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Coke en stock (CLII) : dossier Venezuela 4) un vice-président plutôt encombrant

En le nommant vice-président le 4 janvier dernier, Nicolas Maduro a montré à quel point le trafic de drogue était devenu le vrai maître du pays.  Car depuis des années, on soupçonne l’intriguant Tarek El Assaimi, qui est d’origine libanaise (c’est un druze d’origine), ne l’oublions pas, de jouer un rôle plus que trouble au sein du pouvoir vénézuélien.  Ces mises en scène en particulier de saisies de drogue ont toujours sonné faux, elles ont été sciemment préparées pour laisser entendre que ses services s’occupent à éradiquer le problème, alors qu’elles soulèvent le doute.  C’est un coutumier des faits, comme on va pouvoir le vérifier dans cet épisode.  Et découvrir un trafiquant d’autre chose également :  des passeports, monnayés à prix d’or…

Tarek et ses manipulations

Tarek El-Aissami est depuis longtemps dans le collimateur, pour avoir présenté surtout l’inverse de la réalité à ses citoyens, dans des mises en scène dont le sommet demeure celle de la présentation du Beechcraft YV–2531 une histoire connue aujourd’hui sous le nom de « l’avion de Cabo San Román ».  Cette histoire avait commencée le 12 août 2011, avec l’annonce de la saisie par l’armée de plus d’une tonne de cocaïne pure (1400 kilos !), à Puerto Escondido, dans le périmètre de Cabo San Román, dans l’état de Falcon. L’appareil avait décollé de La Carlota, vers son aéroport de destination de Josefa Camejo Las Piedras, dans le Falcón.  L’avion a été présenté comme étant le King Air 300 YV2531, mais le même numéro avait été découvert sur un avion posé de nuit au Belize sur une route en 2010 (c’était l’ancien N467JB américain, déguisé maladroitement en N786B appellation qu’il avait en 2010, un appareil lui aussi vidé de ses sièges).  L’avion avait été proposé à la vente chez Ridge Air, puis annoncé comme « vendu ».  Le Beechcraft 300 avec le numéro de fabrication FA-137 alors qu’il était aux États-Unis, avait en effet hérité de l’immatriculation N467JB.  Exporté au Venezuela en 2008, on lui avait attribué le matricule YV-2531.  L’avion du Belize et celui au Venezuela ne faisaient-ils qu’un ? Pas en tout cas pour le lieutenant-colonel David Jones, qui avait alors déclaré que le fameux N467JB devenu N786B était toujours aux mains de l’armée locale… et non au Venezuela.

Or le lendemain de la saisie au Venezuela, un Beechraft immatriculé lui aussi YV-2531 avait été amené sur l’aéroport Josefa Camejo de Punto Fijo par un homme qui s’est identifié comme le capitaine Morales, prétendu responsable du Cicpc, le service anti-drogue.  A partir de là pas mal de choses se sont empêtrées (et il n’y pas que l’immatriculation de l’avion) :  Néstor Luis Reverol Torres, vice-ministre et chef de l’ONA  (et roi de la gaffe) a d’abord déclaré qu’il s’agissait d’une « opération de drogue contrôlée ».  Tareck El Aissami évoquant lui « une opération de renseignement très complexe, qui durait depuis plusieurs semaines ».  D’où sortait cet appareil, à nouveau immatriculé dé la sorte, on ne le sait.  En fait d’opération complexe, c’est une belle tentative de masquer des faits ennuyeux pour le pouvoir en place.  Cinq policiers sont d’abord accusés de trafic, puis condamnés, mais on remarque assez vite que quelque chose cloche:  leurs avocats de la défense ont été payés par le gouverneur de l’Eat de Falcon où l’avion s’est posé !  Arrivés presto pour les défendre, les avocats leur ont dit de suivre ce qu’ils allaient plaider et rien d’autre : drôle de procédure !  L’histoire est plus que trouble en effet.  C’est parti d’un renseignement obtenu le le 8 août 2011 par un  officier de police, Ilich Estevez qui avait été appelé un certain Alberto Contreras (aviseur ?), qui lui avait expliqué que la route de Cabo San Román, depuis des mois, était utilisée régulièrement comme piste d’atterrissage, avec le soutien de la police locale qui en fermait alors l’accès, et qu’il fallait faire attention, si l’on devait intervenir car les narcotrafiquants à bord « étaient munis d’armes puissantes ».  L’équipe dépêchée sur place va en effet le constater avec un échange de tirs nourris dès son arrivée.

