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Coke en stock (CLIV) : dossier Venezuela 6) la farce des avions « vérifiés »

Hier nous avons étudié le cas de « El Aviator », visiblement sacrifié sur l’autel du Madurisme, présenté comme étant un « terroriste » voire un « trafiquant ».  En réalité, sous Maduro, tout est objet de détournements et de mises en scène grotesques pour dissimuler la dure réalité, celle d’un pays devenu de façon flagrante un narco-Etat.  Cerné par les critiques, notamment américaines, dont les tirs soutenus se rapprochaient de plus en plus de ses proches, Maduro a par exemple eu un jour l’idée « lumineuse » d’organiser dans tout le pays une vérification des avions « suspects », à savoir dont la présence sur le territoire aurait pu être liée (ou pas) au trafic de drogue.  Le bon moyen de s’absoudre, en quelque sorte !  L’opération, baptisée « Air souverain » aura été l’une des pires mascarades du pouvoir, qui a néanmoins occupé l’antenne des téléviseurs pendant des heures en présentant le régime comme le champion de la lutte contre le trafic de cocaïne…  alors que les premiers mouvements de révolte commençaient à poindre dans le pays.  Ceci explique sans doute cela !!!  Hélas pour lui, on découvre après coup qu’il a utilisé pendant années des appareils d’un trafiquant de drogue notoire, écarté quand l’étau judiciaire à commencé  à le cerner, ses avions étant… réquisitionnés ensuite pour balader les dignitaires du régime, dont l’ineffable Piedad Cordoba, celle-là même que l’on avait aperçue négocier avec les Farc lors de la libération d’Ingrid Betancourt…

La farce grotesque des inspections d’avions

L’avion du pilote décédé (cf l’épisode précédent) demeure donc sur place, amené à Charallave.  Voici l’avion « capté », en effet.  Ce qu’on découvre lors d’une énième opération de com dont j’ai déjà parlé ici-même.  Celle organisée par le gouvernement de Maduro pour tenter de faire taire les suspicions de trafic de drogue que traîne derrière lui son gouvernement ; on le trouve en effet dans une liste d’avions « inspectés » car traînant parfois depuis des mois dans les hangars de la base (cf la liste ici à droite, et une bien plus longue parue en 2009 visible ici).  C’est l’opération « Cielo Soberano » (« air souverain ») déclenchée le 27 novembre 2014 dans tout le pays par l’ineffable Néstor Luis Reverol, avec moult roulements de tambours et de prises de micros à la télévision étatique.  Le même Reverol affirmant que « 1386 avions ont été ainsi vérifiés« .  Ce jour-là l’armée sort ses chiens renifleurs, inspecte devant les caméras un ou deux appareils et déclare bien sûr qu’elle n’a rien trouvé :  l’armée, surveille le bien être de ses citoyens et les tient écartés de l’usage de la drogue.  L’honneur de la patrie est sauf. Pendant ce temps-là, les jets bourrés de coke s’écrasent en Apure ou dans le Cojedes, mais ça c’est un autre histoire comme on le sait. J’ai évoqué cette farce ici, dès son apparition, dans le chapitre « une rafle fortement médiatisée ».  Bien entendu, l’opération orchestrée depuis le palais présidentiel avait vu un Maduro bien remonté la présenter devant les caméras.  C’était une « opération secrète contre la corruption » avait-il clamé à Aragua, devant un parterre de militaires… et Cilia Flores.  Un joli brassage d’air, oui, plutôt !

