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Coke en stock (CCXXVIII) : la réorientation du trafic, le Honduras comme première destination aérienne (6)

Un Beechcraft 90 hésitant entre narcos et société de « contractors » trois options pour le « Grand Caravan », avouez que l’on a de quoi faire si l’on veut continuer l’enquête au Honduras.  Une enquête qui se heurte on l’a vu au rôle fort trouble joué par les USA sur place (DEA et CIA confondus, les deux en prime ne s’entendant pas du tout entre elles). En tout cas, une chose est sûre :  même si certains avions ont été manifestement volés, certains ont été achetés par les trafiquants, ou plus exactement par des revendeurs (brokers) peu scrupuleux, dont certains se sont fait payer par des banques complaisantes ayant accepté par exemple des dépôts successifs de 10 000 dollars pour arriver au demi-million parfois.  Et au-dessus de tout ça, il y aussi cette fameuse modification du trafic au Honduras, qui fait que les gros avions sont de retour, quand ils ne poussent pas un peu plus loin vers Belize, venus du Venezuela…

Le cas de Lindo, le rôle trouble des informateurs de la DEA

Le troisième larron apparu dans les starting blocs (cf l’article précédent) aurait pu être le bon… mais son vendeur s’intéressait plutôt aux Beech 200, lui.  Un article du Miami New Times explique en effet en détail ici le cas de « Lindo », le reliant au célèbre narcotrafiquant Daniel Barrera Barrera : « dans le cadre de cette enquête, les autorités fédérales ont déposé des documents au tribunal la semaine dernière afin de saisir formellement ce qu’ils considéraient comme l’un des avions de Barrera. Selon les documents du tribunal, le gang de Barrera utilisait apparemment encore des techniques classiques de contrebande et de blanchiment d’argent de l’époque de Scarface et des Cocaine Cowboys » (Barrera alias «  El Loco »  a été condamné le 25 juillet 2016 à 35 ans de prison aux USA).. « Le cartel déposait d’énormes sommes d’argent en espèces dans un compte séquestré. Le courtier, Hector Alfonso Schneider-Lindo, qui dirige une société appelée Eagle Support Corporation, achèterait alors des avions pour le cartel, selon la plainte fédérale (à gauche le Beechcraft 200 – BB-992, N52C- ayant appartenu à Eagle Support en 2008 et exporté et revendu au Venezuela le 5 mars 2008 pour y devenir l’YV2513. L’avion, sera cité dans l’affaire d’ Alfredo Rolando Martinez (alias Freddy Doe) Luis González, responsables de l’entreprise Taller Aeronautico Maracaibo installés à l’aéroclub de l’aéroport international de La Chinita, accusés tous deux de trafic de cocaïne) Selon les documents de saisie de la DEA, Schneider-Lindo désenregistrerait alors les avions auprès de la Federal Aviation Administration et les faisait parvenir au carte, au Venezuela. Un représentant d’Eagle Support a nié que l’entreprise envoyait sciemment des avions à des cartels de la drogue et a ajouté qu’ils organisent généralement leurs propres « vols en ferry » pour des avions destinés à être exportés hors du pays. Les documents DEA font référence à plusieurs « appareils ». Ici à droite le Beech 200, C/N: BB-769 de 1981, immatrulé N623VP, d’Eagle Support Corp. Schneider est aussi celui qui avait racheté le célèbre Beech 300 Super King Air Fa-137, ex N467JB, ex C-FTLB. qui avait atterri un soir sur une route de Belize; balisée par la circonstance et qui avait été saisi. L’affaire avait directement remonté au Venezuela où l’engin était devenu le sujet d’une vive polémique à propos de la gestion de l’affaire par Tarek El Aissami, devenu depuis vice-président.  L’avion avait été découvert bourré de coke et de bidons, d’essence. «Barrera était apparemment friand du Beechcraft King Air 200, l’un des modèles les plus populaires sur le marché. Selon l’endroit où vous regardez, les non-trafiquants peuvent mettre la main sur un King Air pour un montant allant de 1 million à 2,5 millions de dollars, mais il semble que Barrera ait payé un peu moins que cela. (Mise à jour: Eagle Support Corp dit que l’avion était un modèle utilisé dans les années 1980 et que les criminels qui auraient acheté l’avion en ont payé la valeur normale.).  En 2011, deux taupes au sein du cartel ont commencé à travailler en tant qu’informateurs confidentiels aux États-Unis (Drug Enforcement Administration). Les informateurs ont passé leur temps à transférer de l’argent à Eagle Support Corporation. Après avoir changé de camp pour travailler pour le gouvernement fédéral, les informateurs, agissant de New York, envoyaient plutôt de l’argent aux agents de la DEA à Miami, qui utiliseraient ensuite cet argent pour acheter des avions Beechcraft ». Ironie du sort, lors de son transfert, descendu d’un Beechraft 200, de la police (le PNC0236, BB-512, ex N512KA) on pourra voir le chef narco avec en fond d’image… un Cessna 208 (de la police).

