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Coke en stock (CLIX) : dossier Venezuela 11) : le Beechcraft peau de banane sous le pied

C’est aussi, très certainement, un des avions qui montre le plus à quel état de déliquescence est arrivé le pouvoir vénézuelien, pour une fois, ce n’est pas un jet, mais un de ces Beechcraft bimoteurs dont le ciel du pays est encombré, comme on a pu le voir dans cette série.  Non, cet avion-là, et surtout ce qu’il représente désormais, peut être considéré comme emblématique de la grave crise que traverse le pays.  C’est un avion qui représente un certain pouvoir, celui que ne peut supporter une dictature.  Voici l’histoire de l’avion peau de banane glissé sous les pieds de Luisa Ortega Diaz, l’ex chaviste frondeuse devenue la pire ennemi du clan Maduro.  A juste raison, car la dame, ex-procureure générale du pays, qui a hanté les couloirs du pouvoir depuis 2002 en sait des choses, sur ses turpitudes : visiblement, elle en a elle même profité !

Maduro, quand il ne jette pas les pilotes en prison, utilise d’autres moyens plus insidieux pour s’attaquer à une personne.  L’un de ces moyens est de le faire déconsidérer, en menant contre lui une campagne médiatique à tambour battant, usant de la télévision et de la presse pour en dresser une image négative aux yeux des citoyens vénézuéliens.  Et c’est exactement ce qu’il a fait avec un bel avion devenu la peau de banane glissée sous le pied de celle qui est devenue sa principale adversaire, fort dangereuse pour lui car c’est une Chaviste de la première heure.  C’est en effet la sœur du militaire Humberto Ortega Díaz, présent lors de la tentative de coup d’État de 1992 et qui a été ensuite ministre de la Banque publique. Elle est aussi mariée à Germán Ferrer, député du Parti socialiste unifié du Venezuela, créé on le rappelle par Hugo Chávez:  bref, un vrai danger public depuis qu’elle a retourné sa veste pour devenir celle qui critique le plus le clan Maduro.

C’est un modèle 300 Super King Air immatriculé N7221N qui sort des ateliers de chez Beechcraft en 1985 pour se retrouver 7 ans plus tard chez Central Coast Aviation Inc.  Salinas CA, puis en 1986 arrivé chez Tanimura & Antle, passe chez Central Coast Aviation Inc et Robert L. Meyer puis chez Flightcraft Inc pour arriver en 1994 chez Robert D Haas (il a été Chief Executive Officer chez Levi Strauss & Co. de 1984 à 1999).  En 2007 il est récupéré par le broker Victor Air avant d’être exporté au Venezuela le 13 octobre 2010.  Il se retrouve alors sous l’immatriculation YV477T alors qu’il a toujours porté celle de « N7221 » avec deux variantes finales :  N7221N (ici à droite), ou N7221BC.  Le spotter Dirk Peisker le photographiera ainsi atterrissant à St Martin le 08 janvier 2012, ainsi qu’un autre spotter d’Aruba (ArubaBugs).  A sa sortie, l’avion est vendu plus de 6 millions de dollars.  Le 1er février 2013, le voici racheté par JS Kalpha 300 Inc, où il récupère une immatriculation américaine, celle du N348JS.  Puis plus rien…  Le 6 mars 2015, l’administration aéronautique vénézuélienne le déclare dans sa (très) longue liste d’avions abandonnés. Il réapparaît pourtant, mais sous une nouvelle immatriculation, YV-2899.  L’avion a en fait entre-temps été saisi, accusé d’avoir transporté de la drogue.  C’est une pratique courante, on l’a vu, au Venezuela comme ailleurs, de remettre dans le circuit officiel des avions saisis par l’ONA aux trafiquants.  Pour mémoire, lorsque le membre du cartel de la drogue colombienne Beto Marín (le successeur de « Jabon« ) a été arrêté, ses biens de La Loma, à Valle Arriba, à Caracas, après la découverte de 128 kilos de cocaïne sur son bateau le B Atlantis, le service national de la propriété de l’ONA a versé ses avions à PDVSA Industrial.  Huit appareils ont ainsi été livrés par le service national des marchandises de l’ONA à différents organismes publics pour leur administration:  les YV-2073, YV-2178, YV-1175 (original YV-1935), YV-226T, YV-1372, YV-1206 (un PZL-Swidnik – Mil-25 !), YV-1236 et YV-1211.  On notera que la capture de  617,9 kilos de coke appartenant à Beto Marin, en septembre 2010, avait été l’objet d’une présentation médiatique effectuée par Tareck el Assaimi, avec le show complet, et les 542 paquets de coke étalés, ainsi que l’habituelle analyse à la clé.

