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Coke en stock (CLI) : dossier Venezuela 3) les jets privés des dirigeants vénézuéliens et leur usage… particulier

La préparation de ce dossier sur le Venezuela m’a fait découvrir une chose étonnante.  Ce petit pays aujourd’hui sans le sous est un des recordmen du nombre de jets privés par tête d’habitant.  C’est là tout son paradoxe, lui qui vit aujourd’hui dans la misère la plus totale. Les biréacteurs y sont nombreux et leurs usagers bien surprenants.  Très souvent, ce sont des industriels, mais des hommes et des femmes politiques les empruntent un peu plus que de raison.  L’Etat lui-même prêtant à profusion ses jets à un pays ami :  Cuba.  L’un des industriels découverts volant en jet étant mêlé à un très sombre histoire de projets de maisons préfabriquées jamais vraiment réalisées, ou pire encore dans la distribution de kits de première nécessité pour les plus pauvres devenus pour lui une affaire juteuse… car au Venezuela, certains se sucrent, en effet, avec aplomb, sur le dos de la populace, encouragés par un gouvernement totalement hypocrite à ce sujet.

Le pays recordman du monde des jets privés

Le pays est en effet à part du monde entier, dans ce domaine.  Un fait plutôt insolite, comme le fait remarquer le 9 mars dernier le plutôt vindicaif Guizos Rojos qui titrait « Insolite !  Le Venezuela, un des pays avec le plus d’avions privés ».  Et le site d’expliquer en effet que Le Venezuela est le pays latino-américain qui possède le plus grand nombre d’avions privés dans le monde entier !  « Nous avons en effet publié un rapport sur l’analyse de statistiques, qui montrait un graphique de 2016 sur les avions privés dans le monde entier.  Selon cette étude, le Venezuela possède 340 avions privés, ce qui représente un accroissement de 7% entre 2006 et 2016.  L’étude révèle également que le Venezuela possède plus d’avions que la France et l’Australie et cinq fois moins que l’une des grandes puissances mondiales, le Royaume-Uni.  Ce sont tous des pays du premier monde avec des économies considérablement plus grandes, plus stables et plus stables que le nôtre, mais nous montrons presque autant de luxe que les autres.  Derrière le dôme corrompu du gouvernement de Nicolás Maduro et de Tareck El Aissami, le reste d’entre nous a faim et nous cherchons la nourriture dans les sacs à ordures … » L’étude originale, surprenante, était en fait sortie chez Forbes, début mars : 

Des avions pleins les hangars présidentiels

En 2014, un autre site évoquant les jets seulement « en opération », recensait  264 avions inscrits dans l’île de Man, on se doute du pourquoi, et le Venezuela arrivait en 10e me position avec 168 jets, davantage encore que la France.  Dans ce site, on peut par exemple admirer quelques jets vénézuéliens des plus grandes fortunes du pays.  On peut y découvrir l’avion du vénézuélien Franklin Duran, l’homme qui avait été derrière « le scandale de la fille à la valise », une histoire entre l’Argentine de Kirchner et celle de Chavez (voir ici).  Emprisonné au Texas en 2011, il avait continué à gérer discrètement des biens au Panama, chez Mossack Fonseca.  Son beau Learjet N119FD à la queue jaune reconnaissable n’existe plus à vrai dire :  il s’est écrasé le 5 mai 2013 à Valencia, après s’être posé aux Bahamas et à Punta Cana.  J’ai expliqué le cas ici.  Guizos Rozos, dans toute une série d’épisodes successifs, avait montré les avions liés au pouvoir, le plus souvent sous le couvert de la société pétrolière nationale :  grâce à notre série, « les secrets du hangar présidentiel », nous avons révélé au monde beaucoup d’avions privés que possèdent aujourd’hui des ministres, des partenaires politiques et des notables vénézuéliens, qui ont détourné l’argent du pays et ont généré la misère qui aujourd’hui imprègne tout le territoire national. Parmi ceux qui sont sans honte, le vice-président Tarek El-Aissami, le maire de la municipalité de Libertador, Jorge Rodríguez, l’ancien ministre de la Défense et maintenant député, Carmen Meléndez, et d’autres personnages néfastes proches du gouvernement qui ont vendu leur peuple pour remplir leurs poches de millions de dollars. »  J’avais déjà évoqué en avril 2015 le lourd héritage des jets « saisis » par Chavez « pour le peuple » et qui ont tous fini chez PDVSA, le pétrolier d’Etat au Venezuela.

