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Coke en stock (CLVII), dossier Venezuela : 9) coke, armes et jet-set ont toujours fait bon ménage

C’est en 2012 que l’on a pris réellement conscience de l’intensité du trafic de cocaïne vers l’Afrique de l’Ouest, même si l’affaire trouble du Boeing du Mali ou les petits bimoteurs ayant tenté la traversée de l’Atlantique avaient déjà fait retentir les sonnettes d’alarme.  Si l’affaire malienne, avec le blocage complet de la scène de crash par le président ATT lui-même avait laissé envisager que l’énorme flux de cocaïne ne pouvait se faire qu’avec une complicité étatique à l’arrivée, on s’était aussi tourné vers le pays de départ de l’appareil, ou plutôt celui où avait été chargé la coke à bord : le Venezuela.  Trois ans plus tard, on allait avoir la vérification des doutes sur le rôle exact du pouvoir dans ce gigantesque trafic.  Et c’est aux Canaries, que l’on allait tomber sur un avion bourré de coke en forme de chaînon manquant.  Un faux transport humanitaire dans un jet privé, et une étrange filière menant au Liban, le pays d’origine de Tareck el Assaimi, aujourd’hui vice-président du Venezuela, était mise à jour.  Le trafic, interrompu, était en fait surveillé depuis au moins… trois ans.

L’image est fort parlante.  Sur le tarmac de l’aéroport de Las Palmas Grande Canarie, où s’est parqué un grand Gulfstream Global Express, des employés de l’aéroport sont en train de vider la cabine de l’avion.  Sur la piste, des sacs sont alignés.  Ce qu’on ne voit pas, c’est qu’ils possèdent tous des auto-collants de la Croix-Rouge.  L’appareil a été cerné auparavant par des camionnettes noires de la police locale.  Si elles sont là, c’est aussi parce que l’avion était attendu.  Enfin pas exactement sur cet aéroport, mais disons que son vol avait été suivi de près… par la DEA américaine et Interpol.  On savait quelque chose sur le 9H–FED (l’avion était en effet Maltais) bien avant qu’il ne décolle du Venezuela.  On l’attendait, mais pas aux Canaries (c’était Afrique de l’Ouest et au Bénin exactement au départ !).  L’avion a été « ciblé » depuis plusieurs mois par l’antidrogue.  Sur le tarmac de Las Palmas de Gran Canaria on pose 47 sacs de cocaïne dont le total ne fait pas moins d’une tonne et demie (1 588 kilos exactement) !  L’île à touristes n’en revient pas :  le bel appareil parti de nuit de de l’aéroport Arturo Michelena International, situé dans la ville de Valencia,qui se détache sur le fond bleu de l’Atlantique est un des avions de la coke vers l’Afrique de l’Ouest !

L’équipage au début n’est pas très discret et on le comprendra bien plus tard quand le commandant de bord, dont l’identité à été modifiée et qui vit désormais sous un faux nom pourra (enfin) raconter ce qui s’est exactement passé.  Le 12 août au soir, une équipe de militaires vénézuéliens les a forcés, lui, son copilote et l’hôtesse autrichienne à charger à Valencia la cocaïne, dont la valeur est estimée à plus de 100 millions de dollars.  Les trois familles de l’équipage ont été menacées :  les assaillants étaient particulièrement bien renseignés.  Ils savaient toute la vie privée de chacun.  On comprend pourquoi les policiers n’arriveront donc pas à les faire parler tout de suite.  Il faudra attendre que ces familles soient protégées, en les déplaçant et en leur octroyant une autre vie.  Interpol le sait aussi et, dès le décollage de l’avion, a commencé à évacuer ces familles.  Si bien qu’au milieu de l’Atlantique, le pilote peut tenter le coup du ravitaillement obligatoire, alors qu’avec le plein effectué un Challenger peut effectuer 13 000 km d’un seule traite.

