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Coke en Stock (CCXLV) : le chaînon manquant du trafic ou un autre Viktor Bout (f)

On reprend aujourd’hui la mini-série interrompue avec l’affaire de l’avion d’Emiliano Sala.  Nous en étions avec les 5 premiers épisodes (1) à retourner sur la côte espagnole dans les années 70-80 pour y constater l’émergence d’un trafic de cocaïne qui perdure et a pris encore plus d’ampleur aujourd’hui.  A Marbella, haut lieu du trafic de coke depuis les années 70, un trafiquant, Carlos Llorca a réussi à faire son trou avant d’être contraint à s’expatrier à l’endroit d’où il faisait venir la drogue, à savoir le Venezuela, et où il avait réussi à s’installer fort discrètement en soudoyant les policiers venus lui demander ce qu’il venait faire sur place.

Il venait de quitter un endroit où la mafia russe commençait à prendre la main sur le trafic en Méditerranée.  Précurseur de pas mal de techniques innovantes, aujourd’hui répandues chez les trafiquants, il avait choisi en effet de s’installer dans l’île même de Margarita, point névralgique du départ de la drogue vers l’Europe comme on l’a vu.  Repéré bien tardivement, faute au manque de participation évident de la police vénézuélienne avec qui il avait signé cette sorte de pacte de non agression en lui accordant pas loin de 2 millions de dollars pour qu’elle se taise, l’homme est aujourd’hui de nouveau en fuite, ayant réussi paraît-il à s’échapper sur un « petit avion » dont on a peut-être bien retrouvé la trace, impliqué comme il se devait dans un autre trafic de coke… l’affaire aboutissant à nouveau au final en Guinée-Bissau, autre paradis pour trafiquant comme on le sait, et avec la redécouverte d’un autre avion, un jet, qui avait fait en 2009 la une des journaux… un Gulfstream IIB, comme celui par lequel nous avons démarré cette mini-série, comme pour boucler une ronde… sans fin véritable.

Trois affaires sur le dos pour Llorca

Revenons plutôt et encore une fois (la dernière, promis !) à Marbella dans les années 70  (2) car c’est là que tout a débuté, comme on l’a dit à l’épisode précédent, avec un personnage incroyable évoqué, aujourd’hui toujours en fuite, et qui est en fait en quelque sorte le saint patron du trafic entre les Colombiens, la Guyana, les Antilles avec l’île Margarita et les mafieux espagnols ou siciliens.  La pierre philosophale du trafic qui perdure depuis 40 ans !!!   Son nom, José Manuel Carlos LLorca Rodriguez, (appelé communément Carlos Llorca) était en effet apparu après l’affaire du Libera (cf l’épisode précédent) dans trois gros dossiers compromettants : « l’Operación Malaya », contre la corruption généralisée à Marbella et les constructions incontrôlées qui avaient rapidement tout défiguré là-bas (3).  Il faisait aussi dans le béton et c’était un as du genre, versant en douce jusqu’à quatre millions d’euros en commissions à Juan Antonio Roca, l’ancien responsable de l’urbanisme de la municipalité de Marbella (4) !  Rien qu’avec la réhabilitation d’un immeuble à Manresa, il avait empoché 1 100 millions de pesetas (6,6 millions d’euros) !!!  Sa société Pharus était alors déjà liée au narcotraficant italien Luigi Protani, impliqué dans le trafic massif de coke comme on l’a vu. Llorca avait ensuite été cité dans l’opération « Ballena Blanca », également contre le blanchiment d’argent, avec comme inculpé Aki Kujala, et dans « l’Operación Troika », où étaient apparus deux mafieux russes – à gauche leurs gros bras-, Gennadi Petrov (ci-dessous à droite), un ancien boxeur (et son gang « Malyshevsky » et Yaznarov (Alexander) Malyshev, à Astapa.  Dans ce sens aussi c’était un pionner en quelque sorte :  à Marbella, les deux mafieux russes, que jusqu’ici tout opposait violemment, avaient fait la paix des braves, le premier étant le redoutable chef du Gang Tambov.  Gennadi Petrov ayant surtout mis un pied en Espagne grâce à ses relations avec la soeur du roi Juan Carlos.  Pour The Atlantic, c’est un « gangster de la Méditerranée »… Lors de son arrestation, avaient été saisis 307 000 dollars en espèces, 23 voitures de luxe, et 12 millions d’euros lui appartenant avaient été gelés dans des comptes bancaires.  En 2001, Petrov avait acheté un yacht de 3,5 millions d’euros baptisé « Sasha » déclaré valant 700 000 euros mais qui s’était fait redresser de 500 000 par le fisc espagnol qui connaissait son montant réel (5) !  On avait aussi remonté avec lui jusque Michael Rebo, installé à Berlin et spécialiste blanchiment de l’argent du trafic de drogue (6).  A l’époque, au sein de la mafia russe, le nom Oleg Deripaska circulait déjà. (7) Juste avant la perquisition, le Monde raconte « qu’à la mi-octobre, l’attention des policiers a été attirée par un incessant va-et-vient de caisses, transportées vers un jet privé stationné sur l’aéroport de Palma de Majorque-Son Sant Joan. Il n’en fallait pas plus pour lancer la perquisition et ordonner la saisie des caisses en partance pour la Russie. » Derispaka qui possède trois jets, des … Gulfstream, mais trois G-550, immatriculés M-ALAY,  M-UGIC et le plus ancien, le M-SAWO.  A savoir inscrits dans l’île de Man !!