Or ceux qui leur tirent dessus sont… des policiers, eux aussi. !!!  Un des policiers « réguliers » arrivés très vite sur place, le sergent Pimentel, demande une assistance par radio et des renforts, tellement les tirs sont nourris.  La demande de radio de Pimentel sera confirmée par les policiers sur place.  Deux morts restent en effet sur le carreau après l’assaut :  un ancien garde national, Luis Alberto Fuentes Pernia, originaire de San Cristóbal, en fait le copilote de l’avion, et Edilberto Rosales Escalante, le conducteur du camion Ford dans lequel a été entassée la drogue.  Les autres, cinq policiers, sont arrêtés.  Lors de l’enquête, plein de choses clochent encore : le seul à savoir où était planqué le reste de la drogue, Edilberto Rosales Escalante est mort : où se trouve-t-elle donc ?  Qui la détient ?  Or on n’effectuera aucune recherche pour la retrouver !  Autre incongruité notée par Reporters24 :  « le pilote de l’ YV-2531, qui n’a jamais été identifié depuis plus d’un an, n’a pas été identifié ou cité par les médias, et encore moins, semble-t-il, appelé à la barre, il était connu au moment comme étant un agent accrédité au CICPC, et le partenaire du copilote assassiné, le caporal de la garde nationale ».  Selon les enquêteurs, ces mêmes pilotes auraient fait 5 trajets en tout avec le même appareil et la même destination et la même arrivée.  Une photo retrouvée de l’intérieur de l’appareil montre qu’il a été désossé (ci-dessus à gauche): il n’a plus aucun sièges en cabine, et que des sacs de toile contenant la coke.  Il en est rempli !  Au total, en 5 voyages, c’est donc plus de 7 tonnes de coke qui sont arrivées à Cabo San Román ! Davantage que ce qu’aurait contenu « le Boeing du désert » !!!  Faramineux ! Nota : on possède aussi un cliché de Tareck El Assaimi en train de visiter l’appareil… vide (ici à droite).  Il tient alors en main ce qui semble être un système pour alimenter en essence l’engin à partir de bidons, un procédé classique chez les trafiquants ! L’intérieur n’étant pas le même, à bien regarder que celui de l’avion de Belize (voir cliché ici à gauche).

Un avion volé au Honduras !
L’avion présenté avait de quoi étonner lui même : il avait de quoi surprendre en effet, mais pour une toute autre raison : selon les registres officiels, c’est un Beechcraft 300 de 1986 enregistré à ses débuts au Mexique, qui avait déjà été saisi par les honduriens en 2008 ;  il avait été en effet retrouvé abandonné par des trafiquants au Ramon Villeda Airport !  Il arborait alors le sigle XB-KSC (ici à gauche le 21 juin 2009). Deux ans plus tard, le 7 novembre 2010, un gang inconnu avait investi la base de l’Armando Escalon à San Pedro Sula, où on l’avait ramené, le gang avait assommé deux gardes et avait décollé aux commandes du Beechcraft.  Déjà à l’époque on avait trouvé ça étrange au Honduras même : « les rapports non officiels indiquent que les techniciens de la base aérienne chauffaient l’avion des heures avant, qui était chargé de carburant et même avec la clé sur le tableau de bord.  Les indications selon lesquelles il peut y avoir des membres de la base aérienne impliqués dans l’opération sont considérables parce qu’aucun de ceux présents n’a remarqué ou n’a réagi à la situation » avait-on pu lire.  Six jours à peine plus tard, le 13 novembre suivant, voilà que le même avion, mais sous de nouvelles couleurs et des winglets ajoutés, s’était posé sur une route à Belize…  et fut saisi par la justice locale.  Il avait alors été racheté par un broker américain, Hector Schneider, d’Eagle Support Corp, installé à Doral, en Floride qui l’avait aussitôt ré-exporté au Venezuela, où il avait hérité de l’immatriculation YV2573… et non YV2531 (et un autre schéma de couleur).  Un avion plein de surprises, pour le moins : sous l’immatriculation C-FTLB, il avait connu une autre aventure en ratant son atterrissage au Canada près du lac Mildred, dans l’Alberta, après qu’un seul moteur fonctionnant l’ait fait dériver dans la neige…