L’équipage pris en otage, l’étrange et fugace passagère

Au fil de l’enquête, on s’aperçoit qu’une bien étrange femme s’est mêlée à l’événement, qui est donc un kidnapping d’équipage de jet.  Celle-ci n’est plus à bord :  l’avion avait fait une pause déjà à à Valencia, au Venezuela, en venant de La Grenade et une femme « australienne » en était débarquée.  Or c’était elle qui avait commandé à un tour opérateur libanais, Princess Aviation« , un périple de vacances de riches qui partait du Maroc (où était montée la dame) pour filer vers Trinité-et-Tobago dans les Caraïbes, puis au Venezuela avant de retourner au Bénin, en Afrique comme destination de retour.  Un drôle de voyage, dans lequel on ne revient pas d’où on est parti, et dont le prix surtout était de… 186 000 dollars.  La suite je l’ai racontée, déjà (en fait c’est le magazine allemand Der Spiegel qui l’a fait en premier, après avoir attendu que les trois membres de l’équipage et leur famille ne craignent plus rien (ce qui a pris 2 ans à vérifier et à assurer):  « Arrivée à Trinité-et-Tobago, la dame se montre plus exigeante, alors qu’elle a été affable durant tout le trajet, et réclame un hôtel particulier.  Arrivée au Venezuela, lorsqu’elle se rend à son hôtel, le pilote allemand fait le plein de 19 000 litres de kérosène, pour repartir, mais un employé de l’aéroport exige au talkie-walkie et que le pilote oriente pour se faire l’avion à 180°, une demande plutôt inhabituelle, appuyée au téléphone par la designer.  Le pilote ne se rendra compte que plus tard que, ce faisant, la porte de l’avion ne tombait plus dans le champ des caméras de surveillance de l’aéroport.  Puis elle demande à l’équipage d’aller dormir à l’hôtel, ce que ce dernier refuse, ne désirant pas laisser l’avion valant plusieurs millions de dollars sans surveillance.  Il restent donc à trois à bord pour y dormir.  Mais à deux heures du matin, ils sont réveillés par des hommes en armes qui sont à la porte de l’appareil et qui apportent à bord des sacs en plastique blancs tissés portant des croix rouges.  En 20 minutes à peine, l’avion est rempli par une noria de militaires avec pas moins de 47 de ces sacs et les hommes repartent aussitôt, l’occasion pour le pilote allemand d’appeler son patron suisse pour expliquer ce qui se passe exactement.  Des militaires, sur le tarmac, indiquent par gestes aux deux pilotes que s’ils tentent quoi que ce soit, l’avion sera détruit par des tirs d’armes automatiques dans les réservoirs.  Le décollage s’impose donc, ce à quoi se réduit l’équipage en pensant même pouvoir jeter les sacs en vol :  à peine en l’air, un téléphone satellitaire menace l’équipage de représailles familiales s’il ne se dirige pas vers le Bénin et non le Brésil comme initialement convenu : les trafiquants ont manifestement lu les passeports des pilotes et de l’hôtesse et connaissent très bien leurs adresses personnelles.  Au bout du téléphone, c’est la voix de… Ryma Taouk, qui se veut rassurante, malgré tout, à condition que l’équipage suive ses ordres qui consistent à mener l’avion en Afrique.  Les pilotes appellent néanmoins leurs familles pour leur dire d’aller se cacher et de quitter leur habitation, ayant pris conscience du danger de la situation.  Ils appellent aussi Interpol, qui leur signale que l’avion est considéré comme volé par les autorités vénézuéliennes.  Interpol, qui propose alors aux pilotes de se rendre aux ïles Canaries, en leur promettant une protection totale.  Ce qui n’est pas gagné au départ ».  La fameuse dame s’appelle Ryma Taouk, et se présente sur le net comme designer d’intérieur.  Et elle est libano-australienne, ce qu’au Venezuela on oubliera de préciser.  Curieusement, elle a aussi pris un autre avion du Venezuela et elle a atterri à l’aéroport de Grande Canarie le 13 août 2012, un jour après que le Gulfsteam ait été interceptée à Las Palmas.  Elle est arrivée par le vol ordinaire IB-6644 de Caracas.  Au cours de l’opération, Taouk avait utilisé un faux nom, car le commandant de bord l’a bien reconnue à travers une photo, mais en lui attribuant un nom différent. Comment a-t-elle pu quitter Caracas aussi facilement sans être inquiétée, et pourquoi avait-elle donc suivi le premier appareil ?  Ça s’est la première partie de l’événement.  Ce qui est déjà assez étonnant à vrai dire.  Mais la deuxième partie le sera bien davantage encore…`