 

Un peu d’oxydation… et le prix de vente augmente !!!

En réalité, le campement découvert au Honduras proposait certainement la « spécialité » hondurienne depuis 2011, découverte par InSight Crime :  le procédé consistant à trafiquer la base de coca produite en Colombie en la ré-oxydant ensuite avec du permanganate de potassium pour la rendre plus pure et augmenter au passage son prix de vente.  Le calcul des colombiens étant aussi économique : elle est au départ moins chère à produire et à transporter, et les passeurs perdent moins d’argent si leur envoi est intercepté !!!  Les colombiens ont commencé à y songer quand le gouvernement a commencé à restreindre la vente des précurseurs chimiques, tels que le permanganate de potassium. Les colombiens ont alors choisi de moins gagner d’argent pour continuer à écouler leurs stocks, les grands gagnants étant les… mexicains, derniers de la chaîne à vendre le produit final à haute valeur ajoutée par d’autres.  Le procédé a démarré en 2011 au Honduras mais, on s’en est aperçu avec éclat trois ans plus tard, via un envoi maritime qui avait échoué.  En 2014, le 29 décembre a en effet été localisé et perquisitionné un entrepôt de la société Impex S. de R. L, huit conteneurs de la même société en Colombie repérés et suivis, tous saisis dans la compagnie portuaire nationale de Puerto Cortes (Empresa Nacional Portuaria ou ENP) à Medellín. Ils partaient alors pour le Honduras.

Dans quatre des conteneurs inspectés, dissimulés dans un premier container, les policiers avaient trouvé 716 baguettes de bois dans lesquelles avait été insérée la pâte pour fabriquer de la cocaïne.  Puis 706 autres dans le deuxième, avec la même substance, et dans le troisième 703 et 700 de plus dans le quatrième, le tout dissimulant au total 399 kilos de pâte de cocaïne.  Il ne manquait que de quoi oxygéner la pâte :  le 5 février, 100 barils seront saisis contenant des précurseurs chimiques destinés à fabriquer la cocaïne.  Si les routes ont changé, la production aussi.  Ne sort plus de Colombie que de la pâte désormais et non un produit fini.  Cette façon de dissimuler la pâte de coke a aussi été utilisée par un trafiquant paraguayen (à gauche le container, à droite les baguette soigneusement évidées une fous découpés (ça sert aussi pou la marijuana).  Avouez que c’est bien tordu comme procédé.  Ici tout un répertoire… Parfois c’est moins dissimulé :  à gauche le déchargement à Tambillo, au sud de Quito (c’est en Equateur cette fois) d’un camion de 160 kilos de chlorhydrate de cocaïne début septembre 2017.  Le camion venu de la province de provincia de Sucumbíos est rempli de paquets marqués «  (1988) ».

