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Coke en stock (CLVI), Dossier Venezuela : 8) il n’y a pas que du pétrole, dans le pays…

Ce qui ressort aussi de cette enquête, ce sont les liens nombreux restés en place entre le Venezuela et la Floride, où beaucoup d’entrepreneurs ayant gardé la double nationalité se sont installés, en compagnie de pas mal de dirigeants de PDVSA, désormais sous la sellette au Venezuela, avec le boulet de sa dette abyssale accumulée.  Parmi ces entrepreneurs, l’un d’entre eux, pris sur la main dans le sac à transférer de la coke via une compagnie aérienne dirigée par son fils.  Lui-même disposant d’une entreprise de tourisme aérien vénézuélienne fort prisée, faisant admirer les beautés géographiques du pays.  La poursuite de l’enquête menant alors aux origines mêmes du trafic :  celui des petites compagnies aériennes minières et de leurs pilotes casse-cous, dont plusieurs se sont reconvertis « naturellement » dans le trafic de cocaïne, histoire de continuer à voler avec certaines sensations et non de façon routinière.

 

Le 13 janvier 2008, un Beechcraft 1900 en provenance de La Romana, en République dominicaine se pose à Fort Lauderdale, piloté par Rafael C. García Benfeles et José J. Bottiny Silva.  Il est immatriculé au Venezuela (YV219T, ici à droite), c’est le numéro de série UC118, fabriqué en 2005).  L’avion appartient à International Aviation LLC, une toute petite société de  société de la Floride, qui l’a été acheté deux ans auparavant 1,1 million de dollars directement chez Raytheon Aircraft Company.  Un beau rabais déjà : était vendu neuf 4,995 millions de dollars (en 2002 à la fin de sa production démarrée en 1985, et l’engin garde une côte élevée).

De la coke particulièrement bien planquée

Des inspecteurs de la DEA, (particulièrement bien renseignés par un informateur), montent à bord… et ne découvrent rien tout de suite.  Mais l’un des agents, Russell L. Johnson, plus curieux que les autres, remarque des vis métalliques non peintes sur les côtés de panneaux situés à l’arrière de l’avion, des deux côtés de l’avion. Une fois les plaques des tenant dévissées, il découvre les premiers paquets de cocaïne.  Après plusieurs heures de recherche encore, une deuxième perquisition, et l’aide d’un chien renifleur (et d’indications plus précises de l’informateur !) d’autres paquets sont découverts sous un panneau du plancher (exactement comme le seront les paquets découverts sur le Gulfstream II de Christian Dupre Arroba, Marco Cannizzo Gaona, et Manuel Weisson intercepté à Fort Lauderdale en juillet 2015 : les deux photos d’illustration sont celle de la saisie du Gulfstream et non du Cessna 1900, précisons-le). La coke était placée autour des câbles de commande et cachée sous les planches de l’aéronef (comme l’autre, je vous l’ai dit !).  Il y a 68 paquets, « la plupart avec le logo d’un coq dessus » notent les enquêteurs.  Un autre agent déclarera qu’il avait fallu « au moins huit à douze heures pour cacher la cocaïne dans le Beechcraft de cette manière sophistiquée ».  En tout, il y a pour 170 kilos de cocaïne à bord !  Il y en a pour 7 millions de dollars  (à 41 000 dollars le kilo) !!!  Les enquêteurs découvrent aussi que le propriétaire déclaré de l’avion, Carlos Enrique Gonzalez, n’a que 24 ans au moment de la saisie.  Son père, en revanche, Juan Carlos Ynfante Gonzalez possède une entreprise au Venezuela, la Serami, pour « Servicios Aéreos Mineros C. A », dont le site, simple et encore actif, montre deux Cessna 208B Grand Caravan sous un hangar dont le YV2355 vu ici à Maturin en 2013.  Le second étant le YV1419 (visible aussi ici).  Ce dernier acheté en 2005 (c’est l’ex N12838, en immatriculation d’origine).  Un avion de ce type s’achète aujourd’hui 2,5 millions de dollars neuf.  Les Cessna de Juan (ici à gauche l’un des deux) font du tourisme et vont par exemple visiter les superbes chutes d’eau du parc national de Canaima.  Le trajet aller-retour est facturé environ 1 400 bolívars (140 dollars).  Ci-dessous les deux en photo avec dans le fond le Cessna YV1168 de Línea Turística Aereotuy (LTA).  Ici le modèle YV861C de la même société :  la concurrence est rude (1)