L’avion de la femme de l’amiral

L’avion attribué à Carmen Meléndez, ex ministre de la défense (la première du genre dans le pays) est décrit ainsi par Guizos Rozos :  « l’avion de Melendez est stationné à l’aéroport Opa Locka à Miami et apparait sous le nom d’un avocat de l’aviation nommé Richard Richards.  Avant de rejoindre Richard Richards, l’avion a été enregistré sous le nom d’Agroven Agriculture Opportunities Investments LLC, basée à Miami, en Floride. Pourquoi est-ce que Melendez a-t-elle dû faire l’enregistrement de son avion chez un avocat américain? Est-ce qu’il y avait des problèmes concernant la légalité des fonds avec lequel l’avion a été acheté? Bien que nous ne puissions pas savoir avec certitude les raisons de ce changement, ils soulèvent certainement des soupçons de corruption, en particulier parce qu’il est difficile de comprendre comment un fonctionnaire peut obtenir la somme d’argent nécessaire pour acquérir un avion de ce calibre ».  Laissons à Guizos Rozos l’accusation sans trop de preuves à vrai dire, et examinons plutôt l’appareil.  Grâce aux renseignements du site, on localise vite l’avion :  c’est le Hawker N820JS ex N969JJ (à voir ici sur You Tube, attention c’est mélangé avec le N676AH), ex N721KY qui a longtemps appartenu à Verizon.  Il est enregistré à Coral Gables, en Floride depuis…  Rappelons aussi que le 25 janvier dernier seulement, Mélendez a fait aussi l’objet de saisies de biens aux USA.  Son mari, un amiral, a été nommé en 2014 ambassadeur en Allemagne.  Le 20 mars dernier, l’avion faisait une approche « touristique » de l’aéroport international Princess Juliana  à St Martin, situé en bord de plage de Maho Beach (dans son état actuel), comme le montre le cliché à gauche…mais ça s’était avant le passage d’Irma.  Le décollage à cet endroit est tout aussi… dangereux, pour les touristes en mal de sensations.  Ici un autre habitué des lieux, le Gulfstream de Howard Hughes Management LLC.

Une découverte fondamentale : l’emprise de Derwick Associates

Le rôle trouble du milliardaire Roberto Enrique Fernández Rincón était clairement expliqué dans l’article.  Tous les avions étaient déclarés dans le Delaware, tel le Falcon 2000 N229DA (ci contre à droite), avant d’atterrir au Venezuela comme le Citation N300CS.  La société pétrolière possède au bas mot une quinzaine de jets privés.  Dans l’article, j’avais incriminé la société américaine Derwick Associates d’avoir joué les intermédiaires pour masquer le nom des vrais propriétaires des avions.  Derwick qui a signé des contrats au Venezuela en 2009 pour fournir des centrales électriques, alors qu’en 2013 aucun watt n’avait été fourni et que tout avait été sous-traité à des sociétés… américaines !  Dont surtout ProEnergy, qui en fait n’a jamais construit lui-même une seule centrale aux USA !  Le site Cryptome en avait révélé les tortueuses arcanes (2).  Un journaliste plus curieux encore à fouiné un peu plus loin, notamment dans les visites des serveurs où ses écrits avaient été postés, pour y retrouver des traces des gens de Derwick Associates, mais aussi du FBI, ce qui lui a mis la puce à l’oreille.

Le chaînon manquant vers l’Europe ?

Et ce qu’il a trouvé est étonnant, car on change de continent pour se rendre en Europe, en Espagne notamment ; « j’ai creusé un peu et j’ai trouvé, par exemple, que Derwick Associates apparaît comme l’opérateur d’avion dans la Gazette officielle d’Espagne (Boletin Official del Estado).  Il y a des rapports impressionnants dans la presse espagnole sur le PDG de Derwick, Alejandro Betancourt Lopez, avec sa fête de quatre jours, pour un mariage de 500 invités, auquel ont participé des personnes qui sont arrivées dans 20 jets privés.  J’ai passé toutes ces informations à Batiz (Cesar Batiz, le second journaliste sur l’affaire), et il a retrouvé les numéros en « N » des Falcon 2000 de Derwick (photo) chez une source.  Avec cela, il était facile de trouver d’autres informations (page 153), et les journaux de vol. »

