le Queensland, qui l’avait immatriculé VH-FBT.  L’avion avait visiblement gardé ses couleurs d’origine, très années 70 (ici à gauche).. qu’est devenu depuis le CP-3032, chez Raposo, mais difficile de trouver une information à son propos.  Se serait-il déjà vautré en venant livrer sa cargaison habituelle ou en tenant de l’emporter ?  On ne sait.  Mais deux autres envois nous en disent davantage comme on va le voir.  Ci-dessous, une image classique en Alaska avec le Cessna à gros pneus de Homer Aviation décollant d’une piste qui deviendra une mare de boue à la première pluie (le territoire demeure en effet fort risqué pour voler) :

On ne sait si Rapozo faisait comme nous, et admirait les avions décollant muni de leurs gros pneus des terrains boueux de l’Alaska, en période d’été, mais cette image a dû avoir une influence sur lui, car c’est pratiquement la seule que l’on possède d’un appareil immatriculé  N522HA au temps de son existence alaskane, un avion portant le numéro de fabrication U206-0755.  Car lui aussi a été attrapé par le gratin de Rapozo, acheté à très bas coût…. après une mésaventure mémorable survenu le 23 mars 2010, à…Homer, en Alaska.  Mais laissons le NTSB (le bureau des accidents aux USA) raconter ce qui s’était produit ce jour-là :  « Le pilote a décollé lors d’un vol passager régulier et, peu après le décollage, à environ 300 pieds au-dessus du sol, le moteur a commencé à rouler à vide, à perdre de la puissance et à vibrer violemment.  J’ai tenté de retourner sur la piste, mais pendant le virage, l’avion a heurté un terrain enneigé et s’est immobilisé à environ 500 pieds de la piste.  L’avion a subi des dommages aux ailes, au fuselage et à l’empennage.  Un examen post-accident a révélé que la culasse du moteur no 4 était fissurée et s’était séparée du cylindre, ce qui a entraîné une perte de puissance.  La décision du pilote de tenter de revenir sur la piste avec une altitude insuffisante, au lieu d’atterrir dans la voie rapide de 1 800 pieds, a précipité la perte de contrôle et l’impact avec le relief, ajoutant à la gravité de l’accident.  Cause probable:  La défaillance par fatigue de la culasse du moteur no 4 ayant entraîné une perte de puissance du moteur.  La décision du pilote de tenter un retour à basse altitude à l’aéroport a contribué à la gravité de l’accident, ce qui a entraîné une perte de contrôle ».  Bref, le pauvre Cessna de Homer Aviation avait bien été réduit à l’état … d’épave.  Et racheté une bouchée de pain, pas plus de 12 000 dollars cette fois.  Un vrai record, pour un avion destiné à transporter des millions de dollars de cocaïne :  le business de Rapozo était d’une rentabilité… maximale (l’avion étant expédié en Bolivie via la filière habituelle du Chili par container) !!!

Deux caisses de Cessna, s’il vous plaît !

L’autre info est beaucoup plus intéressante, car elle fait le résumé de ce qu’a fait Rapozo toutes ces dernières années, à savoir d’acheter des appareils peu fiables car ayant tous eu ou presque des accidents dans leur carrière, pour négocier leur prix d’achat moins élevé, et les rapatrier, les repeindre vite fait en les déguisant en avion portant une immatriculation existante et de s’en servir pour aller chercher de la coke au Pérou, dans le VRAEM pour l’expédier ensuite ailleurs.  L’info-clé, c’est le récépissé de deux autres envois par « boîtes », cette-fois-ci des containers, car on peut facilement faire entrer un Cessna, même l’un des plus longs de la gamme comme le 207 dans un container de taille standard (cf ici à gauche).  Et c’est exactement ce qu’il a fait, en choisissant comme firme d’expédition une firme maritime répertorié par la Sunat (La Superintendencia Nacional de Aduanas y de Administración Tributaria) : Limco Logisics Inc (qui expédie aussi par avion, via ses DC-10 cargo).  Il n’est pas allé la chercher très loin :  Limco est intallé depuis 2004 sur Biscayne Boulevard au nord de Miami !!!  La firme se vante de pouvoir expédier 24/24h au Kazakhstan !  Cette-fois-ci, en effet, son nom apparaît en toutes lettres dans le document d’expédition :

L’avion sous-marin de Nanwalek

On comprend alors le choix du Chili qui peut surprendre au départ : depuis longtemps, la Bolivie, pays enclavé sans port maritime avait eu l’accès à la mer bloqué en … 1883  (puis par  le traité signé en 1904) et aucune infrastructure n’avait donc pu se développer.  Ça a changé depuis peu; mais c’est bien le Chili qui continue à recevoir le trafic.  Il existe bien un port fluvial donnant accès à l’autre côté du continent (Puerto Suárez, sur le Río Paraguay), mais les porte-containers venus de l’Alaska préfèrent on s’en doute l’accès par le Chili.