Un blanchiment d’argent et le détournement du SUCRE

L’opération a eu lieu sur tous les aéroports importants du pays.  C’est de l’esbroufe la plus totale, car elle ne débouchera sur rien de tangible.  Derrière Jorge Arreaza, alors le vice-président de la République, on aperçoit ce jour-là l’IAI Gulfstream G280 N259FG avec lequel il est venu inspecter l’aéroport. L’avion sert beaucoup, on a pu y voir à bord le président et la célèbre députée Piedad Cordoba, celle qui avait négocié avec les Farc lors de la libération d’Ingrid Betancourt.  Un appareil de l’entreprise Fondo Global Construcción, accusée d’avoir lessivé et blanchi 135 millions de dollars en Equateur, rapidement transférés dans des paradis fiscaux (l’avion étant classiquement inscrit dans la liste sans fin de Bank of Utah Trustee de Salt Lake City, autre paravent si pratique).  L’argent provenait en réalité du Sistema Unitario de Compensación Regional (ou SUCRE), détourné, à l’occasion.  C’est le procureur équatorien Galo Chiriboga qui a révélé l’affaire le 7 avril 2013, avant même l’explosion des manifestations d’opposition.  Son verdict est sans appel contre Maduro rappelle ici Andes Info : « le ministère public a constaté plusieurs irrégularités telles que l’existence de sociétés constituées entre 2010 et 2012 et qui ont simultanément créé des opérations de plusieurs millions de dollars.  En outre, que les ressources reçues par les sociétés fictives pour l’argent compensé par le Venezuela, sont restés, au mieux, 72 heures en Équateur, avant de partir dans les paradis fiscaux.  Une autre des irrégularités qui a attiré l’attention du procureur général est que, dans certains cas, des partenaires détectés, dont plusieurs de nationalité étrangère, sont liés à des infractions liées au trafic de drogue.  Le procureur s’est référé au cas de la société Fondo Global de Construcción S.A., constituée en 2012, qui a présenté des informations fausses ou erronées concernant son lieu de domicile.  En outre, il n’a pas été possible de prouver les opérations de production, même si le nom est la construction de maisons préfabriquées.  Il a également été possible de détecter un décalage de 131 907 798 dollars entre l’argent reçu via la plate-forme SUCRE et les éléments exportés.  SUCRE est une unité de commercialisation entre le Venezuela, Cuba, Antigua-et-Barbuda, la Bolivie, la République dominicaine, le Nicaragua, Saint-Vincent-et-les Grenadines, l’Équateur et l’Uruguay, qui vise à remplacer le dollar américain ».  Le 22 novembre 2013, le photographe spotter Wolfgang Zilske avait réussi un beau cliché de l’appareil cité :  il l’avait pris en train de se poser de sa chambre d’hôtel donnant sur le Princess Juliana International Airport, à Saint Martin (photo en haut du chapitre).