Retour en arrière … à Amsterdam !

On change d’époque pour retrouver l’origine de cet incroyable scénario.  On plonge alors loin et on remonte… en 1994.  Cette année là, on découvre un dépôt d’armes à Amsterdam.  Puis un deuxième cinq ans après en 1999.  Leur particularité est qu’ils appartenaient au même trafiquant d’armes, qui se retrouve donc condamné deux fois pour ce trafic :  il s’appelle Robert Mink Kok.  L’homme a vite compris que son gang, au départ simple groupe de petits délinquants ultra-violents, pour tenir dans le temps, doit donner des informations à la police, ce qu’il fait très vite.  Dans les affaires d’armement, c’est souvent une constante incompressible (n’est-ce pas, Claude Hermand ?).  Mais le trafic des armes ne suffit plus déjà à ses ambitions mafieuses.  Après diverses actions mafieuses, le voici arrêté au Liban le 3 août 2011 pour trafic de 54 kilos de cocaïne (lire ici une partie de sa vie).  Il purgera pour cela une peine de 8 ans à partir de 2013 dans la terrible prison de Roumieh.  Au Liban, où il avait été photographié avec un bazooka dans les mains, il avait rencontré la fille d’un homme d’affaires libanais. Libéré depuis, il s’est installé à Marbella selon la presse hollandaise.  L’homme avait un CV bien rempli, avant de plonger, et des contacts… passionnants, ce que rappelle ici « le voyage avec Hillis devait être quelque part au début des années 90, au moment où le Liban était déchiré par une guerre civile.  Au cours de cette période, Kok aurait également recueilli des informations sur les parties en conflit, des connaissances qui pourraient être importantes pour les services de renseignement et d’enquête.  Ces corps, comme la CIA américaine, ont eu de la difficulté à pénétrer dans le pays.  Kok aurait bénéficié d’une protection spéciale du secrétaire américain Robert Nieves, alias « Snowman ».  Nieves avait travaillé en Amérique du Sud et il avait maintenu des contacts avec le cartel de Cali colombien. Apparemment, Kok aurait également offert ses services au service secret anglais qui a ensuite essayé de libérer un négociateur britannique en otage, l’archevêque Terry Waite.  C’est la question de savoir si ses contacts antérieurs ou actuels peuvent le protéger contre la confrontation plus récente de Kok avec les organismes d’enquête. »  Armes, cocaïne, CIA :  le cocktail explosif habituel !