L’examen des deux envois groupés effectués par Rapozo est plein d’enseignements.  On y apprend par exemple qu’il a donc bien acheté le Cessna N2328F… chez une casse de l’Alaska, en l’occurrence celle de Copper River Airmotive LLC (à droite on peut y acheter l’aileron arrière horizontal d’un Cessna pour 2 000 euros).  C’est un Cessna Centurion de 1964 (210-58528) qui, une fois encore, a eu une histoire d’accident.  Le 3 juin 2003, vers 16 h 30, ce Cessna 210E, après être arrivé la veille sans encombre à Tallahassee, en Floride, avait subitement pris feu au re-démarrage de son moteur sur l’aéroport régional de Tallahassee.  Une forte fuite d’essence avait embrasé tout le moteur.  L’avion avait été « sérieusement endommagé ».  Encore une fois, Rapozo avait jeté son dévolu sur une épave, remontée on ne sait comment en Alaska.  On notera que les bons d’expéditions des Cessna achetés par Rapozo sont souvent au nom d’un dénommé « Dee Wygant » :  c’est normal, car c’est tout simplement celui du propriétaire et dirigeant de Copper River Airmotive  (avec sa femme Tandra, ci-dessous leur page Web chez Google Map promouvant le Cessna N736CD, un R172K Hawk XP, de 1977, leur appartenant, et tout récemment acheté).

 

Pour ce qui est des moteurs, Rapozo les achetait ou les faisait remettre à neuf chez Certified Engines Unlimited Inc, d’Allen Weiss, installé sur le North Perry Airport de Pembroke Pines, (c’est dans le comté de Broward, dans le sud-est de la Floride, on n’est pas loin de la villa de Rapozo !) une société qui fait donc aussi dans le refurbishing d’anciens blocs moteurs.  La société est bien autorisée par la FFA, mais elle semble bien minuscule (elle annonce seulement 4 employés), à voir son site totalement indigent.  C’est ainsi qu’il a commandé un bloc pesant 248 kilos, le poids d’un moteur de Cessna 206 ou 210, le 2 avril 2014, pour équiper une de ses épaves sans doute.  Là aussi, on en a retrouvé la trace, et la voici: 

Pour le suivant, le N252AL, c’est pire encore, ou guère mieux, en tout cas.  Ce modèle G (U206-03612) avait connu lui aussi un accident, avec ici 4 occupants qui auraient pu se tuer… par noyade.  Ça s’était passé le 15 décembre 2011 à English Bay, près de Nanwalek, toujours en Alaska, sur un terrain d’atterrissage fort délicat, dans une région au temps souvent déplorable, avec ce jour là un crash mémorable raconté ici :  « après la montée à bord des passagers, le pilote a décidé de rouler vers la rampe de stationnement nord à l’extrémité opposée de la piste pour un départ vers le nord.  Le pilote et les témoins ont déclaré que la performance au décollage de l’avion s’était détériorée en raison de l’état de la piste, mais que l’avion pouvait encore décoller juste après le point au milieu de terrain.  Le pilote a déclaré qu’après le décollage de l’avion il avait:  « j’ai immédiatement amorcé un virage serré à gauche pour éviter le relief montagneux à l’extrémité nord de la piste ».  Il a dit qu’après que l’avion eut dégagé au-dessus d’un mur de soutènement sur le côté ouest de la piste, il a rencontré un courant descendant, et le pilote a été incapable de maintenir une montée.  L’avion a touché l’océan à environ 100 mètres au large ».  Bref il avait été victime d’un décrochage classique (« stall»), en n’ayant pas pris assez de vitesse en décollant.  Les quatre occupants avaient réussi à rejoindre la rive à la nage, avant que l’avion ne coule.  Et c’est cet appareil repêché dans l’eau que Rapozo avait donc racheté pour le faire parvenir en Bolivie, via un périple maritime passant par le Chili !!!  Ci-dessous, une scène ordinaire en Alaska avec un Cessna à gros pneus (il en existe de bien plus gros comme ici à gauche, des « bushwheels« ) en train d’évoluer avec son phare d’atterrissage en plein jour… faible luminosité extérieure aidant :

