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Coke en stock (CLVIII) : dossier Venezuela 10) des avions qui tombent à l’eau…

Et puis pendant la rédaction même de cette saga, étirée sur plusieurs mois, de nouveaux événements sont apparus.  Deux disparitions de « jets » vénézuéliens, tous deux tombés en mer, avec des personnalités à bord, de quoi alimenter de belles théories du complot.  Ou plus prosaïquement de constater encore une fois l’usage habituel de ces coûteux jets par les représentants de l’Etat, au moment où le pays crève de faim avouez que ça passe mal auprès de la population.  Le tout menant, encore une fois… aux militaires, maîtres des cieux et du trafic de cocaïne !

Car tout se précipite, comme dans toutes les fins de pouvoir.  Dans l’eau, cette fois.  Cet été, deux appareils ont en effet disparu en mer.  Deux avions officiels du gouvernement vénézuéliens, ou tout comme, vu que l’Etat utilise des vols privés pour ses représentants.  Le 19 août c’est un Learjet qui s’est crashé à 5 milles nautiques de la Parroquia Naiguata, au Venezuela, juste en face du club Puerto Azul.  C’est le Learjet YV3191 (visible ici en train de décoller de l’aéroport Alberto Carnevalli de Mérida, quatre jours avant de s’écraser, et ici vu d’un autre angle, on remarquera combien il emprunte de piste).  L’un des premiers à avertir de sa disparition n’est autre que Nestor Reverol en personne (ministre actuel des Relations intérieures, de la Justice et de la Paix et ex-directeur de l’Office national anti-drogue (ONA), qui tweete l’info le jour-même à 13H33.  A 14H09 il donne la liste de ses occupants manquants :  on remarque tout de suite deux noms, ceux de Luis Picardi (Luis Napoleón Picardi Flores) et Juvencio Carvajal, mais ce ne sont que des gardes du corps.  On ne retrouve que des petits débris en mer (voir les deux clichés fournis) ce qui laisse plutôt augurer d’une explosion en vol, et parmi ceux-ci les cartes d’identités de Flores et de Carvajal.  Celle du (très) jeune copilote Joan Marrero aussi (il est alors en phase de formation ce jour-là !). Mais c’est un troisième passager décédé qui retient l’attention :  il s’agit de Miguel Pérez, le propre fils du ministre Miguel Pérez Abad. Celui-ci sera aperçu en train de participer activement aux recherches en bateau (tout le secteur de fouille se retrouve interdit aux bateaux de pêche).  Très vite les suspicions apparaissent :  Abad a été démis récemment du poste clé de ministre de l’Industrie et du Commerce (pour être nommé juste après ministre du Commerce extérieur et de l’Investissement international), ce qu’un économiste (Asdrúbal Oliveros) avait ainsi très bien analysé :  « depuis que [Maduro] est devenu président, il y a eu des démarches pour mettre en œuvre certaines réformes dans le domaine de la politique économique. Et toutes ont été écartées, revenant toujours à la voie radicale de l’approfondissement des contrôles et du poids de l’Etat, justement ceux qui nous ont amenés ici:  la pire crise économique du Venezuela de son histoire contemporaine « , a expliqué le spécialiste.  Abad, devenu lui-même critique interne de l’ère Maduro n’était plus en odeur de sainteté selon lui :  « les déclarations récentes de l’ancien ministre l’ont décrit comme un «traître» à l’héritage de Chavez, et dans les rangs du parti au pouvoir, les radicaux ne le lui  pardonnent pas.  Selon l’économiste, «les radicaux et les collecteurs d’argent sont plus proches qu’il ne le paraît».  Signifiait-il déjà qu’on ferait pression à ce point sur Abad pour le faire taire ?  C’est possible en effet tant l’atmosphère est devenue invivable en haut lieu.  Il ne risque plus de s’épancher, désormais !  L’avion (ici à gauche s’apprêtant à décoller de Puerto Ordaz) était affrété par Aeroquest, dont le responsable est un certain… Alberto Ardila Olivares, dont je vous ai tracé ici-même un portrait fort peu élogieux.  Il a décollé du terminal auxiliaire de l’aéroport Simón Bolívar de la Maiquetía, vers minuit, non sans avoir reporté son envol de plusieurs heures (8 selon des observateurs !).  Des témoins affirment que le capitaine Bejarano, commandant de bord, a interrompu une première tentative d’envol avant d’effectuer la bonne.  Selon les mêmes témoins, le son émis par l’appareil n’était pas courant pour un Learjet.  Et il n’est pas allé bien loin :  « il n’a parcouru que 14,36 milles nautiques depuis la Maiquetía (26,6 kilomètres) et a atteint environ 6 000 pieds en moyenne (équivalent à 1800 mètres ) » avant de s’écraser, note l’excellente enquête de Caraota Digital.  Le problème technique ou d’entretien demeure possible.  Plus étonnant encore, c’est l’un des deux pilotes interviewés par le même journal qui émet une idée… qui dérange :   « J’ai été très surpris quand j’ai vu les photos, de voir le passeport fondu.  Fondu dans l’eau?  Il peut être brûlé, mais fondu? J’ai été très surpris.  Il se pourrait qu’il y ait eu un incendie dans la cabine.  S’il y a une urgence dans l’avion, je pense que le plus critique est le feu de cabine. «   Et le magazine de monter le document brûlé et fondu – ici à droite)… moteur défectueux, incendie bord ou explosion ?  A ce jour on n’a pas la réponse. Mais des soupçons subsistent…