« Il y a aussi un peu sur la ferme de chasse de 1 600 acres que Derwick Associates aurait acheté à Tolède (Espagne) avec son homme de paille Gerardo Diaz Ferran (maintenant emprisonné.  Nota : il avait été condamné à 4 ans et 7 mois de prison pour les malversations du groupe Marsans (1) et à fait reparler de lui fort récemment, pour une permission de sortie accordée).  J’ai essayé de trouver les documents liés à cet achat, pour dégager des doutes quant au rôle de la mère d’Alejandro Betancourt et d’autres personnes dans l’opération, mais ils ont montré un registre plutôt hostile et totalement peu coopératif pour  le Registre de la propriété d’Escalona , qui a simplement refusé d’envoyer des documents – qui sont loins d’être secrets – du registre (il y organise paraît-il des « pachangas » – des fêtes- sur le terrain de football de son élevage de chasse Alamín, celui racheté aux enchères à Viajes Marsans).  Chaque tentative faite à ce jour par Batiz et l’éditeur de Ultimas Noticias, pour obtenir plus d’informations sur les contrats entre Derwick et PDVSA, CORPOELEC et EDC a rencontré le silence chez Derwick et le mur officiel.  L’argument de Derwick pour Batiz est qu’il ne peut pas révéler le contenu des contrats pour des raisons de confidentialité, ce qui est simplement une connerie:  il n’existe pas de législation unique au Venezuela qui permette aux institutions publiques de contracter des fonds publics avec des entreprises vénézuéliennes et qui autorisent des clauses de confidentialité. »  Pour couronner le tout, selon un responsable vénézuélien des droits de l’homme, Thor Leonardo Halvorssen Mendoza, fondateur de l’Oslo Freedom Forum, Werwick aurait offert 50 millions de dollars à Diosdado Cabello, le responsable de l’Assemblée vénézuélienne.  Mais en échange de quoi ?  Rappelons ici que le propre père de Halvorssen avait été arrêté et torturé au Venezuela en 1993 pour avoir enquêté de trop près sur le cartel de Medellin.  On l’avait alors accusé d’être un « terroriste » !!!  Alejandro Bétancourt Lopez étant lui l’arrière-petit-fils du président du Venezuela, Hermógenes López.  Pedro Lopez Trebbau est son cousin.

Du népotisme et du copinage, tout simplement

Le début de l’enquête mérite de main de maître par Freddy Bernal menée d’étre entendue, car elle éclaire sur les relations que peuvent entretenir certains riches  :  « une série de documents m’a amené à montrer que Javier Andrés Alvarado Pardi, un ami de Leopoldo Alejandro Betancourt López et Pedro Trebbau López, parce qu’ils vivaient à La Lagunita, se trouvaient dans la même région.  En outre, dans Import Genius, une page Web qui enregistre les importations et les exportations de livraison, j’ai trouvé un fait important: Javier Andrés Alvarado Pardi avait exporté un véhicule Porsche en 1959 de la République dominicaine vers New York et l’adresse qu’il avait donnée de son bureau en Caracas était le même que le bureau de Derwick: étage 2, bureau 202, du bâtiment The Pyramid.  Dans ce premier rapport, j’ai montré que cette entreprise (soutenue par un entrepreneur appelé ProEnergy) avec 14 mois de création seulement avait obtenu 12 contrats, malgré l’absence d’expérience, car elle avait une relation étroite avec le fils du sous-ministre.  C’est là que l’histoire commence ».   C’était aussi bête que ça : cooptation et corruption !

Le trajet le plus couru en jet ? Caracas-Miami !!!

Il y a encore plus suprenant, quand on a en tête les magasins vides de Caracas… Selon un autre article de la BBC, en effet, le trajet le plus couru sur ses fameux jets privés et la ligne Caracas (La Maiquetia) -Miami, qui arrive première dans les demandes « Alors que de nombreuses lignes commerciales étrangères ont réduit ou totalement suspendu son opération à Caracas, une autre entreprise prospère: celle des  jets privés.  La route en jet privé entre Caracas et Miami est la route la plus rapide en Amérique latine.  Et c’était la deuxième plus rapide au monde, après quoi il y a celle qui unit New York à Nice, sur la Côte d’Azur (ah tiens, on va reparler de la Mole ou de certains Falcon).  C’est le cabinet de consultants Knight Frank qui l’a déclaré dans son récent rapport annuel intitulé «Rapport sur la richesse», qui documente les tendances des dépenses des millionnaires à travers le monde.  Le rapport contient les dernières informations disponibles, dans ce cas pour l’année 2013.  Mais à Miami, les porte-parole de l’industrie disent que la tendance n’a pas diminué.  « Au cours des cinq dernières années, il y a eu une augmentation de la demande de vols charter à jet privé pour Caracas », a déclaré Andrés Arboleda, président de Privé Jets, à la BBC Mundo de Miami. »  Le trajet est bien dans le top des vols de jets privés !