Un député de la Douma dans le coup

En mars 2016, Vladislav Reznik, un député de la Douma (ici à gauche, grand chasseur à ses heures d’espèces rares, une passion chez lui) lié aux deux précédents et membre du gang Tambovsko-Malyshevsky sera aussi accusé de blanchiment d’argent en Espagne. Il avait été mis en relation par un consultant appelé Juan Antonio Félix Untoria Agustín. C’est lui qui gérait les nombreuses sociétés de Petrov (8):  « Inmobiliaria Balear 2001 SL, Sociedad de Desarrollo Internacional 2001 SL, Inversiones Gudimar SL, Sunstar Inversiones SL, Canton Investment Limited, Dima Incor SL, Inversiones Sarki SL, Inmobiliaria Calvia 2001 SL, et Vortep Incor SL », plus « Untoria, Orion Universal » et « Vesper Finance Corporation » au Panama, qui devait bâtir un compte immobilier et commercial à Moscou dans la banlieue de Yakimanka.  Le projet tombera à l’eau pour banqueroute !  « Les comptes bancaires contrôlés par Untoria servaient de canal pour recevoir des fonds de zones offshore et d’autres lieux. 16 millions d’euros ont été reçus des îles Vierges britanniques, du Panama, de la Lituanie, de la Suisse, de la Grande-Bretagne et de la Russie. D’autre part, des fonds monétaires d’un montant de 8,5 millions de dollars environ ont été virés de ses comptes vers la Russie, le Panama, les îles Caïmans et les États-Unis. »  Avec ça Petrov avait acheté une villa en 1998, d’un montant de 360 ​​000 € (déclarée valant 90 000 €) via Inmobiliaria Balear 2001 SL.  « Après l’achat, une piscine et des terrasses ont été construites sur la villa. Cette propriété était le lieu de résidence permanent de la famille Petrov avant l’acquisition d’une autre résidence à Avinguda Portals Vells, 7, à Sol de Mallorca.  Après l’arrestation de Petrov, cette villa lui a été saisie ».  Une villa, et pour y venir, l’usage d’un jet : « le bureau du procureur note également que Reznik et Petrov utilisaient le même avion d’affaires et payaient en parts égales pour leur entretien. Anton Gennady Petrov, a répété à maintes reprises à son père, lors de conversations téléphoniques, que Reznik utilisait l’avion plus fréquemment, tout en ne payant que la moitié de ses frais de maintenance ».  Pour clore le tout, Reznik avait aussi « acheté le yacht Neva I via des structures contrôlées par Petrov ».  Idem pour le le bateau de plaisance de type « Maiora 28 » (de 24 mètres ic à droite) nommé « Sasha » (d’une valeur de plus de 2 millions d’euros comme l’a vu).  La femme de Reznik, Diana Gindin, avait elle déjà mis un pied aux USA, puisqu’en 2008, elle avait acheté un appartement de 275 mètres carré à Miami, via un prêt de 1,4 million à une banque américaine.  D’autres russes s’étaient installés au même endroit comme on a pu le voir… tel Anatoly Petukhov, ou Serguei Mikhailov.  Le 19 octobre 2018, hélas, un juge espagnol acquittera Reznik faute de preuves suffisantes… « la décision de la cour a déclaré que les données sur les comptes offshore « sont insuffisantes pour déterminer une origine illicite pour l’argent », même si les activités commerciales des accusés en Espagne semblaient « étranges, non économiques ou non conventionnelles ».  Avouez que la dernière formulation vaut le coup d’être entendue…

Redécouverte d’une vieille connaissance au passage

A feuilleter les témoignages de l’époque, on a de quoi parfois se dire que c’est une histoire sans fin ce trafic, et que la quête au super-trafiquant passe parfois par de bien étranges pratiques.  Car à ma grande surprise, au détour du compte-rendu de l’opération Ballena Blanca en date du 13 mars 2010 (le raid de la police datant de 2005 on le rappelle), il y a donc dix années, voici ce que j’ai trouvé comme nom bien connu cité : « l’opération Ballena Blanca a été découverte en mars 2005 avec l’arrestation de cinquante personnes de nationalités différentes pour leur implication présumée dans un réseau qui aurait blanchi à Marbella plus de 250 millions d’euros et dont les ressources ont été mobilisées par 350 millions de personnes. et plus de 250 fermes.  La vérité est que, parmi toutes les accusations portées, la plupart ont été démis de leurs fonctions et 19 seulement ont été condamnés à des peines allant de trois ans d’emprisonnement à 15 ans d’emprisonnement pour le principal impliqué, Fernando del Valle. Différents accusés liés au cabinet d’avocats Fernando del Valle de Marbella seront assis sur le siège. Le bureau du procureur anticorruption accuse cet avocat, ses employés et ses clients de former un réseau de sociétés de criblage pour blanchir de l’argent obtenu illégalement et cacher les véritables propriétaires de cet héritage. Le ministère public estime que les fonds prétendument blanchis et placés dans un lieu sûr dans des paradis fiscaux s’élèvent à 12 millions d’euros.  Le trafiquant franco-algérienne Sophiane Hambli (ici à droite), qui siégera sur le banc, fait partie des clients de Del Valle. Del Valle fait face à une demande fiscale de 15 ans de prison et une amende de 37 millions d’euros ». Le même Hambli  écopera en 2011 de trois années de prison.  Oui, vous avez bien lu : en 2005, déjà, on avait repéré comme accusé d’un trafic en Espagne « l’un des plus grands trafiquants français de haschich du xxie siècle » selon Wikipedia qui le présente ainsi : « en juin 1997, alors âgé de 22 ans, Sofiane Hambli est l’un des principaux revendeurs d’un réseau fournissant en haschisch marocain la région alsacienne, il échappe aux gendarmes lors de l’opération « Paco68 » et se réfugie en Espagne. Il s’installe alors dans la ville andalouse de Marbella, circule en voitures de luxe et investit dans l’immobilier ».  Voilà un jeune homme qui a démarré tôt dans le « métier » !!!  Arrêté en Espagne en 2002 et extradé en France, pour y être incarcéré, il avait vu sa peine bizarrement passer de 8 à 5 ans… pour ne même pas en profiter vraiment, puisqu’il avait réussi à s’évader l’année suivante de sa prison de Metz, pour être finalement repris en 2006… et pour en ressortir dès l’année suivante « ayant purgé sa peine de cinq ans » (?) selon sa biographie… puis de nouveau repartir en Espagne, et se refaire pincer en 2009 à…  à Puerto Banus !!!  Sidérant parcours !  Voilà un homme qui a de la suite dans les idées, en tout cas.  Ou la même obsession pour le même « métier » !!!  Tout une suite d’étanges arrestations-libération qui laissent plutôt pantois…. Le reste vous le savez, je suppose :  c’est lui qui est cité dans une drôle d’affaire d’informateur (c’est lui bien sûr) qui mouille depuis des mois maintenant François Thierry, le patron de l’Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants (Ocrtis).  Et quand je dis « mouiller » c’est une grosse fuite d’eau (ou de coke liquide ?) qui s’est répandue depuis, une affaire dont le blog de Marc Fievet (dont je ne saurais trop vous recommander la lecture) nous tient au courant régulièrement, car cela fait des années qu’il décrit ces manœuvres tortueuses qui ne sont pas à l’honneur de la République.  On a retrouvé par exemple dans les contacts de Thierry le fameux Chacal, celui des… GAL, on y revient (9) !  Pour en rajouter encore, il faut savoir que malgré le fait qu’il ait été condamné en Espagne, il était bien revenu en France, pour se prendre treize années de prison, mais n’en faire…  que trois à Nancy (de 2011 à 2014 !!!) et se voir accorder le reste en semi-liberté en région parisienne.  Cerise sur le gâteau, son avocate d’alors s’appelait Anne-Claire Viethel, qui n’est autre que la femme de François Thierry…  Il ne fera en fait qu’un an de semi-liberté et s’est retrouvé libre en 2015  !!!  A part ça, il y en aurait encore pour dire que notre dealer ne serait pas informateur… Comme l’avait finement remarqué l’ami Fievet, quand le président François Hollande avait visité les locaux et qu’on lui avait montré les tonnes de hasch saisies en plein Paris… devant l’adresse de chez Hambli, il était bien le seul à sourire.  Tout le service derrière était livide.  La « découverte » des camionnettes de hasch (sept tonnes d’un coup !) fichant en l’air une opération douteuse de plusfaçon Thierry !  Hambli a été de nouveau arrêté en novembre 2018 dans un fast-food de Saint-Jean-de-Luz (Pyrénées-Atlantiques), alors que sous contrôle judiciaire, il n’avait pas le droit de quitter son luxueux appartement de Paris (avec piscine intérieure, c’est la photo du début de ce chapitre) !!!  Chez lui ça fait donc 22 ans que ça dure… dont au moins 12 au service de la police :  il est inscrit depuis 2007 au Bureau central des sources (BCS) qui gère les indicateurs !!!  Aurait-on trouvé un deuxième Neyret ?