Un appareil datant de 1984 dont l’adresse du loueur est un Mac Do !!!

Il faut donc plutôt chercher d’où il vient, ce fameux Learjet.  C’est un vieil appareil,en fait, datant de 1984, qui au début de sa carrière était un avion des « United States – Marshals Service » le N368D en 1999 et 2000.  L’avion semble avoir un trou noir de… 15 ans, puisqu’on n’a annoncé son exportation au Venezuela que le 18 mai 2015.  Mais pas vraiment, car il a plutôt bien vécu avant d’atterrir chez le « shérif » :  en 1984, il était le N8567J avant d’être acheté par N8567J par Raymond C. Caballero, un avocat devenu maire d’El Paso au Texas de 2001 à 2003.  En 1987, ce dernier revend son Learjet à Cia Impulsora Deportiva de La Choya S.A. , une entreprise mexicaine fort lucrative de fabrication de maillots de football... qui le réenregistre sous l’immatriculation XA-PIM.  Le 10 décembre 1999, l’avion mexicain se fait saisir par les autorités US certainement, pour trafic de drogue, d’ailleurs.  Voici donc pourquoi il était passé sous le drapeau des « Marshals Service » !!!  Il faut attendre 2005 pour qu’il soit à nouveau revendu, toujours sous son label N368D, à K & R Enterprises LLC, et le 7 mars 2013 pour qu’il passe chez Howard Flight Services LLC qui possède alors deux Falcon 20 (N100AQ) et N404DH qui ont eux aussi bien vécu.  Malgré son âge, un Learjet de ce type s’achète toujours entre 600 000 et 1 million de dollars.  Chez Volando LLC, il n’aura donc volé que deux ans à peine, puisqu’exporté le 18 mai 2015, il s’est écrasé le 19 août 2017.  Volando LLC, petite société du Delaware qui a aussi acheté son jumeau, le N800MT mis en vente chez Gantt Aviation  (visible ici dans un hangar en Arkansas en 2010) un avion acheté le 16 février 2016 seulement.  C’est l’ex N604DS.   A noter que l’entreprise possédait aussi un Piper PA46-500TP Malibu acheté a Ball Air Llc Cheyenne, le N164ST. Mais l’avion s’est écrasé… en suède,  sur l’île de, près du lac Malaken, où il venait d’être revendu.   La raison du crash invoquée par l’excellent rapport suédois, une turbine défectueuse (mais pas de faute d’entretien).  Si Volando semble une minuscule structure, c’est pire encore pour Aeroquest, dont le site internet est toujours en ébauche, avec des textes vides et quelques pages totalement vagues (ici à droite).  Qui peut acheter deux avions à 1 million de dollars pièce  en deux ans, avec derrière aussi peu de gens, voire des boîtes postales situées à Lewes, dans le Delaware, ou des sites de locations de jets fantômes ???  Des fureteurs ont remarqué que pas mal d’adresses de CITGO (Citgo Petroleum Corporation) pointent vers Weston en Floride.  Comme l’adresse d’Aeroquest, justement.  En fait, pour cette société, c’est… celle (ici à gauche) d’un restaurant Mac Do’ !!!

