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Coke en stock (CCXXXII) : la découverte et la chute des fournisseurs d’avions (58)

Retour au Paraguay 

Le monde de la Banque, pas beaucoup mieux que celui des trafiquants.

Les frères Roberto et José Carlos Acevedo 

Une mise en scène des saisies ?

 

A-ton assisté en 2015 à une mise en scène des avions saisis au Paraguay et regroupés à Asuncion sous un hangar particulier ?  Oui, très certainement. Le but politique étant de montrer qu’on s’occupait du problème… en apparence, en le laissant se poursuivre en fond.

 

Un avion particulier va bien servir aux politiciens, comme on va le voir un peu plus loin. Les appareils montrés à Asuncion sous un hangar sont bien une des clés du problème, en tout cas, comme l’affirmait déjà l’épisode précédent.  Revenons à ce fameux hangar ouvert, construit dans les premiers mois de 2012, situé pas loin des hangars de Latourrette & Parini, de ceux du PAS ou de l’immeuble contre lequel a été adossé le Hawker 700  (tous déjà vu ici, je n’y reviens pas), un autre avion saisi comme on la vu.  Voilà pour le  décor :

 

Le hangar, Google Earth nous le prouve (cf ci-dessous), a été construit entre janvier 2012 (première image ici à gauche) et août 2012 (deuxième cliché ici à droite) sur un emplacement où étaient stockés trois vieux C-47B Skytrain (DC-3) militaires paraguayens scrappés à cette époque (un DC-3 demeure préservé sur la base de Nu Gauzu de Campo Grande). En octobre 2014, on peut voir sur l’extérieur vers l’ouverture située à l’ouest, ce qui semble être un grand Cessna 208 (troisième image sur la droite au premier rang.  Peut-être bien le ZP-BZP aperçu ici chez Laourrette en 2015 et ici le 23 juillet 2016 au Florianópolis Hercílio Luz, au Brésil.

Ce n’est qu’en 2015 que le hangar ouvert à tous les vents a servi à montrer les avions saisis qui ont réunis sont sous son toit lors de leur exposition médiatique, comme on a pu le voir plusieurs fois ici.  Dès 2016 ces appareils sont déplacés à l’extérieur côté nord, cinq sortis également ou ramenés sur place étant alignés au sud.  Parmi ceux-ci, celui que l’on distingue le mieux demeure un appareil à l’avant et aux ailes bleu-violet, mais qui ne correspond par pour autant au fameux CP-2657 (ici à droite) qui avait les ailes blanches.  Un avion jaune à aile basse haubanée semble bien être un avion agricole, deux avions à aile basse monomoteurs l’entourent, type Beechcraft 36 ou Embraer Corisco.  Un seul bimoteur est visible au sud, de type indéterminé.  On rappelle que ce n’est qu’en 2017 que l’on arrêtera les fonctionnaires de la Dinac qui falsifiaient les appareils et les maquillaient avec comme tête de file Jesus Rios, un ancien colonel.  Les avions étaient modifiés dans le Hangar N°10 d’Asuncion par le mécanicien en chef  Rubén León Téllez, employé par la Dinac.  Il possédait sa propre entreprise appelée « Airparservice » société qui affichait encore en 2014 un Cessna 401 bimoteur dans sa page Facebook, le montrant à l’extérieur notamment le 25 mars 2015 (cf ci-dessous). Un appareil qui questionne, lui aussi, car en 2010 encore il affichait les couleurs de la « Navale » paraguayenne (ici à droite, portant le N°146), qui existe en effet bel et bien.  Sur le premier cliché en haut, l’appareil est présenté sur le côté du hangar d’Aeromecanica, à Asuncion toujours.  Un hangar dont nous reparlerons très bientôt ici-même.