Un précurseur en tout

Notre autre résidant de Marbella, qui a aussi échappé aux policiers lui aussi, tiens, quel hasard, aurait été lié selon les premiers enquêteurs « à un britannique appelé Simon York » et cumulait tout les travers déjà, en fait :  il était à la fois trafiquant de drogue, escroc, blanchisseur d’argent, mais aussi et déjà devenu trafiquant d’armes (en Afrique) !!!  C’est l’enquête qui avait suivi l’affaire  « Philatélique » qui avait fait remonter à la surface un imbroglio incroyable de sociétés gérées par un prête nom, Antonio Ruiz, mais lui appartenant de fait :  il y avait dedans des discothèques, des sociétés d’importation de voitures, des entreprises, des immeubles et même des fermes (dont une importante dans la ville de Tobarra à Albacete) qui avaient toutes comme point commun d’être gérées à partir de Londres, du Panama ou du  Mexique, sous des « Trustee » situés sur  l’île de Man, ou l’inévitable Delaware (États-Unis).  Bref, il avait eu de l’avance sur ce qu’on trouve partout aujourd’hui, hélas !  L’argent total du Forum Philatélique avait été transféré à Watson Philetelics Ltd., une société de Gibraltar, pour un montant de 19 millions d’euros, dont une partie avait été reversée à la fort discrète société andorrane, Gem-Artl SL.  A la tête de l’organisation il y avait à Londres le cabinet European Accountancy and Legal Services… appartenant à Llorca !  On découvrira peu de temps après que « Simon York » n’existait pas, mais qu’il avait un passeport en bonne et due forme, avec dedans… la photo de Llorca !

Le « trafiquant du siècle » (lui aussi ?)

Mais Llorca a fait plus fort encore :  il avait mis au point un redoutable procédé de blanchiment, via… la Bourse.  Ce sont les inspecteurs espagnols et anglais qui n’en étaient pas revenus, en constatant que si Llorca changeait souvent de noms de sociétés, pour disparaître puis réapparaître, il en avait toujours mystérieusement gardé une particulière durant ses méfaits.  Elle s’appelait « Dalt », dont l’adresse était à Madrid.  Habilement, il l’avait proposée à la vente en Bourse à des souscripteurs italiens, pour un prix de 500 millions de pesetas.  Ces acheteurs en puissance étaient en fait fictifs.  Multipliant artificiellement ces offres, il avait réussi à faire monter sa valeur à 7 milliards de pesetas, ce que la Bourse de Valence avait avalé sans vérifier.  Comme elle ne réagissait toujours pas, il est monté à 40 milliards sans aucune réaction des autorités boursières.  Tout était faux, c’est lui qui fabriquait à la pelle de nouvelles offres pour faire monter le cours de l’action !!!  Du grand art, il faut bien l’avouer !

Le nouvel Escobar ?