Un vrai-faux 2531 ?

le voici donc rebaptisé encore une fois… et redevenu YV2531 par la seule grâce de Tarek El-Aissami, venu faire le show devant un forêt de caméras pour présenter à la presse une toute autre version que celle que l’on vient de raconter.  Dans la presse, on commet des impairs qui n’aident pas à la compréhension du dossier  : ainsi, alors que l’avion a été (ré) immatriculé YV2531 par les autorités, on l’appelle toujours sous le vocable de YV2573… si bien qu’aujourd’hui le doute subsiste… est-ce bien le N°137 des chaînes de fabrication de Beechcraft qu’on nous présente ? L’appareil ne semble pas être l’YV2531, ex XB-KSC, vu au Honduras, en tout cas.  S’il arbore le même schéma de design de ses filets de couleurs ces dernières sont… inversées.  Est-ce bien le même YV2531 ou le Venezuela a attribué cette immatriculation sur la base d’un autre appareil ?  Venu de où ?  Et pourquoi donc alors l’avoir affublé de cette ancienne immatriculation ?

En prime, un deuxième doute est survenu depuis, avec une autre découverte tout aussi intrigante :  est-ce cet avion qui aurait été incendié, pour à nouveau tenter de faire croire que le gouvernement fait bien tout pour abattre les avions des narco-trafiquants ?  Le N°137 (YV2573), lui, vole toujours, à ce qu’il semble.  Pas plus tard que le 20 septembre 2016, on l’avait photographié sur l’aérodrome Oranjestad Queen Beatrix de l’île d’Aruba, célèbre… pour son trafic de drogue.  Mais il s’appelle N377DB depuis 2015.  Devant les micros en 2011, Tarek avait prononcé un discours lénifiant et terminé par : « nous félicitons le Cicpc et toutes les agences qui ont participé.  Nous continuons à combattre les organisations de trafic de drogue.  C’est une opération menée par des organismes de renseignement de l’État vénézuélien.  « Sans un autre mot sur l’événement et ses grandes zones sombres.  Du grand art en communication !!!  Ou l’art surtout d’expliquer l’arbre qui cache la forêt !  Un beau mic-mac, en tout cas !  Mais ce n’était que le début d’une confusion savamment entretenue, d’avions parfois mis sous le nez des caméras, et de zones de crashs d’appareils interdits de visite à la presse :  Tareck ne montrera, à partir de cette expérience réussie pour lui, que ce qu’il voudra bien montrer.  De la confusion médiatique sur le trafic allait naître son pouvoir véritable.  Montrer, ou ne pas montrer, tel était devenue SA question.  Car lors de la présentation de l’appareil, il avait soigneusement omis une chose :  le Beechcraft King Air avec l’immatriculation YV-2531 qui avait décollé de La Carlota, avec comme aéroport de destination du plan de vol Josefa Camejo Las Piedras, dans l’Eta du Falcón, avait comme copilote un ancien garde national, Luis Alberto Fuente Pernia, celui qui avait été tué lors des tirs contre les policiers.  Or le même Pernia avait été radié de l’armée six ans auparavant en raison de ses liens, déjà, avec le trafic de drogue, et avait visiblement gardé d’autres liens avec ses anciens collègues de bataillon.  De même, Assaimi n’avait pas trop insisté non plus sur le fait que le gouverneur de l’état de Falcon était intervenu en personne, directement et rapidement, pour venir donner l’ordre plutôt étonnant de retrait des officiers de la police arrivés sur place… comme le note un journaliste curieux, qui conclut « qui donc pouvait mobiliser un gouverneur si rapidement et lui ordonner de prendre des décisions qui nuisent à sa propre ligne de commandement ? »  Sinon son supérieur, ajoute-t-on, le seul étant… Assaimi !!!

