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Coke en Stock (CCXLVIII) : le chaînon manquant du trafic ou un autre Viktor Bout (i)

L’avion dont je vous parlais dans l’épisode précédent n’était pas le seul sur place à faire partie de ce qui était bien un réseau de trafiquants possédant deux bases séparées, l’une à Bamako-Sénou au Mali, et l’autre à Dakar-Yoof. D’autres appareils servaient de relais, notamment entre la Guinée-Bissau, le Mali et …. le Portugal, où un petit bimoteur avait été vu à plusieurs reprises… et là où il a fini ses jours, d’ailleurs. Tout le réseau partait du narco-état qu’était (et qu’est toujours) la Guinée-Bissau, approvisionné à profusion par les trafiquants colombiens qui ont eu un jour l’idée d’outrepasser la côte Ouest africaine pour débarquer plus à l’intérieur des terres africaines et se poser en plein désert malien, en venant directement du Brésil, avec à bord de bien plus grandes quantités de cocaïne que les petits avions des «  nouveaux Mermoz de la coke » qui avaient précédé.  Le réseau malien et dakarois leur servent alors de soutien logistique, avec à la tête de l’organisation un français (1)… ou plutôt deux : un spécialiste de l’aviation, et un du trafic aux sol (2), plus traditionnel, les deux bénéficiant à l’évidence d’aides en (très) haut lieu pour échapper aux radars de la police. Le premier se faisant sonder par un ancien policer espagnol (3) devenu ripou, le même qui se fera assassin.

Un avion récupéré (ou exfiltré), un autre retrouvé abandonné

On avait laissé échapper là, avec cet appareil, l’une des preuves flagrantes d’un gros trafic, en réalité (les militaires français présents n’y auraient donc rien vu à redire ?). Le Cessna avait été poussé, comme on l’a vu, entre les containers arrivés avec Serval, une opération militaire menée au Mali par l’armée française. Lancée en janvier 2013 et menée dans le cadre de l’intervention militaire française au Mali, c’était l’Opération Serval, qui s’était achevée en juillet 2014 mais aussitôt suivie par la seconde, opération Barkhane, à partir du . L’avion, par ces formidables capacités d’emport (1,3 tonne), était un appareil fort prisé des trafiquants, comme je vous l’ai déjà dit ici à moult reprises… Il n’est pas le seul à avoir échappé à la vigilance de ceux qui logiquement devraient lutter contre les trafics.

On a en effet retrouvé ailleurs un autre avion, à Evora, au Portugal cette fois (ici à gauche), et laissé lui à l’abandon depuis…  Celui-là, on l’a laissé pourrir dans l’herbe, sa porte d’accès passager colmatée à l’adhésif et on l’a laissé se déliter au soleil, sa peau se desquamant lentement au soleil (cf la photo ci-dessous). On a aussi pensé à effacer son immatriculation, comme on peut le voir.  C’est visiblement un Cessna de type 402 C, reconnaissable à ses bandes de couleur noires et rouges, qui avait été immatriculé auparavant J5-GTA et appartenait à Africa Air Assistance, comme le précédent ci-dessus en bien meilleur état photographié, quel hasard, tiens encore, à Lanzarote le 20 mars 2008)  !!! Lui aussi, je l’avais repéré dès 2011 (ça fait plus de 9 ans que ça dure cette histoire, et ça fera même bientôt 10 ans le 5 novembre 2019…!!!)  Selon ce site, le Cessna a été abandonné depuis mars 2008 au même endroit !!!  Mais pourquoi donc avoir effacé son immatriculation bien de années après ???? Elle gênait qui ??? Evora, un petit aérodrome où l’on voit aujourd’hui évoluer un autre Cessna 208 bien reconnaissable !! Celui des amis parachutistes de l’infortuné pilote Ibbotson, celui mort dans l’accident qui a tué l’espoir du football argentin Emiliano Sala !!! L’avion abandonné, le Cessna 402 C Utililiner N°402C0805, avait été répertorié comme appartenant depuis le 21 avril 2007 à Africa Air Assistance, au nom cette fois d’Antonio Egidio Augusto, une inscription réitérée le 1er mars 2013 par l’organisme de tutelle du pays…  un avion au départ fourni à Ibero Africa Lda, dont l’adresse était bien en Guinée-Bissau !

Un avion qui avait été aperçu également et régulièrement sur le petit aéroport « international » Osvaldo Vieira, à Bissau, déchargeant, régulièrement encore, des « sacs de ciment ». Dans un journal belge, on avait trouvé ce qu’étaient ces sacs et ce que faisait son pilote « à l’accent espagnol »: « le Monsieur débarque toujours à Bissau, mais aujourd’hui son arrivée est précédée par celle d’une unité militaire qui s’occupe de l’affaire et assure le transfert, manu militari, du « ciment » vers les véhicules militaires. Le Monsieur vient une fois par semaine dans un bimoteur chargé de sacs de »ciment ». L’opération militaire est régulièrement dirigée par un major récemment promu, homme de confiance d’Antonio Indjai, le nouveau chef de l’armée bissau-guinéenne. Cet officier a été arrêté, en 2009, dans la région de Jugudul, entre Bissau et Mansoa, accusé de transporter de la drogue. Il n’a jamais été mis en prison ni jugé et garde toute la confiance du chef de l’armée ». Le Cessna « portugais »  aurait été abandonné sur place dès mars 2008 (4), très certainement en raison d’un panne non réparable et non d’une saisie, quoique l’on ait indiqué que l’Etat Malien, alors sous pression internationale, avait retenu l’avion pour une raison de papiers présentés comme étant non conformes. Antonio Indjai (ici à droite) , lui, est tombé en 2014 :« Putschiste récidiviste recherché par la justice américaine pour complicité de narcotrafic, le chef d’état-major de l’armée bissau-guinéenne était devenu trop encombrant. Dans les lieux publics de Bissau, on prononçait son nom à voix basse, surtout lorsqu’il s’agissait d’évoquer les nombreux trafics qu’on le soupçonnait de coordonner. De la coupe sauvage de bois au business de la cocaïne, on prêtait au général António Indjai, chef d’état-major de l’armée (ici à droite), un rôle de parrain tropical percevant sa dîme sur chaque cargaison. « L’armée fonctionne de manière collégiale, mais Indjai passait pour le principal organisateur de tous ces trafics », analyse un bon connaisseur du pays« . écrivait Jeune Afrique qui rappelle qu’Indjai avait participé à un premier renversement de l’Etat le 1er en s’en prenant au premier ministre Carlos Gomes et, en avril 2012, où il avait empêché le processus électoral de se tenir. En avril, Indjai s’était rendu en Mauritanie, pour y rencontrer le président mauritanien (photo ici à gauche), Mohamed Ould Abdel Aziz, et lui demander des libérations parmi les 41 personnes arrêtées pour trafic de drogue. Auparavant, le neveu de l’homme d’affaires espagnol d’origine sahraouie, Hamadi Ould Bouchraia (Hamadi Busarai Emhamed dans ses documents espagnols), consul honoraire de la Mauritanie en Guinée Bissau (où il a aussi été consul honoraire d’Espagne) avait été libéré de la même façon. Le magazine Katassyaa ajoutant que « ces détenus ont été, par la suite, relaxés ou ont bénéficié d’une remise de peine comme le français Eric Walter Amigan (Amegan) dont la peine a été réduite de 15 à 10 ans avec un transfèrement vers son pays. Le dernier du groupe, Seydou Kane, a été libéré il y a quelques mois, selon l’hebdomadaire ». Amegan, on le sait, échappera juste après à son expédition en France… , Hamadi Ould Bouchraia lui sera inculpé par les USA pour trafic. Pour N-Indjai, tout s’est en fait joué le 3 avril 2013, jour où  « la Drug Enforcement Agency américaine procède à un coup de filet au large des côtes bissau-guinéennes et arrête le contre-amiral Bubo Na Tchuto, ex-chef d’état-major de la marine. Indjai parvient, lui, à éviter le piège. Depuis, il est recherché par la justice new-yorkaise et placé sous mandat d’arrêt international pour avoir accepté de prendre part à une transaction virtuelle destinée à acheminer de la cocaïne aux États-Unis ».