L’autre pendant de l’affaire, les avions pour touristes au Venezuela

L’adresse de l’entreprise étant celle de l’aéroclub lié à l’aéroport de Puerto Ordaz : « Avenida Guayana, Aeropuerto Internacional Del Orinoco “Manuel Piar”, Sector Aeroclub, Hangar 14B, Nivel Mezanina. – Puerto Ordaz – Bolívar – Venezuela ».  Le gestionnaire déclaré de l’entreprise étant Argenis J Marquez M.  Son texte de présentation sur Facebook est ainsi rédigé : « à l’initiative d’un groupe de professionnels aéronautiques, compte tenu de la nécessité pour notre entreprise d’offrir un service de transport et d’autres services inhérents au domaine, etc. accessibles à la population, est né à Ciudad Bolívar le 20 juin de l’année 1978: «Servicios Aéreos Mineros”,», depuis lors, l’idée a gagné du terrain dans la population et les entreprises de la région. Le 09 février 2004 « Servicios Aéreos Mineros, C.A », subit des changements et des transformations, dans le but de l’adapter à des services de transport aérien non-régulier.  Il installe sa nouvelle base d’opérations dans l’Aéroport international de l’Orénoque « Manuel Piar », secteur Aeroclub, Hangar 14-B Mezanina, Puerto Ordaz, État Bolivar.  Avec le personnel qualifié et les ressources de haute technologie qualifiées, disponibles pour la population et encadrées sous un nouveau concept et une nouvelle vision ajustée intégralement aux lois de l’Institut national de l’aviation civile ».

Deux sociétés très liées

Les deux sociétés sont associées par un bail les liant, et une participation de 75% pour le père et 25% pour le fils : c’est International Aviation LLC qui loue en fait l’avion à la SERAMI.  En 2004 son père, Juan, voulait démarrer une entreprise dans le sud de la Floride d’où l’idée de venir s’installer à Miami alors que la famille est au départ vénézuélienne.  Carlos a donc commencé d’abord à travailler pour Share-A-Plane comme assistant mécanicien.  Il a également travaillé pour Nimbus Aviation, une société sœur de Share-A-Plane, qui construisait des panneaux de bord d’avion.  Carlos a créé son entreprise personnelle, International Aviation, le 29 juin 2004, dont le but était de devenir une compagnie aérienne charter dans le sud de la Floride pour des vols vers les Caraïbes, une société minuscule puisqu’il en est le seul employé.  Il est en effet à cette époque encore au Broward Community College (ou il tentait des études de mécanicien d’aviation) !  Bien entendu, on se doute que c’est bien le père qui tire les ficelles.  La société a pour siège le hangar de l’avion (au 2449 N.W. 55 Cour, Hangar 30-A à Fort Lauderdale), juste à côté des sociétés Share-A-Plane et Nimbus L’avion a été acheté plus d’un million de dollars, et au départ c’était SERAMI qui devait le faire.  Mais « craignant la situation économique alors au Venezuela », comme il essaiera d’en convaincre le juge, le père a résolu de faire acheter l’avion par son fils, qui a négocié directement lui-même avec Raytheon et s’est rendu l’inspecter à Aruba où il était mis en vente.  Difficile de croire l’argument.  L’argent provenant de la vente d’un appareil appartenant à Caroni, l’autre entreprise du père.  Lors de son arrêt sur le vol du retour vers Miami, via La Romana en République dominicaine, le kérosène a été réglé par la société Serami et non celle du fils Carlos !