Un phénomène assez ahurissant, les riches propriétaires vénézuéliens prenant l’avion pour partir en week-end en fait !  « En plus, contrairement à ce qui se passe dans d’autres pays de la région, les vénézuéliens qui ont encore des avions privés  les prêtent à des amis », dit-il.  En conséquence, les jets privés affrétés comme des voitures et des jets privés voyageant avec leurs propriétaires ou leurs amis arrivent à Miami chaque semaine environ :  il y a 75 avions venant du Venezuela.  Le profil du voyageur est bien défini. «Ce sont principalement des hommes d’affaires vénézuéliens qui ont déménagé avec leur famille à Miami, mais ils ont encore leurs affaires au Venezuela.  Ils partent pour Caracas dimanche ou lundi et rentrent à Miami vendredi « , a déclaré Arboleda à BBC Mundo.  « C’est une clientèle qui utiliserait les services de classe exécutive des compagnies aériennes commerciales dans d’autres pays.  Le vol à sens unique d’un jet privé entre Miami et Caracas coûte environ 20 000 $ US.  « Un billet sur une compagnie aérienne commerciale coûte 1 000 $ US.  En revanche, le vol à l’extérieur d’un jet privé entre Miami et Caracas coûte environ 20 000 $ US.  Si le coût est divisé entre six passagers, cela équivaudrait à environ 3 300 $ US par personne », a déclaré le porte-parole de Privé Jets.  Cela indique que, dans certains cas, les jets privés qui arrivent à Miami en provenance du Venezuela apportent des familles qui migrent vers les États-Unis.  « Ils nous disent qu’ils ont besoin de venir avec leurs chiens et leurs chats ».  Mais pour la plupart, ils sont membres d’une classe d’affaires privée qui, malgré leur famille avec les États-Unis, ont encore de grands intérêts économiques au Venezuela… » Surprenante attitude qui nous rappelle surtout celle d’un patron et sa façon de faire du ski… le cas de Rafael Ramirez, le patron de Citgo.  A droite le Falcon N977CP de la firme.  Tous ses vols privés ont augmenté progressivement, en même temps que les vols « classiques »ont été supprimés par les grandes compagnies aériennes desservant le Venezuela, la raison invoquée étant l’insécurité avec les manifestations continuelles.  Les trois dernières ayant suspendu leurs vols étant United Airlines, Avianca et Delta Air Lines à qui on peut ajourer le panaméen Copa.  Comment en effet se payer un ticket vers Miami à 1000 dollars quand le revenu mensuel est de 20 dollars ?

Prête (ton jet) à ton ami

Le gouvernement du Venezuela est fort prêteur, quand il s’agit de sa flotte -conséquente- de jets.  Le 8 août 2017, on retrouve un des amis de Tarek, invité sur un de « ses » jets, le Falcon 900 YV-2040 appartenant en fait à Petróleos de Venezuela (PDVSA) .  C’est José Luis Merino, vice-ministre des Investissements étrangers du gouvernement salvadorien et présenté souvent comme associé du vice-président vénézuélien Tarek El Aissami, dans des affaires présumées de blanchiment d’argent liées au trafic de drogue (3).  Il s’agit d’un vol de l’aéroport international du Salvador (Aeropuerto Internacional de El Salvador Monseñor Oscar Arnulfo Romero y Galdámez anciennement Aeropuerto Internacional Cuscatlán, en résumé il est appelé communément  « Comalapa ») vers l’aéroport international de la Maiquetía « Simón Bolívar » (au Venezuela), un trajet confirmé par le gouvernement du Salvador (et par la presse du pays).  Deux jours plus tard a eu lieu le vol retour.  Selon un site d’opposition le même avion, au cours des trois derniers mois avait atterri trois fois au moins  à l’aéroport international « Óscar Arnulfo Romero », la première fois le 2 mai.  L’avion a également emmené le 19 août, le maire de Caracas, Jorge Rodríguez, pour rendre visite à son fils qui, selon les médias mexicains, étudie la médecine dans ce pays. Déclenchant une belle polémique !  L’appareil, ces derniers mois a eu visiblement la bougeotte puisqu’on l’a aperçu successivement en Colombie (à Norte de Santander, près de la jungle), au Honduras, au Suriname, à Montserrat, en Haïti, à Saint-Domingue, à Saint-Kitts-et-Nevis, à Saint-Vincent-et-les-Grenadines et à Saint-Christophe, dans l’ île de la Dominique.  Selon l’Arena, lors du vol en compagnie de José Luis Merino, « le jet privé a déchargé «plusieurs valises ou des coffres dans le plus total secret », une action menée par des personnes du Venezuela et de Cuba qui ont transféré ces «colis» – dont le contenu est un «mystère» – vers  l’ambassade de Cuba au Salvador ».  Une autre polémique à venir…  On peut le voir ici en 2013 décoller de l’aéroport Jorge Newbery de Buenos Aires.  Et on peut admirer ici le travail de Maibort Petit qui a collecté tous les trajets récents du Falcon YV-2040 : sidérant !  Le modèle YV-2565, un Learjet bien connu lui aussi, étant aussi de la fête.  Les avions de PDVSA servent en fait d’avions pour les relations internationales du Venezuela.  Le 9 mars dernier, c’était cette fois le commandant général de l’armée bolivarienne, le général de division Jésus Suárez Chourio, qui se rendait à Managua au Salvador Managua (ici à droite) pour commémorer le 38 anniversaire de l’Ejército Defensor de la Soberanía Nacional : bien entendu, venu dans le même Falcon YV-2040 qui sert décidément à tout le monde… dans l’entourage présidentiel !  A noter le vol vers New-York dont on peut supposer qu’il n’emmenait pas Tarek, objet d’une procédure en justice aux USA pour trafic de drogue et blanchiment d’argent…