Le Gulfstream qui a rejoint la mer

Ceci pour le second incident de l’été, car ce crash a été précédé d’un autre, celui d’un Gulfstream III avec 9 personnes à bord, survenu le 4 juillet 2017.  Mais relisons plutôt le communiqué officiel l’annonçant :  « le Gulfstream III est exploité par un organisme gouvernemental vénézuélien responsable du transport des fonctionnaires.  Le ministre de l’Intérieur, Nestor Reverol, a déclaré que l’avion avait quitté l’île de Margarita et signalé une panne mécanique autour de 13 h 45, heure locale.  Les eaux des Caraïbes sont à environ 45 milles (75 kilomètres) de la côte.  Il n’y avait aucune confirmation de qui était à bord de l’avion, mais Reverol a déclaré que sept des neuf étaient des pilotes ou du personnel travaillant pour l’agence gouvernementale, alimentant la spéculation qu’ils effectuaient des exercices d’entraînement ».  L’avion est cette fois un G-1159A “Gulfstream III” qui avait décollé de l’aéroport Simon Bolivar immatriculé YV-2896 et lui aussi n’est pas de meilleure jeunesse, loin s’en faut.  Là encore, les premières images montrent une mer portant de minuscules débris.  Il ne reste rien de visible de l’appareil. Fort peu de débris sont retrouvés.  Cette fois, pas de cartes d’identités… seulement quelques vestiges comme ici à droite.  Suivent d’autres informations plus précises : « L’avion, qui a quitté l’aéroport de Simón Bolívar, avait neuf membres d’équipage et n’arrivait pas à destination de l’aéroport de Santiago Mariño à Porlamar.  L’avion est enregistré au nom du Service autonome de transport aérien (SATA), de la Coordination du transport aérien de l’exécutif national.  Il a été signalé que la procédure d’urgence océanique (incertitude) a été signalée en raison de l’échec du système hydraulique et de la maniabilité à 3000 pieds de hauteur (…).  L’avion a été piloté par le major Alex Duran et parmi les passagers il y avait Miguel Brito, Kenin Porte, René Ramirez et Daniela Sparacino et Maria Ridzewsky comme passagers, selon Bocaranda ».  L’avion a laissé son « amerrissage » en ligne sur Flightware, à un détail près : il n’est pas exactement « posé ».  Ni amerri non plus :