Racheté par une mystérieuse société

Mais là, l’appareil aurait, avant d’être versé à la justice, été racheté par une société vénézuélienne nébuleuse appelée « Delta Sierra 2012, CA » qui en serait entre-temps devenue propriétaire.  C’est donc là où ça coince, avec des avocats vénézuéliens qui font remarquer que la saisie est discutable, arguant des faits de procédure non respectée.  Ils gagnent une première manche le 24 novembre 2015, dans la 1ère Cour de Miranda, dans le Valles del Tuy, « qui a accepté d’annuler la mesure portant sur le King Air 300 et de suspendre les opérations aériennes au niveau national de l’appareil, jusqu’à ce que son retour réel à son «propriétaire réel» se matérialise, tel qu’il est lu dans le dossier MP21-P-2013-015903.  Cette décision a été envoyée au ministère public le 24 novembre 2015, selon la lettre officielle n ° 1746/2015« .  L’engin est l’objet d’une bataille juridique classique, étant donné sa valeur (et malgré le fait qu’il soit resté immobilisé un bout de temps).  Une personne est citée comme propriétaire de l’appareil qui porte l’immatriculation YV2899 (c’est bien toujours le même FA-48):  c’est l’avocate María Eugenia Chirinos Peña, représentante de la société plaignante Inversiones Delta Sierra 2012, CA.  Une société inscrite le 6 décembre 2012 au « Registro Mercantil Quinto del Distrito Capital » et dans laquelle apparaissent deux noms de propriétaires : González Acosta et Jorge Seputis, qui est aussi le responsable de la banque Banplus.  L’homme est aussi un « socialate » bien en vue qui semble courir les soirées mondaines.  Pourtant, légalement, la saisie reposait bien sur la loi :  « l’article 57 des Lodoft et 184 de la loi sur les drogues établit que «l’organe directeur peut désigner des déposants, des administrateurs spéciaux afin d’éviter que les biens saisis ou confisqués ne modifient ou disparaissent, se détériorent, diminuent de manière significative leur valeur économique ou se détruisent … « .   Selon ce chiffre, le King Air 300 a été affecté au Procureur en 2014 (enregistrement actuel YV-3082, ancien YV-2899, puisqu’il a eu six enregistrements), propriété de Delta Sierra, qui a réclamé le retour du bien et l’a reçu lors d’une émission télévisée par VTV avec une interview exclusive faite par l’avocat de l’entreprise ». Car l’avion, récemment, est devenu une affaire politique, et en fait une belle manipulation comme on va le voir… car on va présenter tout autrement l’affaire au public… tout autrement, puisque même Sputnik s’y est mis aussi pour présenter les choses (à sa façon) !!!

L’opération oubliée : en 2013, l’avion devait s’envoler vers l’Apure !