En janvier dernier, c’est Bruno Rodríguez Parrilla, ministre des affaires étrangères de Cuba, qui était arrivé au sommet du CELAC célébré  à Punta Cana dans un autre Falcon, celui du Service de coordination du transport aérien autonome (SATA), immatriculé YV1129 (ici à gauche).  Le même mois, c’est Felipe Pérez Roque, ex-ministre des Affaires Étrangères cubain, qui se rendait au Guatemala, à bord du même appareil… vénézuélien.  Aux frais du contribuable, fait savoir la presse locale.  Bizarrement, Felipe Pérez Roque avait été arrêté un temps au Mexique, en 2015, pour « avoir tenté de se rendre aux USA »… le 25 avril 2009; il avait été pris la main dans le sac à se moquer de Raul Castro…

 

La réunion extraordinaire… des jets
Cela devient parfois étonnant.  Un observateur plutôt amusé et critique comme LaPatilla ne pouvait pas la rater, celle-là.  Un matin, il ouvre sa télé et suit les différents journaux consacrés au « Consejo Político de la Alba », une réunion de plusieurs pays dont le nom complet est Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique – Traité de commerce des Peuples (ALBA – TCP) :  le Conseil politique de l’ALBA-TCP est composé des ministres des affaires étrangères de chaque pays membre.  Il a pour mission de conseiller le Conseil présidentiel ALBA-TCP sur les questions politiques stratégiques et de présenter des propositions sur les questions de politique internationale pour le débat dans cette instance.  Il a une fonction d’orientation stratégique et de coordination pour le fonctionnement de l’Alliance » précise sa définition, dans un page web qui donne aussi les dates de ses réunions.  Là c’était celle du 8 août, la « 6eme réunion extraordinaire » du genre.  Dans l’Alba, on trouve aujourd’hui onze membres :  Cuba, le Venezuela, la Bolivie, le Nicaragua, la Dominique, Antigua-et-Barbuda, l’Équateur, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Sainte-Lucie, Saint-Christophe-et-Niévès et la Grenade, le Honduras s’étant retiré en janvier 2010.  En somme 5 pays et 6 iles de l’arc des Antilles.  Et LaPantilla de sourire au déploiement de force des jets privés vénézuéliens venus pour la circonstance.
Un vrai festival, et surtout ça démarre très fort avec un avion vénézulien aperçu derrière une présentatrice : un Falcon 50 immatriculé YV828 selon Patilla…  En fait c’est le YV-1128 (vu ici à la Havane en 2013) dont le sigle a mal été interprété par Patilla (le petit frère du 1129 du SATA examiné juste avant).  L’avion a déjà amené le vice-président de Cuba (Miguel Díaz Canel) en Equateur  le 24 mai 2013: on prête aux amis, comme on l’a dit.  L’avion appartient bien à  « Sistema Autonomo de Transporte y Servicio » mais il a été mis au service… de Cuba !  Ça continue avec un autre Falcon, le YV2485 dont le sigle est plus lisible.  Mais celui-là, un Falcon 900 EX a plutôt la bougeotte (13 vols depuis début 2017), et il n’a appartenu qu’à deux firmes : CITGO Petroleum Corporation (où il était le N196EX) et Petroleos de Venezuela S.A. On le voit ici décoller de Ordaz en mai 2013.  Le dernier étant… un Learjet, le YV1118.  Celui-là même qui a eu un petit accroc fort récemment (le 19 septembre dernier) :  l’avion pris dans de forts vents  et des pluies diluviennes à l’atterrissage sur Santa Elenade Uairen dans l’Etat de Bolivar est sorti en fin de piste pour traverser une clôture.

