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Coke en stock (CCXXXIII) : la découverte et la chute des fournisseurs d’avions (59)

Au départ, on a un avion… d’allure assez anodine, ou bien ordinaire, à vrai dire. Un Cessna immatriculé LV-GKL et montré dans son un hangar du petit aérodrome de l’Aeroclub Chaco -ici à gauche- accompagné d’un petit Piper Cub. L’avion est un modèle 182J, numéro de série 18257176.  Il est peint de façon extrêmement sobre, avec une décoration ne correspondant à aucun modèle  de design connu, ancien ou récent.  C’est un Cessna 182J  de 1966, un Stylante qui est aussi l’ancien N3076F, exporté alors récemment puisque son certificat de vol aux USA n’a été annulé que le 12 janvier de la même année.

 

L’avion avait été vendu par  Cambium International Inc de Cary, en Caroline du Nord, une entreprise de bois et de charpentes.  Sur le cliché, on peut s’apercevoir qu’il portait déjà la même livrée à deux bandes couleur bordeaux d’origine :  manifestement il n’est pas passé par l’atelier de peinture, à son arrivée en Argentine.

 

On peut aussi le voir ici l’extérieur, une photo prise à  l’Aeroclub Reconquista de Santa Fe, le 18 September 2016 (ici le show aérien de l’Aeroclub cette année-là, on peut y admirer un Pucara de l’armée argentine,).

 

 

Il est ci-dessous vu en 2016 toujours sur le tarmac de l’aéroport de Siler City, en Caroline du Nord (et ici en 2011 à un endroit indéterminé) :

L’avion qui avait pour base le petit aérodrome de Chaco appartenait à un promoteur industriel local de Resistencia, Alberto Javier Busciglio, à la tête d’un garage discret de réparations automobile et de pose de pots d’échappements, géré avec son fils Luciano (cf photo ici à gauche), le propriétaire de « Escapes El Águila”, son  entreprise de tuyaux d’échappements.  Un si petit garage pour le propriétaire d’un Cessna, voilà déjà qui pouvait intriguer en effet.

L’homme ne travaillait pas seul, puisqu’on découvre vite qu’il est en cheville avec une autre société appelée Guash (cf ici à droite), qui présente à sa tête trois mexicains, les frères Cuello : Marcelo (44 ans), Cristian (37 ans) et Darío (29 ans), tous trois vite arrêtés à Luján de Cuyo, en possession de 450 kilos de cocaïne.  On vient alors de découvrir tout un réseau, sévissant depuis plusieurs années et ayant de ramifications en effet jusqu’au Mexique. Le tuyau de la DEA était le bon !  Dans la foulée, on découvre une autre expédition… vers le Canada, vers une structure appelée Can Trade Connections S.R.L, dont le siège est au Mexique, à Tucuman, et qui se présente comme société « d »importación y exportación de bobinas de acero y otros productos de acero similares, por cuenta propia o de terceros, o asociada a terceros, en el país o en el exterior ».  Parmi les hommes arrêtés figure Rodrigo Naged Ramirez, 58 ans, un colombien de naissance mais possédant un passeport mexicain.  Les autres mexicains arrêtés s’appelant Max Rodríguez Córdova (44), alias « Patrón »; Rodrigo Alexander Naged Ramírez (59 ans); Jesús Madrigal Vargas (29 ans); Gilberto Villanueva Acevedo (29 ans).  C’est bien un trafic multinational auquel on a affaire, dont l’épicentre part du Mexique !