L’incroyable rumeur venue d’un ennemi juré

Le 11 août, scandale (un de plus) un ex militaire, appelé Sunny Balza Dugarte, fait des révélations fracassantes à la télévision colombienne NTN24, une chaîne privée : selon lui, les fameux fils de la première dame, arrêtés aux Etats-Unis et en procès actuellement pour trafic de drogue se rendaient régulièrement en jet sur l’île de Margarita, dans le département de Nueva Esparta… un site fréquenté par Joaquin « El Chapo » Guzman et ses fils !  Selon lui toujours, « El Chapo » Guzman a effectué des visites à l’île de Margarita tous les trois mois et son arrivée se faisait par mer, par un endroit appelé Concorde Marina, son séjour étant dans la région de Yaque, çar il a des propriétés dans cette région « , déclare-t-il.  C’est du lourd qui est balancé, du très lourd !  Un peu trop indigeste, en fait…  Bien entendu, il n’y avait pas que la drogue au menu lors des agapes : « Balza Dugarte a ajouté que le fils du président vénézuélien restait dans un endroit exclusif sur l’île où des orgies étaient organisées avec des dizaines de femmes ».  Et pour couronner le tout,  « Il a déclaré que les enfants de Guzmán Loera, Iván Archivaldo et Alfredo, ont rencontré un cousin du député maintenant constituant du Parti Socialiste Uni du Venezuela, Diosdado Cabello, dans un hôtel de l’île ».  Le problème de la charge, c’est quelle en est l’origine : c’est la directrice d’antenne de la chaîne NTN24 Claudia Gurisatti, qui est surtout une chaude partisane de l’ex président Alvaro Uribe Velez (l’ennemi juré de Chavez et Maduro) !!!  En somme, ce que son invité raconte semble bien trop beau pour être vrai; mais cela repose sur d’autres rumeurs, notamment celles entourant le mystérieux jet abandonné au Honduras sur l’île Roatan en août 2015 !

La collusion armée-police-trafiquants par l’exemple 

De plus petits avions à hélice et non des jets demeurent également aujourd’hui encore dans le circuit : en décembre 2008, dans la municipalité de Carepa dans département d’Antioquia, on avait découvert près d’une tonne de coke (880 kg) dans un… Cessna 402C, à se demander où il avait casé tout ça, le N-811 PW, appartenant à un américain de Miami qui venait juste de le revendre à un vénézuélien.  L’avion venait du Josefa Camejo International, l’aéroport de Punto Fijo, au Venezuela.  Ses occupants, un peu trop sûrs d’eux s’étaient photographiés devant l’immatriculation : on pouvait faire plus intelligent.  Ce type d’avion, avec sa cabine profonde pouvant accueillir jusqu’à 10 passagers a longtemps été le roi des compagnies régionales touristiques dans les Caraïbes (comme ici les deux Cessna 402 C de  Cape Air  photographiés en 2008 à San Juan, Puerto Rico.  L’avion, ou l’une de ses variantes (telle la 404) une fois vidé de ses sièges et rempli de bidons d’essence a même à plusieurs reprises servi pour traverser l’Atlantique on le sait (mais c’était sa version Conquest à turbopropulseurs, bien entendu).  L’appareil moteurs à six cylindres en ligne, conçu en 1975  peut se poser ou décoller en tout cas partout ; on le voit ici le faire pour l’exemplaire YV1139 d’une simple piste de terre dans les îles Moustique.  Le 8 février 2015 ça s’était moins bien passé pour lui.  L’appareil est resté tel quel, train avant brisé.  Or récemment encore, le même type d’appareil a aussi servi à démontrer la profonde collusion existant entre la police vénézuélienne, corrompue au dernier degré, et les trafiquants.  Le 17 juillet dernier, en effet, des policiers sont intrigués par le manège d’un Cessna 404 Titan immatriculé  YV2025 (photographié ici le même mois), sur l’aéroport La Chinita de l’Etat de Zulian, sur le côté de l’accès militaire de cet aéroport.  90 minutes après s’être posé, il avait en effet, redécollé sans autorisation des autorités aéronautiques et sans se conformer aux protocoles d’aviation en vigueur.  Un fait qui semblait courant, sur place, depuis des mois.  Est arrêté un pilote, Richard Lameda, qui venait d’amener l’appareil de Puerto Ordaz (dans l’Etat de Bolivar).  Pour que ce manège puisse se produire régulièrement, il fallait des complicités.  Aussi c’est sans surprise que l’on annonce l’arrestation d’un contrôleur de la circulation aérienne de la Cinita, mais aussi deux militaires, deux capitaines de la Garde nationale bolivarienne (GNB).  C’est bien un réseau de trafiquants qui vient d’être mis à jour, impliquant encore une fois des militaires vénézuéliens.  Des spotters avaient filmé l’appareil en février dernier, au décollage de l’aéroport de Guyana : peut-être bien que l’on pouvait admirer ce jour-là un transfert de cocaïne en train de s’effectuer !  A noter que l’aéroport de la Chinita avait fait l’objet en novembre 2o14 d’une opération de com’ signée de l’impayable Nestor Reverol, ce dernier vantant devant les caméras sa science de la vérification des appareils non déclarés sur le même aéroport.  Il avait alors déclaré « que 141 hangars et 117 avions avaient été inspectés, dont 33 avec des sigles étrangers ».  On y avait montré alors deux appareils suspects :  un Beechcraft 200 immatriculé  YV2747 (ex 200CV et ex N3CR de BB King Corp) et un  Turbo Commander immatriculé N37BW resté sur place plus d’un an selon lui dans l’un des hangars de la de La Chinita.  Le 17 octobre 2015, le même avion volait tranquillement entre Minot et Bismarck, aux USA...  Le gag, c’est qu’appartenant en 2011 à A J Paradise LLC, de Miami, l’appareil était annoncé comme exporté au Venezuela, à la date du 7 octobre 2015.  Selon d’autres renseignements, l’appareil aurait déjà vu une vente repoussée… le 26 mars 2011. Vendu, pas vendu ?  Récupéré au Venezuela par son propriétaire légitime après une année de tergiversations administratives et une vente qui s’éternisait ?  Le cas n’est pas simple !!!  Le Beechcraft 2747 avait été lui photographié le 1er août 2014 en train de se poser à Aruba.  Je reviendrai plus loin sur cette opération médiatique de « vérification d’avions », qui ne servait qu’à blanchir l’Etat de son laxisme vis à vis de la circulation des avions de la coke.