Deux autres avions ayant la bougeotte 
Il est reste d’autres d’avions du même genre.  Le site Guisos Rojos ne porte pas la colombienne et pasionaria Piedad Cordoba en grande estime.  On n’est pas loin de penser la même chose en examinant tous les clichés où elle a pu se faire photographier devant un auto-collant de la Croix-Rouge. Pourquoi ce goût pour ce genre de photos dont elle jonche son CV virtuel, c’est très certainement sa participation à l’opération Jaque d’exfiltration de Bétancourt (mais aussi des pilotes de la CIA !) qui a dû la marquer, un hélicoptère militaire colombien ayant été déguisé on le rappelle par des gens de la CIA pour leurrer les Farc.  S’en était-elle rendue compte, elle qui devisait régulièrement avec Paul Reyes, on ne le sait.  On avait trouvé son rôle assez trouble, dans cette libération, comme toute l’opération d’ailleurs, où les négociateurs suisses et français avaient été promptement doublés.  Noel Saez, l’ancien consul de France à Bogota envoyé par Villepin déclarera plus tard (en 2009) que le fameux « César » avait bien été « acheté », en échange de la libération de sa femme Nancy Conde, et sa non-extradition, ce dont j’avais eu l’intuition en décortiquant la mise en scène de son faux tabassage :   « le grand public ignore comment elle a été effectuée.  En Colombie, la population est même persuadée que c’est le fruit d’un excellent travail de l’armée. Je veux démontrer le contraire.  Les geôliers d’Ingrid Betancourt ont été achetés, ils n’auraient jamais libérés leurs otages.  Mais ce que je considère important, c’est que les otages aient été libérés.  D’ailleurs, aucun n’a été blessé. C’est aussi ce qui me fait penser que tout était préparé à l’avance.  L’hélicoptère se pose, il n’y a aucun coup de feu tiré, c’est trop beau pour être vrai ».  Ici à gauche, Piedad en train de négocier avec les Farc, en présence de Saez, reconnaissable à droite sur la photo.  Le 16 juillet 2009, César a été extradé aux Etats-Unis et son épouse le 19 septembre.  Mais certains ont remarqué que depuis ils n’apparaissent pas sur des registres de prisonniers.  La CIA aurait bel et bien doublé les français… et Cordoba.  Toujours est-il que voici ce qu’en dit Rojos  (et c’est plutôt gratiné): « commençons par les faits:  l’ex-agent colombien Piedad Córdoba et les ministres vénézuéliens Jorge Arreaza et Elías Jaua – ainsi que les membres des FARC – voyagent constamment à travers deux avions, un code Gulfstream G280 et un code Learjet N671CB (étrangement ce Learjet à la déco presque militaire est proposé à la vente chez « Aerocenteos de Servicios », au Venezuela, voir ci-contre à droite). Selon nos contacts, le pilote principal est membre de l’armée de l’air vénézuélienne et les destinations fréquentes comprennent: Cuba, l’île de San Martin, Bogotá et l’état de la Floride. Et d’où ils sortent et d’où ils reviennent ? Nos lecteurs fidèles devraient connaître la réponse: l’aéroport international Simón Bolívar à Maiquetía, l’infâme hangar présidentiel où les fonctionnaires préparent leurs meilleurs ragoûts ! » . Pour ajouter à la farce, lors de la désormais célèbre « Opération Cielo Soberan » censé recenser les avions « discutables » car pas en règle avec l’administration, on assistera à la fouille d’un avion particulier, qui, logiquement, n’avait pourtant rien à craindre.  Le non moins fameux Learjet N671CB, reconaissable à sa livrée si particulière  (ci-contre), « vérifié » dans l’aéroport General Jose Antonio d’Anzoategui ! On a envoyé la brigade cinéphile dans l’appareil favori de la protégée du pouvoir, qui parfois rêve même (éveillée) à la présidence !!! Etonnant de bêtise et de duplicité !!!  Qui a dit que c’est à ça qu’on les reconnaissait ? En tout cas, au Venezuela ils volent en escadrille, ce n’est pas possible autrement !!! Ils avaient mis en scène leurs propres avions, en croyant qu’on ne les reconnaîtrait pas !