Dans ce qui va suivre, à savoir une campagne médiatique sans précédent, on va occulter un élément de taille.  C’est le magazine Climax du 12 novembre 2013 qui l’avait pourtant bien raconté, façon découverte policière  (copie d’écran à droite) :  « le 18 septembre de cette année (2013), exactement une semaine après l’exil du troupeau solitaire de valises qui a laissé derrière lui Maiquetia avec 1,3 tonne de cocaïne dans le ventre, les soldats de garde à l’aéroport métropolitain de Caracas « Oscar Machado Zuloaga » situé à Charallave, dans l’état de Miranda, ont été alertés de mouvements étranges.  Il était 10 heures du soir. Tout était silencieux.  Au terminal de Charallave, on a suspendu l’autorisation des vols nocturnes, de sorte que, à la tombée du soleil, les activités sont arrêtées et rien n’aurait dû se déplacer là-bas. L’errance d’un chariot électrique était donc assez anormale …  Une lampe de poche en main, les troupes dans le travail d’inspection se sont mis à découvrir ce qui se passait.  En se saisissant, en gardant leur bouche fermée et en essayant de marcher légèrement, ils se sont dirigés vers le hangar où ils avaient semblé avoir vu s’arrêter le chariot fantomatique.  C’était, en passant, un hangar de l’armée.  L’endroit était calme . Pas un bruit.  Les soldats se tenaient debout.  Soudainement, quelque chose s’est agité en arrière-plan, où un avion privé était « parqué » – un officier avait stationné là avec la permission de ses supérieurs, alors qu’il … mais c’est une autre histoire.  Le point est que dans cet avion en dehors de l’officier armé, des ombres s’étaient déplacées.  Un des soldats s’est approché, visant les projecteurs au poste de pilotage et a vu des yeux terrifiés.  Bientôt, ils arrêtaient le dominicain Christopher Noesí, l’équatorien José Urbano et le vénézuélien Alberto Yépez, qui, au deuxième cri de «que fais-tu ici», donnaient déjà des informations sur leurs patrons.  Et il s’est avéré que dans cette charade ils étaient les seuls civils.  Le reste du groupe ne l’était pas »…  et l’article, sidérant, de continuer en précisant quel appareil s’apprêtait à être volé par les militaires (il aurait dû se retrouver comme celui ici à gauche, logiquement) : « appréhendés à l’intérieur de l’avion modèle King, immatriculé YV2899 (c’est bien le même !!!), la première chose qui a été saisie pour les trois hommes: la liberté.  Le deuxième était leur téléphone cellulaire.  Les officiers de la Direction générale de la contre-espionnage militaire ont donc été saisis, et ont immédiatement été informés de la situation anormale.  Du plan de vol, on a appris que l’avion naviguerait de nuit vers l’Apure.  Et à partir de l’interrogatoire des détenus et des récents appels enregistrés sur les téléphones cellulaires, qui étaient derrière le vol de l’avion.  Six jours plus tard, le ministère public a obtenu la garde des deux étrangers et du civil, dont la vie a changé quand ils ont été pris dans le faisceau de lumière d’une lampe, ainsi que pour cinq soldats de l’armée. »   L’article précisant : « l’état d’Apure est important dans ce désordre.  Comme l’a expliqué le pénitencier Bayardo Ramírez, dans l’entretien susmentionné à El Universal:  «Il y a environ 116 aéroports clandestins situés dans l’État d’Apure, près de la frontière avec la Colombie.  Ils ont des avions spécialement conçus pour le transfert de la drogue.  Il existe des voies stratégiquement planifiées pour le transfert des cargaisons dans les véhicules qui sont ensuite montées dans l’avion.  Il existe une logistique bien planifiée. «  Comment un avion dont les militaires ont tenté d’en faire un transporteur de cocaïne a pu ensuite circuler tranquillement sous le nom d’une société privée reste une énigme.  La société qui se prétend propriétaire a été fondée en 2012 et elle semble entrée en possession de l’appareil en 2013.  Or c’est l’année où il appartenait encore à JS Kalpha 300 Inc… créée elle-même en novembre 2012 seulement (la « repreneuse étant créée le mois suivant !).  En 2015, cet appareil, on le rappelle avait été rangé par l’administration dans la case des « avions abandonnés » !!!  Pouvait-on le classer ainsi s’il avait encore eu un propriétaire, la réponse est évidemment non !  Les personnes interpellées le soir dans le hangar de l’armée, Recanatini, Morales, Guillén, Gutiérrez, Zerpa, Noesí, Urbano et Yépez, ont été envoyés au centre pénitenciaire de Yare III.  Pourquoi avoir occulté cet événement lorsque l’affaire du YV2899 devenu YV3082 est apparue ???  (nota : l’article sera réédité chez Milagros Soccoro en 2104, sous le titre « les trafiquants en uniforme, l’histoire interdite » ce qui en dit long).

