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Coke en stock (CLV),Dossier Venezuela : 7) se faire voler des avions, ou les voler, ou faire voler l’argent ?

Les avions sont faits pour voler, voilà une belle lapalissade.  Mais au Venezuela, c’est à croire que certains sont faits pour être volés, à voir le nombre effarant de disparitions d’appareils, parfois même au partir même des hangars de l’armée, comme on a pu le voir.  D’autres avions aussi sont intrigants :  je vous ai trouvé une bien étrange compagnie de convoyeurs de fonds, ainsi qu’un appareil ayant servi au trafic de diamants, comme quoi on trouve de tout, au pays de Maduro… sauf à manger, semble-t-il.

 

Le 1er novembre 2014, à la Carlota Airport (Caracas Generalísimo Francisco de Miranda) dans l’alignement de la piste 11, passe au dessus du spotter Orlando Suarez un très bel appareil aux couleurs du pays.  Sous  son aile droite, est indiquée son immatriculation : YV3018 (il est ci-contre à gauche).  Des traces de combustion des turbines et des salissures indiquent que l’appareil n’est pas récent. On a reconnu un Beechcraft B300C King Air 350C, il appartient au Coordinación de Transporte Aéreo vénézuélien (SATA), qui posséde aussi le YV2525, un bel appareil également peint dans les mêmes tons, mais avec des filets différents.  Le service gère aussi le Falcon 50 YV1129 (et bien d’autres encore, tel le Gulfstream YV2896 vu ici également dans cette longue enquête, ou le Falcon YV1129). Le service possédait aussi un autre B200 Super King; le YVO107, mais ce dernier a été endommagé quelques jours auparavant sur le même aéroport, en repliant son train droit : les dommages à l’aile et à l’hélice avaient été substantiels mais cela semblaient réparables.  On peut le voir ici réussir son atterrissage en juin 2014, sur l’aéroport  Jose Tadeo Monagas.  Le même était un habitué de l’aéroport Don Edmundo Barrios de San Tomé au Venezuela.  Les avions du SATA sont en effet fort occupés, en général, car se sont eux qui transportent les notables du gouvernement, qui, comme on le sait, ont beaucoup pris plaisir à voyager ainsi dans l’ère Chavez et celle de Maduro..  le SATA est une une instance qui avait été créée par le gouvernement national sous Chavez, en 2005, « pour fournir un soutien et un transfert aux fonctionnaires du gouvernement » avait-il été décidé. Les appareils du SATA souffrent de difficultés d’entretien, semble-t-il, avec de nombreux déboires.  Ici à gauche un autre sinistre, celui de l’exemplaire YV-2803 (ex N8SV), accidenté et détruit à l’atterrissage à la Chinita le 25 avril 2015 (à Caracas).  Comme on le voit, l’avion avait perdu sa queue et son aile gauche et son moteur avait pris feu.

Un avion volé dans un hangar de l’armée ?

En 2011, le SATA s’était fait voler un autre appareil, un King 300 (BE 350) immatriculé  YV1498,  Et comme on mélange un peu tout là-bas, celui-là avait beau travailler pour le SATA, il était toujours enregistré chez PDVSA Petroleo S.A.-Corpoven C.A., à savoir la principale entreprise pétrolière du pays. Auparavant, chez eux il s’appelait YV-877C.  Ce n’est pas toujours simple en effet de suivre les enregistrements-ré-enregistrements vénézuéliens, qui évoluent au gré de l’INAC, pour les avions civils, une INAC qui semble bien incapable de tenir une liste précise et à jour du parc d’appareils dans le pays. Le YV1498 volé avait été retrouvé par… Wikileaks.  Non, je plaisante, mais dans la note « Venezuela Brief 110929 »; l’appareil y était déclaré retrouvé… en Apure bien sûr !  « L’avion aurait été localisé dans l’état d’Apure, après une opération développée par l’armée de l’air vénézuélienne. Comme vous vous en souvenez, l’acronyme YV1498 de l’avion, modèle Beech BE350, attaché au service de transport aérien autonome (SATA), a disparu vers 5:30 (a.m.) hier. La notification de l’avion a été faite par un superviseur de la tour de contrôle de l’aéroport, qui a averti le vol parce que le navire n’a pas volé vers Maracaibo – sa destinée selon le plan de vol – mais vers Caracas. Les systèmes de répondeur radar avaient été déconnectés et la tour de contrôle a perdu le suivi de l’avion ».  L’avion découvert en Apure, resté célèbre pour avoir été photographié de face, présentait bien en effet les filets verts de l’appareil subtilisé, même si ici à droite ils paraissent grisâtres (il a été repeint depuis).  On savait que les aérodromes vénézuéliens étaient de vraies passoires, mais on avait appris ce jour-là que même les hangars militaires pouvaient être visités. Ça ne sera pas la première fois, comme on le sait. Dans l’autre sens ça marche aussi, d’ailleurs, comme on va le voir pour notre appareil du jour, cet YV-3018 a si belle allure, photographié ici par Harold Castro :