Un procédé longuement mis au point

Pour coincer tout ce beau monde, il avait fallu des mois, car ils avaient mis en place  un procédé de transfert de cocaïne qui était difficilement détectable.  La cocaïne (il y en avait 1375,89 kilos !) était particulièrement bien dissimulée, dans des bobines de métal plat, celles destinées à devenir des éléments de carrosserie automobile par exemple.  Ces bobines de métal étaient en fait creuses.  Faites de deux demi-bobines de fer, assemblées ensemble par des boulons une fois la cocaïne chargée sur chacune de leur face interne, puis ensuite recouvertes d’une feuille d’acier enroulée et collée sur l’assemblage. Extérieurement c’était indétectable, puisque sur leur face externe de faux enroulements découpés laissaient croire à une bobine complète, normale.  Les  pompiers argentins accourus (ici à droite) pour désolidariser les bobines entre elles mettront quatre heures pour découvrir le moyen de le faire.  Pas besoin de recouvrir de feuilles d’aluminiums, les paquets pour leurrer les scanners dans ce cas.  Du travail de pro, dont la découverte n’avait pu avoir lieu que sur renseignements.  Pour augmenter leurs chances de ne pas être découverts, les trafiquants avaient réparti le chargement sur 8 rouleaux seulement alors que les envois portaient sur 17 exemplaires au total.  Un  signe extérieur en l’occurrence un tendeur d’acier et sa position permettait de distinguer ceux dissimulant la drogue des autres exemplaires, réellement faits d’un enroulement complet de tôle d’acier.  L’organisation d’un tel transport avait été longuement imaginé et sa réalisation avait nécessité  des  heures de travail et une main d’œuvre abondante. Au total, chaque chargement dépassait les 70 tonnes, comme le montre le surprenant bon de commande d’envoi Panjiva que je vous ai retrouvé, visible ici (un peu plus bas).  En  prime, ce n’était pas leur première tentative semble-t-il: « deux envois suspects » avaient quitté le port de la ville en 2012 et 2013 « avec une modalité assez similaire  » selon les enquêteurs.  A raison de 2 tonnes à chaque envoi, le gang de mexicains avaient donc déjà réussi à exporter 6 tonnes de cocaïne, au minimum avant de se faire pincer !!!

Lourd dossier

La DEA avait établi un lourd dossier sur l’équipe des « bobineurs » arrêtés, spécialement sur trois d’entre eux: « la DEA a informé le juge de Campana que trois des personnes qui seraient impliquées dans l’affaire White Coils ont un dossier «lourd».

– Rodrigo Alexander Naged Ramírez (un chef de gang possible en Argentine et arrêté à Puerto Madero, ici à droite): il est né à Tolima, en Colombie. Il a 59 ans. Il est impliqué dans des activités de drogue depuis longtemps. Selon le département américain du contrôle des drogues, il est responsable de l’envoi de grandes quantités de cocaïne en provenance de Colombie vers différentes parties du monde, c’est un coordinateur de vols clandestins de transport de drogue et il lié aux cartels de drogue mexicains, mais sans avoir été arrêté.

Kenneth James Booth (fugitif, propriétaire présumé de Can Trade Connections): Canadien de 63 ans. En 1977, il avait été arrêté dans son pays en raison de l’enlèvement de 4,5 kilos de marijuana. Six ans plus tard, la DEA l’a cité comme le financier dans l’achat de 44 kilos de cocaïne et 2700 kilos de marijuana, à Blaine, États-Unis. En 2002, il a reçu une condamnation.  Sa compagne, Gayle Maureen Booth, canadienne née le, 27 février 1954 est également recherchée.  A noter que Can Trade Connections, aujourd’hui dissoute, avait comme adresse 39-43 Bridge Street, Swinton, Mexborough, United Kingdom.  L’adresse d’une société de transferts de noms façon inscriptions bidons au Delaware, appelée Brearley & Co, installée en rez-de-chaussée au bord de la banlieue industrielle de Swinton, à l’Ouest de Sheffield et au sud de Leeds, derrière un magasin de matériaux de construction.  Il y aurait à faire je pense à étudier de près cette ramification anglaise.  Le fameux Kenneth James Booth est aussi répertorié chez Delta BC, comme directeur également de Steel Experts Canada, société créée en janvier 2015 en banlieue de Vancouver.  La société semble toujours fonctionner en 2018.   On la retrouve sur un bon de commande Panjiva du 16 mars 2015 pour un envoi de tôles d’acier d’un total de 135,855 kg en partance de Freeport, Grand Bahama, vers le Philadelphia Regional Port Authority, de Philadelphie, en Pennsylvanie, laissant entendre que les Etats-Unis aussi ont été desservis en coke via la même voie (on comprend un peu mieux en ce cas le « suivi » du dossier par la DEA américaine !!!).  On ne sait pas ce qu’en pense Trump, de cet import d’acier mexicain, lui qui vient de sévir sur ce type de commerce…

Le transporteur étant cette fois MSC-Mediterranean Shipping Company SA, via le porte container MSC Japan qui emportait ce jour-là pas moins de 7 containers (les CAXU6609045, FCIU4322134, MEDU2631435 , MSCU3357050, TCLU2969808, TRHU1974457 et le XINU1189380).  Le Japan est un navire de 37 518 tonnes faisant 241 m de long battant pavillon du Panama.  L’envoyeur étant la société (des trafiquants donc) Mexicana De Acero Y Derivados Del B dont l’adresse est au Bambu 123 Colonia Arboleda De Ibar à, Leon Gua (Guanajuato), au Mexique.

