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Coke en stock (CLX) : un Noël blanc un peu en avance au Honduras !

Sous ce titre sarcastique, vous l’avez bien compris déjà, que se cache une énième arrivée massive de cocaïne au Honduras, la terre d’élection d’El Chapo comme j’ai pu vous l’expliquer récemment.   C’est un crash, un énième crash survenu le 11 septembre dernier dans la région de l’Olancho, déjà sujette à plusieurs reprises à des atterrissages clandestins d’avions apportant de la coke venue le plus souvent de l’Apure, au Venezuela. C’est dans cette région, on le rappelle, qu’en octobre 20o9 s‘était posé un bimoteur Antonov 14 porteur de près de 4 tonnes de cocaïne, qui avait ainsi établi un nouveau record d’importation aérienne.   L’autre point de chute privilégié étant le secteur de Brus Laguna, dans le département de Gracias a Dios (près du Nicaragua), dans lequel d’autres cargaisons conséquentes avaient été apportées par des avions retrouvés incendiés sur place, une fois utilisés.  En ce sens, l’année 2017 aura été un vrai festival, terminé en beauté avec ce nouveau Beechcraft déjà réduit à l’état de cendres.  La raison de cette avalanche de poudre blanche ?  Oh, elle n’a rien de climatique :  c’est plutôt l’état de détérioration actuelle du pays, après toute une série de soubresauts post-électoraux, qui facilitent la tâche des trafiquants, les manifestations retenant l’attention de la police davantage que la surveillance du trafic…

A peine l’annonce faite (le 11 septembre, donc), nous voici à nouveau en quête d’essayer de cerner quel est l’appareil découvert dans cet état.  Le premier cliché aperçu de cette arrivée désastreuse ne nous apporte que peu de renseignements.  Très sombre, elle nous montre les vestiges presqu’encore fumants d’un gros appareil bimoteur, qui semble bien être d’un type connu ici depuis le début de notre étude :  c’est très certainement un Beechcraft, dont le type exact reste à définir aux vues des premières impressions.  La faible longueur des vestiges calcinés de son fuselage (la queue apparaissant bien proche des vestiges de l’avant) écartant déjà la thèse d’un modèle King Air 300 ou 350 (à gauche la photo, fort largement éclaircie par rapport à l’originale, complètement « bouchée »).  L’avion est en tout cas un modèle à turbines à trois pales et non quatre, laissant entrevoir un appareil ancien et donc pas mis à jour ou amélioré par un kit à hélices Hartzell pour les plus performantes.  Heureusement, d’autres clichés nous parviennent.  Un second, notamment, pris cette fois de l’arrière de l’avion crashé. Toujours aussi sombre (c’est dû à la météo locale pas avantageuse, celle qui détrempe les terrains dans lesquels les avions s’embourbent !), et on y distingue un élément fondamental.  Le gouvernail de queue de l’appareil, orné d’une décoration particulière et plutôt récente sur les Beechcraft : celle d’une énorme lettre B rouge sur fond noir, déjà aperçue ailleurs sur certains exemplaires de la marque (la luminosité a une fois été fortement relevée sur l’exemplaire ci-dessous):

C’est en tout cas bien un Beechcraft, modèle 90, qui présente apparemment les mêmes décorations que des exemplaires déjà aperçus ailleurs.  On songe par exemple à l’exemplaire allemand D-ICTR (ici à droite) ou au très bel exemplaire mis en vente chez Premier Jet Aviation, immatriculé N255DF de chez TwoFiveFiveDeltaFox LLC (un nom d’entreprise qui n’est autre que l’immatriculation de l’appareil en langage aviation… ce qui, très souvent, mène à des pratiques douteuses, comme on a déjà pu le voir à maintes reprises ici !).  Ou encore au N288KA, vu ici en train de se poser en 2014 à Bowman Field.  On se dit que « bingo », ce pourrait bien être l’un de ceux-là… mais on déchante très vite, à examiner de plus près les détails de l’avion détruit au Honduras. D’abord ce sont des quadripales récemment remis à neuf, et notre appareil crashé est un bimoteur équipé d’hélices tripales plus anciennes.  On est aidé en cela par un cliché plus précis (ici à gauche) et surtout par une excellent photo prise de beaucoup plus près, nous permettant d’examiner en détail le fameux stabilisateur vertical.  On y constate des disparités flagrantes avec les modèles « originaux » ou repeints selon les critères « maison » :