Tout était OK, pourtant, dans le Falcon
Ils auront été très mauvais, les « madurotistes », lors de cette opération purement médiatique.  La palme revenant à un image (ci-contre à gauche) : celle de Giuseppe Yoffreda, ministre à l’époque «  de Transporte Acuático y Aéreo » en train d’expliquer que l’opération se passe bien sur la base de Falcon, et que les avions ont tous été vérifiés et que rien de spécial n’a été détecté.  Or, derrière l’une de ses épaules on en devine un, justement, d’avion.  C’est l’YV1426, un Cessna 402B Utililiner / Businessliner bien reconnaissable avec ses trois couleurs bien voyantes, aperçu ici (à droite) en 2010 en train d’atterrir à St Martin .  Or cet avion, le 25 janvier 2012, avait fait l’objet d’une décision d’un tribunal, le « Tribunal Tercero de Primera Instancia en Funciones de Control de Falcon« , justement. L’appareil, tout d’abord avait été retenu 108 jours sur l’aéroport international Josefa Camejo du Paraguay, exposé aux intempéries et à la corrosion, car il avait déjà été retenu sur place pour un trafic de drogue.  Il avait ensuite été de nouveau coincé le 27 septembre 2011 par des agents de la garde nationale bolivarienne, pour le même délit, cette fois-ci attribué à Alejandro Enrique Rouan Sotillo, un vénézuélien, habitant dans l’Aragua.  A bord de l’appareil avaient été trouvés 4 kilos de cocaïne !  L’homme est aujourd’hui répertorié au pénitencier de Coro.  La décision judiciaire avait été explicite : « la conservation préventive des biens saisis dans la procédure (aéronef) est ordonnée et, par conséquent, le Bureau national (ONA) informe de la conservation préventive des biens saisis.  Cette mesure couvre l’avion, qui est demandé par le citoyen Freddy José Cuba ».  L’avion retenu sur place depuis 2o12 derrière Giuseppe Yoffreda avait déjà servi à un trafic de drogue !  Un Offreda, qui avait alors également pris charge la Société vénézuélienne de commerce extérieur (Corpovex), une entité dont la création avait annoncée en novembre 2013 par le président Nicolás Maduro, en tant « qu’organe fondamental des relations extérieures du pays« .  Or en 2016, le même avion sera photographié sur l’Oranjestad Queen Beatrix Int’l Airport d’Aruba... drôle de relation extérieure !  Plus effrayant encore, quand on découvrira que le même Giuseppe Yoffreda est lié au responsable d’une entité particulière appelée Veximca, sous le nom de société de Corporation Logmitec SA.  Son responsable étant Victor José Arriaga Navarro, qui a pour ami principal… Yoffreda.  La spécialité de l’entreprise ?  L’import de bombes lacrymogènes, celles lancées contre les manifestants !  En juin 2017, le Venezuela a acheté en effet 77 860 bombes lacrimogènes simples (40 000) ou à triple charge (37 860), à la société brésilienne Cóndor.  La Turquie d’Erdogan a acheté les mêmes.  Ici à droite une grenade de ce type retrouvée dans une chambre d’enfants à Caracas…

De biens beaux avions, dans les hangars près de Caracas

La liste des avions « retenus » ne cesse de faire sourire.  On y distingue par exemple l’YV2010.  C’est un beau Beechcraft King Air blanc à filets jaunes et gris appartenant à Antonio Korol.  Un bel appareil aussi, vu ici (à gauche) en 2012 encore dans le hangar 103 de l’aéroport de Charallave (à 20 km de la capitale).  Les autres appareils lui appartenant occupant les hangars 102, 104 et 105.  Ce sont les YV 2544, YV 2500, YV 2424, YV 2010 et le Citation YV 1504, tous cités dans la liste.  Et tous sauf le Citation peints de la même façon avec seulement une couleur de filets différente.  Son propriétaire n’en était pas en effet à son coup d’essai en matière d’aviation.  De son vrai nom Antonio Korol Hul, l’homme était un commandant de bord d’aviation commerciale qui s’était vite retrouvé à piloter cinq jets privés appartenant à Arné Chacón Escamillo, le frère du ministre Jesse Chacón Escanillo; ancien ministre de la Communication et de l’Information du Venezuela, ministre de l’Intérieur (et depuis ministre de l’Énergie électrique, nommé en 2013).  Les avions, plus tard mis en vente, avaient alors été achetés à crédit, grâce à un prêt de 5 millions de dollars consenti par deux banques (Baninvest et Banco Real !). Or Arné Chacón possédait justement 49% de la banque Baninvest !!!  Il s’était fait crédit à lui-même !  Au Venezuela, on se permet tout !  Le permis de voler de Korol avait été brusquement suspendu en 2008, sans que l’on sache pourquoi.  En  2009, c’est Arné Chacón Escamillo qui tombait, pour corruption, devenu le symbole des « boliburgueses », entraînant son frère ministre dans sa chute (1). L’homme avait alors été cité dans des affaires impliquant des avions découverts au Honduras, chargés de drogue, et même dans celle du Boeing du Mali !!  Torres Ciliberto et Chacón Escamillo auraient eu en effet comme partenaire Gonzalo Morales Divo, partenaire du trafiquant de drogue Ronald Morett, qui avait été arrêté jadis au Venezuela avec 600 kilogrammes de cocaine pure.  Morett revenait, d’une peine de 9 ans de prison au Canada pour avoir importé de la coke dissimulée dans des moteurs hors-bords : on le soupçonnait d’informer désormais la DISIP (2).  Gonzalo Morales avait ensuite fui vers les États-Unis pour aller vivre à Miami.  Les avions de Korol Hul, en tout cas, véhiculaient encore en 2009 Piedad Córdoba ou des invités africains au sommet de l’ASA II à Margarita (où on avait aperçu cet homme... elle ici à droite la même Cordoba discutant dans la jungle en Colombie avec le chef des Farcs, Raoul Reyes).  Or Korol, surnommé sur place « Carietón » était bel et bien un trafiquant, pourtant… connu depuis longtemps !  Comment avait-il pu monter pareille entreprise avec un tel pedigree ?  Comment avait-on pu le laisser faire ?