Réfugié à Caracas, après que son escroquerie « philatélique »  ait été déclarée, il avait réussi à soudoyer dès son arrivée la police vénézuélienne en lui offrant la somme astronomique de 2 millions de dollars pour qu’elle se taise. Cela lui assurait la tranquillité pour les années à venir. C’est avec le reste (c’est à dire bien davantage encore !) qu’il avait loué « un petit avion » dit-on, pour s’envoler sur l’île Margarita et y acheter sa villa, appelée « Villa Normanda » (ici à droite) sous le nom de « Charlie Rodríguez ».  L’homme était un tantinet joueur en laissant ce nom plutôt … transparent aux yeux de tous !!!  Il a déjà prévu depuis longtemps son installation ailleurs et ce qu’on avait déjà remarqué à Marbella c’est qu’il tranchait avec tous les autres trafiquants :  il fait plutôt figure de nouveau Gatsby avec ses goûts pour le veganisme avant l’heure (il refusait la viande au restaurant), soignant son apparence (on parle d’opérations esthétiques notoires dont des implants de cheveux qui « le font paraître 15 ans de moins« ), et surtout s’était installé à un endroit où il entretenait paraît-il d’excellentes relations avec les gens proches d’Hugo Chavez !  Venir au Venezuela, et non ailleurs, c’était déjà voir l’assurance de partager un même intérêt pour le trafic de cocaïne !  C’est avec « l’Operación Vidrio », en 2003, une arrivée de 110 kilos de cocaïne au port de Barcelone, alors surveillée par la mafia italienne, que l’on avait pris conscience de son nouveau rôle de trafiquant de poudre :  on arrêtera bien cinquante personnes ce jour-là, mais il n’en fera pas partie.  Adroit, il avait bien dissimulé sa participation au trafic, mais on le soupçonnait fortement d’en faire partie.  Pire encore :  c’est le célèbre juge Garzon qui avait tenté sans succès de le coincer.  Pour s’en venger ouvertement, surtout d’avoir emprisonné un temps sa femme, Llorca avait créé juste après une société de blanchiment appelée de façon fort moqueuse «Garzón Investment» !!!  L’homme est sarcastique et pratique aussi l’autodérision comme sur cette photo ici à droite retrouvée dans sa villa.  Drôle, mais diablement efficace : Garzon avait dû pousser loin ses investigations en se rendant au Lichenstein et dans la Neue Bank AG, située à Vaduz, où il avait ouvert un compte au nom de la société Phila Invest, dans laquelle avait été repérés des mouvements totaux de 20,2 millions d’euros du « Forum Philatélique » et des sociétés «Willgrove International» et «Selberry Company», celles ayant fourni les timbres du Forum en 2001 !!!  Toujours aussi adroit et insidieux, Llorca avait clamé un peu partout « verser de l’argent aux pauvres, en Afrique » et, là encore, c’était du bluff : en réalité il blanchissait déjà son argent auprès de marchands d’armes vers le Libéria, et la Sierra Leone, via sa filiale « Forum Africa » qui, officiellement faisait dans le commerce du bois.  Son homme de main étant connu, puisqu’il s’agissait de Leonard Minin, allié on le sait de Viktor Bout (10) !  Ce sont les juges Óscar Pérez et Juan Carlos López Caballero,  instruisant alors l’affaire Malaya qui, en mars 2008, avaient réussi à le localiser au Venezuela.  Mais le temps de convaincre les vénézuéliens d’aller l’arrêter, Llorca avait déjà sauté dans l’avion qui l’y avait amené…  On trouvera dedans plein de photos de ses fêtes, toujours en compagnie de filles ou même avec la présence de Mariachis (on le verra aussi  faire du karaoké avec auprès de lui son parterre de jeunes filles habituel), ou de danseuses du ventre (?); des fêtes dans le plus pur style de de celles d’un Berlusconi, et on trouvera même chez lui un tableau « le « Paysage champêtre » de Degas… (un faux, visiblement !).  Quand à l’appareil utilisé, pour s’échapper une nouvelle fois, on en a peut-peut être trouvé un qui correspondrait.  Et un pilote également…

L’avion venu de l’île Margarita…

Le pilote en effet, on a fini par retomber dessus.  En 2016, le 24 mars, on avait découvert avec étonnement qu’une énorme villa de l’île Margarita construite à Maneita et appartenant à Iván Darío Martínez Hernández, ancien conseiller juridique à la Chambre de commerce de Caracas, était liée à la découverte d’un avion bien reconnaissable (un Cessna Titan C404 immatriculé YV2708 aux couleurs nettement « américaines, façon « patrouille Thunderbirds »), ayant contenu 350 kilos de cocaïne et arrêté en République Dominicaine.  Trafiquait-il depuis longtemps déjà ? Le 6 novembre 2015, il avait été aperçu sur l’aéroport J.A. Pengel au Suriname… ce qui prêtait à questionnement, obligatoirement.  Voici comment j’avais décrit la (vaste) villa de Martínez Hernández:  « L’affaire mènera ou plutôt s’arrêtera aux portes de la gigantesque villa de résidence de Martinez à Pampatar Maneiro exactement).   Une résidence immense, ultra-luxueuse, munie d’une vraie salle de cinéma avec un écran géant, un sauna, un gazon artificiel pour jouer au golf et une piscine… (avais-je déjà expliqué ici)  « Martinez exploite également une entreprise de construction à laquelle le régime de Nicolas Maduro a affecté d’importants projets tels que le projet d’agrandissement des aéroports de Barcelone et de Porlamar »selon Notifias Venezuela » découvrira-t-on encore (voir article cité).  On sait maintenant pourquoi les informations sur cette affaire ont été sciemment dynamitées sur le net !!! »  A noter en revanche que le pilote du Cessna 404, Carlos Luis Justiniano Núñez, âgé de 55 ans, avait été rapidement libéré par la République Dominicaine (par une juge stagiaire, Aristilda Mercedes Rodriguez, qui posera aussi sur FaceBook en maillot de bain !), ruinant ainsi les espoirs des derniers chavistes de démontrer que c’était la seule CIA qui avait pu être derrière sa libération… Mais à leur décharge, notre pilote avait un drôle de passé derrière lui :  en 2011 c’était un des trois figurants à bord du fameux Gulfstream N351SE arrivé le 12 juillet 2008 en Guinée Bissau avec 600 kilos de coke à bord (la coke avait ensuite disparu, visiblement embarquée par l’armée) avec ses deux confrères Carmelo Vásquez Guerra et Daniel Aguedelo Acevedo !  Depuis, il était fiché chez Interpol !  Or on apprendra que l’une des personnes arrêtés bien après son atterrissage s’appelle Garcia Torrealba, qui n’était autre alors que le chef, justement, de la représentation vénézuélienne d’Interpol.

On apprendra également qu’un avion venu du Sénégal et appartenant entre autre à un français était venu au secours du Gulfstream tombé en panne… mais cela va nous emmener plus loin encore, comme vous allez vous en rendre compte avec les épisodes qui vont suivre.

(1) revoir les cinq épisodes précédents parus ici (de CCXL à CCXLV, de 240 à 44, celui du jour étant le 245). Une première parution nous avait fait oublier le « L » du chiffrage, pardonnez-nous !