La découverte d’un appareil appartenant aux militaires et passé dans le domaine civil interpelle en effet. A-t-il été vendu et comment ?  Est-ce dans une procédure comme celle de la vente des domaines en France ?  On l’ignore.  Cela questionne en effet, comme son usage tel ci-dessus « quelque part dans un endroit au Paraguay » comme le précise son nouveau pilote en commentaire de la photo (ci-desssus), l’appareil posé sur une piste en herbe inconnue.  L’appareil étant désormais immatriculé ZP-BFX aperçu ici à Formosa le 31 décembre 2015.  Et c’est en Argentine (et ici au Florianópolis Hercílio Luz au Brésil )!

L’examen du Facebook lié à l’entreprise montre d’autres clichés de l’appareil ainsi que celui du ZP-TAX, mais aussi d’un hélicoptère Robinson dont l’immatriculation a été mise hors-champ de vue (à nous de deviner pourquoi), le Cessna cité, montrant lui un DOUBLE venturi, sur son flanc droit !!!  Ironie, le fameux ZP-TAX est un ancien Cessna des forces armées du pays, le modèle D-3140 (un Cessna 175 comme celui-ci) !!!

Que faire de tous ces avions saisis ?

Evidemment, le gouvernement  paraguayen se retrouve fort tenté de remettre en service pour son propre usage ces appareils, dont bien sur les moins anciens ou ceux en meilleur état.  Ça se distingue assez rapidement sur Google Earth, où le stock d’avions accumulés début 2015 (voir ci-dessous) a fondu depuis. Un bimoteur de taille moyenne est toujours là : d’après la forme de son aile et ses fuseaux moteurs étroits, on peut parier sur un vieux Jetstream, bien répandu aussi dans le pays (on a déjà déjà écrit ici lequel était-ce).  On peut s’attendre à ce qu’ils atterrissent dans les casernes mais ce n’est toujours pas le cas.  Tous les Cessna employés même par la SENAD sont des avions anciens, comme ceux de la « Naval ».  Sauf quelques appareils, dont certains effectivement empruntés aux trafiquants… ce qui va provoquer en 2015 une étrange situation, deux d’entre réclamant leur appareil au juge Miguel Tadeo Fernández, au prétexte d’une saisie juridiquement contestable (les avions auraient été saisis en dehors de l’enquête elle-même).  Parmi eux, Adilson Gibellato, propriétaire aussi du petit Cessna 152 N7338L, et du modèle 150 N11175 en plus d’être le propriétaire du ZP-BHF, avait carrément demandé au juge de l’époque, Miguel Tadeo Fernández, de rendre son avion saisi.  Le procureur Marcello Pecci faisant immédiatement appel de la décision du juge, provoquant un imbroglio juridique qui va se compliquer car son oiseau rouge et blanc (un Cessna 210L) avait été versé entre-temps à la  Brigada Aérea – Grupo Aéreo de Transporte Especial du pays.  Or le 20 janvier 2017, l’avion s’écrase près de l’aéroport Silvio Pettirossi, après une défaillance électrique, avec à bord Hugo Marcial Sánchez, instructeur et un cadet Orlando Zárate Solís : il était devenu semble-t-il le 0235 de la flotte de l’armée !!!  En mai, les ZP-BHF, requis par Adilson Gibellato et le ZP-BCQ demandé par Vicente Cano Espinola sont examinés à nouveau par la juge María Griselda Caballero, qui recommande de libérer les appareils.  Ce qui donne des idées à trois autres :  le 12 juillet 2016, est déclarée recevable la plainte de 5 détenteurs d’appareils saisis : ceux de Fidel Silva Caceres, de Pablino Candia, de Sixto Benitez, de Javier Romero et de Patricio Rodolfo Ibarra, phénomène auquel s’oppose à nouveau le procureur Pecci. Impossible en tout cas de rendre le ZP-BHF… détruit (à droite son examen par les militaires paraguayens, sous son ancienne livrée lors du « show de 2015 », à Asuncion même)!