C’est le père qui réglait tout

L’appareil une fois acquis a ensuite été loué à Claire Aviation, Orinoco Wing Air « et d’autres sociétés à Caracas, au Venezuela » notent les juges chargés de l’affaire.  Certains paiements ont été fort douteux :  Michael Phillip Grant , un technicien de chez Grantech a ainsi été payé en espèces par lots de 10 000 dollars, le procédé pour ne pas attirer l’attention d’un équivalent US  de Tracfin.  Sur un récépissé, c’est la société  Orinoco Wing Air, CA qui a payé les 79 000 dollars pour des travaux sur le train d’atterrissage, et les hélices de l’avion.  Lors de travaux réalisés entre novembre et décembre 2007 par l’entreprise Standard Aero sur les moteurs de l’avion, d’un montant de 213 000 euros, la société Serami a réglé via 19 chèques consécutifs.  Un autre prestataire a été payé par virement bancaire de la Serami avec comme adresse… International Aviation.  Le 6 novembre 2008, l’appareil est donc saisi par la justice américaine.   Il a été depuis revendu, par les douanes US, qui après l’avoir ré-immatriculé N439QA l’ont à nouveau modifié en N192CZ pour l’acheteur, Freight Runners Express, une entreprise d’avions cargos habituée plutôt au Beech 99 (version cargo).  Aux USA, on fait souvent du neuf avec du vieux…  Il ne lui portera pas chance car lors d’un vol le 16 septembre 2010, entre Milwaukee, et Dayton, dans l’Ohio, il était reparti à Milwaukee après avoir constaté des défauts de train.  Mais à peine posé, le train avant s’est effondré (cf la photo nocturne ici à droite), heureusement sans bobo pour le pilote seul à bord.  En décembre 2007, lors d’un vol d’essai avec Carlos et deux pilotes, de retour vers le Venezuela, le problème était déjà apparu (une hélice s’était aussi tordue en plein vol) !!

Etrangement dans cette affaire, on avait presque oublié une autre, ou plutôt deux.  D’abord le fait que le dénommé Juan n’a pas possédé durant sa vie que deux Cessna 2008 avant de s’intéresser au modèle 1900.  Comme l’ont relevé les juges, il a toujours été dans business aérien « comme mécanicien, puis pilote et comme businessman » propriétaire d’avions.  Et effectivement, en tout et pour tout, on relève en effet dans un registre vénézuélien qu’il a acquis pas moins de 19 avions avant 1994 (on n’a pas trouvé de registre après cette date), en général des Cessna 206 F ou G, mais aussi un Rockwell Commander immatriculé YV-287CP (ici à gauche le YV-714CP) et un Cessna A185F.  Tous immatriculés au Venezuela. Etrangement encore, dans cette liste, l’ASN note trois pertes :  l’YV-272C; le 25 octobre 1978 l’YV-343C, YV-342C; le 14 juillet 1979 et le 14 novembre 1979, sans préciser quoi que ce soit de plus.  Ni victime, ni indication des dégâts.  Voilà qui est plutôt rare en effet. Auxquels il faut ajouter un Cessna U206F, enregistré YV-239C, qui s’est écrasé le 18 juin 1999 a 32 miles au sud du Ciudad Bolivar Airport, après avoir décollé du même endroit.  Il y avait eu cette fois-là deux morts.  Le temps était fort mauvais, et un témoin affirme avoir vu un bout de l’avion tomber avant même qu’il ne s’écrase.

Une découverte : le magnifique texte de Harry Ramírez Suárez sur les pilotes des mines