Ceux d’un trafiquant de coke !

L’affaire qui revenait le plus le concernant remontait en effet à 1997, comme l’atteste ce document, que je résumé ainsi :  à l’époque, la Drug Enforcement Administration ( « DEA ») avait saisi un appareil à Ft. Lauderdale Airport avec à bord trois personnes, le pilote Freddy Magno (surnommé « Great »), et deux passagers, Manuel Ledezma et Luis Dona (« Dona »).  L’avion arborait l’immatriculation vénézuélienne YV-977CP mais en fait c’était un appareil enregistré en Colombie sous l’immatriculation HK-2413P.  C’était un Cessna 441 Conquest II de 1982.  Or cet avion (le N°111 de production) avait été saisi six ans auparavant pour trafic de coke, et il était resté en fourrière pendant six ans pour cette raison en Colombie.  Malgré cela, il avait été acheté par plusieurs sociétés au Venezuela et finalement détenu par Aerocons Importaciones, S.A. («Aerocons»), une société dirigée par Luis Dona.  Lorsque Aerocons a acquis l’avion, Dona a changé  l’enregistrement YV-25CP en YV-977CP, ce qui, selon les autorités vénézuéliennes, était illégal.  La facture de vente identifie l’acheteur de l’aéronef comme étant Luis Torriente-Garcia, en fait un autre alias de Dona.  Lors du jugement le gouvernement US allègue également qu’Antonio Korol-Hul, un ancien pilote de l’avion, avait bel et bien été arrêté pour trafic de drogues et le vol d’avions, et que l’autre pilote, Magno, était connu pour avoir travaillé pour William Antonio Fajardo-Rodriguez, un trafiquant notoire.  On pense l’affaire des cinq avions définitive… mais à la surprise générale, la 11e Cour de de Caracas (AMC), avait ordonné le 25 juin 2015 la nullité des accusations contre Antonio (Swistoslaw Bohd) Korol Hul, et libérait par la même occasion les cinq avions immobilisés suite aux irrégularités constatées dans les banques Baninvest et Banco Real lors de leur achat.  Les avions de l’ex trafiquant étaient à nouveau libres de voler où ils voulaient !!!  Malgré l’appel demandé par le parquet.  Au Venezuela, tout est permis, semble-t-il !