Piégé par la DEA

Le chef d’état major avait été piégé par des agents déguisés  de la DEA, une pratique courante chez eux, venus le rencontrer sur son yacht (il est ici à gauche lors de son arrestation) ! Le 15 septembre 2014, il finit par être démis de ses fonctions par le chef d’Etat José Mário Vaz, qui l’avait pourtant libéré le 20 mai, après avoir été accusé d’avoir participé à la tentative d’assassinat du chef d’état-major, le général Biaguê Nantam !!!  Il faudra attendre le 6 octobre 2016 pour voir Bubo Na Tchuto, l’ex-chef d’état-major de la marine bissau-guinéenne être (enfin) condamné à quatre années de prison pour trafic de drogue.  Il a été libéré « plus tôt que prévu », dès le 22 octobre 2016. Le 27 juin 2018, Indjai, lui, figurait toujours sur la liste des personnes recherchées par le Conseil des Nations Unies…  Un texte raconte ici que Bubo Na Tchuto s’était fait piéger par un agent de la DEA sous la direction de Derek Maltz lui ayant offert une montre dotée secrètement d’un GPS permettant de le suivre à la trace.  A droite ici c’est toujours lui, le général Antonio Indjai, posant ici en civil dans sa ferme de Mansoa en Guinée-Bissau, le 8 mai 2015. A la même date, on écrivait que « dans les lieux publics de Bissau, on continue toutefois de prononcer son nom à voix basse, ce qui en dit long sur sa capacité de nuisance. Même écarté, officiellement, de la tête de l’armée, il garderait sans inquiétude la haute main sur la coupe sauvage de bois ou le business de la cocaïne, sur lequel il prélèverait son pourcentage. António Indjai passe toujours pour le « parrain tropical » de tous les trafics. » En Guinée-Bissau, malgré l’élection de José Mário Vaz en 2014 contre son concurrent soutenu par Indjai, les problèmes ne sont pas résolus :  en 2017 , Vaz accusait son propre premier ministre d’avoir détourné 100 millions d’aides (35 milliards de francs CFA du Fonds monétaire international)… En 2019, rien ou presque n’avait encore changé dans le pays, selon Emilio Kafft Kosta, le modérateur d’une conférence sur la Guinea-Bissau qui s’est tenue à Lisbonne  le 17 janvier dernier… Aux dernières législatives de mars 2019, c’est l’ex premier ministre Domingos Simões Pereira, patron du puissant Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), qui l’a emporté… avec en toile de fond un Indjai toujours à l’affût et toujours en train de trafiquer… ou de fomenter le prochain putsch (machette à la main ?).

Les copains ailés du Cessna abandonné

Ce n’est pas le seul appareil au parcours étonnant appartenant à Air Assistance Africa. Un Beechcraft 200 faisait partie de son registre, immatriculé J5-GTQ, c’est l’ex D-IBHK qui sillonnait l’Europe (vu ici en 2001 à Toulouse-Blagnac), devenu espagnol en 2004 (et EC-IUV).  Le J5-GTQ a été acheté à Wondair, Wondair On DemandAviation), une société espagnole filiale du groupe Grefusa, installée à Valence, dirigée par Javier Diez, nommé en 2006 vice-président de la « Asociación Europea de Aerotaxis ».  AAA faisait voler aussi un Beechraft 90 J5-GTF, le LJ-456, enregistré en novembre 2008 qui avait comme propriétaire la société française Aerostock SA, installée au Bourget comme vendeuse de pièces détachées d’avions et qui y possède un FBO (un terminal privé), ainsi qu’un autre Beech 90 (J5-GTB), le LW-326, enregistré en juillet 2007 en Guinée-Bissau.. (ici à gauche dans le site resté embryonnaire de AAA). Les deux Beechcraft, appartenaient en effet clairement à deux entreprises françaises, l’un, le modèle 90 J5 – GTB (LW – 326), à Claude Alezra, le PDG de Jet-Azur, et l’autre, le J5 – GFT (LJ – 456), à Aerostock, société de pièces détachées venue s’installer à Cannes-Mandelieu (comme Jet-Azur d’ailleurs), une société dirigée par Eric Boulanger (c’est le fils du fondateur, un ancien de Transai). Il avait fallu plus de trois ans pour obtenir la liste et la confirmation des autorités de Guinée Bissau (ici, en date du 5 mars 2013) :

A noter que dans la liste figure aussi  un Antonov 2, celui d’Astravia Bissau, immatriculé J5-GAC (ici à droite) dont c’est le seul avion.  L’avion effectuait le trajet vers les Bijagos pour les touristes.  Il a été observé que les trafiquants utilisaient un Antonov de ce type dans le secteur.  Les autorités de Guinée-Bissau interdisaient aux touristes de le photographier !!!

Au début, personne n’avait fait le lien, et on peut s’en étonner avec le recul. Et pourtant : c’est dans les environs de Cannes également que l’on arrêtera Francis Castola, considéré comme proche du grand banditisme corse, organisateur d’un gigantesque trafic de drogue par hélicoptère entre le Maroc et la Côte d’Azur et le Var via l’Espagne en 2009 et 2010, avec l’aide de truands tels Thierry Derlan, celui de la spectaculaire évasion en juin 1999 en hélicoptère des Baumettes, et d’Eric Bertnuy surnommé « la Tortue », ce dernier sera assassiné par balles à Marbella en 2009, le second à Nice en 2010. Derlan étant un braqueur proche du gang de la «brise de mer», sorti de prison mais dont tout laissait à penser qu’il s’était mis dans les stups, opérant à partir de Marbella en Espagne » (on y revient encore une fois) et Castola ayant vu son père et son frère descendus dans les mêmes circonstances à Alata (Corse-du-Sud).  Non, ce n’était visiblement pas un enfant de cœur !!!  S’ajoute à la liste, le niçois Philippe Sormani, le pilote de l’hélicoptère. Les hélicos utilisés étaient cette fois-là ceux de Corseus, dont un également piloté par José Barbera, ancien pilote de rallye (un nordiste !), plutôt talentueux, reconverti en pilote d’hélico, et travaillant pour Heli Industrie située à Paris, tous sous la houlette d’un autonomiste, Gilbert Casanova, devenu en 1994 président de la chambre de commerce et d’industrie de Corse-du-Sud.  L’hélico, qui apparaîtra dans un reportage saisissant de 7 sur 7 à TF1, était le le F-GKMR. , jaune à l’origine, retrouvé intégralement repeint en noir en Espagne… Casanova a été condamné à 8 ans de prison le 9 décembre 2010 à Marseille (et Castola à 6 ans).  La presse avait parlé alors de la « Marbella-Cannes Connection » au sujet de l’affaire ! Parmi les personnes arrêtées des récidivistes, dont l’un d’entre eux n’avait pas beaucoup attiré la presse :  c’est Krishna Léger, dit «Le Grand », pourtant déjà condamné en Espagne à 14 ans de prison pour l’importation à bord d’un catamaran de 1,1 tonne de cocaïne en 2003.  A l’époque, c’était aussi un record.  Or celui-là aurait eu à en dire, avec cette première affaire, en tant que véritable pionnier des importations en masse de coke colombienne… par bateaux ! On a tort, souvent, de ne pas s’intéresser à ceux que l’on appelle les seconds couteaux… la preuve avec « Le Grand » Krishna…

Le précédent de 2003 : Krista avait déjà sévit, et dans les grandes largeurs !