Manipulation politique des avions saisis

Au Paraguay, je vous l’ai décrit et démontré, une bonne partie de la classe politique, notamment celle gravitant autour du parti Colorado, parti présidentiel on le rappelle, est noyée jusqu’au cou dans le trafic de drogue. Le meilleur exemple qui soit, c’est encore une fois une image qui nous le démontre.  Celle de la visite électorale d’un député (et futur sénateur qui va même devenir le président de l’assemblée sénatoriale !) venu visiter le centre de la Senad, qui s’occupe de la lutte contre la drogue dans le pays.  La scène se passe le 25 mars de 2015, elle a été ainsi décrite : « une Commission pour la prévention du trafic des drogues et les crimes connexes présidé par le sénateur Roberto Acevedo accompagné des membres sénateurs Fernando Silva, Arnaldo Giuzzio, Enrique Bacchetta et Julio Quiñonez, fait la connaissance de la presse et à travers vous à l’opinion publique généralement membres de la Commission sur la prévention et la lutte contre le trafic des drogues et des infractions connexes de la Chambre des sénateurs ont assisté à la réunion pour présenter le projet de gestion des biens saisis et confisqués pour l’Amérique latine (BIDAL), réalisée Le 25 mars 2015, à 10h00, dans la salle de l’Auditorium du Secrétariat national antidrogue SENAD (…). Dans ce contexte, ils ont l’occasion de visiter les installations de la Force aérienne, où sont déposés les aéronefs saisis par le SENAD, et il a été constaté que 36 avions s’y trouvaient avec différentes plaques d’immatriculation (Paraguay, Argentine, du Brésil et de la Bolivie) dont certains déposés il y a plus de 20 ans, la plupart sont détériorées et inutilisables ».  Et quel avion montre-t-on ce jour-là bardé de collants servant de scellés ? célèbre CP-2657, si reconnaissable, bien sûr !  Une avion (Cessna 210) on le rappelle, qui avait atterri à Pedro Juan Caballero, dans un ranch de bétail, situé sur les rives de la Aguaray Guazú River et à environ 20 kilomètres à l’est de la «jonction de Lima» de la route III.  Sur un terrain appartenant au général (SR) Carlos Egisto Maggi, qui avait nié toute implication… bien sûr.  C’était le père de père de Carlos Manuel Maggi, membre du mouvement « Honor Colorado » soutenant la présidence Cartes !!!  Dans l’avion on avait trouvé 11 sacs chargés de plusieurs « pains » de cocaïne, totalisant 311 kilos.  Le député et futur sénateur était-il le plus capable de diriger une telle commission ?  Son frère et lui vont nous démontrer le contraire en fait…