Des détails précis ne semblent en effet pas « matcher » avec la peinture « officielle », ou plutôt celle que proposent des ateliers de peinture tel que celui, spécialisé, de Murmer Aircraft Services (installé à Houston, leur schéma de peinture disponible sur leur site est visible ci-dessous) .. l’antenne blanche est en effet ré-apposée après le passage en peinture, le plus souvent.  Or là, on l’a rapidement détourée à la louche (ou au cutter) autour de son embase.  On ne l’a donc pas enlevée pour repeindre l’avion, comme on aurait dû le faire !  L’amateurisme devient plus flagrant encore en examinant le lettrage propre à Beechraft pour déterminer le modèle de King Air. Sur le cliché de la déco « classique », les deux mots « King » et « Air » sont séparés, or là, sur l’avion incendié, ils ne le sont manifestement pas (c’est en fait un décalcomanie, ce qu’on constate en observant de près la photo).  Le modèle exact est également écrit en police Copperplate, alors que le « C90 » de notre modèle calciné l’est en Times bien classique.  Non, il n’y a pas, c’est bien une… copie de décoration, plutôt trompeuse il est vrai, preuve aussi que chez les trafiquants, on s’améliore de jour en jour…  Bref, chez eux, ça commence à venir, mais ce n’est pas encore ça !!!  Pour les tonnages de coke, ils sont au point, le mot est faible, mais pour déguiser leurs avions sans qu’on puisse les reconnaître, il leur faudra encore progresser, pour sûr (ce n’est pas le premier que l’on retrouve, comme vous le savez, à partir d’un élément parfois bien ténu, rappelez-vous le cas du N533M ou du Hawker N917TF) !

 


Difficile en tout cas, il faut bien l’avouer, à partir de là, sur un avion repeint, de découvrir l’original, surtout en n’ayant à examiner que l’empennage vertical comme source distinctive.  Finalement, c’est à force de l’observer à la loupe que l’on découvre la faille laissée par les trafiquants.  Ce n’est pas la peinture reprenant le schéma de qui va nous mettre cette fois sur la trace de l’avion d’origine, même plus ou moins adroitement maquillé (en comparaison des « standards » habituels des trafiquants, qui ne s’embarrassent pas de détails la plupart du temps), mais… une défectuosité (très) ancienne de l’appareil.  Ce dernier, en effet, sur le cliché pris de près, montre un rafistolage de remontage d’une pièce bien reconnaissable, celle joignant la dérive au fuselage, à l’embase même de cette dérive.  Une pièce de forme bien reconnaissable, habituellement montée en vis noyées et recouvertes d’enduit, puis peinte intégralement avec tout l’avion, car rarement modifiée lors de la vie de l’appareil.  Or là, visiblement, ses trous de fixations semblent être devenus inutilisables, au fur et à mesure de divers montages et remontages ratés, et à la place, les utilisateurs ont apposé, pour faire tenir la pièce, de simples rivets « pops », restés très visibles… car non repeints (on a dû se rendre compte après coup que la pièce ne tenait pas bien)…  En aviation, on utilise plutôt d’autres types de rivets, à corps plein, on le sait.  Et c’est ce détail, qui aurait pu rester insignifiant, qui va nous mettre sur la bonne piste.  Cette fois-ci, c’est en effet grâce à quelques rivets « pop » que l’on va découvrir quel avion s’était écrasé quelques jours avant Noël au Honduras !!!  En comparaison, par exemple, un exemplaire de Beech 90 exhibé dans Wikimedia ne présente aucune trace de rivets apparents à cet endroit, tout est lisse :

 

L’appareil qui souffre en effet depuis plusieurs années de ce défaut apparent (la photo ici à gauche le montrant date en effet de 2004, elle a été prise à un show aérien sur l’aérodrome militaire de Nellis !!!) est le Beechcraft 90 immatriculé N91TJ, ex Adams Aviation Services INC Trustee, qui a été vendu, ça tombe pile… au Mexique.  Bingo ! D’autres photos confirment le problème sur l’exemplaire (alors que sur d’autres cela n’apparaît pas).  L’adresse de l’heureux possesseur de l’avion défectueux se situant dans un quartier très pauvre de Mexico, ce qui confirme la forfaiture.  Celle semble-t-il d’un transporteur en minibus, apparemment selon Google Earth !!!  La vente se serait tenue aux alentours du 16 décembre 2016…  Or il y a un an encore (plus exactement le 18 août 2016), l’avion s’était approché de la frontière mexicaine, en volant de Tulsa, dans l’Oklahoma, où était installé la société Old Glory Inc qui le détenait depuis 2008 pour se rendre à San-Antonio, au Texas endroit où est installé le broker Adams Aviation, qui détient une belle floppée d’appareils, dont plusieurs Gulfstream.  Leur N44MD devenu N308WY (ici à droite) a lui aussi été vendu à des mexicains répondant au nom de société « MyFlight », le 5 décembre 2013.  L’appareil est y devenu le XA-MDC.  Il vole toujours. I l a effectué par exemple récemment (le 19 septembre 2017) un vol vers Michoacan de Campo, au Mexique, au départ de Los Angeles.  L’avion, datant de 1984, à la décoration intérieure d’un goût plutôt douteux (avec ses dorures) a été annoncé depuis comme mis en vente chez JetHeli Executive Services (en mars dernier), par une société… mexicaine.  Le retrouvera-t-on bientôt, lui aussi, crashé au Honduras et incendié après une dernière livraison de poudre blanche ? On prend les paris ici-même, dès aujourd’hui, pour 2018 !   L’appareil « du jour », quant à lui,  découvert calciné était… vide, mais à proximité on a vite retrouvé un énorme pick-up accompagnant un petit camion (ici à gauche).  Ce dernier, arrêté, une fois examiné, avait révélé une double paroi au fond, dissimulant près de 500 kilos de cocaïne (ici à droite).  Dans une ferme attenante, près de 500 kilos supplémentaires  ont également été découverts :  le Beechcraft avait apporté pas moins d’un tonne de cocaïne sur place !!!