Car Krishna Léger est très intéressant et important historiquement, en effet, comme le dit l’attendu du procès de 2004, visible ici, qui avait montré l’organisation scrupuleuse d’un énorme trafic maritime, avec à la base de gros investissements dans des voiliers neufs construits et achetés en France, tout un système montré en détail dans l’indispensable ouvrage « La guerre perdue contre la drogue » de Jean-François Boyer, dont voici un extrait : « la police française établira que, de 1993 à 1995, Jaramillo servira d’intermédiaire pour acheter aux Français deux Marquise 56, un Tobago 35, un Privilège 43, un Privilège 46 et un Privilège 65. Le plus petit, le Tobago (environ 11,5 mètres de long), pour 1,2 million de francs. Le plus grand, le Privilège 65 (environ 21,5 mètres de long) pour 9 millions de francs. En fait, la police panaméenne et la DEA recenseront au moins neuf catamarans semblant provenir des mêmes chantiers. Comme chaque fois que les narcos font leurs emplettes en Europe ou aux Etats-Unis, les contrats d’achat sont établis de manière à brouiller les pistes. Dans certains cas – un Privilège 48, par exemple, baptisé par la suite Sagitario -, apparaît comme acheteur- propriétaire un dénommé Jorge Cortés.  C’est l’une des fausses identités de Castrillon Henao. A ce nom, il possède un passeport colombien et a ouvert huit comptes à la Loran Investment de Panama. Castrillon Henao visitera la France sous six identités différentes. Il n’y laissera pas beaucoup de traces. Jaramillo paie absolument tous ses frais. Dans d’autres cas, l’acquéreur est Manuel Avilés, l’un de ses complices. Avec une société américaine, Jaxpo Inc., il achète un Privilège à Jeantot Marine. Manuel Antonio Avilés Durân, de nationalité hondurienne, est l’un des principaux prête-noms de l’organisation. Il apparaît au registre des sociétés panaméennes comme directeur de plusieurs entreprises de pêche, propriétaires d’une partie de la flotte de Castrillôn Henao : Vizcaino Fishing SA, Kino Fishing SA, El Ciprés Fishing SA.L’OCRGDF et l’OCRTIS français ne recueilleront pas la moindre preuve de complicité de Pajot-Fountaine et Jeantot. Pour ne pas éveiller de soupçons, les voiliers sont convoyés jusqu’à Panama par des skippers européens. Ils sont ancrés aux Yacht Clubs de Cristobal (à l’entrée du canal sur l’Atlantique) et de Balboa (sur le Pacifique), dans le port de pêche de Bracamontes et en baie de Contadora, l’une des îles de l’archipel des Perles, célèbre pour avoir accueilli le Shah d’Iran en exil et très apprécié pour ses plages de sable blanc (il nous donne là un renseignement précieux comme on va le voir un peu plus loin). Ils ont été baptisés Michelangelo, Maria del Mar, Sagitario, McMax, Orient Express, Cisa, Champagne, Moana – ou Alanwana, les policiers panaméens ne sont pas sûrs de l’orthographe -, ou Survivor… » Master Marine, une entreprise maritime de maintenance appartenant au principal associé de Castrillön, les prend en charge, les carène, les équipe en fonction des voyages à réaliser et, bien entendu, aménage dans leurs coques les compartiments secrets où sera entreposée la drogue (2 tonnes en moyenne par voyage). Master Marine continue à se fournir en pièces d’accastillage auprès des sociétés françaises ; elle importe par exemple un nouveau mât pour le Marfa del Mar, un Marquise 56 de Pajot-Fountaine. » Castrillon, du Cartel de Cali, sera arrêté dès 1996 au Panama, ainsi que celui qui avait organisé la flotte de voiliers côté US, Manual Rodríguez-López, un mexicain résidant à Harlington au Texas, lié au frères Arrellano-Félix, et qu’il déguisait en bateaux de pêche au thon. L’un de ces bateaux appartenait à l’américain James Gordon Williams, de Jacksonville en Floride, importateur de poisson sous le nom de Carribean Fisheries. Trois des bateaux de Manual Rodríguez-LópezPhaedrus, le Dolphin, et le Swiftsure avaient servi à transporter de la drogue (on retrouvera des traces dedans). Mais aussi le Kino, le Sauzal, McMax (le même en effet), le Vizcaíno,le Juliana Maria, ainsi qu’un avion Cessna et un hélicoptère Bell pour compléter le tableau !
L’avion avait été acheté 610 000 dollars en 1996.  Bref, l’organisation était déjà gigantesque s’étendant sur plusieurs pays, avec de très gros moyens logistiques !!!

Découverte importante : celle d’une station radio dédiée au trafic

Ces gros moyens en infrastructure de réseau, on va en découvrir plus avant l’étendue. En 2005, l’associé de Castrillon Henao, Carlos Arango Duque, un colombien devenu directeur des hôtels  Contadora et Punta Galeon, fort prisé de l’élite panaméenne (dont Roberto Javier Pascual et Jurgen Mossack of Mossack & Fonseca) mais aussi de Panama Aircraft Rental & Sales, se tue au Panama dans un crash resté inexpliqué d’avion survenu à Peña Blanca, dans le secteur de La Laguna, à San Carlos…

Celui d’un Piper Seneca immatriculé YV1547, retrouvé complètement broyé (cf ici à droite).  Lors du crash des témoins avaient déclaré avoir entendu « deux fortes explosions ». Les deux pilotes, les capitaines Aquiles Ortega et Octavio Arrivillaga, étaient  aguerris, affichant chacun plus de 6 000 heures de vol. L’avion était bien entretenu, ayant « été soumis à une inspection de 100 heures le 9 novembre précédent et avait satisfait à toutes les exigences du programme de supervision de la sécurité de l’AAC pour pouvoir voler » selon la presse.  Ironie tragique, les passagers étaient en route pour assister aux funérailles du fils d’un des pilotes de la société Panama Aircraft Rental & Sales Inc !

Le problème étant pourquoi donc aurait-on attenté à la vie du tenancier d’hôtels panaméens. Duque, à ce moment-là, faisait l’objet d’une enquête serrée de la DEA… autour de ses activités dans son ranch de l’Isla Chapera, situé justement en baie de Contadora, l’une des îles de l’archipel des Perles déjà citée, et aujourd’hui abandonné, avec pas loin de là l’épave d’un étonnant catamaran hydroglisseur d’origine soviétique (ci-dessus). On peut voir ici les étonnantes photos de tout le complexe géant complètement abandonné… ainsi que celles d’un hydroglisseur. Un engin (ici à droite) qui amenait des touristes, à l’évidence, au temps de sa splendeur, mais un endroit qui n’était pas seulement qu’un lieu de villégiature, il semble bien. L’énorme ranch aurait en effet aussi abrité, outre un relais pour la cocaïne, un « death squad »  un de ces terribles escadrons de la mort colombien… dirigé par un politicien bien connu.  Selon le NYT, les témoignages avaient été édifiants sur ce qui s’y était passé sur place  : « un témoin a déclaré aux procureurs que des cadavres flottaient dans une rivière du ranch. Un autre, un ouvrier de ranch, a décrit un chef d’escadron de la mort errant librement à cheval dans la propriété. Une troisième, une femme de ménage, a raconté aux enquêteurs la mort de ses deux jeunes neveux. Juste après minuit, a-t-elle dit, ils ont été enlevés par des hommes armés, ligotés et exécutés. «Qui a donné des ordres?» A demandé à un procureur. «C’était Santiago», a répondu le responsable du ranch. Ces récits auraient peut-être été perdus parmi les innombrables épisodes de cruauté de la longue guerre civile qui a éclaté en Colombie s’il n’y avait pas une chose en tête: «Santiago», le propriétaire du ranch, était Santiago Uribe » (nota : le père d’Alvaro, le responsable du sinistre groupe de la mort des « 12 Apôtres » !!!)... Un cas dénoncé par Carlos Enrique Areiza Arangoassassiné fort récemment le 14 avril 2018 par des « sicaires » roulant en moto, celui qui avait témoigné contre Alvaro Uribe, opposé au sénateur Polo Iván Cepeda qui dénonçait lui aussi un lien patent entre Álvaro Uribe et les paramilitaires. !!! Arango étant lui-même un ancien membre des escadrons de la mort paramilitaire et l’un des témoins essentiels de l’affaire ! L’enquête s’était aussitôt arrêtée, hélas ! La DEA se confrontant alors à la CIA, ce n’était pas une première en fait, dès que l’on aboutit à des chefs d’Etat…. on verra ici dans quelque temps un autre cas du même acabit (notre enquête « Coke en stock » s’en approche en effet à nouveau… au Paraguay !).  Aurait-on fait disparaître le propriétaire des deux hôtels pour dissimuler ces agissements ?  Ou pour dissimuler ce qu’on allait découvrir un peu plus tard, qui était tout aussi inquiétant… et stupéfiant !