Acheté précipitamment par une société fantôme

L’appareil, après l’épisode de son envol raté vers l’Apure, pourtant déjà versé à la « Fiscalia » qui l’utilise régulièrement, a donc été subitement revendu à une société privée représentée par un jeune couple (dans lequel figure un citoyen suisse, Dieter Lukas Staubli) dont le moins qu’on puisse dire c’est qu’elle n’est pas très claire.  « Lorsque, en avril 2014, le tribunal de Miranda a convenu que la mesure d’assurance l’avait fait en fonction des indications du procureur Abreu Rodríguez sur le manque de transparence dans l’acquisition de l’avion.  Textuellement, le juge a noté que « le ministère public a demandé des informations concernant son acquisition, qui, à ce jour, n’ont pas été suffisamment claires, parce que la constitution de la même chose a été faite, selon les actionnaires lors des entretiens rendue avant le siège fiscal, pour acquérir l’aéronef à des fins privées, même si l’objet est différent selon le registre du commerce, ainsi que le fait de ne pas avoir de livres comptables et d’avoir comme domicile fiscal le même endroit où résident les citoyens Rubymar Stella et Dieter Lukas Staubli (le mari de la première des personnes susmentionnées, qui aurait acheté l’avion mais n’apparaissait pas comme actionnaire dans le registre du commerce), ce qui corroborait l’inspection effectuée par les fonctionnaires affectés à la garde nationale bolivarienne. enquête sur l’origine de l’aéronef « .  Une lettre rogatoire 14-04-2014 est envoyée aux autorités compétentes de la Confédération suisse pour déterminer, à la lumière de ce qui a été dit dans les entretiens, l’origine des fonds et rejeter cette société Delta Sierra 2012. CA car elle a acquis le bien dans des circonstances qui conduisent raisonnablement à la conclusion que les droits ont été transférés pour échapper à une éventuelle saisie préventive, la saisie ou la confiscation « , tel que cité dans la décision de la cour d’appel du 22 juin 2016 ».  Un avion acheté par une société fantôme, en quelque sorte !  Les acheteurs n’auraient-ils pas été un peu vite en besogne, avides d’hériter d’un bel engin à un prix défiant toute concurrence ?  Ou tout simplement, qui donc leur a vendu un avion pourtant utilisé alors par un ministère ???  De quel droit, et de quelle façon ? Non, quelque chose cloche à ce niveau.

« L’avion de la procureure »

On a fait donner l’artillerie lourde, dans le cas de l’avion devenu en quelques semaines une vraie banane à la MarioKart.  L’avion, tout d’abord, n’a déjà plus rien à voir avec celui saisi.  Mis à l’écart pendant au moins 4 ans (et sa déclaration d’abandon), l’engin a entièrement été révisé, et même refait complètement, arborant aujourd’hui une autre livrée extérieure, plutôt réussie avec un cockpit souligné de noir, et une autre immatriculation :  il est devenu l’YV3082 et il a plutôt fière allure, ma foi.  La rénovation a plutôt été luxueuse (ci-contre à gauche, photographié à l’aéroport de“José Francisco Bermudez” de Carupano).  Récupéré par la « Fiscalia« , le voici devenu avion officiel, à effectuer de nombreux voyages, dont un pour se rendre par exemple sur les lieux de « La Masacre de Tumeremo”.  En mars 2016, une trentaine de travailleurs de la mine d’Atenas avaient disparu dans l’Etat de Bolivar.  Et la procureure avait utilisé le Beechcraft pour se rendre sur place et y enquêter :  elle déclarera ensuite qu’il manque toujours 17 personnes disparues et non 26 comme annoncé jusqu’alors.  Des fonctionnaires policiers auraient été vus ramassant des cadavres pour les transporter par camion.  Encore une affaire étouffée !  L’appareil est bien officiel, car il a hérité de deux pilotes attitrés de l’armée :  C’est le Servicio Autónomo de Transporte Aéreo de l’armée qui a en effet fourni le Capitaine Luis Eliécer Salcedo Garrido et le major Luis Alfredo Maracará pour piloter le Super King 300 YV-3082.  En avril 2014, à vrai dire, la procureure a d’autres chats à fouetter :  elle enquête aussi sur le bilan des premières émeutes du pays qui ont laissé derrière elles 39 morts, 608 blessés et 2 285 détenus, dont 192 restent en prison – y compris El Aviator- et 17 sont aussi des fonctionnaires de l’Etat.  La procureure générale enquête également sur 102 cas de violations présumées des droits de l’homme, et son attitude à leur égard en fait à ce moment-là la bête noire des manifestants.  Selon elle en effet « les manifestations « sont violentes, agressives et mettent en danger la liberté de ceux qui n’y participent pas ».  Elle laisse entendre aussi qu’ils sont manipulés par les USA !!!  En 2015 encore, elle accuse toujours les « Guarimbas » d’être les seuls auteurs des manifestations violentes.  Mais certains sentent bien qu’elle doute déjà de ce qu’on lui demande de faire.  La chaviste s’aperçoit que le gouvernement fait fausse route, mène le pays à la ruine, et commence à ruer dans les brancards.  Elle s’aperçoit surtout que le pays s’effondre et verse dans la délinquance la plus totale et la plus meurtrière : le 2 février 2016 elle annonçait un bilan catastrophique de 17, 778 homicides pour l’année 2015, dont 82% par balles.  Soit 58,1  pour mille habitants avec une pointe à 119,87 à Caracas même.  La drogue jouant bien sûr un rôle primordial dans le processus…  En 2016 elle annonce le chiffre de 21 752 homicides… dont  12 069 sont des jeunes entre 15 et 30 ans: c’est un désastre !  86,6% l’ont été par arme à feu !  Le Venezuela est toujours le pays le plus violent du monde devant le Salvador…  Ortega, à la fin de l’année, commence aussi à évoquer les « groupes paramilitaires » qui tirent sur les manifestants.  En fait, c’est bien le pouvoir en place qui le fait.  Et ça, elle le sait parfaitement et s’en inquiète, surtout !!! Elle sent bien que ce pouvoir est en train de vaciller !  Chez les maduristes, on commence à s’inquiéter de ses déclarations.  Elle en sait beaucoup, sinon trop, sur les malversations d’Etat.  Aussi est-il décidé de la faire taire avant qu’elle ne parle.  Et le prétexte trouvé ce sera… l’usage de « son » avion !!!  Le désormais fameux Beechcraft ‘YV3082 !!!  On va lui monter un beau bateau, qui sera son bimoteur refait à neuf !