Le coup de sang du général en retraite

Mais c’est le ballet incessant des avions chargés de coke que tout le monde retient aujourd’hui.  Depuis le début de l’année, ça a empiré.  En juillet, un général à la retraite met les pieds dans le plat, et accuse l’équipement du pays en radars de ne pas marcher correctement, à lire avec effroi la facilité à entrer dans l’espace aérien du pays.  Mais pas que cela : « le général Luis Maldonado retraité Galeas a déclaré que les défaillances technologiques et la portée des radars au Honduras «sont des raisons qui permettent à ladrogue de continuer à entrer encore dans le pays ».  Maldonado Galeas a évoqué le problème, en raison du nombre d’avions trouvés à différents endroits dans la région de La Mosquitia, dans le département de Gracias a Dios précise Hondurario.com (à droite un bimoteur type Seneca-Embraerdes narcos filmé par la DEA américaine en 2010) .’’Il a également dit que « la permanence de la fonctionnalité du (radar) et l’échange d’informations entre les organismes internationaux sont quelques-uns des aspects qui ne parviennent aussi et par conséquent cette activité sera permanente du trafic de drogue à utiliser la territoire national comme base logistique et transit de drogues ». L’ancien soldat dit:  « la fréquence des avions dans le pays a diminué, mais quand une personne du pouvoir est influencée par des menaces ou achète en essayant de transférer cet avantage à la société (en somme qu’il y a eu pot de vin au final) et parfois la relation directe entre les cartels et les groupes sociaux s’entendant créent les conditions adéquates pour que ces aéronefs atterrissent sans aucun problèmes ».  L’accusation étant double : pour lui les radars achetés chers sont inefficaces, et de toute façon les cartels savent comment les contourner en possédant des informations sur leurs fréquences ou leur portée.  En résumé, que des militaires les aident !!!  Les fameux radars ont été achetés 620 millions de lempiras (30 millions de dollars) en Israel, en 2014.  Ce sont des radars fabriqués par Elta de chez IAI. En prime les radars sont loin de couvrir tout le pays et sont déployés seulement à des « endroits stratégiques »… bien connus des trafiquants, bien entendu !  En résumé, ils sont aussi inefficaces que ceux vendus par Berlusconi au Panama… (le président panaméen avait été plus gâté, ayant reçu en pots de vin deux versements, un de 530 000 euros et le second de 140 000…. sans oublier des « filles » à la clé fournies par Walter Lavitola et Giampaolo Tarantini, via Frankie Francisco Martinelli, le cousin du président !!!). Au Honduras, dès l’installation du premier, ils avaient été aussitôt décriés (ici par la  Noticia dès le 1er avril 2014 : « selon des enquêtes menées par des agences anti-drogue honduriennes, les trafiquants de drogues mettent en place de nouveaux mécanismes pour transférer des médicaments par voie aérienne afin d’éviter la détection par le radar mobile récemment installé à La Mosquitia. Les institutions qui luttent contre le trafic de stupéfiants ont confirmé que selon certaines indications, les trafiquants de drogues avaient recours à de courts vols au départ du Nicaragua pour se rendre sur le territoire national sans que les radars les enregistrent. « Si vous volez directement d’Amérique du Sud, la trace peut être vue (avec d’autres radars) et l’entrée dans le pays est détectée, mais s’ils font des vols courts de La Mosquitia du Nicaragua à La Mosquitia au Honduras cela peut passer inaperçu, a indiqué une source  anonyme d’une entité judiciaire ».  C’est donc un sujet qui fâche naturellement les militaires honduriens :  le 19 ils répliquent en évoquant le problème du ravitaillement en essence trop facile des avions… pour ne pas parler de l’inefficacité des fameux radars !!!  Le mécontentement de l’ancien officier avait aussi pour origine (ça transparaît dans ses propos) la terrible révélation de janvier qui précédait :  le 27 la presse (via l’agence AP) avait en effet révélé que José David Aguilar Morán, nouveau chef de la police nationale du Honduras, avait collaboré avec un trafiquant (Wilter Branco) pour assurer le transport de 780 kilos de coke en 2013, valant 20 millions de dollars, qui avaient été dissimulés dans un camion citerne.  Soit presque les 2/3 du prix des radars !!!  Le 30 du même mois la police répondait en demandant d’inculper trois responsables d’AP (Christopher Sherman, Martha Mendoza (Prix Pulitzer) et Garance Burke pour dénonciation.  Aujourd’hui on en est resté à ranger les armes (mais le responsable de l’AP semble être désormais parti à… Mexico.  Ici un documentaire d’Abriendobrecha TV montre José Emilio Arrechavala Galindo (42), le « Roi de la Mosquitia » alias El Tigre, tombé en septembre 2017, le bras droit (« brazo derecho ») de Wilter Blanco. L’appellation « brazo » nous rappelant un surnom donné en Guyana à l’organisateur du trafic aérien autour de Letheem, décrit dans de nombreux témoignages de la population locale !!!  Chez Wilter, « El Tigre » était justement chargé des transports notamment par canots rapides…