Une île isolée truffée d’antennes !!!
Sur l’île on ne se contentait pas de trafiquer classiquement. Elle appartenait en fait au trafiquant Jose Nelson Urrego Cardenas, et les enquêteurs venus y jeter un œil en 2008 avaient découvert avec surprise qu’il y avait installé un étonnant service de communications aériennes en relation directe avec le célèbre avion Gulfstream N987SA crashé dans le Yucatan en 2007 avec plus de 4 tonnes de coke à bord !!!  L’avion de  Donna Blue Aircraft, appartenant à un homme bien connu ici : Joao Malago ! « Le centre de commande du réseau d’Urrego était caché dans un entrepôt de Bogota équipé d’une antenne de transmission allemande Rhode & Schwarz rétractable d’une hauteur d’environ 20 mètres et de 15 à 20 ordinateurs en réseau avec des serveurs et un petit ordinateur central. Le même type d’installation ultramoderne existait dans les centres de communication du ranch d’Urrego à Medellín, dans l’île de villégiature qu’il possédait et dans une cachette de Cali. Les factures et les lettres saisies montrent qu’Urrego ou ses collaborateurs avaient récemment acheté du matériel Motorola (MOT) pour une valeur d’environ 100 000 dollars: 12 stations de base, 16 stations mobiles installées dans des camions et des voitures, 50 radios téléphoniques et huit répéteurs, qui renforcent les signaux radio distances. La gamme du réseau d’Urrego s’étend sur les Caraïbes et la moitié supérieure de l’Amérique du Sud ».  A gauche la fameuse villa surmontée de trois mâts avec des antennes comme celle montrée en haut à droite, au catalogue de Rhode & Schwarz . « Lui et ses agents l’utilisaient pour envoyer des SMS à des ordinateurs portables dans des dizaines d’avions et de bateaux afin d’informer leurs pilotes quand il était prudent de partir et de recevoir une confirmation du moment où les chargements étaient largués et récupérés. Selon un responsable du renseignement qui a analysé le réseau d’Urrego, celui-ci transmettait 1 000 messages par jour – et aucun d’eux n’a été intercepté, même par des avions-espions américains. » Avouez que l’on était ici dans un tout autre domaine de sophistication question trafic avec Urrego (ici à droite) ! Une infrastructure inédite couvrant plusieurs pays !

Retour en France, à Cannes et à la cabane du pêcheur

De l’hyper-villa, on passe à un simple cabanon, en revenant en France, ou plus exactement près d’un site d’une pêcherie à Nouadhibou resté célèbre pour un atterrissage singulier à la mi-2007 (ici à gauche). Non, ce n’est pas un titre emprunté à une chanson de Francis Cabrel. Revenons d’abord en France, et à Cannes plutôt, encore une fois, avec d’autres cas d’hélicoptères. Le même Claude Alezra, déjà cité ici, semble avoir dans cette autre affaire revêtu un bel habit de passe-murailles, car il sera aussi cité dans une énième histoire d’hélicoptère lui appartenant… en relation directe avec l’avion plein de coke de Nouadhibou, dont le chargement était surveillé par le français Eric Mika Walter (Walter, de son vrai nom « Eric Walter Amegan, cité plus haut dans l’article ), et dont une camionnette avait été interceptée avec 762 kilos de cocaïne (14 millions d’euros) à Nouakchott (Mauritanie). Un lien avait été décelé en effet entre cette livraison et deux pilotes d’hélicoptères, Jean-Pierre Vivenot (ici à gauche) et son ami et copilote Eddy Pagés, anciens pilotes de la gendarmerie, qui avaient été incarcérés après avoir été cités comme les relais de la livraison de coke qui leur aurait été ramenée une fois débarquée de l’avion incriminé. Des pilotes d’un hélicoptère appartenant à Claude Alezra, encore lui, qui, dans la presse, s’était vite drapé dans l’habit du « chargé de mission au ministère de la santé du Sénégal » pour annihiler toute enquête ultérieure. L’hélicoptère aurait été un Bell 206 parti pour « une opération humanitaire depuis mars 2007, accompagné du docteur Corea du Ministère de la Santé Sénégalaise » selon la femme du pilote. Un pilote qui avait avoué pourtant avoir reçu sur place, dans un « cabanon de pêcheur », et à plusieurs reprises, « en toute amitié » le fils de l’ancien président, Mohamed Ould Haidalla, ici à gauche (fils de Mohamed Khouna Ould Haidalla), cité plus tard comme cerveau du trafic de coke traversant le désert, arrêté lui plus tard au Maroc !!! Le lieu même où devait se poser l’hélicoptère, sur le site de « Salene Fishing Limited » (inscrit à Chypre !), ayant été cité en mars 2009 par Wikileaks comme un investissement bidon ayant englouti des millions de dollars détournés (le trafiquant Walter ayant lui aussi utilisé le même procédé) !!! Un reportage TV, à propos de la traque de Walter par des policiers français, avait laissé un bien étrange malaise, certains d’entre eux laissant entendre qu’il avait en effet été prévenu de sa capture, car il leur avait étrangement échappé alors qu’ils s’apprêtaient à l’attraper. Par qui donc, voilà bien la question… Autre chose oubliée dans ce dossier, une enquête menée en parallèle aussi en … Belgique, pour retomber sur le port d’Anvers  (7)  : « la justice belge a lancé un mandat d’arrêt international à l’encontre de Sidi Mohamed Ould Haidalla interpellé en juillet dernier au Maroc dans le cadre du démantèlement d’un trafic de drogue passant par la Belgique, a rapporté mardi 14 août, le journal belge «Het Laatste Nieuws». Un juge d’instruction de Malines, dans le nord de la Belgique, a lancé ce mandat d’arrêt à l’encontre de Sidi Mohamed Ould Haidalla, précise le journal néerlandophone sur son site internet. Le mandat d’arrêt s’inscrit dans le cadre d’une enquête sur un trafic de cocaïne « à grande échelle » ayant comme point de passage, entre autres, le port d’Anvers (nord), ajoute-t-il. Dans cette affaire, cinq personnes, dont deux belges soupçonnés d’avoir joué un rôle important dans ce trafic, ont déjà été arrêtées, indique le quotidien belge , qui ne précise pas où se sont déroulées ces arrestations. Sidi Mohamed Ould Haidalla a pour sa part été interpellé en juillet au Maroc, mais ce pays ne souhaite pas l’extrader vers la Belgique avant de l’avoir lui-même jugé, précise le journal. La Mauritanie a également demandé l’extradition de l’homme, selon le journal ». En 2018, on a coffré 50,1 tonnes de cocaïne dans l’année... » Les 50,1 tonnes de cocaïne saisies représentent une hausse de 22% par rapport à 2017 (41,2 t) et « une valeur marchande d’environ 2,5 milliards d’euros », indique encore le communiqué ». Anvers, dont le maire est Bart De Wever, le président du parti nationaliste flamand N-VA (4)…