Des armes et de la coke

Cela ne s’arrête pas là :  la libanaise qu’a rencontré Kok, prénommée Siba est devenue sa femme.  Or la dénommé Siba a aussi un frère, qui s’appelle Ali Koleilat Dalbi, qui lui aussi à un CV déjà bien chargé et un lien vers les pays-bas (elle a aussi un autre frère appelé Zacharia) :  en 2007, il a été condamné aux Pays-Bas pour un trafic de voitures de luxe volées qui étaient revendues depuis la Belgique et les Pays-Bas à de hauts fonctionnaires africains !!!  Et il ne s’est pas arrêté en chemin semble-t-il : on le trouve en 2003, comme fournisseur d’armes pour Charles Taylor, et son nom est aussi cité en 2011 pour un trafic de cocaïne en République dominicaine, où une tonne est saisie, qui attendait de partir vers l’aéroport de Deurne, près d’Anvers !!!  L’homme utilise six faux-noms différents et dispose de deux passeports libanais, d’un vénézuélien, d’un libérien et d’un néerlandais.  La presse hollandaise (Crime Site) avait ainsi expliquée l’affaire, après son arrestation lors d’une réunion à l’hôtel Novotel de Luithagen, dans la zone portuaire d’Anvers :  « Ali Koleilat possède également un passeport néerlandais.  Il a été arrêté il y a quelques mois à Bruxelles, également à la demande de la DEA.  Les Américains voient Ali Koleilat comme l’un des principaux suspects derrière un transport de drogues échoué de 1 077 kg de cocaïne interceptés en 2011 à l’aéroport de la République dominicaine » (il y avait 20 valises à bord).  « La drogue étaient cachée dans un jet privé qui devait voler au centre d’affaires d’Anvers à Anvers.  À la suite de cette recherche sur le trafic de drogues, le néerlandais Nico Epskamp, ​​ancien rédacteur en chef du magazine Bonjo, a été arrêté. »  « Le réseau autour d’Ali Koleilat maintiendrait des liens commerciaux avec le Hezbollah logé au Liban, considéré par les Américains comme une organisation terroriste.  Ali Koleilat était précédemment associé à un trafic illégal d’armes avec l’ancien seigneur de guerre libérien Charles Taylor ».  Une presse qui ajoute plus loin  que « La Drug Enforcement Administration (DEA) soupçonne Zakaria Koleilat de blanchiment d’argent via Amsterdam, New York et le Nigéria, et des préparatifs pour la mise en place d’une contrebande de coca de 500 kilos entre la Colombie et le Bénin, en Afrique de l’Ouest, aux États-Unis et Europe ».  Nous étions alors le 3 juin 2014, deux ans après l’interception du Gulfstream à Las Palmas…  Ici en photo l’interception de 1077 kilos de coke le 15 décembre 2011 – Nico Epskamp est le deuxième à droite.  A côté de lui figure l’anglais Rawson Watson.  Espskamp a été condamné à 22 ans de prison.  Rawson avait déjà été condamné en 2003 pour un trafic de monnaie espagnole.  Le troisième larron de l’affaire, Nayef Mahmoud Fawaz, un libanais et celui qui avait affrété l’avion a été arrêté au Panama en juin 2012 et extradé aux USA le 3 juillet suivant.  Selon Epskamp lui-même l’avion était un Learjet, venu des Bahamas.  Or selon un rapport cité par Dialogo, le vol du 15 décembre avec 1 o77 kilos de cocaïne était celui d’un Challenger de 24 sièges qui devait décoller de la La Romana vers Anvers.  Dans les différentes dépositions, lors du procès, il n’est sciemment mentionné qu’un avion portant la lettre « N » au début de son immatriculation et rien, jamais rien d’autre…