Les deux terreurs de l’Amambay

Car Roberto Acevedo et son frère José Carlos; maire de Pedro Juan Caballero, tous deux opposants à Cartes, il faut le préciser, avaient déjà derrière eux de belles casseroles. Leur début de carrière remonte à leur association avec Fahd Jamil Georges lorsque le « turc » dominait la frontière dans un triple trafic d’armes, de cigarettes et de cocaïne.  Les deux frères n’ont jamais voulu révéler d’où leur venait leur immense fortune… pas plus que leurs comptes en Suisse.  Aux trois trafics déjà cités, ils en avaient ajouté un quatrième :  ils ont en effet été accusés par leur collègue Colorado, Héctor González de monopoliser la vente de carburant à la frontière.  Ils en possédaient en effet six, de stations services, gérées avec l’accord du trafiquant Fahd Jamil Georges.  Extérieurement, ça n’empêchait pas Roberto de se faire le chantre de la lutte antidrogue, comme on vient de le voir. Tenté par la politique, il  a été en effet élu tôt gouverneur de l’Amambay en 2004, son frère devint le maire de Pedro Juan Caballero, comme on l’a dit.  Une ascension politique qui fait bien des jaloux.  Le 27 avril 2010, le pick-up électoral de Roberto est assailli par deux hommes à moto, qui tirent une quarantaine de balles sur lui. Il s’en sort légèrement blessé, un vrai miracle. Bien entendu, il incrimine aussitôt les trafiquants, et notamment Jorge Rafaat (Toumani ), passé depuis à la sulfateuse gros calibre comme on l’a vu ici-même, profitant de l’événement pour renforcer sa stature de candidat antidrogue.  Coïncidence ou pas, le meurtre de Toumani en pleine rue avait eu lieu le jour même de l’investiture du sénateur libéral à la tête du Congrès national.  En réalité, les deux frères jouent un double jeu depuis toujours.  On commence à s’en apercevoir le jour où ils foncent dans un commissariat pour exiger la libération d’un individu, forts de leurs mandats politiques, à grands coups de menaces et d’injures.  Or l’homme qui venait d’être arrêté en ce mois de juillet 2013 était un trafiquant notoire. La scène ahurissante avait été filmée. Leur attitude méprisante et menaçante vis à vis des forces de police, ce soir-là, les avait trahis en réalité.  En 2016, Roberto revient sur son attentat de 2010 et déclare que« Au début, je pensais que ce c’était lui, mais ensuite j’ai eu des informations plus précises qu’il ne l’était pas, il ne m’a jamais menacé », avait-il dit.  En 2014, le gardien de sa propriété, Atanacio Echeverría, est arrêté avec un cinquantaine de kilos de marijuana à bord de sa voiture.  Il raconte que ce n’était que de son chef cette décision : Roberto peut passer un grand « ouf » de soulagement.  Le 23 août 2017, Roberto refait des siennes en invectivant cette fois une contrôleuse fiscale débarquée chez lui. La scène se passe dans un local rempli de cartons d’appareils électroniques (bien visibles) comme ceux provenant de la contrebande… dans lequel il se montre une nouvelle fois odieux.  Et effectivement, c’était bien de la contrebande, selon les services fiscaux.  On retrouvera un peu plus loin un camion de sa compagnie, qui avait plus d’une tonne de sucre brésilien supposé de contrebande, le conducteur du véhicule arrêté n’ayant pas présenté ses documents. La presse ajoute discrètement « qu’il convient de noter qu’en 2010 dans les locaux commerciaux susmentionnés ont été distribués de la nourriture pour ceux qui auraient voté pour José Carlos Acevedo, au moment où il a été nommé maire ».

Les méthodes d’Acevedo pour museler la presse

Contrebande et clientélisme, ils auront tout osé et tout fait, les deux frères, en ne cessant d’accuser les autres de trafic.  Dès le lendemain de l’altercation, dans une conférence de presse il clame que  « j’ai été vraiment impoli, mais je ne suis pas désolé (…) Je leur ai dit qu’ils étaient des bandits, ce sont des fripouilles, et ils le sont », a déclaré le législateur.  Il a défendu les commerçants pedrojuaninos et a souligné que le commerce est la principale source de travail dans cette ville, et si ce n’est pas l’option, l’autre est le trafic de drogue, alors il ne pensait pas que c’était une procédure appropriée pour une locale commercial (…).  Il a critiqué le fait qu’ils n’agissent pas de la même manière pour arrêter la contrebande de cigarettes et de viande, qui, selon lui, entraîne des pertes importantes pour les commerçants paraguayens.  Il a accusé directement le président, Horacio Cartes, d’être l’un des principaux passeurs et les trafiquants de drogue qui opèrent depuis longtemps dans la région et connaître la réalité du peuple de Pedro Juan Caballero ».  Pas un mot bien entendu sur le fait que les produits étaient de contrebande !  Et l’article de conclure… « il a nié connaître le propriétaire des locaux commerciaux: «J’étais à proximité de cet endroit (…) et je me suis dit qu’on perquisitionnait  son domicile et je suis allé voir car cela m’a inquiété »»…  Cet homme n’a décidément pas peur du grotesque… Avecedo et son frère s’en sont pris à un journaliste d’ABC, Cándido Figueredo, selon Hoy, « qu’il a taxé de « narcoperiodista » et menacé de « l’envoyer en enfer » s’il continuait à publier contre lui.  « J’ai 18 ans sur ABC, dont 17 ans avec une garde de police permanente ici Pedro Juan Caballero.  Ici, nous recevons toutes sortes de menaces, mais nous savons que c’est le prix payé pour mettre en lumière des choses cachées « , a déclaré Figueredo. Le journaliste, qui a été menacé de mort par les recherches menées sur le trafic de drogue à la frontière et reliant le libéral Robert Acevedo à ce crime, a déclaré que le législateur a utilisé sa radio pour le dénigrer, le qualifiant de « putain et cocu »;  Puis il a menacé: « Je vais vous envoyer en enfer si vous continuez à publier », selon lui.  Il a déclaré qu’à Pedro Juan Caballero règne « la loi de mbarete, le silence, le trafic de drogue, la contrefaçon et toutes sortes d’irrégularités ».  Il a ajouté que ces crimes étaient toujours protégés par des pouvoirs factuels et que les criminels avaient l’habitude de traiter leurs propres codes ».  A noter que Candido Figueredo Ruiz a été récompensé par le Prix international de la liberté de la presse du CPJ 2015 par le Comité pour la protection des journalistes « pour avoir continué à faire des reportages sur la criminalité même après avoir reçu des menaces »…