C’est à croire que le Honduras est bien devenu la seconde terre d’accueil des lieutenants d’El Chapo comme j’ai pu le dire déjà ici-même (ici et) :  tous les mois y atterrissent (ou se vautrent) plusieurs avions chargés à ras bord de cocaïne.  A croire que la mise en garde formulée en 2014 n’a servi à rien ou que ses principes n’ont jamais été mis en fonction : deux députés nationalistes avaient pourtant soulevé la question à l’époque.  « Le Honduras n’admettra plus de continuer à endurer le fléau du trafic de drogue, a déclaré le député nationaliste Óscar Álvarez (ici à droite).  La loi d’interdiction aérienne a été proposée, mercredi de cette semaine, par le député nationaliste, Oscar Alvarez, elle vise à créer une zone d’exclusion aérienne dans les départements de Gracias a Dios, Colón et Olancho, de 18h00 à 6:00 le matin, avec l’objectif d’éviter l’arrivée de vols illicites vers le pays. « Il s’agit de lutter de front contre le trafic de drogue parce que les avions qui quittent l’Amérique du Sud pour les États-Unis atterrissent au Honduras.  Nous voulons que l’Armée de l’Air puisse abattre les petits avions seulement s’ils ne tiennent pas compte de l’appel des autorités « , a-t-il précisé.  Parmi les autres interdictions de la loi, le vol d’aéronefs en dessous de 18 000 pieds de hauteur et de 300 nœuds de vitesse dans les heures et les zones susmentionnées n’est pas autorisé.  Álvarez a déclaré que toutes ces évaluations ont été discutées avec l’armée de l’air du Honduras (FAH), qu’il a qualifiée de « très professionnelle ».  Il a souligné que l’attaque des avions légers sera faite dans en dernière instance, après avoir suivi un protocole établi dans la norme.  Il a également dit que le comité d’opinion du Congrès apportera les modifications jugées pertinentes (rappelons que le Honduras possède d’excellents avions pour se faire ; des Embraer Tucanos, comme celui-ci ici à droite).  « La loi sur l’exclusion aérienne est un complément à l’acquisition des trois radars à Israël par le gouvernement hondurien », a-t-il déclaré (ci-contre  gauche un des trois exemplaires). Pour sa part, le député nationaliste, Tomás Zambrano, a déclaré que l’esprit de la loi est de rechercher la protection des espaces aériens sur le territoire hondurien.  Zambrano a expliqué que l’État hondurien devrait dénoncer le Protocole de Chicago (de 1984) qui interdit d’abattre de petits avions.  « Nous préconisons que tout avion entrant dans le pays le fasse avec des canaux légaux, avec toutes les autorisations et les normes internationales ce qui exclue ainsi que ce type d’avion soit lié au trafic de drogue », a-t-il dit« .  Dès l’annonce du vote de la loi, les Etats-Unis, défavorables au fait d’abattre les avions (à savoir pourquoi exactement…) a cessé toute surveillance et toute coopération radar avec les honduriens… une loi « pas compatible avec les lois américaines qui réglementent certains types d’assistance  » selon le document officiel.