Des armes pour Charles Taylor, une famille de trafiquants

On en a appris d’autres encore sur le personnage (ici c’est dans DH.be) :  « le beau-frère de Koleilat est également impliqué dans la vente d’armes.  Son entreprise Kleilat Group Corporation (KGC) a livré en 2002 un important arsenal composé d’hélicoptères (MI-17), des missiles antichars (RPG-7) et des missiles surface-air (SAM’s).  Le commanditaire était officiellement l’armée ivoirienne mais d’après un panel d’experts du Conseil de sécurité de l’ONU, les armes étaient en fait destinées à l’ancien dictateur libérien Charles Taylor.  En 2003, Koleilat aurait procuré à Taylor un Boeing 727 afin de l’aider à s’enfuir au Nigéria et aurait maintenu des contacts avec lui jusqu’en 2009.  En 2013, Taylor a été condamné à 50 ans de réclusion pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.  Le Conseil de sécurité de l’ONU a fait geler en 2006 les avoirs de Koleilat en raison de ses liens avec Charles Taylor. Koleilat a toujours nié avoir livré des armes à Taylor et les sanctions du Conseil de sécurité ont été levées en 2010.  Le Libéria n’était pas le seul pays d’Afrique de l’Ouest où Ali Koleilat a opéré.  Deux généraux de l’armée de la Guinée-Bissau ont été arrêtés en avril 2013 lors d’une opération menée par la DEA en raison du rôle qu’ils avaient joué dans le réseau de drogue du Libanais.  La DEA est en outre convaincue que Koleilat entretient des liens étroits avec le Hezbollah ».  En fait c’est toute une famille, qui fait de même, poursuit DH.be : « Ali Koleilat est loin d’être le seul membre de sa famille connu de la justice.  En mars 2013, le tribunal de Bordeaux a en effet condamné Yehia Kleilat Delbi en Nagi Koleilat, deux autres membres de sa famille, à 8 et 5 ans de prison ainsi qu’à une amende de 1 213 050 euros pour les rôles de premier plan qu’ils avaient tenus dans une opération de blanchiment d’argent provenant d’un trafic de drogue entre l’Amérique latine et le Moyen-Orient, via l’Allemagne, les Pays-Bas, la Belgique et la Grande-Bretagne.  Lors de son procès, Yehia Kleilat avait par ailleurs affirmé avoir acquis sa fortune en travaillant pour le dictateur libérien Charles Taylor ».  Un Ali Koleilat qui à l’époque était parti s’installer à…. Monrovia.  Chez les Koleilat, c’est tout une histoire de famille, la drogue !