Un camp de moustiques !

Le sévère bilan de l’été 2018 et de son coup de chaud de cocaïne au Honduras est fait le 10 juillet par le militaires honduriens sur la découverte du camp de base de la Mosquitia, avec une comparaison saisissante  : « la constante désactivation Clandestine zones d’atterrissage (ACA) et la découverte des avions narco sur la route des Caraïbes – La Mosquitia, ne sont que des preuves irréfutables que ces vols illégaux prolifèrent comme des « nuages ​​de moustiques », disent-ils d’abord.  A droite, des moustiquaires déployées dans le campement de la Mosquitia, en forme d’ironie envers les propos du responsable militaire, qui dénonçait au passage les principes et les manquements suivants :

  • « L’enquête sur le développement avance avec l’assurance de deux petits avions liés au trafic de drogue. Dans la région, il y avait 34 conteneurs contenant du carburant J-1 pour les avions. Il n’existe pas de protocole rigide pour obtenir du carburant d’avion au Honduras.
  • Les  groupes qui ont succédé à Wilter Blanco, Nephtali Mejia Duarte, Ramon Matta Waldurraga et Fredy Nájera seraient derrière ces narcovuelos, a révélé une source de la MP.
  • L’augmentation de la production de feuilles de coca en Amérique centrale suscite également des préoccupations, ce qui justifie de repenser la stratégie de lutte contre ce fléau ».

« La dernière preuve est la découverte de deux avions en parfait état, et trois autres étaient fragmentés et enterrés (1 (2) dans le domaine de Marias, Brus Laguna, Gracias a Dios département, la région Mosquitia du Honduras. Chacun des appareils trouvés à La Mosquitia a une valeur marchande de 400 000 dollars et peut transporter jusqu’à 900 kilos de cocaïne. En 190 jours, en 2018, au moins 35 voies de narco ont été neutralisées ».  Les militaires ont aussi eu vent des tarifs pratiqués aux pilotes narcos :  « Ils facturent entre 35 000 et 50 000 dollars pour un avion qui est se pose et ravitaille ».  Le paiement ayant parfois eu lieu en partie de livraison de coke alors « consommée en interne. ».  Le point essentiel étant l’amoncellement de bidons d’essence pour vison découverts :  « Il a souligné que le carburant de l’avion est obtenu par ces groupes criminels par le biais d’opérations de contrebande, bien qu’ils parviennent également à l’acheter dans les terminaux ».  Les militaires constatant que les « Narcoavionetas » sont connus comme étant des Cargomaster ou des avions à courte portée » désormais (2).  Des avions évoluant aussi plutôt de jour, d’après leurs découvertes : « lors des opérations de reconnaissance, aucune arme à feu, aucune centrale électrique, aucun câblage, aucun aucun outil n’ont été trouvés, à l’exception d’un chargeur de fusil FAL ».  Une arme belge d’origine, vendue au Brésil ou au Venezuela, au Mexique et en Argentine, ce qui laisserait entendre une complicité quelque part dans la police ou l’armée d’un de ces trois pays.  Une arme de ce type avait déjà été découverte en mai aux mains de « Rambo », un trafiquant local à Tigre en Argentine (ici à droite).  Mais les militaires insistent surtout sur l’usage du  carburant, car pour eux ça ne sert à rien de faire exploser les pistes les unes après les autres tant que les avions peuvent se ravitailler sur place, ce qui n’est pas faux.