 

 

Le Cessa planté en 2012, peint à la va-vite

Aereodealer Import Export ne s’est pas limité à importer des moteurs pour retaper les avions abîmés achetés par Rapozo.  La firme bolivienne a aussi acheté des avions, dont un en tout cas qui a retenu notre attention comme pouvant lui avoir appartenu.  Le 12 décembre 2012, les habitants d’El Potrero, à 70 kilomètres au sud-est de Rosario de la Frontera entendent un bruit de moteur poussif : quelques instants plus tard dans la finca appelée La Calera, près de San Lorenzo,  se « plante » un Cessna bleu et blanc.  Et quand je dis qu’il se plante, le mot ne me paraît pas trop fort, comme le montre l’image ici à gauche.  Mais c’est aussi la décoration de l’appareil qui surprend, car elle ne correspond à aucun canon en cours, et effectivement, car en agrandissant l’un des clichés du crash (l’avion a planté sa roue avant dans une zone herbeuse) on s’aperçoit qu’en dessous d’une couleur rapidement appliquée on distingue le tracé d’une autre décoration antérieure (visible ici à droite), du côté du gouvernail de queue et même chose pour le capot moteur, le lettrage « Centurion II » affiché aux même endroit sentant l’amateurisme, face au lettrage original de chez Cessna (désolé pour le manque de qualité sur l’image de gauche mais je ne peux faire mieux).  Le petit casque de Centurion censé représenter l’original étant loin aussi des canons de la marque, malgré les difficultés à agrandir un fichier manifestement copié et recopié plusieurs fois en JPEG (d’ou les artifacts créés)l’appareil a manifestement été repeint… à la louche, ce qui n’était pas apparu sur le premier cliché de presse de son crash observé sous un tout autre angle de vue « artistique ».  Sur place, un autre avion aurait été vu faisant des cercles au dessus de l’avion immobilisé.  Retrouvé vide de ses occupants… et de ses 500 kilos de coke, selon la police accourue sur les lieux.  Le hic, c’est quand on découvre que la société bolivienne Aereodealer Import Export a bien pris possession d’un modèle 210L (ceux sans montants d’ailes) immatriculé CP-2735 le 11 septembre 2012.  Soit à peine trois mois avant la chute de l’avion.  L’engin selon, la DGAC bolivienne était le 21060719, un Cessna 210L (sans montants d’ailes, donc) datant de 1975 vendu par le broker Airsouth Inc de Jonesboro en  Arizona, immatriculé au départ N63AF.  L’engin a bien été vendu en Bolivie, selon les registres.  Chez Rapozo, on trouvera une énième commande d’envoi de caisse d’éléments d’avions, un fuselage seul cette fois le 17 janvier 2014.  Acheté un prix dérisoire, la caisse étant assurée pour 3000 dollars seulement (ici à droite).

La nouveauté en Bolivie : des avions « clonés » ?

Un rapport listant la centaine et plus d’avions douteux en Bolivie (124 y sont répertoriés) se termine sur d’étranges constatations (4). Celle d’appareils ayant le don d’ubiquité, ou de trafiquants capables désormais de fabriquer des clones d’avions existants.  Si le cas d’un Cessna 210 immatriculé CP-2523 (N° de série 206-061957) devenu à coups de marteau ou de burin bien placé un T210M sans montant d’aile prête à sourire, il n’en est pas de même avec le CP-2794 (N° U206-0308) aperçu en juin 2014 à San Germán au Pérou mais aussi à Santa Cruz.  Son pilote avait été arrêté à San Germán pour trafic de drogue en avril 2014 (122 kg de coke !), l’appareil ayant eu semble-t-il un problème de roue à l’atterrissage (d’après le cliché, à moins que ce ne soit les vestiges d’un autre avions sur la même piste clandestine qui en ce cas serait d’un usage fréquent :  un second cliché nous confirme que c’est le cas et que l’avion n’a en fait pas perdu sa roue avant !)  Le modèle avec lequel il a été repeint en 2013 (« Midnight Blue and Matterhorn White with Flag Red Accents ») pose question, car on a revu un exemplaire similaire rebaptisé N224KA chez Ridge-Aire, encore la même société américaine, me direz-vous… l’appareil a déjà été vendu 189 000 dollars.
C’est le 210-63812, qui date lui de 1980, un modèle… différent, car à deux vitres de côté et pas de montant d’aile ; un type TM.  On aura noté son aile intégralement noire, un phénomène peut fréquent en effet.  En fait on en a l’explication, qui est d’ordre technique.  Le narco-trafic se serait-il enrichi…. des idées de décoration des « Scheme Designers ? (3) » ?  Si on y ajoute une pointe de technologie ultra-récente avec les « peintures réfléchissant la chaleur» (pour renvoyer les UVs, appelé « solar heat reflective coating » (SHR), présenté par Cessna comme une grande nouveauté) on peut en effet tout craindre dans les mois à venir, car cette déco est toute récente en fait comme nouveau « standard » Cessna, sur le modèle appelé Night Sky (à droite le reportage de Notivioson sur la saisie, lisible ici) :