Escroquerie généralisée et avion pour s’échapper

Des avions de trafiquants utilisés par des ministres, donc, mais aussi le YV2934, un beau Piper PA-31T Cheyenne devant lequel avaient été photographiés des militaires, lors de l’opération de vérification du parc aérien vénézuélien, l’avion n’étant en rien suspecté. Rien à lui reprocher.  Un avion qui va pourtant servir quelques mois plus tard, puisque c’est dedans que vont tenter de s’envoler quatre personnes dont les gardes du corps, Geancarlos Artigas Hidalgo et Will Abrahan León Vera, ainsi que le pilote Sandro Enrique Ercoli García et et le copilote Gustavo Adolfo Peña Fuentes.  Manque deux personnes sur les six prévus ce jour-là :  Angelis Gibelli Quiroz Gutiérrez, et Donel Leovaldo Tarache Quintana, les deux responsables d’une gigantesque escroquerie sur les ventes de voiture (3 996 personnes se déclarent d’abord escroquées, mais on pense qu’il y en a plus, jusque 6000 pour 992 millions de bolívars !) avec sa concession « La Venezolana » … menant à de hauts fonctionnaires « étrangers ».  Les voitures concernées étant toutes chinoises : Hawtai, Jonway, Yuejin, Maxus et Shacman, toutes vendues entre 198 000 et 368 000 bolívars (entre 16 000 et 30 000 euros, une fortune là-bas !!!).  Des voitures chinoises, les préférées du pouvoir, moins chères que les américaines ou les européennes importées, car les ventes au Venezuala sont devenues catastrophiques en quelques années :  en février 2017, par exemple, on a en effet vendu… 215 voitures dans tout le pays !!!  Est visé aussi Jorge Arévalo, identifié comme un représentant de cette entreprise travaillant en Colombie.  Les deux propriétaires ont réussi à s’échapper par un autre vol commercial. L’affaire demeure fort opaque : à l’époque, les journaux ont même du mal à identifier correctement le responsable.  Quiroz possède une villa aux USA, à Denver dans le Colorado, c’est ce qu’on sait en tout cas.  Comment a-t-il pu réaliser cette escroquerie monumentale sans que l’administration ne s’en aperçoive ???

Une très  vieille histoire de coke qui recommence

En fait, à Challave, c’est une très vieille histoire qui perdure.  Souvenez-vous donc :  le 26 novembre  2004, il y a treize années maintenant, qu’un Beechcraft BE-200, comme ceux de Antonio Korol Hul; mais celui de Sky Way Aircraft, entreprise paravent de la CIA comme on le sait, immatriculé N391SA, avait déjà été saisi par le gouvernement vénézuélien, à Challave, alors qu’il était sur le point de redécoller pour se rendre au Santiago Marino Airport sur l’île de Margarita.  Le 24 novembre, il avait été aperçu au Nicaragua en pleine activité illicite de chargement de drogue.  Son pilote s’appelait Pedro  Suarez, ses deux passagers demeurant inconnus à ce jour.  L’avion s’était posé en détresse semble-t-il.  A bord on avait découvert des bidons d’essence et de la coke.  C’était le N°37 de production.  L’avion portait une fausse identification, N168D, que l’on retrouvera plus tard sur un avion de « rendition », un  Casa CN-235-300 enregistré chez Devon Holding and Leasing of Lexington, North Carolina, un autre paravent de la CIA. Sky Way avait alors pignon sur rue au 341 8th Ave. SE # 3C, St. Petersburg, en Floride.  Et c’est la même firme, je le rappelle, qui sera retrouvé derrière le crash du Yucatan avec plus de 4 tonnes de cocaïne à bord.  Dans un autre avion de « rendition » !!!  Etrangement, on retrouvera l’avion en 2007… dans un hangar au Guatemala.  C’était bien le même appareil.  Qui donc avait réussi à le revendre à l’armée du Guatemala pour qu’il devienne le FAN002 (l’avion sera même photographié plusieurs fois) ?  Et quid de la somme demandée, pour un appareil obtenu… zéro dollar ?

Le retour de l’avion fantôme ?