En somme, que s’il y  des moustiques, c’est qu’il y a surtout disponible sur place du sang pour les nourrir !  D’où l’idée plus prosaïque en effet qui progresse de vouloir lutter contre le trafic de drogue en établissant un meilleur contrôle de la fourniture de carburant pour avion, en l’occurrence ici celui pour appareils à turbine, notamment !!!  C’est simple, mais personne n’y a pensé jusqu’ici au Honduras !  Les routes des trafiquants se maintiennent donc, et une très belle infographie signée Sodilaridad.net nous les montre (ici en meilleure définition) :

« Ces 54% de la drogue provenant d’Amérique du Sud ont été transbordés au Honduras, puis ont été acheminés sans problème aux États-Unis. 81% de la drogue qui a transité par les Caraïbes honduriennes l’a été par voie maritime. Parmi les moyens de transport les plus utilisés figurent les vedettes rapides qui, selon les rapports des États-Unis, ont dépassé 78% des livraisons ».  Des fast-boots, cette fois et non des semi-submersibles.  El Heraldo révèle aussi que sur les 148 tonnes, le trafic aérien en avait aussi apporté 25.  Et ce sont celles-là qui nous intéressent, bien sur aujourd’hui… Pour cela, nous allons donc suivre quelques fils jaunes… dont certains atterrissent aussi au Belize, pays dont dont nous serons obligés d’évoquer bientôt bien entendu (on en a déjà parlé et vous le savez bien: nous l’avons aussi évoqué à propos de El Chapo Guzman).