On trouve un deuxième envoi Panjiva plus récent en date du 28 juin 2017 toujours signé Steel Experts Canada Ltd au départ cette fois du port d’Altamira, au Mexique vers celui du Georgia Ports Authority de Savannah en Georgie, pour 97 514 kg de bobines d’acier plat, répartis en 6 containers (les CAXU6352358, GLDU3217644, GLDU3738257, IPXU3747659, MEDU3269188 et MSCU3212041), le vaisseau porteur étant cette fois le MSC Monica, visible ici sur le St-Laurent.  Une deuxième expédition de coke vers les states ???  En mars 2018, le comté de Savannah réalisait sa plus grande saisie de coke de son histoire avec 25 kilos de coke d’une valeur de 4 millions de dollars à la revente, lors d’un raid appelé « Operation Snow Plow ».  Etait-ce en lien, pour l’approvisionnement, on l’ignore.  En 2016; les « feds » avaient découvert pour 6 millions de dollars de coke dans un container réfrigéré d’ananas…  en provenance du Costa-Rica.

– Jesús Madrigal Vargas (ici à droite): originaire de Michoacán, au Mexique. Il a 28 ans. La DEA a rapporté que le 11 août 2006 a été arrêté à Philadelphie, en Pennsylvanie, aux États-Unis, pour possession avec l’intention de distribuer 5 kilos de cocaïne, et a été condamné à 5 ans de prison. Le 10 mars 2008, il a été expulsé au Mexique ».

Une expérience précédente avec de la marijuana

Dans un rapport de juge d’instruction mexicain, expliquant ce qui avait été saisi par les douanes d’El Paso, à la frontière avec les États-Unis, (de l’autre côté c’est Ciudad Juarez, au Mexique), où sévit l’un des cartels plus dangereux dans ce pays, on avait pu noter le même procédé mais pour dissimuler cette fois de la marijuana.  Des photos (ci-contre montrent qu’effectivement l’idée était la même, mais avec cette une bobine simplement évidée avec une fausse façade d’un côté seulement, remplie à ras bord de haschich, aux paquets plus volumineux disposés en cercle autour d’un axe central.  Aux mains du juge fédéral de Campana, Adrian Gonzalez Charvay, un volumineux documents de 370 pages avait en effet décrit la même technique évoquant en fait les mêmes suspects que pour la découverte argentine, comprenant surtout le même courtier en douane local, Damián Limanski, qui depuis son arrestation clame qu’il n’y est pour rien.  Des documents audios extraits de la surveillance policière laissant lourdement entendre qu’il se doutait en tout cas de ce que traficotaient les mexicains, qui avaient demandé par exemple que le hangar d’arrivée soit vide d’employés pendant la suite qui précédait le chargement sur les camions.  Les échanges téléphoniques laissent entendre qu’il se doutait de ce qui se tramait, mais qu’il avait accepté l’affaire car elle s’avérait bien rémunératrice pour sa société, son patron émettant les mêmes doutes à l’autre bout du fil.