Des jets… aux nécessiteux

Les deux appareils sont inscrits aux Etats-Unis dans une coquille vide (ou trop pleine ?) bien connue.  Qui dissimule leur vrai propriétaires selon Rojos qui les aurait retrouvés, ou plutôt leur propriétaire unique. « Selon les enregistrements de vol, seulement depuis octobre de l’année dernière, l’avion du code N259FG a traversé le hangar présidentiel trois fois, en prenant des passagers à Palm Beach et à Miami, en Floride; les plages de Punta Cana en République dominicaine et en Espagne; tandis que l’avion du code N671CB a voyagé l’année dernière au paradis de Curaçao … Sencillito. Mais ce n’est que le début de l’histoire! Bien que les deux avions soient enregistrés sous le régime anonyme Bank of Utah Trustee à Salt Lake City, dans l’Utah, pour couvrir leurs véritables propriétaires, les sources nous disent qu’elles appartiennent à l’homme d’affaire colombien Alex Nain Saab Morán du Global Construction Fund (Fonglocons) qui a remporté des contrats millionnaires au cours du régime de Chávez pour la Grande Mission du logement au Venezuela « (son histoire est décrite ici).  Selon les groupes de recherche, Fonglocons a reçu  475 millions de dollars par l’entremise du ministère des Industries légères et du Commerce pour fournir 25 000 kits de logement préfabriqués et a été le facteur clé du lavage illicite de jusqu’à 324 millions de dollars entre 2012 et 2013. (…)  Là on tombe sur une autre et grave forfaiture, car Alex Nain Saab Morán, l’un des supposés partenaires du président Nicolas Maduro dans la société Group Grand Limited, est le fournisseur de produits alimentaires au comité local d’approvisionnement et de production (CLAP), à savoir des kits d’approvisionnement en nourriture se présentant sous la forme de colis avec dedans des produits de première nécessité : « les cartons (ou les sacs) Clap font partie d’un mécanisme créé par le gouvernement vénézuélien pour fournir de la nourriture à la population vénézuélienne avec des prix inférieurs à ceux vendus sur le marché.  Ils sont livrés avec une périodicité indéfinie dans les secteurs populaires et les institutions de l’État. La valeur du marché boursier de Clap à l’heure actuelle est un peu plus élevée, à l’échange parallèle, à un dollar et demi »… Ces gens-là auront fait fortune en se goinfrant sur les plus nécessiteux (en photo ici Maduro et Assaimi en train d’assister à une distribution de paquets « Clap ») !!!  La honte, la honte complète !!!  Et qui a dévoilé ses liens odieux entre le pouvoir et deux exploiteurs, il n’y a pas d’autre non de son propre pays ?  Vous l’avez un peu deviné je parie : « Luisa Ortega Díaz, procureur général de la République en exil, a dévoilé mercredi un réseau de corruption au Brésil concernant la livraison de sacs auprès des comités locaux d’approvisionnement et de production (Clap). Selon le chef du ministère public rejeté par l’Assemblée nationale constituante, dans cette entreprise, il y a une entreprise qui «est présumée être le président de la République, Nicolás Maduro, dont les propriétaires sont Rodolfo Reyes, Alvaro Pulido Vargas et Alex Saab». Group Grand Limited a été enregistré, selon Ortega Díaz, au Mexique ». « Quatre mois avant que le procureur ne parle de cette relation, le portail de recherche Armando-Info a révélé, dans un rapport intitulé  » Entrepreneurs interrogés en Équateur et aux États-Unis », qu’ils vendent des aliments au gouvernement vénézuélien, la participation de Saab et Pulido en tant que fournisseur d’aliments pour Clap bags, dans une négociation d’un montant de plus de 200 000 000 dollars, qui a été faite par l’intermédiaire du gouverneur de Tachira, José Vielma Mora.  La note mentionne Group Grand Limited ».  On tombe effectivement dans l’odieux là…  Et s’il n’y avait que la distribution de nourriture de la part de ces individus au CV bien chargé : « A propos d’Alex Saab, a déclaré le journaliste colombien basé aux États-Unis. Fournit des matériaux de construction pour la révolution bolivarienne. En effet, en 2011, Saab a participé à un accord signé entre les présidents Hugo Chávez Frías et Juan Manuel Santos. L’événement a également été suivi par les ministres des Affaires étrangères Ángela Holguín et Nicolás Maduro et d’autres ministres, tels que Sergio Díaz Granados de Comercio Exterior et l’actuel ministre des Finances, Mauricio Cárdenas, ministre des Mines, pour la construction de maisons préfabriquées, mais Les journalistes vénézuéliens ont été frappés par le fait que la société représentée par Saab n’avait aucune expérience dans la construction et avait été créée quelques jours auparavant. Les deux derniers contrats sont les plus lucratifs du point de vue économique, fournissant 25 000 kits de logements préfabriqués évalués à 475 millions de bolivars en 2011 dans une première phase, et le deuxième bâtiment de 25 000 logements au coût de 210 millions de bolivars. L’accord prévoyait une troisième phase consistant en la production de métaux au Venezuela ». Des maisons (ici à gauche), ou plutôt une pluie de dollars ?  En avril 2015, Impacto révélait que rien n’avait été bâti !!!  Maduro, qui veut faire manger depuis quelque temps des lapins à sa population veut la faire vivre dans des clapiers ! Et ce n’est pas tout :  « le 3 mars, le journaliste colombien Gerardo Reyes a publié une enquête à Univision intitulée «Le passé obscur de deux millionnaires contractants du gouvernement vénézuélien». Dans celui-ci, il a été raconté comment les hommes d’affaires colombiens Alex Saab et Álvaro Pulido ont laissé dans la dernière décennie un sillage des intrigues sur leurs relations possibles avec le trafic de drogue »…. ne manquait plus que la coke, là… Pour ajouter au cas, le N259FG a lui aussi figuré dans l’opération de com’ sur la « vérification » des avions de 2015. La télévision en avait montré un bout, lors de la diffusion de la propagande « anti-corruption » signée Tarek El Assaimi et Vladimir Padrino : un comble !