Par brouettes entières…

Tout cela fait énormément et furieusement penser à un excellent texte paru dans Mundo, le 23 novembre 2013, lequel résumait parfaitement la question avec une superbe photo en exergue, celle d’un gars en train de décharger sur une plage les sacs de coke d’un narco-sub sur une brouette, en passant derrière le soldat qui surveillait la prise….  « Il n’y a que deux manières de vivre ici. La pêche au homard ou le travail avec le «narco» – explique Alonso Gream – et vous y jouez, dans les deux cas.  » Le premier laisse les plongeurs handicapés après des centaines de plongées avec des réservoirs d’oxygène non contrôlés. La seconde laisse de l’argent facile et rapide pour décharger de petits avions ou conduire des vedettes rapides dans ce coin spectaculaire du Honduras qui regarde vers les Caraïbes.  Nous sommes à Puerto Lempira, capitale de la Mosquitia, également connue sous le nom de Gracias a Dios, qui équivaut à la moitié de la province de Tucumán. Cette région regroupe 87% des vols en cocaïne qui arrivent aux États-Unis et 40% du total de la drogue qui entre dans le pays. Mais pas seulement ça. Dans cette région, il y a plus de 200 pistes d’atterrissage clandestines qui font de cet endroit l’un des corridors de drogue les plus fréquentés au monde.  Les données sont fournies par le vice-ministre de la Défense du Honduras, Carlos Roberto Funes, dans son bureau austère du secrétaire à la Défense, Tegucigalpa. Funes confirme à Clarín que le cartel de Sinaloa, de Joaquín « El Chapo » Guzmán, contrôle ce transfert de drogue qui commence en Colombie et au Venezuela. « Nous avons détruit entre 80 et 100 pistes au cours des trois dernières années, mais les personnes qui vivent sur place, qui se sentent comme faisant partie de l’entreprise, vont les réparer », explique-t-il.  « En ce moment, nous avons entre 180 et 200 pistes illégales dans le pays. Ce sont des pistes d’un kilomètre de longueur, mais récemment nous en avons trouvé une de 2,5 kilomètres de long ».  Pire encore, l’article était plus que prémonitoire :  « Les cartels se préparent à apporter de plus gros avions « , prévient-il. Pour les accueillir, le « narco » déplace des machines lourdes (cf des engins de chantier, comme au Suriname !) et utilisent des batteries de voiture qui les éclairent pendant la nuit. Une fois sur terre, la drogue atteint la mer et continue son chemin dans les vedettes rapides.  Normalement l’avion ne les intéresse pas, et ils le brûlent. Les narcotraficiens reviennent rarement à moins d’avoir de gros avions », dit-il. « Ils ont tendance à utiliser des Zegnas (prononciation de Cessna là-bas), les modèles 110 et 210 … les trafiquants de drogue modifient les avions et placent des pompage des moteurs et des pompes internes qui permettent de voler pendant six heures du Venezuela ou de Colombie », at-il expliqué le sous-ministre. « » Dans un  modèle 210 on peut charger  en 500 kilos et dans d’autres jusqu’à 1 000 kilos », ajoute-t-il (…) il y a un sous-marin artisanal construit en Colombie que l’armée a sauvé afin que les cadets puissent apprendre les méthodes utilisées par les narcos. Jusqu’à cinq tels que ceux-ci ont été trouvés sur leurs côtes au cours des trois dernières années ».  Le pêcheur interviewé ajoutant que « les avions ne sont pas toujours abandonnés sur les routes ou incinérés. Le 25 octobre 2012, les autorités sont arrivées à quelques kilomètres d’ici, à Brus Laguna, où le « narco » avait préparé une sorte de cimetière pour les avions mafieux. À la place, ils y avait enterrés près de 20 appareils, entre des avions mono et bimoteurs, des hélicoptères et des avions-cargos, parmi lesquels plusieurs Antonov ». C’est la photographie quotidienne d’un lieu vert et puissant comme la Mosquitia (j’ai décrit ailleurs ce « cimetière d’avions dès mars 2011 et montré l’étonnant cliché ici à droite, les restes de l’Antonov cité étaient ceux d’un modèle 28, il y en aura un autre, ici à gauche qui viendra en 2009 débarquer 4 tonnes de coke d’un coup, et sera ensuite abandonné : c’était le YV 1769. C’était en fait l’ex YV-1147CP (vu ici Higuerote au Vénézuela ), ST-GWA, ES-NOA, UR-28759, CCCP-2875… ). Ses vestiges sont visibles ici.

Partis du Venezuela pour atterrir au Honduras

Pour le Honduras c’est en fait une constante pour les trajets aériens seuls : une carte du trafic de 2015 donnait les mêmes trajets que ceux de 2012. Tous partent de l’Apure, au Venezuela.  « Le trafic important de stupéfiants remet en cause la  « protection  » que le Honduras promeut à travers les boucliers aériens, maritimes et terrestres. L’une des principales questions pour les experts en sécurité et du trafic de drogues sont les opérations menées récemment avec les radars achetés en Israël. On en sait peu sur la fonctionnalité de cet équipement et sur les capacités dont il dispose pour identifier le passage de navires ou d’aéronefs soupçonnés de transporter de la drogue. Le président hondurien a déclaré à son retour de la préoccupation des États-Unis au sujet de la pression de l’activité de la drogue à La Mosquitia, Columbus et Honduras. Lors de sa récente visite à Washington il a rencontré le directeur par intérim de la Drug Enforcement Agency des États-Unis (DEA, en anglais), Preston Grubbs (ici à gauche la photo de la rencontre officielle), et d’autres fonctionnaires, où ils lui ont montré les résultats surprenants. « Nous avons parlé de notre préoccupation face à l’augmentation considérable de la production de coca en Amérique du Sud », a déclaré Hernandez. Il dit que en effet de cette augmentation commence à exercer une pression « à La Mosquitia, tout au long de la côte atlantique et dans le sud du Honduras, et cela doit avoir une vision régionale. » « Je m’inquiète de la pression à laquelle est soumise la population à La Mosquitia, à Colon en général et au sud du Honduras par les trafiquants de drogue », a déclaré le président. Avec sa déclaration, le président confirme que le problème du trafic de drogue revient à la recherche de nouvelles voies. Pour exercer une surveillance accrue par satellites, la DGMM travaille à l’acquisition d’un système appelé VTS (Vessel Traffic Service) ou Ship Traffic Service. Cela permettra aux navires opérant légalement de transmettre leur position par satellite, très rapidement.  Et il lance un projet qui, s’il est approuvé à un coût d’un million de dollars, devrait être prêt d’ici la fin de cette année ». Bref, les radars ne sont pas efficaces, à se demander pourquoi a-t-on choisi ces modèles inadaptés…