Les armes de Viktor

Ce rôle de livreur d’armes, l’entreprise Kleilat Group Corporation (KGC) l’avait mené en compagnie d’un autre homme, à l’époque le meilleur représentant de ces profiteurs de guerre : Viktor Bout.  En 2011, déjà, j’en avais retrouvé la trace et avais alors écrit : « pour une fois, la vente et le transport ont échappé à Viktor.  Qui semble s’être trouvé un autre dérivatif.  En réalité, il s’est fait doubler, là, par un libanais plus adroit, résidant lui aussi à Monrovia.  « l’Iliouchine 76 Téhéran-Monrovia que l’on a vu se poser le 2 mai dernier (en 2003, c’est le quadriréacteur EP-TQJ – ici à droite-, de la compagnie Queshm Airways) sur l’aéroport de la capitale libérienne est à ce sujet un cas d’école.  Il a été affrété par la Kleilat Group Corporation, une société dirigée par un homme d’affaires d’une trentaine d’années, Ali Kleilat’ (c’est ainsi qu’avait à l’époque été orthographié Koleilat, par confusion avec le nom de sa société).  Ce Libanais résidant à Monrovia, propriétaire d’un jet privé, détenteur de plusieurs passeports ordinaires (néerlandais, britannique, vénézuélien…) et diplomatiques (libérien et ivoirien), manifestement fortuné, est à la fois consul honoraire du Liberia au Brésil et conseiller auprès du ministre de la Défense de… Côte d’Ivoire. »  Ali Keilat, suivi un peu partout semble-t-il…. (idem en 2010).  L’acte d’accusation de la justice de Monrovia est édifiant, en effet, envers les trafiquants arrêtés :  selon lui, Chigbo Umeh, 42 ans, un Nigerian (surnommé (« Emeka Okonkwo », « Chigbogu Umehwunne », « Mike Chibue » ou encore « El Negro »), est bien, depuis des années, le courtier organisateur du transport de nombreuses tonnes de cocaïne d’Amérique du Sud vers l’Afrique de l’Ouest, d’où la cocaïne était transportée après vers l’Europe ou ailleurs en Afrique, ou même vers les Etat-Unis où elle pouvait aussi repartir !  Mais on insiste surtout dans ce document sur « Salazar Castano, 44 ans, qui est de Colombie, un fournisseur de cocaïne basée en Colombie et en Espagne, et qui, de concert avec ses co-conspirateurs, a envoyé des gros aéronefs commerciaux contenant la cocaïne d’Amérique du Sud en Afrique de l’Ouest, ainsi que de petits avions privés qui partaient des pistes d’atterrissage clandestines au Vénézuela ».  Umeh et Castano se feront piéger grâce à un rendez-vous avec que le directeur de l’Agence de sécurité nationale du Libéria (RLNSA), qui se trouve être le fils de la présidente Ellen Johnson Sirleaf, qui avait accepté de jouer l’appât, ce qui était extrêmement dangereux.  C’est le pilote russe Konstantin Yaroshenko, qui sera contacté par l’envoyé de la DEA en Ukraine pour fournir l’avion et l’équipage et transporter la cargaison de cocaïne d’Amérique du Sud au Libéria, puis une partie au Ghana.  Selon l’enquête, Yaroshenko, pilote pour Viktor Bout, avait proposé le tarif de 4, 5 millions de dollars US pour le transport du Venezuela au Libéria et 1, 2 millions de dollars de plus pour l’acheminement du Libéria au Ghana.  « Le 15 mai, l’affaire semble bouclée.  Yaroshenko se dit prêt à transporter de 6 à 7 tonnes de cocaïne.  Et pour rassurer ses interlocuteurs Umeh affirme que ce sont les FARC, les Forces armées révolutionnaires de Colombie, qui assurent la sécurisation du départ des cargaisons de cocaïne en Colombie. Manifestement plus confiant que jamais, Umeh fait des plans sur la comète avec l’indicateur de la DEA, deux jours plus tard.  Il affirme être impliqué dans un trafic d’ectasy et de méthamphétamine et propose à son interlocuteur de construire un laboratoire au Libéria et d’utiliser le patron de l’agence anti-drogue libérienne pour importer les produits chimiques entrant dans la composition de ces drogues.  Il dit même disposer de chimistes mexicains et avoir identifié des marchés potentiels au Japon et aux Etats-Unis.   Les 28 et 29 mai 2010, le piège se referme.  Sept membres du réseau, dont Chigbo Peter Umeh, sont arrêtés et extradés, pour majorité aux Etats-Unis ».  L’histoire ne dit pas dans quel appareil devait être transportée la coke, mais les 7 tonnes annoncées obligeaient à utiliser un autre appareil que l’Antonov 26 habituel de Yaroshenko.  A ce moment-là, Viktor Bout négociait l’achat de deux vieux DC-8 chez sa banque de Wachovia.  En colombie, le trafiquant Francisco González Uribe, pensait la même chose.  On peut penser que l’un des deux aurait pu servir.  Ou un bon vieux Ill-76 venu de Moldavie, un des avions fétiche de Viktor Bout, Yaroshenko ayant proposé aussi un Antonov 12 dont il connaissait aussi très bien le pilotage.  En Floride, on avait pris l’habitude de voir les Antonov 12 de SRX Group, en fait la société américaine créée par Avialeasing Aviation Company, une compagnie de cargos aériens installée à Tashkent, en Uzbekistan.  L’entreprise avait aussi un Antonov An-26 et un Ilyushin Il-76MD.  Les Antonov 12, effectuant la route vers l’Asie centrale, demeurent de fréquents visiteurs d’Opa-Locka ou de Miami en Floride.  Ici un exemplaire stocké sur place (le UK-11418).  Constantin Yaroshenko a été condamné à 20 ans de prison en 2011 pour trafic de drogue, et il a vu son extradition rejetée en 2017.  Selon lui, il a surtout servi à coincer Viktor Bout (qui l’a été autrement avec un autre Ill-76 rempli d’armes découvert à Bangkok en 2008 dans lequel on l’a accusé d’avoir voulu livrer des missiles air-sol aux Farcs :  on revient en Apure !).