Aujourd’hui que le pays est à peine sorti du chaos post-électoral, le problème crucial de la lutte contre la drogue a resurgi, en effet.  C’est le journal (Once) One Noticias qui a effecué le parallèle entre la crise politique actuelle et l’arrivée massive de chargements de drogue ces dernières semaines.  Les deux étant liés selon lui (et on est fort tenté de le suivre en effet) :  « la crise politique actuelle et continue monopolise l’attention du gouvernement du Honduras; et les organismes de sécurité sous-évalués dans les rues pour contrer les manifestations (ici à droite) ont accru la vulnérabilité du pays, selon certains analystes.  Certains groupes criminels qui opèrent à l’intérieur et à l’extérieur de nos frontières ont profité de cette instabilité politico-sociale pour commettre leurs crimes.  Un tel groupe est celui lié à la drogue, et un bon exemple de ceci est la saisie d’environ 1300 kilos de cocaïne liquide à Puerto Cortes, drogue qui est entrée à la mi-novembre dans le port de la station par un navire en provenance du Venezuela.  En même temps que la crise politique, la découverte de 429 kilos de cocaïne dans le Gualaco, Olancho, dimanche soir, pendant lequel a débarqué un petit avion qui après avoir apporté la drogue, a été incinéré par son équipage est aussi symptomatique (à gauche l’avion tombé à Brus Laguna, dans la Mosquitia, le 4 décembre dernier, il provenait du Panama – il était immatriculé HP1572. il y avait 600 kilos de coke  à bord, des paquets marqués « F1R »).  « L’ancien chef du Joint Chiefs, René Osorio, estime que la sécurité nationale est affaiblie lorsque les processus électoraux et encore plus quand les résultats apportent l’insatisfaction de la population. « c’est un appel pour que les institutions de Sécurité de l’Etat comme la Direction de la traite des drogues et des opérations de protection navale et aérienne restent vigilantes », a déclaré Osorio.  Bien que les gestionnaires de ces organismes de sécurité disent qu’ils travaillent, malgré que le plus grand nombre de ses éléments doit être dans les rues par le déclenchement de la violence après les élections.  Cette semaine, le média ABC News en espagnol a publié un article intitulé: « HONDURAS: ce n’est pas la politique, c’est le commerce de la drogue », qui stipule que « le différend sur les résultats de l’élection présidentielle au Honduras, est rien de moins qu’une manifestation de détérioration irrémédiable d’un état  » L’article parle de l’influence du Venezuela et de la Colombie dans le commerce de la cocaïne dans les pays d’Amérique centrale.  ABC fait référence à ces deux nations sud-américaines comme étant des « narco-états » et au Honduras en tant que « point de connexion » des voies de trafic de drogue, qui « décline en tant que pays ».  Un déclin qui touche toutes les catégories sociales et même religieuses, puisqu’on vient d’apprendre avec stupeur que l’archevêque Oscar Andrés Rodriguez Maradiaga, un temps pressenti pour devenir pape et apôtre de la défense de la pauvreté aurait palpé plus de 35 000 euros de revenus mensuels depuis des années... Or il est lui-même passionné par le pilotage des avions (son oncle étant le fondateur de la TACA, une des premières compagnies aériennes du pays) !

Et comme là-bas, ça ne s’arrête décidément jamais…. Le 21 décembre, on a assisté pendant la rédaction même de ce texte à l’atterrissage réussi, cette fois en plein champ bien humide (un peu trop, visiblement !) d’un Piper Navajo, autre appareil bien connu des trafiquants de drogue, à Puerto Lempira dans la localité même de Brus Laguna – La Mosquitia (dans l’Etat de Gracias a Dios).  A bord de la coke sous forme solide s’ajoutant aux 1300 kilos sous forme liquide, saisis les semaines précédentes près de Maracaibo, dans une barque (la cocaïne enfouie dans des barils était mélangée à de la graisse bleuâtre) : bref, près de 2 tonnes au total rien que pour le mois de décembre pour le Honduras avec les 600 kilos du Cessna bimoteur !!!  L’avion, immatriculé PT-RCI est en fait un Embraer-Navajo, un Piper construit sous licence au Brésil photographié ici en 2008 devant un hangar de São José do Rio Preto Prof. Eribelto M. Reino.  On peut l’admirer en train de survoler  São José do Rio Preto et s’y poser en 2011 sur You Tube.  L’appareil, un Piper Embraer 820C exactement, avait été photographié tel quel fort récemment encore, le 14 août dernier devant un hangar de Curitiba Bacacheri.  On avait également vanté  en 2013 sur YouTube, une fois remis à neuf et repeint, ses bonnes capacités (malgré son âge) dans cette vidéo… le 21 décembre, la drogue avait été dissimulée dans les coffres arrières des fuseaux moteurs (cf ici à gauche), l’avion ayant été intégralement vidé de ses sièges, pour y loger le carburant supplémentaire, comme de coutume chez les trafiquants (photo ici à droite).

Décidément, au Honduras, météo ou pas, ça aura été cette année un « Noël Blanc »…, bien poudré, en tout cas !!!

 

 

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