Le crash d’un coffre volant

Car le YV-3018 n’a pas été acheté, comme appareil destiné aux transport de personnalités.  Son histoire remonte à une autre période en effet.  Pour la découvrir, il nous faut remonter dans le temps, et expliquer quelques petites choses au préalable.  On commence par un crash, tiens, pour changer.  Cela d’un gros bimoteur Beechcraft 1900 C, parti du Miami Executive Airport, (ancien Tamiami Airport, qui, après avoir assez vite constaté des difficultés moteur (il n’a pas atteint 300 pieds !) a tenté de retourner se poser mais s’est écrasé à quelques miles au sud-ouest,  à 14h45, après avoir heurté un poteau au passage, à l’intersection de Krome Avenue (Southwest 177th Avenue) et de Southwest 144th Street.  Quatre personnes à bord sont tuées, elles sont toutes…. vénézuéliennes comme le pilote, Raul Chirivella, âgé de 25 ans seulement.  Les autres sont le co-pilote Roberto Cavaniel, son instructeur, et deux passagers, Juan Carlos Betancourt et Francisco DiMarco.  L’avion, qui s’est enflammé dès le sol touché, est complètement détruit, il n’en reste de visible que la queue calcinée.  Il ne reste que peu d’éléments reconnaissables (cf ci-dessous).  L’entreprise qui les employait est décrite comme une équivalente de la Brink’s : c’est Servicio Pan Americano de Protección, une société vénézuélienne de transferts de fonds.

Le crash reste questionnant donc, ce qu’indique ici un ami des pilotes, appelé Luis Falcon.  Mais un autre intervenant, Ramiro Final; précise devant les caméras que l’avion se rendait souvent sur l’île Margarita.  L’appareil avait été ajouté à la flotte existante en décembre 2007.  L’avion provenait de l’aéroport de Providenciales International Airport dans les îles Turks and Caicos, où, on le sait aussi sont allés se nicher pas mal de comptes bancaires litigieux.  Celui du « Monte-Carlo des Caraïbes » comme l’avait décrit ici l’Express.  C’est aussi la route du retour classique vers le Venezuela : «  a common pit stop for planes heading to Venezuela »).  Mais c’est aussi la patrie de Michael Misick, le premier ministre parti se réfugier au Brésil après avoir pillé les comptes de l’Etat pour vivre comme un milliardaire.  Michael Misick, dont j’avais évoqué les liens avec les jets chargés de cocaïne, et notamment le jet de Brassington, le Challenger N60S, vu ici à Saint-Martin en 2004, notamment ses aller-retour fréquents aux îles Turks & Caicos, autre lieu de transit connu de la coke.  C’est en 2014 que Misick avait été accusé officiellement d’avoir détourné l’argent de l’Etat, après avoir fui en 2009 au Brésil à la fin de son mandat alors qu’il était recherché par Interpol (on estimait alors sa fortune à 180 millions de dollars, en provenance de la corruption).  Se présentant comme ruiné, il avait demandé en 2016 que des charges soient abandonnées contre lui : le 3 avril 2017, une juge, Margaret Ramsay-Hale, l’a sévèrement rembarré.  Il avait encore reçu 35 000 dollars de 2009 à 2011, venant de diverses sources dont l’aide de son ami Roy Devereux  !