Un aller-retour gratuit au Mexique, tarif 6 ans de prison

En général, les avions qui débarquent ont été achetés par des mexicains, chez qui ils doivent atterrir chargés de la coke embarquée en Apure, et descendue de Colombie. Mais il y a aussi des exceptions.  Telle celle d’un Cessna Conquest assez particulier.  Le 19 mai  2009, sur l’aéroport d’Acarigua, de l’État de Portugaese se pose un beau Cessna Conquest 401 immatriculé YV-2186.  L’avion est conduit dans le dernier hangar de la base, et… son pilote s’en va, abandonnant l’appareil, dès l’arrivée de policiers venus assister à cette arrivée un peu impromptue.  Autour de l’avion il y a trois véhicules abandonnés par des personnes qui ont déjà fui.  A l’intérieur de l’avion tout un bric à brac :  six bombes de peinture laquée, un bidon de diluant, des décalques tous prêts avec le drapeau du Mexique et celui du Venezuela dessus,  deux gilets en matière synthétique… bref tout ce qu’il faut pour maquiller l’avion ou lui donner une autre identité rapidement.  L’avion affiche pourtant une immatriculation mais elle fort discrète.  Son pilote est finalement retrouvé, il est arrêté à l’aéroport international Santiago Mariño dans l’État de Nueva Esparta, il s’appelle Douglas José Morales Aguilar.  L’année suivante, passé en jugement, comme seul responsable, il héritera de six ans de prison pour trafic de drogue. Son avion tranche un peu par rapport aux autres par son itinéraire  (il n’est pas venu s’écraser au Venezuela !) :  acheté par Royal St Corp, société de l’Utah et immatriculé N86CG il passe ensuite chez un broker, Southwest Aircraft Services de Torrance, en Californie, qui le vend le 25 mai 2006 à des mexicains, ce qui est souvent synonyme d’un début de carrière dans le trafic de drogue.  Le voici donc exporté au Mexique, où il devient XB-ITJ.  On ne sait alors s’il est acheté ou capturé, mais le voici devenu YV2186, sans qu’on n’en sache plus sur son propriétaire.  On constate que l’atelier de peinture vénézuélien lui a donné plutôt des couleurs… américaines, pour donner le change, certainement.  Ou pour ressembler au Beechcraft 200 YV2727 vu au chapitre précédent et qui a été visiblement repeint lui aussi !  Sa saisie sera l’objet d’une étrange communication de la part du pouvoir :  on annoncera d’abord la saisie de « 6 appareils » « servant au narco trafic ».  La photo montrant une enfilade d’avions avec au bout de la rangée de petits Cessna le museau qui dépasse d’un Conquest.  Mais la seule photo d’un appareil de ce type que verront les vénézuéliens sera un Conquest immatriculé étrangement YV2086.  C’est Nestor Reverol qui s’est chargé de la présentation :  il citera l’appareil en affirmant qu’il a été détecté par les « nouveaux radars des forces vénézuéliennes » qui sont inexistants, et « qu’il a des liens avec un avion saisi au Guatemala ».  Ajoutant que « l’autre petit avion est détenu à l’aéroport métropolitain de Caracas, avec les initiales « YV 1028 », et qu’il avait fait « un vol illicite », lui aussi. « Le système de« Défense de défense intégrale aéroespacial », anciennement« CODA », a détecté le mouvement et son suivi a été fait», déclare également Reverol.  Ce que personne ne croit !  Reverol a oublié de préciser que le Cessna montré au premier plan à la télévision, le petit YV1217, est l’un des trois appareils de Taller Aeronautico Maracaibo, une société installée à l’aéroclub de l’aéroport international de La Chinita, une société accusée de trafic de cocaïne.  Des traces évidentes de coke et de chlorhydrate ont en effet été relevées sur trois de leurs avions.  Le numéro YV1410, de modèle Piper Seneca II, le YV1246, un Cessna Modèle 210N, numéro de série 21064761, et l’YV1217, un Cessna T210M, précédemment enegistré HK-4576 (avec comme propriétaire en 2008 un dénommé Ramirez Perez Jose Antono).  Et Reverol de ne rien préciser sur  Douglas José Morales Aguilar…