Pas l’avion de Walid Makled, mais pire encore

Selon les derniers messages, l’avion (ici à gauche à Ordaz) aurait souffert d’une « panne hydraulique » générale et l’aurait signalée au contrôleur aérien.  Parmi les victimes on trouve, curieux hasard, le Brigadier général de l’armée de l’air vénézuélienne, Kyhumell John Ponte Soteldo Arnold, qui est le « responsable de la Direction générale de la prévention et de l’enquête sur les accidents de l’air du Ministère de l’eau et du transport aérien ».  En somme, celui qui aurait dû enquêter en premier sur sa propre catastrophe !  Il avait été nommé par décret Nº 40.091 le 17 janvier 2013.  Tous les gens à bord étaient des militaires, ou qui travaillaient pour des militaires, et qui étaient en phase de perfectionnement.  Deux corps sont retrouvés (celui de Miguel Brito et du général Marcos Pérez Gainza).  Un navire océanographique est détourné pour les recherches.   Aeronoticias Venezuela, site officiel, a entre-temps indiqué que l’avion Grumman III a été acquis en novembre 2014, pour un montant de 2 895 980 dollars et appartenait au service autonome de transport aérien (1).  Evidemment, dans la presse, la présence à bord de deux femmes, dont la jeune étudiante Daniela Sparacino, fait plutôt jaser.  Mais ce n’est pas ça qu’il faut noter (sa mère, Maria Ridzewsky, était à bord).  Encore une fois c’est le pedigree de l’appareil qui vient de tomber.  C’est un vieux coucou encore :  sorti en 1986 il a rejoint d’abord le gouvernement jordanien, pour devenir JY-HZH, avec une livrée genre Grand Prix deFormule 1 chez Lotus (ici à gauche)….  Puis de 1097 à 2005 il est devenu N1956M chez Hunter Air Corporation, puis Hill Air Company LLV, Bluebird Acquisitions LLC et Falcon West LLC et de 2006 à 2010 sous l’immatriculation N469TB, puis N598GS (ici à Long Beach en 2010) et N698GS chez Centralize Leasing Corporation pour atterrir dans le Delaware à nouveau chez ADP Aviation of Delaware Inc le 29 janvier 2013. L’avion n’a donc pas appartenu à Walid Makled comme avait pu le clamer le journaliste Nelson Bocaranda, qui a affirmé que « Reverol l’avait saisi lorsqu’il était à l’ONA ».   Makled, on le rappelle, a été arrêté le  13 septembre 2012 au moment où le Gulfstream était chez Centralize Leasing Corporation.  La société est une division de Golden State Foods (GSF), qui a pour principal fonction industrielle de fournir les ingrédients des Mac Do !  Non, c’est plus surprenant encore. Selon le ministre Reverol lui-même, le Gulfstream, alors âgé de 27 ans, a été acheté 2,89 millions de dollars.  A sa sortie il en valait 37 millions, il est vrai.  Il n’a donc pas été « saisi ».   Mais acheté, donc, le 4 avril 2013, alors que la société qui le vendait, appelée Inter State Supply Overseas Corporation l’avait elle-même achetée… un mois et demi plus tôt à ADP Aviation !!! Une culbute bien rapide, et rondement menée semble-t-il, semble avoir été faite (on le voit ici en Equateur le 27 juillet 2013)…  Or, c’est là que l’on découvre un pot aux roses plutôt sidérant.  Car une recherche rapide sur le vendeur nous donne vite les noms des personnes derrière l’entreprise.  Elles ne se sont même pas cachées.  On ne peut pas les rater : « Inter State Supply Overseas, Corp, has two directors. They are: De Pinho Hernandez Antonio Jose, De Pinho Johnston Lourdes (2). » peut-on lire partout !  Or ces deux-là, vous les connaissez bien et moi aussi !  Je vous l’avais précisé et écrit déjà ici le 16 septembre dernier, mais a propos d’un autre appareil :  « L’avion avait été affrété par l’entreprise « Caso Solid Show », dont les gestionnaires, Antonio José De Pinho Hernández, José G. De Pinho Hernández, Lourdes Johnston et Ramón Arcay possèdent aussi les entreprises Interstate Supply Corp, GMS Global Management, Real Broker Int, Medisec LLC et Pinhos Group Corp.  Au Venezuela, Interstate  Supply CA était représenté par Victor A Cairos et De Pinho Hernández.  Inter State Supply avait acheté l’avion à ADP Aviation, inscrit au Delaware sous l’immatriculation N62DK, devenu au Venezuela YV544T.   C’est Aeroquest qui gérait en fait l’appareil et fournissait les pilotes. »  En somme, le même schéma que l’achat et la revente du Gulfstream YV-2896 !!!  Depuis bien sûr, la société a fermé ses portes, le 25 octobre 2015 (mais depuis s’est rééouvert et à la même adresse, « Real Broker International LLC !).  Oui, ce sont exactement les mêmes qui ont été pris la main dans le sac en République Dominicaine avec 450 kilos de coke à bord de leur Learjet YV544T, acheté lui aussi à ADP Aviation, les mêmes  qui ont réussi à fourguer près de 3 millions de dollars un avion aux militaires vénézuéliens !!!

Nestor (Reverol) s’est soit fait avoir, soit il est dans le coup (et il cache des choses, donc), c’est impossible autrement !!!  CQFD !

 

PS : à ce jour (ici au 15 septembre dernier) on n’a toujours pas retrouvé l’épave de l’avion malgré les moyens mis en œuvre.

(1) ce qui semble élevé ; aujourd’hui trois ans après, certes, on trouve un Gulfstream III chez le broker Controller (ici à gauche) à … 895 000 dollars;  moins du tiers, un prix négociable (« make un offer) ».  On peut donc en conclure que Reverol s’est fait rouler dans la farine !  L’avion est le N17LK de chez Pollard équipé de Rolls-Royce Spey 511-8.

(2) avions et bateaux : le premier est enregistré comme « De Pinho Hernandez Antonio Jose is an importer in Venezuela that imports products from United States in Port Everglades. Transportation Type Maritima ».

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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