La tentative de mise à mort médiatique

Cela commence à la télévision par un teasing rondement mené qui débute par l’annonce de l’usage immodéré de l’avion par Luisa Ortega Díaz.  S’y colle d’abord la journaliste Monica Vistali, plutôt genre « La Voix de son Maître, qui fait son reportage avec dans le dos l’avion bien reconnaissable.  Pas moyen de le rater.  On le voit sous tous les angles et on précise que cela fait trois ans que son propriétaire attendait son retour pendant que Luisa Ortega Díaz l’utilisait sans répondre aux injonctions des juges et que l’appareil « a été volé en 2013 pour servir d’avion transporteur de drogue » (comme on l’a vu il n’a pas été volé et sa propriété a été contestée par des juges, car complètement floue).  On insiste aussi sur son changement de couleur et d’immatriculation.  C’est signé TeleSur, chaîne nationale lancée par Chavez en personne en 2005. La peau de banane glissée sous les pas de la procureure dissidente à une origine connue :  c’est bien le pouvoir qui lui envoie !!!  On y ajoute en bandeau « elle l’utilisait à des fins personnelles », alors que rien ne le prouve, et on lance même dans la foulée à l’antenne un nouvel avocat, Abraham Mussa, venu enfoncer ce clou du « détournement personnel » :  c’est celui de la fameuse société Delta Sierra qui réclame « son » bien.  Tout cela paraît bien gros et tout le monde soupçonne Maduro d’être derrière le lancer de banane.  Mais ça ne semble pas lui suffire encore et il faudra donner dans l’artillerie lourde.  Ou plutôt un gros lourdeau, un jeune loup encravaté du Paf local, sorte de PPDA en plus jeune et bouffi, qui, lors de son dernier interview avec brosse à reluire à la main de Maduro avait salué dans une question sans saveur les « pouvoirs de divination » du président brésilien !  Il s’agît de Boris Castellano (ici à gauche), qui sur Twitter, le 15 juin, met en ligne une vidéo montrant l’intérieur de l’avion, insistant sur le luxe à bord (on a le droit à la visite du bar avec vin espagnol, du Bodegas Vega Sicilia à 90 euros la bouteille, ici à droite) et ajoute à la volée que le Procureur avait dépensé « plus de 250 000 dollars en heures de vol ».  Le procédé est infect (dans tout jet privé c’est la même chose et les dépenses ne sont rien en comparaison du gigantesque parc de jets du gouvernement), mais ça ne suffit toujours pas.  Alors on a droit en prime à l’ultime séquence de l’ouverture à la perceuse de la porte blindée de la maison de Luisa Ortega Díaz et de l’étalage à nouveau de son « luxe » qui se résume à des vêtements et des chaussures de grande marque, mais dans un décor plus que sobre d’appartement sans chichis, à part des portraits de la procureure et une ou deux œuvres d’art.  C’est encore une fois un procédé infect et une mise en scène totale (la séquence du percement de la porte prend des plombes !).  Un coup tordu, dont on entrevoit les ramifications et l’origine quand on apprend « que les boîtes noires de l’appareil vont être examinées pour voir les trajets qu’il a faits » (sous entendu l’avion a servi à des fins personnelles).  Qui donc répand cette rumeur ?  « Ils ont pris des éléments et ces pièces ont été prises à la Torre Británica (où l’Inca a son siège principal) pour l’analyser », ont déclaré les sources judiciaires, qui ont affirmé que l’opération a été suivie par Gustavo Lima, qui est le pilote du député Diosdado Cabello ». Cabello, l’âme damnée de Maduro, celui qui est à la tête du trafic de Los Soles !  Depuis, aucun trajet susceptible de polémique n’a été révélé.  Une boîte noire enregistre 25 heures de vol maxi, de toute façon.