Le juge sur une autre affaire au départ

Fait remarquable, le même juge avait « serré » une autre trafiquant qui faisait dans la contrebande d’appareils électroniques, notamment et qui n’était autre qu’un pasteur adventiste bien connu appelé De Sousa Matías.  L’homme étant le recteur de l’Université adventiste de Plata, à Entre Rios, le responsable de l’Église adventiste de l’Association Argentine des adventistes du Septième Jour, qui possède 1055 temples dans tout le pays (il est ici à gauche):  « Il n’était pas seul dans le dossier : la direction nationale du culte est tombée avec lui. Avaient été également cités Carlos Ursus Gill Krug, pasteur lui aussi et président de l’Association, le chef national du culte, Carlos Daniel Gimenez Graf, et son trésorier et Roberto Osvaldo Giaccarini, le directeur de l’ADRA, l’association  humanitaire liée au culte ».  Leur surveillance avait commencé après la découverte en juillet dernier de deux containers venant des USA estampillés « dons à l’Eglise » dans le terminal Zárate de la Adana  (premier port privé argentin), et contenant des médicaments périmés, interdits d’usage là-bas, mais aussi dissimulé derrière entre les seringues et les bandelettes, pour 14,8 millions de pesos en articles électroniques de contrebande, qui  une fois débarqués, avaient fabriqué un sacré capharnaüm dans les entrepôts (ici à droite).  Mathias, mis sur écoute, s’était lui-même vendu au téléphone en disant que « nous sommes dans le pétrin, ça fait trois jours qu’ils ouvrent les boîtes une par une »… la contrebande durait depuis des années en fait.  On ignore s’il avait recours à des avions pour remplir ses entrepôts…  Le juge Chavay ne sera pas au bout de ses surprises : en avril dernier, il avait été surpris d’apprendre de la bouche de policiers qu’une partie d’une grosse saisie de marijuana faites ces derniers mois avait été déclarée « manquante » par ces mêmes policiers, au prétexte que c’étaient les souris qui avaient dévoré la part disparue.  Alimentant évidement de lourds soupçons de corruption au sein de la police argentine…

Mexique – Argentine – Canada : un nouveau circuit

La chronologie des événements de ce qu’on va alors appeler « l’affaire des bobines blanches » (Bobinas Blancas) peut être alors précisée. Tout avait en effet démarré avec un « tuyau » provenant de la DEA américaine qui avait averti les policiers argentins d’une expédition importante de drogue prévue le 14 mars.  Quatre jours plus tard, c’était la saisie dans le hangar de Buenos Aires de Bahia Blanca, et l’arrestation de 13 personnes, dont quatre Mexicains et de quatre locaux, à Mendoza également.  Le 19 juin c’est l’arrestation des frères Cuello, et 450 kilos de coke qui s’ajoutent aux 1300 déjà trouvés dans les bobines.  On en est à deux tonnes, déjà.  Le 20, une nouvelle saisie a lieu, mais cette fois dans le port de Montréal, au Canada, avec  le même procédé que lors de la première saisie puisque que l’on découvre cette fois 372 kilos de cocaïne dissimulés dans deux bobines d’acier (ici à droite), des bobines venues du Mexique et envoyées par le même gang qui avait opéré à Bahia Blanca et Mendoza.  Selon la presse, les trafiquants avaient innové avec cet envoi, puisque les deux bobines étaient munies d’appareils GPS qui se seraient déclenchés lorsque les agents ont ouvert leur contenu.  Très organisés, les trafiquants avaient créé une structure au Canada appelée Golden Eagle Steel Projects, créée dès 2015, pour recevoir les bobines envoyées de Nuevo Leon, Tamaulipas, au Mexique (près de Monterrey), comme pour ce chargement de 77 tonnes effectué par… camions, déclaré d’une valeur de 67 000 dollars, révélé par le document Panjiva retrouvé de cet envoi du 15 juillet 2015.

On n’en a pas encore terminé pour autant avec les mêmes, puisque le 28 août c’est cette fois une tonne supplémentaire de cocaïne, d’une valeur d’environ 200 millions de dollars, qui était découverte cachée dans des blocs de ciment imitant de la pierre fabriqués et expédiés par une société appelée Tele Exbe SA:  des blocs imitant des roches et envoyés cette fois de l’Argentine et découverts également au Canada.  Les frères Cuello étant en effet des marchands dans la catégorie des pierres et de marbre installés dans le département de Maipú.  Une présentation fort médiatique des autorités canadienne avait exposé devant les caméras le nombre très impressionnant de paquets de coke que cela représentait (ci-dessus à gauche).

Et là encore, on a retrouvé le document d’expédition officiel de chez Panjiva des pavés de quartzite recompactés dissimulant la coke (voir ci-dessus).  La date d’expédition étant 29 mai 2017 et le poids total expédié de 20 tonnes réparties en 20 palettes dans un seul container de 40 pieds, le MEDU4223807 , le transport final à bord du MSC Monica, porte-container de 37 398 tonnes et 242 mètres de long, et de 3424 TEU, battant pavillon panaméen, parti de Freeport, dans les Grandes Bahamas pour arriver à New-York (1) .  Les fausses pierres étant déclarées officiellement comme originaires du… Congo.  On notera que le groupe avait ses habitudes, car c’est bien le même porte-container qui a été cité plus haut dans l’envoi de bobines d’acier au Canada !!!