Des français bien (trop ?) présents sur place

Et on revient à Malaga, où tout avait démarré en fait : en 2007 est créé là-bas Africa Air Assistance, une subdivision de West African Aviation, une société installée à Malaga en Espagne, qui se présente comme sachant réparer plusieurs types d’avions et de moteurs, via un site plutôt indigent, est créée et elle prend sous sa coupe (sans en être propriétaire), en Guinée Bissau, plusieurs appareils (alors que les ateliers de réparations d’AA se situent à Bamako, au Mali, et à Dakar, au Sénégal (7) : un hélicoptère Ecureuil A350 B2 de 1992, N° 2616, immatriculé J5 – GHA, appartenant à un sénégalais, Bou El Moctar Doukouré, qui n’est autre qu’un ancien commandant de bord d’Air Afrique, fort actif sur le net.  C’est un hélicoptère venu du grand nord (de chez HelikopterService AB à Helsingborg en Suède, alias Nordic Rotors où il était LN-OPI en 2001 et aussi YR-COS ainsi que OY-HEL auparavant). Chez Vernet-AAA, le voilà devenu J5-GHA (c’est bien le même qui figure dans le premier site de AAA, bien famélique, ici à gauche dans le hangar de Dakar-Yoff). Africa Air Assistance se distingue aussi par son  vieux Fokker F-27 de 1960 (10156 ), immatriculé J5-GIA, arrivé dès 2006 à Dakar, attribué à un obscur canadien (Serge Ouimet, un artiste, qui sent fort le prête-nom).  Celui-là présente un lien direct avec le trafic de drogue :  en 2008, en effet, un Gulfstream immatriculé N351SE (voir nos épisodes précédents), en provenance d’Amérique Latine, atterrit en fin de journée à l’Aéroport Vieira de Bissau avec, pensent alors les enquêteurs chargés du dossier, pas moins de 500 kilos de cocaïne. La marchandise est transvasée dans un pick-up pour une destination inconnue. Et l’avion redécolle. Mais peu de temps après, il déclare un incident technique et revient se poser en catastrophe.  Quarante huit heures après, venant de Dakar, un Fokker 27 se porte au secours du Gulfstream en difficulté. Les services de renseignements bissau-guinéens arraisonnent les deux jets.  Mais, au nez et à la barbe de la CIA et de la DEA dont les agents n’ont pas tardé à se rendre sur le lieu, le Fokker 27 est tout de suite « libéré » («il n’y a rien à lui reprocher ») pendant que l’équipage vénézuélien de l’autre jet est jeté en prison (pour bien vite s’en échapper !). Relatant l’affaire, Jeune Afrique précise que le Fokker 27 ex J5-GBU d’Air Bissau est un vieil avion ayant commencé sa carrière en 1960 dans les forces armées hollandaises (C-6) et est affrété par « Africa Air Assistance »… Et c’est effectivement le J5-GIA de AAA (ici à gauche) qui est venu au secours du Gulfstream porteur de coke resté en rade !! Mieux encore, lorsque l’on va remonter la filière du fameux Boeing du désert, pour s’apercevoir qu’il s’agissait du  J5 – GCU (21619) (5), on constate qu’il n’est autre que le Boeing EC-JHC,ayant appartenu à Swiftair Espagne, devenu ensuite HZ-SNE chez SNAS Aviation, avant de finir chez la société d’Eric Vernet. Une photo sous les couleurs de l’EC-JHC donne la certitude que c’est bien le Boeing que l’on retrouvera en 2009 incendié en plein désert. Dès 2009, la Civil Aviation Agency de Guinea-Bissau avait informé le Mali que le dernier appareil effectuait des rotations entre la Colombie et le Mali alors que son certificat de vol était dépassé et qu’il serait souhaitable de le voir maintenir au sol, par sécurité, ce que révèle un télégramme de Wikileaks en date du 1er février 2010 En conclusion, Afrique Air Assistance opérait donc bien une petite flotte d’avions opérant dans et hors de la Guinée-Bissau, tous mouillés dans le trafic de cocaïne (6) !!!  Pour les américains, à l’évidence il y avait anguille sous roche avec ce Boeing dont l’accès leur avait été bloqué pendant des semaines, le temps que l’on en efface toutes les traces susceptibles de devenir des indices compromettants… L’action de la DGSE française avait été évoquée à mots couverts chez eux et ici en termes bien plus clairs… « au sujet de cette rocambolesque affaire, la Maison Blanche continue de ruminer sa colère contre le président Amadou Toumani Touré qui aurait privilégié les services secrets français au détriment de la CIA qui, pourtant, tenait à investiguer sur cet avion qui s’est bien baladé sur le continent américain avant de se perdre dans le désert de notre pays. Fébrilement la DGSE française a verrouillé tous les accès, et aux médias maliens et aux structures régulières de contrôle et d’enquête en la matière » avait écrit dès octobre 2011 Afribone, qui ajoutait, railleur : « par ailleurs, la France continue de mettre la pression pour que l’affaire puisse connaître un dénouement diligent. Pourtant, Ibrahim Gueye, PDG de la société AAA (à qui appartenait le mystérieux cargo), auteur principal de l’affaire, continue de se la couler douce sous le nez des barbouzes de Sarkozy. De quel moyen dispose t-il pour échapper à la redoutable DGSE française ? L’avenir nous en dira davantage ». Le cas de « l’humanitaire » Camatte, dans lequel  beaucoup avaient vu un agent de la DGSE, ou la visite éclair de Niclolas Sarkozy à Amadou Toumani Touré (ATT) avaient fait frémir pas mal d’observateurs étrangers, dont… la CIA, frustrée d’avoir été écartée des ruines fumantes du Boeing incendié à Tarkint. Ou vexée d’avoir été elle-même prise au piège d’un trafic dont on sait l’intérêt qu’elle y porte… depuis Barry Seal !  L’affaire se doublant sur place de lourds soupçons de détournements de rançons sur les otages retenus par les touaregs… et échangés contre la libération de 4 extrémistes, en prime !

La drogue, les armes et les terroristes
Quel est le lien de la drogue, au Mali, avec le terrorisme ? C’est simple en fait : c’est en quelque sorte un groupement d’intérêts communs. Un article de l’Express du 21 mars 2013 nous en précisait très bien les  contours : « ainsi, les tribus nobles touareg des Ifoghas, acteurs majeurs de la rébellion, ont trouvé face à elles l’armée régulière malienne mais aussi deux groupes paramilitaires : l’un recrutant chez des clans touareg de rang inférieur, l’autre parmi les Arabes de Gao [Pour enraciner leur business, les narcotrafiquants et leurs alliés politiques ont joué délibérément sur les tensions ethniques et les rivalités à l’intérieur même des communautés du nord du Mali. Depuis 2006, afin de contrer la rébellion touareg menée essentiellement par les lignées nobles du massif des Ifoghas, deux milices communautaires ont ainsi été formées et armées grâce à l’argent de la cocaïne. La première recrute parmi les Imghad, des tribus touareg vassales, autrement dit considérées de rang « inférieur ». La seconde milice regroupe certains membres des clans Lamhar (arabes), originaires de la vallée du Tilemsi, dans la région de Gao. Ces derniers ont aussi profité de leur nouvelle puissance pour contester la suprématie des Kountas, autre tribu arabe réputée pour son savoir religieux. « L’argent de la drogue a déstructuré la société traditionnelle au profit d’intérêts personnels et d’arrières pensées politiques, explique un fin connaisseur des chefferies du nord malien. D’autant plus que les djihadistes se sont appuyés sur ces manœuvres pour instaurer leur nouvel ordre politico-religieux. » Le même phénomène s’est déroulé dans la région de Tombouctou, entre différents clans berabiche (arabes) dont certains, impliqués dans le trafic de cocaïne, se sont alliés à Aqmi.]. Ces milices, commandées par deux officiers de haut rang toujours en activité, agissent aussi bien sous les couleurs de l’armée malienne que pour leur propre compte. »

Le trafic par avion n’avait pas cessé pour autant, car quelques semaines encore avant l’arrivée des soldats français, des avions apportaient toujours de la cocaïne en plein désert : « quand, au printemps 2012, les groupes islamistes armés s’emparent des villes du Nord, le trafic de drogue connaît une nouvelle embellie. Un autre avion suspect atterrit près de Gao. Baba Ould Cheikh et son ami Mohamed Ould Awainat s’associent au Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest (Mujao), lié à Aqmi. D’autres narcos locaux, dont un ancien député et le beau-fils d’un ex-ministre, pactisent avec le chef djihadiste Mokhtar Belmokhtar… « Dans ces groupes hybrides, chaque partie a trouvé son avantage : un ancrage local pour les djihadistes, un « parapluie » en remplacement de l’État malien pour les trafiquants », commente le chercheur Mathieu Pellerin. Le 4 février dernier, sur le marché de Gao, ville libérée, le maire, Sadou Diallo, se promenait en compagnie d’un invité encombrant : Baba en personne… Menacé d’être lynché, ce dernier a été remis à la gendarmerie malienne. Il est parvenu à s’enfuir, la nuit suivante. Contre une enveloppe, semble-t-il, de 750 000 francs.  Soit 1150 euros »… Logique qu’à cet endroit l’on puisse trouver tout une ribambelle de gens douteux, de services secrets à l’affût, chacun surveillant l’autre. Avec à Bamako un hangar où l’on fourbissait les avions servait au trafic. Un hangar que je vous propose de visiter dans le prochain épisode, avant qu’il ne déménage dans un pays voisin… une fois l’armée française débarquée au Mali.