Trois Beechcraft 200 transporteurs de fonds…
L’appareil (Beech UC-47) est en effet immatriculé  YV1674 et ses couleurs sont bien reconnaissables :  il est gris acier avec un filet tricolore bleu-blanc-rouge.  Si l ‘avion n’avait à bord que 4 occupants, les enquêteurs évoquent déjà une « surcharge à bord« .  On peut écouter ici Bob Gretz, enquéteur du NTSB, expliquer ce qu‘il sait à ce moment-là du crash.  L’hélice gauche, défectueuse, avait été remplacée quelques jours auparavant, mais il semble qu’on l’avait à nouveau changée et remis… la même.  Elle se serait mise en drapeau en plein vol.  On ne saura jamais exactement ce que l’avion transportait.  D’après le cliché ici à droite on peut supposer qu’il était bourré de documents papiers.  Le shérif du coin vient surtout de constater que des avions de transferts de fonds vénézuéliens traversent parfois le ciel de Miami !  Ce sont ceux-là qui nous intéressent en effet aujourd’hui.  La firme n’a pas toujours eu des Cessna 1900.  Auparavant, elle utilisait des Beechcraft, comme le montre cette photo ici à gauche, qui a été un peu difficile à dénicher et c’est logique ; une entreprise comme celle-là n’a aucun intérêt à trop en révéler.  On comprend pourquoi.  On distingue bien l’arrière d’un Beechcraft 200, et un début d’immatriculation… vénézuélien, en YV et avec un « P » à la von de l’acronyme. Et c’est plutôt celui-là, d’avion, qui nous intéresse en effet.  Un autre cliché plus précis montre bien l’appareil (ici à gauche).  Un autre, enfin, montre que la société, à une époque, travaille avec au moins trois appareils de ce type.  On finit même par en trouver un, avec l’immatriculation visible ; c’est l’YV335CP, photographié en février 2006 par le l’excellent photographe-spotter R.Coppola.  Grâce à lui on en découvre deux autres Beech de transferts de fonds : l’YV-238CP, (devenu YV1730) , l’YV1731 (visible ici) et le YV-335CP (ci-dessous).

Les avions transporteurs de fonds devenus indispensables à Maduro ?
N’oublions pas qu’aujourd’hui, la société Servicio Pan Americano de Protección est devenue indispensable au régime de Maduro : ainsi, lorsqu’il a retiré le 11 décembre 2016 le billet de 100 bolívars du marché financier (dans une belle pagaille), par son décret « de emergencia económica« , il a bien fallu transporter les devises pour les mettre en lieu sur.  Et ce sont les fourgons blindés de la firme qui s’en sont chargé. Précision : avec 100 bolivars, on peut à peine s’acheter un bonbon, avec l’inflation abyssale qui sévit dans le pays.  Mieux encore : dépourvus de revenus économiques avec la baisse du prix du baril de pétrole, Maduro a dû recourir à un autre moyen pour essayer de faire tourner le pays : vendre son or, celui-là même que Chavez avait patiemment ré-engrangé durant la moitié de sa vie :  « C’est dorénavant officiel : la transaction « or pour devises » a été officiellement conclue et, comme l’indique le Financial Times, les réserves d’or du Venezuela ont plongé à leur plus bas niveau historique après que le pays ait vendu plus de 1,7 milliard de dollars du métal précieux au premier trimestre de cette année pour rembourser ses dettes. Le pays est aux prises avec une crise économique qui le contraint à se battre pour nourrir sa population » notait ici GoldBroker en mai dernier.  De l’or, envoyé contre des dollars, qu’il a bien fallu transporter.  On songe bien entendu à nos lascars du Servicio Pan Americano de Protección… à condition que leurs avions ne s’écrase pas où ne brûle au retour… en assurant ainsi au passage la paye des militaires, la seule chose qui puisse encore contenir une révolution… (nota : et si c’étaient des billets qui avaient brûlé dans l’appareil qui s’est écrasé a Miami ?  Et comment faire, désormais si le Beechcraft 1900 C n’est pas remplacé ?  Appeler la Brink’s ?)
… et le Beechcraft à diamants

Dès l’année 2006, les appareils commencent à dater : ils ont été construits en 1980.  En 2007, on le sait, le 1900 D est venu renforcer la flotte.   Servicio Pan Americano de Protección commence donc à songer à se séparer de ces trois Beechraft 200.  Et cela intéresse beaucoup de gens, même proposés à 900 000 dollars.  Mais allons voir un peu ailleurs, dans les prétoires maintenant.  Le 13 novembre 2008, à l’aéroport Edmundo Barrios dans la ville de San Tomé, on arrête un dénommé Blas Vera Reyes, il est placé en prison chez la police municipale de San José de Guanipa.  Passé en procès, on l’accuse de « trafic de pierres précieuses » à Anzoátegui et de « changement illicite de la signalisation et d’immatriculation d’avion » et de « contestation des faits« .  On y apprend que l’homme avait été arrêté et « détenu par les fonctionnaires de la Garde nationale après que le modèle d’avion King 300, YV1675, aurait été détecté par les autorités lors d’un vol irrégulier ». L’avion, un Beech 300 Super King Air a été depuis bloqué, et on trouve sa photo sur le net, avec en fond la tour de contrôle de San Tomé, bien reconnaissable.  L’avion porte une immatriculation vénézuélienne, YV1675, et on aperçoit que sa porte a été scellée par les autorités (« les portes sont scellées avec des draps blancs et du ruban adhésif » note même un forumeur qui passait par là).  L’appareil est un Beechcraft 300 et non un modèle 200, et son immatriculation est en effet fausse.  L’avion est en fait le YVO175, c’est l’ex N20NK-N20NL qui a été exporté au Venezuela en 2005, après une séquence classique de « sale reported » sous le nom de N20NK.  L’avion était enregistré, bien entendu au  « 3511 Silverside Road STE 105, à Wilmington« .  C’est en fait l’exemplaire FA51 de Beechcraft. A Charallave, un spotter avait noté sa présence en octobre 2014.  Mais depuis, il a à nouveau changé d’immatriculation : il est devenu l’ YV3018.  L’avion saisi en 2008 avait bien été versé dans le transport de personnalités, une fois entièrement repeint !