Elle déballe son sac, et il est très lourd

En haut lieu, Cabello compris, on n’en peut plus, de Luisa Ortega Díaz… on est déjà arrivé en 2017 en fait, et les choses se sont beaucoup précipitées depuis le début de l’année.  La nouvelle Assemblée constituante du Venezuela a en effet démis de ses fonctions, samedi 5 août, dès le premier jour de sa réunion, celle qui avait été nommée en 2007 et qui a été la première à s’opposer  publiquement à son successeur en refusant de cautionner le changement de constitution et le vote biaisé qui avait précédé.  Elle n’est déjà plus dans le pays, car tout s’est passé très vite après.  Craignant à juste raison pour sa vie, elle a en effet fui le pays, dès le 18 août, avec son mari German Ferrer, pour se rendre en Colombie, puis au Brésil.  Au départ, elle a quitté Caracas pour se rendre à la péninsule de Pragana, de là elle a pris un petit bateau pour Aruba d’où elle s’est envolée… en jet !  Un Cessna 560 Citation Ultra, le colombien HK4304, de la compagnie Central Charter de Colombia S.A (ci-dessus à droite).  Elle n’est pas partie seule, avec elle il y avait son mari Germán Darío Ferrer, mais aussi Gioconda del Carmen González Sánchez, une amie et la sous-directrice au ministère, et Arturo Vilar Esteves, le spécialiste anti-corruption et un homme qui a côtoyé les militaires de près, et qui sait ce dont ils sont capables.  Lui aussi a de sérieux dossiers sous les bras.  Elle a fui, mais en emportant des biscuits avec elle.  A peine débarquée en Colombie, elle déballe la boite, comme l’a écrit Wikipedia : « Luisa Ortega Díaz accuse le président Nicolás Maduro d’avoir reçu 35 millions de dollars de la société brésilienne Odebrecht et d’autres entreprises dans le cadre de l’Opération Lava Jato.  Le 18 août 2017, lors d’une réunion de procureurs d’Amérique latine à Puebla au Mexique, elle renouvelle ses accusations par un message audio et affirme détenir les preuves de la culpabilité du président Maduro :  » Nous avons le détail de toute la coopération, les montants et les personnes qui se sont enrichies, et cette enquête implique monsieur Nicolás Maduro et son entourage ».  Par ailleurs, elle accuse Diosdado Cabello, numéro deux du régime, d’être impliqué dans des dossiers de corruption et d’avoir reçu 100 millions de dollars (85 millions d’euros) de pots-de-vin grâce à une entreprise espagnole appartenant à sa famille.  Cet argent serait en lien avec les marchés obtenus au Venezuela par une société brésilienne » on comprend qu’elle puisse craindre pour sa vie :  elle vient d’enterrer tout un système mafieux.  Celui que je vous décrit ici dans cette longue série !!!  Depuis, la procureure a été remplacée.  Par un homme qui s’y connaît en corruption : c’est  Tarek William Saab, fils d’immigrants libanais, longtemps militant des droits de l’homme dans le pays.  Dès sa nomination, il s’en est pris à Pdvsa qui selon lui « aurait pompé 35 millards de dollars aux vénézueliens« .  Et s’en est pris une nouvelle fois à Roberto Rincón le « Steve Jobs des contrats bidons de PDVSA« , et sa villa à 7 millions de dollars de Carlton Woods, détenu aux USA pour  diverses malversations.  Donnant ainsi raison aux USA (?)…  Pas sûr qu’il fasse l’affaire longtemps, celui-là.  Dans l’Etat qu’il dirige, le 5 novembre 2016 on a trouvé un camion citerne semi remorque dans lequel était caché une tonne de cocaïne.  Saab semble avoir oublié bien des choses.  « El Pollo » Carjaval nommé « ambassadeur » à Aruba, avait rejoint l’île dans le Cessna N9GY appartenant au magnat incarcéré.  Rincon et son associé Abraham Shiera auraient pourtant acheté sous le nom de Global Air Services Corp un Turbo Commander N840TC devenu YV3174 pour lui offrir, selon Guisos Rojos.