(2)  Le premier hôtel de Marbella était une ancienne ferme détenue par une famille d’aristocrates, celle du Marquis d’Ivanrey… dont la famile était allemande d’origine.  C’est raconté ici par Christopher Clover, Directeur Général de Panorama Properties, la première agence mobilité du lieu:  «  C’était en 1946, environ sept ans après la fin de la Guerre Civile espagnole, Marbella était alors un petit village de moins de 10 000 habitants et avec une histoire très intéressante. Au cœur du village se trouvait (encore actuellement) l’ancien château arabe construit au IXe siècle et entouré de ruines romaines qui sont encore visibles aujourd’hui, tout au long de la ville (…) À cette époque, les terrains les plus étendus appartenaient à cinq familles : Juan et Enrique Belón, Juan Lavigne et Juan Lima, toutes originaires de Marbella, Elvira Tallefer et son mari Salvador Guerrero de Málaga (c’est à elle qu’on doit le nom d’Elviria), et Norberto Goizueta de Navarra (l’éventuel fondateur de Guadalmina). La majorité des champs étaient loués et cultivés par des paysans. L’activité économique principale en ce temps-là était l’agriculture et l’extraction minière du fer et du graphite (…) Le premier à promouvoir la ville de Marbella fut le versatile et éclectique aristocrate espagnol Ricardo Soriano Sholtz von Hemensdorff, Marquis d’Ivanrey, qui acheta en1943 la propriété El Rodeo, d’une étendue de 220 000 m2 (22 hectares) à son ami Norberto Goizueto, qui possédait de son côté une immense parcelle de 350 hectares dans la zone. En 1945, Ricardo construisit et ouvrit les portes du premier hôtel de style “motel” américain à Marbella, l’Hôtel El Rodeo, et invita plusieurs de ses amis à visiter la région. En 1946, son neveu, le prince Alfonso von Hohenlohe et le père d’Alfonso, le prince Maximiliano Egon von Hohenlohe-Langenburg, visitèrent Marbella pour la connaître en personne. Le père d’Alfonso était un aristocrate allemand très connu, dont la famille datait du VIe siècle. Sa mère, la marquise de Belvís de las Navas, était également connue en Espagne, et son parrain était le roi d’Espagne, Alfonso XIII. Sa lignée, unie à la vision pionnière de son oncle Ricardo, poussa Alfonso à continuer de promouvoir les idées de son oncle. Autrefois, rejoindre Marbella depuis Malaga prenait deux heures en voiture sur une terrible route côtière à double sens. Alfonso et son père arrivèrent à Marbella dans une vieille Rolls Royce équipée d’un moteur qui, en raison de la pénurie d’essence durant ces années de l’après-guerre, avait été transformé pour fonctionner avec des gaz produits avec du charbon » (Une rolls-Royce à gazogène !!) (…) Ils tombèrent tellement amoureux de Marbella, et spécialement de ce domaine, qu’ils revinrent l’année suivante pour l’acheter. Alfonso et son père construisirent une magnifique maison dans leur nouvelle propriété, et avaient pour habitude d’y inviter leurs amis. La ferme originale de la propriété fut rapidement transformée en un club social en plus de bar-restaurant, qui était fréquenté par les habitants de la région…et c’est ainsi qu’est né le “Marbella Club » (…) (à gauche BB avec Gunther Sachs à cet hôtel).  Grâce à Alfonso, son père, sa mère et son oncle Ricardo, une grande quantité de gens visitèrent la zone (et le Marbella Club), et nombreux furent ceux qui ne trouvaient pas de logement. Le flux de visiteurs était tel que, en 1953, Alfonso décida de construire, à côte de la ferme originelle, un petit hôtel de 18 chambres distribuées autour d’un patio central, semblable aux populaires “motels” des États-Unis qu’il avait découverts lors de ces récents voyages. Il décida de l’appeler l’Hôtel Marbella Club. L’hôtel ouvrit ses portes au public en 1954 et attira immédiatement le tourisme de qualité. En 1955, le Comte Rudi von Schönburg, parent d’Alfonso, venait d’obtenir son diplôme à l’université Swiss Hotel Management University de Lausanne, et s’unit à Alfonso comme directeur de l’hôtel. Encore actuellement, le Comte Rudi joue toujours un rôle important au Marbella Club et au sein du Groupe, où on peut le rencontrer chaque jour. » La ferme originelle existe toujours, et a été transformée en restaurant et bar principal de l’Hôtel »… (…) Afonso ne douta pas à inviter toute la jet-set du moment au premier hôtel de luxe de la Costa del Sol. Marbella devint immédiatement l’endroit à la mode de toute l’Europe. Dans les années soixante, de nombreuses célébrités visitaient déjà Marbella et l’Hôtel Marbella Club assez fréquemment. La plupart d’entre elles achetèrent des parcelles pour construire leurs maisons, parfois directement à Alfonso. Parmi ces “grands noms” se trouvait José Banús, qui vint à Marbella en 1962 (l’auteur omet de dire que c’est un poche de Franco) et acquit les terres de l’actuel Puerto Banús et Nueva Andalucía (à cette époque de nombreuses personnes considéraient que sa vision était “détraquée”), Jaime de Mora, Manolo Lapique, Ignacio Coca – fondateur de Los Monteros et du Club de Golf Rio Real – et d’autres grands noms tels que les von Thyssen, Princess von Bismark, la famille Füstenberg, Mel Ferrer et Audrey Hepburn, le Duc et la Duchesse de Windsor, le Prince Rainier de Monaco et Grace Kelly, Ava Gardner, Cary Grant, Laurence Olivier, Guy de Rothschild, Terry von Pantz, Deborah Kerr, Jimmy Stewart, Teddy Kennedy, Jean Negulesco et de nombreux autres… à rappeler que tout se passait alors sous la dictature de Franco ! Dans les années 80, ce sont les émirs qui vont plutôt se pointer :  la Famille Royale saoudienne ou Akram Ojjeh, (du Groupe d’entreprises TAG) le Prince Salman, frère du prince héritier Fahad, oui le fils aîné du Prince Fahad, le Prince Faisal Bin Fahd mais aussi Sheik Zayed bin Sultan Al Nahyan, l’Émir d’Abu Dhabi et Président des Émirats Arabes Unis, la famille Marzook venue du Koweït ;  Rafic Harriri, (ah tiens voici le Premier Ministre du Liban !) ; le Sheik Kamal Mouaffak Bin Jamil Al Midani, qui finira par racheter le complexe de luxe de Puerto Banús en 1979, bâti au bout du terrain de l’hôtel, sans oublier Adnan Khashoggi , le roi de la fête à l’époque (il est dit qu’il dépensait alors 250 000 dollars par jour !) qui arrivait en DC8 ou à bord de son immense yacht, le Nabila (revendu à Donald Trump !) !!!  Sa villa immense, avec zoo et stand de tir, à Marbella s’appelait Al Baraka !   Ci-dessus ses 4 moyens de transport : les yachts Khalida (le plus petit) et le Nabila; son DC-8 particulier (VR-CKA) et un DC-9 immatriculé VR-CKE baptisé « Omaria » avec devant le Hughes 500 destiné à a fille.