Que pouvait donc faire Juan Carlos Ynfante Gonzalez avec tous ses petits avions ?  Le nom même de son entreprise nous l’explique : il ravitaillait les mines, pardi, et transportait les machines, les outils, l’essence nécessaire ou les mineurs eux-mêmes !  C’est un magnifique texte de 2009 signé Harry Ramírez Suárez que l’on peut lire ici qui nous l’explique.  Il est absolument remarquable. En nous rappelant l’enfer que cela a été surtout pour les pilotes , qui réalisaient tous les jours des prouesses pour se poser ou redécoller, par des temps souvent exécrables !!!  « Après  la  « Bulla Diamantífera » des années » trente est arrivée l’Aviation minière.  L’Aéroport de Ciudad Bolivar a été envahi par une foule de gens, des vénézuéliens et des étrangers, qui sont restés jusqu’à plusieurs nuits, en raison d’un quota après une longue queue qui conduirait à un DC-3 ou un plus petit avion à destination des mines, dans l’espoir de devenir millionnaire avec le mythe du diamant et de l’or.  La ligne vénézuélienne Aeropostal, LEBCA, Les Tigres volants, RUTACA ont exploités des DC-3 et des C-47, ainsi que les trois premiers Curtiss C-46. L’avion fonctionnait  aussi avec des hélicoptères à piston Bell 47G et, dans les années 1970, ont été incorporés des Bell 206 Ranger et 205-A-1, le dernier offrant quinze sièges.  Dans cette décennie, sont apparues les entreprises ASERCA, Acasa, GATICSA, les Hélicoptères Toucan, Aerobol, COMERAVIA et autres qui opéraient sur des monomoteurs De Havilland Beaver avec et des Otter, des bimoteurs Beech D-18 Bonanza… Cependant, les équipements les plus utilisés étaient les Cessna 180, 182, 185 et Cessna 206.  Le Piper PA-32 Cherokee était aussi utilisé et l’allemand Dornier bimoteur à moteurs à pistons. L’autre hélicoptère utilisé dans ces opérations étaient le Hiller UH-12.  Les avions étaient utilisés sur les pistes dans la zone de « El Guaniamo », connue sous le nom d’El Milagro, de Tiro Loco, de Cuchiverito, de La Bicicleta, du Salut et d’autres noms curieux, et qui ne peuvent être mentionnés dans cet article.  Les sentiers étaient ouverts dans la jungle d’une longueur de deux cents mètres, entourés d’arbres et de pentes dangereuses.  Les pionniers de l’époque des années soixante étaient, entre autres, Tex Palmer, Oscar Barreto, Mario Garcia « Katumbia », Dick Turner et Adalberto González « The Technician ». Les hélicoptères portaient des cargaisons pendulaires qui consistaient à transporter des machines et des fûts sous élingue, parce qu’ils pouvaient les déposer là où les avions ne pouvaient  le faire.  Dans les années soixante-dix, les années quatre-vingts et années quatre-vingt-dix ont été ajoutés le bimoteur Britten Norman Islander et le Beech Queen Air 80.  Puis les moteurs radiaux mono-moteurs bi-avion polonais Antonov AN-2 Antonov AN-2 et le Cessna Caravan 208.  Les entreprises ont vu le jour comme SERAMI; ASGUACA; TRANACA, cette société opère dans sa propre concession minière; Excursiones Giménez; AÉRONATEUR; CIACA, PHI Helicopters et Aeroservicios Ranger, qui fonctionnaient avec des hélicoptères; TRANSMANDU; Aerotransport La Montaña, AEROSELVA, AEREOTUY, le Transport aérien Amazonair et les transports aériens Convallés.  L’activité a été étendue aux touristes de transport vers Canaima, Kavac et d’autres camps de touristes.  De nos jours, la flotte existante à Ciudad Bolivar atteint quatre-vingts avions à voilure fixe ».

Les avions avalés par la jungle ?