Une autre tentative de prévue

Il faut savoir aussi qu’avant de tenter de recruter Yaroshenko et son Ill-76, les colombiens, impatients de transférer leur cocaïne en masse en Afrique de l’ouest pour l’acheminer après en Europe, avaient résolu d’utiliser une demi-mesure : des jets privés, explique ici The Gardian. « en espérant solliciter l’aide de (Nabil) Hage pour trouver un avion plus vaste et un pilote, les Colombiens n’avaient pas besoin des services de Yaroshenko pour piloter leur premier envoi en Amérique du Sud.  En avril 2010, ils ont finalisé des plans pour envoyer 2 000 kg de cocaïne à Monrovia par un jet d’affaires Gulfstream contrôlé par un des trafiquants, un colombien nommé Marcel Acevedo Sarmiento.  L’expédition devait être effectuée d’ici la mi-mai.  Cependant, les trafiquants voulaient encore embaucher Yaroshenko pour piloter une partie de l’expédition du Libéria au Ghana. Chigbo l’enverrait de là en Europe, entre les mains de concessionnaires en vrac aux Pays-Bas et ailleurs ».  Acevedo Sarmiento a été condamné à 12 ans de prison en 2013 à Manhattan.

La filière libanaise, épaulée par Dubaï

C’est El Colombiano comme journal qui relie fort justement les libanais au colombiens :  « Le clan des libanais liés à « la Oficina » a été découvert en 2009, lorsque le Trésor US a appliqué des sanctions à une structure de 19 personnes dirigée par Francisco Flórez Upegui, alias «Don Pacho» (extradé en 2009), prétendu partenaire de la structure de la mafia à Medellín .  Selon la DEA, il a commencé ses activités illégales dans les années 80, sous Pablo Escobar.  Lorsque son groupe a été démantelé, « Don Pacho » a continué à exporter de la drogue vers les États-Unis, en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient.  Son empire s’est effondré en 2013 avec l’Opération Titan, où Chekri Mahmoud Harb (ici à droite), alias « le Taliban », un militant du Hezbollah qui prétendait travailler pour « la Oficina » est également tombé ».  José Alberto Henao Jaramillo, qui avait réussi à échapper à Titan, avait aussi des liens du même type. Les libanais, quand on ne les trouve pas au Venezuela, on les trouve dans leur fief de Tampa, en Floride.  Autre liaison dangereuse libanaise révélée par l‘affaire :  celle de Fidelio Cavalli, qui aurait été le véritable affréteur du Challenger, via sa compagnie de voyages Royal Advisors Group.  Or lui aussi c’est un libanais, vivant aux Etats-Unis et membre (fort) voyant de la jet set, photographié à moult reprises en compagnie de diverses célébrités, dontParis Hilton, Michael Shoemaker ou le Prince Harry.  Un flambeur (qui ne rate aucun plan dans le genre), aucun, vraiment aucun !), organisateur de soirées festives où ne circule pas que du champagne, ce qui est un secret de polichinelle dans le milieu.
Et selon un de ses amis, Khalil Milan, Cavalli aurait été introduit auprès de Mohammed al Habtoor, fils d’un multimillionnaire arabe de Dubaï, grand fan de polo, le responsable du groupe Habtoor.  Cavalli expliquant à la police que c’est le père de Mohammed al Habtoor, Kahlaf, qui aurait en fait demandé le jet auprès de Macair Inc (ancien Komar Aviation Group), qui aurait ensuite contacté  Hyperion Air out à Malte pour lui fournir l’avion.  Alambiquée, l’explication.  C’est l’avocat de Macair, Najib Khoury qui a révélé les faits, affirmant que les échanges de mails avec Cavalli ayant été depuis particulièrement vifs (la presse évoquant des appels téléphoniques commençant par .. »You Hurensohn » (« fils de pute » en allemand).  A noter que le responsable de Komar-Macair s’appelle Dori F. Abouzeid (ici à gauche) et qu’il est aussi le fondateur de « The American Chamber of Commerce of The Kurdistan Region of Iraq » sur Twitter, il écrira « God bless Kurdistan the Peshmargas and the leadership!« .  Il se veut aussi le promoteur d’Erbil comme ville.