Pour le 66e anniversaire du frère de la reine Fabiola de Belgique. on avait compté devant la villa 31 Rolls-Royce.  La chanteuse d’opéra coréenne Kimera était venue pousser la chansonnette devant le Cheikh Mohamed Ashmawi, grande figure extravagante du lieu qui voyageait en BAC-111 personnel ou Jetstar.  Son gros biréacteur arc-en-ciel VP-CMI à l’intérieur rose (?) a été revendu à des mexicains du Grupo Adelac pour devenir XA-ADC.  Il promènera en 2006 l’équipe de NBA des San Antonio Spurs (ici à gauche).  Il est devenu ensuite XA-CMG. puis XB-KQL en 2009 et a fini par être stocké à Toluca en 2012 (il y était toujours en 2016). L’homme on le sait, un marchand d’armes, a été mêlé à l’affaire des Contras via l’affairiste Manucher Ghorbanifar et à celle d’ Imelda Marcos, la (riche) veuve du président des Philippines, Ferdinand Marcos.  Selon Seymour Hersh, dès 2003, Khashoggi dans un entretien avec Richard Perle, âme damnée des Bush, aurait évoqué, déjà, l’invasion prévue de l’Irak !!!!

(3) dans un long texte dégoté ici, on explique de façon savoureuse cette corruption effrénée lors du mandat surtout de l’ineffable Vicente Gil, proche ami de jeunesse de Franco :  « La semaine a été chargée pour le juge Miguel Angel Torres Segura, le jeune magistrat chargé de l’opération «Malaya». Le week-end dernier, les principaux protagonistes de l’affaire, la mairesse de Marbella, Marisol Yagüe, sa députée, Isabel Garcia Marcos, et le consultant en planification de la mairie, considérés comme le cerveau derrière la corruption au sein de l’autorité locale, Juan Antonio Roca, ont tous été interrogés et envoyés en prison sans caution (Roca a écopé de 12 ans de prison et est sorti récemment, le 14 mars 2018 !). Le juge a décrit Yagüe comme une « marionnette », alors que l’homme qui tirait vraiment les ficelles à la mairie de Marbella était Juan Antonio Roca. Alors que le maire – qui, selon des sources, n’a pas exclu la possibilité de démissionner – a été inculpé de corruption, de perversion du cours de la justice et de trafic d’influence, la liste de crimes présumés de Roca comprend tout cela en plus du blanchiment d’argent, de la fraude, de la prix, détournements de fonds et atteintes à l’environnement. (Ce dernier fait référence à sa collection d’animaux exotiques empaillés). Isabel Garcia Marcos, dirigeante de l’opposition socialiste et critique féroce de Jesus Gil avant de rejoindre les anciens « Gilistas »), partage la cellule de Yagüe et est accusée de corruption et de modification des prix .(…) (Elle est ci à gauche, exubérante, au sortir de prison préventive en 2006). L’opération « Malaya » contient tous les ingrédients du complot d’un feuilleton américain des années quatre-vingt. En fait, les scénaristes auraient probablement trouvé certains détails trop exagérés pour être crédibles. L’idée des deux femmes glamour qui jadis à la barre de la mairie partageaient désormais une cellule dans la prison d’Alhaurín a laissé tout le monde imaginer les dialogues entre ces quatre murs, l’une espérant une visite de son mari de seulement trois semaines et l’autre lorsque les 57 points laissés après une opération de liposuccion récente seraient supprimés. La déléguée principale, Isabel García Marcos, a expliqué une partie des 370 000 euros trouvés en espèces chez elle comme étant des cadeaux de mariage. La famille de la maire de Marisol Yagüe (ici en 2014 avec son fils arrêté pour une autre affaire tortueuse) avait précédemment rapporté avoir eu un kyste retiré du dos, mais après de nombreuses spéculations, la nature esthétique de son opération a été révélée. Les similitudes avec un complot « Dynasty » ne s’arrêtent pas là. Il suffit de regarder l’incroyable fortune du prétendu chef, Juan Antonio Roca. Dans l’une de ses nombreuses propriétés, la police a découvert 30 vieilles voitures d’une valeur comprise entre 30 000 et 48 000 euros et un certain nombre de voitures de collection. En outre, 103 chevaux de race pure et 100 taureaux figurent sur la liste, ainsi que de petites demeures seigneuriales, une dans un domaine de Murcie avec son propre héliport et une autre ornée de têtes en peluche de girafes, d’éléphants et de rhinocéros, sans oublier les 275 œuvres d’art. Comparez cela à l’image d’un Roca en faillite qui est arrivé à Marbella à la fin des années 80 dans un Seat Panda. C’était avant qu’il ne soit choisi comme disciple de Jesus Gil, le « parrain » décédé, dont l’ombre plane toujours sur son ancien territoire (réélu 3 fois, et banni après pour 28 ans, il a aussi été pendant 16 ans le dirigeant de de l’Atlético Madrid, tout en ayant les mêmes qualités intellectuelles qu’un Trump aujourd’hui, ce dernier imitant ses frasques, casquette comprise !).  La deuxième personnalité féminine, Isabel García Marcos, qui était onze ans le pire ennemi de Jesús Gil, (qui avait fondé on le rappelle le parti GIL… ou Grupo Independiente Liberal) partage maintenant une cellule avec un de ses disciples. « Ce sera la seule zone verte restante à Marbella lorsque vous aurez terminé », a-t-elle déclaré, à Gil, tenant une plante en pot. Elle semble maintenant avoir aidé à accomplir sa prophétie. » Aujourd’hui elle n’est plus loin du compte…

(4) Ça a bien changé depuis en effet… « C’est que le petit cercle des débuts s’est nettement élargi. Pour ne pas dire totalement dissous dans le flot des vacanciers. Reprise économique aidant, ils étaient 7 millions, en 1999, à avoir goûté au sable de ses plages, dont 700 000 pour le seul mois d’août. Cette année, Marbella en attend 8 millions au total. Une véritable explosion! Bien loin de s’en plaindre, la ville fait tout pour entretenir le phénomène. Depuis dix ans, elle inaugure chaque année de nouvelles infrastructures: promenade maritime, ronds-points flambant neufs, trottoirs élargis, parkings en sous-sol et même une autoroute ».