(1) comprenant Pullmantur, Sol Meliá, AC Hoteles, Hoteles Turísticos Unidos mais aussi Iberojet.

(2) comme exemple, Cryptome donne ces deux-là : « remarquablement, ces factures préparées par ProEnergy et prétendument de Derwick ont ​​également révélé des marques d’augmentations monumentales des prix que ProEnergy a facturés à Derwick. Ainsi, un article comme un ensemble de trois turbines FT8 Swift Pac achetées par ProEnergy auprès de Pratt et Whitney pour 67,5 millions de dollars ont été vendus un jour plus tard pour 78 millions à Derwick qui l’a vendu deux jours plus tard au Venezuela pour 97,5 millions de dollars. Dans un autre cas, trois turbines Rolls Royce Trent 60 e Rolls Royce à l’origine facturées 66 millions de dollars ont été vendues à Derwick pour 79,3 millions qui les a revendus pour 97,5 millions, ajoutant un autre bénéfice de 31 millions de dollars au résultat net de Derwick et de ProEnergy . À l’instar de ces transactions, il existe plusieurs exemples de chaque élément imaginable: des pièces détachées aux coûts de construction, des turbines aux génératrices, des transformateurs aux coûts de transport et à la formation des employés. J’ai arrêté de compter le total sur les factures après deux milliards de dollars ». L’escroquerie monumentale avait été révélée par Otto Reich, ancien ambassadeur du Venezuela de 1983 à 1986, qui avait mis en cause toute la direction de Derwick Associates, à savoir Leopoldo Alejandro Betancourt Lopez, mais aussi Pedro Jose Trebbau Lopez et Francisco D’Agostino Casado.

(3) « Les États-Unis ciblent José Luis Merino, l’un des trois principaux dirigeants du FMLN, pour ses liens avec le crime organisé et le trafic de drogue. Un groupe de 14 membres du Congrès des États-Unis (entre démocrates et républicains) a signé une lettre du 19 juin demandant au secrétaire du Trésor américain Steven T. Mnuchin d’enquêter sur les «activités bancaires» de Merino, assermentées en octobre de 2016 en tant que sous-ministre de l’Investissement et du financement étrangers pour le développement, un poste ad hoc créé en octobre 2016 et lui accordant l’immunité diplomatique par l’entremise du Ministère des affaires étrangères du Salvador. Selon les membres du Congrès, membres du Sous-comité sur les affaires de l’hémisphère occidental, « les structures financières contrôlées par M. Merino ont acquis des centaines de millions de dollars en richesses inexpliquées tout en aidant les guérillas des FARC en Colombie, des éléments corrompus du gouvernement vénézuélien et d’autres groupes criminels pour transférer des fonds dans des ports sûrs « . La lettre a été distribuée le 22 juin par InterAmerican Security Watch et un collaborateur de presse de Joaquín Castro, l’un des membres du congrès signataires, a confirmé à El Faro l’authenticité du document. Une copie de la lettre a été envoyée au secrétaire d’État Rex Tillerson. Les membres du Congrès demandent au secrétaire du Trésor « d’utiliser l’autorité Kingpin (celle visant les chefs des narco-traifquants) pour enquêter sur les activités bancaires liées aux États-Unis du citoyen salvadorien Jose Luis Merino, également connu sous son pseudonyme Ramiro Vásquez ».

(4) le jour où il revenu, en août dernier justement, les habitants ont vu déferler ce qu’ils n’avaient jamais vu sur place : « beaucoup de résidents ont vu avec incrédulité le déploiement technologique effectué dans une ville où les habitants subissent les mêmes calamités que tous les vénézuéliens; le manque de gaz domestique, le manque de nourriture et les médicaments et les niveaux élevés d’insécurité. Sur la place de la zone, ils ont été placés des écrans led et des jeux de lumières dans le style des meilleures scènes internationales. » Les images sont en effet assez sidérantes de la scène et des artistes invités, alors que le pays se perd dans la faim.

 

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