Des avions qui disparaissent ? Oui, dans la jungle; dans laquelle ils se font littéralement avaler.  Voler au-dessus d’une forêt ininterrompue est en effet dangereux.  Et les catastrophes aériennes dans ce milieu hostile font vite l’objet de spéculations diverses.  Le 29 juin 1984, un Cessna 206 immatriculé YV-229C de chez Rutaca (à droite leur YV1947 à gauche leurs anciennes couleurs avec le YV-220C) avec à bord le capitaine Joseph Richard Joseph Tortorello  et ses passagers, Oscar Aleman procureur général des finances et Antonio Castillo, responsable des enquêtes spéciales du ministère des Finances, Carlos Luporsi (le photographe du gouverneur), Rafael Rodríguez (le chef local de la DISIP) et José Jereige.  L’avion venu de Ciudad Bolívar s’est d’abord posé à El Dorado, sur l’aéroport de cette ville, à Santa Elena de Uairén, puis est reparti… pour ne plus être vu.  Le but du voyage était d’aller observer les camps miniers d’exploitation aurifère qui se situaient entre le kilomètre 88 et Santa Elena de Uairén.  Les fonctionnaires étaient en mission pour aller vérifier d’éventuelles irrégularités dans l’exploitation des concessions minières, son invasion parfois par des étrangers et même une fuite présumée d’or vers des aéroports clandestins.  L’avion demeurait introuvable…  malgré d’intenses recherches.  Selon la femme d’Antonio Castillo, celui-ci lui avait dit avant de s’envoler « qu’ils enquêtaient sur la contrebande d’or, d’uranium et de diamants dans la région et que, dans cette affaire, des personnages haut-placés dans le haut gouvernement étaient impliqués » . Un hélicoptère civil parti à sa recherche s’écrase, avec des militaires à bord, laissant apparaître d’autres spéculations.  « Le père du pilote Tortorello a organisé une expédition avec des indigènes pour arriver à l’endroit où l’avion aurait apparu, mais ils (les militaires) lui ont ordonné de quitter l’état de Bolívar » indique ici Américo Fernández dans le Correo Del Caroni du 12 août 2015.  Finalement, on trouvera le lieu de l’impact de l’avion, plus tard, le le 25 janvier 1985,  situé dans la région de Roraima, et on enverra aux familles une urne censée contenir les cendres des six disparus, sans autre cérémonie.  Le mystère demeure sur ce qui s’est passé exactement e 29 juin 1984.  D’autres accidents ont eu lieu dans des conditions similaires, avec des recherches difficiles :  ainsi le vol parti de Valles del Tuy en Venezuela, qui devait passer vers Barcelone, puis Urica, jusqu’à Maturin, d’un avion de photographie aérienne de Miranda, dans l’Etat de Monagas.  Il y avait trois personnes à bord:  le pilote, capitaine Gustavo Vizcarrondo, un vétéran de l’air, un technicien-photographe du nom de Jorge Parra, et le lieutenant de marine Enrique Orejana, un fonctionnaire de cartographie militaire relevant du ministère de la Défense.  L’avion était un Beechcraft bimoteur, type BE-50 (Excalibur, comme celui-ci à droite), immatriculé YV-27CP.  La raison de son crash avait été cette fois-là le manque de dextérité du pilote dans un vol aux instruments.  Il faudra attendre… le jeudi 21 juin 2001, et un paysan de la région de Pueblo Nuevo qui a appelé José Caruzo de Aerotécnica, pour lui annoncer qu’il avait découvert les « vestiges de l’avion, des os humains et un portefeuille avec des papiers« . Du corps de l’infortuné Parra, on ne retrouvera qu seulement sa main gauche.  L’appareil sera visité, disloqué, dans la zone de la Turimiquire par l’hélicoptère de la SAR-6, un Bell Ranger, au sommet d’une colline qu’il avait heurtée.