« Voté en mai dernier, avec deux ans de retard, le budget municipal de 1999 a atteint un record de 911 millions de francs. Dont, et c’est révélateur, 50 millions réservés aux seules infrastructures urbaines (aménagement et construction), 16 millions à l’éclairage et 62… à la propreté. Jour et nuit, 500 balayeurs remettent la ville à neuf. Côté sécurité, Marbella n’y va pas, là non plus, de main morte. En plus des 197 agents de la police nationale et des 87 gendarmes, 368 policiers municipaux veillent sans relâche sur les vacanciers. Excès de zèle? Sans doute, mais les touristes en redemandent: le nombre de sociétés de sécurité privées est en plein essor. Ancien para et grand admirateur du général Franco, José Perna Calderon dirige l’une d’elles, Franjus Security. Lancée il y a douze ans avec 7 agents, elle en compte aujourd’hui 374. Ici, on ne plaisante pas avec l’argent du tourisme. «  Dernier vestige du «paradis» – très élitiste – d’antan, le Marbella Club est, finalement, un hôtel comme les autres (ici à droite quelques ratages immobiliers abandonnés). Princes et princesses ont beau peupler la légende de Marbella, la ville ne leur appartient plus. Le parfum du jasmin a fait place à d’autres odeurs, moins subtiles, mêlées d’huile solaire, d’essence et d’argent sale. Ses nouveaux princes roulent en coupé Mercedes. «La ville est toujours un paradis, mais d’abord celui des investisseurs!» ironise José A. Nieto, président de l’association des professionnels du tourisme de Marbella. » Ci-contre, Marbella aujourd’hui :  à gauche la villa du tycoon norvégien John Fredriksen devenu chypriote pour payer moins d’impôts, le roi du pétrole, le dirigeant de la plus grande flotte mondiale de pétroliers.  C’est la 71 eme fortune mondiale avec 14,3 milliards de dollars !

(5) Selon le New-Yorker, « À un moment donné, Petrov a appelé un haut responsable de la justice à Moscou pour se plaindre de ce qu’un chantier naval russe avait pris du retard dans la construction du nouveau yacht commandé par Petrov. Selon un compte rendu espagnol confidentiel de la conversation, le responsable russe a promis d’aller voir le constructeur de navires avec certains de ses « garçons » et de lui montrer « beaucoup d’affection ». Quelques jours plus tard, une autre écoute électronique espagnole a surpris deux associés de Petrov en train de rire. Comment ça, les forces de sécurité auraient laissé le constructeur de navires se faire terroriser ? Le yacht était de retour à l’heure. Lors de centaines d’appels téléphoniques interceptés au cours de l’année précédant l’arrestation de Petrov en 2008, les enquêteurs espagnols ont écouté le chef de la mafia bavarder avec de puissants hommes d’affaires, des criminels notoires et des hauts responsables du gouvernement de Vladimir Poutine. Au cours d’un voyage en Russie, Petrov a appelé son fils pour lui dire qu’il venait de rencontrer un homme qui se révélait être le ministre russe de la Défense, et pour annoncer qu’ils avaient réglé un accord foncier, la vente d’avions et un stratagème. pour investir dans des entreprises énergétiques russes. « Voulez-vous rejoindre le gouvernement? », A raconté un blagueur à Petrov lors d’une conversation suivie par des enquêteurs espagnols. « J’ai acheté une valise pour stocker tous les pots-de-vin que vous obtiendrez. » Petrov semblait apprécier l’ironie, mais se disait très satisfait du contrôle politique continu de Poutine ».

(6) la puissante Mafia russe inquiétait très sérieusement les espagnols et à juste raison, car elle touchait directement au sommet du pouvoir russe :  « dans une rencontre à Londres avec le procureur anti-mafia espagnol José Grinda, Litvinenko a affirmé que les mafias russes, à l’instar de leurs oligarques, étaient presque organiquement liées à l’État. Le système de favoritisme en vertu duquel les deux parties avaient pris racine dans une alliance que Poutine et d’autres anciens combattants du KGB avaient établie avec des personnalités de la pègre à Saint-Pétersbourg, au début de sa carrière politique, a déclaré Litvinenko. Le partenariat avait évolué à mesure que Poutine consolidait son pouvoir et que les criminels russes élargissaient leur portée. « La théorie de Litvinenko était que Poutine et les services de renseignement ont pris le contrôle des groupes criminels, les ont manipulés et assimilés », a déclaré Grinda dans une interview. Grinda, un bourreau de travail barbu avec un sens de l’humour aride, a persuadé Litvinenko de témoigner contre les truands en Espagne. Mais seulement quelques mois plus tard, le témoin potentiel a été témoin de la mort presque angoissante, après avoir été empoisonné par des matières radioactives, introduite chez lui par deux hommes soupçonnés d’avoir été embauchés par le FSB. Une enquête britannique a par la suite conclu que l’opération avait probablement été approuvée par Poutine lui-même, en représailles des accusations de Litvinenko contre des responsables russes et de sa coopération avec les services de renseignement britanniques et espagnols. Des photographies de journaux de l’ancien espion cadavérique, regardant de son lit d’hôpital, ont secoué les Espagnols. Mais la preuve qu’il aurait pu être tué sur ordre du gouvernement russe a donné une nouvelle crédibilité à leur travail ».

(7) cité dans l’enquête de Mueller sur les agissements des russes avec Trump… le deux personnes en cause étant Adam Waldman, l’envoyé d’Oleg Deripaska, chez qui Manafort travaillait.  Waldman étant en même temps le conseiller de Sergei Lavrov, le ministre des Affaires étrangères russe, inamovible depuis 2004.  L’enquête de Mueller vient de se clore, mais les investigations montrent bien que des contacts ont eu lieu avant les élections.  Trump s’est réjoui un peu vite des résultats, il semble bien, car c’est son patrimoine dont on va désormais parler, ou de ses dissimulations d’impôts ou de ses faillites à répétition…

(8) « Au cours de la perquisition, des documents contenant des informations sur l’opération de blanchiment de capitaux via la société Vera Metallurgica, une structure affiliée à la société minière et métallurgique Ural (UMMC) ont été attribués à Petrov. L’UMMC est considéré comme l’un des atouts principaux d’Andrey Bokarev et d’Iskander Makhmudov – des oligarques influents, dont la taille des ordres d’État dépasse même celle des entreprises de l’empire Rotenberg. Ils sont également les principaux actionnaires de Transmashholding, Metrovagonmash, et l’usine d’électrocarburants Roslokomotiv, qui ont remporté des contrats pour 130,7 milliards de roubles auprès du chemin de fer russe et du métro de Moscou. Cependant, au milieu des années 2000, les principaux propriétaires de l’actif étaient Iskander Makhmudov et l’oligarque Oleg Deripaska, tandis que Bokarev agissait en tant que bénéficiaire. C’est ce qui l’a sauvé de l’enquête espagnole. Les enquêteurs ont également dissocié d’autres accusations l’affaire de blanchiment d’argent contre Makhmudov, le criminel Mikhail Cherny, qui se cache d’Interpol en Israël, et Deripaska, qui a témoigné devant l’enquête. Selon le média espagnol ABC, un copropriétaire de l’entreprise de construction Baltic Monolith Arcady Buravoy (appelé par ABC par Petrov, le partenaire commercial de Petrov) et le président de la Sberbank German Gref « auraient pu entretenir des relations avec Petrov dans le monde des affaires ». »