Drôle de bateau et drôle de mission…

La CIA que fait-elle entre temps ? On peut supposer qu’elle ne reste pas impuissante ou à se chamailler avec la DEA. Aussi songe-t-on à elle quand on apprend en juin 2014 que 6 américains sont détenus au Honduras, accusés en priorité d’avoir apporté avec eux leurs armes : (un calibre .45-Glock et un 9 mm), deux fusils à pompe de calibre 12, et un fusil Century semi-automatique qui a le tort de ressembler à une AK-47. Les armes étant enfermées dans un coffre fermé sur le petit bateau avec lequel ils sont arrivés… de Floride, de Tarpon Springs, patrie des scaphandriers « pieds lourds » pêcheurs d’éponge, en remontant jusque Ahuas, lieu, on vient de le voir, d’une intense contrebande de cocaïne, endroit équipé de plusieurs pistes clandestines à proximité. En fait, une fois arrêté les policiers honduriens leur ont réclamé 17 500 dollars pour oublier de les avoir vus. Le capitaine ayant refusé, tout le monde avait été envoyé en prison et le bateau amarré solidement à un quai.  Il faudra attendre le 3 octobre suivant pour que l’équipage soit libéré, après intervention des américains.  Le projet dont se targuait le capitaine Robert Mayne paraissait surprenant : avec son petit bateau, il voulait aller à la pêche aux troncs d’acajou (mahoganytombés au fond du fleuve, certains depuis plus de 300 ans. Il y a aussi du Pin des Caraïbes, du Santa Maria et Cedro Macho nommé aussi « Royal Mahogany ».  Cela paraît farfelu mais son projet appelé Aqua Quest Wood avait été étayé par un long dossier sur ces fameux troncs aux particularités oubliées, car cela fait des siècles que certains y résident et les arbres dont ils proviennent avaient alors des stries de croissance différentes, plus fines car poussant plus lentement. Des bois recherchés, car le Honduras est aussi un grand fournisseur de bois pour l’industrie de la guitare, ne l’oublions pas (on en fait aussi des lames de parquet). Beau projet, donc. Mais l’histoire ne dit pas combien de temps met ce bois pour sécher : pour les « grattes » on repassera !!! La firme réputée Bedell va les chercher directement en forêt, au Honduras. Le projet Aqua Quest Water était destiné au départ au Nicaragua, le voici désormais donc à se déplacer au Honduras. Ah, bon. Un projet présenté bien sûr comme humanitaire, aidant les indiens Mosquitos habitant toute la côte, ce qui est patent.  On peut y croire… ou non.  C’est selon.  La CIA nous a tellement bercés que la moindre action bizarroïde dans une région nous fait penser à une de ses infiltrations. Ce que le capitaine Mayne nie, bien entendu.  Perso, il me fait beaucoup penser à celui–là, d’humanitaire… Mais bon. Je vous laisserai vous-même conclure sur cette expédition… plutôt étrange en tout cas. Au fil du site de notre homme, on tombe aussi sur cette phrase sibylline : « Brooklyn est notre nom de code pour un navire de commerce côtier coulé au large de la côte médio-atlantique.  Selon les estimations prudentes, elle détiendrait 171 millions de dollars de pièces en espèces et en or.  Nous nous préparons à travailler sur ce projet cet été alors que les conditions météorologiques s’améliorent ».  Vous avez dit humanitaire ? En février 2014, le même Mayo avait figuré en couverture d’Opportuniste, venu évoquer les mésaventures de mercenaires en prenant comme exemple Napoléon : « Prenez par exemple le bateau de paie perdu de Napoléon. Il a quitté la France en 1802, avec 400 des meilleurs mercenaires polonais à son bord, mais il n’est jamais arrivé à Monte Cristi en République dominicaine.  Napoléon avait passé un accord avec le roi de Pologne dans lequel des soldats mercenaires avaient été envoyés pour combattre pour la France en échange de la souveraineté de la Pologne.  Les soldats étaient bien payés et étaient regardés comme des héros à la maison.  Ils avaient l’intention de réprimer la révolte de l’esclavage en Haïti, mais ni le navire ni sa masse salariale ne sont arrivés et tous les autres soldats en Haïti ont abandonné leur poste.  Haïti était une grosse vache à lait pour Napoléon.  L’achat de la Louisiane aurait pu ne pas avoir eu lieu – et nous pourrions parler français dans ce pays aujourd’hui – si ce n’était à cause de  ce naufrage et de la perte d’Haïti.  Odyssey l’avait déjà cherché en 2007, ce navire, l’appelant le « Cygne Noir »…. En 2015, le plongeur William Bartlett, travaillant pour Brent Brisben de Queens Jewels LLC. , avait remonté 350 pièces valant 4,5 millions de dollars d’un des navires ayant sombré le 31 juillet 1715. Une partie avait déjà été trouvée par Kip Wagner en 1965. Comment transformer le bois en or ?  Tout cela me fait penser au Titanic, trouvé en cherchant tout autre chose... (le Tresher) et à un autre Robert… Ballard !