Atterrissage impromptu d’un hélico en Guinée-Bissau : une fausse alerte…

Le trafic perdure, donc, et également en Guinée-Bissau. Si bien que parfois, ça continue à prêter à confusion: ainsi avec des images furtives, prises en plein jour par les habitants de Mampata-Fórea dans le sud du pays, qui avaient assisté, le vendredi 12 mai 2017, à l’atterrissage en pleine place du village d’un hélicoptère tout bleu, dont la provenance est inconnue. Selon des témoins, « l’engin a atterri sur la route en plein jour, le personnel à bord pour rencontrer un groupe de personnes à l’intérieur d’une voiture à double cabine ». Aux yeux des gens, les individus ont affirmé que l’aéronef avait été obligé d’atterrir dans cette zone car il devait faire le plein ». L’hélicoptère étant de toute évidence un Areospatiale monoturbine de type Ecureuil A350 B2, dépourvu de tout signe distinctif. Peu de temps après, un communiqué arrivait, précisant que l‘hélicoptère en question était affrété par la société sénégalaise AELIOCOM, « qui travaille avec les sociétés qui ont remporté l’appel d’offres pour la construction de la ligne d’interconnexion électrique en Guinée-Bissau ». Le projet est bien réel en effet : il consiste en une ligne électrique de 225 kV qui doit relier les villes de N’Zérékoré (en Guinée) et de Sanankoroba (au Mali), s’étendant sur 714 km, dont 127 km au Mali même, un projet payé par la Banque Mondiale et dans lequel on trouve investis Vinci et Eiffage. Il s’était posé pour faire le plein, selon le même communiqué. Ce que l’on peut croire à voir le côté sur lequel ça se fait et le tuyau menant au camion derrière lui.  Le problème étant qu’aucune entreprise de ce nom ne se trouve répertoriée là-bas, mais que l’on trouve une annonce: « en partenariat avec Dakar Air Academy pour la formation des pilotes hélicoptères, Jetazur dispose d’une flotte d’appareils (Ecureil) AS350 mono-turbine et AS355 bi-turbines« , dont l’image est un AS 350 intégralement bleu…

Ah mince encore une (mauvaise) coïncidence ! Des hélicoptères de ce type bleus, il y en  plein d’autres, heureusement… même en haut du Mt Blanc (ou ici le SE-JYY de Nordic Rotors !). Bref, ça ne nous dit pas quelle société, véritablement, installe le courant en Guinée-Bissau ! Mais laissons donc tomber l’hélico : le 13 mars dernier, c’est un bête camion (Renault, modèle Kerax !) qui a été intercepté en Guinée Bissau avec dedans 800 kg de cocaïne., encore un record (ici à droite). Il s’apprêtait à partir pour le Mali, mais ça, vous l’aviez déjà deviné ! « La drogue était répartie en une soixantaine de plaques, pour un poids total de 789 kg, a indiqué à l’AFP sous le couvert de l’anonymat un policier présent au moment de la saisie, affirmant que la police avait été alertée depuis novembre par Interpol. Pour ouvrir le camion, la police a utilisé une scie à métaux électrique afin de découper la carrosserie à partir du toit et accéder à la drogue rangée dans des caisses de poisson, selon la même source. » L’enquête a vite mené à l’arrestation de quatre personnes, dont Mohamed Sidi Ahmed, disposant d’un passeport et d’une carte professionnelle de l’Assemblée, un conseiller en effet du président de l’Assemblée nationale du Niger, Ousseini Tinni (ici à droite) !!!  Un capitaine de l’armée bissau-guinéenne et deux Maliens étaient toujours recherchés à cette heure. Après le Bénin, voici le Niger qui s’y colle aussi ! Dans la bio officielle de Tinni, on relève cette perle : il posséderait paraît-il « une expérience solide dans les domaines de la gestion, de l’administration, de l’économie et des transports »… et effectivement, il semble bien (c’était chez lui dans l’organisation commune bénin-Niger pour les chemins de fer et les transports) ! Sans surprise non plus, on apprenait que le camion frigorifique venu charger du poisson était «  immatriculé à Thiès au Sénégal » et qu’il appartenait « à un élément associé à Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) ». Celle-là aussi, on l’aurait devinée !!!  Et la presse de rappeler la saisie en 2007 de 674 kilos de coke.  Une saisie qui montrait un trafic débuté (au moins) en 2005 avec une drôle de séquence rappelée ici par le Figaro : « un matin de mai (2005), les pêcheurs de Quinhamel, un petit port à une trentaine de kilomètres de Bissau, trouvent de curieux paquets de poudre blanche sur la plage. Loin d’imaginer la valeur de leur pêche miraculeuse, les familles tentent, en vain, de lui trouver un usage. On s’en serait servi pour assaisonner des repas, pour fertiliser des champs. Les « narcos » finiront par débouler pour racheter, à grands coups de dollars, la cargaison égarée. L’histoire attire l’attention des experts antidrogue. En septembre 2006, une affaire tragicomique achève de les convaincre. Au terme d’une fusillade, l’armée découvre 674 kilos de drogue dans la voiture de trois Sud-Américains, à une dizaine de kilomètres de Bissau. La drogue est saisie, puis rangée dans un coffre du trésorier du gouvernement. On ne la reverra pas. Pas plus que les trois suspects, eux aussi disparus. » (j’avais déjà raconté l’histoire ici).

sources:

https://juralib.noblogs.org/2013/03/22/mali-pour-qui-combat-larmee-francaise-2/

extrait : « La valeur totale de la cocaïne ayant traversé depuis dix ans le Sahara avoisinerait les 15 milliards d’euros. De quoi s’assurer bien des complicités… Les narcos graissent la patte de douaniers, policiers, militaires, mais aussi de chefs de milices communautaires. Sans oublier les politiciens, toutes ethnies confondues, dont certains proches d’Amadou Toumani Touré, alias ATT, l’ex-président de la République, déposé par un coup d’État le 22 mars 2012 et actuellement réfugié au Sénégal. »  Cette chaîne de corruption est indispensable pour assurer le transit des cargaisons de drogue sur des milliers de kilomètres de piste. Il faut recruter des guides et des chauffeurs de 4×4 chevronnés, souvent des Touareg, ainsi que des gardes armés. À chaque portion de territoire traversée, chefs de tribu et de milice réclament un droit de passage. Ils se font aussi payer pour assurer la sécurité du convoi jusqu’à l’étape suivante. Parfois, la marchandise change plusieurs fois de mains en cours de route : les sacs de coke sont alors déposés dans une maison abandonnée ou enterrés en plein désert, à un endroit identifié par sa position GPS. Pour une livraison acheminée à bon port, un chauffeur peut percevoir 2500 euros. Après deux ou trois allers-retours réussis, le véhicule lui est offert. Une vraie fortune à l’échelle locale : beaucoup de jeunes désœuvrés se pressent pour jouer les « petites mains » des réseaux« .

(1) Eric Vernet, à Bamako, secondé par le guinéen Ibrahim Gueye à Dakar.

(2) Walter Amegan, trafiquant français toujours en fuite à ce jour.

(3) Miguel Angel Devesa, ancien policier espagnol et assassin d’un de ses complices.