Miracle en Amazonie

Il y avait eu d’autres disparitions encore :  celle du YV-433P, un Cessna 206 d’Aerovías Guayana, S.A. (Aguaysa), qui a été perdu le 18 août 1976, en route vers San Carlos dans le Cojedes, parti de la base de Miranda Base avec 2 personnes abord le pilote étant Eleuterio Baldirio.  Le 24 août 1976, un avion d’Aeropostal, avait entendu une une communication de détresse dans la région de Chichiriviche de la Costa dans le district fédéral.  Les opérations de recherche avaient été arrêtées le 4 septembre, et c’est un paysan parti à la recherche d’une bête égarée qui a retrouvé l’appareil disloqué au kilomètre 21 de la route de Junquito, vers Colonia Tovar… (en photo c’est l’YV- 412C deYawumi qu s’est écrasé à flanc de montagne le 16 septembre2005).  D’autres crashs ont eu lieu.  Celui aussi de l’YV-174C de Gaticsa, piloté par le capitaine Alvaro Mejias, qui s’est écrasé avec 10 passagers à bord dans la Serranía de la Raya dans l’Etat de Bolivar, le 27 avril 1976 l’appareil n’ayant été découvert que le 22 avril 1976 grâce aux recherches.  Mais parfois il en était autrement :  le 4 janvier 1977, un Cessna 206, l’YV-198C, était tombé dans la région de l’Auyantepuy avec six personnes à bord, en raison d’une panne de moteur, mais tous avaient survécu, avaient été découverts et sauvés deux jours plus tard par un passage d’un avion d’Avensa au-dessus des chutes de l’Ange que l’avion avait survolées lui aussi.  Mais le plus étonnant des cas de disparition… c’est une réapparition.  Le mardi 1er septembre 1981, une jeune doctoresse rurale, future chirurgien, Raiza Ruíz (ici à gauche), Juan Manuel Herrara, un policier colombien Salvador Mirabal et un pilote, le capitaine Rómulo Ordóñez surnommé  « The Cigarron« , montent à bord à Puerto Ayacucho du Cessna 207 YV -244C qui devait décoller de Puerto Ayacucho à San Fernando de Atabapo, Maroa, à San Carlos de Río Negro, dans le territoire fédéral d’Amazonas.  L’avion lui aussi en pilotage IFR touche une cime d’arbre et s’écrase, après être resté accroché en l’air.  Il est localisé de façon aérienne par un hélicoptère de Carabobo, les sauveteurs déclarant avoir pu voir « un corps brûlé et des restes humains méconnaissables » du haut de leur avion.   Mais cet épisode, somme toute courant, hélas, dans le pays va devenir une étrange histoire. Le corps découvert est ramené et enterré, cinq jours plus tard, sous une pierre tombale portant le nom de Raiza Ruíz.  L’autopsie a été pour le moins vite bouclée par un médecin qu’Hugo Chávez nommera plus tard ministre et responsable de la santé au Venezuela !!  Un hôpital portera même son nom !  Les restes du juge Herrera ont été remis au consul de Colombie et emmenés dans la ville de Puerto Carreño où ils ont été enterrés.  L’agent Mirabal a été enterré par des parents et des amis dans le petit cimetière de San Carlos de Río Negro.  Ratée, complètement, c’est le moins que l’on puisse dire car il faudra attendre pour qu’on en sache un peu plus, avec une étonnante réapparition.  Elle a été découverte vivante par des enfants de la tribu Baré qui l’ont trouvée presque inconsciente en Amazonie, à la frontière colombienne.  Sortie d’un village indigène près d’Agua Blanca réapparaît en effet vivante… Raiza Ruíz.  Vivante mais en fort mauvais état, elle est atteinte de leishmaniose.  Les indigènes l’ont recueilli des jours après l’accident et l’ont sauvée.  Elle a en fait survécu au crash avec deux coéquipiers Romulo Ordonez et Juan Manuel Herrera, c’est le quatrième, le policier Salvador Mirabal qui est mort carbonisé.  Elle a survécu « en mangeant des feuilles de lys, la seule espèce botanique qu’elle connaissait« .  