(9) « Sa véritable identité est un des secrets les mieux gardés de la République. À la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) comme à la direction des enquêtes douanières, la plupart de ceux qui ont travaillé avec lui connaissent uniquement son surnom » explique Emmanuel Fansten. Il sait que le « Chacal » est né en 1952, d’origine algérienne, et a un faux nom : Alain David Benhamou. Après avoir « fait ses armes à Cannes », il apparaît « dans les radars du crime organisé » dans les années 1980 avant de réussir à rejoindre l’Etat espagnol.  « En échange de leurs services, le Chacal et ses associés sont autorisés à organiser le trafic de drogue autour de Marbella, nouvelle capitale européenne de la came. La fin de la « guerre sale » et la disparition des GAL vont ouvrir une période de prospérité sur la Costa del Sol, où de nombreux truands français ont trouvé refuge » écrit Emmanuel Fansten. Avant d’indiquer que, dans les années 1990, le Chacal sera « recruté » par la Police judiciaire de Bordeaux, « redirigé » vers la Direction des enquêtes douanières puis vers le Siat, « la cellule qui chapeaute l’ensemble des indics et gère les infiltrés ». Marc en sait beaucoup, sur le « Chacal »… je ne saurais que trop vous recommander la lecture de son blog.

https://ns55dnred.wordpress.com

(10) Leonid Minin, trafiquant arrêté en Italie dans des conditions rocambolesques évoquées ici.  Dans son rapport de juin 2010, Amnesty revient sur son jugement. « Les documents de la Cour semblent montrer comment Minin aurait fourni non seulement les armes, mais aussi un avion qui a servi à les transporter au Libéria. Avec l’aide d’une société immatriculée à Gibraltar, aurait Minin pris des dispositions pour la livraison d’armes à transporter de l’Ukraine au Burkina Faso à l’aide d’un Antonov-124 un aéronef exploité par une société du Royaume-Uni et a fourni un certificat d’utilisateur final indiquant ostensiblement que les armes étaient destinées au gouvernement du Burkina Faso. Les documents de vol et les photographies révèlent que les armes ont ensuite été envoyées sur Ouagadougou, et de Bobo Dioulasso au Burkina Faso vers le Liberia, en utilisant un jet privé BAC-111 appartenant à Minin, enregistré aux ïles Caïman. »  (C’était le BAC 111 EL-ALD destiné au départ à la destruction à Ostende, que Christopher Barratt-Jolley avait retapé sur place, repeint et enregistré au Liberia sous le nom de Balkh Air).  Le  responsable de Balkh Air était le terrible Rachid Dotsum, un Ouzbek massacreur qui s’était associé un temps aux Tajiks et à Massoud, de trahir à peu près tout le monde (au départ il était le chef d’un milice de l  Jozjani Dostum Militia, 20 000 soldas pro-Soviétiques !) pour finir ministre du pays, être banni puis revenir en 2018.  Lire aussi ceci : « les caisses avaient été déchargées une par une de l’Antonov et posées telles quelles dans le Bac-111, avec l’aide et sous la surveillance de Joe Toah. L’assistant direct du directeur de la sécurité de… Charles Taylor. Car le déchargement final devait aboutir au Liberia, plus exactement à Monrovia, la capitale. L’avion devant même devenir par la suite l’avion présidentiel de Charles Taylor. Mais dans la précipitation, pour l’instant, personne n’avait songé à le repeindre ! » Le contrat de livraison d’armes avait été passé par la Chartered Engineering and Technical Company, Ltd, une compagnie ayant son siège à Gibraltar. Derrière tout cela, il y a un trafiquant, c’est l’employeur du pilote et le propriétaire du Bac 111. C’est le président d’une société de commerce de bois, Exotic Tropical Timber Enterprise.Il s’appelle Leonid Minin, et détenait aussi une société enregistrée à Monaco, mais sise en Suisse, Limad-AG. »

 

Nota : à propos de Marc Fievet, à noter cette énième bombe révélée à propos de la DEA.  Celle concernant un homme connu historiquement, mêlé à l’assassinat de JFK, et la «main » de la CIALucien Conein qui avait, on vient de l’apprendre seulement, comme relation directe à Miami Carlos Hernandez Rumbaut, trafiquant notoire, mêlé aux exilés cubains de Miami. « Le monde de la drogue qui supprime les stupéfiants !!! les intermédiaires sont appelés à contrôler les transactions, et d’ énormes sommes d’argent sont manipulées par un manque total de scrupules entraînant de la corruption ou en caressant dans le sens du poil celui qui fait obstacle aux transactions. Il n’est pas étonnant que le gouvernement, et les responsables des stupéfiants se tournent si souvent comme assistance vers des figures aussi détestables que le commerce lui-même. Un argument pourrait être opposé comme quoi un autre type de personne pourrait en toute sécurité fonctionner efficacement dans un tel environnement. Mais comme un homme est affecté par la société qu’il entretient, ici ce sont des fonctionnaires et leurs responsables qui se retrouvent retournés par les informateurs qu’ils emploient. L’histoire de Carlos Hernandez Rumbaut, un des « Deacon « un informateur, montre jusqu’à quel point une telle alliance peut aller ».  Nota les « Deacon »  étant les infiltrés choisis par Richard Helms en personne, le directeur de la CIA, à l’époque comme l’écrivent, page 28, Peter Dale Scott et Jonathan Marshall dans « Cocaine Politics: Drugs, Armies, and the CIA in Central America ». Rumbault avait été recruté en 1969 après avoir été pris à trafiquer à Mobile, en Alabama, avec 467 livres de marijuana.  Il était plus tard devenu le garde du corps du président costaricain José Figueres Ferrer.  Installé à Mexico, Rumbaut sera payé 1400 dollars la semaine, par la DEA, comme informateur.  Pour Marc Fievet aucun doute :  Rumbautl travaillait bien pour la CIA !

 

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