(4) En  cause, Ibrahim Gueye, le dirigeant avec Eric Vernet de Africa Air Assistance : C’est un gendarme malien, plus curieux que les autres, ou plus infaillible et non corrompu qui va permettre de remonter jusqu’à lui. Le 6 septembre 2009, avant même donc que le B-727 ne se pose, un petit bimoteur, immatriculé J5-GTA, un Cessna 402C Utililiner présenté comme malien mais enregistré en Guinée-Bissau, atterrit sur aéroport international de Bamako-Sénou, de retour certainement d’un vol de vérification de l’état de la piste qui devrait être utilisé (certains pensent que c’est plutôt le Beech 200 d’AAA qui a joué ce rôle). Jusque là rien de spécial, sauf que le lieutenant Salif Keïta de la Compagnie de Transport Aérien de la gendarmerie (CTA) remarque que l’avion n’a aucune autorisation d’atterrissage à fournir : son pilote, Eric Vernet, qui est français, n’avait pu montrer aux autorités qu’une demande de permis provisoire mal rédigée et fabriquée à la hâte par Africa Air Assistance, située… au Sénégal. Or l’appareil habituel d’Aero Services Mali, sous lequel s’est d’abord présenté Vernet, est un Piper PA-31-350 Chieftain ! L’appareil arrivé à la place a beau être connu sur place, et avoir été vu à plusieurs reprises par des « spotters » au Portugal, car ce n’est pas sa première visite au Mali, le lieutenant n’en démord pas : il n’a pas ses papiers en règle. Ce lieutenant zélé remet aussitôt un rapport circonstancié aux autorités aéroportuaires du Mali, qui au lieu de classer l’affaire, décident de remonter plus haut, et même carrément de demander la suspension de permis d’exploitation aérienne d’AAA. Ce qui va leur prendre plusieurs mois, bien entendu. La raison peut paraître surprenante mais en fait l’administration malienne avait tout de suite « bloqué » sur le nom du responsable d’AAA : Ibrahim Gueye, réputé mêlé, déjà, depuis longtemps à un trafic de drogue en Guinée-Bissau ».

(5)  « La grosse affaire reprochée au Sénégalais, c’est Air cocaïne pourtant. Mais les immatriculations et spécifications des avions concordent-elles ? Pour plusieurs experts, le Boeing échoué à Tarkint est un 727-200, il n’est pas sûr du tout que ce soit le fameux J5-GGU immatriculé en Guinée Bissau. Celui-ci, fabriqué en 1967 est un 707-321C, numéro de série 19372/655 qui avait eu un accident à l’atterrissage à l’Aéroport Kenyatta début octobre 2009 et il est aujourd’hui exposé à Sharjah aux Emirats Arabes Unis. Beaucoup de mystères, sauf si l’avion de Tarkint n’est pas un 727-200 mais un 727-230. Exactement le même type d’avion dont la presse sénégalaise avait parlé. Il porte le numéro 21619 et Gueye qui devait exécuter la décision de justice contre AAA était sur le point d’amener cet avion à Rio en juillet selon la presse brésilienne. Il se trouve qu’au même moment un cargo, le 727-200 justement, numéro 22644, opéré par DHL sous immatriculation saoudienne HZ-SNE (exactement l’immatriculation donnée dans le câble fuité par Wikileaks) était détruit dans un accident à Lagos, selon un limier américain qui s’en est ouvert à la presse à l’époque. Le reste n’était alors qu’un jeu d’enfant : les papiers du boeing accidenté à Lagos serviront pour celui qui se sera posé à Tarkint – qui pourrait bien être originellement le J5-GCU, un avion volé d’après nombre d’experts. Pour ce qui est de l’immatriculation bissau-guinéenne J5, les mêmes experts pensent que ce ne devait pas être excessivement difficile pour Ibrahima Gueye de l’avoir. Quels que soient les schémas, le Sénégalais doit savoir un rayon sur l’affaire. » précise notre fin limier. Lui, et Eric Vernet, un homme particulièrement… protégé par l’ambassade de France comme nous allons le découvrir avec effarement !’

(6) repris ici en 2013 par le Groupe de Réflexion et d’Action pour le Tchad, un texte donne des précisions intéressantes sur Amegan, la tête de réseau français au sol au Mali, en partant lui aussi du reportage de Canal Plus : « On cherche à comprendre pourquoi ce Walter Amegan, qui, rappelle justement le Cridem, qui se promenait tranquillement en 2007 encore en pleine capitale sénégalaise bénéficiait déjà à l’époque d’une telle impunité de fait : » né à Paris en 1972, tour à tour présenté comme franco-togolais ou franco-congolais, dénommé parfois aussi Eric « Mika » Walter Amegan continue pourtant à circuler dans la région avec une aisance étonnante. En septembre 2007, des témoins le croisent à la terrasse d’un restaurant bien connu dans la capitale de Guinée-Bissau, pays clé du trafic de cocaïne à l’époque. Un an plus tard, selon une enquête de la chaîne française Canal +, il est vu attablé au bar du Centre culturel français de Nouakchott, avant de repartir dans une voiture de l’administration mauritanienne, alors même qu’il est recherché par la justice du pays. Un trafiquant interrogé par Canal+ affirme, de surcroît, qu’Eric Walter Amegan loge alors dans un appartement appartenant à un colonel des douanes mauritaniennes. Amegan est finalement arrêté en décembre 2008, par des gendarmes sénégalais et des policiers français, en compagnie d’un Colombien, dans la zone touristique de la petite côte sénégalaise, où le Français est officiellement agent immobilier dans lastation balnéaire de Saly.«  Visiblement, Amegan s’était aperçu de la présence de policiers français venus le coffrer, avait donné un coup de fil… et la voiture diplomatique était venue le chercher, en lui procurant une immunité bien pratique ce jour-là ! Ce ne sera pas la seule… Direction Saly, la station balnéaire où un autre policier, français, cette fois, aimait prendre ses vacances (offertes selon l’enquête en cours par Stéphane Alzraa, au casier redevenu vierge, après pourtant une condamnation ?) : il y venait tous les ans ; paraît-il » (nota : il s’agît de Michel Neyret) ! « Au Sénégal, pays qui revient partout dans les tribulations du flic le plus célèbre de France, désormais : même au café Lips, à Lyon, les trafiquants l’étaient, sénégalais ! Bénéficiant de plaques consulaires, le trafiquant Walter était le roi de tous les trafiquants, à Dakar, et téléphonait pour se débarrasser des policiers venus s’emparer de lui ! En Mauritanie comme au Sénégal, cet homme disposait de réseaux de protection ahurissants ! De réseaux policiers également ? Quand on voit comment son « collègue » Gilles Tepié a réussi à échapper au coup de filet de Neuilly grâce à un coup de fil salvateur donné paraît-il par Neyret en personne, on est en droit de se poser des questions en effet, à le voir autant lui aussi éviter les mailles de la justice ou de la police ! Saly et sa petite piste de terre comme « aérodrome »… plutôt discret ! Le documentaire fort évocateur, qui met l’accent sur la Guinée Bissau voisine, c’est le superbe « Africastups » de Stéphane Bentura et Jean-Christophe Brisard, chez Canal Plus Investigation (ici à gauche) . Une belle réussite journalistique, un très bon travail de fond, à saluer, car, comme je le disais hier on en apprend davantage en le regardant qu’à compulser les articles de presse indigents sur le sujet : seuls les sénégalais se sont intéressés à son cas, ici, en France, on a eu droit qu’à des entrefilets. C’est pourtant bien Walter Amegan qui apparaît, à l’épisode N°3 du reportage de Bentura et Brisard. Et le dernier épisode insiste sur la station balnéaire de Saly, au Sénégal, d’où venait Amegan, ses parents y habitant, on l’a vu, où pas loin des colombiens avaient installé une crevetterie, un site gigantesque, qui servait de paravent à leurs activités de circulation de drogue. Une crevetterie (ici à droite) qui n’aurait jamais dû être construite au Sénégal : un rapport préalable expliquait en effet que les colombiens n’y connaissaient rien à l’élevage de la crevette pénéide, ce qui n’avait pas empêché le gouvernement du Sénégal d’accorder sans hésiter la concession… le ministre de l’industrie du pays étant visé depuis pour compromission.« Depuis mai 2007, c’est-à-dire deux mois avant que la drogue n’échoue sur les rivages de la Petite-Côte (événement qui a fait le tour du monde à cause de la quantité de drogue saisie – 2,4 tonnes -) un document commandité par l’Union européenne et réalisé par le Service de coopération et d’action culturelle de l’ambassade de France concluait que le projet de création de la ferme d’élevage de crevettes à Ndangane Sambou, dans la région de Fatick, ne respectait pas les critères techniques requis pour sa réalisation ». Rien ne correspondait aux critères requis :  »selon des sources qui ont eu directement accès aux études, le rapport de la mission d’expertise sur la ferme d’élevage de la crevette, réalisé par une équipe constituée de techniciens du Centre de recherches océanographiques de Dakar Thiaroye (Crodt), de l’Institut français de recherche-développement (Ird) et trois techniciens du ministère de l’Economie maritime – piloté alors par Djibo Leyti Kâ -, concluait que le projet en question ne pouvait pas être réalisé à cause de failles techniques quasi insurmontables. Après de nombreuses observations faites sur le site de Ndangane Sambou, les experts tirent des conclusions tranchées. Il est impossible de pratiquer un élevage intensif de l’espèce de crevette connue sous le nom scientifique de Penaeus notialis. » Impossible, mais pas pour les trafiquants, qui ne cherchaient pas à produire de la crevette, mais à dissimuler leur cocaïne ! Et ce n’est pas fini : le 07 juin 2008, plus grosse prise encore avec l’arraisonnement au large du vieux cargo Opnor, en très mauvais état (il datait de 1961 !), battant pavillon panaméen, véritable épave flottante de 412 tonnes, intercepté avec 3,7 tonnes de cocaïne à bord par la marine espagnole, visiblement très bien renseignée : il s’apprêtait à descendre tout son chargement via des pirogues sur le rivage, au même endroit, sur la plage de M’bour, décidément haut lieu du trafic dans le pays. Le bateau était parti du Venezuela, mais avait fait un détour par le Antilles néerlandaises. Son capitaine est hollandais et à bord il dispose de quatre marins ghanéens. Dès 2008, certains tirent donc la sonnette d’alarme au Sénégal : la circulation de la drogue y est devenue en à peine deux années dantesque ».