Le container MSCU 9062777 est aussi cité pour le trajet de South Riding Point (Bahmas) à New-York. Le nom de la compagnie d’expédition étant Starlight Fareast Trading LTD une compagnie canadienne de Vancouver,  vite dissoute dès le 9 septembre de la même année (2017), qui était au nom d’un dénommé Gary Cuong Nguyen, d’origine vietnamienne.  Son nom rappelle celui cité en 2012 d’un employé de bar australien qui avait été condamné dans le pays pour avoir tenté d’importer 128 kilos de la sidacordifolia, une plante indienne interdite servant à la préparation d’amphétamines (et de l’éphédrine), d’autres dealers de Miami portant le même nom également.  Le transport de fausses pierres dissimulant de la drogue, lui aussi, avait connu un précédent avec de la marijuana :  en juin 2016, un camion en transportant avait été arrêté à Garita de Otay Mesa, en Californie.  Au total, il y avait 557 colis de fausses pierres rouges pesant 280 kilos qu’il avait fallu casser au marteau pneumatique pour casser le ciment dont elles étaient faites (cf ici la photo à gauche).  Le procédé de dissimuler de la coke dans de fausses pierres ornementales creusées ayant lui aussi déjà été tenté (cf ici à droite).

Deux moyens d’expédition différents pour le même gang

Les deux types d’envois, dans les bobines ou dans les fausse pierres reconstituées, étaient liés, note avec justesse le site InfoSan Luis.com, qui résume ici parfaitement les deux affaires liées entre elles.   « Pour Gonzalez Charvay et le PFA, toute cette poussière a le même propriétaire.  Le juge a ordonné l’arrestation et a ensuite jugé quatre Mexicains derrière l’envoi qui opérait entre Bahía Blanca et Puerto Madero sous les ordres de Rubén de Luna Rodríguez, un mystérieux fugitif mexicain. Ils étaient tombés avec leurs collaborateurs présumés argentins, dont trois hommes d’affaires nommé Cuello, l’agent douanier Bahiense Damian Limanski et Emmanuel Garcia, opérateur de Buenos Aires qui a reçu l’argent des Mexicains.  González Charvay et son équipe ont également détecté une signature sur les exportations de bobines d’acier, un commerce avec des connexions avec Buenos Aires domicilié à Tucumán et exploité, dans l’ombre par Luna Rodriguez et un président mystérieux, le canadien Booth Kenneth, qui a aujourd’hui un ordre international de capture sur sa tête, comme Luna Rodríguez.  Can Trade Connections, cependant, ne représentait qu’une partie de l’entreprise narco. L’annonce de la police canadienne représentait la deuxième partie de l’entreprise, (les expéditions faites en pierres creusées).  En parallèle, le juge González Charvay et la PFA avaient des informations sur la deuxième entreprise qui aurait été utilisée par les trafiquants: Tele Exbe SA, fondée en 2014 et basée à Mendoza, avec des adresses à San Rafael et Lujan de Cuyo, inscrite à la rubrique de gros selon les données de l’AFIP et des prête-noms qui formaient son conseil d’administration, y compris une position d’un homme de 24 ans comme administrateur suppléant qui nourrissait ses deux enfants avec un emploi dans une petite entreprise de fruits et trois contrats d’aide sociales (…). Huit personnes ont été arrêtées, toutes argentines. Parmi les détenus il y a Luis Falcone, responsable de l’entreprise, son avocat, Luis Castro, Alejandra Comas, Mendoza, la première femme du président selon le Journal officiel du Commerce et jusqu’à aujourd’hui cotitulaire du compte bancaire. Jorge Piantini, un courtier en douane qui aurait travaillé avec l’entreprise, a également été arrêté. Ce sont précisément les douanes qui ont donné au juge González Charvay les informations qui ont permis d’identifier la société de commerce de roches de quartz » (ici à gauche l’usine  en train d’en fabriquer). « Les douanes ont déclaré dans un rapport remis à la Cour que Tele Exbe a documenté 25 permis d’expédition en 2015, 27 autres en 2016 et sept cette année. Tous avaient le Canada comme destination et la même compagnie comme destinataire et client final.  Son nom est FarEast Starlight Trading, créé comme Tele Exbe en 2014, basée à Brampton, une banlieue de Vancouver, où a été arrêté un homme lié aux expéditions de cocaïne d’une enquête par la GRC. Starlight, selon son but légalement déclaré, négociait des pierres et du quartz.  Il avait reçu de Tele Exbe, par exemple, un envoi naval de 20 palettes en pierre en novembre 2015 pour un poids total de 20 tonnes. »  A noter que l’adresse de FarEast Starlight Trading (6546 Victoria Drive Vancouver BC) est celle aussi d’un simple magasin de vente d’alcool (cf ici à gauche), coincé entre plusieurs boutiques chinoises, dont une d’arts martiaux et l’autre de réparations de TV, un magasin de change et un coiffeur, à la périphérie de Vancouver.  Voilà qui ne devait pas trop être onéreux comme loyer…