Des chiffres effarants 

On se retrouve au final avec des chiffres boliviens effarants, rappelés ici par El Diario le 24 aout 2015 :  « entre le 10 mai et le 16 août dernier (2015) 222 vols d’avions provenant de la Bolivie ont été détectés, qui sont entrés sur le territoire péruvien pour charger 77 tonnes de drogue dans les vallées de l’Apurimac, Ene et la rivière Mantaro (VREAM), a révélé un député péruvien au cours de la session.  Dans le pays voisin, il a été approuvé de pouvoir abattre les avions liés au trafic de drogue.  Membre du Congrès, Emiliano Apaza, a ajouté, à partir des données de commandement conjoint des forces armées du Pérou, que chaque année sont détectés entre 600 et 1 000 vols, et que 95% des avions qui sont entrés illégalement sur le territoire péruvien viennent de Bolivie, selon le journal rapporté Oxígeno. Carlos Tubino, membre du Congrès du projet d’abattre les avions au Pérou, a déclaré que des 320 000 kilos de cocaïne environ sont produites dans ce pays, selon les rapports de l’ONU, 180 000 kilos emmenées par voie aérienne à travers le pays.  Les autres 120 000 kilos partent en bateau et 20 000 kilos par voie terrestre.  La Colombie, le Brésil, le Venezuela et, plus récemment, la Bolivie, autorisent d’abattre les avions soupçonnés de transporter des drogues ».  C’est bien une épidémie galopante, pour laquelle des personnes ont organisé tout un approvisionnement en logistique aérienne, les avions, utilisés le plus souvent une seule fois, devant être renouvelés régulièrement, car jetés après usage.  Les Cessna kleenex, en quelque sorte !

 Vers un narco-état qui ne poursuit pas en justice les trafiquants
On peut tout craindre:  en 2016; le trafic entre la Bolivie et le Pérou a en effet redoublé.  La Bolivie prend en effet un fort mauvais chemin (celle du narco-état) :  « aujourd’hui, après divers scandales impliquant des proches du pouvoir dans le trafic, et en raison de la promulgation de cette nouvelle loi, le mythe unificateur de la coca se retourne contre ses promoteurs, tant il apparaît évident que le gouvernement se satisfait de ce commerce illicite et qu’il fait seulement semblant de le combattre.  Aucun magnat du narcotrafic n’a été détenu pendant toute la durée du mandat d’Evo Morales et seuls des seconds couteaux ont été capturés à l’occasion de la destruction des laboratoires, quand ceux-ci n’étaient pas totalement désertés.  Il n’y a pas non plus de politique claire pour lutter contre le blanchiment de l’argent de la drogue; on ne voit pas que des banques ou des entreprises aient été condamnées sous ce chef d’accusation »… et c’est plus que vrai :  malgré l’enquête commune accablante de Caretas del Perú, et de Reporteros, Caretas del Perú, Martin Rapozo Villavicencio n’a effectivement jamais été inquiété par le pouvoir bolivien (et ses amis ou sa famille autour de lui pas davantage).  En 2016, l’Etat bolivien avait simplement affirmé que  » l’affaire faisait l’objet d’une enquête, ce qui les empêchait de fournir les détails pertinents ».  Depuis, aucune information sur l’avancée de la dite enquête… En 2015, une grave accusation révélée par Oxygeno.bo portant sur le transport par l’armée bolivienne de cocaïne vers le Venezuela avait émergée.  « Les dires d’un militaire appelé « Cadena A » avaient été sans ambiguité à ce sujet. « Le contact Skype avec le programme « A todo Pulmón » diffusé par Cadena A, l’ancien militaire a non seulement fait connaître l’utilisation d’armes pour l’affaire du terrorisme, mais sur les faits de trafic de drogue qui relient les autorités étatiques et gouvernementales .  Non seulement j’ai rapporté (l’utilisation des armes de l’armée), mais j’ai signalé le trafic de drogue et la façon dont la cocaïne est exportée du Chapare (à Cochabamba) via des Hercules vénézuélien vers Maiketi (au Venezuela) et de là vers d’autres endroits; l’Asie, l’Iran.  Je vais en dire davantage plus tard», a-t-il dit.  Il a noté que le rapport présenté aux forces armées est documenté et connu des autorités de l’exécutif ».  Pour Jean-Pierre Lavaud, fin observateur du pays, c’est une dictature qui était en marche pour 2018 avec un Evo Morales qui ne veut rien lâcher (il en a été écarté depuis et ne pourra pas faire de mandat supplémentaire) et laisser agir à leur guise les trafiquants.
Rentré tranquillement dans son hangar 