Même chose dans la concurrence (ou l’opposition)

Chez l’ineffable Ruben Sanchez, le « chic haro » brésilien « héros » de deux épisodes ici, ce n’est guère plus encourageant.  Le 1er novembre 2017, les paraguayens découvrent deux têtes dans leurs infos matinales.  Celles de deux employés de la mairie de Capitan Bado, dont le maire n’est autre que Denilso Sanchez (du parti Colorado), le frère de Ruben Sanchez, l’air fatigué et plutôt dépités. Ce sont Pablo Cesar Isasi, un proche du maire, et Marcos Javier Galarza Saavedra, son secrétaire. Ils viennent d’être arrêtés la veille au Brésil, avec 950 kilos de marijuana (près d’une tonne !), dans la ville de Coronel Sapucaia (MS), a 400 km de Campo Grande, dans l’état de Goiânia.  Outre dix sacs de marijuana dans leur véhicule, la Police a retrouvé une grande partie des stupéfiants dans la maison qu’ils louaient tous deux.  « La drogue devait être distribuée pour approvisionner Goiânia et la région métropolitaine », selon Campo Grande News, qui ajoute que « les deux fonctionnaires seraient liés à trois trafiquants supposés de narcotiques de la frontière, les plus connus étant Felipe Barón Escurra et Gilberto Suárez Valiente. Le même site brésilien a rapporté que les services de renseignement de la police nationale brésilienne avaient découvert qu’ils étaient en contact avec un trafiquant de drogue connu de Bado, Celso Maldonado Duarte, alias « Maracanã », à qui appartiendrait la cargaison saisie à Goiânia ».  En 2016; on avait pu admirer cette scène comme seul le Paraguay peut l’offrir : celle d’un Denilso triomphant juché sur le Beechcraft qui l’avait ramené… de prison pour prendre les rênes de la mairie :  le  « Chicharõcito » Sanchez avait été auparavant emprisonné au pénitencier national de Tacumbú, du 5 janvier au 7 juillet, puis placé ensuite en résidence surveillée jusqu’au 27 juillet pour blanchiment d’argent présumé avec ses frères Carlos Ruben, alias « pois » (autre adjoint ANR) et Ardonio (avocat), via la société Norte Porá S.A. : il avait fait campagne électorale alors qu’il était… fugitif !!!  Plus de 4 000 personnes avaient célébré son retour !  Surréaliste !!!  Il est vrai, remarquez, que sa ville a aussi comme surnom le « narcopueblo »…