L’explication finale

Vous allez me dire mais quel rapport entre ses sbires libanais et notre Gulfstream de départ ?  Oh, il est simple.  Très simple.  A Beyrouth, une femme vient se livrer un soir à la police.  C’est la fameuse Ryma Taouk, justement, l’accompagnatrice du début du voyage du Gulfstream et celle de sa « tournée » touristique devenue convoyage de centaines de kilos de coke.  Elle vient dire aux policiers qu’elle a été l’objet d’un deal mafieux :  on lui a promis 30 000 euros si elle réussissait à amener en Afrique un chargement « illégal » dont elle dit ne pas avoir su la teneur exacte.  Et elle affirme l’avoir fait au nom de d’Ali Koleilat Dalbi… Bingo !  A-t-elle réellement était l’objet de ce dont elle parle ou bien a-t-elle jugé qu’il valait mieux pour elle de se présenter ainsi, mais un peu tard ?  Son comportement dans l’avion raconté par le pilote signifiait plutôt le contraire.  A-t-elle pris peur après coup de ce dont été capable le clan Koleilat, réputé violent ?  Cherchait-elle à s’en protéger désormais après en avoir été complice ?  Et pourquoi en ce cas avait-elle débarqué elle aussi à Las Palmas, sinon pour suivre les événements sur place ???  A ce jour personne n’a résolu ces choix étranges.  Et ce n’est pas fini encore, car au Venezuela aussi c’est le branle-bas de combat après la découverte de la tonne de coke à Las Palmas.  Une partie d’un énorme réseau vient de tomber, et il convient d’en désamorcer les effets collatéraux, car l’avion est parti chargé de cocaïne du Venezuela, et ce sont des militaires du pays qui ont effectué le chargement.  Ils ont été pris la main dans le sac, c’est le cas de le dire, et ces militaires, et leurs responsables politiques savent que la CIA ou les services secrets allemands qui ont débriefé les pilotes le savent aussi.

Apparition du « Narco of Aragua »

L’homme qui va venir devant les cameras pour disculper son propre pays est étrangement d’origine… libanaise.  On lui prête même des liens avec le Hezbollah, dont une grande partie des revenus provient du trafic de drogue, ça tout le monde le sait (et comme en 2011, pour venir expliquer la fameuse « opération contrôlée de l’YV2531 !).  Ce jour-là, Tareck El Assaimi va faire le show, comme à son habitude, en expliquant sans sourciller que l’avion.. « a été volé », « puisqu’il a décollé de nuit alors que les pistes étaient encore fermées » (il est ici en pleine démonstration à gauche, baguette et micro à l’appui).  Pour les enquêteurs d’Interpol, ça ne tient pas debout comme explication.  Ils savaient eux à l’avance que l’envol devait se faire, d’un avion chargé de cocaïne :  ils l’attendaient là où il devait atterrir (au Bénin, ou en Allemagne).  Ce ne pouvait être un avion « volé » !!!  Un peu gêné quand même, il annonce l’arrestation de neuf gardes de la Bolivarian National Guard (GNB) et d’un membre des services secrets de la Sebin.  De simples brebis galeuses, sacrifiées sur l’autel de la virginité de l’Etat.  Mais Tareck, ce jour-là, peine à convaincre.  Surtout Interpol ou la DEA, qui, mis au fait des circonstances par un pilote désormais mis à l’abri, savent qu’il a participé de près ou de loin à l’expédition.  Au Venezuela, en effet, Koleilat avait maintenu un contact étroit avec lui, car c’est El Asssaimi qui avait été chargé de lui fournir le passeport vénézuélien, alors qu’il était à la tête du bureau d’identification sous le gouvernement d’Hugo Chavez… le 18 août 2012, c’est sûr, on venait de comprendre que la cocaïne, au Venezuela, se gérait aussi au plus haut lieu de la classe politique !  C’est depuis aussi ce jour, sans doute que Tareck est devenu le « narco of Aragua ».

 

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