(7) Le 19 décembre 2018, au quai 1742 du port de Waasland, on découvrait un chargement de 2,4 tonnes de coke d’une valeur marchande de 120 millions d’euros « le plus gros chargement de drogue intercepté ces dernières années » rapporte Het Laatste Nieuws. L’enquête pour la saisie avait en fait commencé l’été précédent avec la saisie sur le quai 730 du port d’Anvers d’une cargaison de 317 kilos de cocaïne retrouvés dissimulés dans le fond d’un conteneur réfrigéré. Les soupçons avaient porté sur le grutier l’ayant manipulé en dernier, mais aussi sur son beau-fils, déjà condamné en 2011 pour possession et trafic de coke (il avait hérité de 52 mois de prison relate 7sur7). La filière remontée passera par une  société de transport située à Deurne, mais aussi par un joueur de football du KFC Zwarte Leeuw, qui évolue en troisième division amateur. La gangrène évoquée dans la série sur Emiliano Sala s’étend elle aussi … Anvers est devenu.. incontrôlable : selon Stanny De Vlieger, le chef de la police fédérale à Anvers, le meilleur moyen de « sécuriser le port serait d’en construire un nouveau en repartant de zéro »…. ici à droite une photo d’une saisie de laboratoire de drogues de synthèse à Anvers à la même époque en novembre 2018.

 

Le second document à regarder :

Sur les otages d’Areva au Mali : le documentaire d’Envoyé Spécial, à charge contre l’Etat français et ses détournements d’argent évidents dans le reportage. Ce qui est dit ici est effroyable, les otages ayant été l’enjeu de sombres manipulation politiques mêlant intermédiaires douteux (Gadoullet ou Lorenzi, chez Sarkozy et Hollande, ou le conflit direct entre la DGSE et les conseillers du chef de l’Etat). Pitoyable !!!

 

La 4ème chaîne de télévision française Canal+ a consacré une enquête de son émission « Spécial Investigation » au trafic de drogue en Mauritanie. Les journalistes ont obtenu des témoignages mettant en cause un Colonel de la Gendarmerie mauritanienne, ancien Directeur Général des Douanes.  Auparavant, ils reviennent sur les ramifications des cartels de l’Amérique Latine qui se servent de la Mauritanie comme terre de transit de la cocaïne acheminée de la Colombie et du Venezuela vers l’Europe occidentale.  Le reportage évoque sur l’atterrissage, à Nouadhibou, d’un avion chargé de 674 kilos de cocaïne en provenance de Maracaibo (Venezuela), le 2 mai 2007. Selon les témoignages recueillis par les journalistes, les cartels s’étaient mis d’accord avec un haut fonctionnaire mauritanien, afin qu’il facilite l’opération. Pour ce faire, il avait déjà reçu 230 000 euros et devait percevoir 200 000 euros avant l’atterrissage. N’ayant pas touché son reliquat, le fonctionnaire aurait averti la police.  S’ensuit une interview avec Sidi Mohamed Ould Haïdallah qui parlait au téléphone, de sa prison au Maroc. Sans citer de nom, il expliquait combien d’autres responsable au sommet de l’État sont tout aussi impliqués que lui.  Puis suit autre interview avec des policiers français en poste à Nouakchott où ils expliquent la difficulté de leur mission : lorsqu’ils étaient en embuscade pour capturer Eric Walter Amegan, un baron de la drogue, dans les rue de Nouakchott ; un moment ce dernier se rend compte de la filature, alors il passe un coup de fil et quelques minutes plus tard, une voiture portant une plaque d’immatriculation officielle s’arrête et il monte à bord. Dès lors, les agents ne pouvaient plus violer son immunité car non mandatés à suivre, encore moins interpeller, des personnes sous le couvert de l’autorité publique de Mauritanie.  Un autre policier – mauritanien – explique que son équipe avait intercepté un bus aux environs du Palais des congrès, en plein cœur de la capitale. Il transportait 762 kilos de la cocaïne d’une valeur de 14 millions d’euros (quasiment la même quantité trouvée à bord de l’avion de Nouadhibou). Ses hommes et lui s’attendaient à des félicitations et à une prime d’encouragement mais ils n’ont rien eu.  Face au manque d’encouragement et devant les moyens colossaux des narcotrafiquants, les policiers sont plus tentés de monnayer leur silence plutôt que de risquer la vie à intercepter la drogue, sans la moindre reconnaissance de la hiérarchie. Un autre témoignage, d’un trafiquant – à visage masqué – fait ressortir que, à plus de 18.000 euros le kilo de cocaïne et avec le peu de risque encouru en Mauritanie, ce commerce a encore de beaux jours devant lui grâce à la complicité des fonctionnaires dont les palais poussent, à Nouakchott comme des champignons.  Selon lui, à un moment donné, les trafiquants bénéficiaient de l’inestimable complicité du Directeur Général des Douanes qui facilitait la tâche en mettant toute sa logistique à leur disposition, y compris ses luxueux appartements à Tevragh Zeïna.  A la question du journaliste qui voulait connaitre le nom, le témoin répond : « c’est un Colonel de Gendarmerie, les mauritaniens savent de qui il s’agit alors pas la peine de donner des noms ». 

 

Autre document à lire (rédigé ne 2015)

https://www.files.ethz.ch/isn/191910/227documentFr.pdf

extrait :

« Les groupes jihadistes opèrent sur ces routes, bénéficiant parfois d’arrangements financiers avec des criminels locaux qui assurent la sécurité des convois de valeur. Cependant, contrairement aux descriptions fréquentes, le rôle des jihadistes dans les entreprises criminelles paraît limité jusqu’à présent. Le fait le plus frappant est le rôle des réseaux criminels en phase avec les élites locales au pouvoir et les déclarations intéressées des groupes locaux qui agissent au nom de la lutte antiterroriste (les Tebu en sont un exemple évident). Ce sont avant tout ces groupes qui, profitant de la corruption officielle et de l’absence d’institutions publiques, sapent les tentatives de renforcement de l’Etat et de ses services dans ces zones périphériques.

L’argent issu de la contrebande transfrontalière peut rapidement ébranler toute volonté des détenteurs de pouvoirs locaux de renverser la situation, en augmentant les obstacles au développement d’un Etat ou au renforcement des institutions chancelantes de ces régions. Il est en effet plus rentable pour les patrons du crime et les barons locaux de maintenir des systèmes de gouvernance informels qui permettent aux communautés locales de survivre, mais pas de prospérer. »

 

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

 

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