Le cadeau américain : des Caravan !

On en était là avec cette importante découverte de l’été quand on découvre que les Etats-Unis avaient en effet déjà répondu à leur façon à la demande hondurienne… en mai 2016, en offrant à la Honduran Air Force (FAH) devinez quoi ? Deux fringuants  Cessna Grand Caravan, bien entendu, « pour lutter contre le trafic de drogue » !!! On y apprend à l’occasion que c’est le second appareil du genre, le premier étant arrivé le 6 août 2015 (devenu FAH-019 le second étant le N°208B5223  devenu FAH-20, ici à gauche, ex N3046B américain). Des avions dont l’usage avait été clair selon le colonel Portillo: « La FAH a effectué des missions de transport de matériel et de personnel pour soutenir les opérations de lutte contre le trafic de drogue dans la région de La Mosquitia », avec l’avion reçu en août 2015 ».  Le colonel ajoutant « Nous avons eu de bons résultats positifs dans la lutte contre le trafic de drogue et continuerons à travailler dur avec l’aide que notre pays aillé (les Etats-Unis) nous a apportée », a expliqué le colonel Portillo. « Ces avions sont d’une grande utilité pour le personnel, et c’est une grande aide pour le Honduras. La coopération entre les États-Unis et le Honduras est extrêmement importante. Étant donné que la technologie évolue très rapidement en aviation, cette relation nous permet d’être à la pointe en termes de procédures et de progrès technologiques ». «  De « bons résultats positifs » avait-il dit ? L’affaire de la découverte cet été de la base narco en pleine Mosquitia démontre tout l’inverse…

(1) les trafiquants du Honduras ont la fâcheuse habitude de détruire leurs avions… comme le font ceux au Venezuela. Les exemples abondent :

(2) il existe une version à deux moteurs (et une seule hélice) du Grand Caravan, le Soloy Pathfinder, qui refait le coup du Fairey Gannet à deux moteurs couplés Mamba. Mais là on peut parler de monstre… (ici à droite). Cela évoque aussi ce vieux projet enterré de Fedex… depuis le distributeur mondial de courrier a changé de fusil et opté en novembre 2017 pour un bimoteur classique que lui fournira Textron.  Cent exemplaires ont été commandés. Le prochain avion des trafiquants ???  Pas sûr, il ne sera pas STOL : son concurrent indonésien paraît mieux placé !

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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