Il n’y a pas que le trafic de drogue dans ses cordes

Wikipedia a bien résumé un autre pan de la façade « propre » de Tarek, qui dissimule un autre côté sombre, mêlant politique et revenus déguisés.  Car Tarek fait aussi dans le trafic (juteux !) de passeports : « Le nom d’El Aissami apparaît dans l’affaire des faux passeports vénézuéliens révélée en février 2017 par CNN en español.  Un employé de l’ambassade vénézuélienne en Irak a révélé que l’ambassade aurait distribué de faux passeports vénézuéliens à des citoyens syriens, dont une partie seraient des combattants du Hezbollah irakien.  D’après le lanceur d’alerte, des passeports et visas étaient distribués par des employés de l’ambassade, en l’échange de fortes sommes d’argent.  Les passeports octroyés permettent d’entrer sans visa dans un grand nombre de pays occidentaux, incluant les États-Unis et l’Espace Schengen.  Après avoir tenté d’alerter la Chancellerie sans succès, le lanceur d’alerte s’est tourné vers le FBI et la chaîne de télévision CNN.  Les journalistes de CNN ont obtenu un rapport émis par les services secrets américains qui estime à 173 le nombre de passeports émis de façon frauduleuse dans cette affaire.  Le rapport désigne Tareck El Aissami, alors ministre de l’Intérieur et responsable des services d’immigration, comme le donneur d’ordre ».  Bien entendu; Nicolas Maduro avait à l’époque renvoyé l’accusation d’un revers de main, traitant les journalistes de CNN d’inféodés au pouvoir de Washington.