L’incroyable méprise

On croit l’histoire terminée, et non.  Et on retombe sur un vieille histoire… de drogue.  Alors que la procureure commençait à songer à sa fuite, des journalistes ont continué à fureter dans le dossier de la peau de banane du Beechcraft YV3082.  Pour tomber sur une chose extraordinaire, le 11 juin 2017.  « L’un des actionnaires de Delta Sierra 2012, a qui est crédité la propriété de l’avion King Air 300 (utilisé par la Procureure), est identifié avec la carte d’identité d’un trafiquant de drogue « réputé » dans le dossier initialement chargé par la Première Cour de Jugement de Miranda à l’occasion de la tentative de vol de celui qui a été objet en septembre 2013 dans l’aéroport Oscar Machado Zuloaga de Charallave, dans les Vallées du Tuy.  C’est Rubymar Stella González Acosta, qui est identifiée par le document V-4.103.150, et qui correspond au pilote Carmelo Antonio Vásquez Guerra, impliqué dans l’expédition de près de 6 tonnes de cocaïne dans un avion DC-9, qui ont été saisies en Mexique en avril 2006.  Le véritable document d’identité de la femme, actuellement âgé de 40 ans, est V-13 285 643. »  Pendant des années, on a donc confondu la carte d’identité de la nouvelle prétendue propriétaire du Beechraft avec celle de l’homme mystère de l’incroyable saisie au Mexique à Ciudad del Carmen, dans l’état de Campeche, le 10 avril 2006, d’un DC-9 rempli de cocaïne !  Et cela n’aurait fait tiquer personne dans l’administration ou la police !!! Comme le rappelle la presse, cela aurait dû pourtant les titiller :  « l’affaire implique sérieusement le Venezuela, car les porte-parole des drogues américains (y compris les médias) ont présenté la version selon laquelle le médicament a été expédié depuis la rampe 4, une zone qui dessert les institutions gouvernementales et la présidence de la République elle-même. La responsabilité de l’expédition a été attribuée par ces mêmes porte-parole au trafiquant de drogue Walid Makled. Celui-ci, cependant, a nié cette version.« Carmelo Antonio Vásquez Guerra étant à lui seul toute une histoire :  « à Campeche, selon la version officielle, Carmelo a réussi à échapper au siège des soldats qui ont entouré l’avion après leur atterrissage. Ils ont attrapé le copilote qui a été identifié comme Miguel Vicente Vásquez Guerra (cf : le frère de Carmelo !). Carmelo s’est échappé en août 2008 de Guinée-Bissau, où il a été pris dans un avion de trafiquants avec 500 kilos de cocaïne, ainsi que les aviateurs vénézuéliens Carlos Luis Justiniano Núñez et Daniel Aguedelo Acevedo. Une semaine plus tard, il a été sauvé d’une capture à Bamako, la capitale du Mali. Sa chance a pris fin le 16 juin 2011 quand il a été capturé par des agents du CICPC dans le parking de l’hôtel Eurobuilding à Caracas avec une cargaison de 70 kilos de drogue. En outre, il avait une ordonnance de capture par la seconde cour de l’état de Vargas pour le cas de « Cocaine One ». Actuellement, il devrait être dans une prison au Venezuela ». Rien n’est moins sûr… on rappelle que son « collègue » pilote de Gulfstream en Guinée Bissau a été arrêté en 2016 en République Dominicaine avec 359 kg de coke à bord du Cessna YV2708. On retombe toujours sur les mêmes, en fait ! Les mêmes !