L’avion des diamants, ou l’avion des transporteurs de fonds ?

Et puis il y a cette incroyable histoire pour relier tout cela ensemble.  Je vous l’avais déjà racontée en 2011.  En décembre 2007, trois colombiens sont arrêtés au Venezuela :  Oscar Mauricio Motta Pinero, Luis Fernandez Sanchez Mejias et Elkin Yeison Sanchez Salamanca.  Le trio était surveillé depuis plusieurs mois, et la fouille de leur appartement va se montrer très fructueuse.  Car les policiers découvrent chez eux tout un matériel spécialisé, téléphone satellite Iridium, GPS, une radio VHF, et plein de cartes diverses.  Figure le Venezuela, bien sûr, mais aussi la Colombie, ainsi que des photos de l’approche des aéroports de  Valencia au Venezuela, de Roatan au Honduras, mais aussi, et c’est plus inquiétant, de l’aéroport de Conakry en Guinée.  Plus des manuels de l’utilisation des avions de type Cessna Conquest II, alors le préféré des tentés de la traversée de l’Atlantique, mais aussi de Cessna 208 Caravan.  Bref tout indique qu’ils s’apprêtaient à passer à l’action, et même à traverser l’Atlantique, mais sans encore avoir déterminé avec quel appareil exactement.  Mais la cerise sur le gâteau que trouvent les enquêteurs est un ordinateur portable dans lequel figure des échanges de mail avec Servicio Pan Americano de Protección pour l’éventuel achat d’un de leurs Beechcraft 200, alors négocié vers les 900 000 dollars !  Ou bien encore des photos d’un autre Beechcraft, un modèle 300 immatriculé YV1675… celui du trafiquant de diamants !!!  Voilà qui réunit nos deux histoires différentes !  Comme je l’avais écrit à l’intérieur également, de l’ordinateur, « la description des zones d’atterrissage d’aéronefs et celle des aéroport non répertoriés« , c’est à dire des « photos des pistes d’atterrissage clandestines » …à l’autre bout, en Afrique, un appareil s’est chargé de faire le repérage ! Toujours cette organisation impeccable !  Dans l’appartement, pas moins de 2 millions de dollars en monnaies diverses (colombienne, vénézuélienne, mexicaine, et diverses devises africaines) ».  Seule une organisation comme un Cartel pouvait être à l’origine de ses préparatifs complexes des deux côtés de l’Atlantique… aidé par des Etats et leurs gouvernants !

 

Le premier mars dernier, la base de la Carlota a fait reparler d’elle.  Un autre Beechcraft B200 Super King Air du SATA a eu des ennuis de train… en atterrissant. Résultat une belle sorite de piste (ci-dessus).  C’était le YVO173, le Beechcraft BB-976.  Ex YV2574 et ex N83PH.  Sa quinzième immatriculation depuis 1981.  Il avait été vendu par Eagle Support Corp et exporté au Venezuela le 25 septembre 2008.  Quant au dernier avion-tirelire de Servicio Pan Americano de Protección; le YV-1730, on a aussi fini par le découvrir… en février 2015, à San Antonio del Tachira… le jour où l’INAC en a eu assez des 500 cadavres d’avions embarrassant les abords de ses aéroports, pour se mettre à les découper au chalumeau ou à les broyer par des mâchoires hydrauliques de grue.  Dans le lot, surprise, il y avait en effet le fameux YV1030, avec une porte scotchée comme pour les appareils saisis ayant commis une infraction.  Le principal groupe de transporteur de fonds du pays n’aurait pas été en règle …???  Triste fin, en tout cas pour l’avion !

Précision : dans le premier article sur le sujet j’avais affirmé que le Grumman G-159, Gulfstream I, aperçu devant les hangars et similaire à celui dépassant d’un hangar était l’YV-1020 en m’inquiétant du fait qu’il avait été annoncé comme abattu en Colombie.  Or ce dernier l’a bien été, le 26 septembre 2005, comme on peut le lire ici en détail.  L’avion était en fait l’ancien 9XR-WR venu du… Rwanda (ex C-FAWG de chez Aiwave ex N64CG, ex N38CG, ex N780AC !)

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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