L’argent placé en Argentine par les frangins

Tout cet argent accumulé dans les trafics divers devait bien dormir quelque part.  La dénonciation des frères Acevedo, elle est venue d’ailleurs. Eux qui avaient passé leur temps à dénoncer l’argent sale de la drogue se font rattraper en juin 2016 par les déclarations d’un banquier… argentin.  Hernán Arbizú (ici à droite), ancien vice-président de la banque latino-américaine de JP Morgan qui, aussitôt arrêté, a annoncé avoir effectivement géré des millions de dollars de fortunes comme évasion fiscale et lavage d’argent sale. Dès 2008, il avait déjà mentionné le nom des frères Acevedo: Robert (sénateur) et José Carlos (intendente).  L’homme en avait à dire, car avant d’être à la tête de North American Bank, il avait » aussi été employé de l’USB Bank en Suisse.  L’homme aurait eu en sa possession un portefeuille énorme de plus de 500 millions de dollars et s’échinait toujours au moment de son arrestation pour recueillir 150 millions de dollars de plus.  Il avait en fait déjà témoigné dès 2008, expliquant ses manières de faire ayant impliqué les frères Acevedo, comme le raconte ici Ultima Hora:  « Dans les années du corralito, quand Arbizú travaillait chez UBS, il offrait un « chèque d’épargne » « chaqueño) à qui voulait obtenir plus argent de l’étranger en offrant un intérêt supérieur à celui promis par la banque.  Cette différence a généré un équilibre hypothétique en faveur de ce qui, bien sûr, n’était pas réel.  Les Chaqueños ayant voulu retirer leur argent, Arbizú avait pris l’argent manquant sur le compte de certains clients paraguayens, dont celui d’Acevedo Quevedo », avait écrit Lanata le 22 juin 2008. « Pendant deux ans, Arbizu a prié pour que les Paraguayens ne demandent pas leur argent, mais c’est finalement arrivé.  Il a ensuite voyagé au Paraguay et de là il a fait un virement de 2 800 000 de dollars du compte de Garber qui, quelque temps plus tard, a remarqué qu’il y avait un manque d’argent dans son compte. Arbizú était alors considéré comme un contributeur sérieux au monde de la finance » .  Grâce au banquier argentin, on avait appris que les Acevedo qui avaient lavé leur argent sale avaient en fait failli le perdre bêtement, avec un schéma de Ponzi classique ou de cavalcade bancaire simple en ce cas.  Pris à leur propre gourmandise en quelque sorte :  « Le 1er août de cette même année, notre journal a publié que l’argent d’Acevedo avait été restitué par Arbizú dans un compte BBVA d’Asunción. Le journal « Tiempo Argentino » est allé plus loin.  Ils ont publié 117 courriels du téléphone portable Arbizú qui a montré les liens entre lui et les frères Robert et José Carlos Acevedo.  Le 18 mai 2013, Hernán Arbizú a accordé une interview à El Mensajero Diario de Argentina.  Il a développé plus sur les frères Acevedo. « J’ai eu des clients paraguayens très compliqués, j’ai dû faire un transfert de comptes, j’ai dit à la banque et la banque voulait me dénoncer pour fraude et j’ai dit à la banque » s’ils vont me dénoncer pour fraude, accusez-moi en Argentine, pas en Aux États-Unis, je vous offre, en retour, la confidentialité. «  « Ils m’ont dit non, avec l’arrogance habituelle, nous allons vous faire du tort. Alors je leur ai dit de me dénoncer, je suis allé au tribunal et j’ai dit: « J’ai fait cette fraude mais c’est le travail que j’ai fait ». Ce que je faisais était de conseiller les principaux groupes économiques et les gens du pays, d’échapper aux taxes et de blanchir de l’argent et aussi ce jour-là, j’ai fait la plainte des AFJP. En ce qui concerne la fraude, Torres s’est déclaré incompétent parce qu’il a dit que c’était la responsabilité du Paraguay – où j’ai fait le transfert – ou des États-Unis (…) Arbizú a étendu plus loin son entrevue. « En fait la banque (la JP Morgan) aurait dû dire voici les 3 millions de dollars que j’ai transférés illégalement, le voici dans le compte. Il ne l’a jamais fait alors qu’ils savent où l’argent est allé, pour le compte des Paraguayens ».  Au final, il n’héritera que de deux années de prison. Grâce à sa bonne collaboration avec la justice US.