Le problème, avec cet avion, c’est… sa réapparition.  Ou plutôt celle d’un de ses clones.  De nuit, le 12 août 2011, et donc sept ans après, sur une route de Cabo San Román Falcon, éclairée pour la circonstance par de petites lampes Led fonctionnant sur batteries (ici à droite) un avion de ce type s’est posé.  Exactement le schéma de fonctionnement du Beechraft qui atterrissait régulièrement le soir sur une route de Belize, à Punta Gorda, en 2010 (le N°137 de production).  L’avion n’était pas le faux N168D de 2004 : il présentait une double quille arrière et ses couleurs présentaient du rouge en filet central et non du noir (sans oublier ses winglets et ses hélices quadripôles).  Les modèles B200 plus récents ont une double quille, les plus anciens une simple.  L’avion de la CIA était bien… plus vieux, et celui de  Cabo San Román un plus récent !  Photographié au petit matin au lendemain de son arrivée, l’avion de Cabo San Román présentait autrement en effet, comme on peut le voir ici à gauche.  A bord de l’appareil il y avait 1400 kilos de cocaïne par pains de 1 kilo présentant un imprimé significatif (ici « 4.6 », ici à droite) de son producteur qui avaient été découverts.  L’avion (à double quille, donc) arborait une immatriculation vénézuélienne, YV2531. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que sa découverte représentait un embarras certain pour le gouvernement d’alors. Hugo Chávez en personne ayant en effet déclaré le lendemain  « que la saisie de la drogue de l’avion qui a décollé de La Carlota et débarqué à Falcón correspond à une livraison contrôlée « pour tromper l’ennemi »… « (selon El Nacional du 28 août).  D’une « livraison contrôlée » à une « opération sous contrôle« , on aura quelque temps plus tard un show médiatique signé Tareck el Assaimi venu essayer de le dire autrement, et surtout pour rectifier le tir et les propos plutôt malencontreux d’Hugo Chavez, qui, sans le faire exprès, avait avoué que son gouvernement était en effet mêlé à ce genre de choses… « contrôlée » (ci-dessous la présentation de l’appareil à la presse) !!!  Le problème, c’est que ce que racontera ce jour-là Tareck el Assaimi était assez, sinon très, éloigné de la réalité…

 

 

Une farce complète

Selon Reportero24, qui fait plutôt autorité en la matière à propos de la lutte anti-drogue, les explications de Tareck sur une « opération contrôlée » ce jour là (c’est l’expression qu’il avait lui-même employée), ne tenaient pas debout :  « Il n’y a aucune mention des deux exécutions sommaires – des meurtres – effectuées par des fonctionnaires de la commission CICPC, sur demande et au milieu d’une prise de décision hâtive, pour les réduire au silence.  Le meurtre d’ Edilberto Escalante Rosales, le conducteur de la Ford F-350 A76AEOB qui aurait ramassé la charge de la cocaïne pour la mettre en dépôt  dans un endroit inconnu et ignoré jusque là- et l’avait transportée vers la route de Cabo San Roman, située sur le côté de l’avion; il était par conséquent, le seul qui connaissait l’endroit où la drogue était déposée physiquement en attendant le vol »;  Ensuite, « L’assassinat du Garde national Luis Alberto Fuentes Pernía, qui avait décollé de La Carlota en tant que co-pilote du YV-2531 et qui (…) était le lien entre le fournisseur / client de gros ; par conséquent, le seul connaisseur de la route, du pays et des coordonnées où, sous ses intrusions, le pilote atterrirait l’avion pour livrer la cargaison. Le pilote de l’avion YV-2531, qui n’a jamais été identifié ou cité par les médias pendant plus d’une année d’enquête, semble avoir été appelé à la barre; on savait à l’époque qu’il était un officiel accrédité de la CICPC en partenariat avec le copilote assassiné, le deuxième caporal de la Garde nationale Luís Alberto Fuentes Pernía. Le démantèlement ou le démantèlement interne de l’aéronef YV-2531 pour faire de l’espace et réduire le poids, tel qu’il a été décrit, a été supervisé par le pilote non identifié du CICPC; qui a permis plusieurs fois à l’avion, de faire pas moins de cinq décollages / atterrissages et dans l’autre sens de La Carlota à Cabo San Roman et donné après l’opération terminée, a décoller et atterrir à Josefa Camejo; Ensuite, il avait pris l’avion de l’aéroport vers une destination inconnue ».  Les autorités, responsables du trafic, avaient ce jour-là froidement éliminé les personnes qui pouvaient leur nuire après coup et choisi quelques lampistes à jeter en prison pour rassurer la populace.  L’affaire de l’YV-2531 est la première grande erreur, en fait de Tareck el Assaimi.  Qui récidivera peu après, en présentant de nouveau fallacieusement un autre avion transporteur de drogue…