Ordonez, blessé dans l’accident est mort entre temps, après le crash, après avoir erré dans la jungle avec la « ressuscitée ».  Le second rescapé s’est perdu dans la jungle, très certainement.  Dans l’avion qui la ramène à Caracas, elle racontera qu’il y avait  » El Tigre, un excellent pilote vénézuélien » mais aussi un médecin, Antonio López, « qui avait signé mon certificat de décès »… (c’était le président de l’Association médicale du territoire fédéral d’Amazonas).  C’est l’objet d’un scandale dès son retour, obligatoirement.  On va découvrir en effet que le cercueil enterré contenant ses restes présumés contenait des os d’animaux !  Le parquet de Caracas ordonnera l’exhumation, qui sera médiatisée :  à la place du « corps », on trouvera « de deux sacs de citrons et d’un sac noir, à l’intérieur de laquelle il y avait une côte de cerf et un fémur de labrador ».  Dans celui d’Ordonnez, que des sacs de citron.  Des sacs de citron qui avaient été amenés de Puerto Ayacucho à San Carlos de Río Negro sur un avion C-123 de l’armée de l’air vénézuélienne !  Ça ne se termine pas toujours comme ça et ça continue à tomber.  Le 11 août 2006 c’est aussi un Cessna 207 pour touristes, l’YV492C, appartenant à Aguaysa., S.A qui s’écrase à Cano Negro, en Amazonas.  Il devait se rendre à Cacique Aramare, près de Puerto Ayacucho.  A bord Le Pilote Edgardo Antonio Brett Dall, âgé de 63 ans et le mécanicien Humberto Jiménez sont tués.  La piste de Cano Negro n’est qu’une courte piste en herbe.  L’appareil est retrouvé broyé (image ici à droite).  Revenu au secteur minier, celui de Guariche, situé dans la paroisse de Pedro Cova, à El Manteco, près de la municipalité de Piar, le 12 novembre 2007, le Cessna 206, immatriculé YV2177 n’est pas allé bien loin au décollage de Guariche, tôt le matin, alors qu’il souhaitait rejoindre Le Manteco.  Un petit trajet à faire pour lui : i l n’y aurait eu que 25 minutes de vol seulement.  En fait, il n’aura pas parcouru 200 mètres ce jour-là.  Il y a six morts à déplorer, dont cinq passagers forts représentatifs  : « Wilmer Ascanio, marchand de 35 ans de Ciudad Bolívar; Hilderrosa de Gil, 53, commerçante, habitant du secteur Vista del Sol de San Félix; Filiberto Gutiérrez, un acheteur d’or de 38 ans,  basé à Ciudad Bolívar; José Bellorín, 44 ans, un mineur, originaire de Caicara del Orinoco et Hermelindo Rojas, 53 ans, propriétaire des moulins aurifères, qui avait sa résidence dans le Las Americas San Felix ». Selon les témoins, c’est l’aile gauche de l’avion bien fatigué qui s’était carrément décrochée, et l’avion plein de kérosène s’était écrasé dans une boule de feu.  Or le pilote, Alí Sulbarán, de 53 ans, résidant à Ciudad Bolívar, avait plus de 2o ans d’expérience dans le secteur minier selon des locaux !  Selon des mineurs interrogés sur place, le pilote avait commenté en préparant pour faire son dernier voyage, que pendant le vol Ciudad Bolívar –
Guariche, son avion avait connu une forte turbulence.  C’est pourquoi beaucoup de gens l’avaient vu vérifier l’aile de l’avion avant de décoller !!!  Un avion qui datait de 1977 et qui avait donc 30 ans tout juste !  C’est sans fin en fait :  le 2 mai 2016, le Cessna YV-1091, photographié à plusieurs reprises passant au dessus des gens (ici à droite) près de la mine de la piste de « La Escalera », à côté de la mine d’Aripichí près de Gran Sabana dans l’Etat de Bolivar ne se rendra jamais à Santa Elena de Uairen.  Il y a cinq occupants à bord, et l’avion tombe dans une rivière.  Quatre s’en sortent, aidés par les indigènes, mais le pilote Marcos García est retrouvé noyé.  L’exploitation minière tue, mais pas toujours comme on l’imagine !