Magouilles bancaires et destruction de documents

L’homme ira plus loin encore, et même beaucoup plus loin, en affirmant que le terrible incendie qui avait ravagé en février 2014 le dépôt et brûlé les archives bancaires de la société Iron Mountain situé à Azara en Argentine avait été… intentionnel.  En 2015, la justice argentine a déterminé qu’il y avait un plan d’incinération de l’intégralité du gisement et de promotion de la disparition des documents sensibles de 600 entreprises de premier plan.  « Parmi les documents manquants, il y avait des noms et des documents celui ministre du Développement économique, Francisco Adolfo Cabrera, ancien directeur du groupe La Nación et Banco HSBC, la banque a perdu dans le feu plus de 25 mille boîtes portant l’étiquette « lavage d’argent ».  Un grand nombre de ces documents, ainsi que d’autres preuves, font l’objet d’une enquête de la part de l’Unité d’information financière (CRF). Outre le ministre du développement,  un autre cadre supérieur lié à Iron Mountain, Carlos Pirovano, sous-secrétaire d’investissement chez HSBC, profitait alors de la direction de Mauricio Macri avec des exemptions de ficales pour 5 millions de pesos en recettes brutes ABL, en plus de gagner un million de pesos dans un autre appel d’offres de la politique directe ».  Un autre des gestionnaires est Gustavo Alvarez, directeur de Grupo Clarin, qui a travaillé chez Ernst & Young, la multinationale qui sous les swissleaks est soupçonné d’opérations d’intermédiation et d’évasion fiscale dans les paradis de blanchiment d’argent. Presunto ». Lors du terrible incendie d’Azara, 9 pompiers argentins étaient morts, le dernier ayant agonisé pendant 11 jours de ses brûlures. On découvrira aussi plus tard que la société de stockage de données responsable des 9 morts et 7 blessés graves, avait connu des antécédents d’incendie dans ses entrepôts à Londres, Ottawa, Italie et deux aux États-Unis… il est vrai aussi qu’elle était responsable par contrat de leur destruction, remarquez…

 

(1) L’ancien juge de Pedro Juan Caballero, Adalberto Fox, qui a poursuivi il y a des années Juan Viveros Cartes « alias Papocho », le pilote banco le plus connu), Adilson Rosatti et Hugo García Corredor, le numéro deux du cartel colombien, ainsi que Fahd Yamil (nommé responsable ici du meurtre du journaliste Santiago Leguizamón), demeure persuadé que ça peut changer, au Paraguay, à condition qu’il y ait une volonté politique d’en finir avec le trafic (il me semble désespérément bien trop optimiste !), ce que visiblement le président récemment élu issu du parti le plus impliqué dans ce même trafic ne fera pas.  Voici un de ces textes fondamentaux sur la question (le meilleur, de loin pour résumer ce qui se passe là-bas):

« UNE NARCOPOLITIQUE AU PARAGUAY » par Adalberto Fox

Trente (30) années, nous alertent au Paraguay où il y a une narcopolitique, des truands de drogue, de puissants généraux, des « familles de la mafia » et sur les graves dangers et les obstacles qu’il faut pour construire une véritable démocratie au Paraguay, pour l’état de droit et le développement longtemps attendu et retardé avec la justice sociale du pays.  La Narcopolitique est l’introduction, la participation et l’influence des trafiquants de drogue puissants dans la politique, les pouvoirs et les organes de l’État, le gouvernement et ses ministères et les forces armées et la police.