L’avion du cartel présenté comme étant « américain »

Un Tareck qui continuera tranquillement en effet à parader devant des bimoteurs saisis lors de raids anti-drogue, ou devant des avions abandonnés par les trafiquants et qui n’auraient pas été incendiés, ni par eux-mêmes ni par le gouvernement, un fait plutôt rare comme on l’a vu.  Le voici en effet en train de parader devant un beau Beechcraft 200, un de plus, micro en main pour ressortir la même explication faisandée : les avions sont « américains » (à montrer ostensiblement leur immatriculation en « N ») et c’est donc bien un complot des Etats-Unis.  Sauf qu’encore une fois, à bien y regarder ce n’est pas tout à fait ça.  Selon la presse locale, « Le ministre de l’Intérieur et de la Justice, Tareck El Aissami, a montré lors d’une conférence de presse les avions saisis le 2 janvier (2010) et un autre lundi dernier , les modèles « King 200 » et « King 300″, respectivement.  Ceux-ci ont été forcés d’atterrir par les avions de combat F-16, a déclaré El Aissami sans révéler le sort de leur équipage ».  Là aussi, rien pour prouver cette assertion, le second avion ayant été retrouvé vautré en plein champ lors d »un atterrissage visiblement raté dans une piste trop boueuse ; celui ostensiblement montré en liaison avec la saisie de 4 tonnes (?) pas moins, ce coke dans une « finca », celle de « Picaflor » située dans la ville de Guardatinajas, dans l’Etat Guarico appartenant à un dénommé  Valentín Rosales.  « Les enquêtes, récemment engagées, visent l’identification des membres d’équipage des deux avions et les mafias liées », s’est-il contenté de déclarer à ce sujet ».  El Assaimi ayant été alors photographié en train d’empiler les paquets de coke dont « les emballages ont été identifiés avec un fer à cheval avec une vache au centre ».  Ailleurs, illustré d’une photo de deux avions… chiliens (???) on pouvait découvrir un autre article affirmant que « Le ministre de l’Intérieur et de la Justice, Tareck El Aissami, a rapporté il y a quelques instants l’arrestation, au petit matin, de deux avions, dont l’un avec des immatriculations américaines qui ont survolé illégalement l’espace aérien du Venezuela et qui ont été détectés , interceptés et détenus dans la municipalité d’Ortiz de l’état de Guárico et l’autre dans l’état d’Apure.  Il a également déclaré que ces avions étaient impliqués dans le trafic de drogues illicites.  Les tests effectués sur l’avion américain ont été testés positifs à la cocaïne, a précisé le ministre. « Cette détention est due aux investissements réalisés par le gouvernement bolivarien en termes de sécurité », a ajouté El Aissami ».  Voilà qui nous laisse un peu sur notre faim.  Mais l’ineffable Reverol vient alors à la rescousse avec une autre fable :  « le colonel Nestor Reverol, directeur de l’Office national de lutte contre la drogue (ONA), a déclaré que 10 radars d’origine chinoise contrôlaient l’ensemble de l’espace aérien du pays, et qu’au premier trimestre de cette année.  L’arrivée de six des 18 avions de reconnaissance K-8 acquis dans ce pays pour la lutte contre la drogue était prévue ».  En fait d’avions de reconnaissance, pas tous armés (il leur faut un pod central sous le fuselage et certains K-8 véné–zuéliens ont été aperçus avec un pod, mais sans canon dépassant), surnommés Karakorum, ce sont des avions d’entraînement, choisis par Chavez en personne (cf la photo ici à droite), des appareils pas si fiables que cela semble-t-il.  Le , un premier K-8 vénézuélien s’écrase seulement 4 mois après sa réception.  Le 27 novembre 2012, deux d’entre eux se sont télescopés lors d’un vol de présentation au dessus de la Base Aérea Libertador.  Le 26 juillet 2013 un autre appareil de la Base Aérea Rafael Urdaneta s’est écrasé lors d’un vol de nuit…. avec l’absence de Broncos et le peu de disponibilités des Sukkhoi russes (24 avaient été achetés mais très peu volent régulièrement en raison du manque de pièces détachées).  Vanter autant la couverture aérienne du pays semble un autre mensonge entretenu par les autorités… de même pour les « radars chinois »… dont le contrat sera signé en mai 2014 seulement… tout cela sent la vantardise et la désinformation.  Aucun avion de la drogue n’a jamais été « descendu » par les vénézuéliens, au contraire des colombiens.  Tous ont été incendiés au sol, une fois posés, et la plupart du temps par les trafiquants eux-mêmes.  Ou les autorités.