L’incroyable général protecteur du trafic au nom de la révolution de Chavez 

Le pays est-il rongé par la corruption ?  Sans aucun doute, et ce qui donne de sérieuses rivalités entre représentants de la loi.  Cela donne parfois des situations grotesques.  En Apure, en avril dernier, 10 policiers saisissent toute une organisation, sur les conseils d’Interpol.  Deux mois auparavant, les fonctionnaires affectés à la Direction de l’Intelligence et de la Stratégie (DIE) du PNB les ont amenés, à découvrir un réseau de trafic de drogue provenant de Colombie, qui avait installé son réseau d’opérations au Venezuela dans les villes de Guadualito (dans l’état Apure), à Socopó (dans l’état de Barinas) et dans le Guanare (État de Portuguesa).  Les photos des saisies effectuées sont incontestables : des voitures (Toyota, Ford, Chevrolet et un 4×4 Zna Rich) des armes en quantité (10 pistolets 9mm, trois fusils AR-15, deux fusils mitrailleurs HK, un pistolet Glock), de la marijuana (et non de la coke !) et des gilets pare-balles portant le logo de la CPNB (la police nationale ou « Cuerpo de Policía Nacional Bolivariana »), deux radios deux voies Kenwood-3202L et de l’argent : 542 mille bolívars et 1,3 million de pesos colombiens.  Bref, une bien belle prise.  La drogue a été découverte dans une finca, dans la ferme située à Guasdualito, dans le secteur de La Victoria, où elle avait été le stockée. Mais surprise, quelque jours plus tard déboulent 70 militaires dirigés par le général de brigade Ovidio Delgado, qui se saisissent… des policiers, et non des trafiquants.  Selon des témoins de l’incident, note la presse, » les fonctionnaires DIE-PNB ont été désarmés, dépouillés de leurs téléphones cellulaires ainsi que des preuves saisies ».  Sidérant !  D’autres ont remarqué une chose : Delgado est intervenu après avoir longuement reçu l’épouse de l’un des trafiquants qui avaient été appréhendés… Nous sommes alors en avril, et le même Delgado refait surface en juillet dans la presse.  Avec une déclaration fracassante : « je suis un «général politique » claironne-t-il en participant à une réunion façon Chavez pour présenter le gouverneur de l’état de Monagas, Yelitza Santaella.  Il vient alors d’être bombardé commandant de la zone opérationnelle de défense intégrale (ZODI) numéro 52 de Monagas.  Le discours du nouveau responsable qui a arrêté 4 mois auparavant des policiers ayant fait leur travail est très révélateur en réalité : « Delgado Ramirez a détaillé qu’il est venu travailler dans l’état d’Apure sous la main du gouverneur de cette entité, Ramon Carrizalez, travailla qui se poursuivra à Monagas à côté de Santaella. « On parle toujours d’un binôme qui est celui du peuple et les forces armées nationales bolivariennes, mais je pense que c’est un quatuor: les gens, les forces armées, le gouvernement régional et le gouvernement national », a-t-il déclaré. Le chef de ZODI a également souligné que «pour moi, la plus importante est la révolution», rappelant qu’aux côtés de l’ancien président Hugo Chávez, il a participé au mouvement du 4 février 1992. Il a ajouté que la révolution se compose de trois étapes; le premier, que Chávez a accompli avec la destruction de l’ancien modèle politique, le second de purification et le dernier de consolidation, dans lequel il participe activement ».  Un général vient de légitimer l’absence de lutte contre la drogue, au nom de la « consolidation » de ce qui dure depuis des années dans le pays !!!  Sidérant !!!  Et d’autant plus qu’en décembre 2013, le Mexique avait annoncé avoir arrêté un jeune homme en possession de 40 kilos de cocaïne.  Or c’était le propre fils de Yelitza Santaella, selon Reportero24 !  Son neveu, lui a choisi un autre camp : interviewé lors des manifestations; « Je dis à ma tante d’aller mettre un pantalon.  Ils nous tuent dans la rue, ils nous tuent dans la rue. Tia, mets donc ton pantalon.  Ma mère doit faire quatre emplois pour survivre. (…) Chaque jour elle se lève à 6h00 et cette conne (Santaella), elle, dépense tout l’argent « , a déclaré Pedro Santaella, neveu du chef de la dirigeante ».  Le même Delgado, en août affirmait que « tout était calme » à Monagas » !  Le 21 juillet, il avait pourtant mis en scène l’arrestation de jeunes détenteurs de cocktail Molotov !!!  Le 25, la mission d’Alí Primera dans la paroisse de Las Cocuizas de Maturín Monagas était la cible de lancement de ces cocktails et brûlait entièrement.  Ovidio Delgado offrant alors un million de bolívars pour obtenir le nom des coupables : à part ça, tout allait donc bien à Monagas !  A Monagas, le lieu ou est né Diosdado Cabello (1) !

 

(1) le jour où il revenu, en août dernier justement, les habitants ont vu déferler ce qu’ils n’avaient jamais vu sur place : « beaucoup de résidents ont vu avec incrédulité le déploiement technologique effectué dans une ville où les habitants subissent les mêmes calamités que tous les vénézuéliens; le manque de gaz domestique, le manque de nourriture et les médicaments et les niveaux élevés d’insécurité. Sur la place de la zone, ils ont été placés des écrans led et des jeux de lumières dans le style des meilleures scènes internationales. » Les images sont en effet assez sidérantes de la scène et des artistes invités, alors que le pays se perd dans la faim qui ronge ses habitants.

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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