A Trumpillo ou à Viru Viru, il n’y pas, ça trafique sec, donc.  On retrouve fin juin 2017 un Cessna 210M de 1977 immatriculé CP-2537, aperçu par une patrouille aérienne sur une piste clandestine de la province José Miguel de Velasco près de San José de Chiquitos. L’avion, vert foncé et blanc, réussit à redécoller dès l’arrivée des policiers. Sur place on retrouve 9 sacs de jute contenant pas moins  de 200 paquets de briques de cocaïne, pour un total de 200 kilos et 900 grammes.  Bonne pioche !!!  La police retrouve facilement l’avion, toujours dans un état impeccable, tranquillement rentré dans son hangar d’El Trompillo – Santa Cruz.  Il est déclaré appartenir à un dénommé Hermanos Simon Nogales, c’est le 21062112, l’ex N761AX de Patrick Conroy (d’Edgewater en Floride, il exerce le métier de mécanicien en aviation en fait, sur place).  L’avion est muni d’extensions d’ailes avec réservoirs qui lui ajoutent 14 gallons par aile (52 litres).  Il a été exporté il y a longtemps en Bolivie, en 2008.  Flightware semblait avoir suivi sa livraison en montrant un vol le du jeudi 25 septembre 2008 le menant de Miami à Punta Cana en République Dominicaine; pendant un long vol de livraison d’une durée de 5 heures (merci les réservoirs supplémentaires), qui semble être un trajet habituel pour les livraisons vers la Bolivie.  Il avait encore pas mal de chemin à faire pour rejoindre le pays !!  Mais celui-là n’est pas venu en pièces détachées par caisse glissée dans un container, à l’inverse de beaucoup d’autres.

Le Cessna bleu et blanc en route vers la Pampa argentine
Un trafic qui n’hésite pas comme on va le voir à envoyer ses avions plein de coke plus loin.  En Argentine, notamment, depuis quelques temps. Le 4 mai 2017, deux petits « Pampa » de l’aviation argentine (l’avion est dépourvu de canon (5) sont partis en chasse d’un Cessna 206 détecté au-dessus de Las Lomitas et de Santiago del Estero.  Le résumé de la poursuite raconté ici par Diario Jornada laisse songeur : « les gens à bord du Cessna, avec une immatriculation bolivienne, ont désobéi à l’ordre de se poser et se sont enfuis à travers la frontière vers la Bolivie.  Des sources officielles ont noté que les pilotes argentins étaient en mesure de vérifier l’immatriculation de l’aéronef en violation, à partir de qui des photographies et des vidéos ont été prises et l’identité de son propriétaire.  C’est un Cessna 210 monomoteur blanc à rayures bleues qui, de par ses caractéristiques, a une faible consommation de carburant et développe une grande vitesse, avec une autonomie de vol de six heures.  C’est un modèle fabriqué dans les années 70, qui compte principalement parmi ses principaux acheteurs les pays voisins de la Bolivie et du Paraguay et, dans ce cas, a été acheté aux États-Unis en 2015 par un citoyen bolivien ».  L’interception des deux avions d’entraînement, en voici une photographie plus nette :