Qui savait quoi, à Fort Lauderdale ?

L’homme a en tout cas bien possédé au Venezuela ces 19 petits avions pour le difficile travail minier aérien, et plus tard ces deux plus grands Cessna pour effectuer des visites touristiques.  On comprend mieux maintenant le nombre de Cessna et la perte de quelques uns au passage, pas même répertoriés officiellement, ainsi que la transition vers le tourisme une fois le rush minier en train de se tarir.  Certes, le travail a été fort pénible.  Mais maintenant, pourquoi donc avait-il laissé son fils devenir dirigeant d’une deuxième entreprise… à sa place ?  Son fils Carlos qui n’a jamais payé de taxes portuaires de 2004 à 2008, ce dont son père devait être au courant, puisque c’est lui qui réglait la plupart de ses factures !!!  Lorsqu’il s’est rendu compte que ça tournait mal pour son appareil, le fils a tenté de rentrer plus tôt à Miami alors qu’il était encore au Venezuela.  Il a ainsi acheté avec des billets en espèces pour voyager le 12 janvier 2008 de Caracas à Miami, sur un vol American Airlines dont un retour qui avait été planifié au 22 janvier 2008 au départ.  C’est ce qu’ont aussi découvert les enquêteurs.  Mais il l’a fait modifier, pour la date du 16 janvier 2008.  Pour les enquêteurs c’est une des preuves qu’il désirait savoir ce qui se tramait avec son avion, visité le 13 janvier 2008 on le rappelle.  Mais aussi peut-être qu’il n’en savait rien exactement !  Père et fils étaient-il de mèche ?  Pour les enquêteurs ce n’est pas évident.  Les revenus de la location de l’appareil du fils ou ses vols n’étaient pas suffisants pour en couvrir les frais de fonctionnement, et ça aussi tous les deux le savaient pourtant.  Un autre organisme devait se douter que ça n’allait pas si bien que ça dans les deux entreprises : la banque Wachovia, celle où le fils avait ouvert son compte.  Selon le jugement, le père aurait en fait bel et bien dissimulé au fils la présence de la cocaïne…  Oui, mais pourquoi donc avoir ainsi agi ?

A l’origine…

On a aussi oublié une deuxième chose, un événement plus ancien encore qui expliquerait tout :  en juillet 1992, un bimoteur Cessna immatriculé au Venezuela avait été retrouvé à Puerto Carreño, en Colombie, dans une « finca », celle de México Lindo.  L’avion avait « disparu » quelques jours avant alors qu’il effectuait un vol au Venezuela, entre Puerto Ordaz et Caicara de l’Orénoque, dans l’état de Bolivar.  De l’avion était descendus deux jeunes femmes, Carla Sorley Rodríguez et Rosa Josmar Lares, mais aussi un dénommé Juan Carlos González Infante, le pilote de l’appareil, tous trois pris en otage par ceux qui avaient tenté de voler l’appareil.  Le fameux père de Carlos !!!  Or à l’époque déjà, le gouverneur de Vichada, Rafael Calis, avait soupçonné l’appareil de servir à une bande de trafiquants de drogue… l’endroit a été ensuite le premier à recevoir une division armée anti-drogue en mars 1998, financée par les USA, pour lutter contre le trafic d’Escobar !  Pablo Escobar, Carlos Ledher et Rodríguez Gacha étaient alors les rois du lieu !  A Vichada en 2002 il y avait encore 10 000 hectares de plantations de coca !  Des pistes clandestines ou des aéroports de Barranco Minas (Guainía) et de Buenos Aires (Vichada) partaient en moyenne 80 vols de drogue mensuels, 47 vols diurnes et 33 vols nocturnes.  L’intervention US, se signalera notamment  par un tir de roquettes délibéré sur une maison, faite par un hélicoptère UH-1H américain offert aux Colombiens.  Est-ce là que tout avait commencé pour Juan Carlos Ynfante Gonzalez ???

 

(1) Et elle aussi a connu des accidents :  Le 21 juillet 2007, son Cessna 208B Grand Caravan (YV1182) s’est crashé après une panne de moteur survenue à 200 pieds de hauteur.  Le 26 août 2009, un autre de ces Cessna 208B (l’YV1183) a lui aussi connu une panne moteur devant l’île de Margarita après une panne moteur (le rapport d’accident est ici). Les passagers et l’équipage ont été secourus par des bateaux.  Le 17 avril 2009, enfin le Cessna 208B Grand Caravan (YV1181) s’est écrasé sur l’aéroport de Canaima en ratant son décollage (manque de puissance moteur). I l y avait eu un mort et 7 blessés… le vestige conservé à l’aéroport de Charallave est celui sorti de l’eau.

Le dossier complet de l’affaire du Beechcraft 1900 est ici :

https://www.courtlistener.com/opinion/2579114/united-states-v-beechcraft/

l’analyse de Rescate du crash du YV-27CP est là:

http://www.rescate.com/corr27.html

l’histoire sidérante de Ruiz est lisible ici:

Raiza Ruiz, el Milagro del Amazonas

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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