Pour connaître la dangerosité de la narcopolitique pour le système républicain et démocratique du Paraguay, certaines des opérations suivantes de la narcopolitique au Paraguay doivent être rappelées:
1- Le récent complot criminel et mafieux d’assassiner du journaliste Diario ABC, Pablo Medina, commises par des « autorités politiques et des agents du gouvernement » pour avoir dénoncé les opérations de trafic de drogue journaliste politiciens et fonctionnaires connus.
2- Les anciennes et actuelles opérations impunies du puissant de Cartel Pedro Juan Caballero liées aux autorités d’Asunción.
3- Les opérations connues de la célèbre piste d’atterrissage Hernandarias depuis 30 ans dans le trafic de drogue et la contrebande, avec l’autorisation et la complicité des autorités supérieures de Asunción, qui a enrichi « la famille de Rodriguez Barreto et les autres. »
4- Les nouvelles opérations régionales impunies de mafias dans les départements de Canindeyú, San Pedro, Concepcion et d’autres secteurs connexes de l’État et le gouvernement, non jugulées  et actuellement en cours.
5- La production de 16 mille hectares de marijuana annuelle (deux récoltes semestrielles de 8000 ha.), De 4000 kilos par hectare, soit 64 millions de kilos annuels (selon les sources officielles), à 20 dollars le kilo, sont 1,3 milliard de dollars annuels. Les organes de l’État ne confisquent pas plus de 4% de cette grande production de 64 millions de kilos de marijuana par an. C’est ce qu’on appelle une narco-polítique.
6- Pour le trafic de transit au Paraguay, il est de 20 mille kilos de cocaïne par mois (selon les sources officielles) soit 240 000 kilos annuels, à 10 mille dollars par moyenne de kilo, soit 2 400 millions de dollars au total. Les organes de l’État ne saisissent pas 2% de cette grande quantité de 240 000 kilos de cocaïne par an. C’est ce qu’on appelle une narco-polítique.
7- En résumé, la marijuana produit 1 300 millions de dollars et la cocaïne produit 2 400 millions de dollars, soit 3 700 millions de dollars par an pour le trafic de drogue. Cela représente en 10 ans, 37 000 millions de dollars de pouvoir pour le trafic de drogue.  Avec cette grande somme d’argent, vous pouvez acheter dix élections générales, dix gouvernements, cent ranchs de bétail, tous les bâtiments à Asunción et presque toutes les banques du Paraguay. C’est ce qu’on appelle le pouvoir de la narco-politique.
8- La conspiration criminelle et l’assassinat du journaliste impunité Santiago Leguizamón, faite par les chefs connus mafiosi d’Amambay et les narcos militaires.
9- Le complot criminel et assassiner en toute impunité le ministre et cénéral de la  SENAD, Ramon Rodriguez Rosa, agacé parce que la mafia voulait le dépouiller de ses documents révélant dans sa serviette les noms des opérateurs de drogue les plus puissants et les trafiquants du Paraguay.
10- les accusations de trafic de drogue, de la cocaïne, faites dans la décennie des années 90 à nos jours comme de « fausses livraisons Vigilas » (contrôlées) sans intervention des juges et des procureurs conformément à la loi.
11- Les 300 à 400 avions clandestins qui opèrent dans le trafic de drogue et la contrebande, à la connaissance des autorités.
12- La disposition des organes de l’Etat à ne pas posséder de radars, pour favoriser le trafic de drogue.
13- Le manque de contrôle et la facilité accordée par les organismes d’État pour le blanchiment de milliards de dollars provenant du trafic de drogue.
14 – Le manque absolu de contrôle par l’Etat des contributions de millionnaires aux partis politiques et des candidatures nationales et régionales faites avec de l’argent de la drogue et d’autres drogues illicites.
15- Pour la sociologie du crime et de la science politique, toutes ces relations d’influence et de crime s’appellent de la narco-politique.

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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