Des suspects libérés

Mais le 6 juillet 2017, surprise, le juge Charvay chargé de l’enquête, comme on a pu le décrire ici, décidait de libérer l’homme d’affaires de Résistencia et son fils aussi, par la même occasion, en déclarant qu’ils avaient selon lui été « utilisés de bonne foi », pour l’acquisition des bobines d’acier, sans connaître la destination finale qu’elles allaient avoir, lorsque plus d’une tonne de cocaïne avait été trouvée cachée à l’intérieur.  Le 21 novembre c’était au tour de l’agent douanier Damián Limanski, détenu depuis les faits à la prison d’Ezeiza, d’être lui aussi libéré après une décision de la Cour de la Cour d’appel fédérale de San Martin. Idem pour les Guash, Leandro, Gastón et Juan Ignacio… Restent malgré tout enfermés Amílcar Dario Martino, de la société Can Trade Connections, qui a servi d’écran pour exporter des stupéfiants, ainsi que les les frères Rafael Marcelo et Dario Maximiliano Cuello, de Mendoza, chez qui avait été trouvé le supplément de cocaïne, emprisonnés pour, selon la justice, « avoir apporté un soutien logistique à une organisation criminelle internationale ».  A ce jour on ne sait donc toujours pas si le Cessna du garagiste a servi ou non à transporter de la coke… Alors qu’il avait été écrit que l’appareil avait effectué plusieurs voyages en Bolivie, son fils était venu dire sur les plateaux de télévision en juin 2017 qu’il était effectivement son pilote, qu’il voyait cela comme un simple hobby de sa part, et avait nié catégoriquement s’être rendu en Bolivie, affirmant calmement que tous les vols qu’il avait effectué à son bord avait fait l’objet d’un plan de vol dûment rédigé.  Exit l’avion monomoteur comme transporteur de coke…

Traversée maritime

Les trafiquants visaient l’Europe, on le sait : une fois la drogue au Canada, elle pouvait en effet repartir vers les USA ou vers l’Ancien Monde, via des porte-containers, direction Anvers ou Rotterdam.  De l’Argentine à l’Europe, il n’y a aussi qu’une traversée… en bateau.  Ou presque.  Le 27 août 2017; à Lanzarote, sur une des îles des Canaries, les douaniers visitaient sur les quais un petit voilier arrivé juste la veille.

Un petit bateau visiblement dans le collimateur à la fois de la DEA et d’Europol, qui l’avaient suivi tout au long de son périple.  Venu d’Amérique du Sud, il avait en effet navigué quelques mois auparavant dans les Caraïbes, où les autorités douanières françaises l’avaient suivi et observé, et il avait chargé la drogue d’un autre navire près de la côte du Venezuela, le 6 août.  A son bord, 470 kilos de coke (soit une valeur de 17 millions d’euros ou 20 millions de dollars) et avec à sa barre un argentin, « membre d’un important cartel de la drogue péruvien, qui possédait trois fausses identités et était déjà recherché pour trafic de drogue », selon la presse.  Un bon client en quelque sorte…

Ses complices espagnols étant cinq, dont celui âgé de 29 ans seulement, celui qui avait acquis à Tenerife en février dernier le voilier, et qui avait également acheté un bateau avec deux gros moteurs pour amener à Tenerife la cocaïne, sur la côte de La Santa comme il était prévu au départ avant que la police ne s’empare de la presque demi-tonne de coke à son bord.  Les sacs de sport la contenant montrant des pains de coke estampillés « 100% puro »…

 

 

 

(1) il s’était lui aussi vautré en 2016 dans le St-Laurent après une panne de gouvernail.  Trois remorqueurs l’avaient sorti de l’affaire.

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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