L’appareil devant lequel El Assaimi parade en 2010 est le Beechcraft 300 N5550DX, grossièrement modifié, montré au catalogue de vente de chez Ridge Aire (ici à droite, une société « habituée » à ce genre de ventes), auquel il appartenait encore en novembre 2009 date à laquelle il est a été acheté par Delta Investment Group LLC, qui l’a revendu ensuite à Ventas y Comisiones de Aeronaves, une société mexicaine qui n’a pas appliqué le code XA qui lui avait été pourtant assigné.  En cherchant un peu sur le net, avant d’accuser les USA, Tareck aurait découvert que les nouveaux propriétaires présentaient comme lieu d’installation de leur société un banal garage situé à proximité de l’aéroport de Culiacan, en plein fief d’El Chapo et du Cartel de Sinaloa !!!  Un paravent classique de trafiquants !  L’appareil appartenait bien à des trafiquants mexicains et non à des américains !  En ne révélant pas l’origine véritable de l’appareil, en la déguisant, Tareck pouvait alors facilement être accusé de complicité… avec le cartel de Sinaloa !  Ce que n’a pas manqué de faire l’administration US, bien avant la découverte du cas du N5550DX… l’accusant d’un énorme trafic.  En août 2010, Tareck avait annoncé avoir « saisi » 46 tonnes de cocaïne dans le pays !!!  Sans évoquer non plus clairement leur destruction…

 

(1) les nantis fabriqués et protégés par Chavez. « Boliburgues­a » est un terme décrivant le nouveau bourgeois créé par le gouvernement vénézuélien … En Floride, les boliburgueses possèdent des entreprises immobillières, des compagnies de jet privés, des concessionnaires de voitures de luxe, des éleveurs de chevaux et du luxe. »

(2) en 2010, les procureurs nationaux le chargent de nouvelles accusations de corruption, mais le 29 décembre 2012, Arné Chacón jusqu’ici emprisonné est libéré et placé sous une mesure de précaution seulement.

(3) « L’une des lettres de créance saisies sur Ronald Morett, encore détenu en mai dernier au Canada, l’identifiait comme inspecteur en chef actif du DISIP, numéro 59483.  La carte a été renouvelée par la signature du directeur de la police générale de cette organisation, Jesus Hulg.  Selon les premières informations publiées hier par les porte-parole de MVD, Morett aurait déclaré que les titres de compétence lui avaient été accordés comme un privilège pour se défendre contre le monde souterrain. Une carte du gouvernement de l’Etat de Miranda a aussi été trouvée.  L’enquête sur Morett a conduit à l’arrestation de Claudio Azocar, ancien fonctionnaire de cette entité et fils d’un parlementaire de l’Etat d’Anzoátegui, selon les sources de la Police Civique et EL TIEMPO ».  Morett appartenait à  un réseau redoutable qui a écoulé de la drogue et des véhicules luxueux volés aux Etats-Unis, ainsi que d’autres personnages vénézuéliens bien connus impliqués il y a des années dans le placement de la voiture piégée dans le CCCT (lors des attentats de 1993).  Tout cela est décrit en détail dans le livre du journaliste Manuel Malaver « La Garde nationale vénézuélienne contre la DEA ».

 

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