Le suisse, son employeur vénézuélien et ses multiples sociétés panaméennes

Quant au mari de la personne confondue, Dieter Stäubli, citoyen suisse, son CV est tout aussi vague : « dans le cas où il apparaît, son nom se trouve au Panama, en tant qu’administrateur de Panacorpo, House of Securities, une maison de courtage de documents et de titres qui opère dans l’édifice Ocean Business Plaza, 11e étage, Office 11-06, urbanisation de Marbella, Bella Corregimiento. C’est une société du marché des capitaux où la plupart de ses administrateurs sont des Vénézuéliens. Son président est Erwin Kurt Thomas Monagas » Un ancien de  PDVSA Petroleos de Venezuela S.A., et de la Banco Nacional de Credito (BNC), dont voici le fastueux mariage de février 2013 étalé sur le net avec réception à l’hôtel Mariott.  L’une de ses sociétés s’appelle Panacorp Consultores S.A. installée au Panama c’est celle ou travaillerait Stäubli (probable héritier de cet empire ou plutôt de cet individu ?).   Mais il en possède d’autres, Erwin Kurt, et en a même 13 de répertoriées, d’entreprises, dont une qui a fait sourire tout le monde ici en France car elle s’appelle Macron Holding S.A. !!!   « L’agent » (le représentant), le plus souvent, de ces sociétés est Morgan y Morgan (MMG).  Or c’est un cabinet de conseillers financiers panaméens dirigé aujourd’hui par Francisco Arias G, le grand concurrent de Mossack Fonseca, celui dans la tourmente des Panama Papers !  Dans plusieurs de ses sociétés qui en rappellent d’autres, on tombe sur une dénommée Kathia Martinez Chong, qui a tout d’une secrétaire prête-nom comme le sont d’autres (je vous ai déjà parlé de cet individu Geoffrey Taylor et de son GT Group dirigée par une employée de MacDo !). Un petit malin a répertorié toutes ses participations :  c’est impressionnant !  Elle dirigerait à elle seule au Panama 21 sociétés et participerait… à 1647 autres !!!!  Intéressant aussi de constater que l’on retrouve son nom dans Valmont Management qui a reçu 400 millions de dollars de Constructora Internacional del Sur (CIdS).  Le directeur en est José Dapelo Benites et CIdS est une filiale du groupe de… Nortberto Odebrecht, celle ayant « favorisé » Maduro selon la procureure dissidente du régime !!!  On retrouve le même équatorien Benites avec deux compères (Bernardo Arosemena et Rodolfo Barniol Zerega) dans un scandale immobilier et de corruption touchant directement le gouvernement du Panama.  L’homme est aussi dans une autre affaire, Panama NG Power, qui a promis des centrales électriques sans jamais en avoir fait auparavant… comme au Venezuela avec Derwick et PoroEnergy !!!!  Bref, on est en peines magouilles à tous les étages.  En prime, Taylor nous avait amené à un trafic d’armes, je le rappelle.  Erwin Kurt Thomas Monagas s’aventurera-t-il dans la même catégorie ?

Car cela va bien plus loin encore, en effet, puisqu’on retombe sur les armes :  « en 2011, PDVSA est apparu dans le groupe de sept sociétés sanctionnées par le Département d’Etat pour avoir des relations commerciales avec l’Iran. Cette année a également été marquée la Société vénézuélienne des industries militaires (CAVIM), dont la sanction a été prolongée en 2013 pour une période de deux ans qui expire le mois de février (c’était en 2015). L’interrogatoire américain envers Cavim était l’échange d’équipement ou de technologie avec l’Iran, la Corée du Nord et la Syrie, a rapporté El Nacional ».  Elle n’a pas encore tout dit,  Luisa Ortega Díaz, et cela promet dans les mois à venir…

 

dossier à lire de Maibort Petit :

Los muchos caminos de la droga en Venezuela

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