« Selon le rapport, cette interception a été réalisée grâce au contrôle aérospatial à travers les radars qui fonctionnent 24 heures sur 24 sur la frontière nord, et sa puissance de surveillance est beaucoup plus élevée. Les radars installés à San Pedro (Misiones) et à Tartagal (Salta) ont amélioré leur position, en perfectionnant leur hauteur pour atteindre une plus grande efficacité.  A cela s’ajouteront ceux qui vont bientôt commencer à fonctionner 24 heures sur 24 à Pirané (Formose), Villaguay (Entre Ríos), Mercedes (Corrientes) et Guasayán (Santiago del Estero).  Des sources officielles ont noté qu’au cours des quatre premiers mois de 2017, plus de 200 vols suspects ont été détectés, soit trois fois plus qu’à la même période l’an dernier ».  Qui était donc visé dans l’allusion à un avion qui a »été acheté aux États-Unis en 2015 par un citoyen bolivien » ???  Pas besoin de chercher très loin, tout le monde pense à la même personne !!!  Manifestement, avec ces ailes à dièdre prononcé et son absence de haubans, et ses cloisons d’ailes visibles, mais aussi ses trois vitres de fuselage, l’avion est plus certainement un modèle ancien, de type G (H ou T), version sans haubans (« strutless ») qu’autre chose, la « bosse » des trappes de train à l’avant ne se distinguant pas sous cet angle de vue.  Tel cet exemplaire, immatriculé N589IF (N°21058891, de 1967, visible ici sous un autre angle).  Le candidat possible étant le canadien de Manitoba (British Columbia) immatriculé C-FAVP (N°21058920), vendu moins de 85000 dollars en 2014 chez Transglobal Aviation.  L’avion aurait en ce cas été repeint avec un schéma « classique » des années de sa vente, que l’on retrouve ici sur un autre modèle 210 (plus ancien) de  Star Tur Viagens e Turismo … retrouvé au Brésil en provenance de Bolivie, lesté de plus de 360 kgs de drogue (ici à gauche).  Sur un site, on trouve en illustration d’un article sur la saisie d’argent à bord d’un avion, un Cessna décoré de la sorte (ici à droite).  Mais encore une fois ce n’est pas un modèle 210G…  Ci-dessous, la photo d’un modèle · Cessna 210H Centurion · immatriculé N2207R (T210-0357) datant de 1968, montrant la disposition générale décrite pour le Cessna poursuivi en vol (ici son « aile de mouette » est plus visible).  On trouvait, il n’y a pas si longtemps encore, un modèle Centurion 210H de 1968 à un peu plus de 57 000 dollars seulement, au Nouveau Mexique, sous la référence N5984F. L’engin avait vécu un petit incident en 1998, sa roulette avant s’étant repliée.  On en avait profité pour lui installer une hélice tripale.

Une autre poursuite auparavant
Ce n’était pas la première interception du genre, des Pucara de l’armée de l’air argentine avaient déjà en 2015 poursuivi un autre appareil, avec, dans la séquence filmée par les forces de l’ordre, un pilote faisant le signe à bord de son avion comme quoi le pilote trafiquant était fou, d’effectuer de pareilles manœuvres évasives et de voler aussi bas.  La séquence étonnante montrait un autre Cessna avec un fuselage blanc mais un cockpit, capot moteur et baies vitrées sombres, ainsi qu’une remontée également plus sombre le long de la queue, inhabituelle avec le design de l’avant.  Plusieurs vidéos de propagande des forces argentines, fort démunies en fait, existent sur cette première interception qui semble avoir eu lieue en 2015.  Ce n’était pas en tout cas le CP-2794, la couleur sombre s’interrompant sur le dessus entre la vitre arrière et la queue. La décoration entr’aperçue évoque plutôt celle d’un modèle comme le N5525R, un Cessna 206 qui était à vendre sur Contoller.com, mais dont le design graphique de queue ne correspond pas non plus (celui du N20GAZ non plus).

En tout cas, les faits sont là et ils sont indéniables  : on a bien affaire à une organisation qui outrepasse les limites des frontières de la seule Bolivie, et qui a depuis longtemps commencé à se répandre vers l’Argentine, comme on vient de le voir, ou le Brésil  comme on va l’étudier en détail, en passant obligatoirement (et en prenant des risques avec ses avions) par un pays devenu plaque tournante : le Paraguay, pays, qui comme vous allez le découvrir bientôt, est devenu l’un des pires du genre, avec une corruption des hommes politiques ayant atteint des sommets.  Et quand je dis sommet, je parle bien sûr du plus haut représentant, à savoir… le président du pays (l’ancien, comme tout récemment élu, car tout était joué d’avance pour Benitez , dont l’avenir semble déjà tout tracé, celui de suivre ce qui l’a précédé !) !!!

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

Article précédent:
http://www.centpapiers.com/coke-en-stock-clxviii-la-decouverte-et-la-chute-des-fournisseurs-davions-3/

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